Culture

Je hais le site Internet de l'Opéra de Paris

2010-03-08 18:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

C'était mieux avant.

À la fin de la saison 2008/2009, après que j'avais envoyé mon formulaire d'abonnement, l'enthousiasme déclenché par La fille mal gardée me fit me dire que finalement, j'irai voir tous les spectacles de ballet de l'Opéra de Paris cette année. Il restait quelques spectacles à réserver. Comme je vise les places à 21€, la seule option raisonnable pour ce faire était d'attendre les ouvertures de réservations sur Internet.

Les fois précédentes, à savoir le 9 novembre et le 11 janvier, j'avais déjà constaté que le site de l'Opéra malfonctionnait. Aujourd'hui encore, cela m'a exaspéré. Ce n'est écrit nulle part, mais apparemment, l'ouverture des réservation commence à 9h. Dès cette heure-là, le site est inutilisable. Un système rudimentaire de queue a été mis en place. On nous demande de répondre à une question Captcha et on nous indique un temps d'attente qui s'écoule et oscille.

À la première tentative, deux minutes d'attente, mais la connexion est interrompue constamment. Un peu plus tard, le temps d'attente annoncé d'une vingtaine de minute se trouvera multiplié par deux à l'arrivée. Je me retrouve alors avec un accès précaire au site de l'Opéra, dont l'essentiel de la mise en forme a disparu, ce qui rend certaines opérations impossibles. De fait, quand je tape mon numéro de spectateur, puis demande l'accès à la billetterie et sélectionne ballet (ce qui est un marathon en soi, vu que la connexion peut être interrompue à tout moment, ce qui impose de cliquer sur le bouton Retry jusqu'à ce que ça tombe en marche : si on ne fait rien pendant cinq minutes, le site considère qu'on a abandonné...), je peux voir apparaître La petite danseuse de Degas. Là, l'erreur serait de cliquer sur le titre, cela ne ferait en effet qu'afficher la description du spectacle, et il faudrait tout recommencer pour réserver un billet. Non, je ne suis pas un bleu et je clique sur le bouton Réserver. Et là, au lieu de me proposer de choisir entre les différentes dates, on me demande à nouveau de rentrer mon numéro de spectateur. Au bout de la sixième fois que le site m'a demandé mon numéro de spectateur, je me dis que cela ne pouvait pas être moi qui fusse buggé. Le site a planté encore un peu plus et je me suis retrouvé dans la queue. Après le déjeuner, j'ai réessayé et cela a fini par fonctionner.

C'est la troisième fois de suite que la vente sur Internet se passe vraiment mal. Avant le changement de système, ce n'était pas aussi pire. Il faudrait vraiment que quelque chose soit fait. Si ce n'est qu'un problème de charge des serveurs, il suffirait d'espacer un peu plus dans le temps les mise en vente, à savoir ne pas mettre en vente huit séries de spectacles en même temps comme ce fut le cas le 11 janvier.

L'interface est malpratique au possible. Dans l'ancien système, quand on avait sélectionné un spectacle, pour chaque date, on voyait l'intervalle de prix des places encore disponibles. Actuellement, cela affiche de 21.00€ à 87.00€, même s'il ne reste plus que des places de première catégorie. Vu le temps que prend le chargement d'une misérable page Web sur le site, cela fait perdre un temps fou. Une fois la date et la catégorie sélectionnée, on voit normalement une liste des différentes zones dans lesquelles il reste des places, comme Quatrièmes loges de côté, Amphithéâtre, etc. Souvent, rien ne s'affiche et on est obligé de valider pour voir le placement, ce qui bloque temporairement la place et fait encore perdre du temps. Corriger ces défauts de conception de l'interface réduirait sans doute un peu la charge du site...

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La dame aux camélias à Garnier

2010-03-06 20:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Jeudi dernier, je suis allé à la dernière de La dame aux camélias, ballet de John Neumeier, d'après le roman d'Alexandre Dumas fils. Je recommande à quiconque de lire ce roman, où l'on voit les sentiments des personnages s'exprimer comme rarement on peut le lire.

Suite à un mauvais calcul d'horaires de RER et les retards que ceux-ci accumulent, je suis arrivé à la dernière minute dans ma troisième loge de côté, sans avoir eu le temps d'acheter le programme ni de lire la distribution, l'ouvreuse ayant répondu à ma voix essouflée qu'elle n'en avait plus. Pendant le prologue et le premier acte, je me suis donc amusé à essayer de reconnaître les danseurs.

Si j'ai certainement passé un bon moment (prolongé : trois heures avec deux entr'actes), ce ballet est loin d'être mon préféré. Bien sûr, j'ai apprécié les références explicites aux personnages de Manon Lescaut (comme dans le roman), Des Grieux étant interprété par mon étoile masculine préférée (Mathias Heymann) et par la toute nouvelle première danseuse Ludmila Pagliero. J'ai aussi aimé la mise en scène très cinématographique. Un rideau sépare souvent l'avant-scène de l'arrière, ce qui permet de distinguer plusieurs scènes concommitantes et on voit parfois un personnage sortir d'une pièce pour reparaître dans une autre, dans un flot cohérent d'action continue. J'ai aussi aimé les portés invraisemblables auxquels se livrent la nouvelle étoile Karl Paquette (Armand) et Delphine Moussin (Marguerite). Les costumes sont d'une esthétique quelque peu datée, mais il est plaisant d'admirer les couleurs vives des danseuses, ce qui permet de distinguer Mélanie Hurel (Prudence) et Mathilde Froustey (Olympia) dans certaines danses de groupe.

Bien que je n'apprécie pas beaucoup la musique de Chopin, je n'en ai pas ressenti de déplaisir particulier, si ce n'est une impression de déjà-vu du fait des nombreuses reprises du Largo de la Sonate en si mineur (opus 58), une sorte de leitmotiv du ballet. Non, ce qui m'a un peu déplu, c'est la façon de raconter l'histoire. Si les tableaux en eux-mêmes sont beaux (comme les réjouissances campagnardes du deuxième acte) et si la construction est très intelligente, bien que connaissant l'histoire, j'avais parfois un peu de mal à suivre, surtout pendant les deux premiers actes. De surcroît, le synopsis que contient le programme n'aide pas vraiment à comprendre les rôles respectifs d'Olympia et de Prudence, par exemple.

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Maljournalisme au Monde

2010-03-06 18:44+0100 (Orsay) — Culture — Culture indienne

Je vais reprendre un des thèmes favoris de mon confrère informaticien David Monniaux. Certains journalistes reprochent souvent à l'information conçue en dehors des rédactions (blogs, encyclopédie Wikipedia, etc.) de n'être pas vérifiée, hiérarchisée, etc. Or, constate-t-il, dans les sujets dans lesquels il possède une expertise, l'information donnée dans les journaux est souvent inexacte. Le plus souvent, des connaissances scientifiques de base (niveau lycée) seraient un rempart suffisant contre la propagation d'erreurs grossières.

Il s'étonne aussi régulièrement du fait que les gens sembleraient accorder moins d'importance à la culture scientifique de base par rapport à la culture littéraire. Ainsi, connaître ou savoir reconstruire un ordre de grandeur de la masse de la Terre serait quelque chose qui n'intéresserait que quelques geeks, tandis que ne pas savoir de quoi il s'agit quand un musicologue évoque le Ring sans plus de précision serait un véritable faux-pas.

Une conclusion partielle est : constatant les insuffisances de la presse dans un domaine que l'on connait bien, comment lui faire confiance dans les autres ?

La lecture du Monde d'aujourd'hui et de sa version en ligne décèle des erreurs grossières dans le domaine culturel. Dans l'édition papier datée des 7 & 8 mars 2010, page 21, l'article La tyrannie de l'épilation attribue à Balzac un extrait du roman Nana de Zola : Lorsque Nana levait les bras, on apercevait, aux feux de la rampe, les poils d'or de ses aisselles.

Dans l'édition en ligne, je parcours rapidement un article à propos du théâtre traditionnel du Kerala. J'y lis avec effroi :

Dans l'hindouisme, il y a une sorte de trilogie : Rama, le dieu conciliateur ; Shiva, le dieu qui réveille le monde, lui procure la vie tout en le détruisant ; et Vichnou, le conservateur, qui passe sa vie à dormir sur un lotus, mais a des avatars qui viennent sur la Terre pour contrôler non seulement les hommes mais aussi les démons. Et parmi les avatars les plus connus de Vichnou, il y a Rama et Krishna.

La trinité hindoue, c'est Brahma-Vishnu-Shiva. Un commentateur exaspéré a indiqué que l'article comportait une confusion entre Brahma et Rama. Un correcteur, croyant bien faire aura remplacé les occurrences de Rama par Brahma, ce qui fait qu'à l'heure où j'écris cette note, la dernière phrase cite Brahma et Krishna parmi les avatars les plus connus de Vishnu...

Une des difficultés pour comprendre l'hindouisme est qu'une même question appelle des réponses diverses et souvent contradictoires. Par exemple, il n'apparaît pas que la tradition accorde un nombre bien défini d'épouses à Krishna. J'ai le plus souvent lu et entendu un nombre de quelques milliers. L'interview glose sur le nombre de 9,99,999. Peu importe, ce qui compte est qu'il en ait un nombre extravagant et qu'il soit capable de les satisfaire en même temps. On trouvera sans doute des traditions locales qui donnent ces chiffres et des détails qui n'apparaîtraient pas dans le Harivaṃśa et le Bhâgavata Purâna, qui sont les textes les plus importants à propos de Krishna après la Bhagavad-Gîtâ.

En revanche, il y a manifestement une erreur grossière quand il est dit dans l'interview que Vichnou, le conservateur, passe sa vie à dormir sur un lotus. Comme pas mal de divinités, on le verra parfois assis sur un lotus (ou sur une monture canonique, ici ce serait l'aigle Garuda), mais en position allongée, il est assurément sur le serpent Śeṣa et de son nombril émerge un lotus sur lequel Brahma est assis.

Je ne puis croire qu'une personne en mesure de donner des détails sur la relation entre Krishna et sa mère adoptive (Yashoda) puisse confondre Rama et Brahma. Bref, il me paraît impensable que les erreurs ne soient pas le fait d'une transcription fautive de la part du journaliste. Pourtant, l'impression première en lisant l'article est que la personne dont les qualités sont rappelées au début est incompétente.

La conclusion que je tire de cela est que, sans aller jusqu'à une relecture critique par quelqu'expert indépendant comme c'est l'usage dans l'édition scientifique, il faudrait faire relire les interviews par les personnes interrogées, surtout s'agissant de sujets qui ne sont guère polémiques et qui peuvent être préparés en dehors de toute urgence.

Nana et Krishna sont des sujets peu importants par rapport à d'autres dans la hiérarchie de l'information, mais comment croire aux détails des sujets sérieux si les sujets futiles sont aussi bâclés ?

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Prix Biblioblog 2010

2010-02-28 13:25+0530 (मुंबई) — Culture — Lectures

Le Prix Biblioblog 2010 vient d'être lancé :

Prix Biblioblog

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Aruna Sairam et Priyadarshini Govind au NCPA

2010-02-27 11:28+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

La personne qui m'invite au TIFR avait suggéré que nous allassions au National Centre for the Performing Arts. J'avais déjà parcouru leur site Web, mais n'avais pas tilté quand j'avais vu Brindavani Venu, Experimental Theatre. Derrière cet intitulé qui évoque la flûte de Vrindavan (celle de Krishna) et le nom de la salle (250 places environ), se cachait un récital conjoint de la chanteuse carnatique Aruna Sairam et de la danseuse de bharatanatyam Priyadarshini Govind que j'ai déjà eu l'occasion de voir deux fois à Paris.

Ma collègue, abonnée au NCPA, s'était fait dire au téléphone qu'il n'y aurait aucune difficulté à acheter des places à l'entrée. Pourtant, il y était écrit House full, thank you.. Heureusement, elle a pris en main la chasse aux places surnuméraires d'autres spectateurs, et nous avons pu racheter trois places (5€), une autre collègue et amie, Supriya, étant aussi de la partie.

Le spectacle durera environ trois heures. Pendant la première moitié, Aruna Sairam chante, accompagnée d'un violon, d'un tampura, d'un mridangam et d'un gattam (sorte de cruche). La performance vocale était remarquable. Un raga mohanam, puis une pièce appelée Kapali (en référence au temple de Mylapore) sur le même raga et un morceau du grand compositeur Muthuswami Dikshitar. La chanteuse étant originaire du Maharashtra, elle a intégré au récital un chant dévotionnel marathi. Son récital s'est terminé par un superbe Tillana en l'honneur de Krishna. Dans chacune de ces pièces, la chanteuse et les instrumentistes laissaient le temps à l'atmosphère particulière de chaque chanson de s'installer, se suspendre et s'éteindre en douceur.

Après un court entr'acte, Priyadarshini Govind et ses musiciens se sont installés sur scène. Elle est accompagnée d'un mridangam, de nattuvangam, d'un violon et d'une voix. J'ai déjà eu l'occasion d'entendre la vocaliste lors de mon récent séjour à Chennai. Apparemment, c'est habituellement elle qui accompagne Priyadarshini Govind. Je n'y avais pas particulièrement fait attention, mais peut-être l'accompagnait-elle déjà pour les deux spectacles que j'avais vus au Théâtre de la Ville. La première pièce est en l'honneur de Muruga/Karthikeya, le deuxième fils de Shiva, celui qui est né pour combattre le démon Mahisha. La deuxième pièce consiste en de la danse pure. La danseuse s'est excusée par avance de ce qu'il n'y aurait pas de Varnam, c'est-à-dire de véritable pièce principale, le durée du récital étant trop brève pour cela. Pendant les passages purement rythmiques, elle n'est pas exactement en rythme.

Viennent ensuite trois pièces de longueur moyenne. Les deux premières mettent en scène les amours illicites de Nayikas. Dans la première, une dévôte de Shiva est tentée par Krishna. Elle a juré de ne servir que Shiva, elle rabroue Krishna en lui disant de ne pas la déranger alors qu'elle prie Shiva, mais ses yeux lui disent oui. Dans la deuxième, une femme mariée fait la valise de son mari qui s'en va à la ville voisine, quand elle a fermé la porte d'entrée, elle ouvre celle de derrière pour laisser entrer son amoureux. La Lune brille pour eux deux seulement, mais la femme s'inquiète. Il devra partir quand l'astre de la nuit sera dominé par celui du jour. L'autre lui demande pourquoi elle s'inquiète sachant que son mari est loin et que son beau-père âgé ne voit plus très clair. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris, mais la morale est apparemment sauve à la fin quand on apprend que l'amoureux n'était autre que Venkateshwarar.

La dernière pièce est celle qui a eu le plus de succès. Elle consiste en un dialogue entre Yashoda et le vilain Krishna, son fils adoptif. Yashoda reçoit beaucoup de plaintes des gopis qui se plaignent des espiègleries de Krishna. La seule solution est qu'il reste à la maison. Elle lui promet des sucreries et même du beurre (dont Krishna est friand). Quand il comprend l'enjeu, Krishna s'en détourne, alors Yashoda lui explique que s'il sort, il va rencontrer des bêtes sauvages au mont Govardhan, comme des tigres, des serpents et des éléphants. Krishna n'en a même pas peur, il pense pouvoir les amadouer sans la moindre difficulté.

Cette pièce, tout comme les deux précédentes, est manifestement faite pour plaire immédiatement à un public peu habitué au bharatanatyam. La musique se fait presqu'impressionniste pour évoquer les rencontres de Krishna avec les animaux. Les tigres et les serpents sont facilement reconnaissables, les éléphants sont suggérés par le mouvement de leurs oreilles.

Cette deuxième partie, légèrement décevante, s'achève par un Tillana très connu, où l'on verra la danseuse répondre aux dictées rythmiques.

Après cela, Aruna Sairam et ses musiciens reviennent sur scène et interprètent la chanson qui accompagne la chorégraphie spécialement réalisée pour l'occasion : Brindavani Venu, où il sera question de Krishna, joueur de flûte. Il est rare de voir une aussi belle chorégraphie accompagnée par une vocaliste aussi talentueuse !

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My Name is Khan

2010-02-19 11:16+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Cinéma — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Avant-hier, je suis allé voir le dernier film de Karan Johar, माय नेम इज़ ख़ान. Ayant acheté ma place une petite heure avant le début de la séance, sans problème particulier (la sortie du film la semaine dernière avait été agitée à cause du Shiv Sena), je me promène au voisinage du cinéma Regal. L'hôtel de luxe Taj Mahal porte encore les traces de l'attaque du 26/11, mais les travaux de réparation sont en cours, et on lit dans la presse qu'il sera rénové à l'identique. Cet hôtel, ainsi que la rue voisine où se trouve le Leopold Cafe est situé à environ deux kilomètres du TIFR où je suis pour deux semaines. Ce quartier est typiquement celui où les jeunes chercheurs ou visiteurs sortiraient le soir pour aller au restaurant. D'ailleurs, certains y étaient ce soir-là et ont entendu les détonations.

Le film de Karan Johar, avec Shah Rukh Khan et Kajol, raconte l'histoire de Rizvan Khan, un indien musulman autiste qui vient habiter aux États-Unis d'Amérique rejoindre son frère et sa belle-sœur. Il épouse Mandira, une coiffeuse, mère célibataire, hindoue. Son fils Samir s'appelle maintenant Samir Khan (ne pas prononcer K, mais R épiglottique). Après les attentats du 9/11, les musulmans sont victimes de diverses vexations, le salon de coiffure de Mandira s'écroule financièrement et cela va jusqu'à une volée de coups d'un groupe de jeunes qui cause la mort de Samir. Dévastée par la mort de son fils qu'elle attribue au nom que son fils a pris, Mandira rompt avec Rizvan qui veut rencontrer le président des États-Unis d'Amérique pour lui dire My Name is Khan and I am not a terrorist. Il est arrêté lors d'une cérémonie quelconque vers 2008 parce que sa phrase a été mal comprise et on en aura entendu que terrorist. Il est torturé, mais des jeunes journalistes ont saisi un enregistrement du moment où il prononce cette phrase, et cela lui permet de recouvrer la liberté. Son cas est beaucoup traité à la télévision et on aperçoit le dos d'un sénateur noir qui s'y intéresse...

Le film est plutôt réussi et sort des thèmes habituels de Bollywood tant sur le fond que sur la forme (pas de scènes dansées par exemple), mais on retrouvera certains thèmes, comme celui du mariage, forcément problématique, ici parce que Mandira est hindoue et Rizvan musulman, ce que n'accepte pas son frère et qui est résolue dans une scène émouvante comme le cinéma indien en produit quand la belle-sœur de Rizvan vient apporter sa bénédiction aux mariés. Néanmoins, l'exagération et l'accumulation d'éléments parasites compliquent un peu inutilement l'histoire de façon à faire de Rizvan Khan un homme invraisemblablement exceptionnel et héroïque. D'une part, il souffre d'une forme particulière d'autisme, ce qui engendre des situations comiques vu les mimiques de Shah Rukh Khan et permet l'expression de ses talents de réparateurs de toutes choses qu'il a développés depuis son enfance. Plutôt sceptique au début du film sur cet aspect, après avoir vu l'ensemble de film, je trouve que c'était une bonne idée. D'autre part, on le voit sauver invraisemblablement un village de Géorgie où il s'était fait des amis. Ces passages-là sont un peu ridicules. Cela devient carrément too much quand un extrémiste musulman vient s'en prendre à lui.

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Nethra Gururaj au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-17 17:40+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Dimanche soir, je suis allé une dernière fois au festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. On a annoncé les récompenses nombreuses déjà reçues par la danseuse, puis après un prélude musical, quelle fut ma surprise quand une jeune fille d'une douzaine d'années à peine entra en scène. Je ne comprends pas grand'chose aux chorégraphiques (les annonces se limitant à indiquer le nom de la chanson, le compositeur, le raga et le tala). Dans la première, il semble qu'il soit principalement question de Krishna et dans la deuxième, le Varnam, de Shiva. Indépendamment de l'âge de la danseuse, c'est très impressionnant de technique et de vitesse. Elle exécute une figure que je n'avais encore jamais vue et qui semble être ce qui se rapproche le plus des pointes de la danse classique européenne parmi ce qu'il se puisse faire pieds nus : les bras tendus vers le haut, une jambe relevée à la hauteur d'un genou, le poids du corps reposant en équilibre sur la pointe d'un pied tendu.

Je devrai malheureusement manquer la fin de ce spectacle en raison d'une quinte de toux qui me fit choisir de m'éclipser discrètement plutôt que de déranger tout le monde.

À la fin du Varnam, une grande dame du bharatanatyam, Padma Shri Sudharani Raghupaty (le bharatanatyam conserve bien, visiblement) a été appelée pour faire un discours dans lequel elle a chaudement félicité la danseuse en devenir, sa guru Nagamani Srinivasa Rao et l'organisateur du festival.

Je suis arrivé à Mumbai mardi après-midi après 28h de train (2h de plus que prévu). J'étais en 2AC, pour la première fois. Par rapport à la 3AC, on a plus de place parce que les couchettes ne sont empilées que sur deux niveaux et elles sont séparées par des rideaux.

Depuis ma chambre, j'ai une très belle vue sur la baie de Mumbai.

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Célébrations de Shivaratri

2010-02-14 12:25+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Voyage en Inde VIII

On m'avait prévenu qu'à la veille du mois de Mashi commençant à la nouvelle Lune, il y aurait une fête spéciale se déroulant pendant toute la nuit dans les temples de Shiva (Shivaratri). En arrivant vendredi en fin d'après-midi à Mylapore, il était difficile de circuler vu la densité du traffic. J'achète un camera ticket au temple Kapaleeshwarar en prévision de mon retour d'un spectacle de danse au R. K. Swamy Auditorium (bharatanatyam par Neeraja Srinivasan, un spectacle très bon mais moins marquant que les quelques uns de niveau assez exceptionnel que j'ai eu l'occasion de voir pendant ces deux semaines à Chennai). Les allées à l'intérieur de l'enceinte du temple sont pleines de monde. La queue menant au sanctuaire est très longue. On se prosterne à plat ventre à certains endroits, des petites bougies produisent un peu de lumière à l'entrée de certaines parties du temple. Plus tard, la divinité est montée sur un char, poussé par une sorte de locomotive.

Une des informations qui ont le plus fait l'actualité dans les médias indiens jusqu'à hier soir est liée à une phrase de Shah Rukh Khan à propos de joueurs de cricket pakistanais. Plutôt favorable à leur égard, les abrutis du Shiv Sena (qui s'étaient déjà fait remarquer il y a un an quand ils voulaient empêcher les femmes d'aller seules boire un verre) et d'autres ont considéré que ce discours était antipatriotique. La sortie de son dernier film My Name is Khan a été menacée, des affiches ont été saccagées, divers incidents se sont produits à Mumbai, mais le public est venu en masse voir le film.

Dès l'annonce de l'attentat commis hier à la German bakery à Pune, la polémique fait rage. Elle vise les autorités fédérales qui n'auraient pas tiré les leçons de 26/11 (les attaques de grands hôtels et de la gare VT à Mumbai) et la police du Maharashtra qui aurait alloué trop de forces à la protection des cinémas jouant le film de Karan Johar avec Shah Rukh Khan. Ces critiques me paraissent infondées, parce qu'à mon avis, il est rigoureusement impossible d'empêcher quiconque de déposer un colis piégé dans un endroit très fréquenté sans en même temps annihiler toutes les libertés publiques, celles-là même que l'on protège en prenant des mesures pour empêcher les nuisances du Shiv Sena. Cet attentat intervient précisément au moment où les discussions bilatérales avec le Pakistant étaient relancées.

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Krishna Chidambaram au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-11 22:44+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Sixième soirée au R. K. Swamy Auditorium. J'y suis aussi allé mardi dernier pour du kuchipudi, mais le spectacle était de qualité très moyenne. Ce soir, le programme était très alléchant vu que le guru de Krishna Chidambaram est C. V. Chandrasekar, un des plus grands danseurs et enseignants de bharatanatyam, aujourd'hui très âgé. Il joue du nattuvangam (cymbales). À ses côtés, une chanteuse, un mridangam, une flûte, un violon. La salle est pleine. J'ai encore trouvé le moyen de m'installer au premier rang, au centre, mais je me suis retrouvé relégué au second quand des chaises surnuméraires ont été disposées devant. La scène est tellement décorée de fleurs qu'il en exhale des parfums.

Cela n'est pas l'habitude dans ce festival, mais pour une fois, les annonces sont faites en tamoul. Il m'est donc significativement plus difficile de saisir de quoi il s'agit d'autant plus que la danse est très technique, trop à mon goût. C'est exécuté parfaitement, tout à fait dans le rythme, mais cela reste très abstrait, presque mécanique. La première pièce est un Pushpanjali dédié à Rama, puis vient un Jatiswaram. Cette deuxième pièce sera la seule à comporter un passage purement rythmique.

Ce spectacle ne comporte pas une partie principale, mais deux ! La première est Siva Astapati. J'ai plusieurs conjectures sur ce qu'elle représente, mais je préfère ne pas les dévoiler. Principalement, il s'agit de Shiva. Le texte répète souvent le mot Shankara et on voit la danseuse prendre révérencieusement la pose Nataraja. Est évoqué le retour de Rama à Ayodha en passant par Rameshwaram où il vénère un lingam de Shiva pour se faire pardonner du meurtre de brâhmane qu'il a commis en tuant Ravana (il ne me semble pas que cet épisode figure dans le Ramayana). Dans un autre tableau, il me semble reconnaître Kama (Amour) frappant Shiva d'une flèche censée le faire aimer Parvati. Shiva le réduit en cendres et Rati son épouse vient implorer le pardon de Shiva, qui le lui accorde.

Dans la deuxième pièce principale, il est aussi question du Ramayana. Les thèmes ressemblent à ceux déjà présentés par Srithika Kasturi Rangam. On verra apparemment la cérémonie qui permet à Dasharata d'obtenir quatre fils. Il y aura aussi la scène où Rama soulève l'arc de Shiva après que d'autres auront raté. Une originalité de cette chorégraphie est d'avoir aussi représenté Sita, anxieuse à l'idée de se retrouver mariée à un autre que Rama. Les caprices de Kaikeyi, responsable de l'exil de Rama, seront ensuite évoqués, puis très furtivement la rencontre de Guha. Une fois dans la forêt, on trouve l'épisode de l'antilope magique à la poursuite de laquelle part Rama à la demande de Sita. Une ellipse, puis on voit arriver des singes, mais la chorégraphie me semble assez confuse.

L'avant-dernière pièce est Javeli. C'est encore très abstrait, tout comme la dernière, un Tillana dédié à Rama.

Si ce spectacle était impressionnant par la technique, je suis néanmoins un peu resté sur ma faim. Si j'avais un dictionnaire des codes du bharatanatyam, j'aurais sans doute davantage apprécié.

Comme la danseuse a resté sur scène pas loin de deux heures, il n'y a plus beaucoup de trains et le suivant étant prévu une demi-heure plus tard, je décide de prendre un bus jusqu'à Indira Nagar. La zone à l'Est de la voie de chemin de fers m'est devenue difficile d'accès parce qu'un petit pont s'est apparemment effondré, ou on l'aura fait tomber. Des travaux sont en cours. Toujours est-il qu'à moins de traverser des maisons, il faudrait faire un détour d'un ou deux kilomètres pour passer à sec. Il m'a pourtant semblé voir un passage praticable. J'ai gagné du temps, mais ma chaussure gauche a fait connaissance avec les immondices du slum...

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Smt. Radha Prasanna au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-09 10:47+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Encore un très beau spectacle au festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Cette foisi-ci, il s'agit de kuchipudi. La danseuse Radha Prasanna est aussi spécialiste de bharatanatyam et cela se voit.

Le spectacle commence par une prière puis la danse commence avec une assez longue pièce dédiée à Ganesh, celui qui repousse les obstacles. La pièce suivante évoque le personnage de Satyabhama, la plus belle des soixante mille gopis de Krishna.

Par rapport au bharatanatyam, les mouvements sont beaucoup plus arrondis. On trouve aussi des passages purement rythmiques, qui reviennent d'ailleurs plus fréquemment.

Avant le début de la pièce principale, on rappelle le parcours de Guru Madhava Peddi Murthy (Siva Foundation) lui-même disciple d'un récipiendaire du Padma Bhushan.

La difficuilté des pièces va croissante. La pièce principale, homologue du Varnam, est le Tarangam, qui signifierait ondes. C'est d'ailleurs par des mouvements ondulatoires que commence cette pièce, qui évoque la danse de Krishna à Vrindavan. On voit aussi Vishnu couché et il me semble même que Lakshmi lui masse les pieds. La spécificité du kuchipudi est de comporter des passages dansés sur un plateau de laiton. C'est assez impressionnant. Les orteils pincent les bords. La danseuse avance, tourne, recule en rythme et avec une grande facilité tout en accompagnant les pulsations de mouvements des bras. La difficulté explose sur la fin. La guru réalise avec sa voix et les cymbales une dictée rythmique frénétique que la danseuse reproduit accompagnée des autres instruments : morsing (guimbarde),, vîna, mridangam.

La pièce suivante évoque la danse cosmique de Shiva, sur un texte sanskrit d'Adi Shankara. Du point de vue musical, on entend un mélange harmonieux de passages rythmiques pendant lesquels la mélodie de la vîna et de la voix d'un chanteur reste en suspension.

La pièce qui vient ensuite est un hommage à Venkateshwarar et la grande Unité qui inclut tous les êtres de la Création, qu'il soient rois ou intouchables. Musicalement, c'est une superbe interprétation de la chanson Brahman Okate.

Encore une pièce dédiée à Venkateshwarar sur une composition de Sri Rajaji. Un dévôt s'adresse à la divinité et lui dit Viens et bénis-moi..

Ce spectacle de haut niveau se termine comme il s'est ouvert par une prière.

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Srithika Kasturi Rangam au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-05 11:12+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Comme lundi et mardi, en rentrant du Chennai Mathematical Institute en bus, j'ai pris un train local pour la station Tirumailai, la plus proche de Mylapore et de son temple Kapaleeshwarar. Le timing étant plutôt serré pour manger avant de rejoindre le R. K. Swamy Auditorium, je n'ai guère d'autre possibilité que de manger une troisième fois au restaurant Saravana Bhavan du coin. Il n'y a pas que les dosas qui y soient bons : puris, parathas, sambar vada, etc. Leur kulfi est excellente. Ayant un petit peu d'avance, je décide de passer par l'intérieur de l'enceinte extérieure du temple Kapaleeshwarar. On y a construit un passage couvert le long de l'enceinte intérieure. De nuit, les sculptures sont moins visibles, seules luisent les lettres Om Shiva Shiva du gopuram (où l'on pourra aussi voir un lingam et une paonne, symbole du couple Shiva-Parvati). En faisant le tour, les incroyants étant défendus d'entrer dans l'enceinte centrale, je découvre qu'il s'y trouve une étable (un des noms de Shiva est Pashupati, celui qui garde le troupeau, une métaphore que l'on trouve aussi dans le christianisme), ce qui est cohérent avec le fait que mardi soir, traversant le parking en face du gopuram, un moment d'inattention et je me fusse retrouvé encorné par un bovin poursuivi des assiduités de quelque congénère.

Le récital de 17h45 n'est pas encore fini quand j'arrive à la salle après avoir reconnu la rue à prendre au repère olfactif que constitue le grossiste en café qui s'y trouve. Je m'installe entre deux pièces et peux assister au fort déplorable Tillana final. La musique est catastrophique, la chorégraphie maladroite, et la danseuse, non dénuée de possibilités, fait ce qu'elle peut. Dans ce festival, on trouve du bon et du moins bon.

Je me replace au premier rang, dans une place laissée libre au centre. Le récital de Sritikha Kasturi Rangam (30 ans) va commencer. On annonce que ce récital sera un hommage à la grande chanteuse M. S. Subbulakshmi dont on donne quelques repères biographiques. Sa photographie enguirlandée se dresse en dessous de la traditionnelle sculpture du seigneur de la danse.

Le spectacle commence par un Pushpanjali. Vient ensuite une des chansons d'Adi Shankara (un des grands penseurs de l'hindouïsme) : Bhaja Govindam, dédié à Krishna, fameusement chanté par M. S. Subbulakshmi. Le chant est assuré par Guru Ambika Kameswar (qui joue aussi des cymbales et a signé les chorégraphies) et une autre chanteuse. Si elle a parfois du mal à aller chercher les aigus, sa prestation vocale est néanmoins remarquable. Dans ces pièces introductives, la danseuse montre une grande maîtrise dans l'exécution précise de mouvements pourtant rapides.

La pièce principale qui va suivre, le Varnam, est la plus belle pièce de bharatanatyam que j'ai vue. Il s'agit bien d'une pièce ou d'un ballet dont la danseuse jouerait tous les rôles. Le scénario est extrait des six premiers livres du Ramayana de Valmiki. La chanson s'appellerait Bhavayami Raghuramam. Quelques uns des épisodes de l'épopée seront ainsi représentés. Si connaître l'épopée aide beaucoup à identifier les scènes, les différents tableaux parlent d'eux-mêmes. Le public paraît d'ailleurs plus réactif que d'ordinaire ; peut-être est-ce qu'il comprend aussi paradoxalement mieux ce qui se passe sur scène que si on lui avait préalablement introduit les différentes scènes au micro.

La première scène que je reconnais est celle où Rama gagne la main de Sita en soulevant et bandant sans effort l'arc de Shiva qui était en possession de Janaka, le père plus ou moins adoptif de Sita. Avant lui, de grands gaillards se seront fait mal au dos en ratant lamentablement l'épreuve.

Une ellipse et Rama se retrouve en exil (avec Lakshmana et Sita) et traverse une rivière à bord de la barque de Guha, qui est souvent considéré comme un des tout premiers dévôts (bhakta) de Rama.

Le tableau le plus poétique est celui qui met en scène Jatayus. Que ces mouvements évoquant ceux du vautour sont gracieux ! Avant de succomber à ses blessures, il informe Rama de l'enlèvement de Sita par Ravana.

L'armée des singes part ensuite à la recherche de Sita en direction des quatre points cardinaux.

Le singe Hanuman prend avec lui un bijou de Rama. Il retrouve Sita prisonnière et triste. Elle s'illumine quand elle reconnaît l'ornement de Rama qui se réjouit aussi au retour de Hanuman.

Dans le dernier tableau, Rama est face à l'Océan qu'il devra franchir pour rejoindre Sita.

La pièce suivante est rythmée par le mantra (Om) Namah Shivaya sur un texte aussi dû à Adi Shankara. Différents aspects de Shiva sont représentés comme Nataraja, le seigneur de la danse, ou celui qui a les cheveux tressés (superbe évocation de la descente de Ganga).

Vient une chanson de Mirabai dédiée à Hari et enfin un Tillana dédié à la joie cosmique où entre des passages de danse pure, on verra un Vishnu couché sur l'Océan cosmique.

Quel beau spectacle ! Tout, dans la musique, la danse, l'expression du visage, l'attitude, etc, était de très haut niveau, à mon avis aussi bon que les spectacles des danseuses les plus connues qui vont se produire jusqu'à Paris !

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Smt. K. R. Rekha au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-03 10:56+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Mardi soir, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium. On annonce K. R. Rekha, son nom étant précédé du titre Srimati plutôt que Kumari, signe la danseuse sera expérimentée, ce qu'elle montre assez rapidement. Ses parures brillent ostensiblement. Mauvaise surprise : les musiques sont enregistrées. Si le spectacle de la veille m'avait déjà semblé audacieux par ses innovations chorégraphiques qui restaient néanmoins dans la tradition, l'audace de la danseuse de ce soir va s'avérer bien plus grande, quitte à sacrifier la tradition au point qu'après les deux premières pièces, je me demandais s'il s'agissait bien de bharatanatyam, avant que quatre de ses élèves entrassent en scène et exécutassent quelques mouvements correspondant aux codes habituels, et ce avec plus ou moins de réussite. Le style de la danseuse, comme ses formes, est tout en rondeurs, fait d'amples mouvements et de poses évanescentes évoquant furtivement quelques divinitées (en l'occurrence des formes de Shiva). La musique n'est pas très carnatique non plus, encore un peu d'audace et nous eussions entendu des chansons bollywoodiennes. Dans une des pièces, la danseuse interprète le rôle de Yahoda accompagnée du divin Krishna mimé par son fils.

La dernière pièce est le clou du spectacle. Sans que je comprenne les détails d'interprétation, la danseuse représente le moksha, le salut qui se peut obtenir par l'adoration du bienheureux Krishna. La musique qui rythme cette chorégraphie est la marche nuptiale du Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn !

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Kumari Pallavi Vijay au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-02 11:17+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Je suis arrivé en Inde dans la nuit de dimanche à lundi. La correspondance à Bruxelles (alors recouverte de neige) a été limite. L'avion d'Europe Airpost avait une bonne heure de retard. À Bruxelles, je dois chagner de terminal, ce qui est assez long en marche et tapis roulants. Enfin, le plus pénible et le plus long est de revoir repasser les contrôles de sécurité, surtout s'il faut d'abord trouver quelqu'un qui entende suivant le cas le flamand, l'anglais ou le français et que la machine se met à bipper sans raison et que l'agent de sécurité réalise des contrôles plus approfondis avec nonchalance. Une employée me dit ensuite de courir pour rejoindre la porte d'embarquement. Une fois dans l'avion, on aura encore une heure d'attente parce qu'un passager a égaré son passeport... Le service sur ce vol Jet Airways est très-convenable. Ce qui l'est moins, c'est la sélection de disques dans la rubrique Western classical des ordinateurs de bord, dans la mesure où elle contient une majorité de trucs dans le genre Vanessa-Mae. Je trouve néanmoins des symphonies de Haydn, ce qui me fait remarquer une ressemblance étonnante entre le premier mouvement de la symphonie nº88 et un des morceaux de Casse-Noisette.

Lundi soir, je me rends au R. K. Swamy Auditorium pour le festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Dans ce festival que j'ai déjà fréquenté l'année dernière, on ne sait jamais à l'avance de quel niveau sera le récital.

Le deuxième programme de ce jour commence par un morceau chanté, ce qui met aussitôt en valeur les grandes qualités de la chanteuse. Entre ensuite en scène la frêle et rose silhouette de Pallavi Vijay dont j'apprendrai plus tard qu'elle n'a que seize ans. Avec un faux air de nonchalance, elle exécute un Pushpanjali évoquant Natajara, le seigneur de la danse. Le varnam, la partie principale d'un récital de bharatanatyam est dédié à Vishnu aux multiples formes. Les différentes évocations dansées, accompagnées musicalement par une voix, un violon, un mridangam (un type de percussions) et des cymbales choquées par Guru Meenakshi Chittaranjan, qui fait aussi entendre sa voix dans les parties purement rythmiques insérées dans le varnam. L'hommage à Vishnu commence par une pose correspondant à Vishnu couché sur l'Océan cosmique, puis vient un épisode du Ramayana où Rama ranima Ahalya qui avait été changée en pierre. Un exemple des bienfaits de la dévotion est donné par une légende puranique que je ne connaissais pas : un éléphant est sauvé de l'attaque d'un crocodile parce qu'il est un dévôt de Vishnu. Cet épisode est très pittoresque. On a vraiment l'impression de voir l'éléphant et le crocodile que la chorégraphie suggère. La façon de représenter l'éléphant est différente de celles vues jusques à maintenant, cette chorégraphie insistant davantage sur les oreilles que sur la trompe. Un autre avatar, le nain Vamana, vient ensuite, de ses trois pas, mettre un terme à la domination du démon Mahabali. Enfin, c'est Venkateshwar, la forme de Vishnu résidant à Tirumala qui est évoquée.

Après cette partie, quelques minutes de violon tout en vibrato, aux improvisations cependant moins assurées que dans les autres parties.

Plus tard, la danseuse revient pour évoquer la plainte faite par une gopi à Yashoda à propos de son fils adoptif Krishna. Elle lui dit en substance : Votre fils est un vilain garçon. C'est la créature la plus dépravée de l'univers. En pleine nuit, il m'a séduite, je l'ai rejoint et il m'a embrassée, et sans que je m'en rendisse compte, il faisait la même chose à de nombreuses autres que moi en même temps..

Ce très beau récital s'est terminé par un Tillana, lui aussi dédié à Krishna.

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La Cenerentola au TCE

2010-02-01 15:09+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Opéra — Voyage en Inde VIII

Samedi soir, quelques heures avant de prendre un Noctambus^Wbus de nuit^W^W^WNoctilien pour l'aéroport CDG, je suis allé au Théâtre des Champs-Élysées pour assister à la première représentation de La Cenerentola dans la production mise en scène par Irina Brook (fille de Peter Brook) qui est reprise à nouveau.

Il s'agit indiscutablement du plus drôle spectacle d'opéra que j'aie vu. Bien sûr, cet opéra est un des opéras comiques de Rossini, mais le début de la représentation fait craindre d'assister à un opéra d'esthétique deschiesne, le décor figurant le Bar Magnifico où Angelina (Vivica Genaux) en miss Ugly fait tout le travail, méprisée qu'elle est par son (beau ?)-père et ses deux demi-sœurs Clorinda (Carla Di Censo) et Tisbe (Nidia Palacios). Don Magnifico (Pietro Spagnoli) porte un maillot de foot (de la Lazio), son jeu est très exagéré, on dirait un acteur de film muet... La beaufitude et le look Deschiens ne seront pas les seules cibles de la farce, on s'amusera aussi aux dépens des jet-setteurs, du cultureux branché, de l'art contemporain, de la presse people, etc. Le lieu est très flou lui aussi, on est à Rome (en tout cas en Italie), à Paris, à New-York.

Contrairement à certaines transpositions pas toujours très cohérentes, ici, tout colle très bien à l'histoire, à la lettre du livret, avec quelques gags supplémentaires, comme celui qui consiste à faire accroire qu'un personnage chanté par un chauve (Antonino Siragusa) se fait passer pour un autre d'apparence chevelue (Stéphane Degout). En effet, Don Ramiro veut épouser une femme qui ne se soucierait pas de son argent. C'est donc le valet Dandini qui vient sonder l'âme des filles de Magnifico. La seule scène qui m'ait paru étrange est celle où Dandini et Magnifico sont en chaise longue, une serviette blanche lacée à la ceinture. Sans doute un clin d'œil à la scène du Barbier de Séville où Figaro fait son office de barbier.

Du conte original de Cendrillon, il ne reste plus beaucoup de la partie magique. Cet élément est incarné par le curieux personnage d'Alidoro (Ildebrando D'Arcangelo). En remercîment de l'aumône accordée par Angelina, il œuvre pour que Don Ramiro la choisisse et punisse ses sœurs. Son intervention muette pendant le sextuor du deuxième acte est à hurler de rire. Les six autres personnages sont figés pendant le sextuor, comme des somnambules. Très espiègle, il leur fait faire des gestes ridicules avec leurs mains.

Pour ce qui est de la musique, le Concerto Köln est dirigé par le jeune chef Michael Güttler. À propos des voix, j'ai trouvé que Vivica Genaux manquait un peu de puissance pendant les premières scènes chez Magnifico quand l'orchestre jouait forte (sans que ce soit très gênant : dans la plupart des passages, l'orchestre n'est qu'un accompagnement du chant). Cependant, elle a été formidable dans sa longue séquence à la fin (qui ressemble beaucoup à son homologue du Barbier de Séville). Grand rossinien, Antonino Siragusa est un Don Ramiro enthousiasmant, tout particulièrement pendant ses airs du deuxième acte, très applaudis.

Voilà un très beau spectacle. Malgré une histoire mettant en scène sept personnages principaux (dont deux certes, ceux des sœurs d'Angelina, sont quasi-confondus), ce n'est pas cérébral comme un Wagner ou un Strauss et on aurait presque des scrupules à se laisser aller à une cette facilité (encore plus axée sur le chant que ne l'est Bellini), mais c'est cela aussi l'opéra. En sortant, j'entends dire Ç'aurait plu aux gosses..

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Exposition Les Ballets Russes à Garnier

2010-02-01 14:35+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Expositions — Voyage en Inde VIII

Samedi après-midi, je dépose mes affaires à un hôtel près de la Gare du Nord où j'ai prévu de prendre un bus très tôt le lendemain matin. Je me suis dirigé vers l'Opéra où se tient une exposition sur les Ballets russes. Contrairement à l'exposition du début de saison sur Gounod, elle n'est pas ouverte les soirs de spectacle, ce qui fait que je ne l'ai toujours pas vue malgré les cinq après-midi ou soirées que j'y ai passées depuis la mise en place de cette exposition.

Je rentre facilement grâce à ma carte de la BnF. On peut voir dans cette exposition des dessins préliminaires à la confection de costumes ou de décors, quelques costumes, des photographies, une partition autographe du Prélude à l'après-midi d'un faune, une notation chorégraphique de certains passages du Sacre du printemps, etc.

Je découvre dans cette exposition l'intérêt pour l'Asie du décorateur Léon Bakst. On verra ainsi un bronze de Garuda, la monture de Vishnu qui aurait inspiré L'oiseau de feu et surtout une photographie du superbe Nijinsky prenant la pose caractéristique de Krishna joueur de flûte dans Le Dieu bleu en regard d'un autre bronze issu des collections du musée Guimet. Une danseuse de bharatanatyam ne prendrait pas une pose différente.

Parmi les autres documents présentés, on pourra lire deux pages d'un rapport de Gabriel Astruc destiné aux autorités impériales russes à propos de la troupe de Diaghilev et de ses déboires financiers, dont voici des extraits :

Rapport confidentiel sur la saison russe 1909

M. Serge de Diaghilev a compromis en France le bon renom de l'administration des Théâtres Russes.

Mesures à prendre pour l'avenir

Peut-être y a-t-il lieu dans l'intérêt même de la bonne renommée des Artistes russes et de la dignité des Théâtres Impériaux de Russie, de ne pas sanctionner par des autorisations officielles les faits et gestes d'un impresario amateur dont le crédit est fortement entamé sur la place parisienne.

La sortie est toujours aussi mal indiquée. Je reste une bonne dizaine de minutes à la librairie pour écouter jusqu'au bout la version instrumentale de l'air Ah ! no credea mirarti de La Sonnambula qui s'y fait entendre.

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La Sonnambula à Bastille (deuxième)

2010-01-29 01:02+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Jeudi soir, deuxième de La Sonnambula. Place d'abonnement dans la catégorie juste au-dessus de celle de lundi. Bout de rang 8 du deuxième balcon de côté (jardin). Un angle de vue comparable à celui que j'avais lundi, sans balcon au-dessus et personne derrière (il y a une cloison).

L'annonce que Natalie Dessay est toujours souffrante n'engendre que des applaudissements, la phrase prononcée ayant commençé par une locution suggérant qu'elle se finirait bien. De l'art d'annoncer une mauvaise nouvelle à 2700 personnes. Contrairement à lundi où cette difficulté passait presqu'inaperçue, ce soir, elle était souffrante et cela s'entendait. Pas tant dans les parties les plus virtuoses de ses airs, que dans les récitatifs, chantés bien sûr, que comporte l'opéra.

Qu'il doit être difficile de choisir entre renoncer à chanter au risque de décevoir les nombreux spectateurs et chanter tout de même en désespérant de ne pas être au meilleur de soi.

Quoique les autres chanteurs fussent très bons, ces imperfections eussent fait que cette soirée n'eût été qu'en demi-teinte s'il ne se fît ouïr l'air final Ah ! non giunge uman pensiero, où après avoir rapidement passé une robe rouge en coulisses, la chanteuse se place seule en scène devant un rideau imitant celui de l'Opéra Garnier (où, parfois, comme ce soir, les étoiles sont applaudies à leur entrée en scène). Cela a été plus court, mais je me suis retrouvé à peu près dans le même état que lundi.

Je ne sais pas depuis combien de temps le réglage des oculaires correspondant aux deux yeux s'était défait, mais au début du deuxième acte, ce n'était plus tenable, j'ai identifié le problème et en prenant soin de faire le réglage œil après œil, j'ai retrouvé une image très nette, me permettant de voir vraiment très bien le visage des chanteurs. Ces jumelles, achetées environ 25€ il y a un an et demi, furent un très bon choix d'équipement.

Dans Le Monde, Renaud Machart moque gentîment la mise en scène :

Pour cette production louée à l'Opéra de Vienne, le metteur en scène Marco Arturo Marelli a transposé l'action, sise dans un village, dans un sanatorium de luxe en montagne. Ce qui est assez piquant quand le Comte Rodolfo, revenu au bercail après une longue absence, s'exclame, alors qu'il est devant un bar et des tabourets Art déco : Le moulin ! La fontaine ! Le bois ! (...) Je vous reconnais, lieux charmants.

Il oublie malicieusement de préciser qu'au moment où Rodolfo le dit, il ne regarde pas le bar, mais le tableau qui se trouve accroché au-dessus et représente un paysage villageois.

À propos de cette mise en scène, j'avais remarqué qu'un détail avait été changé par rapport au livret, à savoir que l'objet qui trahit Lisa et ses jeux folâtres avec le comte n'était pas un fichu mais un soulier (elle a aussi égaré un bas...). N'entendant pas l'italien, je ne sais pas si le mot vel a été changé. En tout cas, pour l'amateur français d'opéra italien qui se soucierait encore des paroles, on a pris garde à l'Opéra de Paris de faire paraître le mot soulier dans les sur-titres (c'est à peu près le seul moment de la soirée où j'ai formé le dessein de les lire).

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La Sonnambula à Bastille

2010-01-26 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Ce lundi, lors de la première de La Sonnambula à l'Opéra Bastille (véritable première : c'est l'entrée au répertoire de l'Opéra de cette œuvre de Bellini créée en 1831), on annonce que Natalie Dessay est souffrante depuis quelques jours, brouhaha dans la salle, mais qu'elle assurera son rôle. L'opinion générale est qu'elle a fait un peu mieux qu'assurer. C'est carrément l'extase !

C'était le moment de la saison opératique que j'attendais le plus avidement. Le moins que je puisse dire est que je n'ai pas été déçu par ce spectacle d'opéra, parmi les plus belles choses qui se puissent entendre. J'ai déjà eu l'occasion de discuter de l'intrigue et des œuvres qui par transpositions successives ont conduit à cet opéra 1. Je n'y reviens plus.

La mise en scène de Marco Arturo Marelli n'est pas désagréable à regarder. Le décor (unique) est une vaste salle d'un hôtel dans les Alpes suisses. C'est cohérent avec le livret qui fait de Lisa une aubergiste. Ce qui l'est moins, dans cette approche visuellement réaliste, c'est de n'avoir pas suggéré la chambre de Rodolfo où, après sa première crise de somnambulisme, Amina s'endort. On la voit ici s'allonger dans la salle de banquet. Lors des apparitions d'Amina, les témoins chantent parfois en regardant dans la direction opposée, ce qui produit un effet peu crédible. Comme il l'explique dans le programme, une des idées du metteur en scène est de rapprocher ce séjour suisse d'une retraite effectuée par le compositeur quelques mois avant de composer son ouvrage (il pensait alors écrire un (H)Ernani). Ce n'est que marginalement visible dans la mise en scène, mais il faudrait imaginer que Rodolfo est un compositeur. Bref, si elle n'est pas génialissime, cette mise en scène n'est en rien déplaisante (pas de quoi justifier les huées, quelqu'éparses qu'elle fussent, qui accompagnèrent l'arrivée de l'équipe de production lors des saluts).

Ce n'est je crois que la deuxième fois qu'un opéra me met dans des états pareils. La première fois, c'était lors de la première de Padmâvatî au Châtelet. La jouissance était alors davantage visuelle que musicale, même si l'impressionnisme de Roussel exacerbait mon sentiment général à propos de cet opéra-ballet. Ce soir, c'était avant tout la voix de Natalie Dessay qui détenait la faculté de déclencher des réactions jubilatoires. Lors de la retransmission du Met, cela ne m'avait tout à fait atteint que lors de l'avant-dernier air Ah ! no credea mirarti (j'avais même été plus impressionné par le rôle d'Elvino chanté par Juan Diego Flórez). Dans la salle de l'Opéra Bastille, l'effet de la voix de Natalie Dessay a été immédiat, dès les premiers airs du premier acte, dont je perçois enfin l'immense beauté. S'il n'est sans doute pas aussi enthousiasmant qu'un Flórez ou un Meli, Javier Camarena fait un bon Elvino. Les autres chanteurs, notamment Michele Pertusi (Rodolfo), assurent très-convenablement leur rôle aussi bien par leur chant que par leur jeu.

À voir, à revoir. (Cette production sera filmée. Une retransmission radiophonique est prévue le 27 février sur France Musique.)

[1] Un des textes du programme (tiré des mémoires de l'épouse du librettiste Felice Romani) confirme d'ailleurs que l'idée de faire de Rodolfo le père d'Amina était bien de lui, qu'il avait écrit une scène où Rodolfo révélait sa paternité à la présumée orpheline. Le seul vestige de cet ajout envisagé à l'intrigue se trouve allusivement dans les paroles de Rodolfo :

Elle est fort gentille et gracieuse
Laisse-moi te regarder. Oh, quel joli minois !
Tu ne sais pas combien ces beaux yeux
Font doucement battre mon cœur,
Comme tu rappelles à mes pensées
Une adorable beauté.
Elle était, ah ! telle que tu es,
Au matin de sa vie.

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Une Norma colorisée au Châtelet

2010-01-23 01:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je n'étais pas retourné au théâtre du Châtelet depuis un an et demi. La dernière fois, c'était pour un concert du dimanche matin avec Le Concert français dirigé par Pierre Hantaï et la fois précédente, c'était pour Padmâvatî de Roussel.

Cette fois-ci, c'est pour Norma de Bellini, qui, hasard du calendrier intervient presqu'en même temps que la production de La Sonnambula du même compositeur à l'Opéra Bastille.

Les décors du metteur en scène Peter Mussbach et de Daniela Juckel sont conceptuels. Un grand vide bordé de trois murs. Une grande boule, représentation d'une divinité lunaire, est un totem que déplacent les Gaulois. Les membres du chœur, des comédiens et une acrobate restent sur scène en permanence. Ils portent des costumes ternes. Les couleurs changeantes des murs, des éléments de décor, des costumes, sont presqu'entièrement le fruit des lumières. La scène sera ainsi toute verte, toute rouge, bleue, etc, suivant la situation. Ce procédé est d'autant plus éclatant quand une tâche de lumière colorée suit un personnage, en l'occurrence Oroveso (Nicolas Testé), le chef des druides. C'est le père de Norma (Lina Tetriani), sorcière-prêtresse censée annoncer l'oracle aux Gaulois. Elle a eu deux enfants (interprétés par des sortes de poupées !) du proconsul romain Pollione (Nikolai Schukoff) dont la moitié haute du corps est dorée par le maquillage. Celui-ci doit rentrer à Rome, et plutôt que Norma, c'est la jeune Adalgisa (Paulina Pfeiffer) qu'il aimerait emmener. Norma est jalouse, elle veut mener sa vengeance à son terme en se servant du pouvoir que sa religion lui donne sur les Gaulois. Norma envisagera de sacrifier ses enfants (comme Médée...), puis annoncera à son peuple qu'il faut non seulement sacrifier à leur divinité le profanateur Pollione, mais aussi une jeune fille qui s'est compromise avec lui. Jusqu'au dernier moment, elle hésitera. Finalement, elle se dénoncera elle-même pour rejoindre Pollione dans la mort. Ce dernier loue une femme qu'il perd. Je me demande un moment s'il pense à Adalgisa ou à Norma, mais il semble bien qu'il s'agisse de Norma, bien plus forte qu'il l'avait pensée.

Musicalement, c'est très beau. Autant je n'avais pas du tout été convaincu par l'Ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi dans L'Oratorio de Noël, autant dans Bellini, cela rend bien. Les chanteurs des trois ou quatre rôles principaux sont bons. Bien sûr, quand le public a entendu des centaines de fois l'air Casta Diva chanté par Maria Callas (le nombre de films qui l'utilisent dans leur bande son est assez invraisemblable), il est difficile que la comparaison ne paraisse pas défavorable (simplement parce que les détails d'interprétation sont différents, et qu'on pourrait attribuer à une faute ou une faiblesse ce qui n'est qu'un choix, pas forcément moins pertinent). Lina Tetriani, qui a été annoncée souffrante à l'entr'acte, s'en est très bien sortie. Dans ses airs, Nikolai Schukoff montre ses talents de bel cantiste. La première scène du deuxième acte met en scène un superbe duo entre Norma et Adalgisa, cette dernière étant prête à sacrifier son amour de Pollione pour son aînée.

Une partie du public a lancé des huées à la fin du premier acte et lors des saluts. Je ne sais pas si cela visait Spinosi ou bien le metteur en scène qui n'était pas là pour saluer. Pour ma part, j'ai trouvé que cette production était réussie.

PS: L'utilisation de toute la profondeur du plateau fait qu'il vaut mieux être au centre pour bien profiter de cette mise en scène, ce qui était mon cas vu que j'étais au premier balcon, plein centre, avec néanmoins devant moi un pilier, qui n'est pas très gênant : à un moment, Norma et Adalgisa étaient toutes les deux côté cour dans l'axe du pilier, mais par vision stéréoscopique, Adalgisa de l'œil gauche, Norma de l'œil droit (à moins que ce ne soit le contraire), je les voyais toutes les deux simultanément (cela marche bien sûr aussi derrière des jumelles).

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The Fairy Queen à l'Opéra Comique

2010-01-22 02:05+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures

Les spectacles à l'Opéra Comique qu'il m'a été donné de voir rivalisent d'adresse à m'enthousiasmer. Le dernier en date est The Fairy Queen, semi-opéra de Purcell, dont la partition a été perdue pendant deux siècles ! Je ne m'étais pas renseigné sur cette œuvre. Je découvre ainsi qu'un semi-opéra est un spectacle intermédiaire entre le théâtre et l'opéra. À vrai dire, les musiciens, les comédiens et les chanteurs ne sont pas les seuls à rassasier les sens du spectateur puisqu'on verra aussi évoluer des danseurs !

Le livret est inspiré (vaguement nous dit le metteur en scène Jonathan Kent) de la pièce de Shakespeare Le songe d'une nuit d'été. Tout se passe dans un décor unique mais multiforme. Il commence par figurer l'intérieur du duc Theseus, puis il se déstructure pour représenter la forêt où les amoureux Lysander et Hermia ont promis de se rejoindre, suivis de près par Helena qui n'est point aimée de Demetrius en retour. La reine des fées et Oberon se disputent. Puck, le serviteur d'Oberon, se trompe de destinataire pour les charmes que lui suggère son maître, ce qui fait que la reine des fées se trouvera en amour avec le tisserand Bottom transformé en âne et que Lysander et Demetrius vont fuir Hermia pour se disputer Helena. Quand le jour paraîtra, tout sera rentré dans l'ordre et les personnages auront eu l'impression de faire un songe.

Tout ce spectacle est so British. Par exemple, les artisans jouent une pièce de théâtre inspirée de la légende de Pyrame et Thisbé racontée par Ovide. Les artisans jouent tellement mal leur pièce à l'intérieur de la pièce que c'en est à hurler de rire. Le comédien qui interprète Bottom (Desmond Barrit) est très impressionnant.

Le décor est unique, mais cela bouge beaucoup. Une trappe permet de rapides et multiples apparitions-disparitions de personnages. On a presque peur pour les danseurs qui arrivent à ne pas tomber dans le trou. Certains, comme Phoebus et Juno sont suspendus dans les cieux.

Le spectacle est très long : cela commence à 20h et finit peu avant minuit, avec un seul entr'acte d'une demi-heure. Bref, il ne s'en ai pas fallu de beaucoup pour que j'arrive à prendre le dernier RER B (qui, n'étant omnibus qu'à partir de Massy-Palaiseau, est plus rapide que ceux qui précèdent). Long, mais en rien ennuyeux.

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Werther sans Kaufmann

2010-01-21 01:46+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures

L'opéra Bastille voit se succéder les Werther maudits. L'an dernier, Villazón avait annulé la première. Cette année, pour la représentation de ce soir, Jonas Kaufmann a été remplacé par Andrew Richards qui a interprété fort honorablement le rôle de Werther dans l'opéra éponyme de Massenet.

J'avais plutôt apprécié la production de Jürgen Rose. Celle dont l'Opéra a fait l'acquisition, mise en scène par Benoît Jacquot au Royal Opera House (2004), m'a enthousiasmé bien au-delà. Le seul faux pas me semble résider dans le port de lunettes teintées par Werther lors de son entrée en scène. Bagatelle.

Les quatre décors (un par acte) sont en pente. Le mur d'enceinte et la porte d'entrée sur le domaine du bailli, les abords du temple (que l'on ne voit pas), le salon de Charlotte, la chambre de Werther. Les costumes sont classiques. Albert est en rouge, Werther en bleu, Charlotte en blanc, Sophie en violet. Si on excepte le début du troisième acte, trop sombre, j'ai trouvé que l'utilisation des lumières était extrêmement pertinente.

Depuis la dernière fois, j'ai pris le temps de lire le roman épistolaire de Goethe, Les souffrances du jeune Werther, que j'ai lu dans la sublime version française que constitue la traduction de Charles-Louis de Sévelinges, rendue plus élégante par Pierre Leroux qui n'entendait pas l'allemand et revue récemment par Christian Helmreich, Le Livre de Poche, collection Les Classiques de Poche. À ma surprise, Sophie, la sœur cadette de Charlotte, est un personnage qui n'apparaît que dans l'opéra. Elle est interprétée par Anne-Catherine Gillet, qui m'avait impressionné dans l'air de Micaëla de Carmen. C'est d'ailleurs dans cette Carmen que j'avais entr'aperçu Andrew Richards. Il n'avait pu assurer son rôle de Don José que pendant les deux premiers actes et avait été remplacé par un ténor brésilien anonyme.

Son interprétation du rôle de Werther est tout à fait convaincante. Toutefois, la prononciation de certaines voyelles lui pose occasionnellement quelques problèmes. Charlotte est interprétée par Sophie Koch que je n'avais entendue qu'une seule fois, dans le final de la neuvième symphonie de Beethoven en 2005 au TCE avec l'Orchestre Lamoureux. La tension dramatique et l'importance de ce rôle augmentent à chaque acte jusqu'à la scène finale, très lyrique.

Dans le rôle d'Albert, on trouvera cette année aussi Ludovic Tézier. Par rapport au roman, Albert est plus en retrait. On ne saura pas grand'chose de lui si ce n'est qu'il est l'homme que Charlotte avait promis d'épouser à sa mère sur son lit de morte. Dans le roman, on le voit volontiers philosopher avec Werther, qui est fasciné par le suicide... Dans cette version toutefois, un détail dans l'attitude d'Albert laisse à penser qu'il est parfaitement conscient de l'usage que Werther entend faire des pistolets qu'il lui prête pour un prétendu voyage. Dans le roman, seule Charlotte semblait envisager la fatale issue.

Les amateurs du son de la harpe seront comblés dans les derniers actes. Le directeur musical Michel Plasson (76 ans !) a manifestement plus de mal à marcher qu'à diriger l'orchestre de l'Opéra. En tout cas, il fait de la musique de Massenet un délice de musique continue, seulement interrompu par les deux entr'actes.

La représentation du 26 janvier sera retransmise en direct sur Arte et sur Internet (ArteLiveWeb).

PS: Il m'a semblé que le surtitrage a été remonté, le rendant seulement à moitié visible depuis le rang 7 du premier balcon de côté. Cela paraît curieux par rapport à l'utilisation de l'espace scénique : seule la moitié de la hauteur disponible était utilisée, de sorte qu'il n'eût résulté aucune gêne de ce qu'on descendît légèrement l'appareil.

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Biennale de quatuors à cordes à la CdM

2010-01-16 23:10+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Jusques à il y a deux ans, je vivais dans l'idée fausse que la Cité de la Musique n'était que le Temple de la Musique Nouvelle 1. À vrai dire, tous les styles de musique y sont représentés, ce qui la distingue des autres lieux culturels parisiens. Je n'y avais pour le moment entendu que des Râgas et de la musique baroque.

Il n'y avait pas de raison que je n'essayasses point d'entendre aussi de cette musique du vingt-et-unième siècle quand l'occasion se présenta de coupler l'écoute de cette musique avec une partie de programme de l'intégrale Schubert prévue lors de la biennale de quatuors à cordes.

Mercredi dernier, j'ai assisté au programme de 20h30. Je m'installe sur mon siège dans la salle que je trouve dans une configuration géométrique inhabituelle. Les deux fois précédentes, les sièges étaient dirigés vers le centre du côté le moins long du rectangle, alors que ce soir, ils étaient tournés de 90°.

Les placeurs de la CdM sont certainement les plus décontractés qu'il se puisse voir. Entre deux spectateurs, combien de ragots sont échangés !

La première partie aurait dû voir la création d'un quatuor de Philippe Manoury. Elle n'aura pas lieu. À la place, le quatuor Diotima joue le quatuor à cordes nº4 (2003) de Jonathan Harvey. Après que le quatuor s'est installé et qu'une annonce bienveillante à destination d'un pays récemment frappé par les destructrices forces sous-terraines, des sons se font entrendre de toutes les directions. Le concert est en effet sonorisé par un dispositif électronique en temps réel opéré par Gilbert Nouno. Parfois, on ne sait plus très bien si ce qu'on entend est du direct, l'écho de ce qui a déjà été entendu ou un tout autre son. En tout cas, le son provient de partout et la localisation change tout le temps. C'est rigolo, mais j'ai du mal à considérer qu'il s'agisse de musique. En effet, le premier son qui se fait entendre est celui d'un archet frottant non pas les cordes mais le bois du violon. Un peu plus loin, l'archet du violoncelle essuie les cordes longitudinalement. Je me demande bien comment ces techniques sont notées sur la partition 2. Plein d'autres techniques zarbi. C'est amusant, c'est indiscutablement original, mais ce n'est pas franchement ce que j'aime entendre.

La deuxième partie laisse la place au quatuor Pražák pour le septième quatuor de Schubert et son quintette La Truite (pendant lequel un violon s'effacera et le trio restant sera rejoint par le contrabassiste Jiří Hudec et le pianiste François-Frédéric Guy). Je n'ai pour le moment que très peu eu l'occasion d'entendre de la musique de chambre. En particulier, c'est la première fois que j'entends ces œuvres en concert. Mon impression est assez mitigée. J'ai en effet souvent eu l'impression que le premier violon couinait. Pendant le quintette, peut-être est-ce de la faute à mon placement près d'un des murs et d'une entrée, mais de ma place, le son du piano me semblait dégradé comme dans un mauvais enregistrement datant d'un demi-siècle. Cela dit, je suis plutôt content d'avoir entendu ces œuvres en concert, tout particulièrement La Truite dont je n'avais entendu que la version Lied chantée par Waltraud Meier.

Samedi, 17h, je suis de nouveau à la Cité de la Musique pour un autre programme de quatuors. En première partie, le Quatuor Arditti crée le Quatuor VII OpenTime de Pascal Dusapin. Contrairement au truc de Jonathan Harvey évoqué ci-dessus, là, il s'agit indiscutablement de musique. Cela dure une quarantaine de minutes. L'œuvre est dédiée à Anton, né le 29 juin 2009 à 0h31. Cela commence par un coup d'archet de l'alto sur deux notes. À vrai dire, le début est presque un solo pour alto, l'accompagnement du violoncelle étant assez discret. Lors des 21 variations, le quatuor montre un large éventail d'ambiances, de sonorités, de rythmes et de techniques, qui restent néanmoins dans le cadre d'une utilisation standard des instruments à cordes. Le public apprécie. Comme de coutume lors d'une création (si je compte bien, cela doit être la quatrième à laquelle j'assiste), le compositeur vient saluer le public avec le quatuor. Cette création, ainsi que d'autres concerts de la biennale sont disponibles sur Arte Live Web et devraient bientôt l'être sur le site de la CdM.

Pour la deuxième partie, Dusapin regagne sa place et le quatuor Hagen entre en scène. La première œuvre, très courte, est Douze Microludes György Kurtág. Si elle n'était pas désagréable à écouter, elle a déjà fui ma mémoire. Quelques mignons effets de glissando du violon. Pour finir, un charmant quatuor nº16 de Beethoven qui vaut une ovation méritée au quatuor.

C'est probablement l'effectif musical restreint qui accentue cela, mais j'ai trouvé que pendant ces concerts, les nuisances habituelles du public étaient décuplées. Certes, nous sommes en janvier, mais il est invraisemblable qu'autant de gens se mettent à tousser tout au long du concert.

Cette expérience m'incite à augmenter la proportion de musique de chambre dans les concerts auxquels j'assisterai à l'avenir (j'en entends déjà occasionnellement dans des lieux comme l'église des Billettes, mais cela se limite au répertoire baroque). Voir d'aussi petites formations rend aussi l'expérience de la musique moins impersonnelle qu'elle ne peut paraître quand on écoute un orchestre. On peut en effet plus facilement imaginer le type de liens et les vies qui se cachent derrière la musique que l'on entend. À cet égard, le roman Quatuor de Vikram Seth est remarquable.

[1] Veuillez pardonner à cette pulsion terminologique : je viens de lire un roman de Shan Sa (pas très bon d'ailleurs : Les Conspirateurs).

[2] À propos de notations, je me suis toujours demandé comment la chorégraphie d'un ballet ou la mise en scène d'une pièce de théâtre ou d'un opéra était notée, si elle l'est effectivement. Si on peut comprendre qu'il est possible de la communiquer à un interprète simplement en lui montrant comment faire (j'ai même cru comprendre que dans certaines chorales, les choristes non solfégistes apprenaient par cœur la musique en écoutant des enregistrements), cette transmission se heurte aux limites de la mémoire et de la vie. Ce n'est pas tout à fait anodin puisque des ballets du répertoire français du XIXe comme Giselle (1841) ont été oubliés en France à partir de 1868, mais ont continué à être joués en Russie grâce à Marius Petipa, rendant possible des reprises ultérieures à l'Opéra (1910). Certains de ces ballets ont été notés en utilisant des symboles musicaux comme l'avait imaginé Vladimir Stepanov. Le seul document de ce type que j'ai vu est une notation utilisant cette méthode pour La Bayadère. Je me demande quels sont les usages modernes en la matière.

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Béjart Ballet Lausanne à Garnier

2010-01-08 02:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Je suis allé ce soir à l'Opéra pour voir non pas le Ballet de l'Opéra, mais la compagnie qui y est invitée, le Béjart Ballet Lausanne. De Béjart, je ne connaissais que la mort. Je savais bien sûr qu'il était chorégraphe et qu'il avait tout particulièrement changé la danse masculine, mais je n'avais jamais vu ses spectacles.

Quatre œuvres sont au programme, créées depuis 1957 jusques à 1998. Dans toutes ces pièces, la musique est du vingtième siècle et parmi les plus bizarres que j'aie entendues (c'est d'ailleurs la première fois que j'entends l'Ensemble Intercontemporain). En tout cas, c'est très dissonnant. Dans la première pièce Sonate à trois, c'est du Bartòk. Il paraît pour la deuxième fois à mes oreilles et cette deuxième occasion ne me donne pas envie de favoriser de nouvelles rencontres. La musique de Webern dans Webern Opus V, cinq mouvements de quatuors à cordes, me déplaît moins, mais les sons produits par le violon sont parfois vraiment curieux. Les deux dernières pièces Dialogue de l'ombre double et Le Marteau sans maître tirent leur musique d'œuvres de Pierre Boulez des mêmes noms. Première fois aussi que j'entends du Boulez. Dans Dialogue de l'ombre double, on entend deux clarinettes, une enregistrée (et à la mouvante spatialisation) et une physique, dont Alain Damiens joue sur scène. Cela paraît quelque peu aléatoire, mais ce n'est pas du tout désagréable à entendre.

Dans les quatre ballets, la chorégraphie est bien sûr contemporaine, pourtant cela ne ressemble aucunement aux spectacles de danse contemporaine que j'avais vu avant. Certes, comme souvent dans ces styles, les décors sont assez abstraits. On trouve par exemple trois chaises dans Sonate à trois. De nombreux mouvements sont saccadés, chose que l'on voit rarement dans le ballet classique. Ce qui est véritablement étonnant, c'est la façon dont ces éléments sont incorporés à des mouvements que manifestement, seuls des danseurs ayant une solide formation classique puissent exécuter. Les danseuses sont d'authentiques ballerines, réalisant des pointes. Les costumes près du corps des messieurs (et aussi des dames) font penser à la tenue des danseurs de ballet. Bref, vus jusques à cinquante ans après la création par quelqu'un qui n'a vu ces différents genres qu'en des lieux différents, jamais en même temps, cela fait drôle de voir réunis ces styles jusques alors opposés. Bref, même si je ne suis pas forcément ému par la musique (et la musique de ballet n'est pas toujours non plus la plus intéressante qui soit), je ne peux qu'admirer les prouesses techniques.

Le choc esthétique et visuel a donc été total pendant la première pièce Sonate à trois. Lors de la deuxième Webern Opus V, j'ai souffert de mon placement qui ne m'a pas autant fait apprécier ce pas de deux en blanc qu'une meilleure place l'eût permis. J'étais en effet au deuxième rang de la baignoire 8, à la place symétrique de celle que j'avais eue et appréciée pour Onéguine. Quand la chorégraphie utilise tout l'espace, bien qu'un peu excentrées, ces places permettent de voir très bien les danseurs sans avoir à utiliser de jumelles ! Le souci, dans cette pièce, est que le quatuor à cordes n'était pas dans la fosse, mais sur scène, côté jardin. La chorégraphie s'était donc réfugiée côté cour, en partie invisible de moi, donc.

La pièce que j'ai inconditionnellement appréciée le mieux est Dialogue de l'ombre double. Deux clarinettes. Un couple de danseurs, un lion (dont je me disais qu'il serait amusant qu'il bouge...). Un passage presque comique montre la duplicité du style, presque jusqu'à l'écartèlement de la ballerine. Au milieu de la pièce, celle-ci déchausse un de ses pieds. Elle exécute ensuite des mouvements indépendants sur chaque jambe. Une sage pointe encore possible avec le chausson qui lui reste tandis que libérée, l'autre jambe se met à faire un peu n'importe quoi.

La dernière œuvre Le Marteau sans maître, la plus longue, a la musique la plus bizarre des quatre. C'est aussi la plus longue : 38 minutes. Pendant les dix premières minutes, je me suis vraiment demandé ce que je faisais là. La chorégraphie m'indifférait, la musique aussi, d'autant plus qu'il y avait des passages chantés, qui choquent en ce qu'ils n'ont pas grand'chose à voir avec ce qu'on entend habituellement quand on parle de chant. Les paroles, en français apparemment (des extraits des poèmes de René Char du même nom ?), ont été rendues tout à fait inintelligibles par la musique. Progressivement, sans que je comprenne pourquoi, la danse me plaît de plus en plus à mesure que l'on avance. Il s'agit d'une danse de groupe. Six danseurs. De temps en temps, à peu près aux moments où chante la contralto Hilary Summers, la ballerine Daria Ivanova entre sur scène, portée par un des personnages en noir, à vrai dire, un homme recouvert d'un costume ressemblant à une burqa. Dans cette pièce comme dans les autres, la technique est éblouissante. Des portés absolument invraisemblables. À la fin, je suis presque enthousiasmé parce que je viens de voir.

Les entrées des baignoires étant au même étage que les fauteuils d'orchestre, forcément, on ne croise pas les mêmes gens que dans les étages supérieurs et je ne suis même pas surpris de me retrouver à la sortie à côté d'une actrice oscarisée...

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Lectures 2009, etc.

2009-12-31 16:04+0100 (Orsay) — Culture — Lectures

En cette année 2009 finissante, j'aurai lu 101 livres et à ce jour, ma PAL s'élève à 101 unités. Il n'y a rien de particulièrement glorieux à avoir franchi le seuil de 100. D'ailleurs, en nombre de pages, c'est un peu moins qu'en 2008 et à peine plus qu'en 2007 où je n'avais lu que 56 livres. Je suis à peu près certain que je lirai moins de livres de 2010 (les 101 livres de ma PAL représentent deux fois plus de pages que ce que j'ai lu en 2009 !).

Mes impressions sur certains ce ces livres sont maintenant sur le Biblioblog sur lequel les rédacteurs les plus actifs livrent aujourd'hui un bilan de l'année 2009. J'ai ajouté récemment dans mon booklog des liens vers les livres recensés sur le Biblioblog.

Du point de vue musical, les salles que je fréquente maintenant le plus sont celles de l'Opéra. J'ai prévu de voir tous les spectacles de ballet de cette année et une bonne proportion des opéras. Un des prochains sera La Sonnambula que je n'ai vu qu'au cinéma et entendu au disque ; j'en ai déjà fait le résumé.

À propos de ballets, ne pas manquer la diffusion sur France 3 le premier janvier à 13h50 du spectacle Ballets russes récemment programmé à l'Opéra.

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Ballets Russes à Garnier

2009-12-24 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Le ballet de l'Opéra de Paris joue ces jours-ci non seulement Casse-Noisette, mais aussi Ballets Russes, un ensemble de quatre ballets qui furent montés par la compagnie russe de Diaghilev (qui a une place à son nom du côté Nord de l'Opéra Garnier) dans les années 1910.

J'étais déjà venu samedi soir dernier, profitant d'une place à 6€ que Palpatine n'avait plus l'intention d'utiliser. Sur le ticket était inscrit Scène non visible, ce qui était assez largement exact. Néanmoins, c'était en premières loges nº6, une des plus proches de la scène, avec donc une superbe vue sur l'orchestre. Pour le reste, un pilier ne me laissait à voir qu'un tout petit quart de la scène, et encore seulement les parties les plus proches de la fosse. J'aurais au moins vu ce soir-là danser José Martinez, grâce aux talents de chorégraphe duquel je suis devenu un spectateur régulier du ballet de l'Opéra (c'était pour Les enfants du paradis).

J'y suis retourné ce soir avec une place à 10€ (achetée au guichet), malheureusement un deuxième rang de quatrièmes loges, mais cependant pas trop excentré. Le placement n'est pas extraordinaire, mais au moins je verrai l'essentiel des mouvements de danse.

La première pièce est Le spectre de la rose, de Fokine. Cela dure dix minutes. Deux interprètes. Une jeune fille (Delphine Moussin) est assoupie chez elle. Le parfum d'une rose l'envahit et son spectre (Josua Hoffalt) entre dans la pièce. Le costume tout rose ne serait pas parfait si le danseur n'avait pas la tête elle aussi couverte de rose. La jeune fille se lève, et sa danse ainsi que celle du spectre devient de plus en plus enflammée. Enfin, elle se rendort, le spectre sort par la fenêtre (superbe saut). La jeune fille se réveille en se demandant bien ce qui a pu lui arriver.

Vient ensuite L'après-midi d'un faune, adaptation du poème de Mallarmé, sur la musique de Debussy. La chorégraphie de Nijinski avait fait scandale. Esthétiquement et techniquement, c'est très différent de tout ce que j'avais déjà vu. Bien sûr, pas de pointes, vu que les suivantes de la nymphe étaient pieds nus. La nymphe était dansée par Émilie Cozette, le faune par Yann Bridard. Je ne suis pas très convaincu par ce dernier (pas d'opinion sur l'autre), l'expression de son visage m'a semblé grossièrement lubrique, à un point presque clownesque. Même si je ne l'avais qu'entr'aperçu samedi dernier, Jérémie Bélingard m'avait semblé plus subtil.

La troisième pièce avant l'entr'acte est Le Tricorne (Massine). L'action se passe en Espagne. Chose curieuse pour un ballet, la mezzo-soprano Andrea Hill chante parfois sur la musique de Manuel de Falla. Les décors et costumes furent dessinés par Pablo Picasso. L'histoire ne tient pas vraiment la route. Un homme portant le tricorne s'intéresse de près à une meunière, qui le repousse. Il fait enfermer le meunier. À la fin, tout s'arrange, mais ce qui est invraisemblable, c'est le quiproquo qui fait que les soldats prennent plus tard le tricorne pour le meunier. Contrairement à samedi, aucune villageoise n'a chu. Je suis enchanté d'avoir vu danser Alice Renavand, la première fois que je la voyais dans un premier rôle.

La dernière pièce a la même durée que la précédente, trente-sept minutes, nous dit le programme. Il s'agit de Pétrouchka (Fokine) que je revois dans la même distribution que la première fois. Pétrouchka (Nicolas Le Riche), la ballerine (Eve Grinsztajn) et le maure (Stéphane Bullion) sont les trois poupées que présente le charlatan (Michaël Denard, vénérable danseur étoile) lors d'une grande fête populaire pétersbourgeoise. Les poupées s'animent. On découvre leur intérieur lors des deuxièmes et troisièmes tableaux. Pétrouchka et le maure sont tous les deux amoureux de la ballerine. L'un est triste, l'autre exubérant. La musique de Stravinski évolue entre des styles très divers. Pour l'avoir déjà apprécié samedi, j'attendais avec impatience le début du quatrième tableau, dont le son n'est pas sans rappeler celui de Wagner. La fête reprend, danses traditionnelles, ours et autres animaux... et enfin, nos poupées font une entrée fracassante : le maure zigouille Pétrouchka. Il ne s'agit heureusement que d'une poupée. Quoique, alors que le charlatan repart avec un Pétrouchka sans vie, un double fantomatique reparaît au-dessus du théâtre des poupées.

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Andrea Chénier à Bastille

2009-12-19 02:35+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

C'est un très beau spectacle d'opéra que la production d'Andrea Chénier d'Umberto Giordano qui passe actuellement à l'Opéra Bastille. Le style de la musique de Giordano fait parfois penser à celle de Puccini. Ceux qui aiment le son de la harpe seront servis.

Les décors sont superbes. Le premier tableau représente une fête chez la comtesse de Coigny en 1789. Un sofa est déplacé par des serviteurs (au passage, dans la traduction du livret que j'ai lue, ce mot était orthographié sopha). Les lumières du lustre sont allumées. La fille de la comtesse, Maddalena, entre avec sa servante, la mulâtre Bersi. Elle doit s'habiller avant que les invités arrivent. Ceux-ci ont des costumes d'époque et des coiffures extravagantes. Un mini-spectacle de ballet et de musique se déroule sur une petite scène au fond de la scène. Considérant son sort et celui de son père, le serviteur Gérard se désole du caractère héréditaire de sa condition. Des pauvres viennent manifester leur faim et le décor commence à se disloquer. Entretemps, le poète André de Chénier aura séduit Maddalena par ses vers, qui outre son inclination pour elle décèlent des critiques de la noblesse et du clergé. L'atmosphère révolutionnaire se met en place.

Au cours du deuxième tableau, autant Maddalena que Chénier sont menacés. Nous sommes en 1794, c'est la Terreur. De grands mouvements de foule, des têtes défilent sur des piques, des drapeaux tricolores flottent, plus tard on entendra la Carmagnole et la Marseillaise. Gérard est devenu un leader révolutionnaire. Chénier est trop modéré. Maddalena tente d'entrer en contact avec lui, alors que celui-ci envisage de quitter le pays. Ils sont surpris par un espion. Dans le feu de l'action, Chénier blesse Gérard, qui ne le dénonce pas.

Au troisième tableau, Gérard change d'attitude. Il est lui aussi épris de Maddalena. Il pense à se débarasser de Chénier. Il écrit des accusations pour le tribunal révolutionnaire. Au cours de ce tableau, le bel air de Madelon qui fait enrôler son petit-fils contre les contre-révolutionnaires et les autres ennemis de la Révolution. Marie-Aude Roux, dans Le Monde, semble déplorer que cet air soit statique. Pourtant, Madelon étant censée vivre ses derniers jours, il n'est pas aberrant qu'on la fasse asseoir. Cela dit, que Gérard soit assis pendant son grand air dans ce tableau est plus gênant (certes, il est blessé, mais il tient sur ses jambes). Vient ensuite les procès. Les juges ont les spectateurs dans le dos. Ils font face au chœur qui s'est installé dans une sorte de théâtre à l'italienne (j'aimerais bien savoir quel est le modèle de ce décor ; à moins que les tribunaux révolutionnaires eussent réquisitionnés des lieux insolites, cela paraît curieux). Gérard a été rejoint par Maddalena. Il a encore changé d'avis. Il va prendre la défense de Chénier qui a pour sa part réussi, contrairement à la tradition de 1794, à prendre la parole lors de son propre procès. Le grand'inquisiteur^Waccusateur public Fouquier-Tinville reprend les accusations qu'avaient faites Gérard à son compte. Chénier est condamné à mort malgré les protestations du public.

La fin est un sommet de lyrisme. Maddalena décide de rejoindre Chénier dans la mort. En corrompant son gardien, elle se substitue à une femme condamnée à mort en même temps que Chénier. Après un superbe duo d'amour, il courent littéralement à la mort ensemble.

Cela doit être unde des premières fois que je vois une production d'opéra qui propose des images conforment au cadre historique de l'intrigue (l'autre exception serait Don Carlo). Si cela serait ridicule pour une opéra-comique comme Le Roi malgré lui, pour un sujet aussi unique que celui de la Révolution française, même si ce n'est sans doute pas la seule option (j'ai cru comprendre que ce n'est pas ce qui avait été fait pour la dernière production de Fidelio à l'Opéra de Paris), cela semble un choix tout à fait défendable. Bref, je suis très content du travail de mise en scène de Giancarlo Del Monaco et des décors de Carlo Centolavigna.

Du côté des voix, on est bien servi avec les trois rôles principaux : Andrea Chénier (Marcelo Alvarez), Maddalena di Coigny (Micaela Carosi) et Carlo Gérard (Sergei Murzaev). Je n'ai pas d'éléments de comparaison vu que j'entendais cet opéra pour la première fois. Pour une raison qui m'échappe, le chef d'orchestre Daniel Oren a été la cible de quelques huées, heureusement couvertes par les applaudissements.

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Casse-Noisette à Bastille

2009-12-16 23:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Ce soir était la première occasion pour moi d'aller à l'Opéra Bastille pour voir un ballet. Depuis l'avant-dernier rang du deuxième balcon, mais plein centre, il vaut mieux avoir des jumelles pour voir les détails des mouvements de danse. Il vaut mieux aussi faire abstraction du bruit des scolaires qui ennuie tout le monde ; une spectatrice située quelques rangs plus bas utilisera même un blanc dans la musique pour exprimer son exaspération en criant Est-ce que vous pouvez vous taire dans le fond ?.

Je ne dirais pas que ce ballet de Noureev d'après Petipa contienne de grands moments magiques de danse ; on y trouve plutôt une succession de beaux tableaux, notamment pour le corps de ballet comme la danse des flocons au premier acte et la valse des fleurs. Les deux personnages principaux, Clara (Mélanie Hurel) et le Prince (Christophe Duquenne) ont un grand pas de deux au deuxième acte. Christophe Duquenne m'a fait une très bonne impression, qu'eût également fait Mélanie Hurel, que je voyais danser pour la première fois, s'il n'y avait pas eu quelques malheureux petits déséquilibres.

Ce ballet utilise un nombre invraisemblable de danseurs. Les élèves de l'école de danse ont été mobilisés pour jouer les enfants des invités de la soirée de Noël, les rats et les soldats au premier acte. Des costumes très divers aussi, avec la fantaisie que constituent les danses espagnole, arabe, russe, chinoise et française au deuxième acte. Il s'agit d'évocations de rêves de Clara au cours desquels elle verra des personnages de sa famille dans des lieux insolites. La danse qui aura le plus de succès est la danse arabe, le couple qui s'y distingue ayant des costumes et parures qui concurrencent en sonorités l'orchestre Colonne (du coup, cela avait presqu'un côté danse indienne).

Dans cette version, à la fin, Clara se réveille au milieu des invités de la soirée de Noël pendant laquelle le casse-noisette que son parrain Drosselmeyer lui a offert se sera transformé en beau prince et aura combattu le roi des rats. J'ai lu quelques contes d'Hoffmann, mais apparemment pas celui qui a inspiré ce ballet. Il semble que le conte à l'intérieur du conte qui aurait fourni l'explication du nom de Casse-Noisette soit passé à la trappe dans l'adaptation de Petipa. Dans celle de Noureev, la Fée Dragée et Confiturembourg ont aussi disparu.

Je savais Jean Glavany balletomane (il me semble qu'il y avait eu un article à ce propos dans Le Monde il y a quelque temps) ; je viens de découvrir qu'il avait un blog.

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Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra

2009-12-13 23:15+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

D'après mes archives, j'aurai assisté cet après-midi à mon deux-centième spectacle. Une consommation régulière depuis 2002, avec une fréquence qui tend à augmenter vu que le centième était une représentation du Barbier de Séville en avril 2008.

Il ne s'agissait pas du Spectacle de l'École de danse, mais des Démonstrations. Elles ont lieu pendant plusieurs journées en décembre. Aujourd'hui, il y avait un premier programme à partir de 10h et un second, celui auquel j'ai assisté, à partir de 14h30.

Tous les élèves de l'École de danse de l'Opéra y participent. J'ai vu les troisièmes, deuxièmes et premières divisions filles et garçons, c'est-à-dire les élèves les plus âgés (respectivement moins de 16, 17, 18 ans). Accompagnés par des pianistes, ils passent classe par classe faire des exercices avec leur professeur, qui fait des commentaires à destination du public, donne des indications pour corriger les imperfections et les félicite, parce qu'ils le valent bien.

La plupart des exercices présentent des mouvements réalisés simultanément par les élèves, ou successivement par plus petits groupes. Cela paraît logique de travailler et de montrer de la danse de groupe vu qu'a priori seule une élite de ces élèves deviendront solistes. La synchronisation, très importante, n'est pas toujours au rendez-vous. Les professeurs insistent sur ce point comme sur la nécessité de se mettre en accord avec la musique.

Les figures qui sont montrées vont par difficulté croissante, jusqu'à des pas, sauts, pirouettes auxquelles ils viennent seulement de s'attaquer (j'ai bien aimé le tour sur soi avec réception en arabesque). On est bien sûr loin de la quasi-perfection dont font preuve certains danseurs du ballet de l'Opéra. Ces défauts d'exécution, les réceptions ratées, le manque de synchronisation, etc, ne font que mettre en valeur la difficulté extrême de cet art et le mérite de ceux qui sortiront de cette école en maîtrisant les techniques de la danse, malgré les contorsions qu'elle impose aux corps — on serait d'ailleurs un peu plus rassuré si certaines danseuses prenaient quelques kilogrammes. Les professeures expliqueront plusieurs fois qu'il n'y a pas que les garçons qui sautent. Les techniques de pointes sont déjà impressionnantes. Je suis assez mystifié par la figure qui consiste à faire une pirouette sur les deux pieds en pointe. Je ne saisis vraiment pas la géométrie de la chose. On verra aussi des danseuses tourner de façon prolongée sur un seul pied (figure qui m'avait sidéré quand j'avais vu Dorothée Gilbert la faire dans La fille mal gardée). Les garçons ne sont pas en reste. Ils tournent sur eux-mêmes à grande vitesse avec un pied au sol et un pied en l'air.

Après le passage de ces six classes non-mixtes, les troisièmes divisions filles et garçons viendront pour la danse de caractère et les premières divisions filles et garçons pour l'adage. Là, il ne s'agit plus tellement d'exercices, mais de chorégraphies de groupe à part entière, rapides (et ukrainiennes ou russes) pour les troisièmes divisions, lentes pour les premières divisions. Lors de cette dernière partie, on verra aussi de périlleux exercices de portés réalisés sans musique.

L'ambiance est assez différente de celle des ballets de l'Opéra. Le nombre de très jeunes filles fait que la moyenne d'âge du public est beaucoup plus basse que d'habitude. L'assistance applaudit plusieurs fois à la minute, saluant chaque exercice, voire chaque prestation individuelle. Si ce type d'événements n'est sans doute pas ce qu'il faudrait voir en premier pour prendre goût aux ballets, c'est néanmoins très intéressant.

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L'Oratorio de Noël au TCE

2009-12-13 01:35+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Mon septième Oratorio de Noël au Théâtre des Champs-Élysées depuis 2002. Pas programmé en 2008, il est revenu en 2009. Ce n'est pas la version la plus inoubliable que j'aie entendue.

La salle est bien pleine. Le directeur est à sa place habituelle. Depuis ma place, en levant la tête, je remarque pour la première fois le caractère parfaitement circulaire de la salle.

Alors qu'habituellement quatre des six cantates du Weihnachtsoratorium de Bach (BWV 248) étaient jouées, les trois premières, et la quatr- ou sixième — je n'ai toujours pas entendu la cinquième en concert — ce soir, seules les cantates 1, 3 et 6 seront interprétées par le brestois ensemble Matheus (Jean-Christophe Spinosi), le chœur Mélisme(s) (Gildas Pungier) et les quatre solistes.

Le ténor Tilman Lichdi fait un très bon évangéliste. Il n'a pratiquement que des récitatifs, mais dans son air Nun mögt ihr stolzen Feinde schrecken (cantate nº6), il révèle un style d'interprétation qui me plait. Le baryton-basse Robert Gleadow impressionne par sa voix ténébreuse et puissante, notamment pendant son air de bravoure Großer Herr, o starker König (cantate nº1). La mezzo-soprano Renata Pokupic semble terrorisée. Elle s'en sort convenablement, mais ce n'est guère enthousiasmant. Malgré les grands gestes du chef d'orchestre, l'Oratorio passerait presque pour une œuvre triste.

Bien sûr, on est aussi un peu venu pour entendre Natalie Dessay. Je dois bien dire que je préfère nettement l'entendre dans le répertoire romantique que dans le baroque auquel elle a commencé à s'attaquer il y a quelques années (en témoignent de beaux enregistrements avec le Concert d'Astrée de cantates pour soprano, du Magnificat de Bach, d'Il trionfo del Tempo e del Disinganno de Händel, etc.). Ce soir, elle a semblé ailleurs. Son attitude était en tout cas très différente de celle des autres solistes. Elle donnait l'impression d'intérioriser la musique, faisant mouvements de tête et autres mimiques en phase avec celle-ci, comme oubliant qu'une foule était rassemblée pour l'entendre. Ses membres antérieurs étaient aussi mobilisés dans cette gestuelle. Les mouvements de ceux-ci avaient en effet été libérés par la présence d'un pupitre où poser sa partition. Pendant la dernière cantate, le pupitre avait curieusement disparu. Le bras gauche pouvant néanmoins supporter le poids de la partition, le droit conserva sa liberté de mouvement. Bref, autant dans son interprétation que son attitude, tout était différent de mes références.

L'Oratorio de Noël est une des œuvres que mes goûts placent au plus haut et que j'aime aller écouter alors que l'Avenue Montaigne et les Champs-Élysées ont revêtu leurs décorations de Noël. Sans engendrer de franc déplaisir, cette soirée manqua pourtant de magie. Heureusement que les passages choraux m'ont charmé. Le chœur Mélisme(s), breton aussi, m'a semblé excellent.

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Platée à Garnier

2009-12-09 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Je reviens de l'Opéra Garnier où avait lieu ce soir la troisième représentation de la reprise de la production de la comédie lyrique Platée de Rameau mise en scène par Laurent Pelly.

Pour la première fois, je me retrouve à l'amphithéâtre. Si on fait plus d'un mètre soixante, on n'a pas de place pour les genoux. Si on en fait moins, les pieds ne touchent pas le sol. On en ressort tout cabossé. Bref, à éviter. Le seul avantage est que l'on a un des meilleurs rapport visibilité/prix. Depuis le centre de l'avant-dernier rang, j'avais vue sur toute la scène. Ce qui était ennuyeux, c'est que l'écran des surtitres était situé juste derrière le grand panneau supérieur de la scène (où est écrit la date de la fondation de l'Académie Royale de Musique). De là, on ne pouvait lire que la ligne du bas. Seul un effet de parallaxe permettait peut-être aux spectateurs des étages inférieurs de lire les surtitres. Je trouve ce genre de bugs d'organisation tout à fait ahurissants.

Heureusement, je connaissais déjà l'histoire (ayant reçu il y a quelque temps un DVD de cette production en prêt) et les chanteurs arrivaient vraiment à se bien faire entendre. Les décors de Chantal Thomas (à ne pas confondre avec ses quasi-homonymes) sont faits de rangées de sièges de théâtre (peut-être est-ce en relation avec Thespis, un précurseur du théâtre, qui intervient dans le prologue). Platée, interprétée par Paul Agnew, est une grenouille à qui on fait accroire que Jupiter s'est épris d'elle. Celui-ci voit là un moyen de s'amuser de la jalousie excessive de Junon. À la fin, tout le monde aura ri au détriment de la grenouille.

Les costumes de Laurent Pelly sont charmants. Le plus étonnant est celui du personnage de la Folie (Mireille Delunsch) : une robe couverte de partitions plus ou moins flottantes. En pleine folie créatrice, elle en déchirera même quelques unes. Les costumes de la grenouille sont intéressants aussi ; le visage de Paul Agnew est complètement fardé. Jupiter (François Lis) et Junon (Doris Lamprecht) brillent en mauve.

L'ouvrage comporte de nombreuses et variées parties dansées (chorégraphie de Laura Scozzi). Le vent est ainsi figuré par une scène de danse où des danseuses ont les cheveux qui tombent à l'horizontale. On verra aussi des couples faire de la danse assez acrobatique. Les nombreuses suivantes de la Folie ont aussi plusieurs scènes de danse amusantes.

Tout est motif à l'amusement. La musique, le texte et tout le reste. Ainsi, entre le deuxième et le troisième acte, une grenouille descendra d'une baignoire pour rejoindre l'orchestre, embêter les musiciens et même diriger l'orchestre du Louvre-Grenoble ordinairement dirigé par Marc Minkowski.

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Rameau aux Billettes

2009-12-05 00:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Ce fut sans doute le meilleur concert de clavecin que j'aie entendu jusques à présent. Au programme, les cinq concerts de Rameau (Pièces de clavecin en concert de 1741) joués par la claveciniste Noëlle Spieth, seule. Cela peut paraître curieux puisque la partition prévoit des parties de violon, flûte ou viole. Mais, comme nous l'apprend le programme, Rameau était tellement génial qu'il avait fait en sorte que ce soit aussi bien joué sur le seul clavecin.

En dehors du deuxième concert pendant lequel je me suis un peu ennuyé, je suis assez d'accord avec le programme. Peut-être faut-il ne pas trop connaître ces pièces pour ne pas ressentir l'absence des voix correspondant aux instruments fantômes quand ceux-ci ne font pas qu'accompagner le clavecin. En effet, des cinq concerts, celui que j'écoute le plus souvent est le troisième (son dernier mouvement Les Tambourins est très connu ; Rameau l'a réutilisé plusieurs fois dans sa musique de scène) ; quand on s'est habitué à l'accompagnement du violon et de la flûte, cela fait un peu bizarre de ne plus les entendre.

J'ai tout particulièrement été impressionné par la virtuosité de la claveciniste pendant le premier concert. J'étais bien placé pour observer les chevauchements invraisemblables qu'il comporte vu que j'étais arrivé parmi les premiers pour pouvoir choisir ma place : au premier étage avec vue sur les claviers, dont Noëlle Spieth actionnait les touches soit de l'un soit de l'autre soit des deux en même temps grâce à un mécanisme de couplage.

Un incident qui n'a heureusement été que comique s'est produit pendant La Pantomime du quatrième concert. Une chaise située aux premiers rangs s'est effondrée avec fracas sous un spectateur. Il a bien fallu interrompre le concert. À peu près tout le monde, y compris la claveciniste, avait bien du mal à garder son sérieux.

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Le Stabat mater à l'Oratoire du Louvre

2009-11-27 01:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique

J'étais déjà passé devant l'Oratoire du Louvre, mais je n'y étais jamais entré. Depuis un ou deux ans, les concerts Philippe Maillard (pas de lien vers leur site pas à jour) y organisent des concerts. La salle est plus petite que l'Église Saint-Roch, mais plus grande que l'Église des Billettes où des concerts se tiennent aussi régulièrement.

Les musiciens de ce soir (Le Banque céleste) sont en effectif très réduit : deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, un hautbois, un orgue. Deux voix : une soprano, Céline Scheen, un alto, Damien Guillon (qui dirige aussi l'ensemble). La première partie du programme comporte deux cantates qui permettent à chacun des deux solistes de chanter seul et au hautboïste Patrick Beaugiraud de se faire entendre.

La première cantate me déçoit. Malgré la taille modeste de la salle et l'effectif restreint de musiciens, la voix de la chanteuse ne passe pas les tout premiers rangs pendant la cantate Ich bin vergnügt mit meinem Glücke (BWV 84) qui entre dans ma collection de cantates de Bach entendues en concert. C'est dommage parce que le timbre de sa voix était agréable. On sent aussi qu'elle est à la limite de manquer de souffle à la fin de certaines phrases musicales.

La deuxième cantate Ich habe genug (BWV 82) est une version pour alto d'une cantate que j'ai déjà entendu chanter par un baryton-basse. Pas de problème de volume. La voix haut perchée de Damien Guillon passe bien. Le troisième mouvement Schlummert ein, ihr matten Augen est amusant en ce que Bach semble s'être amusé à créer un effet soporifique en multipliant les reprises (cela fait penser au Schlafe, mein Liebster de la cantate profane BWV 213, et à sa réutilisation dans la deuxième cantate de l'Oratorio de Noël BWV 248).

Entr'acte. La pièce principale du programme est le Stabat mater de Pergolesi. J'apprécie cette interprétation. Le son de cet ensemble est intéressant par rapport à ceux d'ensembles plus nombreux. Les morceaux que je préfère continuent à me plaire, comme le duo Inflammatus et accensus (le seul dont je connaisse le texte par cœur). Le duo Fac ut ardeat cor meum est rejoué en bis.

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Waltraud Meier Salle Pleyel

2009-11-24 01:54+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Ce soir, c'était la première fois que j'assistais à un récital de Lieder. Comme l'occasion se faisait d'entendre les Vier letzte Lieder chantés par Waltraud Meier, je l'avais saisie.

Le programme a été changé récemment. Je ne m'en plaindrai pas, vu qu'en lieu et place du mauvais Schu- et de Pfitzner, un compositeur inconnu de moi, on aura des Lieder de Schubert, de Wagner, avant ceux attendus de Strauss.

La dernière fois que j'avais entendu la grande Waltraud Meier, j'avais réussi à me replacer au tout premier rang, ce que je ne fais jamais, mais les places vides visibles du deuxième balcon avant l'entr'acte avaient été très tentantes. Cette fois-ci, j'étais dans les premiers rangs de l'orchestre, au centre ; j'avais opté pour une place de première catégorie, ce que je ne ferais pas pour tous les chanteurs, surtout ceux qui font monter les prix sans modération...

Les conditions étaient donc réunies pour que j'apprécie au mieux ce concert. À chaque groupe de Lieder son atmosphère. Une joyeuse Die Forelle (La Truite). D'émouvants Lieder de Wagner. Entr'acte. Waltraud Meier revient, accompagnée du pianiste Joseph Breinl et de la discrète tourneuse de pages. Avec Strauss, les couleurs de la musique changent aussitôt, devenant plus sombres. Je me demandais ce que donneraient les Vier letzte Lieder en formation réduite soprano-piano plutôt qu'avec un orchestre (comme c'est le cas de l'enregistrement que j'ai ainsi que de tous ceux que j'ai pu trouver sur Deezer). C'est différent, mais le pianiste et la soprano nous font rapidement oublier qu'ils ne sont que deux.

Le public enthousiaste parvient à les faire revenir trois fois interpréter un Lied de plus. Le dernier de ces trois Lieder est un charmant Abschied (Adieu, de Hugo Wolf apparemment), pendant lequel Waltraud Meier s'amuse ; si je comprenais mieux l'allemand (qui chanté correctement est plus facile à parser que bien d'autres langues), j'eusse probablement mieux saisi le comique de la situation et des mimiques de la cantatrice.

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Γ

2009-11-20 20:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne

Attention. Ce site peut contenir des photographies de dispositions de lettres Γ semblables à celles sur lesquelles on peut marcher à l'Opéra-Comique, observer dans la grande salle du Palais Garnier ou encore dénicher dans des affiches pour le marché de Noël à Orange. Ces dernières sont une honte selon SOS racisme, qui devra probablement retirer ce symbole de son site, quand cette association se sera avisée de porter plainte contre elle-même pour incitation à la haine raciale.

Néanmoins, on serait plus à l'aise si la cible de ce foudre médiatique n'était pas un ancien du Front national.

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Joyaux à Garnier

2009-11-19 22:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Je suis allé hier à la dernière représentations de Joyaux, un ballet de Balanchine en trois parties Émeraudes, Rubis et Diamants. Le programme nous apprend qu'il voulait évoquer respectivement la France, les États-Unis d'Amérique et la Russie en utilisant la musique de Fauré, Stravinski et Tchaikovski. Autant Fauré est évidemment associé à la France, Tchaikovski à la Russie, pour Stravinski, cela peut paraître quelque peu bizarre, le compositeur ayant vécu successivement en Russie, en Suisse, en France et aux États-Unis d'Amérique.

Les costumes de Christian Lacroix sont superbes. Respectivement vert émeraude, rouge rubis et blanc diamant, cela brille, cela étincelle.

Dans Émeraudes, les danseuses du corps du ballet réalisent en se tenant les mains de furtives figures géométriques qui font penser à des pierres précieuses autant qu'à des molécules. Un pas de trois (dans une distribution différente que celle annoncée sur le site de l'Opéra), deux pas de deux : Isabelle Ciaravola, Christophe Duquenne, puis Eve Grinsztajn et Stéphane Phavorin.

Des trois, ma pièce préférée est Rubis. La musique de Stravinski Capriccio pour piano et orchestre est amusante, très rythmée, un peu folle. Comme d'habitude, Dorothée Gilbert, qui danse seule ou avec Emmanuel Thibault, est superbe. Sa danse est espiègle, aguichante, comique, rafraîchissante.

La dernière pièce est Diamants. J'ai moins aimé que les autres. Peut-être est-ce la faute à la couleur des costumes. Le décor, très applaudi, est spectaculaire : des diamants est suspension dans l'air. C'est la première fois que je vois danser Delphine Moussin et Mathieu Ganio. La fin est un peu interminable, ce n'est pas que la danse ne soit pas belle, loin de là, c'est magnifique, mais c'est cette musique de Tchaikovski dans le dernier mouvement de sa symphonie nº3 et son hydr'avion qui met un temps invraisemblable à amerrir.

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“Four Great Tasks”

2009-11-17 01:55+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne

Je suis en train de terminer ma promenade dans l'œuvre de Vikram Seth. Ayant fini de lire ce qui a été traduit en français, il ne me reste plus que ce qui ne l'a pas été ou très tardivement comme The Golden Gate, je veux parler de son œuvre poétique. Depuis mon dernier voyage en Inde, je n'avais plus à lire que les quatre recueils de poèmes (procurés à Delhi) et un recueil de fables animalières.

Je lis les recueils par ordre chronologique (en parallèle d'autres lectures). J'ai commencé par Mappings. Je viens de débuter The Humble Administrator's Garden. Je ne suis encore que dans la partie Wutong consacrée à la Chine ; les indienne Neem et californienne Live-Oak suivront.

Le moins que je puisse dire est que la lecture de ce deuxième recueil s'avère plus ardue que celle du premier. Les poèmes, assez descriptifs d'un environnement, d'une ambiance particulière à certains lieux, parleront sans doute beaucoup aux sinophiles. En ce qui me concerne, je suis quelque peu dépassé par certaines références. Comme on va le voir, même le Grand Oracle Omniscient Gardien du Livre de l'Entendement (cela sonne comme un nom de palais impérial chinois, mais c'est de David Madore) a du mal à suivre.

Ainsi, dans le poème Nanjing Night, une alternative se présente à des étudiants qui se massent devant un cinéma : Either the Gang of Four or the Four Great Tasks. Si le Gang of Four, je vois de quoi il peut s'agir, les Four Great Tasks me plongent dans un abîme de perplexité. Après quelques recherches Google infructueuses, le seul lien prometteur trouvé est un extrait d'un livre intitulé Cadres and Kin: Making a Socialist village in West China, 1921-1991 par Gregory Ruf : In the autumn of 1950, CCP work teams began to propagandize the Four Great Tasks (si da renwu) among farmers: eliminate bandits, overthrow local tyrants, reduce rents, and refund extortionate rent deposits..

J'espère que la difficulté ne monte pas crescendo pour finir comme du Mallarmé et qu'il se trouvera encore des friandises comme Thus the young yahoos coexist / With whoso list to list to Liszt.

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Concert Philippe Jordan à Bastille

2009-11-15 01:08+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Le chef suisse a été nommé directeur musical de l'Opéra de Paris. Il dirigera cette année la première moitié de la tétralogie de Wagner. Ce soir, il dirigeait l'orchestre de l'Opéra de Paris pour un concert symphonique. Les prix de ces spectacles étant modérés par rapport à ceux des opéras, je me suis retrouvé en premier rang de deuxième balcon.

L'œuvre jouée pendant la première partie est sans doute la chose la plus bizarre que j'aie entendue en concert. Il s'agissait du concerto pour violon de Ligeti. Une trentaine de musiciens. Quatre xylophones. La soliste est Isabelle Faust ; elle joue sur un Stradivarius. Le concerto est composé de cinq mouvements. Pendant le premier, la sonorité est tellement bizarre qu'il y a de quoi se demander si les musiciens ne seraient pas encore en train de s'accorder, d'autant plus qu'ils jouent piano. Au bout d'un moment, il n'y a plus de doute, c'est bien le concerto pour piano de Ligeti que l'on entend. À partir du troisième mouvement, cela devient presqu'écoutable. Une partie du public, peut-être trop pressée d'en finir ou pas au courant que le concerto est en cinq mouvements, applaudit à la fin du quatrième. Le violon de la soliste est soumis à des techniques assez inhabituelles. Je n'imaginais pas qu'on pouvait produire de tels sons avec un violon.

Entr'acte. Les musiciens sont maintenant plus d'une centaine. Forcément, c'est du Richard Strauss : Eine Alpensinfonie. Un peu plus de trois quarts d'heure de musique continue, structurée en vingt-deux parties. Une journée complète passée dans les Alpes. Bien sûr, ce sera un jour de tempête. Ébouriffant.

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Salomé à Bastille

2009-11-14 17:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Je viens de relire le texte de la pièce d'Oscar Wilde, Salomé, écrite directement en français. On le trouve sur Gallica et dans le programme de la production présentée à l'Opéra Bastille, en face de la traduction de Hedwig Lachmann. En effet, à quelques modifications et coupes près, c'était essentiellement le texte de l'opéra de Strauss qui j'ai lu en surtitres pendant de la représentation d'hier.

L'opéra raconte l'amour de Salomé pour Jochanaan (Jean le Baptiste), qui la repousse, lui qui est obnubilé par l'arrivée du Messie. Hérode, son beau-père doublement incestueux la fait danser après avoir juré lui donner ce qu'elle voudrait après. Salomé insiste pour obtenir la tête de Jochanaan dans un bassin d'argent. Avant cela, il faut la lui couper, ce que Hérode n'est pas près à faire, craignant le saint homme qu'il a enfermé afin de le protéger des Juifs (qui n'ont l'air d'accord sur rien si ce n'est qu'il faut le leur remettre). Une fois qu'elle a récupéré la tête, Salomé délire et peut faire ce que Jochanaan vivant lui refusait, à savoir l'embrasser. Finalement, Hérode ordonne que l'on tue aussi Salomé.

La musique de cet opéra, avec ses motifs à la Wagner, est envoûtante. Si je ne connais pas suffisamment la langue allemande pour vraiment suivre ce qui se dit, je me suis surpris à en comprendre parfois quelques expressions.

Avant de voir l'opéra, sachant que la voix du jeune syrien (Narraboth) intervient seulement quelques secondes après que la musique a retenti pour dire Wie schön ist die Prinzessin, je me demandais comment l'entrée en scène aurait lieu. En effet, dans beaucoup de productions d'opéra en général, on entend une ouverture, rideau baissé, et quand celle-ci se termine, le rideau est levé, le décor et les personnages apparaissent en pleine lumière. Ce n'était évidemment pas possible ici. Dans cette production, on a coupé toutes les lumières du théâtre pour permettre aux chanteurs de se positionner dans le décor qui sinon était visible. Ainsi, la musique, les lumières et le chant se sont mis en route en même temps. En ce qui concerne les lumières, davantage de luminosité n'aurait pas été un mal : pendant la première demi-heure, entre les personnages secondaires que sont Narraboth, le page de Hérodias (qui comme tous les pages est chanté par une femme) et les soldats, il n'était pas évident de voir qui chantait, même avec les jumelles...

Alors que la Lune auquel le texte fait référence se meut au fond du décor (qui comporte côté jardin un escalier et la cellule métallique escamotable où Jochanaan est enfermé), la situation dramatique se clarifie quand elle se recentre sur Jochanaan et Salomé, puis les mêmes, Hérode et Hérodias. La danse des sept voiles tombe à plat (au passage, la mention des sept voiles apparaît dans le texte de Wilde, mais pas dans le livret de l'opéra). Si un effet comique est créé par le côté lubrique de Hérode et Hérodias qui tente de masquer sa fille à sa vue, la danse de Camilla Nylund n'est guère convaincante.

Les tergiversations qui conduisent à la décapitation de Jochanaan sont peut être un peu longues, Hérodias qualifie même Hérode de ridicule avec les paons qu'il se propose d'offrir à Salomé en remplacement de la tête qu'elle demande qu'on coupe. Cela ne crée qu'une encore plus grande attente pour l'impressionnante scène finale où Salomé soliloque face à la tête inerte.

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Une Bohème pas grisette du tout

2009-11-13 01:15+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je suis retourné ce soir voir La Bohème, ce qui m'a aussi donné l'occasion de finir de lire le programme. Cette fois-ci, je suis au deuxième balcon, dernier rang légèrement de côté.

C'est loin, il faut les jumelles pour distinguer quelqu'expression sur le visage des chanteurs. Malgré cela, c'est un vrai plaisir d'être là. Les conditions d'écoute sont merveilleuses. La musique paraît beaucoup plus claire. Je n'ai vraiment pas entendu la même chose que la semaine dernière où j'étais au premier balcon. Bravo à l'orchestre de l'Opéra et à Daniel Oren.

Si j'y suis allé deux fois, c'est qu'il y avait essentiellement deux distributions différentes dans les deux premiers rôles. Si j'avais apprécié Stefano Secco et été un peu déçu par Tamar Iveri, les solistes de ce soir ont fait une très forte impression. A priori, je pouvais craindre de n'entendre pas un volume sonore suffisant depuis les places les plus éloignées du théâtre. Quand Massimo Giordano (Rodolfo) a commencé à chanter, cette crainte s'est évanouie. Il faisait ses débuts à l'Opéra de Paris avec cette production. Quels débuts ! Dans le rôle de Mimi, Inva Mula que j'avais déjà entendue dans Mireille était magnifique. C'était la dernière de Ludovic Tézier dans le rôle de Marcello pour ce passage ; les prochaines représentations seront assurées par Dalibor Jenis. Natalie Dessay a été une bonne actrice qui chante :

Musette : (Maintenant il s'agit de me débarasser du vieux)
(feignant d'éprouver une vive douleur)
Aïe !

Alcindoro : Qu'est-ce ?

Musette : Une douleur ! Une brûlure !

Alcindoro : Où cela ?

Musette : Au pied !

S'il y a un seul détail que je n'aime pas dans les prestations de Natalie Dessay, c'est que, parfois, quand le rôle fait qu'elle doit crier, un affreux bruit strident sort de sa bouche (le cas a dû se présenter au moins dans Lucia di Lammermoor et dans La fille du régiment). Le Aïe d'il y a une semaine rentrait dans cette catégorie. Celui de ce soir était nettement moins déplaisant. L'effet comique de la situation était peut-être mieux rendu aussi.

C'était une des plus belles soirées d'opéra que j'ai eues. Il est rare d'entendre quatre chanteurs aussi irréprochables dans les quatre rôles principaux d'un opéra, évoluer dans d'aussi beaux décors et une aussi belle musique.

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La Bohème à Bastille

2009-11-04 17:20+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

J'étais hier soir à l'Opéra Bastille pour voir La Bohème de Puccini. C'était la troisième représentation de cette saison, et au total la quatre-vingt-troisième dans cette mise en scène de Jonathan Miller à l'Opéra de Paris. J'ai été rejoint quelques minutes avant le début par Akynou. Depuis le milieu du rang 7 du premier balcon de côté, nous voyons les surtitres sans avoir à nous affaler sur nos sièges : l'information qu'un vendeur m'avait donnée selon laquelle le surtitrage avait été baissé un petit peu s'avère exacte.

Les chanteurs des quatre rôles principaux étaient Stefano Secco (Rodolfo), Tamar Iveri (Mimi), Ludovic Tézier (Marcello) et Natalie Dessay (Musetta). C'était la quatrième fois que j'entendais le ténor Stefano Secco. Comme toujours, il a été excellent. De même pour Ludovic Tézier à ceci près que je le voyais pour la septième fois. Lors du premier acte, la soprano Tamar Iveri n'était pas très enthousiasmante ; elle le fut davantage par la suite. Le deuxième acte est superbe. C'est aussi celui où le rôle de Musetta dans lequel Natalie Dessay faisait ses débuts était le plus consistant. Sans compter les CD, DVD et retransmission sur écrans de cinéma, c'est seulement le deuxième rôle d'opéra dans lequel je l'entends. Même si le rôle de Musetta est bien plus petit que celui de Lucia di Lammermoor qu'elle incarnait sur la même scène il y a trois ans, c'est toujours un plaisir de l'entendre.

Grâce à la musique de Puccini, aux chanteurs, aux superbes décors de Dante Ferretti, voilà une très belle production d'opéra.

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La Fnac Bastille fermera

2009-11-02 20:29+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je viens d'apprendre que la Fnac Bastille fermera fin décembre. Qu'après ce genre d'opérations on ne s'étonne pas que les gens n'achètent plus de disques.

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Lady & Bird à Pleyel

2009-10-28 08:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique

L'autre fois, c'était à L'Olympia en 2005. Cette fois-ci, c'était Salle Pleyel. J'ai découvert seulement dimanche en feuilletant les notices de programmes sur le site (où elles apparaissent quelques jours avant les concerts) que Keren Ann Zeidel et Bardi Johannsson chanteraient avec l'orchestre Lamoureux et un chœur islandais leurs chansons dans des réarrangements de Thorvaldur Bjarni Thorvaldsson.

Cela fait drôle d'entendre ainsi réarrangées des chansons que pour la plupart je connaissais. Cela fait drôle aussi d'entendre le son naturel d'un orchestre en partie occulté par la sonorisation. Ce qu'on entend ne correspond pas à ce qu'on voit (ou pas, vu que l'éclairage est minimal, un film est projeté sur un écran au fond de la scène) : au début, je me suis demandé dans quelles nuées se trouvait le piano. Bien sûr, il était évident que les deux chanteurs seraient sonorisés. Keren Ann étant de ces chanteuses qui chuchotent dans le micro, cela allait de soi, et sa voix était amplifiée juste comme il fallait de façon à ce qu'on eût parfois l'impression qu'elle chuchotât à son oreille. Mais que le chœur le fût, pour moi, c'était inouï, et au milieu d'une des premières chansons, je fus choqué d'entendre le volume sonore du chœur augmenter brutalement par le truquement de la table de mixage.

Cela dit, c'était un concert fort agréable.

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Die tote Stadt à Bastille

2009-10-25 02:03+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens de l'Opéra Bastille, où je n'avais mis les pieds pour assister à une représentation depuis cinq mois.

J'ai donc vu Die tote Stadt, opéra d'Erich Korngold. Le nom du compositeur ne dit peut-être pas grand'chose à grand'monde. Pourtant, on lui doit la musique de quelques films classiques comme Les aventures de Robin des bois (avec Errol Flynn).

L'histoire est un peu compliquée. À vrai dire, il ne se passe pas grand'chose de réel. On est en plein onirisme. Presque tout se passe dans un rêve (plutôt un cauchemar) de Paul. Il habite Bruges et a consacré une pièce de sa maison à la mémoire de sa défunte épouse. En apercevant une femme qui lui ressemble beaucoup, il croit avoir l'impression qu'elle revit. Cette femme, une danseuse, envahit son rêve. Ils se désirent, mais il n'est attirée par elle que parce qu'elle ressemble à sa femme, ce qu'elle ne peut accepter : elle se moque de lui. À la fin, il l'étrangle... Finalement, tout se termine bien : il se réveille, la danseuse revient le voir, comme si de rien n'était. Il finit par abandonner sa maison (il y a d'ailleurs un vrai suspense à la toute fin de l'opéra : de quel côté de la porte finira-t-il ?).

La mise en scène du premier acte est très statique. Aux deuxième et troisième, elle devient beaucoup plus intéressante. Le décor principal représente une pièce dans la maison de Paul. Un portrait de sa femme est visible. Quand il se met à rêver, une reproduction de cette pièce apparaît au fond de la scène. Malheureusement pour les spectateurs du deuxième balcon dont je faisais partie, on ne voyait de là que la moitié basse de cet élément du décor où évoluaient des personnages, puisqu'un rideau opaque situé en haut de la scène réduisait l'angle solide de visibilité. Pour souligner le flou onirique, le plafond et les murs étaient quelque peu déstructurés, en particulier, le plafond blanc de la pièce bougeait dans tous les sens, cachant aussi un peu ce qu'il y avait derrière. Je ne comprends pas comment on peut faire aussi peu de cas des spectateurs, comment est-il possible que personne n'ait dit : Stop ! Si on persiste à faire ça, on gâche le spectacle pour 20-25% des spectateurs. Remontons ces machins dans les cintres..

Ce point noir est compensé par la qualité des autres aspects de la mise en scène, et bien sûr par la musique. La musique est agréable à écouter. Elle fait souvent penser à Strauss et à Wagner, c'est dire si cela peut être exigeant pour les chanteurs. Les deux interprètes principaux (Robert Dean Smith, Ricarda Merbeth) faisaient leurs débuts à l'Opéra avec cette production et ils ont été formidables.

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Sita sings the blues

2009-10-22 22:00+0200 (Orsay) — Culture — Cinéma — Culture indienne

J'avais entendu parler du film Sita sings the blues de Nina Paley après qu'il reçut un cristal du long métrage au festival du film d'animation d'Annecy. Je me réjouissais par avance de la probable sortie de ce dessin animé autour du Rāmāyaṇa.

Depuis, je n'y avais plus pensé. Le film est sorti en salles le 12 août. Je n'étais pas au courant, et de toute façon en voyage. Heureusement, tout à l'heure, j'ai lu Sita sings the Blues programmé au Moma, gratuit sur Internet, une entrée de blog évoquant ce film, son auteure, ses difficultés avec les législations concernant le droit d'auteur. La conclusion est que ce film est sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike License. Il est librement téléchargeable sur Internet et des sous-titres sont disponibles.

Le film, qui est essentiellement l'œuvre d'une seule personne, mélange plusieurs styles de dessin. Certaines scènes sont ainsi représentées dans le style des miniatures indiennes. Les nombreuses scènes musicales, où Sita chante des chansons d'Annette Hanshaw, ont leur style propre. Souvent, de curieux narrateurs reprennent la parole. En général, ils ne se souviennent plus très bien des légendes qu'ils racontent, émettent des conjectures, blasphèment (si l'animation me plaît moins dans ces passages, je les ai trouvés très drôles). Des passages autobiographiques dessinés tout différemment font écho à l'épopée. En effet, cet aspect-là de l'épopée n'est sans doute pas le plus connu (il apparaît dans le touffu septième livre, mon résumé s'est arrêté au sixième), mais il convient de savoir qu'après avoir vaincu Rāvaṇa, Rāma abandonne sa fidèle épouse Sītā pour que son peuple ne se moque plus d'un roi qui eût gardé auprès de lui une femme qui a été emprisonnée par un roi ennemi...

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Je n'achèterai pas le prochain CD de Natalie Dessay

2009-10-15 06:47+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Qu'il est décevant de recevoir une annonce Natalie Dessay : J-6 avant le nouvel album pour découvrir, à la lecture de la liste des titres, qu'il n'y a rien de nouveau dans ce disque, toutes ces scènes de la folie figurant dans des disques que les dessayöphiles ont déjà dans leur discothèque. La scène de la folie de Lucia di Lammermoor et d'I puritani (Elvira) sont dans Airs d'opéras italiens. La version française extraite de Lucie de Lammermoor est dans Le miracle d'une voix (et dans l'enregistrement intégral de cet opéra), tout comme Glitter and be gay (Cunégonde) et Ombre légère (Dinorah). La scène de la folie d'Ophélie est dans Airs d'opéras français.

Vu les noms des chefs d'orchestre, il semble qu'il s'agisse bien des mêmes enregistrements que ceux déjà publiés. Comment recycler du (pas si) vieux pour faire du soi-disant neuf.

Bien sûr, ce n'est pas ça qui me fera commencer à détester Natalie Dessay. Je me réjouis de l'entendre bientôt dans La Bohème, Das Weihnachts-Oratorium et La Sonnambula (œuvres que j'apprécie, pas comme Ein deutsches Requiem). Que ceux qui ne connaissent pas Natalie Dessay la découvrent avec ce disque, c'est tant mieux, mais il eût été plus élégant de ne pas prendre les autres pour des c....

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Surbooking Salle Pleyel

2009-10-13 01:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Après 7h équivalent TD dans la journée, je suis arrivé lundi soir Salle Pleyel avec un billet pour Les Saisons de Haydn, un compositeur que je découvris il y a un an seulement. Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais persuadé que le chef d'orchestre serait William Christie (il s'écoule de longs mois entre le moment où je réserve mes places et les concerts). Quand j'ai vu la boutique Harmonia mundi du hall présenter des dizaines de disques de cantates par Gardiner, je me suis demandé ce qu'ils fichaient là. Quelle fut ma surprise quand Gardiner est entré par la porte latérale pour diriger le concert !

Ma place était censée être au premier rang de l'arrière-scène (ce qui n'est pas idéal pour un oratorio, mais le concert étant au tarif A, je n'allais pas prendre un place de première catégorie). Arrivé en haut de l'escalier en suivant les indications de l'ouvreuse, j'ai vu que l'accès à l'arrière-scène était bloqué, soi-disant parce que le concert était surtitré ! (Je m'étais jusques à présent toujours demandé comment les salles s'organisaient pour tenir compte suffisamment à l'avance des contraintes scéniques pour ne pas vendre des sièges qui se retrouveraient occupés par des caméramen, des truqueurs, le chœur, etc. Apparemment, des craquages se produisent.) Bref, il y a plus de replacement à gérer que d'ordinaire, je me retrouve à une place de première catégorie au parterre.

Rarement un concert ne m'aura autant ravi. J'ai passé la première saison Le printemps dans un état de totale félicité. Je me suis même rendu compte en plein concert d'un emprunt à sa symphonie nº94 Surprise dans l'air de la basse Schon eilet froh der Ackersmann. Je n'y avais pas pris garde en écoutant cet oratorio au disque ; il faut convenir que l'enregistrement est de piètre qualité en comparaison de ce qu'on aura entendu lundi soir. J'ai particulièrement apprécié le Monteverdi Choir, et parmi les solistes, davantage James Gilchrist et Lucy Crowe que Matthew Rose.

À propos de Lucy Crowe, en l'entendant ce soir, je me suis dit qu'elle serait magnifique dans l'Ode à Sainte Cécile de Händel. Après consultation de mes archives, je me suis rendu compte que non seulement je l'avais déjà entendue dans cette œuvre, mais aussi que je l'avais effectivement trouvée magnifique dedans.

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Giselle

2009-10-10 19:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Je suis retourné voir Giselle cet après-midi à l'Opéra de Paris. Cette fois-ci, j'expérimente une place à 7€, quatrième étage, dans les stalles derrière les quatrièmes loges de trois-quarts. La visibilité est meilleure que ce que j'avais imaginé : il n'y a que le tiers de droite qui n'est pas visible. Étant au premier rang, je ne suis pas gêné par les têtes mouvantes des gens de devant. Malheureusement, il y a derrière moi un groupe de touristes chinois bruissant.

Comme cela m'avait étonné lorsque j'étais revenu voir La fille mal gardée, je remarque des détails que je n'avais pas observés lors de l'autre représentation que j'ai vue. Lors du premier acte, j'apprécie beaucoup Dorothée Gilbert et Mathias Heymann dans les rôles de Giselle et d'Albrecht. En Hilarion, Yann Bridard est moins convaincant. On n'a pas l'impression de le voir réagir le moins du monde quand il compare l'épée d'Albrecht qu'il a découverte avec un signe marqué sur une corne laissée par une famille prestigieuse en visite au village, ce qui trahit la haute naissance du rival d'Hilarion. Les solos et pas de deux des paysans sont formidables (en regardant avec mes jumelles, j'ai eu un peu peur pour le paysan sur une réception, mais c'est comme si on n'avait rien vu).

Au deuxième acte, l'entrée en scène de Myrtha (Stéphanie Romberg) sur pointes n'est vue par moi que par intermittences ; ayant une moins bonne vue d'ensemble sur la scène, il est difficile de comparer avec Marie-Agnès Gillot. Une des raisons qui m'ont fait revenir voir ce ballet, outre que j'oubliasse mes jumelles la dernière fois, est que j'avais eu l'impression de manquer la scène de la mise à mort d'Hilarion par les wilis. La chorégraphie met bien en évidence qu'Hilarion est pris au piège par les wilis. Elles tournent autour de lui, l'entourent, s'interposent quand il voudrait s'enfuir. À vrai dire, il ne meurt pas sur scène, on voit juste des wilis le mettre un peu violemment dehors.

Le deuxième acte ne m'a pas fait cesser d'apprécier Dorothée Gilbert et Mathias Heymann. Les deux ont été excellents, mais c'est surtout ce dernier qui m'a fait forte impression. Autant il passe difficilement pour un méchant (par la tromperie qui entraîne la mort de Giselle) dans le premier acte (ce que n'a pas de mal à faire Nicolas Le Riche), autant il est parfait en amoureux, cette fois tout à fait sincère, de Giselle au deuxième acte, quand il se rend auprès de sa tombe, danse avec celle qui est maintenant une wilis. Quel athlète ! Lors d'une succession de sauts sur place et de frétillants mouvements de jambes, le public frémit, une spectatrice s'écrie Bravo ! et une avalanche d'applaudissements se déclenche alors qu'il continue de réaliser des prouesses.

Rien à voir, mais avant le début de chaque acte, au milieu de plein d'autres sons éparpillés, on pouvait entendre certains instruments à vent s'échauffer avec un peu du Boléro de Ravel.

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Début de lecture du Bhāgavata Mahāpurāṇa

2009-10-09 03:55+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VI

J'ai commencé il y a quelques jours ma lecture du Bhāgavata Mahāpurāṇa dans l'édition Gita Press achetée à Tirumala lors de mon avant-dernier voyage en Inde 1.

Dans l'introduction à sa traduction de 1840, Eugène Burnouf situait l'écriture de cette œuvre autour du XIIIe siècle (estimation soumise à des hypothèses). Le texte est peut-être plus ancien que cela, mais il est certainement plus récent que le Mahābhārata. Ceci relativise le terme de Purāṇa (ancien, antique).

La traduction de mon édition bilingue sanskrit-anglais est manifestement digne d'être qualifiée de médiocre. Je ne sais pas dans quelle mesure elle est fidèle à l'original. En tout cas, si l'essentiel se lit sans grand déplaisir (c'est d'ailleurs écrit dans un anglais poussiéreux), un certain nombre de vers restent obscurs. En comparaison, la traduction de Burnouf est très limpide ; je la consulte quand j'en éprouve le besoin (ce qui permet souvent de voir que les deux traducteurs n'ont pas compris le texte sanskrit de la même façon). J'ai en effet pu trouver les trois premiers volumes sur Google Books (ils ont fait leur apparition sur ce site l'un après l'autre 2), mais il n'est pas raisonnable de lire un aussi long ouvrage sur un écran d'ordinateur ; et j'ai l'intention de lire les livres que j'ai achetés, eussent-ils été acquis pour un modique prix.

J'ai lu 6% de mon édition en deux volumes. Au rythme actuel, il me faudrait une dizaine de mois pour en venir à bout. Il va falloir que je lise strictement plus de un chapitre par jour pour y arriver dans un délai plus raisonnable. Ce qui est amusant, c'est que mon édition commence par un extrait du Padma-Purāṇa qui explique notamment l'avantage que l'on peut tirer d'une lecture du Bhāgavata Mahāpurāṇa, plus efficace à procurer la libération de l'âme du cycle des renaissances que de nombreux sacrifices de cheval (un sacrifice très rarement réalisé par les rois épiques, c'est dire si c'est exceptionnel). La procédure pour une lecture en sept jours, particulièrement propitiatoire, est minutieusement décrite. (Pour la Bible, les lectures-marathons organisées place de la Bastille ne prennent que quatre jours. Cela dit, la Bonne Nouvelle y est prononcée 24h/24 tandis que des pauses sont prévues pour la lecture en sept jours du Bhāgavata Mahāpurāṇa.)

Ma première impression est que ce Purāṇa est un panégyrique à la gloire de Kṛṣṇa. Le premier des douze livres raconte essentiellement la fin du Mahābhārata. L'accent est bien sûr mis sur Kṛṣṇa ; son caractère divin, qui transpire dans l'épopée, est ici amplifié :

Dharmarâdja (Yudhichṭhira) occupait le trône, exauçant, comme un père, les vœux de ses sujets ; le culte qu'il adressait aux pieds de Krĭchṇa l'avait affranchi de tous les désirs.
(BhP I 12.4)

Cela dit, ce n'est pas qu'un texte narratif ! L'ouvrage fait très souvent référence à la bonne manière d'obtenir le salut dans la période troubliée du Kaliyuga qui serait la nôtre. Les mérites que l'on pourraient acquérir par une bonne conduite, voire l'ascèse sont considérés comme peu de choses s'ils ne sont pas alliés à une dévotion à Kṛṣṇa. Dans le ver ci-dessus, Yudhiṣṭhira se fait un exemple à suivre. C'est seulement par cette dévotion, la bhakti que l'on pourrait voir au-delà du voile de la Māyā, cette illusion dont se joue Kṛṣṇa pour nous faire éprouver la dualité, alors que véritablement, Kṛṣṇa, l'Univers tout entier, soi, est un. Le but ultime de cette dévotion serait de réaliser cette unité. Contrairement au brahmanisme plus ancien qui ne faisait guère de cas des classes les moins hautes de la société, la bhakti semble être une voie ouverte à toutes les classes. D'ailleurs, les Purāṇa auraient été diffusés par des hérauts n'appartenant pas à la classe des brâhmanes et viseraient à permettre à un public non versé dans les Veda (mais néanmoins sanskritiste...) d'accéder à la connaissance.

[1] En sept mois, ma PAL est passée de 104 à 108 livres. Sachant que j'ai lu 61 livres dans le même intervalle, je pense que je ne dois plus être très loin du point d'équilibre.

[2] Ils ont été publiés en 1840, 1844 et 1847 par l'Imprimerie Royale. L'auteur étant mort en 1852 avant d'achever sa traduction, ces volumes sont dans le domaine public. N'ayant pu trouver les dates d'Eugène Louis Hauvette-Besnault, un de ses deux continuateurs, je ne sais pas quel est le statut des quatre- et cinquième volumes.

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Edgard Varèse 360°

2009-10-04 21:40+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Je suis allé cet après-midi au deuxième concert d'une série de deux Salle Pleyel. L'intégralité des œuvres conservées d'Edgard Varèse y auront été jouées. Quelques unes de ses premières œuvres ont été perdues, brûlées volontairement par le compositeur ou bien par accident.

Les autres blogueurs rencontrés (Zvezdo, Bladsurb, Pascal, Palpatine) en parleront sans doute mieux que moi, puisque, n'ayant entendu que Ionisation sur Youtube, je ne connaissais pour ainsi dire pas Varèse avant aujourd'hui.

Cette musique est très différente de celle que j'écoute habituellement (mon autre incursion dans la musique contemporaine était la Turangalîla). C'est strident. Pourtant, on ne s'ennuie pas et on ne se demande à aucun moment ce qu'on est en train de fichtre là. Un des morceaux nécessite un instrument non standard : le violoncelle thérémine. Au cours de Déserts, on entendra aussi des sons enregistrés (dont des passages comprennent de vomitives basses fréquences). Le chef et les musiciens s'assiéront dans le noir pour écouter avec le public le dernier morceau enregistré Poème électronique.

Ce qui était curieux dans ce concert, c'est que la salle était plongée dans la pénombre afin de faire profiter au public des vidéos de Gary Hill, projetées sur trois grands écrans en arrière-scène et des mots et images qui défilaient sur les murs. Ce n'était pas particulièrement désagréable ni hideux, mais dans un concert, on s'attend à ce que l'accent soit davantage mis sur la musique. Gary Hill et ses collaborateurs seront pas mal hués lors des saluts. Les costumes ridicules qu'ont dû revêtir la soprano Anu Komsi et la flûtiste Jeannette Landré n'ont pas reçu meilleur accueil...

Le titre 360° de ce programme renvoie évidemment au fait qu'il s'agissait de jouer l'intégralité des œuvres de Varèse, mais aussi au fait que la musique de certains morceaux était spatialisée. Ainsi, lors de Étude pour Espace, les voix du chœur étaient amplifiées et réémises par des haut-parleurs situés dans toute la salle. L'effet était assez perturbant, j'ai pris cela comme une curiosité de plus de cette bien étrange musique.

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Deux romans indiens

2009-10-01 09:36+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne

Extrait de mon booklog ; deux romans qui ont paru en français lors de cette rentrée et dont j'ai fait la critique pour le Biblioblog. S'il n'en fallait lire qu'un, je choisirais celui d'Abha Dawesar :

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Surbooking à l'Opéra de Paris

2009-09-28 00:20+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Comme hier, j'ai dû faire établir au contrôle un duplicata de ma place d'abonnement pour le ballet Giselle (le ticket d'aujourd'hui est numéroté 61948 contre 49979 hier, je ne sais pas ce qu'il faut en déduire). En effet, il y aurait eu un changement de logiciel à l'Opéra de Paris, et pas mal d'abonnés (longueur de la queue faisant foi) n'ont pas reçu leurs places. Vraisemblablement, comme moi, ils se retrouvent mauvais payeurs malgré eux (il doit y avoir un dead-lock quelque part). Tout s'étant bien passé la veille, je m'attendais à ce qu'il en allât autant aujourd'hui.

M'étant fait placer au premier rang de ma troisième loge nº16, je suis apostrophé cinq minutes avant le début du spectacle par une ouvreuse qui me demande mon billet pour vérification. Une spectatrice aurait un billet avec le même numéro de place. Après s'être enquis de mon nom et utilisé un talkie-walkie, on me demande de céder ma place. Finalement, on me replace ailleurs, et après quelque inquiétude, je suis soulagé de voir que je suis loge 32 au troisième rang, puis, certains faisant profiter les présents de leur absence, je peux rejoindre le premier rang lorsque le chef d'orchestre arrive, m'asseyant à une place valant trois fois le prix de celle que j'ai... pardon que je n'ai pas payée.

Ma nouvelle place est mieux centrée, mais cependant plus éloignée. Je regrette mes jumelles que j'ai oubliées chez moi. En effet, de loin, si elles ne portaient pas des costumes légèrement différents, on aurait du mal à distinguer Aurélie Dupont (Giselle) et Marie-Agnès Gillot (Myrtha).

Je fais probablement là une injure au bout goût, mais ce ballet est celui qui m'a le moins enthousiasmé parmi la poignée de ballets que j'ai vus depuis l'an passé. Onéguine, où Aurélie Dupont (Tatiana) et Nicolas Le Riche (Onéguine) avaient dansé un superbe pas de deux, et Les enfants du paradis sont mes meilleurs souvenirs en la matière. La musique d'Adolphe Adam est tout à fait charmante, les costumes colorés, mais je n'apprécie pas autant ce premier acte qui fait penser au beaucoup plus joyeux ballet La fille mal gardée. L'atmosphère change radicalement au deuxième acte. Giselle est morte d'avoir trop dansé et d'avoir été trahie par Albrecht qui était fiancé à une autre qu'elle. Les Wilis, des créatures démoniques qui se mettent à danser pendant la nuit et tuent les hommes qui les approchent trop, ont envahi la scène dans leurs tutus immaculés (le programme explique que le deuxième acte de ce ballet a fortement contribué à codifier la forme du costume blanc des danseuses classiques ; je préfère les ballets colorés). Myrtha, la reine des Wilis entre sur scène dressée sur ses pointes. Giselle se matérialise non loin de sa tombe. Albrecht la rejoint. Ils dansent follement. Albrecht devrait mourir, mais il est finalement épargné, et après que Giselle a regagné sa tombe, il s'en va alors que le soleil se lève.

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Un opéra provençal

2009-09-27 02:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Après avoir vu l'exposition, je suis allé ce soir voir une représentation de Mireille, opéra méconnu de Gounod, qui s'installe pour la première fois à l'Opéra. Il n'était pas gagné que je puisse entrer, vu que je n'ai pas encore payé mes places. Pourtant, ce n'est pas faute d'y avoir mis de la bonne volonté et du temps. Un formulaire d'abonnement envoyé fin mars/début avril, traité en juin. Entretemps, aucune somme n'a été débitée sur mon compte. Quelques coups de téléphone en septembre pour s'en étonner. À mon arrivée à Garnier, la queue pour retirer des billets est étonnamment longue. Je ne suis manifestement pas le seul dans ce cas. Le duplicata de billet est écrit à la main sur un tout petit bout de papier, numéroté 49979. Aimant bien utiliser mes billets d'opéra comme marque-pages, j'ai perdu une occasion de me ravitailler.

Je ne connais pas du tout Gounod. Dans ma discothèque, je n'ai que la valse Je veux vivre de Roméo et Juliette chantée par Natalie Dessay et l'air des bijoux de Faust (cf. Castafiore) par Anna Moffo. A fortiori, je découvrais cet opéra Mireille dont j'avais cependant eu le temps de lire le livret. Une histoire apparemment typique d'opéra où la soprano et le ténor s'aiment mais où le baryton veut les en empêcher.

La particularité de cet opéra est que l'action est située en Provence. Il s'agit d'une adaptation d'un poême de Frédéric Mistral. Mireille et Vincent s'aiment, mais Vincent est de moindre niveau social, il n'est que vannier. Ils jurent de faire le pèlerinage aux Saintes-Maries si l'un d'eux venait à souffrir. Lors d'une fête à Arles, Ourrias obtient la main de Mireille de son père, mais Mireille refuse. Ourrias et Vincent se battent. Vincent est blessé. Ourrias veut fuir en traversant une rivière, mais le bateau coule. Effrayée par la relation que lui fait Vincenette (la sœur de Vincent) de la blessure de Vincent, Mireille entreprend le pèlerinage. Elle est frappée par le Soleil dans le désert de la Crau. Lorsqu'elle arrive à l'église, Vincent l'attend, elle se met à délirer, son père tente de se faire pardonner et la donne à Vincent, mais il est trop tard.

Je suis plutôt content de ce spectacle. J'ai apprécié la musique fleurie de Gounod. Une petite déception avec le décor du deuxième acte. Je m'attendais à voir les arênes d'Arles comme il est prévu que ce deuxième acte se passe. Dans cette production, le décor champêtre ne change pas entre le premier et le deuxième acte (l'opéra en compte cinq). Au troisième acte, le tableau de la noyade d'Ourrias est sombre et de jolis mouvements de lumières donnent l'illusion que l'eau peinte du décor est recouverte de mouvantes vagues. J'imaginais cependant que cette scène serait plus effrayante (un chœur chante Les trépassés sortent glacés du gouffre sombre !), comme une traversée du Styx.

Malgré un français imparfait, la soprano Inva Mula a fait une très belle performance, notamment dans la scène de la Crau. J'ai entendu pour la première fois le ténor Charles Castronovo ; il m'a fait une très bonne impression. J'ai réentendu Sylvie Brunet dans un rôle sombre, celui de la sorcière Taven, qui fait ce qu'elle peut pour protéger Mireille et Vincent ; charmant air Voici la saison, mignonne, où les galants font leur choix. Après Padmâvatî, il y avait là une occasion de la voir à nouveau manipuler un trident (la scène où Padmâvatî embrochait son époux Ratan-Sen était assez spectaculaire). Amel Brahim-Djelloul (Clémence) a un trop petit rôle. J'apprécie toujours autant le timbre de la voix d'Anne-Catherine Gillet (Vincenette) que j'avais beaucoup aimée dans l'air air Je dis que rien ne m'épouvante dans Carmen. Toutes les deux faisaient leurs débuts à l'Opéra de Paris. J'en oublie quelques autres, comme l'éternel Alain Vernhes, qui a la voix la plus puissante du lot.

Conseil de placement à Garnier : éviter les deuxièmes rangs de loges. Si j'y avais fait davantage attention, j'aurais fait changer cette place pour ne pas être au deuxième rang d'une troisième loge : on ne voit pas toute la scène et même pour le milieu de la scène, il faut compter sur une configuration compatible des têtes des personnes situées devant. Pour voir mieux, mieux vaut être placé devant quitte à ce que ce soit un peu plus haut.

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Ein deutsches Requiem

2009-09-19 00:26+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Ce n'est pas aujourd'hui que je me réconcilierai avec Brahms. Que ce soit par un chœur et orchestre amateur ou par le chœur et l'orchestre philharmonique de Radio France, malgré quelques passages fugués, l'insertion de morceaux du compositeur contemporain Wolfgang Rihm, des solistes que j'apprécie beaucoup (Ludovic Tézier, Natalie Dessay) et que j'ai aimé réentendre, ce Requiem allemand m'ennuie.

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C'est la crise

2009-09-14 20:39+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Nous avons le regret de vous informer qu'en raison du contexte économique, le Boston Symphony Orchestra a décidé d'annuler sa tournée européenne.
Aussi, les concerts des dimanche 21 et lundi 22 février 2010 n'auront pas lieu.

On m'invite ensuite à modifier ou annuler ma réservation... Ce qui est amusant, c'est que je n'avais pas inclus ces concerts dans mon abonnement.

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Rencontre avec Paul Vacca

2009-09-14 09:08+0200 (Orsay) — Culture — Lectures

Après que Paul Vacca a remporté le Prix Biblioblog du Roman 2009 pour son premier roman La petite cloche au son grêle (Philippe Rey), le Biblioblog et la librairie Les Buveurs d'Encre organisent une rencontre/dédicace le vendredi 25 septembre à 19h30 (59 rue de Meaux, 75019 Paris).

Entretemps, Paul Vacca a aussi publié Nueva Königsberg et nous a accordé une interview.

Voir aussi le billet de Laurence.

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Exposition Gounod, Mireille et l'Opéra

2009-09-11 20:45+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Expositions — Lectures

Profitant d'un petit déplacement à Paris, je suis passé à l'Opéra dans le but de voir l'exposition Gounod, Mireille et l'Opéra organisée conjointement par l'Opéra de Paris et la BnF. L'opéra Mireille de Gounod est en effet programmé pour l'ouverture de la saison, et ceux qui ont encore la télévision pourront le constater en direct sur France 3 lundi prochain.

Vu que je n'étais jamais allé à l'Opéra Garnier qu'à l'occasion de représentations, je ne savais pas trop quel chemin prendre. La Bibliothèque-musée de l'Opéra (rattachée à la BnF) étant le lieu putatif de l'exposition, je suis entré par la façade occidentale vu que celle-ci se trouve dans le pavillon de l'Empereur. À l'accueil et au contrôle de sécurité, on ne semble pas franchement au courant de l'existence de l'exposition, mais la carte de la BnF semble valoir sésame pour entrer (comme pour les autres expositions organisées par la BnF), et je me retrouve laché dans les escaliers latéraux de l'Opéra, avec pour indication qu'il faudrait aller au deuxième étage.

Je me retrouve ainsi devant une exposition permanente, où je vois notamment un portrait d'Albert Roussel, mais point de Gounod. Plus loin une belle porte en bois peu accueillante. Par chance, un employé en sort. Le temps de discuter avec lui de l'emplacement de l'exposition (première personne rencontrée qui semble au courant), j'aperçois l'intérieur, assez impersonnel, de la bibliothèque. L'exposition commence à l'étage d'en-dessous.

L'exposition n'intéressera sans doute que les passionnés d'opéra. On y trouve quelques affiches de différentes reprises de Mireille, quelques documents autographes de Gounod (peu lisibles !), un buste, un laissez-passer de l'Empereur pour Gounod, des photographies d'interprètes d'opéras de Gounod, des esquisses ou maquettes de décors, etc. et une pipe.

Si l'entrée fut gratuite, la sortie ne l'a pas été. On est en effet obligé de passer par la boutique, et si j'ai ainsi eu l'occasion d'acheter en avance le programme de Mireille (dans lequel on trouve un catalogue des documents présentés dans l'exposition, avec quelques reproductions en pleine ou double page), ce qui est neutre pour moi, je suis tombé par malheur pour ma bourse devant un DVD de L'Amour de loin de Saariaho, dont j'avais lu le livret par hasard il y a quelques mois après l'avoir acheté dans une gare. Comme on m'a adressé deux fois la parole en anglais comme si cela allait de soi, je suppose que la proportion de clients étrangers est assez élevée.

Le programme (12€, 200 pages en papier glacé !) de Mireille revient longuement sur les nombreuses modifications dont la partition a été la cible, afin, selon ses instigateurs de proposer une fin qui plût davantage au public et de rajouter du brillant (et un commentateur glose en disant que cela permettait surtout à l'épouse du directeur de théâtre, Marie Caroline Miolan-Carvalho de mieux briller...). Contrairement à ce qui se fait d'habitude, on ne trouve aucun document relatif à cette nouvelle production, hormis un texte du chef d'orchestre Marc Minkowski. Globalement, cela donne envie de se plonger dans le poème de Mistral, Mirèio. Aussi, cela me rappelle que je réentendrai avec plaisir Anne-Catherine Gillet (qui fera ses débuts à l'Opéra), Amel Brahim-Djelloul (idem), Sylvie Brunet, Nicolas Cavallier et d'autres.

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Tri

2009-09-08 23:15+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Photographies

Je viens de trier par ordre alphabétique les rayons indiens de ma bibliothèque, au moins pour ce qui est de la littérature. Et hormis Vikram Seth qui aura son bout de rangée réservé, tant pis pour ceux qui dépassent :

Bibliothèque indienne

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Derniers jours à Delhi

2009-08-29 12:33+0530 (दिल्ली) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VII

Hier matin, j'ai visité le musée de la Cour suprême. J'ai ensuite fait le tour de l'enceinte d'où je pouvais voir grouiller les avocats et des ouvriers repeindre le dôme blanc. En Inde, tout mur est susceptible de servir d'urinoir ; les murs d'enceinte de la Cour n'échappent pas à la règle.

J'ai déjeuné au restaurant Parikrama qui a la particularité d'offrir un mouvant panorama sur la ville. En effet, il tourne sur lui-même : le temps d'un repas, on a le temps de faire presqu'un tour complet. On peut légitimement se demander comment construire un ascenseur qui conduise à un étage en rotation. En fait, c'est le tapis en forme de couronne qui tourne, la partie centrale, les murs et fenêtres ne bougent pas. La première chose qui frappe, d'en-haut, c'est la verdure dans la ville de New Delhi, noyée sous les arbres dont n'émergent que de hauts bâtiments.

L'après-midi, je suis descendu à Central Secretariat d'où j'ai rejoint le mémorial Indira Gandhi. En chemin, on passe devant des bâtiments du ministère de la défense et tout près, au sommet d'une blanche maison, flotte un anachronique Union Jack. Dans le mémorial, on peut voir de nombreuses coupures de presse liées à l'action d'Indira Gandhi. On peut aussi y observer des décorations dont quelques une furent écrites en français, comme un diplôme de doctorat de l'Université de Paris. Parmi les livres exposés, un livre d'arithmétique en français et quelques uns, en anglais, sur la Révolution française. Ses derniers pas sont recouverts de cristal.

J'ai poursuivi ma marche jusqu'au tombeau de style moghol de Safdarjang, en grès rouge et au dôme blanc. Non loin de là se trouve le jardin Lodi qui semble être un paisible et bel endroit. Je ne suis pas resté très longtemps, juste le temps de m'approcher du mausolée de Muhammad Shah. J'avais en effet une adresse à trouver dans les environs.

J'ai trouvé assez facilement le bâtiment de la mission Chinmaya, un mouvement religieux fondé par un guru mort il y a une quinzaine d'années. Un récital de bharatamatyam était prévu ; il avait été annoncé dans le mensuel First City. L'auditorium est rapidement plein. Le récital de Sharanya Chandran, fille et disciple de Geeta Chandran (directrice de la Natya Vriksha Dance Company) commence. Elle est accompagnée de cinq musiciens : mridangam, cymbales (Geeta Chandran), chant, flûte, violon (la formation typique pour cette danse). Les premières parties, y compris la principale, Varnam, évoquent Krishna, le joueur de flûte, danseur attirant l'amour, la dévotion et la jalousie des gopis. La dernière partie met en scène la danse cosmique de Shiva Nataraja. Le spectacle se révèle d'excellente qualité. À la fin, comme il est de coutume, on remet des guirlandes de gleurs et des cadeaux aux artistes, et c'est Swamini Guru Priyananda, devant qui ils viennent se prosterner qui les leur remet après qu'elle a fait l'éloge de ce récital qui perpétue les traditions de l'Inde et dont les interprètes parcourent le monde pour les mieux faire connaître.

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Retour à Delhi

2009-08-26 18:12+0530 (दिल्ली) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VII

Hier, j'ai passé l'essentiel de ma journé à lire. Je voulais achever Les feux du Bengale d'Amitav Ghosh et en finir par la même occasion avec cet auteur, dont je ne comprends pas le succès. Des personnages complètement invraisemblables. Trois fois, il fait mourir ses personnages principaux. Je n'avais pas trop aimé non plus Le chromosome de Calcutta, mais c'était moins n'importe quoi que celui-ci.

J'ai pris le train Jaisalmer-Delhi, cette fois-ci en 3AC, c'est-à-dire en compartiment climatisé (draps, oreillers et couverture fournis). On y dort quand même beaucoup plus mieux qu'en Sleeper Class et on n'est pas gêné par le sable. J'ai pu trouver de quoi dîner dans une gare de taille moyenne (les pakoras sortaient tout juste de la friture). Je me suis ravitaillé en eau à Jodhpur où le train était censé s'arrêter une heure, mais à peine ai-je payé que le train redémarre (il faut peut-être signaler que l'entrée à Jodhpur s'est faite après l'heure prévue de départ). Le temps que je regagne mon wagon, le train a déjà pris une certaine vitesse.

La destination finale était curieusement Delhi, sans plus de précision. Sachant qu'il y a deux gares principales appelées Old Delhi et New Delhi, ce n'est qu'en sortant de la gare que j'ai compris où j'étais. Dans la gare, le nom affiché était en effet Delhi Junction. C'est quand j'ai vu des panneaux Kashmere Gate que j'ai compris que j'étais à Old Delhi. J'ai rejoint la station de métro en cycle-rickshaw et me suis dirigé vers Rajiv Chowk (Connaught Place) où se trouve mon hôtel, un peu miteux, mais bien placé.

Cet après-midi, après avoir mangé un bon thali d'Inde du Sud dans un restaurant Savarana Bhavan (j'ai dit plus haut que l'hôtel était bien placé...), j'ai visité le musée national (en m'y rendant à pieds, sous la pluie), qui s'étend sur trois niveaux. C'est surtout le rez-de-chaussée qui est intéressant. Civilisation de l'Indus, art du Gandhara (influencé par la Grèce, on y voit notamment un Bouddha debout drapé dans une sorte de toge), art Gupta, bronzes (dont quelques très beaux Nataraja), vaste collection de miniatures (présentées dans un dédale de salles dont il n'est pas évident de sortir), etc.

À Palika Bazar, j'ai enfin pu trouver des CD de M. S. Subbulakshmi. J'achète aussi le dernier film d'Ashutosh Gowariker (Lagaan, Swades), Jodhaa Akbar. Une autre touriste renonce à l'acheter, trouvant que 7€, c'est trop cher pour un DVD (le packaging exclut que ce soit une grossière contrefaçon).

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Une journée pluvieuse ou...

2009-07-29 17:28+0530 (ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VII

Un premier contact quelque peu brutal avec Delhi. Je suis parti dimanche de l'aéroport Charles de Gaulle pour Delhi via Helsinki. Cette année, je voyage avec un couple d'amis J. et M. dont c'est le premier voyage en Inde.

L'avion a atterri vers 4h du matin. Le temps de passer à travers les contrôles sanitaires liés à la grippe A, faire tamponner nos visas, récupérer nos bagages, changer des euros, prendre un taxi prépayé (le guichet a changé de place par rapport à la dernière fois), nous sommes arrivés à Chandni Chowk (en ayant aperçu le Fort Rouge) vers 6h.

Il faisait jour. La première vision de la rue indienne est habituellement réservée au lendemain, les avions atterrissant d'ordinaire vers minuit. Le réveil de ce quartier a pu paraître glauque à mes compagnons de voyage.

En fin de matinée, nous avons rejoint la station de métro Central Secretariat, avons regardé de loin la résidence de la présidente de l'Inde puis avons marché dans Raj Path en direction de l'India Gate dont nous avons observé l'architecture peut-être un peu trop sobre.

Nous avons pris notre premier repas dans un restaurant chic avant de poursuivre en direction du tombeau de Humayun, un trajet fini en rickshaw quand la route à suivre ne se laissa plus aisément déterminer.

La pluie a commencé à tomber lors de notre visite du mausolée du deuxième empereur moghol et d'autres de personnes moins importants situés alentour. Nous avançons quand la pluie et l'orage baissent d'intensité, passant devant plusieurs pavillons. Si son dôme est fait de marbre blanc, le grès rouge donne sa couleur principale au tombeau de Humayun situé sur une vaste plate-forme à laquellle on accède par un escalier constitué de hautes marches.

Ce qui me surprend dans certains édifices alentour est la présence de vestiges de la couleur bleue, qui a moins résisté au temps que le rouge, le blanc et de façon plus anecdotique le jaune. Je n'avais vu du bleu que dans un édifice moghol à Agra sur la rive Nord de la Yamuna.

Nous avons rejoint le centre de Connaught Place en rickshaw et sommes entrés dans une librairie plutôt bien fournie. J'y ai trouvé les livres que je cherchais, à savoir les quatre recueils de poèmes Mappings, Three Chinese Poets, All You Who Sleep Tonight et The Humble Administrator's Garden, ce qui achève de compléter ma collection des euvres de Vikram Seth, aussi bien en prose qu'en vers (à ce sujet, voir ma critique de son roman en vers The Golden Gate, ainsi que celle d'Eugène Onéguine de Pouchkine, le plus célèbre roman en vers de la littérature russe).

Nous avons ensuite dîné au restaurant Saravana Bhavan (où j'avais déjà mangé en 2007). La carte y est moins fournie que dans ses homologues de Chennai. Je pensais que M. et J. apprécieraient la cuisine du Sud de l'Inde, dont je considérais que le côté pimenté relevait plus de la légende que de la réalité. Pourtant, alors que je me régalais avec mon thali, ils ont trouvé que tout était trop épicé...

Le retour à l'hôtel s'est fait sous le Déluge. D'abord, il a fallu traverser une des routes circulaires concentriques autour de Connaught Place. Vu la circulation, ce n'est déjà pas évident au sec, alors avec vingt centimètres d'eau par endroits... Nous avons ensuite utilisé des allées couvertes pour rejoindre le centre et prendre le métro. L'eau dévalait les marches à toute vitesse.

Le plus épique fut la marche à pieds entre la station Chandni Chowk et notre hôtel situé près de la mosquée Fatehpuri. Suite aux pluies très fortes (et qui n'avaient pas encore cessé), tout le quartier était inondé, l'eau montant souvent jusque sous le genou. Heureusement, Chandni Chowk est aménagée de vrais et larges trottoirs. On a vu un homme bouter l'eau hors sa boutique avec un seau.

Cette expérience s'est avérée quelque peu traumatisante pour mes compagnons de voyage. Je n'avais jamais vu un tel déluge. C'était beaucoup plus impressionnant que ce que j'avais vu à Allahabad. À Kolkata, les précipitations avaient été plus spectaculaires, mais je n'avais eu à patauger dans l'eau qu'une vingtaine de mètres, pas deux kilomètres.

Mardi, le Fort Rouge est ouvert ; nous le visitons. Si les motifs floraux du tombeau de Humayun sont plutôt primitifs, ceux du Fort Rouge sont nettement plus raffinés. On en trouve sculptés dans le grès rouge et dans le marbre et d'autres faits de pierres colorées incrustées dans le marbre blanc selon la même technique que celle utiisée dans le Taj Mahal, construit à la même époque. Les pierres incrustées de certains édifices latéraux ont élé pillées. On observe encore les vestiges de dorures plus abondantes sur un pilier du Diwan-I-Khas.

Après avoir mangé chez Karim's, un bon restaurant près de la porte Sud de la Jama Masjid, nous avons visité cette grande mosquée. L'entrée est gratuite, mais il est exorbitant d'entrer avec un appareil-photo : 200 roupies. Je m'attendais à un édifice plus grandiose.

Nous avons ensuite visité Raj Ghat, le lieu de crémation de M. K. Gandhi, un carré noir où est inscrit हे रम. Il s'est remis à pleuvoir, mais de façon moins violente que la veille. Les routes étant enbouteillés, nous sommes quand même rentrés à pieds, visitant au passage un temple hindou situé à côté du temple jaïn qui est au coin de la rue en face du Fort Rouge. Le temple est principalement dédié à Shiva. Pourtant, on y trouve aussi des représentations associées à Vishnu (Vishnu avec le disque et la conque, Radha et Krishna, Vishnu couché sur l'océan cosmique, Brahma sortant de son nombril) en plus de divinités liées aussi bien à l'un qu'à l'autre (Hanuman, Rama, Sita, Lakshman), de divinités fluviales (Ganga, Yamuna) et d'autres associées à Shiva (Durga, Parvati). À l'autel principal, les parasols n'étaient pas placés correctement, à savoir au-dessus des divinités (Shiva et Parvati) : il y en avait trois qui étaient décalées.

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La Fille mal gardée à Garnier

2009-07-11 13:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

A priori plutôt réticent sur la base de l'extrait que j'en avais vu, j'avais cependant acheté une place pour La fille mal gardée, ballet de Frederick Ashton, d'après Jean Dauberval. La pièce originale, créée en juillet 1789, est l'un des tout premiers ballets au sens où on l'entend habituellement. Une histoire dansée en musique, sans mots.

Lors de la vingt-septième représentation, Lise est interprétée par Dorothée Gilbert et Colas par Mathias Heymann. Ce ballet raconte leurs amours champêtres, contrariés par la mère Simone (Aurélien Houette) qui voudrait marier sa fille avec le ridicule mais riche Alain (Allister Madin).

La musique est de L. J. F. Herold (1828) avec des arrangements de John Lanchbery introduits lors de la création de la version d'Ashton (1960). Cependant, de larges extraits sont extraits d'autres œuvres. Ainsi, la première scène emprunte la musique du début du Barbier de Séville de Rossini. Le programme nous dit que la musique des poules et du coq vient de Janáček.

Malgré mes a priori, j'ai beaucoup apprécié ce spectacle léger et espiègle. Lors du premier acte, le ruban rose est un accessoire dont se servent merveilleusement bien les interprètes. On se demande comment ils font pour ne pas se perdre dans les nœuds. Dans la deuxième scène, une très pittoresque scène menée par un danseur à la flûte (Michaël Lafon). Quand Alain s'empare de l'instrument, l'orchestre se met à jouer faux. La danse des moissonneurs évoque un manège, chacun tenant un ruban relié à un poteau. Dans une scène voisine, Lise est au centre des villageoises et tient leur ruban tandis qu'elles tournent autour d'elle. C'est complètement inhumain de faire ainsi des pointes sur un seul pied d'appui ! Au cours de ces réjouissances, on aura vu la fameuse Danse des sabots de la Mère Simone.

Un orage force la compagnie à rentrer chacun chez soi. La mère Simone essaie de garder Lise sous clef, mais Colas parvient à entrer par la ruse. Il faut bien le cacher quelque part quand Simone revient à la maison. Lise semblant fiévreuse, Simone la fait se reposer dans sa chambre, où Colas s'est caché. Le père d'Alain viennent signer les papiers du mariage de Lise. Quand Alain ouvre la porte de la chambre de Lise, on voit paraître Lise et Colas enlacés ; il est encore temps de déchirer le contrat et d'envisager un différent mariage. Quand la noce s'est retirée, Alain reparaît pour mettre la main sur l'objet qu'il avait oublié : son inséparable parapluie rouge.

Je suis retourné hier soir pour votre une nouvelle représentation. J'étais persuadé d'avoir choisi deux distributions différentes (j'avais en particulier noté le nom de Myriam Ould-Braham dans le rôle de Lise), mais les deux rôles principaux reviennent aux mêmes interprètes que la veille. Je ne m'en serai rendu compte qu'au lever de rideau. En effet, une désorganisation inadmissible à mon étage fait qu'avec une douzaine d'autres spectateurs arrivés dix bonnes minutes avant le début qui partageront mon sort, la porte de ma loge ne sera ouverte qu'après que les lumières intérieures auront été éteintes, le chef salué et l'ouverture commencée. Deux ouvreuses pour cet étage, ce n'est peut-être pas assez...

Voir le même spectacle sous deux angles différents procure des impressions diverses. Pour ce spectacle, si j'étais un peu moins haut et plus près le lendemain, je ne voyais pas les parties excentrées de la scène. Je n'ai pas non plus fait attention aux mêmes détails. Alors que la première fois j'avais remarqué la distribution de pièces de monnaie aux moissonneurs et la tentative de Lise pour en récupérer une, je n'y ai pas fait attention le lendemain. Jeudi, j'avais été surpris par le coup de théâtre de la ruse de Colas pour rejoindre Lise, le lendemain, il n'y avait plus de surprises, et mon angle de vue ne me permettait pas d'ignorer qu'il était entré avec les moissonneurs.

Ailleurs : Palpatine y a consacré trois billets 1, 2, 3, et cela a totalement bouleversé sa vie à jamais (je serais bien allé voir Mathilde Froustey dans ce rôle, mais il ne restait plus que des places à 65€ quand j'ai regardé.)

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En vrac

2009-07-09 14:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VII

Le premier roman de Paul Vacca La petite cloche au son grêle a remporté le Prix Biblioblog du roman 2009. Je suis aussi très content de la deuxième place de Laver les ombres de Jeanne Benameur.

J'ai passé une semaine en Allemagne, au Mathematisches Forschungsintitut Oberwolfach. Quelques innovations culinaires intéressantes par rapport aux dernières fois, comme une entrée tricolore (vert, blanc, rouge) faite d'un curieux mélange entre morceaux de pommes, des groseilles, etc. Au retour, j'ai eu quelques heures à passer à Strasbourg, ce qui m'a permis de visiter la cathédrale.

J'ai presque terminé mon écoute de ma semi-intégrale Haydn. Le moins que l'on puisse dire est que cela aura été moins déplaisant que celle de mon intégrale Mozart (cependant, j'ai eu quelque mal à supporter la symphonie parisienne nº82 L'Ours). Il ne me reste plus qu'on opéra La fedeltà premiata et, le meilleur pour la fin, les oratorios Die Schöpfung et Die Jahreszeiten.

Je suis en train de terminer ma lecture de deux formidables romans en vers : The Golden Gate de Vikram Seth (en version originale) et Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine (dans la traduction d'André Markowicz).

Je suis aussi en train de préparer mon septième voyage en Inde. L'itinéraire prévu est Delhi-Amritsar-Varanasi-Allahabad-Gwalior-Agra-Chittorgarh-Ajmer-Jodhpur-Jaisalmer-Delhi.

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Carmen à l'Opéra Comique

2009-06-23 03:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je suis allé ce soir à l'Opéra Comique pour assister à une représentation de Carmen. Après Zoroastre et Le Roi malgré lui, cet opéra complète la série des trois opéras que j'avais décidé d'aller voir cette année à l'Opéra Comique. Les trois ont été de grandes réussites. J'y retournerai un peu plus souvent l'an prochain.

Avec La flûte enchantée, Armide et Werther, Carmen était un des opéras de la saison que j'attendais le plus. N'ayant alors pas trop d'idées sur les qualités respectives des places de la Salle Favart, j'avais pris à l'ouverture des réservations l'an dernier une place dans une très bonne catégorie afin d'être tranquille. Un premier rang de loge de côté (en fait presque de trois-quarts) au deuxième balcon (qui serait le premier balcon si le premier balcon avait été appelé corbeille).

Bien sûr, je voulais voir Anna Caterina Antonacci dans ce rôle. Depuis Agrippina en 2003, c'est probablement la chanteuse que j'aie le plus souvent entendue en concert : sept fois. Dès que Sir John Eliot Gardiner a posé le pied devant son pupitre, il commence à diriger le prélude sans même attendre que les applaudissements se soient dissipés. Après que le rideau sur lequel est écrit Carmen en lettres rouge sang s'est levé, le premier acte commence avec le chœur Sur la place, chacun passe dont j'aime particulièrement la sonorité des premières notes. Puis, après l'apparition de Micaëla à la recherche de José viendra le chœur des gamins, qui, contrairement à ce que j'avais noté, n'est pas interprété par le chœur Sotto Voce, dont je parlais dès le début de ce weblog, mais par la Maîtrise des Hauts-de-Seine. Les costumes, les loques, que portent les enfants nous transportent dans un quartier pauvre de Séville, où les luisantes cigarières en tenue décontractée s'affairent en sous-sol. Quand la cloche aura sonné, Carmen finira par paraître et l'ardent jeu de la séduction pourra commencer avec l'air L'amour est un oiseau rebelle, etc.

Le décor est en forme de fer à cheval rouge, placé à l'étage. On peut se figurer qu'il s'agit de l'enceinte d'une arène, ce en quoi le décor se transformera effectivement au quatrième acte (même si l'arène où brillera Escamillo sera en réalité hors-scène). La mise en scène d'Adrian Noble est excellente. On y trouve de superbes mouvements d'ensemble des chœurs. Dans ce genre, la scène qui suit le moment où Carmen a blessé au visage le Manuelita est impressionnante. Le combat d'Escamillo et de José à l'arme blanche est très bien chorégraphié, Nicolas Cavallier (Escamillo) ferait presque penser à Jean Marais. Sa façon de chanter ce rôle d'Escamillo, torero matamore, est parfaitement adaptée. Un petit bémol au sujet des souliers des choristes : en frappant le sol, ils faisaient vraiment trop de bruit, au point de gêner certains passages musicaux, fussent-ils secondaires.

Anna Caterina Antonacci m'enthousiasme toujours autant. Sa diction française est impeccable. Elle joue aussi très bien la comédie. Elle est secondée par Andrew Richards (Don José), qui sera remplacé pour les deux derniers actes par un ténor brésilien dont je n'ai pas retenu le nom. C'est dommage qu'il ait dû renoncer, je l'aimais bien. Toutefois, il aura un peu manqué de puissance pendant son duo avec Micaëla (Anne-Catherine Gillet). Dès le début de l'opéra, cette dernière me fait une très bonne impression. Mais le meilleur est à attendre : au troisième acte, elle est éblouissante dans Je dis que rien ne m'épouvante, le plus bel air de l'opéra. Une voix puissance capable d'exprimer de riches émotions.

Bref, un formidable spectacle, qui passera dans certains cinémas le 25 juin et sera diffusé sur France Musique le 30 juin.

Ailleurs : Akynou.

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Rouge, Carmen à l'Opéra Comique

2009-06-19 23:54+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Théâtre

Je reviens de la première représentation de Rouge, Carmen à l'Opéra Comique. Ce spectacle, créé en 2008, est une adaptation théâtrale par Juliette Deschamps de la nouvelle de Prosper Mérimée pour deux comédiens, Chloé Réjon (Carmen), Bruno Blairet (Don José) et un petit ensemble de musique flamenco.

Cette adaptation est bien plus proche de la nouvelle que ne l'est l'opéra de Bizet. Dans la nouvelle, un savant, en fait Mérimée lui-même, est à la recherche de vestiges de la bataille de Munda. Il rencontre un condamné à mort, Don José, qui lui raconte son histoire. Dans ce spectacle, point de prologue, Don José s'adresse directement au spectateur. Il se souvient. Le ton est résolument celui de la narration : les passés simples et les imparfaits du subjonctifs ont été conservés, ce qui n'est pas pour me déplaire. Quand il est directement question de Carmen, celle-ci paraît sur le décor fait d'un grand disque incliné recouvert de sable. Les musiciens sont également comédiens ; ils participent à l'action quand la scène l'impose. Le lyrique chant flamenco apporte quelques respirations dans la tragédie, accentuant la douleur des personnages.

Ce spectacle est vraiment original dans sa composition. Il nous ramène à l'histoire première de Carmen, avant qu'elle fût adaptée par Meilhac et Halévy. Si je n'ai pas été subjugué, j'ai apprécié le texte, un peu la musique (ça doit être la première fois que je vois de la musique flamenco) et la performance des deux comédiens. Quelques hurluberlus ont poussé des huées lors des saluts.

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Paperback Oxford English dictionary

2009-06-06 23:07+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne

Cela fait presque deux ans que j'ai acheté un Paperback Oxford English Dictionary. Depuis, j'ai lu quelques livres en anglais : The Inheritance of Loss de Kiran Desai, The Palace of Illusions de Chitra Banerjee Divakaruni, et quelques autres. Si j'en lisais déjà occasionnellement, ce dictionnaire de langue anglaise me facilite bien la tâche. Il est et fait suffisamment cheap pour qu'on n'ait pas peur de l'abîmer en le manipulant beaucoup. Il n'est pas excessivement lourd, ce qui permet de l'emporter parfois dans les transports en commun.

Étant actuellement en train de lire le roman en vers de Vikram Seth, The Golden Gate, écrit en américain, je viens de tomber à l'instant, à côté de définitions m'intéressant, sur un couple de définitions doublement récursives :

crease v. (creases, creasing, creased) 1 make or become crumpled. 2 ...

crumple v. (crumples, crumpling, crumpled) 1 crush something so as to make it creased. 2 ...

Il faudrait des mécanismes de détection de cycles dans les dictionnaires, afin qu'il n'en subsiste pas de trop courts.

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Bernarda Fink à la CdM, Waltraud Meier à Pleyel

2009-06-06 03:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Avant-hier, deuxième spectacle à la Cité de la Musique après les Vingt-quatre heures du râga. Des œuvres plus baroques les unes que les autres par Il Giardino Armonico dirigé par Giovanni Antonini, et pour les parties vocales, la mezzo-soprano Bernarda Fink, dont je ne me lasse pas d'écouter les quelques enregistrements en ma possession (notamment Orfeo et Euridice de Gluck où elle a le rôle d'Orfeo).

En environ cent cinquante concerts de musique classique, je n'avais encore jamais vu ça : dans ce concert, sauf exception, l'ensemble ne s'est pas arrêté un instant entre deux œuvres. Les lamentations de Marie sont le thème central du programme. D'abord en latin sur une musique de Monteverdi (Pianto della Madonna), puis en italien Sento già mancar la vita (Francesco Conti). J'aurais peut-être apprécié encore plus si la mezzo-soprano avait chanté un petit peu plus fort. Entr'acte. Un prélude et fugue pour luth de Silvius Leopold Weiss, une symphonie de Vivaldi et pour finir en beauté, une cantate intitulée Il pianto di Maria de Giovanni Battista Ferrandini, qui d'après le programme fut longtemps attribuée à Georg Friedrich Haendel.

En rentrant, le RER pour Saint-Rémy se transforme sans crier gare en un train pour Robinson. Quand il est encore temps de changer à Bourg-la-Reine, un train de l'autre branche arrive concomitamment. Les trains arrivent bien sûr sur deux quais différents, séparés d'un souterrain et il ne vient pas à l'idée de la Régie de retarder très légèrement un train pour rattraper les boulettes faites en amont. Heureusement, j'arriverai juste à temps pour monter. Il faudra encore changer à Massy-Palaiseau. 1h45 pour rentrer à Orsay depuis la Cité de la Musique, c'est quand même un peu long.

Hier soir, un concert de l'orchestre philharmonique de Radio France Salle Pleyel. J'oublierai assez vite la première partie, Sérénade d'après Le Banquet de Platon, malgré le violoniste Svetlin Roussev, qui, rappelé, jouera du Bach. Entr'acte. M'étant installé au deuxième rang de deuxième balcon, les hôtes disaient à qui voulait l'entendre qu'il y avait plein de places libres à l'orchestre. Pour la première partie orchestrale, je suis resté en haut pour avoir une bonne vue sur l'orchestre. Mais, j'ai repéré des bonnes petites places pour la deuxième partie.

Pour le moment, je n'avais vu Waltraud Meier que d'assez loin à l'Opéra-Bastille, en Ortrud ou en Isolde. Je ne me suis donc pas privé de saisir l'occasion de me replacer au tout premier rang, à la dernière place qui restait, tout près du pupitre de la mezzo-soprano, offrant une quasi-parfaite contre-plongée sur elle. L'œuvre au programme est Poème de l'amour et de la mer d'Ernest Chausson. Le texte est constitué de poèmes de Maurice Bouchor. À vrai dire, je n'avais pas fait attention en faisant mes réservations ; je pensais qu'il s'agirait d'une des rares œuvres de Chausson que je connaisse : Poème pour piano et violon, opus 25. Ici, deux poèmes La fleur des eaux et La mort de l'amour séparés par un interlude. La musique fait penser à Debussy et à Wagner. Il n'était donc pas étonnant que Waltraud Meier excellât...

La dernière œuvre au programme était West Side Story, danses symphoniques pour orchestre. Je n'ai vu ni la comédie musicale ni le film ; je n'en connaissais que quelques extraits. Le chef Myung-Whun Chung dirige de mémoire et ouvre même les yeux, contrairement à ce qu'il faisait avec le Chausson. Ainsi vaut-il mieux procéder pour ne perdre pas son équilible ; c'est que le chef swingue, se retourne vers le public pour crier Mambo... Interprétée par un orchestre d'un tel effectif, dont les percussionnistes ne sont pas les moindres, cette œuvre est assez spectaculaire.

Le concert était diffusé sur ArteLiveWeb. Il y aura peut-être des rediffusions.

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Proust ou les intermittences du cœur à Garnier

2009-06-02 00:50+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Avant-dernière sortie de l'année à l'Opéra. Je suis allé voir le ballet Proust ou les intermittences du cœur de Roland Petit (1974). Je n'ai acheté ces places qu'il y a deux semaines, la partie Réservation du site Internet de l'Opéra étant tombée en marche (un peu plus tôt, le bouton Réserver n'apparaissait pas pour ce ballet, j'avais pensé à tort que c'était déjà complet). Au passage, j'ai dû monter jusqu'à un tarif à 40€ : premier rang de troisièmes loges, de côté. Je pense que je continuerai à prendre préférentiellement mes places à 20€ préférées. (La fois précédente, ma place n'était arrivée dans ma boîte aux lettres que quelques jours après le spectacle ; j'avais cependant pu obtenir un duplicata. Cette fois-ci, ce n'est pas passé loin vu que j'ai reçu ma place vendredi dernier, soit deux jours après l'expédition, qui datait d'une semaine auparavant. J'ai comme l'impression qu'il y a des ratés...)

Le ballet s'ouvre sur une musique de Saint-Saëns, Pianistes, extrait du Carnaval des animaux. Suivrons diverses autres musiques de Reynalho Hahn, Wagner, Franck, Fauré, Debussy, Beethoven et Saint-Saëns. La musique qui m'a le plus marqué est celle du quatorzième quatuor à cordes de Beethoven pour le premier tableau du deuxième acte.

Plutôt que de raconter une histoire, ce ballet met en scène diverses impressions inspirées d'À la recherche du temps perdu. Le premier acte s'intitule Quelques images des paradis proustiens et le deuxième Quelques images de l'enfer proustien. Ces images sont très diverses : treize tableaux ! La forme est très variée aussi.

Au premier acte, on trouve en particulier une sonate pour violon et piano de Franck où le violon est interprêté par Daniel Stokes et le piano par Mathilde Froustey, puis Odette (Eve Grinsztajn) et Swann (Alexis Renaud) faisant catleya, de tendres Albertine et Andrée incarnées par Isabelle Ciaravola et Christelle Granier, et enfin, le superbement esthétique tableau concluant le premier acte La regarder dormir, avec Proust jeune (Hervé Moreau) et Albertine.

Le deuxième acte est beaucoup plus sombre, commençant avec une relation compliquée entre Morel (Josua Hoffalt) et Monsieur de Charlus (Aurélien Houette). Le tableau représentant le supplice de Charlus est assez impressionnant. Les deux tableaux qui suivent sont des odes au plaisir ; le deuxième met en scène Morel et Saint-Loup (Christophe Duquenne). Dans le dernier tableau, l'ouverture de Rienzi (Wagner) sonne comme une musique militaire ; La Grande Guerre a passé. Les personnages de la Duchesse de Guermantes et de Proust lui-même viennent clore le ballet.

C'est un beau spectacle, très varié comme je l'ai dit plus haut, à la fois au niveau de la danse et de la musique (cela fait drôle de voir tous les musiciens de l'orchestre sauf quatre s'arrêter pour entendre un quatuor à cordes). Cela dit, j'avais bien davantage apprécié Les enfants du paradis et Onéguine.

Je n'ai pas encore lu Proust. Cela risque d'attendre quelques années : il n'est pas encore dans ma PAL, c'est dire.

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Quatuor

2009-05-25 09:45+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne

J'ai fini il y a quelques jours ma lecture de Quatuor de Vikram Seth. Ce roman, qui a pour thème principal la musique, est excellent. J'ai rédigé mes commentaires pour le Biblioblog. Sur ma lancée, je viens de commencer son roman en vers The Golden Gate, dans sa version originale qui était dans ma bibliothèque depuis un moment plutôt que dans la traduction française qui vient de paraître. J'ai aussi acheté Eugène Onéguine, le célèbre roman en vers de Pouchkine, dont j'ai récemment vu une adaptation en ballet et qui avait enthousiasmé Vikram Seth lors de la parution d'un traduction anglaise.

Quelques autres critiques récentes :

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Tosca à Bastille

2009-05-23 01:19+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Comme Yohan, j'avais manqué Tosca l'année dernière du fait d'une grève, de RER en ce qui me concerne, alors que l'Opéra de Paris était lui aussi perturbé par un mouvement social. Cette production étant reprise pour la nième fois avec n grand cette année, j'avais inclus cet opéra à mon abonnement.

La représentation de ce soir était donc ma première occasion de voir un opéra de Puccini. J'avais déjà écouté Tosca au disque en préparation de la représentation à laquelle j'avais prévu d'assister l'année dernière, et avais aussi, plus récemment, écouté Madama Butterfly et visionné La Bohème. Ces trois opéras permettent de s'habituer au son particulier de Puccini.

Depuis mon dernier rang de premier balcon, au centre, j'ai besoin des jumelles pour distinguer quelqu'expression sur le visage des interprètes. La mise en scène et le décor ont peut être une part de responsabilité dans le fait qu'ils paraissent si petits. J'avais apprécié l'idée de réduire l'espace scénique dans Macbeth. Ici, les chanteurs évoluent dans un vaste espace sombre et austère, dépourvu d'inutile. Toutefois, le feuilletage du programme permet d'observer que la peinture de Marie-Madeleine (premier acte) est plus jolie que dans certains passages précédents de cette production !

Le drame se passe au moment de la bataille de Marengo. Scarpia lutte contre les républicains, comme Angelotti, que Cavaradossi a caché (pas pour longtemps, il se suicidera quand il sera découvert), mais il est en fait plus intéressé par Tosca, l'amante de Cavaradossi, et il fera pression sur elle en le torturant puis en la poussant à lui offrir son corps pour qu'il épargne Cavaradossi. Après lui avoir fait signer un laissez-passer, elle le poignarde. Le lendemain, à l'aube, un simulacre d'exécution de Cavaradossi doit avoir lieu. En fait, les balles sont réelles, Cavaradossi ne se relève pas ; Tosca, qui est maintenant recherchée pour le meurtre de Scarpia, se suicide.

Les trois rôles principaux de Tosca sont Floria Tosca (Adina Nitescu), Mario Cavaradossi (Aleksandrs Antonenko) et Scarpia (James Morris). J'ai apprécié les trois chanteurs et parmi eux tout particulièrement Adina Nitescu. Peut-être davantage encore que le chant, j'ai aimé la musique de Tosca, une continuité parsemée de leitmotivs.

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Trois étoiles

2009-05-13 23:08+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Si on m'avait dit il y a dix ans qu'en 2009, j'irais régulièrement à l'Opéra, je ne l'aurais pas cru. Qu'on m'eût annoncé que j'apprécierais même de voir des ballets et j'aurais pris le messager du futur pour un fou.

Après avoir apprécié Les enfants du paradis et 希尔薇娅 il y a quelques mois, je me suis décidé à acheter une place pour Onéguine, ballet de John Cranko sur une musique de Tchaïkovski. M'y étant pris un peu tard et n'étant pas encore assez balletomane pour dépenser plus de 20€ dans un ballet, je n'ai pas eu d'autre choix que d'expérimenter un nouveau placement à Garnier : les baignoires. Ces sortes de loges sont situées en dessous de la corbeille. Au prix payé, je n'ai le droit qu'au deuxième rang, ce qui réduit sensiblement l'angle de vue. Plus une baignoire est proche de la scène, plus elle est excentrée et proche d'un pilier. Il était agréable d'être aussi près de la scène, je n'ai pas eu à sortir mes jumelles, mais en contrepartie, la danse sortait parfois de mon champ de vision.

La proportion de Japonaises dans le public est plus élevée qu'à Bastille. Appartenant à cette catégorie, ma voisine a eu un air de terreur à l'idée d'entrependre la folle initiative de se décaler pour rejoindre une moins bonne place, me demandant même l'autorisation de le faire ; je lui ai plutôt suggéré d'avancer sa chaise d'un bon mètre afin de voir mieux (la chaise avait dû être reculée pour permettre aux spectateurs du premier rang de passer).

La musique de Tchaïkovski n'est en rien celle de son opéra Eugène Onéguine ; des morceaux d'autres œuvres ont été assemblés et orchestrés par Kurt-Heinz Stolze pour ce ballet de Cranko en 1965/1967. L'histoire est assez simple : deux sœurs, Olga et Tatiana, s'éprennent l'une du poète Lenski, l'autre d'Eugène Onéguine. L'amour d'Olga est partagé, celui de Tatiana ne l'est qu'en rêve : Onéguine va jusqu'à déchirer la lettre d'amour que Tatiana lui a écrite. Lors d'un bal, Eugène danse un peu trop avec Olga, ce qui provoque l'ire de Lenski qui le provoque en duel. Lenski est abattu d'un coup de pistolet. Des années plus tard, Tatiana est l'épouse du prince Grémine qui organise un bal où se rend Eugène. La situation de départ est inversée : c'est lui, avouant enfin son amour, qui donne une lettre à Tatiana ; la raison finit par l'emporter sur l'amour de Tatiana : elle déchire la lettre.

Les deux rôles principaux étaient hier soir dansés par les étoiles Nicolas Le Riche (Eugène) et Aurélie Dupont (Tatiana). Ils ont deux merveilleux pas de deux, au premier acte dans le rêve de Tatiana et pendant le tumultueux troisième acte. Le programme vendu 10€ date déjà un peu puisque Mathias Heymann y est encore annoncé comment premier danseur : en même temps qu'Isabelle Ciaravola, il a été nommé étoile à l'issue de la première représentation (16 avril). Sa partenaire est Mathilde Froustey (Olga). L'un comme l'autre sont enthousiasmants. Dans un rôle plus martial, Karl Paquette est le prince Grévine.

J'ai commencé mon écoute de la semi-intégrale Brilliant de Haydn il y a un peu plus de deux mois. J'en ai déjà écouté la moitié. Je ne suis vraiment pas mécontent de cet achat. On a peu de chance d'être déçu en tirant au hasard une symphonie ou un quatuor à cordes, par exemple, le quatuor en la majeur opus 20 nº6 (Hob.III:36), qui est le préféré de Michael, narrateur de Quatuor, l'excellent roman de Vikram Seth que je suis en train de lire. Malgré le son du piano-forte, j'ai apprécié le trio pour piano en sol majeur (Hob.XV:25) et surtout son dernier mouvement Finale: Rondo, in the gypsy style.

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King Arthur au TCE

2009-05-12 00:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens du Théâtre des Champs-Élysées où avait lieu ce soir une représentation du King Arthur de Purcell, avec le Concert Spirituel dirigé par Hervé Niquet, dont j'avais apprécié l'interprétation de la Messe en si mineur l'année dernière Salle Pleyel.

La terminologie de semi-opera semble très bien choisie. Comme les passages parlés de l'œuvre originale ne sont pas représentés, il ne reste plus grand'chose qui ait un rapport avec l'épopée du roi Arthur. Dans les passages musicaux qui restent, ce thème ne semble plus qu'un prétexte pour invoquer Woden et Thor, dieux des Saxons et quelques divinités classiques comme Amour, Pan ou Éole, et surtout pour glorifier l'Angleterre, d'une façon qui frise parfois le ridicule :

Quoique la réputation de la Toison de Jason soit ancienne,
La laine anglaise vaut son pesant d'or ;
Aucune mine ne regorge davantage de richesses.
Elle protège les paysans du froid
Et procure ainsi la pourpre de Tyraux rois.
(Traduction Yvette Gogue, Erato)

Les solistes Susan Gritton, Deborah York, Anders J. Dahlin (qui fut Zoroastre récemment), James Gilchrist, Andrew Foster-Williams et Mélodie Ruvio (soliste du chœur) sont tous spécialistes de la période baroque. C'était un plaisir de les entendre et leur visage trahissait le plaisir de chanter cette œuvre. Certains passages font penser à de beaux oratorios anglais, mais parfois, on pourrait aussi bien s'imaginer à Versailes.

Parmi les moments inoubliables, le Génie du froid, initialement grelotant, réchauffé par Cupidon au troisième acte, ou la chanson à boire du cinquième acte (les membres du chœurs goûtant alors ostensiblement quelque breuvage). Une autre plaisanterie du même genre, au début du quatrième acte : avant que deux sirènes ne commencent à chanter quelque air marin, un drôle d'instrument manipulé par le percussionniste fait un bruit qui évoque sans doute le vent, le son enregistré d'un goéland se fait entendre et Hervé Niquet fait mine d'essuyer une déjection sur son costume.

Je ne connaissais pas cette œuvre de Purcell. Je l'ai beaucoup appréciée. Le public, très nombreux, aussi, apparemment.

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Le Roi malgré lui à l'Opéra Comique

2009-04-30 03:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Ah, si cela pouvait toujours être ainsi. Le Roi malgré lui est un très beau spectacle d'opéra, qui passe ces jours-ci à l'Opéra Comique. Merci à Kozlika de m'avoir suggéré d'y aller.

Il s'agit d'un opéra d'Emmanuel Chabrier sur un livret d'Émile de Najac et de Paul Burani, inspiré de la pièce de théâtre du même nom d'Ancelot. Le programme du spectacle indique que cette pièce était de Marguerite-Louise-Virginie Ancelot, alors que sur le microfilm d'une édition à la BnF, le nom de l'auteur indiqué est M. Ancelot et conformément catalogué au nom de Jacques-Arsène-François-Polycarpe Ancelot, son mari. C'est curieux.

Afin de me préparer à cette représentation, lors de précédentes visites à la BnF, j'avais lu le livret de cet opéra puis le texte de la pièce. Je ne comprends pas pourquoi ce livet est critiqué (jusque dans le programme). L'opéra est très quiproqué. Voici deux passages que j'avais trouvé très drôles ; le deuxième a été remis en forme par Agathe Mélinand pour cette production :

Nangis

Nangis ! Mais c'est...

Henri, s'avançant et l'interrompant

La ruse est subtile
De passer pour moi !
Mais ruse inutile,
C'est moi, Nangis ! C'est vous, le roi !

Minka

Tout à l'heure, ici même, madame la duchesse de Fritelli croyait que le roi était mort.

Nangis

Que dis-tu là ! Grand Dieu... qu'est-il arrivé. (Haut.) Courons Minka. Il me faut la preuve que c'est là une erreur...

Minka

Mais la preuve, monseigneur, je l'ai, puisque vous êtes vivant !

Petit résumé : Henri de Valois a été choisi par les Polonais pour devenir leur roi. Il y va à reculons. Un complot est ourdi par le grand palatin Laski pour le chasser et mettre je ne sais plus quel archiduc sur le trône. Sa nièce Alexina fut l'amante du roi incognito à Venise et il l'abandonna. Elle veut se venger de lui, bien qu'elle l'aime encore. Elle embrigade son mari dans le complot, c'est Fritelli, le grand chambellan d'Henri. Nangis, l'ami le plus fidèle d'Henri, s'est épris de Minka, l'esclave de Laski, qui vient au séjour du roi pour dénoncer le complot. C'est Henri, qui doit rester incognito jusqu'au sacre, qui la reçoit. L'idée d'un complot contre lui lui plaît, il décide de rejoindre les conjurés en se faisant passer pour Nangis, qu'il emprisonne. Nangis, le vrai, s'évadera et les conjurés réunis chez Laski se retrouveront avec deux personnes prétendant être Nangis. Les rôles sont inversés. Nangis prend son nouveau rôle de roi très au sérieux. Les conjurés ont peur des représailles d'un Henri qui reviendrait en Pologne avec une armée, ils préfèrent le tuer. Henri promet de se tuer lui-même. Nangis s'échappe encore une fois grâce à Minka qui le prend pour le roi. Le lendemain, Henri croit qu'il peut s'en aller avec le carosse qui avait été réservé par les conjurés. La réservation a été annulée quand il fut décidé de tuer Henri. Alexina, dont l'amour pour Henri, a repris le dessus, a fait en sorte que l'archiduc reparte en lui annonçant que le complot avait été mis au jour. Rien ne s'oppose plus à ce que Henri soit couronné, mais on le croit mort assassiné par Nangis (enfin Henri). Alexina essaie de fuir avec son cher assassin, mais tout est découvert. Vive le roi de Pologne ! Minka et Nangis sont mariés. Henri invite Fritelli, et donc son épouse, à le rejoindre à la cour.

C'est peut-être un peu compliqué, mais tellement drôle et vaudevillier. Le livret est bien supérieur au texte de la pièce de théâtre, dont la fin en queue de poisson était bâclée. Dans l'opéra, la fin s'étend sur un troisième acte supplémentaire. Quelques éléments ont de plus été ajoutés dans l'intrigue de façon à créer des situations bien plus amusantes. Ainsi, dans la pièce, Alexina était une orpheline, dont le tuteur, noble, avait été proscrit par les Médicis. Elle n'avait jamais été en amour avec Henri ; au contraire, le combat entre sa haine et son amour fait d'Alexina un beau personnage d'opéra. Le chambellan de Henri était français, aucunement lié à Alexina. En faire un personnage italien ajoute encore une dose de comique, d'autant plus qu'il doit gérer des intérêts contradictoires : le complot, la liaison entre Alexina et Henri, les Français, les Polonais.

Ma place au troisième balcon, très légèrement de côté, me permettait de voir toute la scène. Les sièges sont serrés et inconfortables. Le seul problème était que je ne voyais pas les surtitres, mais comme je connaissais déjà bien le livret, je n'ai pas eu de souci pour suivre. Je ne l'avais pas remarqué la dernière fois, mais en dehors du premier balcon, les couloirs sont recouverts de motifs en forme de croix gammées (qui sont inversées à l'orchestre). La construction date d'une autre époque... À l'entr'acte, on croise pas mal de gens ornés de décorations civiles, y compris un ancien ministre de l'économie. Pour voir davantage de ministres, il faut aller au rang 15...

La mise en scène de Laurent Pelly est en accord avec la légèreté de cet opéra. C'est très dynamique, à des années lumières d'un Deflo. Plein de très bonnes idées. Un peu de mise en abyme. Des costumes de Polonais emmitouflés comme des ours. Des chariots tractés qui évoquent les gondoles de Venise. Des éléments de décors qui apparaissent subitement lors de quelque évocation de lieu ou d'un besoin scénique : tiens, il faut que Minka entre en trombe, faisons apparaître une grande porte. Quelques plaisanteries, des mousquetaires évoqués, une pancarte Amour qui passe pendant un air où Minka chante C'est l'amour qui passe, etc. Pendant ces presque trois heures de spectacle, on ne s'ennuie pas !

Hormis Sophie Marin-Degor que j'avais un tout petit peu entendue, mais à peine entr'aperçue dans Le Martyre de Saint Sébastien, je voyais pour la première fois la plupart des chanteurs, plutôt jeunes, dynamiques et enthousiasmants : Jean-Sébastien Bou (Henri), Magali Léger (Minka), Franck Leguérinel (Fritelli), Sophie Marin-Degor (Alexina), Gordon Gietz (Nangis), Nabi Suliman (Laski). Je ne connaissais que l'air de Minka Il est un vieux chant de Bohème, je l'ai aimé, comme tous les airs de Minka. Le duo Minka-Alexina du troisième acte, chacune s'inquiétant pour son bien-aimé, est celui que j'ai préféré. J'ai apprécié le chœur de l'Opéra de Lyon, qui a eu plusieurs belles occasions de se mettre en valeur. Je connais très mal la musique de Chabrier. Elle s'écoute très bien. C'est souvent un peu dégoulinant et parfois à la limite de la fanfare (sans oublier le triangle hystérique), mais cela ne gâche rien.

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Altre Stelle au TCE

2009-04-28 00:40+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je vis mon premier opéra, Agrippina de Händel, en 2003, dans une très belle mise en scène de David McVicar. Agrippina était chantée par Anna Caterina Antonacci. Depuis, j'évite de manquer les occasions de la voir à Paris. Les programmes annuels du Théâtre des Champs-Élysées ayant un index par interprète, j'y trouvai sans peine le spectacle Altre Stelle où Anna Caterina Antonacci interprète cinq rôles de femmes en colère, trompées ou anéanties. Il ne s'agit pas d'un récital, puisque, mis en scène par Juliette Deschamps, la chanteuse et deux enfants portent des costumes de Macha Makeïeff et évoluent dans un sombre décor de Nelson Wilmotte.

Le théâtre avait convié des spectateurs à venir écouter une présentation de ce spectacle samedi dernier, à la Comédie des Champs-Élysées. La moyenne d'âge des présents était plus élevée que la moyenne habituelle de la salle, ce qui est difficile, vu la réputation du lieu en la matière ; j'ai longtemps craint d'être le plus jeune présent. Ce fut l'occasion de mettre une tête sur le directeur Dominique Meyer (qui s'en ira bientôt diriger l'Opéra de Vienne), sur Juliette Deschamps et surtout de voir de près Anna Caterina Antonacci en costume de ville s'exprimant dans un charmant français avec un petit accent italien qui disparaît quand elle chante.

Pendant l'ouverture (Méhul), deux enfants viennent écrire à la craie Altre Stelle et Autres étoiles, en majuscules accentuées, sur les murs asymétriques du décor (des deux côtés ! merci ! il est rare que les metteurs en scène pensent aux spectateurs placés de côté et non ubiquistes ; pour ma part, j'étais au premier balcon, assez près du centre), puis, une femme, présomptivement leur mère, ouvre un livre pour leur raconter une histoire. C'est le début de la mort d'Ophélie (Berlioz). La femme s'éloigne, change de costume, elle reparaît en Phèdre (Rameau), puis en Armide (de Gluck, à ne pas confondre avec celle de Lully, bien que ces deux opéras soient sur le même livret). En mesure de tuer Renaud, Enfin il est en ma puissance, elle cède du fait de son amour naissant pour lui. Plus tard, une lettre lui apprendra sa trahison... Quand le barbare était en ma puissance. Les ombres projetées du fait des lumières de Joël Hourbeigt illustrent bien le fait qu'Armide est une sorcière.

Nous aurons ensuite le droit d'entendre deux sortes de tempêtes musicales, alors que sur la scène sévit une tempête de neige. Médée (Cherubini) va s'en prendre à ses enfants. Au sujet des tempêtes, je suis étonné de n'avoir pas reconnu l'air des Furies d'Orphée et Eurydice (Gluck) ; il faudra que je regarde si cet air ne serait pas spécifique à une des versions de cette œuvre.

Abandonnée par le fils de Vénus, c'est au tour de Didon des Troyens (Berlioz) de s'illustrer par sa superbe mort. Antonacci ayant une inclination particulière pour Berlioz, il n'est pas étonnant que ces airs soient mes préférés de ce spectacle. (Que je regrette qu'en 2003/2004, je n'allasse pas encore régulièrement voir des opéras, j'eusse pu l'entendre dans le rôle de Cassandre ; ah, il semble que cela soit sorti en DVD...). C'est tellement bien que lorsque les lumières réalisent un fondu au noir, le public se met à applaudir. Ce n'est pas tout à fait terminé. Hors scène, la chanteuse referme la boucle avec la deuxième partie de la mort d'Ophélie.

De l'orchestre Les Siècles dirigé par François-Xavier Roth, j'ai trouvé que les instruments à vent avaient un son quelque peu bizarre. Malgré ce bémol, apparemment subjectif, puisqu'une dame italienne qui m'expliquera dans le métro n'avoir pas compris le concept du spectacle me fera au contraire l'éloge de l'orchestre, ce fut un très beau spectacle, qui repasse jeudi prochain, et sera diffusé sur France Musique le jeudi 21 mai à 20h.

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Un bal masqué à Bastille

2009-04-24 00:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens de l'Opéra Bastille où j'ai vu une représentation d'Un bal masqué de Verdi. Première déception en entrant : Deborah Voigt est remplacée par Angela Brown dans le rôle d'Amelia. Je n'avais vu aucune de ces deux sopranos américaines auparavant et n'avais pas d'autre inclination que celle, a priori, liée à la plus grande notoriété de Deborah Voigt. Comme j'avais prévu de voir l'une dans un mois et l'autre ce soir, ce remplacement fait échouer mes plans. Une surprise agréable, néanmoins : en Renato, la brochure de l'Opéra de Paris avait annoncé Frank Ferrari, mais c'est Ludovic Tézier qui est venu.

Lors de mon opéra précédent, j'avais été un peu déçu du grossissement de mes jumelles (3×), ce qui n'est pas terrible quand on est au deuxième balcon. Je rachetai donc une autre paire, d'une vingtaine d'euros, de masse semblable et surtout ayant un grossissement triple. Elle se tient un peu mieux en mains, ce qui est heureux parce qu'avec ce grossissement, il ne vaut mieux pas trop bouger. J'avais hâte de l'essayer.

Ma place était à la galerie nº3, premier rang, place une. Cette galerie, ainsi que la symétrique, doit être le meilleur endroit pour se faire une vue d'ensemble du théâtre. Acoustiquement, c'est aussi un endroit privilégié pour entendre les toussotements, d'où qu'ils viennent. Les barreaux du rebord gênent cependant la vue sur une bonne partie de la scène. On peut soit regarder à travers la quadrillage (en profitant de sa vision stéréoscopique pour voir à travers les barreaux), soit se mettre une cale dans le dos pour s'installer sur l'avant du siège et regarder par dessus la rambarde. Globalement, je trouve que c'est plutôt une bonne place.

Ayant eu le temps de lire le synopsis en quatrième vitesse, j'ai pu délaisser les surtitres et profiter de ce que mes jumelles me permettaient de voir les chanteurs en beaucoup plus gros qu'avec les précédentes ! Ramon Vargas occupait presqu'entièrement l'angle de vue. Leur utilisation depuis les places que j'occupe habituellement et sensiblement plus éloignées devrait s'avérer très confortable.

Les chanteurs des rôles principaux sont très bons. Ramon Vargas en Riccardo, Angela Brown en Amelia et surtout Ludovic Tézier en Renato, le meilleur ami du gouverneur Riccardo, qui se joint aux conjurés pour l'assassiner quand il découvre son idylle avec Amelia, qui est son épouse. Un beau tableau met en scène séparément Amelia, Riccardo (et un marin) auprès de la sorcière Ulrica (Elena Manistina) qui leur révèle à chacun leur futur. Dans le rôle travesti d'Oscar, le page de Riccardo, Anna Christy, que j'avais déjà eu l'occasion d'entendre dans le rôle de Cunegonde dans Candide, pétille.

Suite à des problèmes avec la censure, le livret situe l'action aux États-Unis d'Amérique, auxquels font penser certains décors et costumes. Très bien. Le problème est que la mise en scène est de Gilbert Deflo. Ce n'est cependant pas aussi pire que dans Luisa Miller. En dehors du tableau avec la sorcière et du dernier, les chanteurs sont trop souvent droits, immobiles face à la salle. Je ne sais pas ce qui a pris à une partie du public d'applaudir au dernier tableau quand le rideau s'est ouvert sur la scène du bal masqué. Il y avait là une belle mise en place et une gracieuse chorégraphie qui commençait, mais de là à applaudir alors que l'orchestre joue, cela devient vraiment n'importe quoi ; ce n'est pas comme si le public avait été préparé à une extase collective par une préalable succession de tableaux superbement mis en scène.

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La Petite Bande à Saint-Roch

2009-04-24 01:23+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Encore un concert à Saint-Roch, cette fois-ci pour écouter des cantates de Pâques par la Petite Bande. Le programme étant plutôt court, afin que nous en eussions pour notre argent, le chef Sigiswald Kuijken fit un discours plutôt long pour introduire les trois cantates au programme, toutes très belles, en expliquant le contexte liturgique, et déplorer que cette connaissance se perde en mentionnant un sondage montrant que les jeunes Allemands ignorent si Noël célèbre la naissance ou la mort du Christ. Il fit également la digression maintenant habituelle sur le violoncello da spalla, ou le petit gros-violon, dont de nombreuses documents attesteraient que c'était l'instrument qui était utilisé du temps de Bach et remplacé quelques décennies plus tard par le violoncelle, placé entre les jambes. Il expliqua aussi que l'effectif vocal serait réduit à quatre solistes, conformément à l'usage (ou aux contraintes) de Bach à l'époque.

Il ne mentionna pas les difficultés financières que pourrait rencontrer l'ensemble dans les prochains mois (ceci n'est pas un appel à signer la pétition sus-liée).

Si je vins à ce concert, c'était avant tout parce que la cantate BWV 12 Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen que j'aime beaucoup était au programme. Parce que c'était La Petite Bande, et parce que cela me permet de compléter ma collection de cantates et autres œuvres vocales de Bach entendues en concert, voir chez Bladsurb :

11 12(x2) 22 23 26 36 38 46 55(x2) 56 67 68 82 85 98 101 102 106 127 135 140(x2) 146 159 180 196 199(x2) 207 214 215 225 226 227 228 229 230 232(x4) 235 243(x2) 244(x4) 245(x6) 248(x6) [la cantate 248-5 a réussi à passer entre les gouttes] 249.

Cela fait quarante-deux œuvres.

Le chef avait promis que les deux premières cantates jouées seraient très belles. Elles le furent effectivement. Il s'agissait de Halt im Gedächtnis Jesum Christ (BWV 67) dont j'appréciai particulièrement l'air de basse avec chœur Friede sei mit euch et de Ich bin ein guter Hirt (BWV 85) dont j'aimai notamment le choral Der Herr ist mein getreuer Hirt. Il est inhabituel que dans une cantate, le mouvement que j'apprécie le plus soit un choral ; c'était un choral pour alto (Petra Noskaiová) avec un superbe duo de hautbois (Patrick Beaugiraud et Vinciane Baudhuin). Dans la cantate Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen, tous les mouvements me parurent beaux...

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La bibliothèque numérique mondiale

2009-04-23 14:59+0200 (Orsay) — Culture — Lectures

Il y a deux jours, l'UNESCO a annoncé le lancement de la Bibliothèque numérique mondiale.

L'interface est multilingue et ce n'est pas une plaisanterie : les méta-données des documents existent en sept langues. Ceci peut cependant provoquer quelques surprises au moment de l'ouverture des documents.

Je vois néanmoins deux gros défauts. Si on trouve quelques documents assez exceptionnels, comme une partition autographe d'un air de Carmen, le nombre de documents disponibles (1170) est ridicule pour un projet ayant un titre aussi pompeux, d'autant plus qu'une proportion non négligeable de ces documents est faite de cartes (par exemple, les huit documents liés au Pakistan sont des cartes). Je ne vois pas franchement comment ce site pourrait réduire la fracture numérique.

L'autre défaut majeur réside dans l'interface de lecture, qui laisse à désirer. Si certains documents sont téléchargeables en PDF, un certain nombre d'entre eux ne peuvent qu'être visionnés dans l'interface du site et celle-ci n'a manifestement pas été envisagée dans l'optique de permettre à l'utilisateur de lire des livres : par exemple, le réglage du grossissement doit être refait après chaque tournage de page.

Parmi les curiosités trouvées, une carte de l'Inde à l'ère du Mahabharata où les noms sont écrits dans l'alphabet devanagari.

Un peu plus tard, je feuillette La Constitution de l'Inde et m'aperçois avec surprise qu'elle commence par We, the people of India, having solemnly resolved to constitute India into a sovereign democratic republic... alors, que ma mémoire non-défaillante (photo à l'appui) me rappelle que cette république est aussi socialist et secular. Surprise. J'ignorai ce fait, mais ces deux adjectifs ont été ajouté en 1976 lors du quarante-deuxième amendement. Aujourd'hui, l'adjectif socialiste est assez anachronique.

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Macbeth à Bastille

2009-04-14 02:41+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens d'une représentation de Macbeth à Bastille. Des cinq opéras de Verdi dont j'ai assisté à une représentation, c'est celui que j'ai le moins apprécié. Dans les extraits de lettres du compositeur que contient le programme, on le trouve presque plus préoccupé par la tragédie que par la musique.

Depuis l'avant-dernier rang du deuxième balcon, je n'entends guère Dimitris Tiliakos (Macbeth). J'apprécie davantage Violeta Urmana (Lady Macbeth). Hormis les sorcières sur lesquelles je reviens plus bas, les autres personnages sont secondaires. Par exemple, Stefano Secco (Macduff) ne chantera malheureusement qu'un seul air.

Deux décors sont utilisés. Le premier occupe tout l'espace scénique disponible, contient un réverbère et est entouré d'une douzaine de maisonnettes qui ne diffèrent que par la disposition des fenêtres. C'est dans cet espace que Macbeth et Banco entendent les oracles qui les concernent et qui conduiront Macbeth à commettre plusieurs assassinats pour obtenir la couronne d'Écosse et tenter de s'y maintenir. Dans cette production, le rôle des trois sorcières est chanté par le chœur. En voyant cette première scène, je me suis demandé comment le décorateur aurait envisagé le lieu plus intime de la résidence de Macbeth : je n'imaginais pas la planification de l'assassinat de Duncan dans un aussi grand espace. La transition avec le deuxième décor se fait à la manière d'Hitchcock, revue par Google Earth. Un petit mouvement de souris, on se déplace, on zomme sur la maison de Macbeth, on en fait le tour et on s'approche enfin de la fenêtre du salon. Quand la lumière est faite, le salon occupe la moitié de la largeur de la scène. On espionne chez Macbeth par la fenêtre. On ne surprend pas des amants, mais Lady Macbeth qui commence à avoir des pensées criminelles. D'après le livret, Lady Macbeth lit au début de cette scène la lettre de son mari ; ici, je ne sais pas exactement qui la lit, mais c'était parfaitement inaudible.

Ces interventions de personnages ou d'instruments depuis les coulisses se sont répétées jusqu'à la fin. J'ai trouvé cela dommage, cela donne un peu l'impression qu'on ne savait pas où les mettre, et que par défaut, on les a laissés en coulisses ; si ce procédé n'était pas toujours injustifié, j'ai trouvé qu'il était un peu trop utilisé. L'idée de passer de trois sorcières à un chœur plus volumineux est intéressante, mais ces séquences où tout l'espace de la scène était occupée m'ont déstabilisé : quand un personnage non anonyme intervient, la mise en scène devrait nous le faire ressortir de la masse d'une manière ou d'une autre ; ici, à plusieurs reprises, je ne savais pas trop où regarder pour le voir.

Cela dit, globablement, j'ai plutôt apprécié cette mise en scène et ces décors. Parmi les choses qui m'ont plu : la scène mimée où l'on voit le roi Duncan (peut-être un peu trop méprisant pour ses hôtes), la chanson à boire où Lady Macbeth réalise des tours de magie tandis que Macbeth voit des apparitions. Il y a aussi une surprise que je ne dévoilerai pas ici.

S'il n'y avait la chanson à boire, cet opéra serait uniformément sinistre. Le compositeur ayant décidé d'éviter tout ce qui était dramatiquement superflu, on ne trouve pas moult airs agréables à écouter. Je connaissais mal cet opéra, n'ayant qu'un enregistrement techniquement nul avec la Callas. Je ne sais donc pas à quoi doit ressembler une bonne interprétation de cette œuvre ; toujours est-il que pendant le premier acte, j'ai trouvé le son de l'orchestre assez brouillon. En revanche, le syndrome de l'hydr'avion était parfaitement maîtrisé.

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La Passion selon Saint Jean à Saint-Roch

2009-04-09 02:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne

Depuis deux jours, je n'arrive pas à faire sortir de ma tête l'air Je veux vivre de Roméo et Juliette (Gounod). Comme il n'y a pas de raison que cela n'arrive qu'à moi, je vous laisse en exercice de comparer les interprétations suivantes d'Angela Gheorghiu, Anna Moffo, Anne Netrebko, Natalie Dessay, Diana Damrau, Barbara Hendricks et Lily Pons.

Rien à voir, mais chez moi, j'expérimente Firefox avec l'extension Vimperator. Ceci renforce la cohérence entre les trois principaux logiciels que j'utilise : l'éditeur de texte vim, le logiciel de courrier électronique mutt et le navigateur Web. Et ce n'est pas tout, puisqu'au niveau du window manager (de dinosaure, puisqu'il s'agit de fvwm), j'ai aussi un raccourci clavier pour faire apparaître une ligne de commande sur la dernière ligne de l'écran.

Je suis passé à la librairie Ambikâ spécialisée sur l'Inde. J'ai réussi à n'acheter que trois livres.

J'ai passé l'après-midi à travailler à la BnF. En tant que bibliothèque mathématique destinée aux chercheurs, elle est très nettement moins intéressante que les autres bibliothèques mathématiques que j'ai fréquentées en région parisienne (IMJ, ENS, IHP, Orsay) et que les collègues étrangers nous envient, souvent.

Ce soir, j'ai assisté à ma sixième Passion selon Saint Jean de J. S. Bach. Les chefs consécutivement vus depuis 2003 dans la direction de cette œuvre sont Ton Koopman, Andreas Spering, Sigiswald Kuijken, Emmanuelle Haïm, Pierre Cao et donc Paul Dombrecht. Il me reste des souvenirs de la plupart de ces différentes versions. Je me souviens avoir vu Sandrine Piau et Klaus Mertens dans la première avec Ton Koopman. De la deuxième, je me souviens d'une erreur dans le livret distribué (c'était le livret d'une autre version de l'œuvre, le chœur introductif Herr, unser Herrscher ayant été remplacé par le chœur qui apparaît maintenant à la fin de la première partie de la Passion selon Saint Matthieu). La troisième était originale en ce que le chœur y était on ne peut plus réduit (une voix par pupitre). La quatrième était gâchée par une mise en scène de Robert Wilson. Dans la cinquième, Christoph Prégardien était l'évangéliste.

Cette sixième version est assurément celle que j'ai le plus appréciée. S'il n'y avait eu un ténor à la limite du soporifique (quel interminable Erwäge), je serais parfaitement satisfait de ce concert. Mon confort et mes conditions d'écoute dans l'Église Saint Roch étaient presqu'idéales. Premier rang, un peu de côté, de la place pour les jambes. L'estrade où les musiciens se sont installés est dans l'alignement du transept. Pendant et après que les chanteurs ont fini de chanter, la réverbération prolonge de son et engendre des effets saisissants, notamment avant la partie da capo du chœur introductif où le chœur de la radio flamande et l'orchestre Il Fondamento se sont arrêtés un temps inhabuellement long avant de reprendre. Cela a contribué à la solennité de la représentation, à laquelle concourait aussi le caractère défendu des applaudissement pendant la semaine sainte et le long silence qui suivit l'air Es ist vollbracht et les mots de l'évangéliste Et inclinant la tête, il rendit l'âme..

La disposition du chœur était inhabituelle : de gauche à droite (de mon point de vue), les sopranos, les ténors, les basses, les altos (STBA), alors que la dispositions SATB est plus courante. Dans les chœurs où les différents pupitres commencent à chanter successivement, dans l'ordre basses, ténors, altos, sopranos (BTAS), comme dans le très joli Lasset uns den nicht zerteilen, sondern darum losen, wess' er sein soll, c'est un peu bizarre à suivre.

Je commence à bien connaître cette œuvre. Mon allemand biblique ne s'est pas trop perdu ; je n'avais pas de mal à suivre ce qui se passait. En dehors du Erwäge, je n'ai pas du tout eu le temps de m'ennuyer ; il s'est écoulé très vite. J'ai apprécié comme je ne l'avais éprouvé avant l'air pour alto Von der Stricken de la première partie où se répondent deux hautbois, alors que, outre la voix de la soprano, Ich folge dir gleichfalls laissent apprécier le son des flûtes.

Bref, je ne regrette pas du tout de m'être abonné cette année aux Concerts parisiens ― Philippe Maillard, dont la programmation fait une grande part à la musique baroque.

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La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur

2009-04-05 11:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures

Dans une entrée précédente, je discutais de mes impressions au sujet d'une retransmission d'une représentation de La Sonnambula, opéra de Bellini, et d'une perplexité qui avait refait surface à propos des liens familiaux supposés ou non entre Amina et le Comte Rodolfo. Entretemps, j'ai retrouvé ce que je cherchais dans les textes d'introduction de la production dont j'ai un enregistrement (Evelino Pidò, Opéra national de Lyon, avec Natalie Dessay, 2007) : la mention du fait qu'Amina était la fille naturelle de Rodolfo se serait trouvée dans une version préliminaire du livret de l'opéra.

Après avoir lu sur Gallica le texte du ballet de Scribe et Aumer, je suis allé hier à la BnF pour consulter d'autres sources littéraires. Ce fut l'occasion d'utiliser pour la première fois un lecteur de microfiches ; un livre tient sur une ou plusieurs fiches (mesurant environ 10 × 15 cm²) que l'on projète sur un écran ; c'est assez confortable à lire, en blanc sur fond noir. J'ai ainsi lu d'une part une analyse du ballet par un certain M. H. (de moindre qualité que le texte de Scribe et Aumer qui décrivait succintement chaque scène) et d'autre part le texte de la pièce de Scribe et Delavigne dont le ballet est inspiré (il est à noter que la pièce contenait des passages chantés). Voici un tableau récapitulatif des correspondances :

Titre La Somnambule La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur La Sonnambula
Genre Comédie-vaudeville Ballet-pantomime Opéra
Auteurs Eugène Scribe et Germain Delavigne Eugène Scribe et Jean-Pierre Aumer, musique de M. Hérold Felice Romani, musique de Vincenzo Bellini
Création 1819, Théâtre du Vaudeville, Paris 1827, Opéra de Paris 1831, Teatro Carcano, Milan
Lieu de l'action (Non précisé) En Provence, dans l'île de la Camargue, auprès d'Arles Un village suisse
La Somnambule Cécile Thérèse Amina
Son parent M. Dormeuil, son père Mme Michaud, meunière, sa mère adoptive Teresa, meunière, sa mère adoptive
Son fiancé Frédéric de Luzy Edmond Elvino
L'étranger Gustave de Mauleon M. Saint-Rambert Le comte Rodolfo
L'aubergiste ― (Mauleon est logé dans le pavillon de Dormeuil) Mme Gertrude Lisa

(Je renonce à comprendre la logique des changements de noms d'une œuvre à l'autre, et aussi l'helvétotropisme.)

L'intrigue de l'opéra est presqu'identique à celle du ballet, mais elle diffère de façon très-significative de celle de la pièce. Dans le ballet et l'opéra, un mariage se prépare entre une jeune fille dont on découvrira qu'elle souffre de somnambulisme et un jeune homme. Le contrat de mariage est signé ; la cérémonie religieuse est prévue pour le lendemain. Un étranger arrive au village où il a l'intention de passer la nuit avant de continuer sa route. Il rejoint la chambre qu'il a louée. Il flirte avec l'aubergiste qui laisse tomber son fichu et s'enfuit quand elle entend des bruits de pas. La somnambule rejoint l'étranger qu'elle prend pour son futur mari, ce qui trouble bien sûr l'étranger. La somnambule finit par s'endormir dans sa chambre. Pendant ce temps, au village, on a découvert que l'étranger était en fait le nouveau seigneur et on vient à son réveil lui manifester un joyeux accueil digne de son rang. Le scandale éclate quand on trouve la mariée dans sa chambre. L'étranger défend sa vertu en expliquant qu'elle souffre de somnambulisme. À d'autres. Son fiancé refuse de se marier avec elle et pour se venger, décide aussitôt d'épouser l'aubergiste (qui a un faible pour lui). Alors que la cérémonie se prépare, la mère de la somnambule intervient en brandissant le fichu de l'aubergiste qu'elle avait trouvé dans la chambre de l'étranger. Nouvel émoi, vite surpassé par l'arrivée de la jeune fille en état de somnambulisme. Elle se lamente sur son sort, clame son innocence et pourtant souhaite le bonheur à son ex-futur mari. Ce dernier est ému et quand elle se réveille, il lui dit qu'elle ne rêve pas et qu'elle est bien en train de voir son époux.

Dans la pièce, le personnage de l'aubergiste n'existe pas. Mauleon est hébergé dans un pavillon par Dormeuil. Mauleon est un ancien ami de Frédéric et un ancien prétendant à la main de Cécile. Elle avait refusé sa proposition le lendemain d'un bal où il avait passé la soirée à danser avec une autre ; pourtant ces deux-là s'aimaient sincèrement. Par dépit, elle avait accepté la demande en mariage de Frédéric. Quand elle voit Mauleon débarquer le jour de son mariage (il est là par hasard), elle est troublée. Quand elle le rejoint dans le pavillon en état de somnambulisme, elle semble essayer de dialoguer avec lui et d'apaiser sa conscience à propos du malentendu qui conduisit à ce qu'elle repoussât sa proposition ; bref, elle l'aime et regrette de n'avoir alors pas accepté.

Quand Frédéric entre dans le pavillon au matin, Mauleon essaie d'éviter qu'il ne regarde de l'autre côté du paravent où Cécile s'est endormie. Quand cela se produit enfin, elle a disparu : il ne reste plus que son schall. [...] La deuxième scène de somnambulisme dévoile l'amour de Cécile pour Mauleon. Frédéric, qui a déjà vu quatre de ses projets de mariage échouer, renonce à épouser Cécile et la donne en mariage à son ami. (On peut noter que dans le ballet, une renonciation hétérologue est exprimée par Mme Gertrude qui laisse Edmond épouser Thérèse ; dans l'opéra, Lisa se fait tout simplement oublier.)

Faire de Rodolfo le père d'Amina semblait être une bonne idée, puisque, de même que la passion liant Cécile à Mauleon expliquait que ses rêves et donc son somnambulisme la fît tendre vers lui, cette filiation rendait plausible qu'elle fût attirée vers lui. Cela eût aussi été cohérent avec la nostalgie qu'exprime Rodolfo dans la première scène. Cela dit, on imagine mal comment insérer cette révélation à la fin de l'opéra sans casser l'ambiance et tomber dans le ridicule qu'évoque Beaumarchais en imaginant comment écrire un Barbier de Séville qui plût à la critique :

Ce Figaro, qui pour toute famille avait jadis connu sa mère, est fils naturel de Bartholo. Le médecin, dans sa jeunesse, eut cet enfant d'une personne en condition, que les suites de son imprudence firent passer du service au plus affreux abandon.

Mais avant de le quitter, le désolé Bartholo, Frater alors, a fait rougir sa spatule ; il en a timbré son fils à l'occiput, pour le reconnaître un jour, si jamais le sort les rassemble. [...]

À l'instant, la plus touchante reconnaissance a lieu entre le médecin, la vieille et Figaro : C'est vous ! c'est lui ! c'est toi ! c'est moi ! Quel coup de théâtre.

Dans le genre, Palpatine avait relevé le ridicule des retrouvailles entre Idomeneo et Idamante dans Idomeneo de Mozart.

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Traductions, Vikram Seth

2009-04-03 01:07+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne

Aujourd'hui, j'ai réussi à entrer dans une librairie sans y acheter de livres. Entre les livres de la sélection du Prix Biblioblog et deux livres injustement délaissés depuis quelques jours (Le docteur Jivago et Mythe et épopée II), j'ai de la lecture pour un petit moment, sans compter la plus que centaine d'autres livres qui traînent dans ma bibliothèque (les livres rangés à l'horizontale ayant été considérés à un moment donné par moi comme étant à lire en priorité).

Bref, quand je suis allé en fin d'après-midi à la Fnac Saint-Lazare pour écouter Jean-Claude Carrière parler de son dernier livre, Dictionnaire amoureux du Mexique, chez Plon (merci Gilda pour le tuyau), il a bien fallu que je passe par l'étage consacré aux livres.

Dans la partie Asie/Inde, un livre chez Connaissance de l'Orient, La cité d'or et autres contes est écarté parce qu'il s'agit d'un recueil de contes issus du Kathāsaritsāgara de Somadeva dont j'ai récemment acquis une traduction intégrale (Océan des rivières de contes, Pléiade).

Un autre livre a attiré mon attention : Golden Gate de Vikram Seth (Grasset & Fasquelle), traduction du roman en vers intitulé The Golden Gate de Vikram Seth, dont je possède déjà, depuis au moins un an, un exemplaire, en anglais. Le livre ayant paru en anglais en 1986, je pensais qu'il n'y avait plus aucun chance qu'il soit traduit en français. Pourtant, cela s'est réalisé, plus de vingt ans après la première parution. Cela m'était déjà arrivé avec Le Palais des illusions de Chitra Banerjee Divakaruni. Je vais donc probablement faire passer ce livre dans la liste de ceux à lire en priorité.

Avec le légendaire Vālmīki, Vikram Seth est l'auteur indien que je préfère. J'ai écrit sur le Biblioblog mes impressions de lecture sur plusieurs de ses livres : Deux vies, Le lac du Ciel, Voyage du Sin-K'iang au Tibet, Un garçon convenable, Arion and the Dolphin. J'ai découvert récemment l'existence de l'émission de radio World Book Club de la BBC. Vikram Seth a été invité dans cette émision pour discuter de son livre le plus fameux : A suitable boy. Les archives de ce World Book Club sont accessibles en ligne.

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Prix Biblioblog 2009

2009-03-29 12:05+0200 (Orsay) — Culture — Lectures

La sélection de la troisième édition du Prix Biblioblog vient d'être annoncée :

Prix Biblioblog

Comme les années précédentes, nous avons essayé de mettre en valeur des romans qui n'ont pas été très médiatisés.

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Zoroastre à l'Opéra Comique

2009-03-26 08:31+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Je suis allé hier soir pour la première fois à l'Opéra Comique. Le théâtre est de dimension relativement modeste par rapport à pas mal d'autres salles parisiennes. Les toilettes sont appelées lavabos et sont mixtes, ce qui ne laisse d'étonner (depuis l'École normale, je n'ai pas souvenir d'avoir vu d'autre lieu où ce soit le cas) ; robinets malpratiques (oui, je sais, ce mot n'existe pas, mais depuis que j'ai vu le Figaro qualifier les personnalités issues de l'Outremer d'ultramarines, je ne crains plus rien ; dit-on que les Américains sont ultra-atlantiques ? je dois confondre avec ultra-atlantistes).

Je m'installe à ma place. Troisième et dernier rang de trois quarts du deuxième balcon. Malgré les têtes des deux rangs précédents, l'ensemble de la scène est dans mon champ de vision. Je n'ai qu'une vue partielle sur Les Talens lyriques et il me faut me lever pour apercevoir le chef Christophe Rousset qui va diriger Zoroastre (seconde version) de Jean-Philippe Rameau.

L'opéra compte quatre personnages principaux : Zoroastre (ténor), Amélite (soprano) qui s'aiment, mais qui sont menacés par l'alliance des deux amoureux déçus Abramane (baryton) et Érinice (soprano). Les deux camps font usage de la magie et de pouvoirs divins pour contrer les attaques de l'autre. Happy ending. La divinité invoquée par Zoroastre anéantit ses adversaires aux pratiques sacrificielles.

On apprend dans le programme (élégamment mis en page, avec seulement trois pages de pub'), on apprend que Zarathushtra ne doit pas être traduit en étoile d'or (comme le fait penser Zoroastre, qui est une francisation du nom grec), mais en celui qui a de vieux chameaux.

Les chanteurs, nonobstant l'origine scandinave de la plupart, donnent l'impression d'avoir parlé français toute leur vie tant la diction est correcte et le texte ainsi rendu intelligible, les sur-titres sont presqu'inutiles. Comme toujours avec Rameau, la musique est très belle et on a plaisir à écouter l'orchestre.

J'ai beaucoup apprécié la mise en scène de Pierre Audi, à laquelle la chorégraphie des parties dansées concourt harmonieusement. On l'apprécie d'autant plus que le décor est très dépouillé, à tel point que dans le dernier acte, le théâtre est nu, on se serait cru dans un film de Lars von Trier.

Ayant commencé à 20h et entrecoupée de deux entr'actes, la représentation de cet opéra en cinq actes se termine à 23h30 ; avec le RER A et la correspondance triviale à Châtelet pour le RER B, je suis chez moi à peine une heure plus tard.

Une diffusion en direct est prévue sur Radio classique le 27 mars.

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Mallika Sarabhai

2009-03-24 00:27+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Théâtre — Cinéma — Culture indienne

On n'imagine pas toujours les pépites que l'on peut découvrir parfois en cliquant sur le bouton Play dans Dailymotion.

Docteure, chevalière des arts et des lettres, danseuse de kuchipudi et de bharata-natyam, bouleversante Draupadi dans The Mahabharata de Peter Brook (version longue !), directrice de la Darpana Academy of Performing Arts qui créa Phèdre de Racine en hindi, combattante de la cause des femmes indiennes, opposante au controversé chief ministrer du Gujarat Narendra Modi, divorcée, athée, visiblement passionnée par tout ce qu'elle entreprend, Mallika Sarabhai est impossible à résumer.

Quelques vidéos :

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Quand je lis ça...

2009-03-23 19:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Quand je lis ça, je me dis qu'il sera difficile de résister à l'envie de prendre un abonnement pantagruélique à l'Opéra de Paris l'an prochain...

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La Sonnambula au Met, à la Géode

2009-03-22 01:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

J'étais en fin d'après-midi à la Géode pour assister en direct (ou plutôt en léger différé) du Metropolitan Opera (New-York) à une représentation de l'opéra La Sonnambula de Bellini.

Si c'était à refaire, je choisirais peut-être un cinéma ayant un écran plat, plutôt qu'un écran sphérique. La liste des cinémas français participant à ces retransmissions en direct est trouvable sur le site de CielÉcran ; le prochain opéra ainsi diffusé sera La Cenerentola de Rossini, le 9 mai ; la programmation de l'année prochaine contient quelques opéras qui promettent (Les Contes d'Offmann (sic) avec Villazón, Netrebko notamment, Hamlet avec Natalie Dessay, Simon Keenlyside).

20€, c'est bien plus cher qu'une place de cinéma. Pour ce prix-là, on peut aussi aller à l'opéra de Paris, mais il faut s'être levé tôt, pas pour aller travailler, mais pour aller faire la queue. Bref, a priori, c'est peut-être un tantinet cher.

La mise en scène de Mary Zimmermann est une mise en abyme. Le décor est celui d'une salle de répétition où on prépare une représentation de La Sonnambula. Natalie Dessay (Amina) descend les marches pour entrer sur le parquet dans un costume de star et se fait habiller. Après que la scène des fiançailles avec Juan Diego Flórez (Elvino) a été répétée, les chanteurs se mettent à l'écart du reste de la troupe et un duo d'amour lie les deux chanteurs, qui ne sont plus les Amina et Elvino de l'opéra mis en abyme. Le principe de cette mise en scène marche très bien pendant l'essentiel du premier acte. Cela se gâte à la fin de cet acte et pendant le deuxième, puisqu'on ne peut plus alors dire qu'il y ait deux histoires imbriquées l'une dans l'autre, mais seulement l'opéra de Bellini, joué dans des costumes et un décor new-yorkais plutôt que tyroliens.

La manière de filmer privilégie les gros plans sur les chanteurs, de préférence en contre-plongée depuis une caméra mouvante. Jamais sur une scène d'opéra, on ne verra les chanteurs en si grand. Même depuis les tous premiers rangs, ce n'est pas si impressionnant. Un gros couac dans la réalisation quand la caméra s'attarde interminablement sur la mère d'Amina (Jane Bunnell) alors qu'il faudrait nous montrer Lisa (la très dynamique Jennifer Black), qui ne sourit plus après que sa duplicité a été mise au jour.

Si on aime écouter de belles voix, cet opéra est un pur plaisir. Celle qui a le plus d'occasions de se mettre en valeur est celle du personnage d'Elvino, élégamment interprété par Juan Diego Flórez, qui livre prouesses sur prouesses vocales. Il occupe le devant de la scène pendant la quasi-totalité de l'opéra. De très beaux duos avec Natalie Dessay. Cependant, il faudra attendre les tout derniers numéros de l'opéra pour entendre son talent s'exprimer pleinement.

Elvino voudrait qu'on lui prouve qu'Amina ne l'a pas trompé avec le Comte Rodolfo. Amina entre sur scène. Somnambule, elle est inconsciente de la présence des autres. Elle chante son amour pour Elvino. Pendant le superbe air Ah ! no credea mirarti, une bande de parquet s'est avancée au-dessus de la fosse avec Natalie Dessay dessus ; comme cet air est plus émouvant sur scène qu'au disque ! Quand elle se réveille, Elvino, qui s'était détourné d'elle, se présente à elle en se déclarant son époux. Le chœur a revêtu des costumes tyroliens. Le ballet de l'opéra réalise des mouvements de danse de circonstance. On habille rapidement Amina et Elvino conformément au nouveau dressing code ; Amina peut se réjouir et faire partager sa joie avec l'air Ah ! non giunge uman pensiero.

Il me semblait que l'on découvrait à la fin de l'opéra que Rodolfo était le père d'Amina, ce qui expliquait qu'elle fût attirée vers lui pendant sa crise de somnambulisme. Pour essayer de trouver une explication, je suis allé lire le texte du ballet-pantomime de Scribe et Aumer intitulé La Somnambule ou l'arrivée d'un nouveau seigneur sur Gallica. Rien. Rodolfo (Saint-Rambet) est trop jeune pour avoir eu une fille en âge de se marier. J'avais probablement lu cette explication dans le texte d'introduction à l'opéra dans le coffret de CD de l'enregistrement que j'en possède.

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The Mahabharata, de Peter Brook

2009-03-19 18:08+0100 (Orsay) — Culture — Culture indienne

Épisodes précédents : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9.

Au cours des trois dernières soirées, j'ai visionné la version longue du film (au format 4:3) de Peter Brook, adapté de la triple pièce écrite par Jean-Claude Carrière, elle-même adaptée du Mahabharata, qui selon la dédicace que m'a écrite l'auteur, se dit le plus grand poème du monde À voir....

Mon avis sur la version de trois heures n'a pas été évolué trois ans après le premier visionnage. Je faisais prémonitoirement une recommandation inconditionnelle de la version longue. Le moins que je puisse en dire est que je n'ai pas été déçu. Mes avides attentes ont été réalisées et bien davantage.

Le double DVD (~20€) contient en fait trois films, chacun d'environ deux heures. Les trois films portent des titres identiques à ceux des trois pièces constituant la version théâtrale : La partie de dés, L'exil dans la forêt, La guerre. Le découpage n'est toutefois pas exactement le même puisque la Bhagavad-Gita intervient à la fin du deuxième film et non au début du troisième. Les DVD sont en anglais uniquement, avec des sous-titres anglophones pour malentendants.

Cette version contient de nombreux épisodes qui avaient été coupés pour la version de trois heures. D'autres qui avaient été raccourcis sont plus développés. Vu l'enthousiasme que m'inspire la version longue, je me demande vraiment pourquoi il fut décidé de faire une version courte, tant cette dernière me semble difficile à apprécier par ceux qui ne connaissent pas déjà le poème. Ceci dit, un film de six heures, c'est plus difficile à sortir en salles.

Parmi tous les personnages qui pouvaient paraître mineurs dans la version courte, celui qui retrouve de façon la plus éclatante la place qu'il mérite est celui de Draupadi, l'épouse commune des cinq Pandava, interprétée par Mallika Sarabhai, l'unique interprète d'un rôle principal à être de nationalité indienne dans ce film aux comédiens aux origines les plus diverses. Le climax est atteint à la fin du premier film, dans la scène où Draupadi, perdue aux dés par Yudhishthira, est traînée de force dans la salle du jeu de dés. (Si vous voyez pas de quoi je parle, je rappelle que j'ai écrit un résumé de l'épopée pour le Biblioblog.) Le seul grief que je pourrais faire à propos de la première partie est qu'elle ne montre pas le svayamvar de Draupadi et en particulier l'humiliation qu'elle inflige à Karna quand elle affirme qu'elle n'épousera pas le fils d'un cocher. Cela dit, comme Karna vient déjà d'être humilié pour la même raison lors d'un tournoi où il voulait défier Arjuna, cela aurait peut-être fait doublon ; et puis, cela aurait éventé la surprise qui attend le spectateur dans la scène qui suit...

Le deuxième film me paraît le moins réussi des trois. Il raconte l'exil dans la forêt après la partie de dés, la révolte de Draupadi, la naissance du fils rakshasa de Bhima (qui intervient à un autre moment dans le poème, mais qui s'insère très bien ici), la quête que mène Arjuna pour obtenir des armes divines, celle de Karna auprès de Parashurama (Rama à la hache), la rencontre mortelle avec Dharma, l'année passée incognito à la cour du roi Virata et enfin, les préparatifs de la guerre. La Bhagavad-Gita apparaît curieusement à la fin de ce deuxième film. Pour certains de ces épisodes, les passages correspondants de la pièce de théâtre étaient plus développés. Dans les trois films, le narrateur Vyasa intervient souvent pour raconter quelques épisodes, parfois les personnages s'en chargent eux-mêmes, en parlant d'eux-mêmes à la troisième personne (cela paraît curieux, mais c'est une bonne manière d'adapter la confusion qui règne tout au long du poème sur le statut du narrateur). Vyasa, disais-je, intervient souvent. Pendant leur exil, il suggère aux Pandava de rencontrer des sages. Cet aspect de leur exil fait tout l'intérêt du troisième livre du Mahabharata ; j'ai trouvé dommage qu'on ne nous les montre pas en train d'écouter une légende racontée par un de ces sages. Ce qui m'a davantage troublé est l'épisode évoquant l'année passée à la cour du roi Virata. L'art est difficile... La façon dont la première scène de cet épisode est filmée et mise en scène est pourtant remarquable. Je n'ai pas visiblement pas ressenti de la même manière que les scénaristes l'ambiance qui régnait au palais. J'imaginais les cinq Pandava et Draupadi vivant séparément, chacun étant très isolé. Ici, on a l'impression, sinon qu'ils restent en contact, au moins qu'ils sont heureux. Je n'ai pas très bien compris pourquoi les jumeaux ont d'autres métiers que dans le poème, cela dit, comme ces personnages sont très mineurs, il n'y a pas de mal à les modifier un peu et le choix du métier de chacun n'est trop discordant par rapport à la fonction qui est la leur. La façon de montrer Arjuna ayant perdu sa vilité manque de subtilité.

Le troisième film raconte la guerre, sans prendre autant de raccourcis que le faisait la version courte. Une bonne partie des épisodes principaux de la guerre sont traités. On retrouve ainsi le personnage d'Amba dont l'amour destructeur pour Bhishma entrevu dans le premier film réapparaît alors qu'elle s'est réincarnée en Shikhandin, un homme, pour le tuer. On y voit aussi la mort d'Abhimanyu, fils d'Arjuna, pris au piège dans le disque constitué par l'armée de Drona. La mort de ce dernier est aussi très détaillée, à une curiosité près : à ce moment de la guerre, Drona est censé être un guerrier très menaçant, capable de tuer des millions d'ennemis, mais on le découvre dans son camp, très sage, occupé à aiguiser une arme. La scène la plus dévastatrice du poème, l'holocauste du camp des Pandava, n'est évoquée qu'oralement, par Ashvatthaman, le responsable de ce massacre, qui vient en rendre compte à Duryodhana qui s'en réjouit avant d'expirer. Après la guerre, on suit les personnages jusqu'à leur montée au ciel.

Je ne saurais expliquer pourquoi, mais j'ai l'impression que Krishna paraît plus sombre que dans la version courte. Bien que la plupart de ses apparitions à l'écran soient illustrées par le son d'une flûte (que la tradition ultérieure au poème associe au jeune Krishna enchanteur), pendant la guerre, on le voit constamment suggérer des entorses aux règles : il envoie le fils de Bhima au casse-pipe et se réjouit de sa mort, il demande à Bhima de frapper Duryodhana à la cuisse, etc.

Les dialogues et monologues du film sont, comme ceux de la pièce, irréprochables. On n'y trouvera jamais quelque bavardage inutile. Toutes les phrases ont un sens, conforme à l'idée qu'il convient de se faire des personnages. Le respect de la tradition littéraire indienne est évident. Cela s'applique même aux scènes qui n'existent pas dans l'épopée, puisqu'on se laisse volontiers tromper. Un exemple frappant, illustrant le caractère universel de la divinité de Krishna, est celui où Ganesha enlève son masque à tête d'éléphant : qui donc se cachait derrière cette apparence illusoire ? Krishna, bien sûr !

Contrairement à la version courte, je pense que ces trois films sont accessibles à ceux qui ne connaissant pas déjà le poème. Les critiques que je me hasarde à faire sont noyées dans l'océan de leurs qualités. Je pense que voir la pièce devait être encore plus intéressant que voir le film, mais vingt ans après, il est bien trop tard...

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Casimir et Caroline au Théâtre de la Ville

2009-03-15 19:10+0100 (Orsay) — Culture — Théâtre

Je reviens du Théâtre de la Ville où avait aujourd'hui lieu une représentation de Casimir et Caroline de Ödön von Horváth, mis en scène par le nouveau directeur du théâtre, Emmanuel Demarcy-Mota, avec de très bons comédiens, parmi lesquels Sylvie Testud et Thomas Durand qui occupent les deux premiers rôles mentionnés dans le titre de la pièce.

La pièce se passe pendant la crise des années 1930, en pleine Fête de la Bière. Une bande de jeunes regarde un Zeppelin chargé de riches dans le ciel. On danse, on joue au toboggan, on boit de la bière, on regarde des objets de foire, on chante, plutôt bien d'ailleurs (notamment la Barcarolle des Contes d'Hoffmann, dans un mélange d'allemand et de français). Le vieux tailleur désabusé Eugène Schurzinger (Hugues Quester) apparaît comme un oiseau de mauvais augure, déclarant que dans un homme, les femmes ne voient qu'une bonne ou une mauvaise situation. Casimir et Caroline forment un couple, qui se délite alors que Casimir perd son emploi de chauffeur. Schurzinger offrirait bien une glace à Caroline, mais elle veut faire un tour de montagnes russes. Ces dernières sont figurées par la projections d'une vidéo en noir et blanc, alors que Caroline est en haut du décor métallique, mi-échafaudage, mi-grillage.

En dehors de la bande de jeunes et de Schurzinger, deux hommes d'un plus haut niveau social courtisent Caroline, qui, libérée de Casimir, se laisse tenter. De son côté, Casimir doit choisir entre la faim et les larcins, personnifiés par Franz le Merkl. Entre ces deux hommes, Erna, remarquablement bien interprétée par Sarah Barbasnikoff, hésite.

J'ai apprécié ce spectacle qui mêle différents genres. Le travail de mise en scène paraît impressionnant. On trouve presque en permanence plus d'une dizaine de comédiens sur scène, participant aux festivités, déplaçant les éléments de décor, projetant un film, dansant ou goûtant une glace, tandis que le texte passe de la bouche d'un personnage à un autre, sans temps mort. Ce curieux désordre est ainsi décrit dans le programme : Comme des atomes identiques agités de mouvements browniens forment des combinaisons moléculaires différenciées, ainsi se compose un Monde dont le sens universel échappe, même si localement, les choses s'expliquent un tant soit peu. Est-ce au spectateur de faire lui-même son montage ? Peut-être, mais un mystère demeurera au fond des êtres.

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Club mil'

2009-03-15 00:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique

En janvier, je m'étais retrouvé transitoirement dans la situation où j'avais déjà écouté au moins une fois tous les disques de ma collection. J'envisageais alors quelques achats, qu'il n'y avait pas lieu de précipiter puisque j'allais partir pour un mois en Inde.

Après réception de mes dernières commandes (notamment une semi-intégrale Haydn), je m'aperçois que mes fichiers musicaux (issus de ma collection de CD et de quelques autres enregistrements, pour la plupart issus de DVD d'opéras) viennent de franchir la barre des mille heures.

Bref, j'ai maintenant environ cent cinquante heures de musique nouvelle en réserve.

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On n'arrête pas le progrès

2009-03-14 21:44+0100 (Orsay) — Culture — Culture indienne — Mathématiques — Photographies

J'ai eu connaissance il y a quelques jours d'une démonstration assez impressionnante de l'équipe de recherche LEAR, dépendant de l'INRIA Rhônes-Alpes et du laboratoire Jean Kuntzmann (Grenoble). L'application de démonstration, Bigimpaz, est utilisable depuis un navigateur Web. En entrée, on choisit une photographie. L'application affiche en sortie les photographies similaires prises dans une base de dix millions de photographies. Cela fonctionne très bien avec certains monuments célèbres : si on choisit une photographie de la Tour Eiffel, du Sacré-Cœur ou du Taj Mahal, on voit paraître de nombreuses autres photographies de ces monuments, eventuellement sous des angles et avec des luminosités différentes.

Tout irait bien si je n'avais pas tenté de regarder ce que renvoyait l'application pour la photographie suivante, prise le 21 août 2007 :

Photo 0662

Il s'agit d'une photographie de la sculpture géante de Shiva qui se trouve à Baroda (Gujarat). Le problème, c'est que l'application de démonstration sus-mentionnée fait apparaître une photographie d'une statue en tous points semblable à la première :

Photo 0662

(Adresse originale de l'image : http://bigimbaz.inrialpes.fr/data/megabaz/1024x768/579/85df1decdf2bba114bde80d6d2e99.jpg. Je ne connais pas le détenteur des droits sur cette photographie. Il est donc évident que je l'utilise ici sans son accord. Il va de soi que s'il demandait à ce que je l'enlève, je le ferais ; mais j'espère qu'il consentirait à répondre à la question qui suit.)

Où se trouve cette statue ?

D'après les données EXIF, la photographie aurait été prise en mars 2007, quelques mois avant que je ne prenne la mienne. Il est donc très peu vraisemblable que les deux photographies soient celles d'un unique exemplaire, qui aurait été déplacé d'un endroit à un autre, en l'occurrence à Baroda. Bref, tel les Statues de la Liberté dont de nombreux exemplaires existent (le concept est même breveté), Shiva portant le trident ne serait pas unique. Je suis preneur de toute aide pour éclaicir ce mystère.

PS (15 février) : Grâce au mail et au commentaire de PB, je connais maintenant la réponse. La statue se trouve à Grand Bassin, à l'île Maurice. Elle aurait été inaugurée assez récemment, en 2007.

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Salon du Livre 2009

2009-03-14 20:31+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne

Je suis allé aujourd'hui au salon du livre 2009. Le site Internet du Salon est complètement buggé. Je suppose que c'est fait exprès, pour forcer les gens à acheter un hebdomadaire partenaire pour pouvoir consulter dans des conditions acceptables la liste des dédicaces. Il serait pourtant tellement facile de mettre en ligne cette liste dans un fichier PDF, voire dans un fichier texte. La boutique ne marche pas mieux puisqu'après que j'eus commandé une entrée plein tarif, le billet que j'imprimai comportait la mention Auteur en dédicace. Je me suis donc fait jeter à l'entrée grand public. Mon code-barre ne passait pas non plus du côté de l'entrée des auteurs, mais sans discuter, on m'a émis un badge Joeol (sic) Riou, auteur en dédicace et donné un hideux cahier rose.

Année après année, la visite au Salon se révèle de plus en plus éprouvante, physiquement. Je ne pourrais pas faire ça plusieurs jours de suite. Les allées sont toujours trop étroites, surtout quand les Bernard Werber, les Amélie Nothomb, les Olivier Adam font des dédicaces. L'année dernière, c'était Daniela Lumbroso...

Sans avoir pris rendez-vous avec elles, j'étais sûr de tomber sur Laurence et Douja du Biblioblog au stand Actes Sud à 14h quand Lyonel Trouillot devait venir dédicacer ses livres. Il était en retard, personne n'avait l'air de savoir où il pouvait se trouver. Après avoir reçu une promesse de nous faire appeler au téléphone quand il arriverait, nous nous sommes retrouvés du côté des éditions de l'atelier in-8 où j'avais déjà pris deux courts textes. À 15h30, je reviens avec Douja du côté d'Actes Sud pour une autre dédicace, trop pleine de monde, à laquelle nous renonçons donc. Mais, qui apercevons-nous ? Lyonel Trouillot, qui s'en va, mais qui promet de revenir dans dix minutes. Pendant ce temps, l'équipe des rédacteurs du Biblioblog se reconstitue. Nous sommes quatre, puisque nous ont rejoints Laurence, Yohan et sa moitié. Quand Lyonel Trouillot arrive, il trouve un coin de table pour nous dédicacer des livres et une discussion enrichissante peut commencer.

J'abandonne les autres pour rejoindre Plon, où Jean-Claude Carrière me dédicace la réédition de Le Mahabharata, récit théâtral chez Albin Michel. J'avais déjà lu à la BnF le texte de cette pièce de théâtre en trois parties, publiée en 1985 par le Centre international des créations théâtrales (bref, le théâtre des Bouffes du Nord dirigé Peter Brook), mais je voulais un exemplaire pour ma bibliothèque. J'ai ensuite fait le tour d'un pâté de stands pour me rendre compte que Jean Teulé était juste en face pour dédicacer Le Montespan. Il prend le temps de faire un dessin, mais c'est apparemment le même pour tout le monde. Plus tard, je verrai Raharimanana pour Madagascar, 1947. Le livre qu'il dédicace contient du texte en français et en malgache. Le club Confusion est complice de l'éditeur Vents d'ailleurs puisque le livre est vendu en deux versions. Bref, je passe quelques minutes à parcourir le livre, pour essayer de voir si les passages en malgache sont bien des traductions des textes en français (à moins que ce ne soit l'inversion, peu m'importe). J'ai déjà conclu que cela semble bien être le cas quand l'auteur vient à ma rescousse et m'explique qu'entre les deux versions du livre vendues, seules diffèrent les couvertures. J'achète son dernier roman chez Philippe Rey un peu plus loin. La dernière dédicace à laquelle je vais est encore chez Actes Sud puisqu'il s'agit de Jeanne Benameur.

Voilà la liste de mes achats :

Cela ne fait que deux livres ayant un rapport avec l'Inde. Il faut bien dire que le stand Z64 où devait prendre place un éditeur indien était tristement inoccupé, et que de chez Picquier, j'ai déjà presque tous les livres qui m'intéressent.

Nombre PAL : 117.

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Werther à Bastille

2009-03-07 01:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Ah, donc, vous voulez voir Villazón ? Voilà ce que me demandait au téléphone un employé de l'Opéra de Paris au moment de finaliser mon abonnement. Je répondis par l'affirmative et au lieu de la raisonnable sixième catégorie, je dus donc me résoudre à prendre une onéreuse place en quatrième catégorie.

L'opéra de Massenet est une adaptation du roman épistolaire Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Ce roman est dans ma bibliothèque depuis plusieurs mois, mais je n'ai pas encore pris le temps de le lire.

J'ai trouvée que la mise en scène de Jürgen Rose était très réussie. En particulier, j'ai apprécié l'idée permettant d'évoquer avec le plus d'acuité le tourment du héros et sa solitude. En effet, même quand il ne prend pas part à la scène, il reste assis à sa table de travail, qui est fixée sur un rocher situé au milieu du décor qui tourne, au sens propre, autour de lui. J'ai un peu plus modérément aimé le fait de recouvrir le décor de fragments de lettres, mais pourquoi pas. Quelques curiosités : même au plus fort de ses face-à-face avec Charlotte, Werther, debout, continue à écrire dans ses carnets ; quand Charlotte s'exclame Werther en se rendant compte de sa présence, elle lui tourne le dos !

Suivant les dates, deux versions de l'œuvre sont présentées. Dans la version pour baryton, c'est Ludovic Tézier qui joue Werther ; c'est d'ailleurs ce qui est arrivé pour la première où Rolando Villazón s'est fait remplacer. Dans la version originale pour ténor, Werther est joué par Rolando Villazón, Charlotte par Susan Graham, Sophie par Adriana Kucerova et Albert par Ludovic Tézier. J'avais déjà eu l'occasion d'entendre ce dernier dans Falstaff et dans Lucia di Lammermoor, inutile de dire qu'il est toujours aussi bon. Je n'avais jamais entendu Susan Graham ni Adriana Kucerova. Le rôle de la jeune Sophie semble fait pour Adriana Kucerova. Susan Graham est impressionnante, autant par la voix que par son jeu. Reste Rolando Villazón. Vu son remplacement lors de la première et les craintes au sujet de sa voix, il y avait de quoi avoir peur pour lui. Le premier acte ne mettant que modérément son talent en valeur, j'ai attendu le deuxième acte pour m'enthousiasmer en l'écoutant chanter l'air Un autre est son époux !. Les scènes en duo avec Susan Graham sont bouleversantes de lyrisme, avec une progression entre le deuxième acte où Charlotte ne paraît pas excessivement affligée et la déchirante mort du héros au quatrième acte, en passant par le troisième acte où elle est torturée par ses sentiments.

Renaud Machart, du Monde, n'a pas du tout aimé cette production. C'est plutôt bon signe. En revanche, Marie-Aude Roux, malheureusement trahie par le typographe, dresse un portrait sensible du ténor français et s'interroge sur sa voix menacée.

Ailleurs : Palpatine 1, 2.

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Reportage photographique sur le Kumbh Mela

2009-03-05 22:19+0100 (Orsay) — Culture — Expositions — Culture indienne — Photographies

En cherchant des informations sur le mythe du barratage de la mer de lait, le photographie Bernard Grismayer était tombé sur mon blog. Il m'avait alors invité au vernissage de l'exposition qu'il réalise à la galerie-librairie Impressions à Paris. Lors du barratage de la mer de lait, un mythe dont la description la plus précise que j'ai lue pour le moment était dans l'édition de Mahâbhârata de Madeleine Biardeau (j'aurai probablement l'occasion d'approfondir cela un peu avec le Bhagavata-Purana), un événement mythique, disais-je donc, au cours duquel, selon des sources qui me sont inconnues, quatre gouttes de la liqueur sacrée amrita se seraient échappées sur quatre villes : Prayag (Allahabad), Ujjain, Haridwar, Nashik. Depuis très longtemps, des pélerinages très importants, appelés Kumbh Mela y ont lieu tous les ans. Tous les douze ans, chacune de ces villes célèbre un Maha Kumbh Mela. Ils rassemblent des dizaines de millions de pélerins... J'ai eu la chance de me trouver à Allahabad en janvier 2007 pendant un Aardh Kumbh Mela, qui se tient six ans avant (ou après) un Maha Kumbh Mela. Les photographies que j'y avais prises sont ici, pour les moins ratées, et , pour les autres.

Bernard Grismayer expose les très belles photographies qu'il a réalisées dans ces quatres villes pendant le pélerinage du Kumbh Mela. La foule se masse au bord du fleuve sacré. Des hommes et des femmes se baignent dans la Ganga (ou d'une autre rivière suivant l'endroit), prient. Des sadhus les précèdent. Le front des hommes est recouvert de marques sectaires (le plus souvent vishnouistes sur les photographies, m'a-t-il semblé).

J'ai un peu regretté que les photographies ne contiennent pas de légende, fût-elle minimaliste, à savoir indiquant simplement la ville où chacune a été prise. Des quatre villes, n'ayant visité qu'Allahabad, il m'était impossible de deviner où elles avaient été prises puisque le cadrage ne me permettait pas de reconnaître le moindre lieu.

Une photographie a attiré la curiosité des personnes présentes : un portrait d'un homme au visage peint en bleu, avec un chignon tressé, le troisième œil et trois lignes horizontales sur le front, probablement un collier de rudraksha. Bref, une représentation de Shiva. Pour qu'elle fût encore plus fidèle au mythe, il eût peut-être fallu que seule la gorge fût bleue.

L'exposition se tient au 98 rue Quincampoix (côté Nord) jusqu'au 4 avril, apparemment le mercredi de 18h à 21h et le samedi de 14h à 20h.

Entre hier et aujourd'hui, j'ai fait 3h de cours, 3h de travaux pratiques en calcul formel et 3h30 d'exposé sur la dualité en cohomologie étale ; je suis crevé.

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Idomeneo à Garnier

2009-02-28 01:56+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je suis allé ce soir à la première représentation de la reprise d'Idomeneo. Je ne sais plus très bien pourquoi j'avais inscrit cet opéra de Mozart à mon abonnement ; peut-être parce que Joyce DiDonato était dans la distribution ? L'opéra m'a semblé moins ennuyeux que je ne l'avais ressenti en en écoutant un enregistrement. Cela dit, le troisième acte est nettement plus enthousiasmant que les deux premiers.

L'histoire est abracadabrantesque. Idoménée, roi de Crète, manque mourir en mer. Il n'est épargné par Neptune que parce qu'il a promis de sacrifier la première personne qu'il rencontrera après avoir débarqué. Le problème, c'est qu'il voit Idamante, son propre fils. Pour le protéger, il l'éloigne, mais Neptune fait apparaître un monstre marin meurtrier. Idamante, déçu de la volonté de son père de l'éloigner, cherche la mort en allant combattre le monstre, mais il parvient à le vaincre. Idoménée révèle que la victime sacrificielle que Neptune attend est Idamante. Celui-ci s'offre en sacrifice sous le fer d'Idoménée, mais au dernier moment, une voix caverneuse s'élève pour satisfaire Neptune, il suffit qu'Idamante abdique en faveur de son fils. Sur cette histoire, se greffe une rivalité amoureuse entre Ilia et Électre pour Idamante. Ilia est tourmentée par la contradiction entre d'une part l'honneur de Troie dont elle est issue et d'autre part son amour pour Idamante. Idamante l'aime aussi, mais il méconnait les sentiments d'Ilia. Électre est un personnage qui ne semble exister ici que pour faire obstacle à l'amour entre Ilia et Idamante.

Une fois que l'on a en tête le résumé, j'ai l'impression que l'on ne perd pas grand'chose en ne regardant que très distraitement les sur-titres afin de viser les solistes avec les jumelles. Les chanteurs des rôles principaux sont tous très bons : Paul Groves (Idoménée), Joyce DiDonato (Idamante), Camilla Tilling (Ilia) et Mireille Delunsch (Électre). Par contre, le décor est un peu trop minimal et est revêtu de bien curieuses couleurs. Je n'ai pas aimé les lumières non plus, puisque comme trop souvent, les ténèbres envahissent la scène de sorte que le seul moment pour vraiment bien voir les chanteurs est à la fin du spectacle, quand ils viennent saluer...

À part ça, le deuxième rang des troisièmes loges de côté, c'est horrible ; je préfère très nettement le premier rang des quatrièmes. De là, à moins de se tordre dans tous les sens, une bonne partie de la scène n'est pas visible et pour les parties visibles, il faut compter sur l'absence de conjonction avec les têtes des spectateurs du premier rang. Je n'ose imaginer ce que ça doit être pour ceux du troisième rang, qui devaient carrément se lever pour y voir quelque chose.

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Retour

2009-02-24 18:34+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Je suis parti ce matin vers 2h30 à l'aéroport de Chennai pour un vol d'environ onze heures. En préparant mes bagages, j'avais eu peur de ne pas réussir à tout faire rentrer dans mes sacs et à répartir le poids de façon à ne pas dépasser la limite pour les bagages allant en soute. À l'aller, mon sac faisait quatorze kilogrammes. Au retour, il est tout juste en dessous de la limite de vingt kilogrammes. Pourtant, j'avais mis l'essentiel des livres que j'ai achetés dans le sac à dos que j'ai pris comme bagage à main. J'ai un peu stressé au moment des contrôles de sécurité en raison des règles arbitraires et imprévisibles qui fleurissent. En effet, peu après être entré dans l'aéroport, j'ai vu sur des écrans des instructions donnant non seulement des listes d'objets interdits dans les bagages à main, mais aussi une liste de choses autorisées, parmi lesquelles on pouvait lire Books: one or two. Mon sac en contenait huit et plutôt pas des petits puisque le sac pesait huit kilogrammes. Au moment du passage du bagage aux rayons X, j'ai espéré que l'empilement de pages ne soit pas trop opaque pour être suspect. C'est passé.

Ma collection de livres ayant un rapport avec l'Inde occupe maintenant presque une bibliothèque complète. Voici mes nouvelles acquisitions :

Les éditions du Ṛgveda et de The Hindu Temple m'ont coûté chacune un peu moins de 2000 roupies (environ 30€), ce qui n'est pas donné, mais est quand même assez raisonnable. Les ouvrages édités par Gita Press ont des prix dérisoires. Je voulais profiter de ce séjour pour acquérir une édition du Bhāgavata Mahāpurāṇa (la traduction française d'Eugène Burnouf étant hors de prix) ; sinon, je ne serais peut-être pas allé à Tirupati, qui était le lieu de vente le plus proche de Chennai d'après le site Web de Gita Press. En fait, la librairie située à Chennai que j'ai mentionnée distribue aussi des livres de Gita Press ; il suffit de leur demander.

La version du Mahabharata de Samhita Arni, qui était très jeune quand elle l'a écrit et illustré, existe aussi en français. J'en avais entendu parler, mais n'y avais pas repensé avant de voir le deuxième volume dans une librairie. En cherchant le premier volume dans diverses librairies, au rayon jeunesse, je suis forcément tombé sur des bandes-dessinées d'Amar Chitra Katha et ai acheté le numéro intitulé Draupadi. Elles couvrent divers sujets, mais une bonne proportion d'entre elles sont liées présentent de façon agréable et pittoresque les mythes et épopées indiennes. C'est très bien fait et cela procure une bonne initiation à l'iconographie indienne. Les prix sont très petits.

(En résumé, contrairement à la musique baroque qui est plus chère si on l'achète in situ, la culture indienne est moins onéreuse là-bas qu'ici, et cela vaut aussi bien pour les disques de musique carnatique que pour les livres ou encore pour les spectacles.)

Ma PAL qui était descendue assez nettement en-dessous de 100 est remontée à 104 et le Salon du Livre est pour bientôt...

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Nayaki

2009-02-23 11:55+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Ce week-end, je suis resté à Chennai. J'ai visité la cathédrale St. Thomas, qui est bâtie au-dessus de la tombe putative de l'apôtre du Christ. L'entrée de la tombe est située à l'arrière de la cathédrale ; des photographies montrent le précédent pape visitant la tombe. Un mini-musée expose un morceau de l'arme qui l'aurait tué.

Samedi, en fin d'après-midi, je suis allé à l'ouverture du quatorzième festival annuel de danse organisé par l'association Nayaki. La cérémonie a commencé par une prière de Miss V. Deepika, disciple de Sudha Raghunathan. Le Managing director d'Ashok Leyland a fait un discours (en tamoul) ; un prix d'excellence a été remis à la compositrice et interprète Dr. Rukmini Ramani ; diverses personnes se sont succédé au micro pour faire son hagiographie, vantant notamment son travail de thèse de doctorat sur son père Papanasam Sivan, grand compositeur de musique carnatique. Des récompenses ont été données à beaucoup de monde, comme à Mrs Lakshmi Ranganathan pour avoir allumé la flamme au cours de la cérémonie.

Après une heure de congratulations, le spectacle de danse a finalement commencé. La danseuse est Revathy Ramachandran dont j'avais déjà vu une disciple. C'est le premier spectacle payant auquel j'assiste lors de ce séjour, la danseuse est manifestement la plus expérimentée de toutes celles que j'aie vues ; elle a déjà dansé dans de nombreux pays, dont la France. Je n'ai pas saisi le sens de la plupart des parties, le plus souvent consacrées à Shiva. Le varnam, la partie principale du récital, devait raconter une rivalité entre deux dévotes de Shiva. La danseuse était accompagnée de quelques musiciens : mridangam, cymbales, chant et vînâ. La dernière partie était très originale, mais j'en avais déjà vu une similaire par sa disciple. Le joueur de mridangam était à mon avis moins bon que l'autre ; l'échange entre cet instrument et la danse était moins riche.

Je suis retourné hier à l'Abirami Chidambaram Community Hall pour le deuxième jour de ce festival qui en compte neuf. Comme pour la plupart des soirées qui vont suivre, il n'était plus question de danse, mais uniquement de musique. Le chanteur N. Vijay Siva était accompagné de la violoniste Amritha Murali et du joueur de mridangam Manoj Siva. Deux jeunes disciples jouaient du tanpura. Des problèmes techniques de sonorisation ont perturbé le début du concert. Le micro du chanteur ne fonctionnait pas pendant les premières minutes ; sa voix ne portait même pas jusqu'au quatrième rang, plein centre, où je me trouvais ! En fait, j'ai trouvé la première demi-heure du concert assez médiocre. Quand la composition principale (environ une heure) a débuté, j'ai commencé à apprécier. Sans être extraordinaire, c'était plutôt bien. La manière d'utiliser le violon est très différente de ce qui se pratique dans la musique occidentale. Une partie importante du travail de la musicienne était de reproduire en écho la mélodie chantée par le maître. La spectacle a duré environ deux heures et demie, sans entr'acte.

Un groupe d'avocats sont devenus complètement fous ces derniers jours. Scènes d'émeutes dans et autour de la Haute Cour de Madras. Le Chief Minister, qui se déplace en fauteuil roulant, annonce qu'il commencera une grève de la faim si les avocats et les policiers ne font pas la paix.

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Encore un peu de bharatanatyam

2009-02-13 15:55+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Hier soir, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore pour un nouveau spectacle de bharatanatyam, le dernier que je vais voir pour le festival de danse Sri Parthasarathy Swami Sabha. La danseuse Shilpa Darshan Kumar (disciple de Revathy Ramachandran) est sans doute la plus expérimentée de celles que j'aie vues en Inde jusqu'à maintenant. On annonçait au microphone qu'elle s'était déjà produite en Italie, aux États-Unis d'Amérique et à Singapour.

Le public indien n'apprécie pas les spectacles dans le même recueillement que ne le fait le public occidental dans les situations comparables (dans ou musique classique indienne ou européenne). On parle, on bat la mesure un peu bruyamment, on fredonne, on n'a aucune gêne à répondre au téléphone. Hier, un jeune garçon a poussé les limites de la bêtise et du mépris à un point que je n'envisageais pas : courant un peu partout, se rapprochant vraiment très très près de la scène, la gourou s'est même éclipsée de la scène, est passée par les coulisses pour venir lui dire deux mots, ce qui a permis un petit quart d'heure de répit. Je ne comprends pas comment des parents peuvent être aussi peu respectueux pour laisser faire ça.

Le bharatanatyam de la danseuse était très différent de celui de Radhica Giri. Celui de l'une était sobre, solennel, exigeant, ascétique, et malgré tout très gracieux. Celui d'hier était au contraire foisonnant de mouvements complexes de mains, de pieds, exécutés très rapidement. La vitesse était telle que la danseuse a dû perdre en tout cinq ou six clochettes parmi celles accrochées à ses chevilles. À un moment donné, deux ou trois petits mouvements latéraux de pieds ont été nécessaires pour faire table rase de ces obstacles. Après une première pièce, la partie la plus importante du spectacle a été le Varnam, qui était dédié à Subramanian (un des noms de Muruga). Une pièce Om Namah Narayana a ensuite permis à la danseuse de représenter Krishna ou encore Vishnu couché sur l'océan cosmique. Certains exploits de Vishnu devaient aussi être représentés puisqu'un des passages ressemblait à une scène de combat. Ensuite, une autre pièce dont je n'ai pas compris le nom et enfin, un étonnant numéro où les clochettes étaient reines : on a même installé un microphone dédié sur le devant de la scène pour qu'on les entendent mieux. Questions rythmiques du mridangam et réponses de la danseuse.

La gourou, qui jouait des cymbales, a eu un problème sérieux de toux en plein spectacle. Sans que la danse soit perturbée le moins du monde, une jeune femme l'a remplacée et elle s'en est très bien tirée.

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Une drôle de cérémonie

2009-02-11 16:22+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Avant-hier soir, je suis allé dans une autre salle de spectacle de Chennai, la Narada Gana Sabha (plus précisément, son mini-hall), pour assister à un nouveau spectacle de bharatanatyam. Dans le journal The Hindu, les annonces de spectacles en page quatre comportent souvent l'indication All are welcome et parfois la plus énigmatique Rasikas welcome. M'étant renseigné sur le sens de ce mot, j'ai compris que cela pouvait se traduire par mélomane et désigne plus particulièrement qui apprécie la musique carnatique. Bref, je pouvais sans problème aller voir ce spectacle. Comme mes expériences en matière de spectacles gratuits à Chennai le montrent, il n'est pas tout à fait évident de savoir a priori à quoi va ressembler le spectacle. Je suis arrivé un peu avant la fin du spectacle précédent où sept étudiants (dont un très jeune garçon) d'une même gourou dansaient. Les deux danseuses les moins jeunes qui intervenaient dans le final (avant les salutations d'usage) semblaient d'un très bon niveau. Pendant que je me replaçais, l'organisateur félicitait les artistes et des récompenses étaient distribuées.

Dans le spectacle que je venais voir intervenaient les douze disciples de gourou Srimati Vijaya-Lakshmi Chandrasekaran ainsi que quelques musiciens (mridangam, cymbales, chant, flûte). Onze filles ayant environ entre sept et quatorze ans et un garçon. Le niveau était assez disparate. Il y a eu un mouvement amusant où une toute petite fille dansait au milieu de quatre autres plus âgées. Pendant les mouvements les plus complexes réalisés par les autres, elle prenait la position Nataraja, en alternant le pied qui vient se porter à la hauteur de la hanche opposée. Vers la fin, les quatre se prosternent devant la divinité, seigneur de la danse. Une seule danseuse était d'un niveau très inférieur aux autres ; elle manquait complètement d'équilibre quand elle se tenait sur un seul pied et elle n'était vraiment pas loin de s'écrouler. Malgré ces défauts ostensibles, le spectacle était assez intéressant et varié. Quelques mouvements rythmiques, quelques pièces qui profitaient de la multitude des danseurs pour réaliser des sortes de tableaux vivants typiques de l'iconographie hindoue. D'autres pièces racontaient une histoire, comme des légendes liées à Krishna. Certaines jeunes danseuses semblaient assez intimidées, d'autres au contraire avaient des visages faits de détachement et de sérénité dignes de déesses et dansaient remarquablement bien. Parmi les pièces très intéressantes, une était dédiée à Shiva et se déroulait sur une musique qui doit être très connue puisque depuis le début de mon séjour, je l'aurai entendue trois fois : Shiva Shambhu Svayambhu (Svayambhu signifie Qui est né de lui-même ; ce nom est notamment appliqué à Brahma, mais dans la tradition shivaïte, Shiva réalise cinq fonctions dont les trois premières sont celles souvent attribuées ailleurs à d'autonomes Brahma, Vishnu et Shiva alors que dans cette tradition, la fonction destructrice n'est qu'une des formes de Shiva, appelée Rudra-Shiva ; bref, il n'est pas inconsistant de dire que Shiva est aussi un créateur, s'étant engendré lui-même).

Hier, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium où un festival de danse se poursuit. J'ai choisi un jour où un récital d'une unique danseuse était au programme ; j'espérais ainsi voir un spectacle d'un niveau un peu supérieur à la moyenne. Je n'ai pas été déçu. La danseuse, Radhica Giri, est américaine, mais manifestement d'origine indienne. Vu qu'il y avait de la place, je me suis installé au premier rang. Au cours du premier mouvement, Pushpanjali, dédié à Ganesh, elle a intégré une séquence où seule la moitié supérieure de son corps bougeait. Il était saisissant de la voir recueillir l'attention du public par des mouvements aussi simples en apparence et réalisés avec une exquise lenteur. À d'autres moments du spectacle, elle n'utilisait au contraire que ses pieds. La partie principale du spectacle était assez exigeante. Elle racontait une histoire d'amour-dévotion de Venkateshwar et était plus abstraite que bien d'autres pièces sur des sujets similaires que j'aie vues. Le novice que je suis n'y a pas compris grand'chose. Ensuite, une pièce dédiée à Radha et Krishna, un long tillana dédié à Devi et enfin une pièce appelant à la paix universelle.

La salle de spectacle est située à Mylapore, non loin du temple Kapaleeshwar. Étant arrivé un bon quart d'heure d'avance avant le début du spectacle, je suis passé autour du temple qui est exceptionnellement illuminé de toutes sortes de lumières, de même que l'immense bassin qui le jouxte. Vers le centre du bassin, une sorte de mandapam de lumières est dressé. Sur un des côtés, un paon ; sur un autre, un lingam.

En rentrant du spectacle, j'ai été bien inspiré de repasser près de ce bassin. Une curieuse cérémonie s'y déroulait. Le public affluait sur les marches des ghats autour du bassin et de l'autre côté des grillages. Un gigantesque radeau bariolé, guidé par des cordes tirées par des hommes depuis le bord de l'eau flottait au son de Shiva Shambhu Svayambhu. Au centre du radeau, trois minuscules idoles de divinités non identifiées (Shiva, Parvati, Muruga ?). Je l'ai regardé faire deux ou trois tours du bassin et suis rentré par le dernier train.

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Incroyable Tirumala

2009-02-09 11:54+0530 (சென்னை) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Samedi, j'ai pris le train local de 6h59 (annoncé à 7h59 du fait d'un bug). À Parry's corner, je ne comprends rien au défilé des bus. Je choisis donc de prendre un rickshaw pour rejoindre l'immense gare routière Mofussil. Je fais le tour des six plates-formes et regarde visiblement mal le nom des destinations, puisque je me rends finalement compte du fait que les bus pour Tirupati partent de la première plate-forme qui s'était présentée à mes yeux. Chaque plate-forme comporte une trentaine d'emplacements. Je prends le premier bus pour Tirupati et il se trouve qu'il est très confortable. Départ à 8h30, arrivée un peu après midi.

J'éprouve quelques difficultés à trouver mon hôtel, mais le concours d'un rickshaw et de la population locale me permet de m'y rendre. J'avale un thali en vitesse pour essayer de ne pas arriver trop tard à Tirumala, où se trouve un temple dédié à Venkateshwar, une des formes de Vishnu, je n'ai pas davantage de détails à ce sujet. La route est sinueuse. Au pied de la colline, on passe à côté d'une sculpture géante de l'aigle Garuda, la monture de Vishnu. Comme on ne croise personne sur la route, et heureusement vu la vitesse folle du bus dans les virages, je suppose que la descente ne se fait par la même route que la montée.

En haut, les panneaux indicateurs sont assez mal fichus. Quand je vois qu'en aucun cas, des appareils-photo ne doivent entrer dans le temple, je demande au bureau des renseignements où se trouve la consigne. On m'aiguille vers le Pilgrim amenities complex, où on m'engueule parce que je ne suis pas dans la bonne file ; de toute façon, cela ne correspond pas à ce que je cherche.

J'arrive au Vaikuntam Q Complex, trouve enfin où déposer mes chaussures et mon appareil-photo. Un bureau des renseignements me dit d'entrer par une petite porte gardée et d'aller dans la salle 17 pour obtenir un cellar darshan pour cent roupies, censément pour accélérer mon passage dans la queue (un autre garde m'avait préalablement indiqué un autre bureau inadapté). Dans tous les cas, ce n'est pas très au point puisqu'en arrivant au bureau 17, on ne fait que me donner un formulaire qui me permet d'aller payer à l'extérieur...

En tout, il s'est ainsi écoulé un peu plus d'une heure entre mon arrivée à Tirumala et le moment où je vais m'insérer dans la queue. Au passage, j'ai dû signer un papier selon lequel je vénérais Venkateshwar. Le formulaire demandait de préciser sa religion. J'aurais bien mis meta-agnostic ou pastafarian, mais je n'ai rien mis, l'absence de mention engendrant déjà suffisamment d'étonnement.

À 16h, je suis dans la queue pour de bon. L'intérêt du cellar darshan par rapport au special darshan (cinquante roupies) semble minime (on peut aussi emprunter la file gratuite, mais il doit falloir faire preuve d'encore davantage de patience). La queue avance très lentemps, par à-coups. C'est interminable. De temps en temps, quelqu'un crie Govinda et de nombreux pélerins, dont une bonne proportion ont le crane rasé, reprennent le nom du bouvier Krishna en chœur.

On avance, on tourne, on se pousse, on monte un escalier, on descend. Au bout d'une heure et demie, on longe le mur d'enceinte du temple, on passe à côté de deux éléphants. Plus haut, on peut apercevoir des niches enfermant des représentations d'avatars de Vishnu, comme Narasimha, Vamana, Rama Jamadagnya, Rama, Krishna. Plus bas, un grand Vishnu ferait face au sage Bhrigu.

La cohue se fait plus sauvage quand on s'approche du temple. On se fait poser sur le front une marque rouge verticale, mais personne ne semble avoir le matériel pour la compléter avec les marques blanches latérales afin d'obtenir le dessin caractéristique de Vishnu. Une odeur de ghî se fait sentir.

Quand on entre enfin dans l'enceinte du temple, tout a la couleur et l'éclat de l'or. C'est assez impressionnant. Après quelque supplémentaire déambulation, on approche enfin de Venkateshwar. On arrive par le côté et soudain on l'aperçoit au fond du sanctuaire. Cela ne dure que quelques secondes, le temps de faire une dizaine de pas vers lui, avant de continuer par le côté. Je l'ai peut-être regardé de travers, puisqu'une femme m'a attrapé par le bras pour me faire rebrousser chemin, de façon à ce que je le voie mieux, sans doute.

Un peu plus loin, la distribution d'eau parfumée et la puja sont réalisees à toute allure. Nous somme maintenant un peu plus libres de nos mouvements, je peux regarder la suite des scènes mythiques représentées en blanc autour du sanctuaire. Certaines sont très contradictoires avec les légendes que je connaissais.

Les mouvements ne sont pas si libres que ça puisque je ne vois pas comment sortir sans faire d'abord la queue pour le prasad : de la nourriture gratuite pour les pélerins. Quelques bouchées de riz chaud et gras. Il est presqu'aussi difficile de sortir du temple que d'y entrer. Cela pousse de tous les côtés. On s'écarte aussi pour laisser passer des pélerins infirmes que d'autres portent.

Bref, la visite de ce temple m'a pris environ deux heures et demie, passées essentiellement à attendre. La première heure d'attente est assez glauque, dans des couloirs carcéraux, mais dès que l'on approche du temple, le sommet doré du sanctuaire apparaît et quand plus tard les dorures intérieures étincellent, la dévotion est à son comble. La seule visite un peu comparable que j'ai faite en Inde est celle du Hanuman Mandir à Allahabad pendant l'Ardh Kumbh Mela, mais à Tirumala, tout est mille fois plus grand et riche. À la tombée de la nuit, on peut voir de l'extérieur la foule qui continue à faire la queue.

J'ai ensuite essayé de trouver la petite boutique de Gita Press. Il m'a fallu demander plusieurs fois mon chemin pour la trouver. Quand j'ai vu le panneau TTD Mini-shopping complex, j'ai su que je n'en étais plus très loin. Avec la multitude de petites boutiques, j'ai demandé mon chemin une dernière fois et là, je n'ai plus eu qu'à lever les yeux vers le premier étage pour voir paraître Gita Press. Je m'y suis précipité, ai salué les deux hommes présents : un vieux sage silencieux, avec les marques sectaires vishnouistes et un autre, qui fait le travail. Sur deux ou trois mètres carrés, des centaines de livres en anglais et dans de nombreuses langues indiennes sont empilées. Par chance, les quatre volumes que je voulais et dont j'avais noté les références étaient dispionibles : le Ramcaritmanas de Tulsidas en version bilingue hindi-anglais, le Bhagavata-Mahapurana (sanskrit-anglais) en deux volumes et une histoire de Mira Bai. Tous les livres sauf le dernier sont en grand format et en dur. L'ensemble m'a coûté la bagatelle de 385 roupies. En France, le chiffre serait du même ordre, mais en euros, vu que la traduction d'Eugène Burnouf du Bhagavata-Purana est vendue au prix extravagant de 340€ : c'est vraiment trop cher et cette œuvre est trop longue pour que je puisse envisager de la lire à la BnF (le premier volume était téléchargeable sur Google Books il y a quelques semaines, mais il semble que ce n'est plus le cas).

Quand le bus du retour est parti, il faisait déjà nuit noire. malgré la Lune quasi-pleine (on annonce une éclipse de Lune pour ce soir). Depuis le bus, les lumières de la ville de Tirupati n'étaient pas désagréables à regarder.

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Dakshina Chitra

2009-02-09 11:00+0530 (சென்னை) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Vendredi après-midi, suivant les conseils de la chercheuse qui m'accueillle ici, je suis allé à Dakshina Chitra, une reconstitution de villages du Sud de l'Inde. Ce n'est pas inintéressant, mais c'est inondé d'écoliers en visite pédagogique. Quelques peintures murales du Kerala, des métiers à tisser, etc.

En ce moment, des expositions ont lieu sur le thème de Devi, Durga, Kali et autres shaktis. Parmi les curiosités, on trouve quelques affiches de films, comme celles de Kottai Naariamman (dont j'ai du mal à savoir s'il se confond avec le grand nanar Devi Maa) et Adiparasakthi dans lequel jouait Jayalalitha, qui entretemps s'est hissée au sommet de la politique au Tamil Nadu ; elle est actuellement dans l'opposition, mais on voit son portrait un peu partout des les rues.

Pendant encore une dizaine de jours, un artiste originaire du Bengale occidental travaille sur une idole de Kali. En ce moment, aussi, des artisans de diverses régions vendent leur travail. Peinture sur soie d'Udaipur, dessins sur bois pliables d'Orissa, etc.

Dans la boutique fixe, je trouve le deuxième volume du Mahâbhârata, A Child's view de Samhita Arni (texte et illustrations). Le premier volume est absent, mais la vendeuse me donne le numéro de téléphone de la maison d'éditions. Comme celle-ci est située à Chennai, j'ai encore une chance de mettre la main sur le premier volume avant la fin de mon séjour.

Je me rends ensuite au Cholamandal centre for contemporary arts. Les œuvres présentées dans les galeries, à l'extérieur ou dans le musée sont assez inégales à mon avis, mais quelques unes sont vraiment intéressantes. Elles sont pour la plupart le fruit du travail d'artistes de l'école de Madras.

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Week-end à Chennai

2009-02-01 15:44+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Vendredi soir, je suis allé à pieds au temple Mahalakshmi que j'avais déjà essayé de visiter. Ce temple est dédié à Lakshmi, l'épouse de Vishnu dans ses différentes incarnations. Un escalier monte sur la gauche au niveau du sanctuaire principal, ce qui permet de monter à l'étage, où d'autres formes de Lakshmi sont visibles. On se retrouve alors au milieu des divinités sculptées en pyramide. Quelques mini-temples se trouvent tout autour. On trouve par exemple une galerie des dix avatars de Vishnu, tous drapés d'un tissu blanc, ou encore une représentation de Hanuman (je présume que c'était lui bien que le nom tamoul soit différent).

Hier, je voulais faire un tour à la société théosophique et éventuellement accéder à sa bibliothèque. Je suis arrivé un peu trop tôt dans l'après-midi, j'ai donc poursuivi mon chemin. Dans les environs de ce lieu, appelés Besant Nagar, toutes les rues s'appelent Besant Avenue, Besant Nagar Road ou quelque chose comme ça, avec éventuellement des numéros, ceci en l'honneur d'Annie Besant, célèbre théosophe. Tout était de toute façon hors la carte de mon guide Lonely Planet. Je me suis retrouvé à nouveau du côté du temple Mahalakshmi et des églises voisines. Le temps était très ensoleillé à Elliot Beach.

Après avoir mangé un masala dosa, je suis retourné à la société théosophique et suis entré dans son parc. Ce lieu est extrêmement paisible. Les noms de quelques pays sont écrits au bord des chemins. On y trouve un temple hindou, une église, et paraît-il d'autres lieux de culte. On peut également s'approcher d'un gigantesque banian. J'ai essayé de rentrer dans l'Adyar Library, mais il s'agit d'une forteresse plus difficile d'accès que la Bibliothèque nationale de France ou la Société asiatique de Kolkata puisqu'il faut deux lettres de recommandation pour y entrer. Je pourrais probablement obtenir la signature d'un récipiendaire récent du Padma Bhushan, mais d'ici à la fin de mon séjour, je n'aurai certainement plus l'occasion de repasser.

Je suis retourné à Mylapore pour visiter le temple universel de la mission Ramakrishna et retourner au R. K. Swamy Auditorium pour voir un nouveau spectacle de bharatanatyam. Cette fois-ci, les danseuses étaient des étudiantes de la Natyanrit Academy. Elles n'avaient pas plus de treize ou quatorze ans et dansaient soit seules soit en groupe. Un Pushpanjali dédié à Ganesh, des épisodes de la vie de Krishna, une pièce intéressante sur la dieu de la danse, Nataraja, et bien d'autres. Les musiciens n'étaient pas tous parfaitement au point. À un moment donné, leur guru Marinalini s'est absentée pendant un passage musical et à tendu ces cymbales au chanteur. Ce dernier n'a pas cessé de tenter de faire coller un rythme 2+2 sur un rythme qui avait l'air d'être à cinq temps. J'étais étonné de la longueur des cheveux qui tombaient dans le dos des danseuses. Une d'entre elles a perdu sa rallonge de cinquante centimètres en cours de route...

Aujourd'hui, j'ai pris le train jusqu'au terminus Chennai Beach. Je suis passé devant la haute cour de Madras, protégée des regards par une envahissante végétation verte. Peu de restaurants sont ouverts en ce dimanche, je n'ai trouvé qu'un restaurant qui s'avère être un repaire de mangeurs de viande. J'ai dû renvoyer mon biryani aux œufs en cuisine vu qu'il contenait de gros morceaux de poulet.

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Bharatanatyam à Mylapore

2009-01-30 12:26+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Un grand festival de danse a eu lieu il y a quelques semaines à la Music Academy de Chennai. Je n'ai pas pu en profiter, mais, tous les jours, dans The Hindu, on peut trouver des annonces de spectacles, souvent gratuits, qui ont lieu à Chennai. Hier soir, je suis donc allé au Sri Parthasarathy Swami Sabha Dance Festival qui se tient pendant un mois au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore (près du Temple Kapaleeshwarar).

J'ai eu un peu de mal à trouver le lieu du spectacle, la rue n'étant pas référencée dans Google Maps. Je suis arrivé à l'entr'acte séparant deux spectacles, tous les deux de bharatanatyam. Dans ce festival, tous les spectacles sauf un de kuchipudi qui avait lieu la veille appartiennent à ce style. Je me suis retrouvé au premier rang, plein centre.

La danseuse Kumari Seetha Lakshmi (disciple de Guru Natya Kalasarathy Malathi Thothadri) n'a certes pas l'élégance des toutes meilleures danseuses de bharatanatyam, comme celles que l'on peut voir à Paris, aux Abbesses, mais néanmoins le spectacle était de très bonne tenue. Accompagnée de cinq musiciens (mridangam, flûte, violon, cymbales, chant) et d'un tanpura électronique, la danseuse a présenté un programme en cinq parties. Les deux premières, dont la pièce principale Varnam, étaient consacrées à Krishna. Le langage dansé m'a semblé globalement plus concret que ce que je vois d'habitude. Krishna était représenté en joueur de flûte. Plusieurs épisodes de sa jeunesse étaient évoqués : sa naissance, ses bêtises (le pot de yaourt renversé), son combat contre un serpent. Je ne sais plus si c'était dans le Varnam ou dans la pièce introductive, mais le personnage de Draupadi intervenait aussi, évoquant un épisode de sa jeunesse dont je ne connais pas l'origine, mais qui trouve un écho dans le Mahabharata quand Draupadi, maltraitée par les Kaurava, invoque Krishna qui se porte à son secours.

La troisième pièce était dédiée à Shiva. La danse cosmique de Shiva Nataraja était bien sûr au rendez-vous. La danseuse a pris plusieurs fois la posture caractéristique de cette forme de Shiva (dont une petite sculpture, comme il est de coutume, était visible sur le côté de la scène). Lorsque le pied gauche vient se hisser plus haut que le genou droit, l'équilibre de la danseuse est mis à l'épreuve.

La quatrième pièce était dédiée à Krishna. Elle évoquait la Bhagavad-Gita. Au début, Arjuna tente désespérément de bander son arc, mais il ne peut s'y résoudre. Son cocher Krishna, dont la fonction est mimée par les mouvements de la danseuse, lui livre une partie de son savoir. Krishna apparaît tantôt comme joueur de flûte, tantôt comme une sage divinité, presqu'aussi sereine qu'un Bouddha. Ensuite, on trouve apparemment une histoire à l'intérieur de l'histoire, censée illustrer la véritable dévotion. Le spectacle s'est terminé par une pièce rapide, un Tillana.

Je suis ensuite allé mangé dans un restaurant du Kerala où j'avais déjà mangé en 2006, près de la Music Academy. J'ai fait l'erreur de commander un Nandu Curry, un curry de crabe, puisqu'aucun instrument du type casse-noix n'était fourni pour briser la carapace. Le manager a écouté mes doléances et accueilli avec curiosité l'idée que l'on puisse utiliser un tel ustensile ; jamais quiconque ne s'était ému à ce sujet auprès de lui. Avec la fourchette, quelques minuscules morceaux de chair étaient accessibles, bref, j'ai surtout mangé la sauce rouge curry avec des pains. Elle s'avère très pimentée ; on doit pouvoir souffrir plus facilement ce piquant comme il accompagne une nourriture solide.

Comme il se faisait tard, plus aucun train local ne circulait, mais j'ai trouvé le moyen de monter dans un rickshaw collectif qui pour un prix modique m'a déposé à une distance raisonnable de ma guest house.

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Slumdog Crorepati

2009-01-27 12:32+0530 (சென்னை) — Culture — Opéra — Voyage en Inde VI

Hier, je suis retourné aux cinémas Satyam pour faire usage du ticket que j'avais acheté la veille pour une séance de Slumdog Crorepati. Je ne suis pas arrivé suffisament en avance pour déjeuner au restaurant avant d'entrer, j'ai donc mangé debout dans une dhaba en face. J'ai demandé des samosas, mais à peine l'homme les avait-il saisis qu'ils se sont retrouvés en miettes, mélangés à une sauce et saupoudrés de quelques autres ingrédients. C'était plutôt bon. En fait, il y avait un restaurant à l'intérieur du cinéma, peut-être pour une prochaine fois.

Contrairement à la plupart des cinémas indiens qui diffusent un unique film trois ou quatre fois par jour, ce cinéma est un grand édifice avec six salles, des guichets de réservation informatisés très modernes (la fréquence de défilement des écrans annonçant les disponibilités de chaque film est quasi-stroboscopique...).

Je monte dans la salle Santham, qui est complètement remplie et m'installe à ma place (un peu chère payée pour un cinéma en Inde : cent roupies alors que d'habitude, je paye plutôt autour de quarante ou cinquante roupies). Divers écrans publicitaires et bandes-annonces toujours précédées d'un écran montrant le visa de la censure. Le film d'aujourd'hui serait dans la catégorie (A), bref, interdit aux moins de dix-huit ans.

Le film est en double flash-back. Jamal Malik est interrogé par la police après avoir répondu brillamment aux questions du jeu Who wants to be a millionaire? ; on le soupçonne d'avoir triché. On est soit au poste de police, soit dans le jeu télévisé, soit dans des scènes de l'enfance du personnage qui, tout en montrant l'horreur de sa vie dans son slum, expliquent pourquoi il sait qui est l'acteur de tel ou tel film ou bien ignore ce que Rama tient dans sa main droite dans l'iconographie hindoue.

C'est un très beau film, montrant un envers invisible de situations bien observables en Inde. Si ce n'est quelques images du Taj Mahal ou du slum, peu de plans larges dans ce film, ce qui nous immerge dans le cœur de l'action (mais heureusement pas de l'olfaction !).

Comme l'a noté Palpatine, on trouve dans ce film un clin d'œil musical à Orphée et Eurydice de Gluck (en français ! par l'orchestre Lamoureux). Cela fait bien sûr écho à l'histoire de Jamal et Latika depuis leur enfance. Si ma mémoire est bonne, le film se termine comme dans cet opéra (ce n'est pas vraiment un spoiler, ça, si ?).

Le public indien ne boude pas ce film, bien au contraire. Contrairement à ce que j'ai observé plusieurs fois, le public est resté parfaitement silencieux pendant le film et certains ont même applaudi à la fin. Ce week-end, l'équipe du film participait à un débat pas inintéressant sur NDTV (la seule chaîne d'information convenable en Inde). En dehors des questiosn importantes, on se demandait si Shahrukh Khan avait été approché pour le rôle joué par Anil Kapoor. Les réponses ont plutôt été discordantes : Anil Kapoor remerciait SRK pour lui avoir laissé l'opportunité de faire ce rôle vu les honneurs que ce film reçoit tandis qu'une personne de la production disait en substance que faire jouer à SRK ou à Amitabh Bachchan plus ou moins leur propre rôle, vu qu'ils ont présenté KBC (Kaun Banega Crorepati), aurait nui à leur image, étant entendu que le présentateur du film est hautain et méprisant alors qu'eux deux avaient bénéficié d'un regain de popularité grâce à cette émission.

Les dialogues du film ont gardé une petite contribution d'Amitabh Bachchan : quand le héros jour son joker 50/50 (à moins que ce ne soit à un autre moment du film), le présentateur commence sa phrase par Computerji, bref, il s'adresse cérémonieusement à l'ordinateur pour qu'il enlève deux mauvaises réponses. En revanche, pas de clin d'œil à SRK et son Freeze karõ.

Je suppose que la version que j'ai vue est la version originale. L'essentiel était en anglais, mais quelques passages étaient en hindi (avec des sous-titres en anglais, quoique non systématiques).

Quelques autres avis sur le film : Palpatine, Yohan, Agnès, Naina.

J'avais encore un peu faim après avoir vu le film. Je suis donc allé dans un des restaurants de la chaîne de fast-food haut de gamme Saravana Bhavan spécialisée dans la cuisine du Sud. C'était en fait plutôt la version très haut de gamme appelée Swathi.

J'ai été dépaysé par les premières pages du menu, mais j'ai été rassuré en voyant la toute dernière page, puisqu'elle seule mentionnait les spécialités du Sud. J'ai choisi un South Indian Parota : deux parotas de taille moyenne accompagnés d'un curry dans lequel nageaient quelques petits morceaux de paneer, juste de la bonne taille pour que l'on ait pas l'impression de manger du caoutchouc. C'était vraiment excellent.

Je me suis ensuite dirigé vers la mer. Face à la baie du Bengale, près de Besant Road, se trouve la rose Ice House (du nom de la fonction qu'elle occupait autrefois dans l'importation de glace en Inde). Swami Vivekananda y a passé quelques jours en février 1897 ; c'est maintenant un musée qui lui est dédié. Une statue du moine accueille le visiteur avant qu'il n'entre dans la maison et ne s'acquitte du modeste pécule de deux roupies.

L'accueil est très sympathique ; on m'a même octroyé le privilège d'une petite visite guidée, dont les explications les plus triviales m'ont été épargnées après que j'eus dit que j'avais déjà visité Kanyakumari et Belur Math (Kolkata). À l'étage, on trouve une galerie de peintures assez réussies sur l'Inde, son histoire, ses religions. La seule véritable entorse au bon goût est celle qui consiste à avoir représenté l'avatar du poisson (Matsya) par un authentique aquarium (avec des vrais poissons dedans). Un peu plus haut, les murs s'ornent de photographies. La plupart d'entre elles sont des portraits du moine.

J'avais lu dans le journal qu'un concours de portraits de Swami Vivekananda avait été organisé, mais je n'avais pas trop fait attention au lieu. Bien sûr, c'était au musée qui lui est consacré. Les moins de vingt ans pouvaient participer et ils l'ont fait en nombre puisqu'il y avait pas moins de vint mille participants !

Les premiers prix sont les portraits les mieux réalisés techniquement, mais pas forcément les plus originaux dans la conception. On trouve néanmoins une sorte de Trimurti Swami Vivekananda, Shri Ramakrishna, Sharada Devi (les trois figures importantes dans le mouvement initié par Ramakrishna). Les vainqueurs sont exposés en haut de la maison, dans l'antichambre de la salle de méditation. Les autres le sont sur les murs circulant tout autour. En dehours de nombreux dessins ordinaires, on trouve un portrait réalisé avec le pied, un autre avec la bouche, un autre dessiné avec vingt millilitres de sang. Voilà pour les excentriques. Plus intéressant, on trouve aussi quelques dessins assez hofstadteriens. Un portrait a été réalisé en écrivant de nombreuses fois le nom du moine en tamoul, ce sont les lignes d'écritures (courbes) qui, dans leur globalité, font apparaître la figure du moine. Un autre, malheureusement achevé trop tard pour le concours, a été obtenu en écrivant environ deux cents pages d'une biographie tamoule en tout petits caractères ; deux loupes sont fournies.

J'ai fini la journée par une petite balade sur Marina Beach. Le vent tendait la ficelle de nombreux cerfs-volants.

Aujourd'hui, le Chennai Mathematical Institute est ouvert ; je vais pouvoir commencer à faire des mathématiques.

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Départ imminent

2009-01-24 04:51+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Voyage en Inde VI

Je suis prêt à partir pour ce sixième séjour en Inde. Les prochaines entrées de ce blog seront sur le fuseau horaire de l'Inde (UTC+5½). J'emporte moins de livres que pour mon dernier séjour mathématique :

La dernière fois, j'en avais pris au moins deux fois trop et mes bagages firent plus de vingt kilogrammes à l'enregistrement...

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Hommage à sainte Cécile

2009-01-21 02:55+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Ce soir, j'ai assisté à concert aussi bon que long à Pleyel. Les Musiciens du Louvre-Grenoble dirigés par Marc Minkowski ont commencé par Hail! Bright Cecilia de Purcell. J'étais dans un état léthargique pendant la première œuvre de ce programme, je n'ai guère eu le temps que d'apercevoir le chapeau de Palpatine. Il aime beaucoup cette œuvre de Purcell. Pour ma part, je suis surtout venu pour entendre l'Ode for Saint Cecilia's Day de Händel qui intervient après le premier entr'acte qui fut l'occasion pour moi de prendre un café... Comme au début de la soirée, le chef Marc Minkowski intervient pour introduire brièvement les œuvres, toutes dédiées à la patronne des musiciens et des mélomanes (encore que ce soit moins clair pour la troisième œuvre au programme). Connaissant déjà cette œuvre, je savoure tout particulièrement son écoute pendant le concert. Je redécouvre cependant quelques morceaux que j'avais oubliés, comme le solo pour violoncelle (accompagné du théorbe) dans l'air pour soprano What passion cannot Music raise and quell!. La soprano Lucy Crowe est magnifique dans But oh! What art can teach. Toute cette œuvre est tellement händelienne ; j'aime beaucoup.

Après le deuxième entr'acte, on continue dans la chronologie avec cette fois-ci Haydn et la Missa Cellensis in honorem Beatissimae Virginis Mariae (Cäcilienmesse). Cette œuvre, dont une version courte en deux parties seulement (Kyrie et Gloria) est interprétée, me confirme dans mon appréciation de ce compositeur dont on célèbre cette année le deux-centième anniversaire de la mort. Je ne sais pas comment j'ai fait pour autant le méconnaître par le passé. Le public a droit à un excellent bis : le Et incarnatus est et le Et resurrexit qui n'existent que dans la version longue. Superbe.

En sortant, vers minuit moins quart, j'achète à la boutique la toute nouvelle version de la Messe en si mineur par cet ensemble. Elle a la particularité d'avoir un effectif vocal réduit : les parties du chœur sont chantées par des solistes, comme c'était généralement le cas du temps de Bach, selon certains spécialistes.

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Lady Macbeth de Mzensk, de Chostakovitch

2009-01-18 02:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Ce soir, c'était la première de Lady Macbeth de Mzensk, de Chostakovitch, à l'Opéra Bastille. L'opéra n'est pas une adaptation de la pièce de Shakespeare, mais d'une nouvelle de Nikolai Leskov. Pas de sorcières, pas de soldats déguisés en arbres. Si Macbeth apparaît dans le titre, c'est que l'héroïne 1, Katerina Lvovna Ismailova, a des penchants meurtriers.

Au premier acte, pour tromper son ennui, elle se laisse séduire par Serguei, un ouvrier qui travaille pour son mari, alors que ce dernier est parti réparer un moulin. Le beau-père lubrique profiterait bien de sa bru, mais il surprend Serguei et le bat. Katerina l'empoisonne. Ensuite, au retour de son mari, de peur d'être abandonnée par son amant, elle tue son mari avec la complicité de Serguei. Ils cachent le corps dans le cellier et s'en vont se marier.

Prévenue par un ouvrier ayant découvert le corps, la police fait une apparition spectaculaire pendant le mariage. Ils sont tous les deux arrêtés et envoyés au bagne. Serguei se détourne de Katerina et séduit une autre détenue, Sonietka. Trompée, Katerina étrange sa rivale et meurt elle aussi dans la confusion, apparemment lynchée par les autres détenus (dans le livret, elles sont toutes les deux noyées).

L'opéra dure presque trois heures. Ignorant la durée de l'opéra en entrant, le temps passant, j'ai cru qu'il n'y aurait pas d'entr'acte. Il est finalement intervenu au bout d'environ deux heures. L'opéra est découpé en neuf tableaux répartis en quatre actes. L'entr'acte survint à un drôle d'endroit. Après la reprise, un tableau, puis le spectacle s'est interrompu pendant de longues minutes nécessaires à l'installation du superbe décor carcéral. Ce long changement de décor eût vraisemblablement gagné à coïncider avec un entr'acte, quitte à ce qu'il y en eût un de plus.

Pendant les deux premiers actes, le décor est constitué d'un sol terreux (salissant) encadré par de hautes palissades, avec au milieu, une grande pièce dépouillée aux murs transparents ; c'est le domaine de Katerina, brillamment interprétée par Eva-Maria Westbroek. Les scènes crues de son intimité avec Serguei sont terriblement violentes, ceci étant encore accentué par la musique et les lumières.

On ne peut pas vraiment dire que j'aie été séduit par la musique de Chostakovitch. L'action violente, crue, laisse très peu d'espace pour que les personnages, et en particulier Katerina, puissent exprimer leurs sentiments, leurs motifs et leurs éventuelles hésitations alors qu'ils s'apprêtent à commettre des méfaits. Bref, des personnages on ne peut plus antipathiques.

[1] Le français est vraiment une langue de fous : comment expliquer que le h de héros soit aspiré et que celui de héroïne ne le soit pas ?

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Wiesenland

2009-01-11 21:50+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Photographies

Cette année, pas de grève de RER pour m'empêcher de me rendre à Paris pour voir un spectacle du Tanztheater Wuppertal (Pina Bausch), une reprise de Wiesenland.

Grâce à mon abonnement acheté très tôt l'an dernier, je collectionne les premiers ou deuxièmes rangs. Cette fois-ci, je suis au premier rang qui, compte tenu des différentes configurations possibles pour l'avant-scène, est aujourd'hui le rang C. Le public du Théâtre de la Ville fait envie au futur ex-directeur de l'Opéra de Paris (Le Monde daté du 2009-01-09), il n'empêche qu'il est moins doué que l'autre pour ce qui est de se placer : avec un numéro de rang et un numéro de place (numéros impairs côté jardin, numéros pairs côté cour), il ne ne devrait pas y avoir autant de problèmes.

Quand les lumières s'allument, on voit apparaître dans le fond le décor vert bosselé recouvert de mousse dressé verticalement et d'où suinte de l'eau. Vers la fin de la première partie, des machinistes le mettront à l'horizontale. Nous verrons de l'eau, crachée, en seaux, en bouteille, un fauteuil, des serviettes, des cigarettes, une brouette, un inquiétant empilement de sept chaises tête-bêche, des flûtes, une table, de la nourriture (Leader Price), une pomme, trois poules, un ballon et une enveloppe, qui a été déposée dans mes mains par Julie Shanahan :

Wiesenland

Pour ne craindre pas d'être accusé de partialité pour avoir été ainsi corrompu, je dirai juste que j'ai autant aimé, sinon plus, que Vollmond.

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希尔薇娅

2009-01-11 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Ce soir, je suis allé à la dernière de 希尔薇娅 par 中国国家芭蕾舞团, en français Sylvia ou la nymphe de Diane par le Ballet national de Chine. Les quatrièmes loges de l'Opéra Garnier sont toujours aussi inconfortables, mais j'étais dans un angle idéal pour voir en entier la scène et l'orchestre Colonne dirigé par le plutôt jeune Zhang Yi.

Le sujet de ce ballet, chorégraphié par Lycette Darsonval en 1979 d'après le ballet de Louis Mérante (1876) sur une musique de Léo Delibes, est mythologique : faunes, satyres, naïades, etc. Au premier acte, Aminta est épris de la nymphe Sylvia qu'il espionne. La nymphe Sylvia, associée à Diane, est coiffée d'un croissant de Lune. Sylvia lance une flèche en direction de la statue du dieu Amour, mais Aminta s'interpose et est frappé par ce trait. Amour se venge en visant Sylvia qui se met à aimer Aminta, mais le chasseur Orion enlève Sylvia. Des paysans découvrent Aminta inanimé, mais heureusement, un vieux sorcier en haillons se pointe et le ranime en utilisant une fleur médicinale. Le sorcier est le dieu Amour en personne ; il enlève son déguisement et va tout faire pour qu'Aminta retrouve Sylvia.

Au deuxième acte, Sylvia est dans une grotte, prisonnière d'Orion. Des esclaves dansent. On mange, on danse, on boit. Sous l'effet de la boisson, tout le monde s'endort sauf Sylvia, qui implore Amour de la sauver. Une porte coulissante s'ouvre faisant paraître un bateau ; c'est Amour qui vient chercher Sylvia.

Au dernier acte, les créatures célestes et les paysans sont joyeux, mais Aminta est triste. Pourtant le bateau accoste et un Amour enturbanné relâche de nombreuses jeunes femmes portant toutes le même costume. Pendant cinq ou dix minutes, j'essaie de régler mes jumelles, sans y parvenir : les personnages féminins sont flous. Curieusement, je vois bien les autres. Au bout d'un moment, je comprends qu'elles portent un voile transparent et que c'est une épreuve à laquelle est soumis Aminta : il doit reconnaître Sylvia. Bien entendu, il y parvient. Mes jumelles se remettent à fonctionner, mais Orion revient sur scène et il n'est pas content. Un combat s'engage entre lui et Aminta. Sylvia se réfugie auprès de Diane qui finalement l'abat. Un beau final au premier plan alors qu'au fond de la scène, Amour et Diane montent sur leurs piédestaux respectifs tandis que Sylvia et Aminta sont enfin réunis.

Ailleurs : l'avis de Palpatine.

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Le Mahâbhârata

2009-01-10 11:43+0100 (Orsay) — Culture — Cinéma — Lectures — Culture indienne

Si vous avez vingt bonnes minutes devant vous pour le lire, j'ai écrit pour le Biblioblog un résumé du Mahâbhârata avec quelques commentaires et une petite bibliographie commentée des versions que j'ai lues, en attendant ma critique du Palais des illusions de Chitra Banerjee Divakaruni qui apparaîtra au même endroit cet après-midi.

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The Mahabharata, de Peter Brook

2008-12-31 15:44+0100 (Orsay) — Culture — Cinéma — Lectures — Culture indienne

Hier, j'ai revu The Mahabharata de Peter Brook (version courte de trois heures). Je pensais faire un billet pour préciser mon point de vue, ayant eu l'occasion de me replonger dans l'épopée récemment, mais il s'avère que je n'ai rien à modifier à ce que j'avais déjà écrit il y a plus de deux ans.

Très bientôt, une critique de The Palace of Illusions de Chitra Banerjee Divakaruni (acheté à Kolkata) qui a été traduit en français plus rapidement que je ne l'imaginais : Le Palais des illusions (Picquier). Comme ce roman est une adaptation du Mahābhārata, raconté du point de vue de Draupadī, j'ai aussi préparé un petit résumé de l'épopée...

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100%

2008-12-19 00:03+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures

Il y a quelque temps, je parlais de la quarantaine d'heures de musique qu'il me restait à écouter après que j'eus finis de découvrir mon intégrale de Mozart. Cela fait au moins cinq ans que ça ne m'est pas arrivé, mais aujourd'hui, il n'y a pas dans ma collection de disques une minute de musique que je n'aie pas écoutée.

Parmi les opéras écoutés dernièrement, Fidelio de Beethoven m'a beaucoup impressionné. Rarement, au disque, je n'ai autant été ému par un opéra, alors même qu'aucun personnage ne meurt ! Si le premier acte ne m'a pas particulièrement enthousiasmé, le deuxième est vraiment superbe. J'avais acheté cet enregistrement (Sir Colin Davis, London Symphony Orchestra, 2006) pour me préparer à la représentation que je me disposais à voir cette année ; un grain de sable a dû compromettre la saisie de mon formulaire d'abonnement par les services de l'Opéra de Paris puisque de la production présentée cette année, je n'ai reçu nul billet. Quel dommage !

Là, tout de suite, je viens de visionner un DVD conseillé par Madame Abricot : Carmen avec Anna Caterina Antonacci et Jonas Kaufmann à l'Opéra royal de Londres. De cet opéra, je n'avais écouté que les suites pour orchestre qui en sont extraites. Avec d'excellents chanteurs et une bonne mise en scène, c'est tellement mieux ! Je me réjouis d'avoir pris une place pour la production de l'Opéra Comique en juin 2009, avec ladite Anna Caterina Antonacci. En regardant à nouveau la distribution, je viens de remarquer que le chœur d'enfants sera le chœur Sotto Voce. Tant mieux.

Mon mois de janvier s'annonçant chargé et celui de février indien, j'attendrai sans doute mars avant de me livrer à quelque nouvelle dilapidation (une semi-intégrale Haydn ?).

Côté livres, cette situation ne risque pas se produire de sitôt. À mon rythme actuel de lecture (environ quatre-vints livres cette année), j'ai de la réserve pour plus d'une année, étant entendu qu'en dernier recours, il me restera toujours une Bible (Segond).

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L'Art de la fugue aux Billettes

2008-12-15 00:13+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne

Vendredi, quand j'en pris le chemin, cela faisait deux ans que je n'avais pas mis les pieds dans l'Église des Billettes. J'étais alors allé écouter Sigiswald Kuijken interpréter les trois premières suites pour violoncelle de Bach sur un étonnant instrument : le violoncello da spalla. Cette fois-ci, c'était pour écouter L'Art de la fugue. Les versions que j'en ai en disque sont pour clavecin, piano ou orgue. Je savais que cela avait aussi été adapté pour orchestre. Ce soir-là, à ma grande surprise, c'était un ensemble de quatre violes, le consort de violes Sit Fast qui interprétait cette œuvre, qui est une des toutes dernières de Bach.

Ce concert faisait partie du programme des productions Philippe Maillard auxquelles je suis abonné depuis plusieurs années. En entrant, je me suis assuré que le prix de leurs programmes n'avait pas changé depuis mai dernier et étaient toujours de 5€. Le placement étant libre, je me suis installé sur les bancs grinçants, aussi près que possible des musiciens : sinon, à moins de passer à l'étage, on ne voit pas grand'chose.

Les musiciens se sont installés, plaçant sur ou entre leurs genoux leur viole. Celles-ci étaient de différentes tailles. Je ne suis pas expert en violes, mais je soupçonne fortement que le programme comportait une erreur dans la distribution : la viole qu'utilisait Isabelle Saint-Yves avait une taille plus voisine de celle du dessus de viole d'Atsushi Sakaï que de celle des violes des deux autres musiciens, Thomas de Pierrefeu et Josh Cheatham. Une de ces deux dernières violes, grandes par la taille, arborait un charmant motif constitué d'arabesques.

L'ensemble a interprété les onze premiers contrepoints ainsi que la Fuga a 3 sogetti. À de nombreuses reprises, les musiciens ont dû réaccorder leurs instruments, ce qui prenait bien cinq minutes à chaque fois ! J'étais quelque peu sceptique à l'écoute du premier contrepoint, joué dans un tempo très lent. Cette interprétation très austère transporte les spectateurs dans l'ascèse (au point qu'ils en oublient de tousser). Mes préventions ont été rapidement dissipées et au bout du sixième, j'étais convaincu et appréciait vraiment ce que j'entendais. Après un court entr'acte intervenu après le septième contrepoint, le concert a continué jusqu'au onzième. Atsushi Sakaï est alors intervenu pour évoquer le dernier morceau qu'ils allaient interpréter. Il a expliqué que diverses théories avaient été proposées au sujet des contrepoints qui suivent les onze premiers qui, eux, ne sont pas l'objet de controverses. Il a annoncé que son ensemble avait retenu l'hypothèse selon laquelle la Fuga a 3 sogetti fait bien partie de L'Art de la Fugue, mais qu'elle s'arrête malheureusement avant que le thème revienne. L'ensemble a interprété cette fugue, et de façon subite, au bout de quelques minutes, la musique s'est interrompue.

Pour le chemin du retour, ayant apporté des livres choisis aléatoirement dans ma bibliothèque et ayant déjà eu le temps au cours de la journée de finir La Centurie, Poèmes amoureux de l'Inde ancienne d'Amaru, je n'ai pas eu d'autre alternative que de commencer la pièce de théâtre de Krishna Baldev Vaid, en version bilingue hindi-français : La faim, c'est le feu (भूख आग है), traduit du hindi par Muriel Calvet et Jyoti Garin, Asiathèque. Je pensais ne rien comprendre, mais j'arrive à saisir le sens d'une phrase sur deux du texte hindi. Il faut bien dire que les personnages rencontrés jusqu'à présent, une jeune fille et ses parents, parlent une langue qui est un Hindglish caricatural. Ils utilisent ainsi de nombreux mots anglais. Certaines répliques sont même entièrement en anglais, mais transcrites dans l'alphabet devanagari, comme celle-ci :

बच्ची. ― ममी, प्लीज़ नो ! आइ लव माइ हिंदी मैदम ।

Cette réplique de la jeune fille se transcrit ainsi : Mamî, plîz no ! Âi lav mâi hindî maidam.. La traduction franglaise qui est donnée est Maman, non, please! I love ma prof de hindi !. Bref, c'est très amusant à lire.

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La Turangalîla à Pleyel

2008-12-11 00:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Olivier Messian étant né en 1908, ses œuvres sont davantage jouées cette année que d'ordinaire. Depuis le début de l'année, il y a eu une autre Turangalîla-Symphonie à Pleyel et même une version concert de l'opéra Saint François d'Assise. En m'installant hier à mon siège, j'ai découvert dans le programme que ce concert de l'Orchestre de Paris célébrait le centenaire, jour pour jour, de la naissance du compositeur. La représentation était enregistrée, filmée et diffusée en direct sur Mezzo (rediffusion le lundi 15 décembre à 17h).

Une seule œuvre était au programme de ce concert, sans entr'acte : la Turangalîla-Symphonie pour piano solo, ondes Martenot et grand orchestre. L'effectif de l'orchestre s'avère bien grand : les premières rangées de fauteuils ont été escamotés, mon rang L côté impair est plus proche de la scène que je ne l'avais imaginé. Ce placement me procure un bon angle pour observer le pianiste Jean-Yves Thibaudet et le chef, Christoph Eschenbach, que je voyais pour la première fois (fait qui a surpris Palpatine, rencontré en fin de concert). Eussé-je été de l'autre côté que j'eusse pu voir sous un meilleur angle les ondes Martenot, un bien curieux instrument électronique, qui fête ses quatre-vingts ans cette année.

C'était la première fois que je voyais une œuvre de Messian en concert. Je dois bien avouer que ce qui me fit cocher la case correspondant à ce concert pour mon abonnement Pleyel est que cette œuvre porte un nom sanskrit... Le programme me stupéfie quand il affirme qu'il faut prononcer Tourânegheulî-lâ (sic) ; je suis étonné de la présence du eu. Les premiers mouvements sont choquants pour moi qui ne suis pas du tout habitué à cette musique (seulement écoutée une fois au disque il y a quelques jours). On veut alors bien croire que Turanga puisse signifier le cheval au galop. Ces mouvements introduisent néanmoins des thèmes que l'on pourra apprécier à nouveau quand ils reviendront. Un des vénérables spectateurs situés à ma gauche s'endort et se met à ronfler pendant un de ces mouvements, pourtant, sans toutefois être oppressants, les décibels ne manquaient pas. Je me délecte de l'écoute du Jardin du sommeil d'amour, le sixième mouvement de cette symphonie qui en compte dix ! un des rares mouvements lents de l'œuvre. Pendant le huitième mouvement Développement de l'amour, je me demande si je ne me suis pas perdu dans mes comptes parce que le recours répété aux violentes percussions me donne l'impression qu'on est à la fin de quelque chose, mais non, la pression redescend et l'œuvre se poursuit, jusqu'au dixième mouvement, qui est très beau.

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“Und es ward Licht”

2008-11-30 20:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Hier soir, j'étais au TCE, dont la salle était bien pleine, pour écouter La Création de Haydn. L'effectif était important : une trentaine de choristes du Collegium Vocale Gent, une cinquantaine de musiciens de l'Orchestre des Champs-Élysées dirigé par Philippe Herreweghe.

Le moment fort de l'œuvre est celui où, après que Dieu a dit Que la lumière soit !, l'ambiance musicale passe subitement des ténèbres à la lumière en même temps que le chœur nous dit que la lumière fut.

Si tous les mouvements de cet oratorio ne sont pas inoubliables, d'autres retiennent l'attention comme ceux qui évoquent, parmi les diverses créatures, le rossignol chantant, le lion rugissant ou encore le tigre bondissant.

Les trois solistes, la soprano Christina Landshamer, le ténor James Gilchrist et la basse Yorck Felix Speer remplissaient très bien leurs rôles respectifs. Seuls, en duo, en trio, ou avec le chœur, ils récitaient ou chantaient un texte à la gloire de la Nature et du Créateur. Les émotions exprimées ne sont pas aussi variées qu'elles peuvent l'être dans une Passion, un opéra ou un oratorio sur un sujet plus humain. L'arrivée d'Adam et Ève n'assombrit même pas le tableau de ce point de vue-là puisque l'oratorio s'achève avant que cela se gâte. Seul un récitatif mettra le couple en garde avant que Dieu soit loué une dernière fois :

Ô heureux couple, et heureux à tout jamais
si de fausses chimères ne les incitent pas
à désirer jamais davantage que ce qu'ils ont,
à savoir jamais davantage que ce qu'ils doivent !

Étant placé au premier rang du premier balcon de côté, une petite partie du côté cour ne m'était pas visible, à moins que je ne me penchasse. La soprano et la basse étaient du côté jardin et le ténor de l'autre côté, mais suffisamment au centre pour que je le voie. Pendant le dernier chœur, j'ai remarqué qu'une des mezzo-sopranos du chœur n'était plus à sa place (pas que je l'eusse particulièrement remarquée, mais cela fait un certain nombre de fois que j'assiste à des concerts du Collegium Vocale Gent et certains visages sont restés dans ma mémoire). Je me demandais où elle était passée. Quand l'oratorio se fut terminé, je la retrouvai à droite du ténor James Gilchrist. Comme ce dernier chœur (avec solistes) a été bissé, je pus me pencher un peu pour rattraper cette distraction.

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Shantala Shivalingappa aux Abbesses

2008-11-29 01:24+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne

Après le récital de bhârata natyam d'hier, je suis retourné cet après-midi aux Abbesses et ai monté les 180 marches du quai de métro à la sortie pour voir un spectacle de Shantala Shivalingappa que j'avais déjà vue deux fois dans le superbe Gamaka (kuchipudi). J'avais acheté une place pour voir Namasya l'an dernier, mais un déplacement au Maroc m'avait contraint à donner ma place. J'avais aussi prévu de la voir dans Bamboo blues, mais cette fois-là, ce fut de la faute de la RATP si je ne pus pas assister au spectacle.

Ce spectacle Namasya n'est pas un récital de danse indienne kuchipudi ; il rassemble quatre soli contemporains issus de collaborations respectives avec Ushio Amagatsu, Pina Bausch, elle-même et sa mère Savitry Nair. Les intervalles permettant à l'interprète de changer de costume sont remplis par des projections de vidéos d'Alexandre Castres montrant la danseuse dans sa spécialité. Bien que le sujet soit très intéressant et photogénique, j'ai trouvé ces images affreuses : floues, mal éclairées, mal cadrées. Il s'est malgré tout trouvé quelques plans réussis.

Dans ces quatre soli, le sens de la danse n'est pas évident. Sans être particulièrement hermétique, la notice du Théâtre de la Ville n'est pas très éclairante non plus à ce sujet.

La première pièce Ibuki est celle que j'ai préférée. Un bien élégant costume blanc, une musique et des mouvements de danse qui pourraient suggérer un cadre naturel dans lequel les plantes et les animaux vivent joyeusement, mais cela pourrait très bien être tout autre chose... Dans cette pièce et dans quelques autres, certains mouvements de mains sont des mouvements de danse kuchipudi. Voir ces mouvements hors contexte est assez troublant.

Dans la deuxième pièce Solo, une danse sensuelle en longue robe noire, peut-être un peu trop longue parce qu'on ne voyait plus les pieds de l'interprète, ce qui est un peu dommage pour de la danse.

Le troisième solo Shift, chorégraphié par l'interprète, m'a fait l'effet d'un ovni. La notice évoque la lenteur de la gestuelle découpée dans l'espace. Et qui n'est pas sans rappeler certains motifs de la statuaire indienne classique. Le début me faisait plutôt penser à une bête féroce à l'affût.

Le quatrième solo Smarana, sur une musique indienne classique, présente la particularité de présenter l'interprète principalement de dos, avec un éclairage assez faible.

Le bilan est globalement positif. À l'avenir, j'irai toujours les yeux fermés voir ses spectacles de danse indienne, et j'irai probablement aussi voir ses spectacles de danse contemporaine, mais par curiosité plus qu'autre chose.

Ailleurs : Bladsurb (2007).

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Alarmel Valli aux Abbesses

2008-11-29 01:45+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne

Ce soir, j'ai assisté à un nouveau récital de bhârata natyam : The Forgotten Seed d'Alarmel Valli. Avant que j'arrive au théâtre, les ennuis RATP s'étaient accumulés. Le RER B s'arrêtait de nombreuses minutes à chaque gare avant de repartir. La ligne 4 était perturbée pour cause de passager malade. On signalait un passager sur les voies de la ligne 1. La ligne 13 n'était pas non plus en reste. Heureusement, il restait la ligne 12 pour rejoindre la station Abbesses.

Le récital s'ouvre sur une pièce dédiée au Soleil. Les mouvements de la danseuse évoquent l'éclosion des lotus, le chant des oiseaux et bien d'autres éléments. Quoique certains mouvements soient très intuitifs, le langage du bhârata natyam m'est encore très largement étranger, mais le problème de langue n'empêche nullement de se laisser enchanter par les mouvements bien plus amples qu'anguleux de cette danseuse.

Comme toujours, les musiciens sont en effectif réduit. Un son de tanpura, un flûtiste, une violoniste, une chanteuse, deux percussionnistes (cymbales et mridangam). La musique, et tout particulièrement le mridangam, concourent admirablement bien à la danse. La variété des sons émis par cet instrument est déroutante.

Avant de commencer le varnam, on prépare un micro afin que la danseuse puisse, dans un français élégant, résumer l'histoire de cette pièce (et plus tard celle des autres) en montrant en même temps les mouvements de mains correspondant aux différentes situations.

Dans ce varnam, l'adoration du dieu prend une double forme : dévotion, amour. Il n'est ni question du Dieu des Juifs, ni de Krishna, mais bien de Shiva, sous la forme du danseur cosmique (Nataraja) ou encore de Nilakantha, celui qui a la gorge bleue (cf. mythe du barattage de la mer de lait). Cette pièce m'a laissé un peu plus perplexe. Si l'action du personnage féminin était parfaitement intelligible, je n'ai pas reconnu les manifestations de Shiva.

Après un entr'acte musical, deux belles pièces. La première s'intitule Lamentations pour un soldat tombé. Elle n'est pas que triste, puisque des moments heureux sont évoqués, quoiqu'avec nostalgie. La deuxième est celle qui donne son nom au récital : La Graine oubliée. À mon avis, c'est la plus réussie. Un jeune couple laisse libre court à son amour sous un laurier. Mais une amie leur dit qu'ils se comportent mal : le laurier fait partie de leur famille, puisqu'ils en ont semé la graine.

Ce très beau récital s'est achevé par un numéro aux rythmes rapides et un court rappel.

Ailleurs : Bladsurb.

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Malfaçons

2008-11-24 20:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

J'ai déjà parlé d'actes anodins de disquaires pouvant nuire à leur commerce. Le parcours du discolique est parsemé d'un autre type d'embûches : les malfaçons.

Ces dernières années, j'ai rencontré ce type de problèmes à plusieurs reprises. Dans mon intégrale Hänssler de Bach, un disque était en double et un autre était manquant. La plupart de ces disques, peut-être tous, étaient aussi en vente à l'unité et j'en possédais déjà quelques uns que j'ai donnés ici ou là. Par une chance inouïe, le disque qui était manquant faisait déjà partie de ma collection.

Les trois autres problèmes qui m'ont fait souffrir quelques désagréments sont dus à divers problèmes avec EMI Classics. Un des premiers opéras que j'ai acheté était Norma de Bellini (avec Maria Callas, 1960). Commandé sur Amazon.fr, le boîtier de trois CD contenait le CD nº1, deux exemplaires du CD nº2, mais pas de CD nº3. Retour à l'envoyeur, qui me réexpédie un nouveau coffret, souffrant du même défaut. Deuxième retour ; la troisième expédition sera la bonne.

J'ai déjà parlé du caractère bâclé de certain livret fourni par cet éditeur. Hier, en écoutant pour la première fois Orphée aux enfers d'Offenbach, dirigé par Marc Minkowski, avec notamment Natalie Dessay (Eurydice), Yann Beuron (Orphée), Laurent Naouri (Jupiter), j'ai été tout perturbé que la page 73 du livret succède à la page 96. Bref, une vingtaine de pages manquent au livret, ce qui m'a pas mal déstabilisé dans mon écoute des troisième et le quatrième tableaux. Heureusement que l'opéra est en français ! Bien sûr, le livret complet n'est pas disponible sur le site Internet de l'éditeur. Comme Offenbach a proposé deux versions de son œuvre et que Laurent Pelly et Marc Minkowski ont retenu plutôt la première avec quelques éléments de la seconde, une version du livret trouvée sur Internet s'est avérée assez différente de ce que j'entendais. Cet incident m'a un peu gâché cette première écoute de ce bien charmant opéra-bouffe, qui cite parfois pour plaisanter Orfeo ed Euridice de Gluck (dont je ne me lasse pas non plus d'écouter un enregistrement avec Bernarda Fink dans le rôle d'Orfeo).

On voit là un des dangers de l'achat compulsif de disques pour une consommation non immédiate. Si j'écoutais mes disques aussitôt après les avoir achetés, je saurais vers qui me retourner pour obtenir remplacement d'objets défectueux (encore que dans le dernier cas envisagé ici, il ne me semble pas aller de soi que le commerçant accepte de procéder à un échange). Pour Orphée aux enfers, je n'ai absolument aucun souvenir de l'achat, qu'il se réalisât par Internet ou en magasin.

Les organisateurs de concerts proposant à la vente des programmes ne sont pas toujours irréprochables non plus. Je me souviens d'une Johannes-Passion au TCE pour lequel le livret apparaissant dans le programme commençait par O Mensch, bewein dein Sünde groß. Dans les versions usuelles des Passions de Bach, ce chœur apparaît à la fin de la première partie de la Matthäus-Passion, mais c'était aussi et avant tout le chœur introductif d'une des versions de la Johannes-Passion, mais qui n'est pas la version canonique jouée actuellement. Pendant les minutes précédant le concert, je me réjouissais donc par avance de l'écoute prochaine d'une version non standard de cette œuvre. Ce ne fut donc pas sans une certaine déception que j'entendis le concert débuter par le traditionnel chœur Herr, unser Herrscher.

Je n'ignore s'il y a lieu d'y voir un changement de politique de l'Opéra de Paris, mais je constate avec réjouissance que les trois programmes d'opéra que j'y ai achetés depuis le début de la saison comportent une version française du livret alors que ce cas était plutôt l'exception les années précédentes (sur les huit programmes précédemment achetés, seul celui de Luisa Miller incluait un livret).

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Akram Khan & Juliette Binoche ― In-I

2008-11-23 19:20+0100 (Orsay) — Culture — Danse

Mon agenda du mois de novembre est assez chargé en spectacles. Quatre cette semaine et il y en aura encore la semaine prochaine. Pour l'heure, j'avais un spectacle de prévu cet après-midi au Théâtre de la Ville, In-I, conçu et interprété par Juliette Binoche et Akram Khan. Cela faisait plusieurs années que j'essayais d'inclure à mon abonnement des places pour des spectacles de ce dernier, mais à chaque fois, on me disait que c'était plein. Peut-être m'y prenais-je un peu tard ? Cette année, j'ai envoyé mes réservations très tôt, ce qui fait que je me retrouve avec non seulement des places, mais aussi un excellent placement au deuxième rang.

Ce spectacle est à mi-chemin entre théâtre et danse. Juliette Binoche est assurément une excellente comédienne, Akram Khan un excellent danseur et ils le montrent ; nonobstant, leurs possibilités dans la spécialité de leur partenaire semblent tout à fait respectables. Pendant une heure quinze, ils représentent une aventure amoureuse, en commençant par une rencontre inattendue dans un petit cinéma où se projette le Casanova de Fellini. La palette des situations parcourues est diverse : félicité, trivialité du quotidien, union, désunion, violence, réminiscence, réconciliation, etc.

Les textes parlés (en anglais) sont omniprésents au début du spectacle. J'ai été soulagé de les entendre se raréfier par la suite, permettant ainsi aux corps de s'exprimer plus librement.

Ailleurs : l'avis de Palpatine, Bladsurb.

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Vingt-septième dimanche après la fête de la Trinité

2008-11-23 12:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Promis, après cette note, je ne vous ennuierai plus avec la cantate 140 Wachet auf, ruft uns die Stimme. Cela n'était pas arrivé depuis 1989, mais aujourd'hui, selon le calendrier liturgique luthérien, nous sommes le vingt-septième dimanche après la fête de la Trinité. Il faut que la date de Pâques intervienne très tôt dans l'année pour qu'il soit possible d'intercaler autant de dimanches en partant de fêtes dans les dates sont calculées par rapport à Pâques et le premier dimanche de l'Avent. Du vivant de Bach, cette situation s'était présentée le 25 novembre 1731, date de la création de cette cantate. D'après mes calculs, les prochaines dates sont les 25 novembre 2035, 25 novembre 2046, 26 novembre 2062, 26 novembre 2073 et 26 novembre 2084.

Le chœur introductif, et d'autres mouvements, peuvent être écoutés sur Youtube : Wachet auf, ruft uns die Stimme (Ton Koopman). Attention, on y trouve aussi des horreurs, comme cette version par Karl Richter.

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Une Flûte pas si horrible que ça

2008-11-23 01:16+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

J'avais entendu beaucoup de mal de la production de La Flûte enchantée qui est reprise en ce moment à l'Opéra Bastille. J'étais à la représentation d'hier. Un placement plutôt bon : deuxième balcon, plein centre.

Je suis horrifié par le début. Les costumes sont d'une laideur et d'un mauvais goût incroyables à ce niveau (avec une mention spéciale pour les trois Dames et la Reine de la Nuit). Des vidéos de mauvais économiseurs d'écrans sont projetées en surimpression.

Au bout d'un moment, j'arrive à surmonter mon premier sentiment. Les chanteurs des rôles principaux, Tamino, Pamina, La Reine de la Nuit, Sarastro, Papageno et Papagena sont bons. Monostatos me paraît un peu plus limite. Le chœur est planqué sous la scène et il ne sera pas donné au public d'apercevoir José Van Dam qui a le rôle parlé de la Voix. Je profite de mon placement pour observer l'orchestre.

Si on laisse de côté les costumes affreux et l'essentiel des vidéos, ce qu'il reste de la mise en scène se laisse bien regarder. Le décor est constitué de douze matelas géants gonflables (et dégonflables). Ces éléments bougent beaucoup et se transforment aussi bien en temple, en pyramide ou en les terribles lieux des épreuves d'initiation que subissent Tamino et Pamina.

D'autres aspects de la mise en scène laissent perplexes, comme la pluie de boules noires et blanches dans un grand récipient, constituant une sorte de piscine dans laquelle Monostatos, Pamina puis Papageno plongent. Le bout de phrase quand j'ai placé les pièces dans la bouche de Sarastro donne lieu à un grand n'importe quoi au deuxième acte où un grand échiquier est projeté sur scène ; des figurants viennent s'y placer, Sarastro en échange trois ou quatre ; une très courte partie d'échecs grandeur nature se déroule. On assiste à deux tours de magie classiques : Sarastro est coupé en trois morceaux et plus loin est transpercé d'épées avec en plus du sang qui coule de la boîte dans laquelle il se trouve, sang, qui vidéo aidant, se répand sur toute la scène. Ce deuxième tour me paraît assez incohérent avec l'histoire : dans la version du livret que j'avais lue, après que la Reine de la Nuit a exprimé sa colère terrible en demandant à Pamina de tuer Sarastro, Pamina ne semble pas le moins du monde disposée à lui obéir (elle n'a de toute façon pas le temps d'y penser, vu que Monostatos revient la harceler). Ce soir, elle plantait des épées dans Sarastro, sans le tuer pourtant. L'utilisation des clochettes par Papageno est curieuse. Parfois, il actionne son attirail, parfois, on entend leur son mais il ne fait même pas semblant de s'en préoccuper, ayant autre chose à faire. Les trois enfants apparaissent avec des consoles de jeux portables en mains. Bref, l'onirisme décomplexé des concepteurs ne s'est pas exprimé sans quelques débordements.

Malgré tout, ce spectacle est tout à fait regardable et écoutable. Le public, constitué d'un nombre inhabituellement élevé d'enfants, semble avoir apprécié ; je n'ai pas entendu de sifflets.

Ailleurs : l'avis de Palpatine.

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Tristan und Isolde à Bastille

2008-11-22 14:24+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Hier, je suis allé pour la deuxième fois à l'Opéra Bastille pour assister à une représentation d'un opéra de Wagner. En mai 2007, j'avais plutôt aimé Lohengrin (mis en scène par Robert Carsen) et une Waltraud Meier terriblement convaincante en Ortrud. Qu'elle incarne Isolde a été ma principale motivation pour inscrire cet opéra à mon abonnement. Ce qui est ennuyeux avec les abonnements, c'est qu'on ne peut réserver que des places dans les six premières catégories de prix. Faute de place disponible en sixième, j'avais dû opter pour une place de cinquième catégorie. À mon humble avis, le prix des places et le plaisir de spectateur en résultant est complètement décorrélé. Je préfère être au premier balcon avec vue plongeante sur l'orchestre, la vision des sur-titres en fût-elle mise en péril que d'être à l'avant-dernier rang du parterre, en ayant payé ma place à quadruple prix : on ne voit que la tête du chef dépasser, les chanteurs sont très loin et la santé et la fortune ne s'accordant guère, on tousse bien davantage au parterre que dans les hauteurs. Bon, je me console en me disant que les personnages du rang situé juste devant moi eurent à payer encore 26€ de plus !

L'opéra commenca vers 18h, les opéras normaux commençant plutôt vers 19h30. Tristan dure 4h, également divisé en trois actes. Des entr'actes de 45 et 30 minutes ayant été prévues, pour que l'œuvre finît à une heure raisonnable, il fallait commencer tôt.

Globalement, je suis déçu par cette représentation. Quelques prosélytes lyriques ont même abandonné après le premier ou le deuxième acte. Le seul élément de décor était une toute petite plateforme où les personnages pouvaient s'asseoir ou s'allonger. Les costumes étaient trop sobrement noirs. À part peut-être au troisième acte où il y avait un peu de couleur, les lumières n'éclairaient pas grand'chose. Non, le spectacle visuel n'était pas sur scène, mais sur l'écran situé entre les chanteurs et le sur-titrage. Pendant quatre heures ou presque, nous avons été abreuvés des vidéos de Bill Viola. Le premier acte a représenté des rites de purification. Du fait d'un petit coup de barre, j'ai un souvenir plus confus du deuxième acte. Lumières dans un bois pendant une partie de chasse, coucher de Lune, lever de Soleil. Vidéos accélérées ou ralenties représentant la nature, des effets d'optique plus ou moins naturels. Bravo au directeur de la photographie, l'esthétique et la qualité des images était impressionnante. C'est bien beau, mais cela distrait le spectateur de ce qui se passe sur scène. Il ne m'a pas été possible de me détourner de ces images, puisque, n'entendant guère l'allemand, j'ai besoin des sur-titres pour suivre. Il n'est pas évident de suivre simultanément l'action qui se passe en bas et en même temps ces sur-titres situés tout en haut, deux éléments sobres, quand le centre est accaparé par d'ondoyantes images (cela empêche aussi de s'endormir complètement, la luminosité étant importante, surtout si on est situé à proximité de la cabine de projection). Ajouter à cela que les textes sont largement métaphoriques, de sorte qu'une ligne de sur-titres de perdue engendre bien dix lignes d'incompréhension.

La mise en scène est très statique. À plusieurs reprises, des personnages se retrouvent à rester immobiles pendant de longues minutes. Certains personnages semblent avoir des yeux dans le dos ; Isolde fait même à distance et de dos un diagnostic de Tristan mourrant. Pour tenter de faire oublier ces limitations, certains personnages (Brangäne, le berger) apparaissent non plus sur scène mais dans dans les hauteurs du théâtre (invisibles depuis ma place). On fait aussi entrer un chœur d'hommes par le fond du parterre (tout près de moi, donc). Bref, ce n'est pas très convaincant.

Heureusement, il reste la musique. Si je suis partagé sur les parties chorales, très limitées et assez peu intéressantes, aussi bien l'orchestre que les solistes lui font honneur. L'ouverture de l'œuvre est belle ; on réentend ensuite avec plaisir quelques leitmotivs.

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Europeana

2008-11-20 17:02+0100 (Orsay) — Culture

Europeana, la nouvelle bibliothèque numérique, chapeautée par l'Union européenne, dont j'apprends aujourd'hui le lancement dans le Monde a l'air d'être toute cassée. En persévérant, on finit par arriver à voir la page d'accueil et à tenter de faire une recherche. Pour l'instant, en tapant Voltaire, je n'ai que réussi à obtenir le message Something went wrong! An email has been sent to inform our technical staff.. C'est dommage, espérons que cela finisse par tomber en marche.

En bas de la page d'accueil, je ne sais pas si ce sont les thèmes les plus demandés ou si c'est fait exprès, mais en ce moment, on y voit des images intitulées L'Origine du monde et Le cinéma porno.... Hum.

PS : Ce soir, on a droit à L'infâme Vénus couchée, posture lubrique, au Dieu Priape et à Mein Kampf. Pensez culture, qu'ils disent ‽

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L'Ensemble orchestral de Paris au TCE

2008-11-20 08:01+0100 (Orsay) — Culture — Musique

J'ai assisté hier à un concert de l'Ensemble orchestal de Paris. En dehors de l'ouverture du Freischütz de Weber que je n'avais toutefois pas encore entendue en concert (et que John Nelson dirige de mémoire), je ne connaissais aucune des œuvres au programme. Si j'ajoutai ce concert à mon abonnement, c'est qu'après cette ouverture était prévue une œuvre de Berlioz, La Mort de Cléopâtre, interprétée par Anna-Caterina Antonacci. J'apprécie toujours autant cette chanteuse, dont le programme nous apprend qu'elle vit à Paris. Elle m'a pourtant semblé un peu tendue, même pour venir saluer de nombreuses fois sous les applaudissements enthousiastes du public.

La deuxième partie du concert était réservée à la symphonie nº9 La Grande de Schubert, que je découvrais aussi. Ses dimensions sont effectivement assez grandes puisqu'elle dure environ une heure. Je n'ai pas terriblement été emballé par le premier mouvement. Les autres mouvements m'ont bien plu, et tout particulièrement les deuxième et troisième.

Depuis mon premier concert Haydn à Pleyel, je me disais que Haydn faisait partie des compositeurs que je découvrirais volontiers plus en profondeur. Bien que son style soit proche de celui de Mozart, j'apprécie l'un alors que l'autre tend plutôt à m'exaspérer. Hier soir, en feuilletant le Monde, je tombe, page une, sur une publicité annonçant une intégrale Haydn, publiée par le même éditeur que l'intégrale Mozart que je possède déjà. Je me laisserai peut-être tenter prochainement. Il fait longtemps que mon penchant discolique n'a pas été satisfait : en réserve, je n'ai plus que 18 heures de musique non écoutée, plus que cinq opéras et un oratorio. Ce qui m'inquiète, c'est que cette intégrale de 150 CD a un sous-titre : volume 1. Je savais ce compositeur très prolifique, mais je n'imaginais pas que son œuvre pût être aussi volumineuse. Ce premier volume comporte la centaine des symphonies de ce compositeur, l'oratorio La Création (qui est au programme du concert du 29 novembre au TCE) et bien d'autres œuvres encore.

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La messe en si mineur à Pleyel

2008-11-15 02:25+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Hier soir, c'était ma quatrième Messe en si mineur. La deuxième de suite à Pleyel après celle de février dernier par Le Concert Spirituel (que j'avais beaucoup appréciée). La deuxième de Koopman après celle de février 2006 au TCE, avec déjà la basse Klaus Mertens. Les solistes de ce soir étaient plus enthousiasmants que ceux d'hier. J'apprécie toujours autant cette basse, ai agréablement découvert l'alto Marie-Claude Chappuis et réentendu Sandrine Piau (que je n'avais pour le moment entendue que dans La Passion selon Saint Jean au TCE en 2003). J'ai un peu plus modérément apprécié le ténor Jörg Dürmüller (déjà entendu en évangéliste dans L'Oratorio de Noël 1 et la susdite Passion).

Entre chacune des parties et sous-parties de l'œuvre, les instrumentistes se réaccordaient. En revanche, j'ai apprécié que souvent les mouvements s'enchaînassent quasiment sans temps mort (ce qui permet de faire passer son tour au chœur de tousseurs). De très beaux airs, duos et chœurs. Mimiques caractéristiques de Ton Koopman. Un très bon concert. Malheureusement, les applaudissements énergiques de la salle n'ont pas été récompensés d'un bis. (Ce qui est ennuyeux avec la messe en si mineur, c'est qu'il n'y a pas vraiment de mouvement qu'il soit logique de bisser, alors que pour une cantate, il est courant de reprendre le choral final.)

J'ai eu le plaisir de revoir Palpatine à l'entr'acte.

[1] Je fréquente le TCE depuis 2002. J'y ai assisté à des représentations de l'Oratorio de Noël (BWV 248) chaque année depuis cette date, c'est dire si cette œuvre me plaît. J'ignore pourquoi elle n'a pas été reprogrammée cette année ; si cela avait été le cas, j'y serais retourné. Cette œuvre est très longue : elle est composée de six cantates. Lors de ces concerts, seules quatre cantates étaient jouées : 1-2-3-4 ou 1-2-3-6. Je n'ai donc jamais entendue la cinquième cantate en concert.

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Masaaki Suzuki au TCE

2008-11-14 08:11+0100 (Orsay) — Culture — Musique

J'étais hier soir au Théâtre des Champs-Élysées pour un concert du Collegium Bach Japan dirigé par Masaaki Suzuki. Un des premiers disques de musique classique que j'aie acheté était de Bach et c'était la Passion selon Saint-Mathieu interprétée par cet ensemble (probablement vers 2000/2001). J'étais donc a priori très content d'aller écouter ces musiciens.

Je m'installe au deuxième balcon de face. Les musiciens s'installent. L'effectif sera réduit au possible : une petite quinzaine de musiciens. Quand commence le choral de la cantate BWV 102 Herr, deine Augen sehen nach dem Glauben, je me demande si le chef n'aurait pas prévu de faire rentrer les solistes au fur et à mesure. En regardant plus attentivement le chœur, je remarque que les trois solistes hommes (que j'ai déjà entendus chacun un certain nombre de fois dans ce registre) sont bien là, chantant avec les douze autres choristes ; pour découvrir la soprano, j'attendrai un peu. La cantate BWV 102 ne me paraît pas terriblement intéressante (eu égard à la moyenne des cantates) ; je me distrais en lisant le texte, disons assez amer envers les incroyants.

La partie de programme qui m'enthousiasme le plus est la cantate BWV 140 Wachet auf, ruft uns die Stimme. J'ai plusieurs fois parlé ici de cette cantate, dont la position peu enviable dans le calendrier liturgique fait que les occasions de la jouer à la date prévue par icelui sont très rares puisque la date de Pâques, calculée en fonction des phases de la Lune (en gros), doit intervenir le plus tôt possible dans l'année pour que ce soit le cas (prochaines occasions : 23 novembre 2008, 25 novembre 2035).

Le chœur introductif de cette cantate est superbe, tout comme son choral final (dont on aura un bis à la fin du concert). Le mouvement qu'on attend le plus est le choral du milieu, chanté par le ténor, morceau célèbre pour n'avoir pas été plagié dans la chanson A Whiter Shade of Pale. La dernière fois que je l'avais entendu en concert pour des cantates de Bach, j'avais été un peu déçu par le ténor, peu puissant. Je n'avais donc pas de trop hautes attentes concernant ce choral. Cela me désespère un peu, mais ce ténor Jan Kobow n'était pas très convaincant ; son visage trahissait un certain ennui, la ferveur du texte aidant, on en eût pu attendre un peu plus d'enthousiasme, bon sang. Néanmoins, c'était acceptable, un peu plus que ce que le Concentus Musicus Wien (Harnoncourt) et le ténor d'alors avaient proposé l'année dernière salle Pleyel dans l'interprétation de cette même cantate. Entre ces choraux s'insèrent des couples de mouvements récitatifs/duo soprano-basse. Ces duos sont délicieux et leur texte a beaucoup amusé Palpatine.

La deuxième partie du concert est réservée à la messe en sol mineur (BWV 235). Le premier mouvement Kyrie ressemblait très fortement au premier mouvement de la cantate 102 ! Bach est coutumier de ce genre d'emprunts. Ayant lu le programme au début du concert, je savais déjà qu'il y aurait une telle conjonction. La surprise est encore plus forte quand on s'en rend compte en plein concert. C'était la première fois que je voyais deux versions d'un mouvement au programme de la même soirée de concert. Pas grand chose d'autre à dire sur cette messe (brève). J'étais avant tout venu pour la cantate 140.

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Shiva-purâna

2008-11-01 16:47+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne

Je viens de terminer La légende immémoriale du dieu Shiva : le Shiva-purâna, traduit du sanskrit, présenté et annoté par Tara Michaël, Connaissance de l'Orient, Gallimard/Unesco. J'ai déjà évoqué la Vidyeshvara-samhitâ qui raconte un mythe qui vise sans doute à montrer la supériorité de Shiva sur Brahmâ et Vishnu. C'est d'ailleurs suite au mensonge de Brahmâ que j'évoquais que Shiva, sous sa forme terrible Bhairava, tranche la cinquième tête de Brahmâ et le condamne à ne pas recevoir de culte (la seule exception que je connaisse étant le temple de Brahmâ à Pushkar). D'autres légendes attribuent ces punitions au fait que Brahmâ avait incestueusement désiré sa propre fille.

Le texte de la Rudra-samhitâ se présente sous la forme d'un dialogue entre le sage Nârada et le dieu Brahmâ qui répond à ses questions. Le mythe qui est raconté est celui du mariage de Shiva et de la Déesse. Je ne peux donc m'empêcher de comparer ces passages avec ceux que j'ai lus dans La naissance de Kumara, Kalidasa, traduit du sanskrit par Bernadette Tubini, Connaissance de l'Orient, Gallimard/Unesco. Dans ceux-là, Shiva épouse la fille du seigneur des montagnes après que les Dieux ont estimé que Shiva devait engendrer un fils pour débarasser la Terre du démon Târaka. Pour cela, Kâma, le dieu Amour, et le Printemps sont chargés de détourner Shiva de son ascèse. Par leurs charmes et les flèches de Kâma, Shiva s'éprend de Parvati, mais foudroie Kâma du feu de son regard. Dans ceux-ci, il n'est pas question du démon Târaka, mais d'une volonté de vengeance de Brahmâ pour l'humiliation que Shiva lui a fait subir.

Le dieu Kâma est créé : Avec cette forme et grâce à ton carquois à flèches de fleurs, tu pourras rendre épris et captiver hommes et femmes et leur faire continuer l'œuvre éternelle de la création.. Brahmâ lui-même éprouve les effets de ces flèches en désirant sa propre fille Sandhyâ (mais personne ne vient lui couper sa cinquième tête à ce moment). Brahmâ lance une malédiction sur Kâma : il sera foudroyé pour avoir lancé une flèche sur Shiva. Kâma proteste, pourquoi le punir ? il n'aura fait que sa mission de répandre l'Amour. Brahmâ lui promet la vie éternelle après qu'il aura été réduit en cendres. Kâma, son épouse Rati (la Volupté) et le Printemps tentent de faire sortir Shiva de son ascèse. Les multiples tentatives échouent et on n'entend presque plus parler de Kâma, qui ne sera pas réduit en cendres, contrairement à ce que le texte promettait (une malédiction de Brahmâ ou de brâhmane est faite pour se réaliser, sinon, à quoi eût-il servi qu'elle eût été formulée ?). Les Dieux se réunissent. Ils vont favoriser la manifestation de Satî, qui d'après des promesses anciennes, est censée devenir l'épouse de Shiva, de même que Sarasvatî et Lakshmî sont respectivement les épouses de Brahmâ et de Vishnu.

Brahmâ loue la Déesse (Durgâ) qui accepte de s'incarner comme Satî. Après quelques péripéties, Satî naît fille de Daksha (qui est lui-même issu de Brahmâ) sous le nom d'Umâ. Satî-Umâ utilise l'ascèse et l'adoration pour s'attirer les faveurs de Shiva. Émerveillés par cette ascèse, les Dieux et Brahmâ en particulier viennent demander à Shiva de prendre épouse. En tant que yogin, il refuse d'abord puis accepte, pourvu que son épouse soit une yoginî. Brahmâ lui révèle le nom de Satî (que l'Omniscient connaissait déjà bien sûr).

La mariage est célébré. C'est Brahmâ qui officie aux cérémonies. Shiva et Shivâ (Satî) accomplissent la circumambulation du feu sacré. Chants et danses. Un incident se produit : lui-aussi épris d'amour pour Satî, Brahmâ regarde un peu trop fixement les pieds, puis le visage de la Déesse dont il a écarté le voile. Il va jusques à laisser échapper quatre gouttes de sa semence. Shiva en est furieux et brandit son trident pour le tuer, d'autant plus qu'il avait promis à Vishnu qu'il tuerait qui regarderait son épouse de façon concupiscente. L'incident semble imaginé pour que Vishnu puisse dire : Ô Éternel Shiva, Brahmâ n'est pas autre que toi, et tu n'es pas autre que lui. Je ne suis pas autre que toi, Seigneur, et tu n'es pas autre que moi.. Bref, Shiva accepte de ne pas se tuer Lui-même. Une pluie de fleurs se répand, Shiva et Satî montent sur le taureau (leur monture) pour rejoindre le mont Kailâsa.

Favorisés par Kâma et le Printemps, les ébats amoureux de Shiva et de Satî durent vingt-et-un ans. Elle lui demande comment les créatures peuvent surmonter les épreuves de l'existence. Shiva répond que c'est par la prise de conscience Je suis Brahman (la fusion en l'Être suprème, Brahman, est le but ultime de la philosophie de la non-dualité). Il affirme que le moyen d'y parvenir est la bhakti, la dévotion et en décrit les neuf formes.

Je n'ai pas pu lire sans un certain effroi la phrase suivante dans cet ouvrage : Bien que le désir de saisir Sandhyâ aux traits attirants subsistasse (sic) encore dans mon esprit, je comptai mes sens bouleversés dans ma crainte respectueuse de Shiva.. Combien de fois craignis-je qu'une telle erreur subsistât dans mes écrits !

Comme il ne me restait qu'une quinzaine de pages à lire pour ce dernier round de lecture à la Bibliothèque François Mitterrand, je réservai aussi un autre livre. Il s'agissait du premier volume de la traduction du Bhâgavata-Purâṇa ou histoire poétique de Krĭchṇa d'Eugène Burnouf, professeur de sanscrit au Collège royal de France (1840). Je n'ai pour le moment lu que la préface nouvelle de Jean Filliozat pour la réédition de 1981 et le début de la préface de l'auteur. J'hésite beaucoup à me lancer dans cette lecture. L'ouvrage semble excellent, les explications de l'auteur visant un public non expert en indianisme (vu l'époque où cela a paru) sont très intéressantes. Il est aussi amusant de découvrir quelques particularités orthographiques et typographiques de ce siècle. Ce qui me fait un peu peur est l'extrême longueur de l'œuvre, les cinq tomes répartis en quatre volumes font environ 2250 pages. Le lire en bibliothèque serait une tâche assez démesurée, d'autant plus que je ne peux bien sûr y consacrer que d'occasionnels samedis ou dimanches (ces volumes étant par chance disponibles aussi dans la partie Haut-de-Jardin de la BnF et non seulement au Rez-de-Jardin qui ferme le dimanche). Acheter les quatre volumes auprès de l'éditeur est exclu, vu les prix prohibitifs que celui-ci oppose. Quoiqu'il fût louable de sa part de rééditer cette traduction, un prix de 340€ pour les pages, fussent-elles deux mille deux cent cinquante, d'un auteur mort en 1852, me paraît bien excessif. Lors de mes prochains voyages en Inde, j'essaierai d'acheter la traduction anglaise publiée par Gita Press pour un prix modique de 250 roupies.

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Le verlan serait-il plus vieux qu'on ne le croit ?

2008-10-25 20:00+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne

Continuant mes lectures indianisantes, je suis tombé tout à l'heure sur un étonnant passage du Shiva-purâna. Au cours de mes lectures, j'ai pu remarquer que les traducteurs du sanskrit mentionnaient assez souvent en note que le texte initial comportait moult jeux de mots intraduisibles, expliquaient que tel ou tel vers pouvait être entendu de multiples manières, que les commentateurs classiques eux-mêmes en perdaient leur sanskrit. Certains poussent même le vice jusqu'à dire que pour bien apprécier la littérature sanskrite, il faut devenir soi-même sanskritiste...

Je n'ai pas cette ambition ; je lisais donc une traduction sélective de la Vidyeshvara-samhitâ, la première samhitâ de ce Purâna majeur qu'est le Shiva-purâna. Pour ce texte, Shiva est le dieu suprême. Il réalise cinq fonctions parmi lesquelles la création (Brahmâ), la préservation (Vishnu), la destruction (Rudra) ; il est responsable aussi d'éclairer les esprits ou au contraire de les laisser dans la confusion. On trouve peu de mythes et légendes dans cette première partie. Il est surtout question de rituels : doit-on adorer le lingam ou une représentation anthropomorphe, que signifient les marques sectaires shivaïtes, que signifient les cinq syllabes du mantra (Om) Namah Shivaya, comment se vider les intestins convenablement, comment consacrer par les bonnes formules son collier de larmes de Rudra suivant le nombre de faces de chacune, etc. On y trouve cependant une légende mettant en scène Brahmâ, Vishnu et Shiva. Shiva est présent sous la forme d'une colonne doublement infinie. Brahmâ et Vishnu jurent d'en voir le bout, Vishnu par en bas et Brahmâ par en haut. Ils reviennent tous les deux sans avoir réussi. En redescendant, Brahmâ avait essayé de convaincre une fleur qui descendait avec lui de mentir et de témoigner qu'il avait réussi à voir le sommet. Shiva en est très mécontent et lui jette un sort. D'après la table des matières, la deuxième partie, la Rudra-Samhitâ, semble beaucoup plus riche en mythes.

Pour revenir au sujet de cette entrée, au vers 77 du chapitre XVIII, je lis :

Le mot Shiva désigne Celui qui a l'emprise sur tout et sur qui personne n'a d'empire, par le jeu de mots de l'inversion : Shiva est Vashî, celui qui possède le contrôle absolu, de même que le lion simha, est par le jeu de mots de l'inversion, himsa, c'est-à-dire la créature qui attaque les autres animaux et qu'aucun autre animal ne peut attaquer.

Il est bien connu que les noms des jours de la semaine sont liés aux planètes que les Romains leur associaient. Je viens de voir que ce Shiva-Purâna faisait les mêmes associations ! en associant de plus une divinité à chaque jour, du dimanche au samedi : Shiva, Mâyâ, Skanda, Vishnu, Brahmâ, Indra, Yama.

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Les Enfants du paradis à Garnier

2008-10-25 01:52+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Ce soir, c'était la première fois que j'allais à l'Opéra Garnier pour assister à un ballet. J'y étais déjà allé pour un opéra-ballet, mais sans texte chanté, ce n'est pas du tout la même chose. J'ai vraiment adoré ce spectacle, Les Enfants du paradis, création de José Martinez, d'après le scénario de Jacques Prévert du film du même nom de Marcel Carné, qu'à ma grande honte, j'avoue n'avoir pas vu.

Cela avait failli ne pas commencer du tout. Bien que j'eusse prévu une marge d'une demi-heure, mon RER a été tellement retardé que j'ai craint d'arriver en retard. Il a été transformé en omnibus, s'est trouvé bondé et pour couronner le tout, déguisés en lapins, un petit groupe d'imbéciles étudiants faisaient les zouaves. Changement à Châtelet, direction Pyramides. Je n'avais pas le souvenir que l'avenue de l'Opéra fût si longue. J'arrive tout juste à l'entrée de ma quatrième loge de côté (tout en haut) avant que le spectacle commence. En ayant payé 20€, je ne m'attendais pas à avoir une place aussi satisfaisante. Certes, cela donne un peu le vertige, on est un peu serrés, ce n'est pas très confortable, il faudrait prévoir une genouillère pour ne pas se faire mal en se cognant contre le bord. Pour prévenir l'engourdissement des jambes, il n'y a probablement rien à faire. Malgré ce relatif inconfort, bien calé dans mon siège, je voyais la scène et l'orchestre presqu'en entier. Pour voir le coin qui manquait, il me suffisait de me pencher un peu. M'étant installé au tout dernier moment, je n'ai pas sorti mes jumelles d'opéra pour ne pas faire de bruit. Je me suis bien rattrapé au deuxième acte et ai été agréablement surpris des excellentes conditions de vision que cette place offrait. En comparaison, à Bastille, en six- ou septième catégorie, je ne vois pas aussi bien les visages des artistes.

La musique de Marc Olivier Dupin était belle à écouter. Les décors étaient magnifiques, tout en mise en abyme. Les décors étaient des décors, à l'endroit ou à l'envers. La mise en scène du premier acte était époustouflante, il était impossible de se focaliser sur un point de la scène tant il se passait de choses en même temps : funambules, un bal populaire, du théâtre à l'intérieur du théâtre, etc. Ce n'était finalement pas plus mal de voir ce premier acte sans les jumelles. Bien sûr, l'intrigue se noue autour de Garance et de ceux qui la convoitent : Baptiste, Frédérick, le Comte. Le programme comportait un véritable entr'acte, c'est-à-dire non seulement une pause entre les deux actes, mais aussi un mini-spectacle à part entière. Des tracts ont d'ailleurs été jetés du poulailler pour annoncer une représentation d'Othello au Théâtre du grand escalier. Ainsi donc, sur l'escalier de l'Opéra, Desdémone n'en finissait pas d'agonir. Sur la scène du théâtre, une répétition du ballet Robert Macaire se tenait.

Le début du deuxième acte se passe toujours dans l'univers du spectacle, avec donc, la création du ballet Robert Macaire de Frédérick Lemaître, qui en est la vedette. À la fin de cette scène merveilleuse, on ne sait plus très bien si on applaudit Frédérick Lemaître et la Ballerine qui viennent saluer ou bien s'il s'agit de Karl Paquette et Sarah Kora Dayanova qui interprètent leurs rôles. Nous sommes à une autre époque qu'au premier acte. Garance a épousé le Comte pour la protection qu'il lui procure et Baptiste a épousé Nathalie qui lui a donné un enfant. En assistant à un spectacle depuis un des fauteils de l'Opéra (décidément), elle retrouve Baptiste, déguisé en Pierrot, faisant un numéro de pantomime, dont le thème se rapproche curieusement du niveau méta de moins. Il n'a pas d'argent pour acheter un costume au 'chand d'habits, il le poignarde. Quand il débarque au bal du Comte, il porte le costume que son personnage a volé. Garance retombe sous son charme. Le Comte est assassiné par un homme qu'il a humilié. Garance et Baptiste pourraient s'aimer, mais ils sont surpris par un chiffonnier qui est accompagné de Nathalie. Se sentant de trop, Garance part pour ne jamais revenir.

Voilà, c'est superbe, et ça se joue jusqu'au 8 novembre.

Ailleurs : l'avis de Palpatine.

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Pitié !

2008-10-24 01:48+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Une des qualités du Théâtre de la Ville est de proposer des prix très modérés, de sorte que l'on en a toujours pour son argent, que le spectacle plaise ou non. Pour 12€, j'aurai donc eu le privilège d'assister depuis le premier rang à un spectacle qui fait davantage rire que pleurer, mais vu le thème censément abordé, ce n'est pas un compliment.

C'est la troisième fois que j'assiste à un spectacle mettant en scène des œuvres de Bach. Ce spectacle était de loin le moins inspiré des trois. La musique de Fabrizio Cassol reprend, déforme et massacre la musique de la Passion selon saint Mathieu de J. S. Bach. Elle est interprétée par un groupe de huit musiciens situés en hauteur en arrière-scène, au cœur du décor Ikea. Le chant est assuré par la soprano Laura Claycomb (que j'avais déjà vue dans le rôle de Gilda), la mezzo-soprano Maribeth Diggle et l'étonnant contre-ténor Serge Kakudji. Des airs, des choraux et mêmes quelques récitatifs se succèdent. Certains sont adaptés de façon non grotesque, mais d'autres sont complètement dénaturés, comme Können Tränen meiner Wangen ou Mache dich, mein Herze, rein. Le plus vilain massacre est celui du chœur final Wir setzen uns mit Tränen nieder. Il est correctement interprété par l'ensemble jazz Aka Moon, mais au moment où s'attend à entendre le chant débutant de belles voix, on entend les dix danseurs gémir de grotesques onomatopées.

Les trois chanteurs ont des costumes noirs, sauf Serge Kakudji qui a un sweat à l'effigie d'un Jésus pourvu de marques sectaires vishnouïstes. Des pansements sur ses mains et pieds semblent figurer les stigmates de la crucifixion. La répartition des voix n'est pas très cohérente puisqu'on a entendu la mezzo-soprano chanter des phrases en principe chantées par Jésus.

Les dix danseurs forment un groupe étonnant. Certains passages sont assez impressionnants, comme le premier solo de type hip-hop. Les corps sont pincés, contorsionnés, s'utilisent les uns les autres de façon bien curieuse, jouissent, se font mal. Ce n'est pas désagréable, mais tout cela n'a pas fichtrement rapport avec l'histoire qu'ils sont réputés illustrer. En outre, je ne vois pas trop l'intérêt de céder à la trivialité qui consiste à faire voir le séant des danseurs.

Un vers de la Bible à été mis en scène de façon indiscutablement spectaculaire :

Matthieu 27:51 : Alors le voile du sanctuaire se déchira en deux, d'en haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent.

En effet, Laura Claycomb a empoigné une grande hache et en a frappé une table. Au moment précis de l'impact, plusieurs rangées de lumières se sont mises à bouger dangereusement au plafond.

Voilà, c'était Pitié ! d'Alain Platel. Ne pas y aller si on aime trop la musique de Bach pour la voir souffrir ; de toute façon, c'est déjà complet...

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Armide au TCE

2008-10-14 21:12+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Dimanche dernier, j'étais au Théâtre des Champs-Élysées pour une représentation d'Armide, opéra en un prologue et cinq actes de Lully.

Le prologue, panégyrique de Louis XIV et annonce du thème de l'opéra, est interprété par William Christie et les Arts florissants pendant que les choristes déguisés en touristes envahissent la salle par diverses portes. La scène ressemble à l'entrée d'une exposition. On annonce Prochaine visite à 17h. La Gloire et la Sagesse (Claire Debono et Isabelle Druet) entrent sur scène en guides touristiques munies de baguettes et de télécommande pour vidéoprojecteur pour faire défiler des images du Roi-Soleil sur la grande toile située au milieu de la scène. On voit un film d'un groupe de touristes à Versailles, écoutant dans un premier temps sagement leur guide, puis se mettant à danser en entrant dans la galerie des Glaces. Ce prologue joyeusement animé par écran interposé par les danseurs du Centre chorégraphique national de Grenoble (groupe Émile Dubois) et par nos deux guides et les choristes installés dans la salle me fait me demander si j'ai bien lu le programme : cela ne ressemble guère à du Robert Carsen.

Quand le premier acte commence, je retrouve une mise en scène et des décors d'un style plus familier. Un joli fondu enchaîné entre la fin du film projeté et la première scène où Armide, Stéphanie d'Oustrac, se réveille dans un lit à baldaquin. On vante les victoires de la magicienne sur les croisés, mais un guerrier, Renaud (Paul Agnew), lui résiste, il vient d'ailleurs de libérer les prisonniers. Elle promet de se venger.

Au deuxième acte, Armide et son oncle Hidraot convoquent des charmes pour enchanter Renaud. Des nymphes vêtues en rouge et portant des fleurs entourent Renaud qui s'assoupit au milieu de la scène, couverte de fleurs. Par le pouvoir des machinistes, il se trouve surélevé de quelques dizaines de centimètres. Armide arrive avec un poignard pour le tuer, commence l'air Enfin, il est en ma puissance. Quand elle le voit, elle en tombe amoureuse et renonce à le tuer.

Entr'acte. Armide ne pense pas être aimée de Renaud. Elle croit ne pouvoir le divertir de ce sentiment que par magie. Elle convoque la Haine (Laurent Naouri) pour se défaire de son amour pour lui. La Haine et sa suite, vêtus de rouge, interviennent. Au dernier moment, Armide renonce aux pouvoirs de la Haine et prend refuge dans l'Amour. Les membres de la suite de la Haine embrassent goulûment l'héroïne.

Le quatrième acte est très curieux. Ubalde et le Chevalier danois sont chacun à son tour perturbés dans leur recherche de Renaud par l'apparition d'une nymphe enjôleuse. Pendant que l'un est charmé, l'autre utilise une arme magique pour défaire la nymphe de son pouvoir charmeur.

Au dernier acte, Armide et Renaud sont devenus amants. Armide craint que Renaud ne lui préfère la Gloire et le laisse sous le charme des plaisirs. Les deux compères du quatrièmes actes retrouvent Renaud et le libèrent du pouvoir d'Armide. Renaud s'habille (en rouge) et répond à l'appel de la guerre. Armide revient (en gris) et le maudit.

Si j'ai toujours un peu de mal avec les opéras baroques en français, j'ai passé un bon moment. J'ai revu avec plaisir Paul Agnew et Laurent Naouri. Après vérifications dans mes archives, si j'avais déjà entendu Stéphanie d'Oustrac dans plusieurs rôles secondaires d'Alceste (en version oratorio), je ne l'avais jamais vue dans un rôle principal. J'ai particulièrement apprécié son jeu et son chant dans l'air final du deuxième acte.

La dernière est samedi prochain. Elle sera diffusée en direct sur France Musique.

En rentrant, mon RER B est bloqué à Laplace en raison d'un accident grave de voyageur (en clair : un suicide). Je continue à pieds. Trois stations plus loin, à Bourg-la-Reine, je trouve un RER pour Massy-Palaiseau, puis un autre pour Orsay.

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Intégrale Brilliant de Mozart

2008-10-09 23:05+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je viens enfin de finir d'écouter mon intégrale Brilliant de Wolfgang Amadeus Mozart. Il m'aura fallu 1074 jours pour cela, c'est-à-dire un peu moins de trois ans. Voici le graphique de ma lente progression (le nombre de jours depuis l'acquisition en abscisse et en ordonnée le pourcentage écouté à cette date) :

[Progression de mon écoute de l'intégrale Brilliant de Mozart]

Je l'ai écoutée essentiellement dans l'ordre chronologique de composition, à savoir dans l'ordre du catalogue Köchel. Ce qui m'a beaucoup ralenti, voire bloqué, surtout au début, étaient les opéras, franchement pas très intéressants. J'ai un peu accéléré le rythme d'écoute il y a un an, et il y a quelques semaines, pressé d'arriver au bout, je me suis presque infligé une sorte d'anti-traitement Ludovico. À partir des Noces de Figaro, les opéras de Mozart deviennent tout à fait supportables à mon goût ; j'ai hâte de voir une représentation de La Flûte enchantée.

Comme je le disais il y a trois ans, je n'ai pas acheté cette intégrale par goût. J'avais juste envie de connaître un peu mieux ce compositeur. J'estimais alors qu'il était moins ruineux d'acheter l'intégrale qui venait de sortir que d'acheter isolément tels ou tels symphonies, concertos ou opéras. À la fin de cette écoute, je suis toujours très loin de considérer Mozart comme un de mes compositeurs préférés.

J'ai encore en réserve une bonne quarantaine d'heures de CD non écoutés, parmi lesquels quelques opéras et oratorios :

Il paraît que je suis discolique.

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Hémisphères ouest-est

2008-10-09 16:02+0200 (Orsay) — Culture

J'apprends aujourd'hui qu'un écrivain français, J.-M. G. Le Clézio, est lauréat du Prix Nobel de littérature. Diverses sources mentionnent que ses œuvres comprennent des traductions de mythologie indienne. Encore faudrait-il préciser très clairement qu'il s'agit-là des Indes occidentales ou des Amérindes ! d'autant plus que les références aux Indes orientales ne sont pas exemptes dans son œuvre, d'après les commentaires que je lis sur son roman La Quarantaine.

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Deux concerts à Pleyel

2008-10-02 22:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Mardi soir, j'étais salle Pleyel pour le concert de l'Orchestre des Champs-Élysées, dirigé par Philippe Herreweghe. Jusques alors, je le connaissais surtout comme le chef du Collegium Vocale Gent pour avoir assisté à quelques concerts où des cantates de Bach étaient au programme. D'après Wikipédia, le répertoire de l'Orchestre des Champs-Élysées va de Haydn à Mahler. Justement, mardi, les deux premières œuvres au programme étaient de Haydn. Je ne connaissais pas du tout ce compositeur, si ce n'est que j'avais vaguement entendu dire qu'il avait inspiré Mozart. Je découvris la symphonie La Surprise et le concerto pour violoncelle en ut majeur et fut très étonné qu'ils me plussent autant. Avant l'entr'acte, le violoncelliste Jean-Guilhen Queyras nous a gratifiés de la Sarabande de la deuxième suite de Bach. La troisième symphonie de Beethoven constituait la deuxième partie du programme. Parmi toutes les symphonies de Beethoven, la troisième est de très loin celle que j'ai écoutée le plus souvent. Certains diront que c'est de la musique militaire, mais c'est quand même très beau.

Hier, je suis retourné dans cette salle pour un récital de June Anderson. Un rhume naissant m'a un peu angoissé : mes voies respiratoires seraient-elles suffisamment fonctionnelles pour éviter aux autres spectateurs de devoir souffrir le fait que je tousse pendant les airs ? Le rhume a repris de plus belle depuis, mais pendant le concert, je n'ai pas eu de souci de ce côté-là.

La soprano était accompagnée de l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine, dirigé par Paolo Olmi. Au cours du concert, plusieurs œuvres orchestrales issues d'opéras ont été jouées : l'Ouverture du Voyage à Reims de Rossini, le Sinfonia de Norma de Bellini et l'étonnante musique de danse des Vêpres siciliennes de Verdi. La part restant pour le chant de la soprano n'était pas aussi importante que je l'eusse souhaité. Heureusement, ce fut quand même plus long que ce que le programme indiquait : le concert a fini trois quarts d'heure après les 21h30 annoncées. June Anderson a donc interprété des airs de Semiramide (Rossini) que je ne connaissais pas, puis l'air très connu Casta diva de Norma. Elle est revenue pour les deux airs finaux de La sonnambula de Bellini. J'affectionne tout particulièrement l'air final Ah, non giunge uman penseiro. Cet opéra présente la caractère inhabituel de se bien finir. Amina se réjouit de ce qui lui arrive. La soprano chante les deux strophes normalement, puis recommence en insérant des ornementations tout à fait charmantes. Après l'entr'acte, June Anderson a chanté quelques airs d'Otello (Verdi) et d'Anna Bolena que je n'avais jamais entendus. Bien sûr, elle a été ovationnée tout au long du récital et a interprété un air supplémentaire (que je n'ai pas identifié).

C'était la première fois que j'allais à un tel récital. Si June Anderson est évidemment sur le déclin, vu son âge, elle semblait parfaitement maîtriser son art et susciter l'émotion de ces airs d'opéra. Si ce n'était pas à tomber par terre, c'était malgré tout très bien.

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Vingt-quatre heures du râga

2008-09-28 23:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Je reviens des vingt-quatre heures du râga, qui ont commencé hier à 18h. Ce programme audacieux de la Cité de la musique était divisé en deux parties : Nuit, Jour. Sur les neuf spectacles présentés dans chacune des deux parties, sept étaient communs, je n'ai donc pas jugé utile de suivre les deux programmes !

Je me suis donc levé à une heure invraisemblable pour arriver un peu avant 7h à la Cité de la Musique, porte de Pantin, où j'allais pour la première fois. Les alentours de la salle des concerts sont sobrement décorés à l'indienne. J'hallucine un peu en voyant passer devant moi un marchand ambulant de CD ayant quelques difficultés d'expression, ou comment donner aussitôt l'illusion que l'on se trouve sur un autre continent ; en fait, il s'agit d'un musicien d'un groupe rajasthani qui va se produire. Le contrôle est très moderne : l'ouvreur passe un lecteur de codes-barres sur le billet. Évidemment, mon billet fait bugger le système. On n'arrête pas le progrès.

Entre la scène et la première rangée de fauteuils sont disposés des tapis sur lesquels les plus audacieux s'asseyent. Si j'avais su, j'eusse apporté un coussin. Victime du grand ordinateur Shadok, je dois m'installer au deuxième rang. Vu la taille de la salle, dans les configurations usuelles, je suppose qu'à peu près toutes les places doivent être correctes (à moins d'avoir un basketteur devant soi). Les sièges sont très confortables, en tout cas, bien plus que dans un certain nombre d'autres salles parisiennes.

Les groupes se succèdent : musique rituelle des temples (nadaswaram et tavil), ensemble rythmique, danse mohiniattam du Kerala, flûte bansuri, chant carnatique, chant du Rajasthan, chant khyal et thumri, danse kathak de Jaipur, chant dhrupad. Le programme est très chargé : dix heures de spectacles, deux pauses d'un quart d'heure. La première pause d'un quart d'heure a d'ailleurs été quasi-absorbée par le retard accumulé dans la matinée. J'avais à peine fini mon plateau de samosas et mon lassi quand le spectacle suivant commença.

Ne connaissant pas très bien la musique classique indienne, j'appréhendais un peu cette journée, par peur de m'ennuyer. Dans l'ensemble, tout cela était très écoutable. J'ai découvert deux autres styles de danse : le mohiniattam et le kathak. J'avais déjà entr'aperçu un peu de kathak à Allahabad, mais cela ne compte pas. Le mohiniattam semble avoir quelques similitudes avec le bharata-natyam, un autre style de danse du Sud de l'Inde, mais paraît un peu moins compliqué et d'exécution moins rapide. La première différence que j'ai remarquée avec le kathak, c'est que dans cette dernière danse, les danseurs font beaucoup de pirouettes. L'ensemble des danseurs kathak comportait deux danseuses (d'âges très différents) et un jeune danseur. Le peu de cohésion entre les danseurs, leurs manières d'entrer et sortir de scène (ou plutôt de n'en pas sortir quand il conviendrait) ne faisait pas très pro (contrairement aux sept spectacles qui avaient précédé). Ensuite, est venu un entr'acte musical qui s'est achevé par le son de grelots de cheville approchant. Dans leur nouveau costume, les trois danseurs ont présenté une deuxième partie de spectacle bien plus enthousiasmante que la première.

Je n'ai pas encore fait toute la lumière sur le mystère du tampura. Le son de cet instrument est très important dans la musique classique indienne, pourtant, on ne le voit pas si souvent en scène. Il s'agit d'un instrument à cordes. Chacune des cordes est librement actionnée à tour de rôle, ce qui produit un son métallique fluctuant continûment de façon curieuse. Si on faisait la même chose avec un violon, on entendrait quatre notes qui se suivent. Là, toutes les notes se mélangent... Les instrumentistes de tampura joueront la même suite de notes pendant de longues dizaines de minutes consécutives et auront tendance à s'ennuyer ferme. Certains ont eu l'idée de les remplacer par des machines : de fait, beaucoup d'ensembles utilisent un objet électronique qui ressemble de loin à un vieux transistor. Il permet de synthétiser les combinaisons dont ils ont besoin. Ce matin, le joueur de bansuri n'a pas utilisé une de ces machines, mais son ordinateur portable pour ce faire. S'excusant de ce qu'il soit difficile de transporter des tampura, il a utilisé un enregistrement de cet instrument (en insistant pour dire que c'est du real sound). Le dernier ensemble de la journée comprenait deux joueurs de tampura, et pourtant, le leader a utilisé au début une machine, semble-t-il pour accorder les instruments, mais il me semble qu'il ne l'a jamais éteinte, bizarre.

Dans l'ensemble, les spectacles étaient bons voire très bons. Un d'entre eux m'a semblé excellent. C'était celui de Sudha Ragunathan, qui était accompagnée d'un violon, d'un mridangam (percussion) et d'un morsing (guimbarde). Avant chaque pièce, elle a fait l'effort d'expliquer sa structure et le sens du texte (ce n'était pas le cas par exemple du groupe de chanteurs du Rajasthan, je n'ai pas le début du commencement d'une idée sur ce que signifiaient leurs chansons). Plutôt que d'essayer de décrire de la musique carnatique de Sudha Rahunathan, je renvoie à YouTube.

Vers 17h, il ne restait plus qu'un seul spectacle d'une heure. Je me disais que j'y étais presque, qu'il ne restait plus qu'une heure. La mise en place du dernier ensemble (chant dhrupad) a pris pas mal de temps. Les maestros ont mis un temps fou à accorder les deux tampuras. Une gorgée de thé. Ensuite, ils ont eu un petit problème technique. Nouvelle gorgée de thé. Le machiniste intervient. Gorgée de thé. Pendant ce temps-là, le public cache son impatience. Il ne sait peut-être pas encore que ce dernier spectacle est le plus exigeant et austère de tous et que pour tenir jusqu'au bout, il faudra faire des efforts. Pendant plus de trois quarts d'heure, les deux chanteurs ne sont accompagnés que par le son des tampuras. Le chant évolue tout doucement, quand on croit que l'on va avancer un petit peu, non, on revient en arrière, une petite gorgée de thé au passage (il doit être froid maintenant, mais est-ce bien du thé ?). Tiens, le joueur de pakhawaj (percussion) se dégourdit les doigts, jouera, jouera pas ? allez encore dix minutes à attendre. Je commence franchement à m'ennuyer et à la fin de chaque phrase musicale désespère de constater que ce n'est pas une fin. Ce n'est pas que ce soit désagréable à entendre, non, mais c'est juste trop long pour moi. 18h25, le groupe a très largement dépassé son temps. Applaudissements du public qui a réussi à tenir jusqu'au bout. Applaudissements un tout petit peu trop enthousiastes, parce que, profitant de ce que nous sommes arrivés à la fin du programme, le groupe a le champ libre pour sacrifier à la tradition des rappels. Quand j'ai vu que les tampuras en étaient à se faire réaccorder (ce qui prendrait bien cinq minutes par instrument), j'ai lâchement fui.

PS: (2 octobre) Les vingt-quatre heures du râga ont été diffusées en direct sur Internet. Je viens de recevoir un mail de la Cité de la Musique m'informant que l'on peut revisionner ce programme en intégralité jusqu'au 30 octobre. Apparemment, il faudrait un système d'exploitation de la firme de Redmond pour ce faire, mais c'est assez facilement circumambulable... Enjoy!

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Prix Biblioblog

2008-06-29 12:50+0200 (Orsay) — Culture — Lectures

Prix Biblioblog

Le Prix Biblioblog du roman, auquel je participe, vient d'être décerné à Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary, de Philippe Doumenc.

Le moins que l'on puisse dire est que la compétition a été très serrée !

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Deux Verdi

2008-06-28 02:59+0200 (Orsay) — Culture — Opéra

Cette semaine, j'ai vu deux opéras de Verdi. Jeudi soir, Don Carlo à l'Opéra Bastille. Vendredi, Falstaff au Théâtre des Champs-Élysées.

Don Carlo était bien, mais globalement pas très enthousiasmant. Falstaff, le dernier opéra que Verdi a fini, est un opéra très différent de Don Carlo, et de tous ses autres opéras que j'aie vus ou entendus. Tout d'abord, il ne commence pas par une ouverture. On entre aussitôt dans l'histoire, qui est une comédie. Le très bedonnant Falstaff envoie deux lettres d'amour identiques à Alice Ford et à Meg Page. Celles-ci s'en aperçoivent et décident de rire à ses dépens. Monsieur Ford manigance aussi quelque chose (quoique l'opération soit d'un intérêt douteux, au moins pécunièrement : il donne incognito une valise de billets à Falstaff pour séduire sa femme). Alice Ford met en scène la venue de Falstaff chez elle. Quand son mari débarque fou de rage pour massacrer l'intrus, on le cache dans un panier à linge. On finit par le jeter dans la Tamise par la fenêtre. L'opéra pourrait presque se terminer sur ce plouf final. Dans le troisième acte, on va encore se moquer un peu de Falstaff, mais il ne sera plus le seul à en recevoir les éclaboussures. Depuis le premier acte, on avait découvert la romance entre Nanetta, la fille des Ford, et Fenton, mais Ford veut la marier avec le pédant Dr Cajus. Au cours de la cérémonie nocturne du troisième acte, Ford va célébrer simultanément deux mariages : Dr Cajus avec la reine des fées (il s'agit en fait d'un partisan de Falstaff déguisé) et, rendus méconnaissables par leurs déguisements, Nanetta et Fenton.

Les raisons qui m'avaient poussé à inscrire cet opéra à mon abonnement étaient la présence d'Anna Caterina Antonacci (Alice Ford) et le fait qu'il s'agisse d'un opéra de Verdi. Comme toujours, j'ai aimé son chant et son jeu. Parmi les autres interprètes féminins, Caitlin Hulcup (Meg Page) était assez en retrait. J'ai été plutôt agréablement surpris par Marie-Nicole Lemieux (Mrs Quickly ; elle avait le bras en écharpe suite à une chute pendant les répétitions). Il y a un ou deux ans, le mensuel Cadences m'avait offert son disque L'heure exquise : je l'avais trouvé d'un ennui profond. Dans le rôle de Nanetta, Amel Brahim-Djelloul était très bien. Falstaff était interprété par l'impressionnant Alessandro Corbelli, que j'avais vu en DVD dans le rôle de Sulpice (La fille du régiment). J'ai pu apprécier à nouveau Ludovic Tézier (Ford) et entendre Francesco Meli (Fenton) dans le très bel air Dal labbro il canto estasiato vola.

Dans cet opéra, les personnages entrent et sortent de scène très rapidement, et on voit beaucoup de dialogues (mettant en relation parfois beaucoup de personnages), ce qui donne un résultat très vivant (tout particulièrement quand les quatre personnages féminins sont réunis), sans temps mort. La dernière partie du troisième acte est incroyable. Bien qu'elle l'ait fait jeter dans la Tamise, Mrs Quickly a réussi à faire croire à Falstaff qu'Alice Ford l'aime et qu'elle lui donne rendez-vous près du chêne de Herne, théâtre de la légende du Chasseur Noir, pourvu de cornes. À minuit, Falstaff est au lieu dit, déguisé comme on lui a demandé de le faire... Tous les autres vont concourir à sa mystification. L'idée est de lui faire croire que des créatures célestes réprouvent sa conduite. Elles l'intimident, le maltraitent physiquement et le forcent à se repentir. Cela commence par la mouvante apparition de la reine des fées (Nanetta), qui se balance sur une balançoire à la verticale de Falstaff ; après Natalie Dessay (Lucia di Lammermoor) et Sylvie Brunet (Padmâvatî), c'est la troisième chanteuse que je vois utiliser cet accessoire dans un opéra. Les fées vont bientôt céder la place à des créatures plus maléfiques, avançant masquées. La mise en scène de ce passage est extrêmement bien réussie ; le fond lumineux représentant un arbre peint en style impressionniste était un très seyant élément de décor. Le pauvre Falstaff en voit vraiment de toutes les couleurs. Dans la cohue, le masque de Bardolfo, un de ses partisans putatifs, tombe. Les créatures qui le tourmentent n'avaient donc rien de céleste. Vient le temps de la célébration des noces de Nanetta et du Dr Cajus, se dit Ford. Comme indiqué plus haut, il est trompé à son tour par les femmes. On se dispute un peu pour savoir qui a gagné et qui a perdu, et finalement, on se réconcilie.

Avec cette histoire et cette belle musique, il y avait de quoi faire un spectacle enthousiasmant. À mon avis, c'est une réussite, autant par la mise en scène que par les voix.

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Faire joujou avec les alphabets

2008-06-23 10:20+0200 (Orsay) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde V — Photographies

Hier, j'ai acheté un petit cahier à spirales pour prendre diverses notes lors de mon prochain voyage en Inde. Pour favoriser mes chances de monter facilement dans le bon bus ou le bon train sans trop avoir à faire de signes de mains et de hochements de tête, j'y note dans les alphabets locaux la liste des villes que j'envisage de visiter :

Nom de villes indiennes

Kolkata