Weblog de Joël Riou

Cette page ne contient que les entrées du mois de juillet 2011. Les entrées les plus récentes se trouvent . Vous pouvez aussi naviguer vers juin 2011 ou août 2011.

Ponda

2011-07-30 19:24+0530 (पणजी) — Voyage en Inde X

Hier soir, étant arrivé avant l'ouverture du restaurant chinois où je voulais dîner (un peu cher pour ce que c'était d'ailleurs), je suis allé au temple Radha-Krishna que j'avais déjà vu il y a deux jours. C'était l'heure de l'aarti, une cérémonie lors de laquelle on présente le feu aux divinités alors que les cloches sonnent. Je crois que c'est la première fois que l'on me demande si je suis un dévôt de Krishna. Non, non, c'est juste pour passer le temps...

Au voisinage, il y a le temple Mahalakshmi. Des enfants doivent monter sur le dos de leurs parents pour atteindre la corde qui permet d'actionner la cloche. On tourne autour du sanctuaire de la divinité en la laissant à sa droite. J'ai vu une jeune femme faire cinq révolutions !

De retour au temple Radha-Krishna, je reste écouter pendant quelques minutes les musiciens et chanteurs (tablas, harmonium, cymbales). Le chant ne me paraît pas particulièrement beau ou intéressant.

Aujourd'hui, j'ai fait une excursion à une trentaine de kilomètres de Panaji, du côté de Ponda. À part peut-être le temple de Shantadurga, les lieux visités ne méritaient pas complètement de faire un tel détour...

J'ai donc pris un bus en direction de Ponda, mais je suis descendu à Mangeshi pour visiter le temple Mangesh (le suffixe Prasanna semble utilisé un peu partout ici pour désigner les temples). Comme dans chacun des trois temples que je vais voir, non loin du temple se dresse une curieuse tour de six ou sept étages. D'après mes souvenirs confus, on aperçoit au loin un Shiva doré au fond du sanctuaire. Un peu plus loin sur la route on peut voir un autre temple, Mahalsa, dédié cette fois-ci à Vishnu. Certaines parties ont l'air d'être faites en pierre. Ce qui est très désagréable, c'est que les seules inscriptions visibles tout autour du temple, ce sont des panneaux avec Entry restricted to foreign tourists écrit en très gros.

J'ai voulu continuer à pieds, mais au bout d'un nombre indéfini de kilomètres sous la pluie le long de la NH4A où je n'ai vu strictement aucune indication de distances, j'en ai eu marre et suis monté dans un bus au milieu de nulle part (mais visiblement un arrêt de bus, puisqu'une autre personne attendait là). En approchant de la ville, le bus s'est rempli. Quand il était plein, il suffisait de demander aux personnes situées dans l'allée de se tasser un peu plus. Heureusement, j'avais une place assise...

Arrivé à la gare routière, j'ai décidé de rejoindre le temple Shantadurga à pieds, les prix des rickshaws étant un peu dissuasifs. Boussole en main, n'ayant toutefois aucune idée sur la direction du centre-ville, devant une intersection, je suis allé en direction du sud-ouest. Si j'avais continué absolument tout droit, je serais effectivement arrivé à un croisement où un panneau indiquait la direction du temple Shantadurga. Cependant, j'ai préféré demander mon chemin à une villageoise vendant des fruits. Sans trop savoir dans quelle langue elle le disait, j'ai eu l'impression de comprendre ce qu'elle m'indiquait. Comme il n'y avait absolument aucun panneau, j'ai bien dû lui faire confiance et même si j'ai un peu douté, j'ai eu raison puisqu'après avoir aperçu une église au sommet d'une colline et un temple manifestement intéressant à visiter sans que je visse pourtant comment faire pour y aller, au bout d'un certain temps, dans cette route en chemin valloné, j'ai bientôt vu le panneau qui indiquait la direction du temple Shantadurga. Au bout de quelques efforts supplémentaires, j'y suis enfin arrivé ; heureusement, puisque cela a été le temple le plus intéressant de la journée.

À l'entrée du temple de couleur rouge et blanche, on peut lire Shri Shantadurga Prasanna. Comme quelques autres arrivés en même temps que moi l'ont constaté après avoir acheté des offrandes, le temple était fermé pendant la pause de midi. J'ai cru entendre Char Bhaje, ce qui eût signifié que cela reprenait à 16h (ce qui est assez habituel pour les temples du Sud), mais une autre personne m'a indiqué que cela rouvrait à 13h30. J'ai donc eu l'opportunité de tester le restaurant situé en sous-sol au niveau de l'enceinte du temple (qui contient aussi de nombreuses chambres pour pélerins). Le thali et le thé étaient fort bons.

J'ai ensuite enfin pu visiter le temple. À l'entrée, on aperçoit à gauche Hanuman et à droite Garuda. De l'autre côté du mur se trouvent des peintures représentant Saraswati et Lakshmi. En hauteur sur tout le pourtour du temple se trouvent des frises représentant des scènes mythologiques peintes dans un style coloré un peu naïf. Au niveau du sanctuaire, on peut reconnaître Vishnu couché sur l'océan cosmique. Quand on s'approche du sanctuaire, on peut voir à gauche et à droite deux sculptures dorées identiques de Vishnu, représenté de façon standard avec ses quatre bras tenant le disque, la conque, la massue et la fleur de lotus. L'idole dorée de Shantadurga se trouve au fond. Si on entreprend de faire le tour du sanctuaire (pradaksina), une autre Shantadurga est visible sur le côté gauche. Dans un couloir partant vers la droite se trouve une sculpture de Narayana, et une autre de Ganesh.

Je suis ensuite monté au sommet d'une petite colline où se trouvait un temple dédié à Hanuman, mais dont la porte était verrouillée. Cela permettait cependant d'avoir une certaine vue sur les environs.

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Arrivée à Goa

2011-07-29 15:30+0530 (पणजी) — Voyage en Inde X

Mercredi soir, j'ai pris le train de nuit Pune-Ernakulam (Kochi) et suis descendu à Margaon. De là, il a fallu rejoindre la gare routière, ce que j'ai fait en utilisant une moto-taxi. Le trajet en bus vers Panaji, la capitale de l'état de Goa, prend une heure environ, mais cela ne compte pas la bonne demi-heure d'attente pour acheter le billet.

Du point de vue de la végétation, la région ressemble beaucoup au Kerala, qui se trouve plus au Sud. Il pleut beaucoup aussi, et du coup, le sol, de quelle nature qu'il soit, est très glissant. La ville de Panaji est assez agréable et calme. Je m'y suis baladé hier. J'y ai notamment visité le temple de Maruti (Hanuman), qui est doté d'une architecture un peu tarabiscotée ; curieusement, un des panneaux indiquant où faire des donations contenait une inscription en russe. À part de cas-là, en dehors des indications en anglais, je n'ai vu ici que des inscriptions écrites dans l'alphabet devanagari (les nombres 10 et 12 ont l'air de se dire de la même façon dans la langue locale qu'en hindi). Si en bas, la ville contient de nombreuses ruelles et des petites maisons héritées de la colonisation portugaise, dans les hauteurs, on trouve surtout des habitations plus modernes, quoiqu'on y croise aussi la maison de l'archevêque. Un temple est dédié à Mahalakshmi (et au voisinage, il y en a un dédié à Radha et Krishna). Non loin de là se dresse aussi l'église Notre-Dame-de-l'Immaculée-Conception (qui comme chacun sait renvoie à la naissance de Marie et non de Jésus...). Pendant une grosse averse, je suis allé déjeuner dans un restaurant assez chic mais presque complètement désert.

Aujourd'hui, je suis allé à Velha Goa, qui se trouve à une dizaine de kilomètres à l'Est de Panaji. C'est une excursion au très bon rapport qualité-prix, puisque le trajet en bus ne coûte qu'environ 10 roupies et que les sites (catholiques) sont gratuits ; certains ont des petites expositions à 5 ou 10 roupies, mais elles ne sont pas extraordinairement intéressantes. Parmi les sites les plus importants (qui contiennent des murs richement décorés et quelques peintures), il y a l'église Saint-François d'Assise, la cathédrale de Sé, l'église San Cajetan et la basilique du Bom Jesus. Dans cette dernière, on peut voir le cercueil en verre et argent de Saint François-Xavier, au corps incorruptible. Comme il se trouve à quelques mètres en hauteur, on n'en aperçoit guère que la tête.

Il n'est pas si intéressant que ça de monter au sommet de la colline où se trouve l'église Notre-Dame-du-Mont (fermée), puisque la vue n'y est pas extraordinaire.

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Cybercity

2011-07-27 16:44+0530 (पुणे) — Voyage en Inde X

Hier soir, j'ai retrouvé Anuj qui m'avait invité à venir voir son lieu de travail. Cela se trouve à Magarpatta City, à l'Est de Pune, où des entreprises d'informatique se sont installées dans des bâtiments flamblant neufs. L'ensemble est très impressionnant. Les 5000 employés de l'entreprise qui l'emploie (amdocs) occupent plusieurs étages dans certaines des douze tours à six étages qui se trouvent autour d'un gigantesque rond-point. Pour accéder à son bureau dans la tour 12, il faut passer un badge à chaque ouverture de porte. Curieusement, à l'intérieur, malgré les bureaux tous identiques, l'atmosphère n'a pas l'air trop oppressante. Mais, comme il était déjà tard, il n'y avait plus grand monde dans les bureaux. Nous sommes ensuite allés dîner avec sa fiancée Anubha.

Ce matin, je suis allé à l'hôpital voir et féliciter mon amie Supriya qui était rentrée dans sa ville natale il y a quelques jours et qui a donné naissance lundi dernier à une fille.

Je suis rentré à pieds, ce qui m'a permis de voir quelques autres temples dans la ville. J'ai également aperçu un gurdwara, mais n'ayant pas de couvre-chef, et l'endroit étant assez désert, je n'ai pas osé entrer.

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Pune

2011-07-26 15:36+0530 (पुणे) — Voyage en Inde X

Lundi matin, j'ai pris l'Udyan Express à VT pour Pune. Je suis retourné au National Hotel, situé près de la gare, comme la dernière fois. Au cours de l'après-midi, je suis allé visiter le musée des cultures tribales. En 2007, il était en travaux. Cette fois-ci, il était bien ouvert, et le prix du ticket pour les étrangers a été multiplié par 20. En Inde, pour 200 roupies, d'habitude, on n'est pas très loin de pouvoir entrer dans un site classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Même si la collection présentée est originale et peut-être unique en Inde, c'est quand même un peu cher. Certaines parties du musée rappellent quelques œuvres présentées au Quai Branly en 2010 dans l'exposition Autres maîtres de l'Inde, créations contemporaines des Adivasi, en particulier des peintures de la tribu Warli. On trouve aussi des instruments de musique, des objets de la vie courante, des bijoux, etc. Dans une des salle on trouve un grand nombre de masques (en bois) colorés représentant des divinités (qui semblent empruntées au panthéon hindou). Parmi eux, un masque avec 9 têtes additionnelles pour représenter Rawan (Ravana). Ces masques viennent aussi de la tribu Warli et d'autres tribus de la région.

Dans la soirée, je suis allé dîner avec Anuj, dont j'avais fait la connaissance à Indore où il étudiait. Il travaille depuis un an et demi dans une entreprise informatique de Pune et il m'a emmené sur sa moto dans un restaurant où est servi un extraordinaire thali du Maharashtra...

Aujourd'hui, je suis allé visiter Shaniwar Wada, une enceinte fortifiée dont j'avais rechigné à payer le billet d'entrée il y a quatre ans. Il n'y a rien d'extraordinaire à l'intérieur. On voit simplement quelques fontaines (hors d'usage) et quelques espaces verts, et il est possible de monter sur le chemin qui fait le tour du fort.

En continuant ma route vers le Sud, je suis arrivé devant un très spectaculaire temple de Ganesh (le bâtiment à plusieurs étages n'est pas convexe...). Il faut faire le tour par le gauche pour entrer dans la file d'attente. L'intérieur (que l'on discerne déjà depuis la rue) est entièrement couvert d'argent ou d'or. La divinité est assez imposante aussi, mais le matériau dans lequel elle est faite est moins riche. Cela ne m'étonnerait pas que cette idole ait vocation a être jeté dans la rivière en procession dans quelques semaines. À l'extérieur du temple, c'était une souris qui veillait sur la divinité (il est très courant de voir le buffle Nandi surveiller un temple de Shiva, mais pour d'autres divinités, il me semble que c'est moins courant). Parmi les autres curiosités, au moment de passer devant la divinité, les fideles appuyent leur tête sur une marque de pieds gravée (dont j'ignore la pointure et le nom du propriétaire).

J'ai continué vers le Sud, ai mangé un Masala Dosa, puis ai visité le temple Shri Siddivinayak Mandir, un temple de Ganesh, situé dans le jardin Saras Baug. Je n'avais vu de noms approchant celui de Vinayak que dans le Tamil Nadu où c'est le nom standard pour les temples de Ganesh.

Encore plus au Sud, je suis monté au sommet d'une toute petite colline où se trouve un temple de Parvati. En fait, c'est tout un complexe avec plusieurs temples de tailles respectables. Cela commence par une forme du couple Vishnu-Lakshmi présente dans le temple Shri Vittala-Rakhumai Mandir. Sur le mur, de part et d'autre des divinités sont représentés Hanuman et Garuda, ce dernier tenant un serpent (sans doute pour le manger puisque Garuda est connu pour être un mangeur de serpents).

En continuant sur la gauche, on arrive à un temple de Kartik, de style dravidien. Sur le mur à côté du temple, on peut voir plusieurs illustrations de la vie de cette divinité à six têtes. Un peu plus loin, un temple de couleur orange est dédié à Vishnu-Narayan, que l'on voit porter le disque et la conque. Sur le côté, les dix avatars canoniques de Vishnu sont représentés.

Complètement de l'autre côté, on peut accéder au temple de Parvati proprement dit. Quatre mini-temples à l'intérieur de l'enceinte sont dédiés à Surya, Ganapati, Bhavani-Mata (protégée par un lion) et Vishnu. Pour cinq roupies, on peut monter sur le rebord du mur d'enceinte et ses terasses qui offrent une belle vue sur la ville de Pune.

Pour finir, j'ai visité le petit musée Peshwa (10 roupies) qui contient ce qu'on peut attendre d'un musée consacré à une ancienne famille royale. On y trouve par exemple quelques palanquins, mais aussi quelques manuscrits sanskrits.

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Dernier jour à Mumbai

2011-07-26 15:35+0530 (पुणे) — Voyage en Inde X

Dimanche, je suis retourné du côté de Walkeshwar. J'y suis allé en bus depuis Chowpatty Beach. À l'arrêt de bus se trouvait en effet un panneau très abîmé par le temps sur lequel on pouvait lire la liste des bus y passant d'un côté en anglais et de l'autre dans l'alphabet devanagari. Quand le bus est arrivé, je n'ai pu voir le numéro, mais après m'avoir fait répéter et répété lui-même ma destination, le conductor a confirmé que c'était le bon bus et il m'a indiqué où descendre. Il y avait beaucoup moins de cygnes dans le bassin que dans mon souvenir. Au bord du bassin, une famille joue au carrom. Des jeunes gens s'amusent à faire des plongeons acrobatiques. J'ai visité quelques temples de plus que lors de ma première visite. Plus haut, après avoir pris un très bon lassi, j'ai visité un temple jaïn dédié à Adinath (quoique ce nom n'apparaisse pas dans le nom du temple, écrit en gujarati, si j'ai bien lu). Le sol de l'intérieur du temple est en marbre blanc incrusté de pierres colorées. Un homme travaillant au temple a tenu à m'expliquer des choses sur le temple, mais il a vu que j'avais déjà quelques notions. Un moine est venu ensuite et m'a dit que la première étape, c'était de devenir végétarien... Les travaux dans un autre temple situé sur la Walkeshwar Marg ont l'air d'être presque terminés.

Je suis ensuite allé déjeuner au restaurant Govinda du temple Hare Krishna qui se trouve non loin de Chowpatty Beach, puis suis allé revisiter le temple de Babulnath. La montée est beaucoup plus courte que dans mon souvenir. Le temple me paraît plus beau cette fois-ci, même s'il est probable que rien n'ait changé. C'est un temple de Shiva. Il s'y trouve de nombreux piliers sculptés. Entre eux se dressent des arches sur lesquelles on peut voir quelques créatures célestes, probablement des gandharvas, puisqu'on les voit jouer de quelques instruments de musique : lyre, tambour, vina. Au moment où je suis arrivé avait lieu un rituel particulier. Le prêtre assis près du lingam avait à sa gauche un énorme pot de lait fermenté qu'il versait verre après verre sur le lingam. Le liquide blanc passait ensuite par je ne sais quelle canalisation pour sortir par la gueule d'un animal à l'extérieur du temple. Quelques minutes plus tard, le pot était vide. Je n'avais vu ce type de rite qu'une seule fois précédemment, à Thanjavur.

Dans la soirée, je suis allé dans un des nombreux excellents restaurants de Mumbai : Trishna (à Kala Ghoda). J'y ai mangé le meilleur byriani de ma vie. C'etait un byriani de poisson. J'en aurais voulu un aux crevettes, mais on m'avait dit qu'ils n'avaient plus que des crevettes medium size et donc que le prix serait doublé... (Toutefois, si j'ai trouvé que le plat était relevé juste ce qu'il faut, je pense que pas mal de touristes le trouveraient immangeable puisqu'au bout de quelques bouchées, on tombe forcément sur quelque petite rondelle de piment vert...) J'ai encore une fois constaté que plus le restaurant est chic, plus la musique qui y passe tend à être dégénérée. Le pire que je connaisse est le restaurant Connoisseur à Allahabad. Ici, on entendait des standards du rock rendus inoffensifs par une version instrumentale aseptisée quasi easy-listening. Je ne déteste pas Wish you were here de Pink Floyd, m'enfin pas dans cette version-là...

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Gayatri Sriram au NCPA

2011-07-25 14:32+0530 (पुणे) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde X

Dance Theatre Godrej, National Centre for the Performing Arts, Mumbai — 2011-07-23

Gayatri Sriram (disciple de Smt. Minal Prabhu), bharatanatyam

Panchakanya

Avant-hier soir, je suis allé au NCPA pour voir Panchakanya, le récital de bharatanatyam de Gayatri Sriram (chorégraphié par sa guru Smt. Minal Prabhu). La première impression n'a pas été extraordinaire. Il y avait pourtant un effectif musical inhabituellement fourni : mridangam, nattuvangam, voix, flûte, sitar. Mais par ailleurs, on laissait entrer n'importe comment les retardataires. D'autres sortaient, re-rentraient, voire dans un cas, re-sortaient pour de bon en cours de route. Bref, difficile de se concentrer sur le spectacle.

La pièce introductive est une invocation de la déesse, Devi. Elle s'enchaîne avec la première partie du programme Panchakanya proprement dit. La première des cinq (Panch) jeunes femmes (Kanya) est Ahilya (sic). Les cinq femmes évoquées successivement étant des personnages du Ramayana (quatre) ou du Mahabharata (une seule), je connaissais déjà très bien leur histoire qui a de toute façon été rappelée avant chaque partie. Pourtant, je n'ai à peu près rien saisi de la partie concernant Ahalya (et je ne suis même pas certain d'avoir bien compris où était la transition par rapport à la pièce introductive). J'ai vaguement cru comprendre qu'il y avait une femme dévôte et qu'à la fin elle était en quelque sorte prise en flagrant délit d'adultère (Indra ayant pris la forme de son époux Gautama). A priori, rien sur la malédiction qui l'avait transformée en pierre avant que Rama ne la libère.

Je commençais à avoir de gros doutes et puis est venue la partie consacrée à Draupadi. Elle comptait deux scènes. La première était celle de son svayamvar : une cérémonie au cours de laquelle une jeune femme choisit son époux. En l'occurrence, le choix devrait se porter sur celui qui montrerait son adresse à l'arc. C'est Arjuna qui l'emporte. Il me semble que la danseuse a plusieurs fois souligné le fait que celui-ci était un brâhmane, en tout cas au moins un deux-fois-né, reconnaissable à son cordon sacré. Alors en fuite après l'incendie de la maison de laque, Arjuna se cachait en se faisant passer pour un brâhmane. La deuxième scène est celle du jeu de dés. Yuddhishthira a tout perdu contre Duryodhana (qui faisait jouer un tricheur à sa place), y compris lui-même et Draupadi. Duryodhana envoie Duhshasana la chercher. Elle refuse de se laisser faire, mais il la traîne de force par les cheveux (c'est beaucoup moins soutenable que la dernière scène du premier acte du Crépuscule des Dieux où Siegfried ayant pris les traits de Gunther malmène Brünnhilde). Ensuite, il tire sur son sari, mais de nouveaux mètres de tissu apparaissent prodigieusement au fur et à mesure. Elle avait en effet adressé une prière à Krishna. Cette deuxième scène du jeu de dés était tout particulièrement bien chorégraphiée et très émouvante.

Comme dans tout le programme, la musique semble le résultat d'un très bon travail visant à accompagner la dramaturgie. Cela se voit dans le texte, que je ne comprends pas, mais qui contient suffisamment de mots-clefs pour qu'il soit évident que les mots employés collent à l'action. L'utilisation des différents instruments et les choix de dynamique permettent de souligner les passages importants. De façon assez originale, les passages purement rythmiques sont accompagnés non pas seulement du mridangam et du nattuvangam (auxquels s'ajoutent la voix de la guru dictant le rythme), mais aussi de la voix du chanteur, absolument extraordinaire (je n'ai jamais entendu un chant d'une telle qualité lors d'un récital de bharatanatyam, à part Aruna Sairam, mais c'était dans un contexte un peu particulier.

Il s'agit donc d'un récital de bharatanatyam dans un style très narratif, comme j'en ai rarement vu. C'est cependant moins dansant que ne l'était Srithika Kasturi Rangam. Cela dit, les passages rythmiques de danse pure étaient très bien.

Après Draupadi, c'est au tour de Sita. Là encore, l'histoire est parfaitement claire. Elle est découverte dans un sillon de terre par Janaka, qui l'élève. Lors de son svayamvar, Rama l'obtient en bandant l'arc de Shiva. J'avais déjà vu plusieurs fois cette scène particulière lors d'autres récitals. Ici, comme dans l'ensemble du récital, cela pèche un peu par la consision du propos. Il aurait été intéressant (et sans doute plus divertissant) de ne pas montrer seulement Rama en train de réussir l'épreuve, mais aussi de souligner la difficulté de la tâche en montrant quelques autres en train d'échouer plus ou moins lamentablement (le même problème se posait aussi avec l'épreuve réussie par Arjuna). Le plus beau passage de cette partie est intervenu ensuite. Alors qu'elle est dans la forêt avec Rama et Lakshmana, elle aperçoit une antilope dorée (en fait un démon qui a pris cette forme pour la tromper) ; elle demande à Rama de la lui capturer. Lakshmana finit par y aller aussi. Laissée seule, elle est enlevée par Ravana, que la danseuse a caractérisé en suggérant la présence de multiples têtes. Là, il y a eu une brutale ellipse, puisqu'on s'est retrouvé presqu'aussitôt à la fin de la guerre entre les démons d'un côté et Rama et les singes de l'autre. C'est seulement par les lumières qu'a été suggéré l'épreuve du feu que s'inflige Sita pour prouver sa vertu (cela a été presque furtif, pas du tout spectaculaire). Ensuite, la rumeur publique s'empare du bon sens de Rama qui envoie son frère abandonner Sita dans la forêt. Le public mumbaïte a laissé échapper quelques applaudissements lorsque Sita est brièvement sortie de scène (en pensant sans doute que cela signifiait la fin de la pièce) pour revenir aussitôt en ayant donné naissance à ses deux fils jumeaux. La fusion finale de Sita avec la Terre au moment où Rama venait la reprendre n'a été malheureusement suggérée que par les lumières.

C'est Tara, une autre femme du Ramayana, qui a été évoquée ensuite. Cela m'a semblé moins clair, la seule scène bien identifiable a été celle où Rama tue d'une flèche le singe Valin au cours du duel entre Valin et son frère Sugriva.

La dernière femme évoquée est Mandodari, l'épouse de Ravana. Essentiellement, on la voit jouir du luxe de Lanka, puis se lamenter de la mort de Ravana après qu'il a été tué par Rama.

Bien qu'il ne m'ait pas semblé entièrement satisfaisant, j'ai beaucoup apprécié ce récital, qui s'est conclu par les salutations traditionnelles dans un Mangalam.

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Arrivée à Mumbai

2011-07-23 16:35+0530 (मुंबई) — Voyage en Inde X

Je suis parti jeudi soir de Paris par un vol Air India pour Delhi. Avant l'atterrissage, j'ai été impressionné par le nombre de nouveaux grands immeubles d'habitation en construction. Par le hublot, j'ai également pu voir le temple du Lotus. Alors que je me dirigeais pour prendre ma correspondance pour Mumbai, j'ai rencontré par hasard un autre mathématicien qui s'en allait aussi à Mumbai...

L'avion pour Mumbai a eu plus d'une heure de retard au décollage. J'ai donc du changer un peu mes plans puisque l'objectif de la journée était d'aller acheter un billet pour un spectacle de Bharatanatyam au NCPA dont le guichet fermait à 19h. Prévoyant des embouteillages, j'ai préféré ne prendre un taxi que jusques une station de trains locaux située près de l'aéroport. Rien que cela a pris plus d'une demi-heure. Arrivé au terminus Churchgate, voyant que ce serait trop juste d'aller déposer mon sac à l'hôtel, j'ai directement pris un taxi pour le NCPA. Le chauffeur, musulman, m'a parlé de l'Aga Khan (avec un r épiglottique) et de Chantilly.

S'il est possible de réserver certains billets par Internet, pour ce spectacle au Dance Theatre Godrej, le système de réservation est plutôt rudimentaire, mais au moins on peut choisir sa place. Une fois le siège choisi sur le plan de salle, elle est rayée au feutre, ce qui m'a permis de voir que j'ai eu un des tout derniers billets vendus. À quelques minutes près, j'ai réussi à avoir mon billet. Le coût des taxis pour faire l'aller-retour au NCPA a coûté un tout petit peu plus cher que le billet du spectacle (50 roupies)...

Je me suis procuré le deuxième livre River of Smoke de la trilogie d'Amitav Ghosh qui vient de sortir et dont j'avais apprécié le premier volume Un océan de pavots. C'est encore une fois un gros pavé qui va prendre de la place dans le sac...

Si j'ai été réveillé vers 5h par des musiques de films bollywoodiens, je me suis rendormi, et ce n'est que vers midi que je suis parti pour aller à Lower Parel. J'avais en effet envie depuis plus d'un an d'aller à la Le 15 Pâtisserie. Leurs macarons sont d'assez bonne qualité (et à un pris un tout petit peu moins cher que ce qu'on trouve en France). Durée de conservation maximale sans réfrigération : deux heures. En effet, la gâteau appelé Opera que j'avais aussi pris était tout fondu dans sa boîte quand je suis rentré à peine plus d'une heure plus tard, en fait.

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Les Enfants du paradis à Garnier (dernière)

2011-07-16 01:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-07-15

José Martinez, chorégraphie, adaptation

Marc-Olivier Dupin, musique

François Roussillon, adaptation

Ezio Toffolutti, décors

Agnès Letestu, costumes

André Diot, lumières

Arantxa Sagardoy, assistante du chorégraphe

Jean-François Verdier, direction musicale

Agnès Letestu, Garance

José Martinez, Baptiste

Florian Magnenet, Frédérick Lemaître

Vincent Chaillet, Lacenaire

Clairemarie Osta, Nathalie

Caroline Robert, Madame Hermine

Yann Saïz, Le Comte

Aurélien Houette, Avril, complice de Lacenaire

Arnaud Dreyfus, Jéricho, le marchant d'habits

Takeru Coste, Arlequin

Aurélie Bellet, Rigolette

Christelle Granier, Pamela

Charlotte Ranson, Desdémone

Sarah Kora Dayanova, La Ballerine

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Les Enfants du paradis, ballet en deux actes d'après le scénario de Jacques Prévert et le film de Marcel Carné

Approchez Mesdames et Messieurs. Pour la dernière fois ce soir, et sans majoration du prix des places : Les Adieux de José Martinez. C'est ce qu'un des personnages crie lors de la première scène Le boulevard du Temple. La première de cette reprise ayant été annulée (j'ai déjà reçu le virement de remboursement !), c'est donc uniquement à cette dernière que j'assiste. Je l'avais réservée dès qu'il avait été annoncé que José Martinez y danserait pour la première et dernière fois le personnage de Baptiste.

Je retrouve un ballet que j'avais aimé lors de sa création. Entretemps, j'ai vu le film de Marcel Carné (curieusement ; lors de la création, le ballet était d'après le scénario de Jacques Prévert, lors de cette reprise, c'est d'après le scénario de Jacques Prévert et le film de Marcel Carné). Tant qu'à faire, on aurait aussi pu recatégoriser l'ouvrage en ballet-pantomime, puisque pendant plus de deux heures, c'est quand même avant tout de pantomime qu'il s'agit. Il se trouve cependant quelques très beaux moments vraiment dansés.

Les rôles principaux sont tous interprétés de façon enthousiasmante voire très enthousiasmante. Bien sûr, il y avait le couple principal Agnès Letestu (Garance) et José Martinez (Baptiste), et les autres, mais ceux qui m'ont le plus impressionné sont Yann Saïz (Le Comte) et surtout Florian Magnenet (Frédérick Lemaître), dont on se demande s'il n'a pas été un peu inspiré par Ivan Vasiliev (en sautant un peu moins haut, certes). Le passage dansé le plus spectaculaire est le ballet à l'intérieur du ballet Robert Macaire où, accompagné par le corps de ballet, Frédérick Lemaître danse avec la Ballerine (Sarah Kora Dayanova). Il était décidément partout parce qu'à l'entr'acte, il mettait à mort Desdémone (Charlotte Ranson) au Théâtre du Grand Escalier, passage que j'ai mieux vu cette fois-ci, depuis le niveau des deuxièmes loges, même si un éblouissant chandelier m'a empêché d'apprécier la fin.

Du côté de la musique, on a l'impression d'entendre un remix de tout le répertoire (il y a par exemple quelques passages très mozartiens dans le premier acte). C'est indiscutablement agréable à écouter, le rythme est assez marqué et la musique est suffisamment répétitive pour qu'on soit entraîné par la musique. On entend quelques emprunts et citations (notamment le début de la musique de la pub' CNP : la Valse nº2 de la Suite pour orchestre de variété nº1 de Chostakovitch). Cependant, il y a aussi des transitions à la façon des musiques de film d'horreur qui sont à la limite du vulgaire. Que ce soit pour la musique ou la danse, on est loin d'assister à un ballet intellectualisant, on est plutôt dans le grand spectacle.

Les saluts ont été particulièrement émouvants pour cette dernière de José Martinez (qui reviendra comme étoile invitée l'année prochaine...). On a vu des lâchers de ballons aux couleurs de l'Espagne. Le danseur a été très longuement applaudi et il y a eu une énorme standing ovation. Vers la fin, il est même descendu triompher au milieu du public le long de l'allée au milieu du parterre (les strapontins n'étant pas utilisés puisque le personnage de Garance doit emprunter ce même chemin dans le ballet). Quelques ¡Olé!...

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Le Miami City Ballet au Châtelet

2011-07-15 00:24+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Théâtre du Châtelet — 2011-07-14

Miami City Ballet

Edward Villella, direction artistique

Orchestre Prométhée

Gary Sheldon, direction musicale

Maurice Ravel, musique (Valses nobles et sentimentales, La Valse)

George Balanchine, chorégraphie (1951)

Karinska, costumes

Jean Rosenthal, lumières

Jennifer Carlynn Kronenberg, Carlos Guerra

Isanusi Garcia-Rodriguez, la mort

La Valse

Frédéric Chopin, musique (quatre nocturnes pour piano, op. 27 nº1, op. 55 nº1 et 2, op. 9 nº2)

Jerome Robbins, chorégraphie (1970)

Anthony Dowell, costumes

Jennifer Tipton, lumières

Francisco Rennó, piano

Tricia Albertson, Didier Bramaz

Mary Carmen Catoya, Reyneris Reyes

Jeannette Delgado, Renato Penteado

In the Night

Igor Stravinski, musique (Symphony in Three movements)

George Balanchine chorégraphie (1972)

Karinska, costumes

John Hall, lumières

Katia Carranza, Carlos Guerra

Tricia Albertson, Daniel Baker, Patricia Delgado, Renan Cerdeiro

Symphony in Three Movements

J'ai décidé au dernier moment d'aller voir le Miami City Ballet au Châtelet : ce soir, il y avait un programme Balanchine/Robbins.

Le premier ballet, sur une musique de Ravel, était un fort agréable divertissement bourgeois. Des couples dansent la valse. Dans le couple principal, la danseuse se fait séduire par un homme en noir qui lui offre des bijoux et de nouveaux vêtements noirs. C'est la mort incarnée. Le ballet est tout juste divertissant, aucunement désagréable à voir, mais la musique interprétée par l'orchestre de jeunes Prométhée me plaît (jolis glissandos des harpes).

Le deuxième ballet est In The Night de Jerome Robbins que j'avais déjà vu dansé par des danseurs du ballet de l'opéra. Je n'ai plus de souvenir précis du décor d'alors. Celui du Miami City Ballet est peut-être un petit peu kitsch : on voit quelques étoiles briller dans le fond. Pour moi, le problème avec cette représentation a été le pianiste. Cela m'a paru très mécanique, sans nuances, bref cela manquait d'interprétation... au point que les deux premiers nocturnes joués m'ont paru presqu'insupportables (en temps normal, je ne suis déjà pas très friand de Chopin, alors là...). Comme la première fois, c'est surtout le pas de deux du troisième couple qui m'a plu, tout comme la quatrième et dernière partie où ils reviennent tous.

Le dernier ballet présenté a été Symphony in Three Movements de Balanchine, sur une musique du même nom de Stravinski. Lors le premier mouvement de cette symphonie, j'ai souvent pensé au Sacre du printemps (un peu plus loin, on trouve aussi un duo de bassons !). Le pianiste de l'orchestre aurait probablement été meilleur que le soliste entendu dans In The Night... Pour ce qui est de la danse, cela m'a fait un peu penser à Rubis (Joyaux) du même chorégraphe. Cela fait assez plaisir de voir les ensembles de danseurs évoluer de façon homogène sur le plateau. Pour le reste, je ne sais pas ce que ce ballet raconte. Vu les costumes, cela pourrait être des jeux plus ou moins sportifs (une sorte d'aérobic) situés sur une plage...

Sans me plaire ou m'étonner autant que d'autres compagnies invitées ici ou là (Ballet du Théâtre Bolchoï, Ballet de Hamburg, Béjart Ballet Lausanne, Ballet national de Chine, Ballet royal du Cambodge), le Miami City Ballet m'a fait passer une bonne soirée et j'ai été content de découvrir deux autres ballets de Balanchine.

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Otello à Bastille (mise en scène comprise)

2011-07-05 00:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-07-04

Aleksandrs Antonenko, Otello

Sergei Murzaev, Jago

Michael Fabiano, Cassio

Francisco Almanza, Roderigo

Carlo Cigni, Lodovico

Roberto Tagliavini, Montano

Tamar Iveri, Desdemona

Nona Javakhidze, Emilia

Chae Wook Lim, Un araldo

Andre Serban, mise en scène

Peter Pabst, décors

Graciela Galan, costumes

Joël Hourbeigt, lumières

Alessandro Di Stefano, chef de chœur

Marco Armiliato, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Otello, Verdi

Je reviens de la première des représentations de cette série d'Otello où Tamar Iveri chante le rôle de Desdemona. J'ai déjà eu l'occasion de dire que je n'appréciais pas spécialement cette chanteuse. Pourtant, lors de la représentation de ce soir, j'ai vraiment apprécié son interprétation (qui semble tendre parfois à rapprocher Verdi de Puccini), nettement meilleure que celle de Renée Fleming... en particulier, dans la chanson du saule et la prière qui suit.

La mise en scène d'Andrei Serban est la meilleure des trois que j'ai vues de ce metteur en scène (après Lucia di Lammermoor et L'Italienne à Alger). Ce n'est pas extraordinaire, mais il y au moins quelques belles images, comme le feu de joie au premier acte. L'idée principale consiste à projeter des vidéos en surimpression sur les décors ou quelque grand voilage quand la situation le suggère ou quand des personnages ont des pensées en flashback. Au début, pendant la tempête, on voit ainsi des images que l'on aurait aussi bien pu voir au début du Tristan et Isolde avec les vidéos de Bill Viola. Cela dit, les feux d'artifice et les ciels bleus, à force, cela lasse un peu. Je ne sais pas exactement pourquoi j'aurais voulu que Otello étouffe Desdemona avec un oreiller, mais ici, il l'étrangle avec un voile blanc. Parmi les images frappantes : le décor de la chambre était complètement blanc, comme le costume de Desdemona lors de ce quatrième acte. La façon dont Otello transperce alors avec son épée des sortes de cloisons faites de voiles blancs encadrés était légèrement ridicule, mais la mise en scène ne m'a paru à aucun moment grotesque.

Grimé en Maure, Aleksandrs Antonenko est un peu plus crédible scéniquement que dans la version sans décor et accessoire. Cela dit, son rôle est assez statique. Vocalement, il m'a semblé un peu moins à l'aise que la première fois. Le Jago de Sergei Murzaev n'a tout simplement rien à voir avec celui de Lucio Gallo. Sa technique est toute différente, plus subtile que celle de Gallo, qui était cependant meilleur comédien.

Pour ce qui est de l'orchestre, même depuis une place acoustiquement moins favorable que la première fois (mon replacement ninja au fond du premier balcon de face n'a tenu que jusqu'à la fin du premier acte où on a fait entrer des retardataires), cela m'a semblé sublime. Encore une fois bravo au chef Marco Armiliato. Les instruments à vents ont sonné formidablement bien lors de leur ensemble au début du quatrième acte et l'entrée des cordes s'est faite sans rupture. C'est cette même continuité wagnérisante qui m'avait séduit lors de la fois précédente.

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Sayeeduddin Dagar à la Maison de l'Inde

2011-07-04 00:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne

Maison de l'Inde, Cité universitaire — 2011-07-03

Ustad H. Sayeeduddin Dagar, chant dhrupad

Pandit Mohan Shyam Sharma, pakhawaj

Raga Marwa

Raga Lalitha-Gauri

Raga Abhogi

Raga Gumkali

Raga Malkauns

C'est un drôle de concert que celui qui a eu lieu en fin d'après-midi à la Maison de l'Inde et dont j'avais connu l'existence grâce à Klari. Il s'agissait d'un concert de Ustad H. Sayeeduddin Dagar, oncle de Ustad F. Wasifuddin Dagar que j'avais entendu il y a un mois (mais dont j'ai manqué le concert du 21 juin du fait de la grève dans les transports).

Cela a commencé en effet très bizarremment. Alors qu'on s'attendait à un Alap, le maître (72 ans) a commencé par un śloka dédié à Ganesh. Il avait dit avant dans un anglais difficilement intelligible qu'il commençait tous ses récitals ainsi. Il a ensuite repris un programme plus traditionnel par un raga d'après-midi (Marwa). Le problème, c'est que le son de sa voix ne portait pas jusqu'au jusqu'au quatrième rang de ce concert assez confidentiel (une trentaine de spectateurs). Le son des trois tanpuras était trop amplifié par rapport à la voix du chanteur. Il était vraiment impossible d'entendre ce que faisait le chanteur. Pendant plus d'une dizaine de minutes, il y avait vraiment de quoi se dire Au secours ! Qu'est-ce que je fais ici ?!.

J'ai été soulagé quand le réglage du son a été corrigé. Il a été possible de comprendre un peu mieux ce que faisait le chanteur. Cela m'a paru moins limpide que lors du concert de Wasifuddin Dagar, mais malgré la voix un peu fatiguée et une gorge parfois capricieuse, le chanteur a fait un beau développement. Il a parfois fait signe à un de ses étudiants de chanter un peu. Ce premier raga a duré environ quarante minutes. Il a été suivi du double raga Lalitha-Gauri, que contrairement au premier, il a été possible d'apprécier du début à la fin, pendant vingt-cinq minutes. Pendant cette partie, on a parfois vu le chanteur plaisanter sur son grand âge, dont résulterait quelques insuffisances, ou, lors d'une démonstration d'une technique vocale particulière, prononcer un aphorisme comme The pitch can go against the water.. On l'a parfois vu en quelque sorte s'amuser de devoir passer son tour en ratant le train du rythme imposé par le brillantissime percussionniste (Pandit Mohan Shyam Sharma, qui accompagnait aussi Wasifuddin Dagar).

Après une pause, la concert a repris. Il a expliqué qu'il était en conflit avec le percussionniste parce que pour jouer certain raga du soir, il lui faudrait davantage d'obscurité (actionner les stores n'y a rien fait, à 20h, c'était comme en plein jour). Le Raga Abhogi qui a été joué sur un rythme très lisible à 5+4+5=14 temps a été absolument sublime. Je n'ai pas vu le temps passer pendant ce développement. En jetant un coup d'œil à l'horloge, j'ai été stupéfié en découvrant qu'il avait duré 40 minutes.

Le rythme à sept temps du Raga suivant, Gumkali, a été plus difficile à saisir... C'est le seul morceau du concert dont j'aie compris quelques mots du śloka : Bhaje Damaru. Il devait donc probablement s'agir d'un vers dédié à Shiva (comme j'en avais entendu lors du récital de Gaayatri Kaundinya à Kolkata). Un quart d'heure plus tard, le public en redemandant, le chanteur a interprété le Raga Malkauns.

Sans atteindre les sommets du concert de Wasifuddin Dagar et malgré un début raté, cela restera sans doute un fort bon souvenir. Arriver à chanter pendant environ trois heures sans faire naître l'ennui, c'est déjà en soi très remarquable !

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L'Anatomie de la sensation à Bastille

2011-07-02 23:51+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Bastille — 2011-07-02

Mark Anthony Turnage, musique (Blood on the Floor, 1994)

Wayne McGregor, chorégraphie

John Pawson, scénographie

Moritz Junge, costumes

Lucy Carter, lumières

Laïla Diallo, assistante du chorégraphe

Jérémie Bélingard, Mathias Heymann, Marie-Agnès Gillot, Dorothée Gilbert, Laurène Lévy, Audric Bezard, Alice Renavand, Josua Hoffalt, Myriam Ould-Braham, Simon Valastro, Aurélie Dupont

Ballet de l'Opéra

Ensemble Intercontemporain

Peter Rundel, direction musicale

John Parricelli, guitare électrique

Peter Erskine, batterie jazz

Martin Roberston, saxophone, clarinette

Michel Benita, guitare basse

Willi Bopp, son

L'Anatomie de la sensation, pour Francis Bacon (création)

Je n'avais pas prévu d'aller à la création de L'Anatomie de la sensation, pour Francis Bacon de Wayne McGregor. Elle devait avoir lieu vendredi dernier, en même temps que la première de la reprise des Enfants du paradis. J'avais choisi cette dernière, mais les deux représentations ont été annulées en raison d'une grève des personnels de l'Opéra à propos de leur régime spécial de retraites.

La deuxième représentation, prévue samedi à 14h30, a également été annulée par manque de répétitions. Mon billet pour cette troisième représentation m'a donc permis, par hasard, d'assister à la création du ballet. Celle-ci a été retardé d'une bonne dizaine de minutes pour faire rentrer les nombreux retardataires (l'entrée dans l'Opéra Bastille n'étant pas facilitée les mesures de sécurité inquisitoriales associées à une manifestation qui avait lieu sur la place de la Bastille à propos de la Côte d'Ivoire).

Ce ballet ne m'a procuré aucune émotion. Ni adhésion, ni rejet. Juste un vide. La musique de Mark Anthony Turnage (1994) n'est pas extraordinaire non plus. Que ce soit dans la musique ou dans la chorégraphie, on ne voit pas du tout où cela mène. Dans la musique, quelques passages pas désagréables du tout grâce à la guitare électrique, mais cela ne fait que deux ou trois numéros sur les neuf parties de la partition et du ballet. La seule chose qui m'ait plu, c'est la scénographie. Le décor est constitué de deux grands panneaux blancs verticaux qui peuvent tourner. Ce serait plus précisément deux éléments comprenant chacun deux panneaux blancs reliés le long d'un côté commun (vertical), les panneaux formant un léger angle (qui est peut-être variable, je ne suis pas sûr d'avoir bien vu). Cela m'a laissé légèrement dubitatif au début, mais par la suite, les lumières et les rotations des panneaux ont créé de très belles configurations, dans lesquelles les danseurs passaient parfois de la lumière à la pénombre.

Autant chez Anna Teresa de Keersmaeker, on peut croire qu'il y a une organisation subtile derrière le désordre apparent, autant ici, tout semble aléatoire, comme passé par un générateur automatique de chorégraphies. Il y a bien eu quelques moments peu déplaisants, mais dans l'ensemble, je trouve que c'est assez mauvais. Comment un chorégraphe peut-il faire en sorte qu'on ait des difficultés à reconnaître Myriam Ould-Braham ?! Parmi les danseuses dont j'arrive à retenir quelques images de ce spectacle, il y a Marie-Agnès Gillot, Alice Renavand et Aurélie Dupont. (J'avais d'ailleurs pris cette place en plus de mon abonnement pour voir Aurélie Dupont qui revient dans cette série de représentation après un congé de maternité. On la voit en tout moins de dix minutes...)

J'avais mal lu la fiche de distribution et pensais que l'œuvre ne comportait que huit parties. Quand Alice Renavand et Josua Hoffalt ont terminé leur partie Crackdow, je pensais que c'était terminé. La neuvième et dernière partie Dispelling the Fears a été un quasi-supplice pour moi, parce que d'une part la musique me déplaisait franchement, et d'autre part il y avait un voile à l'avant-scène qui faisait qu'on ne distinguait plus grand'chose de ce qui se passait sur la scène (qui était faiblement éclairée).

Bref, c'est sans aucune doute ma plus mauvaise expérience de spectateur avec le Ballet de l'Opéra. La seule autre fois où j'étais sorti vraiment peu enthousiaste, c'était pour la soirée Amoveo/Répliques/Genus des chorégraphes Millepied/Paul/McGregor. Pourtant, ce soir-là, j'avais plutôt apprécié Genus...

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Götterdämmerung à Bastille (dernière)

2011-07-01 02:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-06-30

Torsten Kerl, Siegfried

Iain Paterson, Gunther

Peter Sidhom, Alberich

Hans-Peter König, Hagen

Katarina Dalayman, Brünnhilde

Christiane Libor, Gutrune, Dritte Norn

Sophie Koch, Waltraute

Nicole Piccolomini, Erste Norn, Flosshilde

Caroline Stein, Woglinde

Daniela Sindram, Zweite Norn, Wellgunde

Philippe Jordan, direction musicale

Günter Krämer, mise en scène

Jürgen Bäckmann, décors

Falk Bauer, costumes

Diego Leetz, lumières

Otto Pichler, chorégraphie

Stefan Bischoff, création images vidéo

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Götterdämmerung, Wagner

J'ai assisté ce jeudi à la dernière du Crépuscule des dieux à Bastille. Mon impression a été tout autre que la première fois. Cela tient peut-être moins à l'interprétation qu'à ma disposition physique. Lors de la matinée du 12 juin, j'étais souvent au seuil de l'endormissement. Ce soir, à la fin, après minuit, j'aurais pu sans problème enchaîner avec un autre opéra de Wagner.

Lors de cette dernière, je n'avais plus aucune attente vis-à-vis de la mise en scène. J'ai donc pu me concentrer sur la musique, délaissant même les sur-titres, et je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. Du côté des voix, la distribution est sans failles. La Waltraute de Sophie Koch m'a ébloui. Pas de surprises avec Hans-Peter König (Hagen), tout simplement extraordinaire. Très bonnes prestations des autres chanteurs. J'attendais beaucoup de Katarina Dalayman (Brünnhilde). Si cela n'a pas été absolument parfait, je l'ai nettement préférée à Brigitte Pinter. Sa façon d'incarner le rôle m'a paru plus convaincante (dans les limites de la mise en scène de Krämer...). Sa voix m'a également semblé moins fragile. Si la scène finale ne m'a pas ému autant que je l'eusse espéré, il s'est trouvé d'autres moments qui m'ont procuré de bonnes émotions.

Du côté de l'orchestre, je peux retirer quelques uns des griefs qui étaient sans doute liés à une incapacité passagère d'écouter de la musique. Sans être uniformément enthousiaste du début à la fin, j'ai passé une très bonne soirée grâce à l'orchestre. J'ai retrouvé les sublimes clarinettes et hautbois dans l'interlude précédant la rencontre entre Waltraute et Brünnhilde. Le rappel par les violoncelles des adieux de Wotan dans cette scène m'a paru très émouvante. La mort de Siegfried a été superbe, tout comme les réminiscences qui avaient précédé (comme la reprise des motifs associés à l'Oiseau par l'orchestre et Siegfried). Le langage des motifs m'a été intelligible tout du long. Cependant, je n'ai pas été emballé par certains débuts de phrases des cuivres, en particuliers des cors, notamment quand ils ont repris le motif du Rhin. À la fin, les premières apparitions du motif de la Rédemption par l'Amour m'ont semblées un peu disgracieuses (parce qu'à moitié camouflées par le reste de l'orchestre). Toutefois, contrairement à ce qu'il m'avait semblé entendre lors de l'autre représentation à laquelle j'ai assisté, la dernière occurrence de ce motif a été très majestueuse.

Événement rare, le parterre a fait une véritable standing ovation aux artistes.

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