Weblog de Joël Riou

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Kolkata

2008-07-31 19:04+0530 (কলকাতা) — Voyage en Inde V

Hier, je susi allé dans le Nord de Kolkata en n'utilisant que les transports en commun et mes pieds.

J'ai pris le premier métro (7h15) jusqu'au terminus Dum Dum et ai ensuite pris un train local. S'il est facile de se faire imprimer un ticket pour la bonne destination, monter dans le bon train est assez difficile. En outre, le panneau électrique indiquant les prochains trains était buggé. Il m'a fallu acheter un horaire de trains et le feuilleter jusqu'à la page 89 pour trouver le train que je voulais : Sealdah-Dankuni. Cinq minutes avant le départ du train, je commençais à m'inquiéter de ne pas savoir où le prendre. J'ai demandé à un guichetier : il m'a indiqué un mauvais numéro de voie... J'ai finalement entendu une annonce sonore et ai courru pour attraper mon train, ce qui n'était pas été indispensable vu qu'il s'est immobilisé pendant un bon quart d'heure de façon imprévue.

Je suis descendu à la station Dakshineshwar pour visiter le temple de Kali du même nom : une très belle structure jaune et rouge au bord de la Hooghly avec douze sanctuaires dédiés à Shiva.

Ensuite, j'ai été mal inspiré. Un coup d'œil panoramique m'eût fait voir l'embarcadère qui m'eût permis de rejoindre rapidement l'autre rive du fleuve, et plus précisément Belur Math Ghat près duquel se trouve le centre religieux de la Ramakrishna Mission. Au lieu de cela, j'y suis allé à pieds, ce qui a été exténuant.

Dans ce grand centre, on trouve notamment un musée, dont les murs extérieurs retracent l'histoire de la pensée indienne. À l'intérieur, de nombreuses reliques ayant appartenu à Shri Ramakrishna, Sarada Devi et Swami Vivekananda. Le message semble être celui de l'unité des religions, mais en pratique, je vois surtout un culte des trois personnalités susnommées. Au sujet de Sarada Devi, il est même écrit qu'elle avait adoré sa propre image... Près du fleuve se dressent plusieurs temples.

Retour au temple Dakshineshwar Kali en bateau. Début d'une grosse averse. Petit stress au sujet de la voie où attendre mon train de retour. L'après-midi, je me suis reposé.

Au sujet du swastika, j'ai observé hier une occurrence de la version inversée sur l'une des deux boîtes prévues pour recueillir des dons au temple Dakshineshwar. Peut-être cela a-t-il été fait dans un souci de symétrie ? Dans un motif de volets, j'ai également observé cela à Vishnupur : un swastika sur deux était inversé. Cela dit, les battants de volets étant faits pour être ouverts ou fermés, vu de l'intérieur ou de l'extérieur, les deux motifs présentent des orientations opposées. Ce choix est peut-être dû à un souci de ne jamais se retrouver avec 100% de swastika orientés dans le sens néfaste.

Ce matin, je me suis baladé dans Park Street. Je ne sais pas ce qui se passait aujourd'hui, mais la plupart des boutiques étaient fermées. J'ai visité le cimetière de Park Street. La plupart des tombes, recouvertes de mousse, paraissent vertes. Certaines tombes, complètement délabrées, arborent des plaques du type Restored by the kind generosity of.... Les allées sont boueuses. Les tombes rivalisent de gigantisme. J'ai notamment vu celle de William Jones, fondateur de la société asiatique, celle d'Elisabeth Barwell et celle, plus émouvante, de Rose Aylmer sur laquelle sont inscrits les vers suivants de Landor :

Ah, what avails the sceptred race
Ah, what the form divine!
What every virtue, every grace!
Rose Aylmer, all were thine.

Rose Aylmer, whom these wakeful eyes
May weep, but never see,
A night of memories and of sighs
I consecrate to thee

Dans Un garçon convenable, Amit et Lata viennent visiter ce cimetière pour y voir cette tombe.

J'avais prévu d'aller un peu plus loin à pieds, mais il s'en mis à pleuvoir en cours de route. Je serais de toute façon arrivé après l'heure de fermeture du temple que je voulais visiter. Je me suis rabattu sur un bon restaurant de Park Street, puis sur une librairie...

L'après-midi, j'ai visité le Rabindra Bharati Museum : la maison de Tagore. Ensuite, j'ai réussi à trouver le chemin d'un temple jaïn. Il s'agissait en fait d'un groupe de temples. Le plus beau était tout en miroirs, au bout d'une enceinte décorée dans un style particulièrement insolite en dehors de l'Occident.

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Retour à Kolkata

2008-07-29 15:40+0530 (কলকাতা) — Voyage en Inde V

Je suis revenu à Kolkata pour quelques jours. Avant-hier, à Vishnupur, j'ai visité quelques temples intéressants parmi ceux que je n'avais pas déjà visités la veille : Madan Mohan et Shyam Rai. Pour cela, il a fallu qu'un rickshaw-wallah m'y conduise parce que je ne les aurais pas trouvés par moi-même. Ils font partie des plus beaux temples du site, au sens où les sculptures latérales sont les plus belles et les mieux conservées.

Je suis aussi retourné plus tard, à sec cette fois-ci, sur les lieux du groupe de six temples que j'ai déjà vu. L'objectif était de trouver un septième temple : le Kalachand. C'est le temple le plus ancien de la ville, ses façades ont été ravagées par le temps.

C'était dimanche, alors, dans les rues, la plupart des boutiques étaient fermées et on jouait ici aux échecs et là aux cartes. Pour mon repas de midi, j'avais envie de manger autre chose que le thali simple de ma lodge. Je suis entré dans un petit restaurant. Tout était écrit en bengali. À peine me fus-je assis qu'un plateau est arrivé avec du riz et diverses sauces et légumes : tout le monde reçoit le même thali. J'ai rarement aussi bien mangé pour 20 roupies.

Vishnupur est un endroit entrêmement paisible. Il paraît très peu fréquenté des touristes. Lors de ma visite des temples, j'étais à chaque fois le seul visiteur, sauf une fois où un couple d'indiens et moi sommes entrés en conjonction.

Une autre chose m'a frappé ici : la trace de poudre rouge (sindoor) que les femmes mariées mettent sur la raie de leurs cheveux est particulièrement nette : certaines semblent faire presque 10 cm de long ! J'observe la même chose à Kolkata.

Hier matin, j'ai pris un train de jour pour rentrer à Kolkata. Au cours du trajet, on passe en gare de Kharagpur, qui, d'après les inscriptions présentes, aurait les quais les plus longs du monde (plus d'un kilomètre). En classe 2S : Second sitting, on est un peu à l'étroit. J'etais à côté d'un couple bengali Arijit et Śunita et leur fille Adrija. Arijit travaille à l'assemblée législative du Bengale occidental. Il avait deviné que j'étais français au fait que le titre du livre que je lisais commençait par Le.

Il est curieux de voir comment les bengalis prononcent comme un b ce que d'autres indiens prononcent v. Par exemple, le ved(a) se prononce comme bed, ce qui m'a un peu surpris. De même, Vishnupur, la ville de Vishnu, est écrite en utilisant comme première lettre une lettre se prononçant comme un b, ce qui se retrouve dans la transcription Bishnupur. J'écris quand même Vishnupur puisque c'est une écriture que j'ai souvent vue dans la ville même.

Pour rejoindre un hôtel, j'ai pris un des nombreux taxis jaunes et noirs circulant dans la ville. Le premier qui s'est présenté à mes yeux, après longue discussion pour savoir où je voulais aller précisément, et après que j'eus insisté pour connaître à l'avance le prix de la course, manifestement calculée à la tête du client, m'a proposé un prix délirant, à peu près dix fois ce à quoi je m'attendais ! Je me suis donc dirigé vers le guichet des taxis pré-payés pour obtenir un tarif plus raisonnable. Je suis descendu à Chandni Chowk et suis parti à la recherche d'un hôtel. Celui que je convoitais s'est avéré introuvable et avec un peu plus de 10 kg sur l'épaule, je n'avais pas envie de chercher trop longtemps. J'en ai repéré un qui était complet et on m'en a indiqué un autre qui n'avait plus qu'une chambre quadruple, quoiqu'à un prix encore acceptable. Bref, je me suis retrouvé dans un 60 m². J'ai déjeuné dans un bon restaurant d'Inde du Sud : idli-wada, masala dosa.

L'après-midi, j'ai marché dans les environs de la station Esplanade. Je suis passé devant la mosquée Tipu Sultan, Raj Bhavan, tourné autour du terrain de cricket et entré dans le jardin Eden, qui porte bien son nom. À l'intérieur, on peut voir une pagode birmane déplacée entre 1854 et 1856 depuis Prome.

Après être sorti de ce jardin, il s'est mis à pleuvoir, et de nombreuses averses vont suivre. Je suis passé devant la haute cour dont sortent moult hommes et femmes en costume blanc et noir, puis ai visité l'église St John.

Dans le centre, la circulation est moins infernale que je ne le pensais, même si les véhicules font peu de concessions aux piétons. Sur les trottoirs, de nombreux marchands dévoilent de nombreuses marchandises sous des baches. Quand une averse survient, tous se pressent sous elles et les plus témérairres sortent avec leur parapluie. La circulation piétone sur ces trottoirs n'est déjà pas aisée, alors, quand ces parapluies se cognent entre eux et aux baches, cela devient encore plus compliqué.

Le luxe a été de courte durée. J'avais demandé à ce qu'on me change de chambre dès qu'une chambre plus petite se libérait.

Aujourd'hui, j'ai utilisé le métro de Kolkata, qui ne compte qu'une seule ligne orientée Nord-Sud. Suite aux attentats récents de Bangalore et d'Ahmedabad, des mesures de sécurité ont été prises. À certains endroits, y compris le métro, des portiques ont été installés, mais les mesures de sécurité ne sont pas appliquées sérieusement : les portiques n'arrêtent pas de sonner, mais personne ne vient contrôler les sacs qui les font bipper. Les journaux dénoncent cette farce.

J'ai visité le Victoria Memorial, un immense édifice de marbre blanc. Il abrite un musée dédié principalement à l'histoire de la ville de Kolkata et à la libération de l'Inde du joug britannique. On voit aussi de nombreux dessins de paysages indiens divers de William et Thomas Daniell (dont j'ai déjà parlé).

En sortant du Victoria Memorial par le Sud, je suis passé sous le périphérique pour passer devant le Presidency General Hospital (renommé en SSKM Hospital). C'est là que Sir Ronald Ross a découvert le vecteur du paludisme. Je n'ai pas osé rentrer dans l'enceinte de l'hôpital pour trouver la plaque indiquant le lieu précis de la découverte.

J'ai ensuite perdu pas mal de temps à chercher un restaurant situé dans une petite ruelle. Finalement, je n'ai pas trouvé mieux qu'un restaurant chinois dont les spécialités indiennes n'étaient franchement pas terribles.

J'ai profité de ce que j'étais descendu un peu plus au Sud que je ne l'avais envisagé au départ pour me rendre au temple de Kali. Un brahmane m'en a fait faire le tour et m'a montré l'endroit où est pratiqué l'holocauste : on y sacrifie chèvres et buffles. Une visite pas vraiment intéressante. Non loin de là se trouve un mouroir de Mère Teresa.

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Vishnupur

2008-07-27 12:31+0530 (বিষ্ণুপুর) — Voyage en Inde V

Hier matin, j'ai pris un taxi pour aller à la gare de Howrah. Je suis donc passé sur le Howrah Bridge, un impressionnant pont au-dessus de la Hooghly. L'entrée de cette immense gare n'est pas très spectaculaire : on a l'impression de rentrer dans une station de métro. Mon train partait de la dix-septième plate-forme. L'affichage de la numérotation s'arrêtait à 16. Mon train étant déjà à quai, je n'ai cependant pas eu de problème à le trouver.

J'avais choisi d'utiliser la classe CC. L'inconvénient de ces wagons climatisés est que l'on est séparé de l'extérieur par des vitres, dont la propreté douteuse du côté extérieur fait que le paysage paraît flou. À côté de moi, Hinglaj, un ingénieur rajasthani me parlait des systèmes d'écritures et de l'avantage des indiens d'avoir la propriété de ne pas poser d'ambiguité de prononciation. Il m'a aussi appris que dans sa spécialité, le ciment, c'était une entreprise française, Lafarge, qui était le leader mondial.

Je me suis installé à la Vishnupur Tourist Lodge du West Bengal Tourism et y ai pris mon déjeuner. Pas beaucoup d'options. Veg. ou non-veg. Riz ou chappatis. Dans la rue, des gargotes proposent des petits gâteaux et des desserts (Gulab Jamun et Rasgulla) à des prix modiques (2 roupies).

En début d'après-midi, alors que le soleil tapait assez fort, j'ai commencé ma visite de cette ville qui est intéressante pour ses temples en terracotta du dix-septième siècle. En arrivant, je n'avais pas de carte. Dans la gare, il y avait un panneau avec une carte que j'ai photographiée, mais elle s'est avérée un peu trop floue pour être utilisable par la suite.

J'ai erré une bonne heure dans la ville en espérant voir se dresser devant moi des temples. Je n'ai rien vu de la sorte. Finalement, en prenant des ruelles au hasard. J'ai vu le Rasmancha, un édifice de forme pyramidale comprenant un réseau de piliers. En fait, eussé-je vu d'autres temples avant celui-ci, je n'aurais peut-être pas pu les visiter parce que c'est le seul endroit où sont vendus les tickets valables pour tous les temples... En fait, il apparaîtra que la plupart des temples ne sont pas surveillés et que certains guichetiers ne demandent même pas à voir les tickets, les compostent encore moins, voire roupillent.

Le Rasmancha était à quelques pas seulement de mon hôtel, mais il n'était pas entré dans mon champ de vision. Ragaillardi par cette première découverte, j'ai continué vers le Nord où des temples parmi les plus célèbres de la villes se trouveraient. J'ai d'abord aperçu une petite puis une grande porte Pathar Darwaja, puis trois temples. J'ai ainsi visité les temples Lalji, Radhashyam et Jor Bangla. Vu de l'extérieur, le temple Jor Bangla est le plus beau. Sur ses côtés, des sculptures assez bien conservées évoquent notamment des scènes de chasse. C'est dans le temple Radhashyam que j'ai reconnu le plus de scènes mythologiques. Il y avait par exemple Vishnu couché sur un serpent au-dessus de l'océan cosmique, avec Brahma assis sur un lotus planté dans le nombril de Vishnu. Beaucoup de représentations de Radha et Krishna, ce qui est logique vu que dans la partie centrale du temple, on peut voir des idoles les représentant. D'autres personnages des épopées étaient aussi représentés.

Lors de la visite de ce groupe de temples, une petite pluie avait commencé à tomber. Je me suis dirigé vers le Sud pour rentrer. Je devais être un peu trop à l'Est, je commençais à penser que j'étais perdu quand une très violente pluie s'est abattue, mais au plus fort du déluge, un charmant groupe de temples s'est présenté à mes yeux. Comme leurs structures étaient quasi-identiques, il n'était pas du tout évident de savoir combien il y en avait. Au début, je pensais qu'il y en avait 3. Finalement, j'en ai visité 6 : Nandalal, Radhagovinda, Radha Madhab et Jor Mandir (groupe de trois temples). Vu la férocité de la pluie, les alentours étaient inondés : trouver l'entrée des temples n'était pas chose aisée. Les sculptures étaient moins intéressantes et moins bien conservées que dans les autres temples.

Au cours de mes errances dans les rues, j'ai observé de nombreux signes politiques : symboles du parti communiste, du BJP et du Congrès. Sur une maison, il y avait des drapeaux du BJP et dans un coin, on voyait aussi la faucille et le marteau. Quelques temples contemporains. Un fort joli entièrement blanc dédié à Shiva. Un autre est dédié à Kali, la noire. Sur le mur intérieur, de nombreuses divinités sont représentées. Au fond du temple, la scène représentée est typique de Kali, mais c'est la première fois que je la vois. Kali est représentée en train de se trancher le cou. Décapitée, sa tête est penchée sur sa gauche. Des fils rouges représentent le sang qui jaillit de son corps. De part et d'autre, deux divinités non-identifiées reçoivent ce sang dans la bouche.

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Kolkata inondée

2008-07-25 17:05+0530 (কলকাতা) — Voyage en Inde V

Hier matin, avant de quitter Orsay par l'un des premiers RER, je n'avais pas beaucoup dormi bien que je me fusse décidé à essayer de dormir dès 20h. J'avais largement une heure d'avance sur les trois heures que les passagers intercontinentaux sont censés prendre pour arriver à l'aéroport. Ayant déjà voyagé plusieurs fois avec Air India, je ne comprenais pas pourquoi cette compagnie avait plutôt mauvaise réputation. Toujours est-il que l'avion était annoncé avec 2h30 de retard. Il aura finalement environ quatre heures de retard. Deux vols Air India en sens contraires sur la ligne Newark-Paris-Mumbai-Ahmedabad partaient en même temps, sans que les passagers ne soient au courant. Il y a eu plusieurs changements de portes d'embarquement, et le dernier, bien entendu, a consisté à inverser les portes attribuées à ces deux vols, comme par hasard, situées aux deux extrémités du terminal 2C. Bref, de part et d'autre, les gens étaient rassurés de voir un équipage Air India, des gens de type indien, etc, pensant attendre pour le bon vol alors que non. Les informations données par les écrans et les annonces sonores étaient bien sûr contradictoires. Bref, c'était vraiment n'importe quoi, nonobstant le retard déjà accumulé. Pour couronner le tout, on a eu le droit à un travaux pratiques de sûreté (il me semblait qu'avant, on disait plutôt sécurité). Un bagage rouge abandonné, aucune annonce sonore amplifiée, mais des videurs qui nous ont dit de dégager sans ménagements, bref de se tasser à l'autre bout du terminal (alors que nous venions de faire cette manœuvre dans l'autre sens, cf. plus haut). Pas de sommation avant le gros boum. C'est impressionnant, mais pas exactement rassurant sur les méthodes employées contre le terrorisme.

Dans l'avion, j'ai principalement essayé de dormir (il fallait tenir debout jusqu'à l'embarquement, qui a eu lieu vers 14h30). Mes deux voisines étaient deux dames gujaraties en provenance de Newark et à destination d'Ahmedabad. Elles ne parlaient ni l'anglais ni le hindi. Il leur était difficile de communiquer avec moi et les membres de l'équipage, ainsi que de remplir le formulaire d'arrivée sur le sol indien ; finalement, elles m'ont demandé de le faire.

Quand j'ai su que le vol avait du retard, j'ai commencé à stresser au sujet de ma correspondance à Mumbai pour Kolkata. J'avais réservé un vol à 7h50 à l'aéroport domestique. L'avion de Paris était censé atterrir à 23h30. J'avais donc en principe plus de 8h de marge, mais la veille de mon départ, j'ai reçu un mail m'informant que Jet Airways m'avait casé sur le vol de 6h50 plutôt que sur celui de 7h50. Une heure de moins. Quatre heures de retard. Finalement, la correspondance s'est très bien passée. Par chance, j'étais à l'avant de l'avion, je suis sorti tout de suite, ce qui fait que je n'ai pas eu à faire la queue pour le tamponnage de mon visa. Mon sac a paru rapidement sur le tapis roulant. Pas de queue non plus au bureau de change, etc. Finalement, la correspondance s'est merveilleusement bien passée, et je n'ai pas eu beaucoup de temps à attendre à Mumbai.

C'est la première fois que je voyage avec Jet Airways. Il est probable que je reitère ce choix à l'avenir. J'ai vraiment été impressionné par l'efficacité de leurs manœuvres d'embarquement. Le flux de passagers était incomparablement plus fluide que tout ce que j'ai vu jusques alors. Il n'y avait pas de goulot d'étranglement. En gros, sur 4 ou 5 portes occupant en tout quelques dizaines de mètres carrés, ils embarquaient simultanément trois ou quatre vols, et de nouveaux vols apparaissaient tous les quarts d'heure. La correspondance entre la porte d'embarquement et le vol était réalisée manuellement (sans écran informatique branché à un ordinateur shadok) via l'enfichage d'un morceau de bois correspondant à chaque vol. Dans un coin, on voyait ainsi un empilement de planches et la mise de côté de quelques unes d'entre elles qui allaient bientôt servir. Au sujet de la compagnie Jet Airways, en matière de prix, elle pratique une politique du genre celui qui arrive en premier paye moins cher. En ayant acheté mon billet en 2007, j'ai pu bénéficier d'une catégorie de prix intéressante. D'ailleurs, les sites de réservation de billets d'avion ne prennent pas tous cela en compte. Ainsi, d'un site à l'autre, pour le même vol, les prix allaient du simple au double : il ne faut donc pas s'imaginer que tous ces sites sont équivalentes. Pour ce billet, je n'étais pas passé par mon agence de voyages : ils pensaient que c'était trop tôt pour réserver des billets Mumbai-Kolkata.

Entre le minibus qui nous conduisait à l'avion et ce dernier, nous, les passagers, avons dû faire face à une pluie assez forte. D'après les prévisions météo que j'avais vues, je savais qu'il pleuvrait à Kolkata...

Dans la phase d'approche, les nuages étaient omniprésents, mais, curieusement, quand j'ai posé le pied sur le sol, il ne pleuvait pas. En revanche, le ciel était d'un blanc-gris étonnant, probablement annonciateur de pluie violente et révélateur de pollution atmosphérique. Une pluie subite s'est abattue sur la ville. Par endroits, des enfants faisaient les fous dans la piscine (peu profonde suivant les normes des piscines, mais beaucoup quand il s'agit de rues). Les grandes rues n'étaient pas épargnées. La Central Avenue (en théorie nommée Chittaranjan Avenue) était très touchée par ce phénomène. De même, Chowringhee Road (Jawaharlal Nehru Road) était coulée. La cour intérieure menant à mon hôtel était inondée de 15 centimètres, j'ai dû retrousser le pantalon pour l'atteindre. Dans Un garçon convenable, je crois me souvenir qu'un personnage, probablement Arun Mehra, se plaignait d'avoir eu à payer une fortune pour qu'un rickshaw-wallah veuille bien lui faire traverser une rue de Kolkata à sec. Ayant vu ce que pouvait devenir la route (et je suppose que ça peut être pire), ce n'était certainement pas exagéré.

En parlant de rickshaw, on voit encore maintenant de nombreux tireurs de pousse-pousse. Utiliser un cycle-rickshaw ne m'a jamais véritablement posé de problème de conscience, étant entendu par ailleurs que c'est souvent la seule solution qui se présente. Là, je ne me vois pas demander à un pousse-pousse de m'emmener à l'autre bout de la ville : à pieds, on ne peut pas faire de roue libre, l'effort demandé est bien plus important qu'avec un vélo.

Cette après-midi, je me suis contenté de visiter l'Indian Museum : il faut que je récupère un peu avant de poursuivre mon voyage. De nombreuses sculptures bouddhiques et hindoues. Des murs recouverts de têtes d'animaux empaillées. Une momie de 4000 ans. Une grane collection de fossiles. Une statue de l'impératrice des Indes.

On dirait que l'accès à mon hôtel puisse maintenant se faire à sec.

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Départ pas imminent, mais pas loin

2008-07-22 21:13+0200 (Orsay) — Voyage en Inde V

Ce blog passera bientôt à l'heure de Kolkata (UTC+0530) : après-demain matin, si j'arrive à me réveiller à temps, je prendrai un avion pour Mumbai et tôt le lendemain matin, un autre pour Kolkata.

Dernière lessive. Derniers achats. Dernière nourriture carnée avant un moment. Dernières tasses de thé chinois. Dernière écoute de quelques merveilles de la musique européenne.

J'ai imprimé mes huit billets de trains, acheté un cadenas assez gros pour pouvoir accrocher mon sac aux anneaux prévus à cet effet dans les trains.

Tout-à-l'heure, retrouvailles avec le brrrouwww brrrouwww des sonneries de téléphones indiens après avoir redécouvert comment on composait un numéro en Inde, en mettant à la suite l'indicatif du pays, celui de la ville (sans le zéro initial) et le numéro local. Cela donnait quelque chose comme 0091.33.22.... Les numéros de téléphone d'hôtels de la première édition française du guide Lonely Planet ne sont pas trop périmés : au deuxième essai, un être humain répond à l'autre bout du fil. Après un Ji? apparemment hésitant sur la langue à utiliser après que j'eus prononcé le nom de l'hôtel, j'entendis un anglais impeccable. Bref, je ne crains pas que ma réservation parte à la poubelle cela m'est déjà arrivé.

Il faut que je choisisse les quelques livres que je vais emporter avec moi. Je prendrais certainement Le Rāmāyaṇa de Vasundharā Filliozat, parce qu'il devrait m'aider à me repérer dans la visite que je compte faire du temple Ramachandra à Hampi. Ensuite, pour éviter de trop alourdir le sac, il convient d'optimiser la densité de caractères au kilogramme et éventuellement de minimiser le coefficient ferroviaire de densité romanesque. Bref, voilà une bonne occasion de lire quelque pavé délaissé. Dans cette catégorie, j'hésite entre Voyage au bout de la nuit de Céline et Le docteur Jivago de Boris Pasternak. Je prendrai aussi quelques romans plus ou moins de circonstance : Sous un ciel de marbre de John Shors, offert par Laurence, Un homme meilleur d'Anita Nair et Où irons-nous cet été ? d'Anita Desai.

Après cela, il ne me reste plus qu'à me reposer pour attendre le début de la bonne vingtaine d'heures qui devraient s'écouler entre mon départ d'Orsay et mon arrivée à Kolkata.

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Prayāg

2008-07-21 09:28+0200 (Orsay) — Jeux

En arrivant à la gare de Prayāg avec son ami Garp, Martin Eden est étonné par l'encombrement des quais où fourmillent hommes et femmes attendant patiemment le Mahanagari Express dont personne ne semble se soucier de l'heure à laquelle il finira ou non par arriver. L'uniforme couleur safran de leurs tenues dépareille par rapport à l'habituel foisonnement de couleurs des saris des dames.

Avant de rejoindre leur hôtel, les deux amis souhaitent voir la fameuse idole du singe couché. Un tireur de riksha (sic) leur répond :

“Not possible. Road closed.
― Why?
― The cycle of Kumbh, too crowded. 'can drop you at Khushru Bagh, nice tombs. Very cheap!”

Ils décident de casser la croûte dans une dhaba voisine. Chacun lorgne la part de l'autre alors qu'ils dégustent puris, momos, gulab jamun et jalebi. En sirotant son chay, Martin pense à profiter du caractère très électronique de la vision du monde selon Garp :

« Avec ton Eee PC, tu ne pourrais pas trouver une explication au sujet de ce cycle de je ne sais plus quoi ?
― On ne reçoit pas le Wifi, ici. Attends je regarde dans ma copie de Wikipédia. Voyons voir, tu m'arrêtes quand ça te dit quelque chose : le cycle d'Ambre, le cycle d'Avalon, le cycle de la cruche (Kumbh)...
― On y est ! »

Après avoir déposé leurs bagages à l'hôtel, constatant que les dires du tireur de rickshaw étaient exacts, ils se décident à rejoindre le lieu-dit Sangam à pieds. Tout d'abord incommodés par l'atmosphère poussiéreuse des rues encombrées du centre-ville, ils errent ensuite dans de nouvelles rues non moins calmes mais plus respirables. Les marchandes de fruits et les attractions foraines se côtoient au bord des routes. Les deux amis se trouvent pris dans un embouteillage humain. Ils ne sont plus maîtres de leurs mouvements : des policiers nonchalants dirigent la foule.

À la croisée des chemins, ils sont impressionnés par la vision d'une immense dune que la courbe de la piste dévoile soudain devant eux. Plutôt que de prendre la route du temple du dieu-singe où des milliers de fidèles semblent affluer, ils décident de continuer tout droit afin de voir de plus près ces milliers de tentes situées sur le lit de la rivière sacrée et ces curieuses embarcations alignées qui semblent échouées en face du Fort.

Ceci est ma participation à Alors ce jeu, ça vient ?

PS : Toutes les participations sont regroupées chez Akynou.

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Idées reçues ?

2008-07-20 22:41+0200 (Orsay)

Après que j'en ai lu la première moitié, le dernier hors-série du Point intitulé L'Inde me fait pour le moment une très bonne impression. En faisant écrire sur ce sujet des experts plutôt que des journalistes, les instigateurs de ce hors-série ont fait un bon choix. Je ne peux qu'applaudir l'avant-propos quand il dit L'Inde ne se dissout pas dans les généralités.. Dans un de ses romans, Abha Dawesar avait aussi trouvé une jolie formule pour caractériser l'Inde, évoquant de nombreuses nuances de gris plutôt que l'opposition binaire noir-blanc.

Dans l'ensemble, le travail réalisé est très bon bien que la lisibilité souffre peut-être de trop nombreuses références à des pages qui se trouvent plus loin dans le hors-série. Cependant, malgré ces qualités, quelques parties n'ont probablement pas été relues par des spécialistes. Comment peut-on oser dire qu'en ce qui concerne Shiva, Les temples qui lui sont dédiés se trouvent majoritairement à Bénarès (Uttar Pradesh).. Si Shiva a véritablement une importance toute particulière à Bénarès, la phrase que je cite énonce une contre-vérité ; il n'y a qu'à visiter par exemple quelques villes du Tamil Nadu pour s'en convaincre.

Un peu plus loin, dans le lexique, on trouve une idée réçue qui est presque devenue un lieu commun. Au sujet du svastika, sujet sensible qui mériterait un peu plus de sérieux, il est dit que les nazis en firent leur emblème en en inversant le sens. Les nazis n'en ont pas changé le sens ! ils l'ont juste tournée d'un huitième de tour. On peut parler de croix gammée parce que ce symbole peut être vu comme formé de quatre lettres grecques gamma Γ. Une version symétrique de ce symbole existe aussi. Elle serait utilisée notamment par les bouddhistes (par exemple, au Japon, elles apparaissent souvent sur les cartes pour indiquer des temples). Le bouddhisme ayant quasiment disparu de l'Inde, l'orientation standard du svastika indien est à chercher dans les temples hindous et jaïns. Pour ma part, je ne pense avoir jamais vu que le svastika orienté de façon standard, c'est-à-dire comme dans la croix gammée nazie. L'Inde n'ayant pas été touchée autant que l'Europe par la Seconde Guerre mondiale, le symbole y étant de surcroît autochtone, il ne faut évidemment pas voir la grande fréquence de ce symbole comme une banalisation de l'idéologie nazie et a contrario il ne faut pas conclure péremptoirement que la croix gammée nazie et le svastika n'ont rien à voir parce qu'ils ne seraient pas orientés dans le même sens, ce qui est à la fois faux et rhétoriquement faible. L'entrée du lexique de ce hors-série ne va pas jusque là, mais elle trahit un manque de sérieux.

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Nuke deal

2008-07-09 17:32+0200 (Orsay)

Depuis trois ans, un sujet a acquis une importance de plus en plus grande dans la politique intérieure indienne. Repoussant des propositions françaises, le gouvernement de Manmohan Singh avait décidé d'établir avec les États-Unis d'Amérique une convention de coopération portant sur l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire 1. Les communistes se sont toujours opposés à ce projet parce que, selon eux, il nuirait à l'indépendance de l'Inde. Ils n'ont cessé d'utiliser la menace de se retirer de la coalition gouvernementale comme levier pour mettre le Premier ministre face à ses responsabilités.

Il semblerait que l'on assiste ces jours-ci à une étape décisive de ce processus. Des rumeurs laissant penser que Manmohan Singh irait contre l'avis des communistes sur ce sujet et la pression exercée par l'administration Bush pour que cet accord entre en vigueur avant les prochaines élections américaines ont conduit les communistes à annoncer hier qu'ils arrêtaient de soutenir la coalition. Aujourd'hui même, des discussions ont eu lieu entre Manmohan Singh et George W. Bush en marge du sommet du G8. Pendant ce temps, en Inde, on sollicite la présidente Pratibha Patil pour qu'elle fasse procéder à un vote de confiance par le Parlement. Sans de nouveaux alliés, ce gouvernement soutenu par le Congrès pourrait s'effondrer. (Mise-à-jour : le parlement a voté la confiance.)

[1] Puissance nucléaire notoire, l'Inde n'a jamais signé le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Aider un tel pays dans le domaine du nucléaire, fût-il civil, n'est pas anodin. Si l'Inde ratifiait l'accord, il faudrait encore un passage devant le Congrès américain, et apparemment, cela n'aurait rien d'évident.

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