Weblog de Joël Riou

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Sudharma Vaithiyanathan à la Music Academy

2015-08-24 22:50+0530 (पुणे) — Culture — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XIV

The Music Academy, Kasturi Srinivasan Hall, Chennai — 2015-08-10

Sudharma Vaithiyanathan, bharatanatyam

Sri. A. Lakshmanaswamy, nattuvangam, chorégraphies

Sri. K. Hariprasad, chant

Sri. Nellai D. Kannan, mridangam

Sri. Easwar Ramakrishnan, violon

Sri. ?, flûte

Invocation de Ganesh

Alarippu (Tisra Triputa), composé par Muthuswami Pillai

Sangeetha Devathe (Adi Tala, Raga Malavagowla), composé par Ambujam Krishna

Sabdam (Misra Chapu Tala, Raga Kambhoji), Tanjore Quartet

Varnam “Sami Ninnekori” (Rupaka Tala, Ragamalika), composé par Ponniah Pillai (Tanjore Quartet)

Padam “Yedukittanai Modi” (Rupaka Tala, Raga Suruti), composé par Marimutha Pillai

Javali “Itu Sahasamulu” (Adi Tala, Raga Saindhavi), composé par Swathi Tirunal

Thillana (Adi Tala, Raga Kamas), composé par Patnam Subramanya Iyer

Pendant mon séjour à Chennai, j'ai assisté presque tous les soirs à des récitals de bharatanatyam, notamment six représentations du festival Spirit of Youth organisé dans la petite salle de la Music Academy. De jeunes danseuses (20-25 ans environ) s'y sont produites. Les danseuses ont toutes un bon niveau, mais parmi les six que j'ai vues, trois danseuses se sont particulièrement distinguées à mon avis : Sneha Narayan, Radhe Jaggi et Sudharma Vaithiyanathan. Le récital de cette dernière m'a semblé absolument exceptionnel à tous points de vue. On atteint des sommets rarement observés lors de récitals de danseuses plus expérimentées.

Dans la série de représentations à laquelle j'ai assisté à la Music Academy, ce récital est le seul qui ait commencé par la traditionnelle invocation chantée de Ganesh, le fils d'Uma, magnifiquement chanté sous la forme d'un Shloka par K. Hariprasad (qui par la suite n'a malheureusement pas chanté d'Alap comme il l'avait fait en octobre dernier au Musée Guimet). L'accompagnement musical sera d'excellente qualité lors de ce récital.

Après son Namaskar, la danseuse a interprété un Alarippu composé par Muthuswami Pillai. Cette composition est en Tishra Triputa Tala (j'en ai demandé la confirmation à son fils Selvam), mais la façon dont les bols sont prononcés entretiennent une ambiguité. En l'entendant, on a du mal à savoir si c'est Tishra Triputa ou Misra Chapu (les deux talas ayant la même structure en 7=3+2+2, mais à des vitesses différentes), la composition étant ainsi faite que l'on peut clapper l'un ou l'autre des deux talas sans éprouver de sentiment d'instabilité rythmique. Lors de ce récital, les chorégraphies seront toutes du Guru A. Lakshmanaswamy. Je les ai trouvées particulièrement musicales, sans la complexité rythmique excessive que l'on observe parfois. Cet Alarippu reprend essentiellement la chorégraphie traditionnelle des Alarippu, avec quelques petits ajouts, dont un m'a semblé être un emprunt ou une référence au style de Muthuswami Pillai et de son fils Selvam : une façon de découper l'espace en utilisant le mudra Tripataka.

L'Alarippu s'enchaîne avec Sangeetha Devathe, une composition de la défunte Ambujam Krishna à laquelle le festival est dédié : tous les récitals comportent une de ses compositions. La danseuse fait preuve d'une suprême élégance dans son évocation de Sarasvati, qui porte la vîna et dont le son est exquis. La chorégraphie évoque aussi Brahma et Vishnu-Narayana couché sur l'océan cosmique.

La pièce suivante est un Shabdam, ce qui est tout à fait exceptionnel. J'ai assisté à une centaine de récitals de bharatanatyam, mais ce n'est semble-t-il que la deuxième fois que je vois un Shabdam dans ce style. Ce type de pièces a pour ainsi dire disparu du répertoire et c'est bien malheureux... La pièce comporte une alternance entre passages expressifs et passages de danse pure qui sont accompagnées par des onomatopées chantées. La chorégraphie est extrêmement musicale : elle suit fidèlement la structure du cycle rythmique Misra Chapu. Atteinte par les flèches florales de Kama, l'héroïne cherche l'union avec celui qui a des yeux de lotus, mais dès qu'elle a l'impression de s'en approcher, celui dont je n'ai pas deviné l'identité disparaît...

La pièce principale du programme m'a semblée merveilleuse. Ce Varnam est dû à Adi Ponniah Pillai (Thanjavur Quartet). De forme extrêmement traditionnelle, il est quasi-intégralement conçu autour du parcours de l'héroïne jusqu'au sanctuaire de Brihadishwarar (temple de Thanjavur). Il est très rare que je sois ému par ce type de Varnam (cf. cet autre billet), mais l'interprétation de la danseuse m'a paru tout simplement extraordinaire. L'héroïne s'émerveille en pensant au lingam de Shiva, celui qui porte le feu et une antilope. Il porte aussi le tambour Damaru. La Lune et le Soleil sont ses yeux. Elle cherche l'union avec lui. L'attend-elle toute la nuit ? La lumière du Soleil semble faire éclore les fleurs. Plus loin, dans la forêt ou au bord de la rivière, la nature s'épanouit. L'héroïne fait ses prières et se dirige vers Thanjavur, la ville où réside Brihadishwarar. Elle est émue en envoyant le grand temple. Elle entre dans son enceinte, voit le buffle Nandi qui se tient près de la porte. Arrivée devant la porte, elle l'ouvre prudemment et s'émerveille irrésistiblement devant la grandeur du lingam de Shiva auquel elle offre des fleurs. Toute cette scène m'a semblée d'une intensité émotionelle rare. La danseuse n'effectue pas de grands gestes, mais elle semble à 100% dans son rôle qu'elle incarne avec finesse mais sans affectation. On oublie complètement qu'elle est une scène de spectacle. C'est comme si on se trouvait à Thanjavur... L'héroine veut ensuite séduire ce Brihadishwarar, elle semble dire : Toi qui monte Nandi, vient à moi.. Dans cette première grande partie du Varnam, les passages narratifs ont alterné avec des passages de danse pure (jatis) magnifiquement chorégraphiés et superbement interprétés. Avant chaque jati, la danseuse semble tracer un losange au sol, ce que je n'avais vu faire jusqu'à présent que par des disciples de Master Selvam, fils de Muthuswamy Pillai. Le style de danse pure présente des points communs avec le style de ce dernier, notamment l'usage d'adavus n'utilisant qu'une seule main. J'ai aussi apprécié le fait d'exécuter une pirouette à la toute fin des jatis. La danseuse décale sa tête sur les côtés (attamis) de la plus élégante des façons qu'il m'ait été donné de voir (l'exact contraire de ce que j'ai vu à Delhi récemment). La seconde partie Caranam du Varnam comporte une évocation de la musique, mais elle exalte surtout le sentiment amoureux de l'héroïne, très émue. Atteinte par les flèches de Kama, elle brûle d'amour pour lui, elle l'admire, il est entré dans son cœur.

La danseuse interprète ensuite un Padam. L'héroïne semble éprouver des sentiments mitigés pour un homme. Viens me parler ? Non, ne viens pas ; tu parles déjà à tellement d'autres que moi. Elle cherche l'union avec celui qui fait le fier avec son arc (?), puis elle hésite et le rejette. Elle s'en va d'un pas décidé respectant la structure du cycle Misra Chapu à trois temps de durées inégales.

Dès l'entrée en scène de la danseuse dans la pièce suivante, on comprend immédiatement qu'il s'agit d'un Javali. L'atmosphère espiègle de ce type de pièce apparaît en effet dès les premiers mouvements de l'interprète. Krishna tente de séduire l'héroïne. Il l'empêche même de passer, mais elle fait semblant de ne pas l'aimer. Va voir mes amies. Moi, je ne veux pas. Certes, tu as des yeux de lotus et tu es Narayana, couché sur l'Océan cosmique, mais je te ferme la porte au nez. Ah, ah, je t'ai bien eu., semble-t-elle lui dire !

Le récital s'est conclu par un Thillana utilisant de façon très intéressante l'espace scénique. Après la première partie (de danse pure) de la pièce, l'héroïne implore Venkatesh : S'il Te plaît, paraît devant moi !.

Un immense bravo à la danseuse pour ce merveilleux récital !

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Première semaine à Chennai

2015-08-11 14:15+0530 (சென்னை) — Voyage en Inde XIV — Photographies

Je suis parti de Delhi en train le 31 août par le Karnataka Express. Le trajet étant long, j'ai choisi de voyager en First AC. Par rapport à la 2AC, on bénéficie d'une plus grande intimité et d'un meilleur sentiment de sécurité puisque les voyageurs sont regroupés en cabines de quatre (ou coupés de deux) que l'on peut fermer pendant la nuit.

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Cela dit, la First Class de ce train est moins intéressante que dans les trains Rajdhani dans lesquels une nourriture (de bonne qualité) est servie.

J'ai passé deux jours à Jalgaon. J'ai retrouvé la famille Deshpande le soir de mon arrivée. J'aurai aimé passer plus de temps avec eux, mais ils devaient assister à une cérémonie le lendemain. Pour cette raison, j'ai choisi la chambre (ou plutôt suite) la plus luxueuse de l'hôtel Plaza (qui propose des chambres très bien entretenues de 500 à 1500 roupies) :

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Ceci me permettra de pratiquer un peu le bharatanatyam au cours de la journée de dimanche. J'apprécie aussi les stands de lassi, kulfi et l'excellent restaurant de thali Arya Niwas.

J'assiste à une manifestation apparemment liée au grand défenseur de la cause des dalits Babasaheb Ambedkar. Il y avait deux cortèges, d'abord les hommes, puis les femmes :

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Arrivé à Chennai par un nouveau trajet en train de 24 heures environ, je descends à mon hôtel bon marché habituel à Chennai :

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La petite rue où se trouve l'hôtel est régulièrement bloquée par des processions, y compris tard le soir. Les habitants se tiennent devant leurs habitations et font quelques offrandes à la divinité. Lors d'une telle procession, de Ganesh semble-t-il, des joueurs de hautbois (nagaswaram) jouaient un Mallari, en Adi Tala. La complexité rythmique est telle qu'un des deux hautboïstes clappait le tala, tandis que la mélodie et les puissants tambours utilisaient différentes subdivisions des temps du cyclique rythmique, qui suivant les sections de la pièce, étaient subdivisés en quatre, trois ou cinq...

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Pendant ce temps-là, un peu plus loin, on lançait des feux d'artifice. Encore plus loin, un brass band jouait des mélodies aux rythmes plus simples sur lesquels des hommes entraient plus ou moins en transe (je soupçonne l'un d'entre eux de n'avoir pas bu que de l'eau).

Lors d'une autre procession (semble-t-il de la Déesse), des hommes dansent aussi très joyeusement :

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Pour ce qui est du bharatanatyam, cette semaine a été très intense. Je prends des cours quotidiennement avec celui que les disciples françaises appellent Master Selvam (le fils de Muthuswamy Pillai) dont j'avais tant apprécié le style de danse pure (notamment lors de récitals d'Ofra Hoffman et d'élèves de Kalpana). Je voulais avoir un petite expérience de ce style de l'intérieur. Sa série de Natta Adavus ne comporte pas 6 ou 7 adavus comme dans d'autres styles, mais une vingtaine : il m'en a enseigné dix-neuf ! Dans les Marditha Adavus (ta-tai-tai-ta), l'élégance des mouvements de mains se fait encore davantage sentir puisque les mouvements changent suivant la vitesse à laquelle les adavus sont exécutés. Rien qu'en pratiquant ces adavus, on éprouve déjà la sensation de devoir gérer des mouvements de pieds rapides et simultanément des mouvements de mains relativement lents en comparaison, ce qui ne se voit pas tellement dans la danse pure d'autres styles à l'intérieur du bharatanatyam. Ses cours sont très agréables et cordiaux. J'ai eu le plaisir d'assister à un cours d'une de ses élèves qui a répété diverses pièces : Alarippu, Muruga Kauthwam, Mallari, Varnam...

J'ai également pris deux (longs) cours avec Lavanya Ananth afin de retravailler le Chidambaram Natesha Kavuthwam qu'elle avait enseigné lors d'un workshop à Paris il y a quelques mois. À force d'insister (j'aime quand elle dit, en français, Encore...), elle finit par arriver à me faire exécuter à peu près proprement la chorégraphie ; elle a même pris le temps d'ajouter une introduction à la pièce pour remplir l'Alap de flûte d'une minute et demie que l'on entend au début de l'enregistrement sonore, avant que la pièce proprement dite ne commence véritablement.

Jayashree Ramanathan, ma nattuvanar préférée, a eu la gentillesse de me permettre d'aller la rencontrer chez elle. La discussion a été très agréable. J'aurais aimé prendre des cours de nattuvangam avec elle, mais elle ne l'enseigne pas, elle l'a appris par l'expérience : au cours de sa formation de danseuse, d'abord avec Sudharani Raghupaty et puis avec les Dhananjayan dont elle a dirigé certaines productions. Son expérience de danseuse lui permet de diriger de façon particulièrement intéressante les récitals de bharatanatyam. Elle a récemment été au festival de Salzbourg pour jouer du nattuvangam lors des récitals d'Alarmel Valli !

Le 7 août, un événement spécial Svanubhava était organisé à Kalakshetra. Pendant vingt-quatre heures, divers spectacles et manifestations culturelles se sont succédé. Étant arrivé un peu en avance, j'ai vu un peu de kathakali difficilement intelligible dans la grande salle Rukmini Arangam. Je ne venais que pour le workshop dirigé par C. V. Chandrasekar (qui danse encore très bien à plus de quatre-vingt ans). Je l'avais vu danser fin 2013. Lors de plusieurs interventions, notamment lors de l'inauguration du festival de la Music Academy, il m'avait fait l'impression d'avoir des conceptions très rigides de la danse et d'être très fermé aux idées nouvelles. Lors de ce workshop, qui était davantage une lec-dem, il m'a semblé au contraire beaucoup plus ouvert d'esprit.

Le workshop était ouvert à tous (pour la modique somme de 100 roupies), mais tous sauf moi étaient soit des élèves de Kalakshetra soit des personnes apprenant ce style. On devait être entre trente et quarante environ dans le Rukmini Devi Cottage, sans compter les personnes qui regardaient. Quand C.V. Sir nous a demandé de danser le Tishra Ekam Alarippu, je voyais tous les autres exécuter précisément la même chorégraphie tandis que je faisais quelque chose d'un peu différent ; c'était assez perturbant. Il est difficile de résumer ce qu'il a dit, mais j'ai apprécié un certain nombre de points dans son discours, notamment l'insistance sur le chant et le rythme. La plupart des autres personnes présentes étaient infichues de clapper les deux temps principaux Sankirna Chapu (9=4+5 temps) tout en prononçant takadimitakatakita en double vitesse. Alors qu'une cacophonie de claps intempestifs résonnaient, il nous a demandé s'il y avait quelque volontaire pour le montrer à tous les autres. Il n'y a pour ainsi dire eu qu'un jeune malayali et moi-même pour se dévouer. Le maître m'a dit que c'était bon à 99.9%. D'autres moments du workshop ont été moins glorieux pour moi, notamment au tout début quand il m'a mis ses bras sur mes épaules et appuyé vers le bas pour que je m'asseye davantage, tandis qu'il montrait à quel point il pouvait descendre alors que je protestais I cannot sit more....

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À la fin de la semaine, j'ai également eu le plaisir de retrouver la danseuse Srithika Kasturi Rangan dont j'avais tant aimé le travail sur la narration lors d'un récital en 2010 et à qui j'avais déjà rendu visite en décembre 2013. J'ai apprécié de pouvoir voir un cours de ses élèves qui fera bien son Arangetram ; elle a notamment répété le Varnam “Simhavahini” de Madurai R. Muralidharan. J'avais déjà vu une danseuse l'interpréter quelques jours plus tôt lors d'un récital à la Music Academy, mais cela fera l'objet d'un futur billet...

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Nizamuddin

2015-08-03 12:06+0530 (जळगांव) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde XIV — Photographies

Mon séjour à Delhi est maintenant terminé. Pendant la première semaine, j'avais pu prendre des cours de bharatanatyam avec Arupa Lahiry, mais ces cours n'ont pu reprendre que lors de ma troisième et dernière semaine sur place parce qu'elle avait une série de programmes SPIC MACAY dans le Madhya Pradesh. Lors de son retour, j'ai pu continuer à travailler les adavus et le Vishnu Kavuthwam qu'elle m'a appris et apprendre une chorégraphie d'un Alarippu dont les trois sections utilisent trois cycles rythmiques différents : Tishra, Chatushra et Mishra.

Après les cours et un certain temps passé à regarder Arupa répéter des pièces, je suis parfois allé à Nehru Place où se trouvent de nombreux restaurants. Le café gourmand de la chaîne L'Opéra est un peu trop copieux et étonnamment salé :

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Café Gourmand, L'Opéra

Leurs macarons sont assez moyens... La veille de mon départ, j'ai fait un tout petit peu de tourisme. Le quartier de Nizamuddin étant tout proche de Jangpura. Sur Mathura Road, deux hommes insistent pour que je prenne leur portrait :

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Je suis d'abord allé visiter खान-ए-खानां का मकबरा, une tombe du début du dix-septième siècle qui est pas mal amochée.

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Khan-E-Khanan Ka Maqbara, Delhi

Cette tombe islamique comporte des motifs floraux et géométriques. Fait intéressant et rare, on y discerne même des motifs en forme de svastika :

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Khan-E-Khanan Ka Maqbara, Delhi

La ligne orangée sur la photo ci-dessus est une barre d'un échafaudage. Le monument est en pleine restauration. Le grand projet serait de refaire la tombe comme elle était à l'origine, avant que le dôme en marbre ne soit pillé. La restauration de l'intérieur du monument a commencé par le haut. Les motifs en noir sur fond blanc qui ont commencé a être dessinés sont peu convaincants...

De l'autre côté de Mathura Road se dresse un quartier musulman comme j'en ai rarement vu en Inde. La proportion de personnes manifestement musulmanes est très élevée.

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Nizamuddin West

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Nizamuddin West

À côté du Chausath Khamba et de la tombe de Mirza Ghalib, des jeunes jouent au cricket. Les traces d'impact montrent que le fait n'est pas rare :

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Je passe ensuite par un dédale de ruelles entourées de marchands de bondieuseries pour arriver enfin au Dargah Nizamuddin. À l'approche des minuscules tombes, c'est un peu moins le bazar qu'à Ajmer. Des chants en l'honneur du saint Nizamuddin se font entendre à proximité de sa tombe.

Je m'en vais ensuite à ma dernière leçon de dhrupad avec Pandit Nirmalya Dey qui m'a fait pratiquer un magnifique Alap et la deuxième partie d'une nouvelle et assez difficile composition en Raga Todi...

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Nehha Bhatnagar au India Habitat Centre

2015-08-03 08:20+0530 (जळगांव) — Culture — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XIV

India Habitat Centre, Delhi — 2015-07-24

Nehha Bhatnagar, bharatanatyam

Amrit Sinha, Himanshu Srivastava, bharatanatyam

Saroja Vaidyanathan, nattuvangam, chorégraphies

Rama Vaidyanathan, chorégraphies

Satish Venkatesh, chant

Rajat Prasanna, flûte

Thanjavur R. Kesavan, mridangam

Devi Stuti (Adi Tala)

Pannagendra Shayana (Rupaka Tala)

Ta Tai En Aadvar (Adi Tala)

Mira Bhajan (Adi Tala)

Thillana (Adi Tala)

Vande Mataram

Après le récital calamiteux de Bala Devi Chandrashekar, celui de Nehha Bhatnagar ne pouvait être que meilleur. Si la jeune danseuse a indiscutablement une certaine présence scénique, je ne suis pas sorti très enthousiaste de son récital.

Le programme a commencé par un Alap à la flûte, immédiatement suivi de la projection d'un message publicitaire de Hindustan Computers Limited (HCL) qui sponsorise la série de spectacles dont fait partie le récital de Nehha Bhatnagar. Vient ensuite la cérémonie d'allumage de la lampe à laquelle est conviée quelque haut dignitaire du BJP, le parti au pouvoir ; peut-être s'agissait-il de Muralidhar Rao ?

La danseuse est une disciple de Saroja Vaidyanathan et de sa belle-fille Rama Vaidyanathan (qui est une des personnes que j'estime le plus dans la danse bharatanatyam). La musique ne sera pas de qualité exceptionnelle au cours de ce récital. La faute la plus lourde en revient au joueur de mridangam Thanjavur R. Kesavan, qui faisait son truc dans son coin sans tenir aucun compte de ce que faisait la danseuse, qu'il ne regardait pour ainsi dire jamais. La sonorisation de son instrument était de surcroît atroce. Les cymbales de Saroja Vaidyanathan étaient inaudibles, ce qui rendait les passages rythmiques de la danse particulièrement étranges. Un autre problème est venu des difficultés de Saroja Vaidyanathan à fixer clairement un tempo. Le tempo a été changé plusieurs fois et de façon très brutale au cours de certaines pièces. Dans une des pièces, je l'ai vue donner un tempo au début et puis quelques dizaines de secondes plus tard, elle a changé d'avis et fait adopter un tempo beaucoup plus rapide au chanteur : la transition a été affreuse, comme une piste audio sur laquelle on ferait une avance rapide... Ce récital a-t-il fait l'objet d'un minimum de répétitions ? Il y a vraiment de quoi se poser la question...

Quelques aspects de la technique de la danseuse me posent problème. Le plus gênant pour moi réside dans le fait qu'elle utilise très peu son torse et son cou. En particulier, elle ne regarde pas suffisamment ses mains. Seuls ses yeux se déplacent (et son cou dans les mouvements sur le côté : Attami) : le haut du corps est comme figé. Cela crée en moi un sentiment d'étrangeté, un manque de naturel. En tournant le cou, elle pourrait donner un bien meilleur impact à sa danse. Ces observations se révèlent particulièrement perturbantes quand la danseuse exécute des ginatom. Sa main ne va pas chercher derrière : elle va juste en diagonale sur le côté. En l'absence de mouvement du torse et du cou pour accompagner le mouvement, l'impression visuelle est désastreuse, surtout si l'observateur que j'étais est assis parfaitement de face. Une autre étrangeté technique dans le style de la danseuse réside dans sa façon de faire des pas sur le côté, comme si la force venait de la jambe opposée à la direction du mouvement.

Venons-en maintenant au détail du programme intitulé Passionate devotees. La première pièce est intitulée Devi Stuti. Cette pièce est très impressionnante, mais j'ai eu le sentiment que la danseuse en faisait un peu trop pour imposer la terrifiante présence de la Déesse dont la monture est le tigre. Sa danse est à mon avis un peu trop carrée, ses mouvements de cou Attami manquent de subtilité dans l'exécution. D'après ce que j'ai cru comprendre du texte, il est question de l'épisode de la Déesse tuant les démons Shumbha et Nishumbha. Quand l'interprète a représenté la Déesse jouant de la vînâ et l'exaltation du plaisir acoustique, cela ne me faisait pas vraiment envie. Plus loin, elle montre Kali avec son trident. La fin de la pièce est plus réussie : il s'agit d'une très vive et développée chevauchée.

La pièce suivante, tout comme la première, a été chorégraphiée par Rama Vaidyanathan. Il n'est pas faire injure à l'interprète de ce récital d'écrire qu'il m'est plusieurs fois arrivé de penser à quel point ces chorégraphies seraient merveilleuses si c'était Rama elle-même qui les dansait. La pièce principale du récital est attribuée au Maharaja Swathi Thirunal. Elle est donc bien évidemment consacrée à Padmanabha (Vishnu). Je n'ai pas eu l'impression que la pièce avait formellement la structure d'un Varnam, mais elle était aussi développée, les passages narratifs et évocateurs alternant avec des passages de danse pure (dont plusieurs incorporent les redoutables Sharakkau Adavus). La plupart de ces passages de danse pure, y compris au début, étaient accompagnés de Swaram (notes solfiées) plutôt que d'onomatopées, ce qui constitue une différence structurelle par rapport aux Varnam tels qu'ils sont habituellement représentés dans la danse.

Nehha Bhatnagar
Nehha Bhatnagar ©Inni Singh

La pièce est dédiée à Vishnu sous le nom de Padmanabha. Vishnu est couché sur le serpent Shesha et un lotus (Padma) émerge de son nombril (Nabha) ; c'est sur ce lotus qu'est assis Brahma. La chorégraphie présente d'intéressantes variations sur la façon de représenter Vishnu sous cette forme. Cependant, la façon qu'a parfois eu la danseuse d'adopter ces poses m'a semblé parfois quelque peu brutale, comme si elle voulait absolument s'y trouver sur le premier temps du cycle rythmique ; cette impatience me semble incompatible avec l'idée de représenter Padmanabha dans son immuable immensité. L'héroïne de la pièce souffre de la séparation avec la divinité. Il ne semble pas la regarder. Elle brûle de sa passion que lui rappellent tous ses sens. Elle est tourmentée par le parfum des fleurs. Elle se désespère quand elle observe la nature et ses couples d'oiseaux, de paons, de perruches, de perroquets, tandis que les abeilles butinent les fleurs. La danse met en scène ensuite des discussions entre les amies de l'héroïne. Après l'intervention de Kama, l'héroïne s'émerveille de Padmanabha dont elle admire la beauté, le collier, les vêtements et la démarche (qui sera plus loin comparée à celle d'un éléphant). Ses lèvres sont comparées à un fruit. L'héroïne cherche l'union avec la divinité à laquelle elle offre des fleurs et à qui elle adresse des prières.

Les trois chorégraphies qui vont suivre sont de Saroja Vaidyanathan, qui me semblera plus à son aise au nattuvangam. La première de ces trois pièces est interprétée par deux condisciples de Nehha Bhatnagar : les deux danseurs Amrit Sinha et Himanshu Srivastava. Ta Tai En Aadvar est une pièce très vigoureuse en l'honneur de Nataraja, le Seigneur de la Danse, qui fait trembler l'univers au point que même le serpent Adi Shesha est bousculé. Les danseurs interprètent certaines sections en duo de façon synchronisée (en miroir). D'autres sont interprétées par l'un ou l'autre. L'évocation met en valeur certains attributs de Shiva comme le tambour Damaru, les cheveux en chignon, la rivière Ganga ou le buffle Nandi qu'il chevauche. La chorégraphie inclut quelques sauts et de façon intéressante des ronds de jambe comportant des mouvements de hanches. Étrangement, ce dont je me souviens le mieux dans cette pièce est la clarté avec laquelle la chorégraphie exprime que le compositeur s'appelle Gopalakrishna. Beaucoup de compositions de musique carnatique se terminent par une ligne qui constitue la signature du compositeur. Quand j'ai entendu les mots Gopala et Krishna dans le texte chanté, et que j'ai vu les danseurs montrer un bouvier, j'ai eu un instant de doute parce que cela ne correspondant pas au contexte shivaïte, mais ma perplexité s'est immédiatement dissipée quand un des danseurs a représenté un joueur de tampura (et lors de la répétition de la ligne, quand l'autre danseur a montré un écrivain). C'est que le compositeur de la pièce devait s'appeler Gopalakrishna, ce que j'ai pu vérifier ensuite dans le programme qui avait été distribué.

La pièce suivante est interprétée par Nehha Bhatnagar. Il s'agit d'un Bhajan composé par Mirabaï. J'avais déjà vu une autre chorégraphie sur ce poème. Mon regard sur cette interprétation souffre donc quelque peu de la comparaison avec celle de Meenakshi Srinivasan. L'héroïne (dont il n'est pas particulièrement mis en valeur à ce stade qu'il s'agit de Mirabaï) cherche Krishna partout. Fait intéressant, la danseuse tourne beaucoup le dos au public à ce moment-là. Elle s'approche d'un étang de lotus. Dans la plus belle scène de la pièce (et de tout le récital), elle imagine qu'elle est un poisson et que Krishna va prendre son bain. Elle pourrait alors venir lui toucher les pieds. Les deux autres comparaisons m'ont semblées beaucoup moins claires. Ainsi, quand la chorégraphie représente Krishna conduisant son troupeau de bovins, il ne m'a pas du tout paru clair que Mirabaï imagine qu'elle est un coucou qui peut chanter pour Lui. Dans la dernière comparaison, elle est censée être une perle qui pourrait faire partie d'un collier. J'ai bien vu une dévôte offrir un collier à Krishna, qui apprécie le cadeau, mais je n'ai pas saisi dans l'Abhinaya de la danseuse que Mirabaï rêvait qu'elle était transformée en perle. Dans la fin de la pièce, l'héroïne cherche l'union mystique avec la divinité (qui porte une très longue flûte) et entame une danse d'extase digne des derviches tourneurs.

Le récital s'est conclu par un très beau Thillana composé par Saroja Vaidyanathan elle-même (ce qui n'a pourtant pas empêché qu'adviennent des changements de tempo intempestifs). La pièce est interprétée par la danseuse et les deux danseurs. Une section de la pièce évoque la musique. La vînâ est représentée par Amrit, la flûte par Himanshu et le mridangam par Nehha. À la fin de la pièce, les onomatopées laissent la place à un texte en l'honneur de Shanmukha, c'est-à-dire Muruga. Les trois interprètes s'organisent délicieusement pour représenter cette divinité. Amrit représente Muruga, tandis que Nehha se tient à ses côtés, figurant son épouse (ou plutôt une de ses épouses). Pour sa part, l'excellent Himanshu interprète le rôle du paon qui est la monture de Muruga. (N'en connaissant pas assez bien le texte, je ne commenterai pas la chorégraphie de l'hymne Vande Mataram qui s'est enchaîné à ce Thillana.)

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