Weblog de Joël Riou

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Vingt-sept kilomètres à pieds (nus)

2012-07-29 19:14+0530 (खजुराहो) — Voyage en Inde XI

À 23h, nous réglons le réveil pour 2h30. Je ne dormirai pas du tout pendant ces courtes heures puisque mon corps est en permanence chatouillé par des moustiques minuscules (plus petits que des fourmis). Leur contact ne fait pas mal et ne laisse pas de traces, mais la sensation n'est pas très agréable.

À 3h, nous partons pour le Bandhana : la visite de la trentaine des Tonks situés sur la colline de 1350 mètres d'altitude. L'ascension fait 9 kilomètres, le parcours entre les différents Tonks fait 9 kilomètres aussi, tout comme le retour. Au total, j'aurai donc fait 27 kilomètres à pieds. Je n'étais pas sûr de ce détail avant de venir, mais il convient de faire cela pieds nus. Certains le font en portant une sorte de chaussette de protection. Abhishek a essayé de me dissuader de le faire pieds nus comme lui, mais j'ai insisté pour le faire à la dure. (Certains se font même porter par 2 ou 4 porteurs, ce qui ne manque pas de créer de petits embouteillages...)

Il convient d'avoir une lampe pour les premiers kilomètres d'ascension. Le rythme d'Abhishek est assez rapide, mais j'essaie de le suivre. Quand il commence à faire jour et que j'éprouve quelques signes de fatigue, il me montre souvent notre destination finale, à savoir le temple de Parasnath, le tout dernier (et le plus haut) Tonk à visiter. En fait, on ne voit pas plus de 50 mètres devant soi du fait de la brume...

Au bout d'un moment, nous voyons le premier Tonk (je crois que cela devait être juste après la visite à un temple). Ces Tonks sont pour la plupart de toutes petites niches abritant les empreintes de pieds des tirthankars (dont 20 ont obtenus la libération (moksha) à Shikharji, ce qui justifie la sainteté de la colline pour les jaïns). Quand la foule n'est pas trop bouillonnante et quand mes jambes ne souffrent pas trop, je m'approche de ces empreintes de pieds et y dispose un peu du riz dont Abhishek m'a pourvu. De son côté, il récite quelques mantras, fait plusieurs fois le tour du Tonk et se prosterne devant, peu important que les vêtements blancs et neufs qu'il a passé pour ce Bandhana en soient souillés.

Beaucoup de grains de riz déposés en offrandes sont éparpillés sur le sol. Ils ont la facheuse tendance à se coller à mes pieds, ce qui me fait souffrir encore davantage.

Une des raisons pour partir aussi tôt était de ne pas avoir à faire la queue pour accéder au minuscule Tonk de Chandraprabhu et y voir les empreintes de ses pieds (Darshan). En fait, bien que nous soyons partis à 3h, nous aurons à patienter pendant plus de deux heures. De temps en temps, nous voyons un moine digambar (tout nu, donc) dépasser tout le monde, ce qui crée à chaque fois une certaine effervescence. Le chemin étant étroit, il faut se mettre en file indienne pour laisser de la place à ceux qui reviennent du temple. En général, cela se passe bien, mais j'ai toutefois été le témoin de quelques échauffourrées peu compatibles avec la doctrine de l'ahimsa que le jaïnisme pousse plus loin que les autres religions indiennes.

La visite des Tonks se poursuit, avec ses ascensions, ses plats, ses descentes. À un moment, Abhishek me dit qu'il n'en reste plus que quatre ; cela devait être peu après la visite à un fort beau temple. Je commence à compter... Arrivé au sommet d'une éminence, je regarde partout autour de moi et ne voit rien qui soit situé plus haut. Je crois que cela devait être pour le Tonk de Mahavir. Je savais bien que le parcours n'était pas terminé et qu'il restait encore le temple de Parasnath qui devait alors être perdu dans la brûme (le temps a plutôt été clément : cela a été frais tout du long, avec un peu de pluie ; en plein soleil, je me serais brûlé les pieds sur les marches cimentées...). Il a encore fallu redescendre, puis remonter et visiter le temple de Parasnath, en deux fois, puisqu'il est sur deux étages, chacun renfermant des empreintes de pieds.

Après cela, Abhishek a bu sa première goutte d'eau de la journée (alors que j'en étais déjà plusieurs litres...). La redescente de 9 kilomètres est interminable. En ce jour particulier, les organisations jaïnes offrent toutefois à ceux qui viennent de faire le Bandhana de léau, des gâteaux (Halwa), etc. Nous nous sommes ainsi restaurés en deux endroits pendant cette descente. À la fin, c'était carrément de l'eau minérale qui était servie !

Mes pieds comment à me faire souffrir le martyre. La moindre aspérité du sol me fait mal. Avant de rentrer au dharmshala, complètement épuisé, j'accompagne Abhishek dans sa visite des temples de Madhuban où il remercie les dieux que cela se soit bien passé (on a marché pendant plus de douze heures : départ à 3h, retour à 15h30).

Quelques heures plus tard, il s'en va à la gare avec son beau-frère et les amis de celui-ci. Après cette journée épuisante, je dormirai plus de 14h sous un ventilateur fonctionnant par intermittences. Au moins, mon sommeil n'aura été aucunement dérangé par les moustiques !

Série de photographies : 2012-07-25, Parasnath.

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Commentaires

1. 2012-07-29 16:12+0200 (ABHISHEK KR JAIN)

NICE AND VERY HONESTLY WRITTEN BY JOEL,,,


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