Weblog de Joël Riou

« Une Flûte Enchantée aux Bouffes du Nord | Mathis der Maler à Bastille »

Parzival à Garnier

2010-11-13 01:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-11-12

John Adams, Arvo Pärt, Richard Wagner, musiques

John Neumeier, chorégraphie, mise en scène, costumes et lumières

Peter Schmidt, décors

Edvin Revazov, Parzival

Joëlle Boulogne, Herzeleide, sa mère

Dario Franconi, Gabmuret, son père

Carsten Jung, Le Roi pécheur

Hélène Bouchet, Orgeluse, la jeune femme charmante

Anna Laudere, La Femme qui ne rit jamais

Aleix Martinez, L'Hermite

Kiran West, Ither, le chevalier Vermeil

Ivan Urban, Gornemans de Gorbaut

Thiago Bordin, Gawain, un chevalier

Alexandr Trusch, Bohort, un chevalier

Yohan Stegli, Lionel, un chevalier

Ballet de Hamburg

Parzival : Épisodes et Écho, d'après Chrétien de Troyes et Wolfram von Eschenbach

Non, ce n'est pas une coquille, cela s'écrit bien Parzival avec un z et non un s comme dans le titre de l'opéra de Wagner. C'est qu'au Palais Garnier, on joue depuis ce soir Parzival : Épisodes et Écho de John Neumeier, dont je n'avais que modérément aimé La Dame aux camélias. Comme j'avais décidé d'aller voir toute la saison de danse comme l'année dernière, j'avais inclus ce ballet comme toutes les autres à mon abonnement à l'Opéra.

Les danseurs sont ceux du Ballet de Hambourg que dirige Neumeier (fondée en 1678, cette compagnie n'est cadette de celle de l'Opéra que d'une neuvaine d'années !). Le rideau en trompe-l'œil traditionnel est remplacé par un autre sur lequel est projeté une animation physico-mathématique qui représente des mouvements gyroscopiques (mot savant pour parler de toupies). Je m'installe à ma troisième loge #4, place une. Un vieil homme est assis à côté de moi. Sa manifestement peu flexible colonne vertébrale l'empêchant de se pencher en avant, il doit voir à peu près un tiers de la scène et rater les mouvements des danseurs principaux. Il s'est endormi, n'a heureusement pas ronflé, et il est parti à l'entr'acte. J'ai donc eu une grande loge pour moi tout seul...

Le seul ballet que j'aie vu qui soit un peu comparable était Siddharta de Preljocaj. La démesure de la scénographie et de l'espace de l'Opéra Bastille était écrasante. Ici, les impressions fortes, les très belles images, si elles utilisent une grande partie de la profondeur de scène disponible, utilisent des décors beaucoup moins lourds. Les costumes sont très intéressants aussi. Celui de la mère de Parzival (Joëlle Boulogne) est très spécial. À la base, c'est une sorte de sari monochrome très fin. Mais, il peut se nouer de toutes sortes de manières. Elle peut le laisser traîner autour d'elle. Elle peut l'enrouler comme un sari. Elle se le mettre sur le visage pour en faire un masque. Ce qui m'impressionne le plus, c'est qu'avec tous les mouvements que la danseuse doit faire, il ne finisse pas déchiré de partout.

Ne connaissant rien de l'histoire de Parzival et n'ayant pas eu le temps de lire tout le programme avant que le spectacle commence, j'ai été un peu surpris par le début où on voit paraître le jeune Parzival (Edvin Revazov) habillé en fille (je me suis demandé pendant cinq bonnes minutes à quel genre appartenait le danseur !). Comme l'indique le titre de la première partie, on voit plusieurs épisodes de sa vie : sa relation avec sa mère, sa rencontre avec des chevaliers, des combats, son initiation, ses histoires avec les femmes, une rencontre avec un homme dans un bateau. Dans la deuxième partie, on le voit notamment regarder trois gouttes de sang (représentées par trois danseuses toutes de rouge vêtues, exception faite d'un chapeau pointu à la Merlin), rencontrer un homme apparemment démuni qui prie. La fin est un retour sur le passé.

Les images qui surgissent de ce ballet sont magnifiques. L'esthétique est très différente de celle de La Dame aux camélias ! La scène est essentiellement vide, sombre, mais magnifiquement éclairée. Dans le fond, on aperçoit parfois un sobre décor. La chorégraphie fait beaucoup appel aux qualités athlétiques des danseurs. On voit ainsi plusieurs mouvements d'ensembles très rapides. Les mouvements des solistes comportent de très nombreux portés : des couples de danseurs (censés représenter des oiseaux ?) font des diagonales sans que ces aériennes demoiselles ne touchent le sol... ou si peu. On voit aussi parfois des personnages marcher sur le corps d'autres danseurs. Le corps allongé de la mère roulera sur des corps transformés en troncs d'arbres. Quelques passages quasi-immobiles sont très saisissants aussi, comme au début de la deuxième partie. Quelques solistes comme ceux qui dansent les rôles de Parzival, sa mère ou encore le Roi pêcheur (Carsten Jung) m'ont tout particulièrement fait bonne impression.

Une dernière raison d'apprécier ce spectacle réside dans la musique (enregistrée). Elle fait appel à trois compositeurs : Wagner, Pärt, Adams. Je ne connaissais les deux derniers que de nom. Si Für Alina pour piano d'Arvo Pärt m'a laissé indifférent, j'ai été très enthousiasmé par la musique de John Adams. Je pense que je vais me procurer un enregistrement de Harmonielehre (j'ai un peu moins aimé The Wound-Dresser pour baryton et orchestre). Je m'aperçois avec joie que dans mon abonnement à Pleyel, il y a un concert dirigé par Gustavo Dudamel avec une de ses œuvres au programme. Peut-être ferai-je quelque détour par la Cité de la Musique pour entendre davantage d'œuvres de ce compositeur...

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Commentaires

1. 2010-11-13 08:48+0100 (Geneviève)

J'y vais demain ! merci pour la préparation ! écoute la musique de John Adams c'est bien !!!! il fait de la musique de film également.

2. 2010-11-19 16:24+0100 (mimylasouris)

Tiens, je ne suis pas la seule à avoir pensé à Siddharta...

Ta description de la tenue de la mère comme d'un sari m'a fait sourire, on retrouve bien là ton goût pour l'Inde. Pas mieux de mon côté, un vague souvenir de mes cours de latin m'a orientée du côté de l'antiquité gréco-romaine et la comparaison est devenue une toge de vestale ^^


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