Weblog de Joël Riou

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Shakuntala au Centre Mandapa

2011-11-06 00:24+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Centre Mandapa — 2011-11-05

Shakuntala, bharatanatyam

Muthuswami Pillai, chorégraphie

Bhakti, la lumière du cœur, Poèmes de Rumi

C'est un récital un peu à part auquel j'ai assisté ce samedi au centre Mandapa. Il était intitulé Bhakti, la lumière du cœur, et à la danse bharatanatyam devaient être associés des poèmes de Rumi. L'idée d'associer le bharatanatyam à une autre culture fait penser au programme Bhârata/Bach dansé par Maria-Kiran il y a quelques années, mais la réalisation sera toute différente.

Le récital sera en réalité en trois parties. Après que l'on a fait brûler de l'encens et allumé la lampe, un prélude musical se fait entendre : une invocation de Shiva. La danseuse entre ensuite en scène (elle n'en sortira plus avant la fin du récital, ce qui contribuera à une atmosphère étonnante que personne n'osera troubler par des applaudissements) pour des offrandes de fleurs. J'ai le plaisir d'entendre une guimbarde dans la musique enregistrée, cela faisait longtemps... Le style de la danse comporte beaucoup de tours de la danseuse sur elle-même. Le rythme est très rapide. Cela semble une façon de concevoir le voie de la Bhakti, sous la forme d'une sorte d'adoration joyeuse de la divinité qui permettrait d'atteindre l'Unité. La danse évoque les oreilles de Ganesh et la danse de Shiva-Nataraja.

Avant de danser la pièce suivante, la danseuse dévoile un peu du dictionnaire de la danse en montrant des mouvements associés à un petit texte qui résume la pièce. Il sera question d'une dévôte de Subramaniam (aussi appelé Muruga, Skanda ou Kartikeya) qui s'adresse à lui en disant Pourquoi tardes-tu à venir me donner ta bénédiction ?. La narration et l'illustration est entrecoupée d'assez longs passages de danse pure. La chorégraphie n'est pas des plus belles que j'aies vues. Elle demande une très grande rapidité d'exécution. Cependant, les mouvements et poses prises par les mains sont réalisés avec une grande précision. Dans cette pièce comme dans la précédente, malgré la vitesse, l'ensemble reste ainsi très lisible.

Ayant enlevé ses grelots de chevilles et ayant passé une blanche tunique, le récital prend une toute autre direction. Il ne s'agit plus véritablement de danse bharatanatyam. La seule musique sera le silence et un doux accompagnement de flûte. La danseuse se transforme en une comédienne qui déclame des poèmes du mystique soufi Rumi tout en soulignant le sens par des mouvements des bras et des mains qui appartiennent au bharatanatyam. La plupart de ces poèmes sont structurés autour d'un mot ou d'un groupe de mots qui est repété de nombreuses fois à la fin ou au début des vers. Ainsi, dans le poème commençant par Toi qui ignores l'amour, dors !, toutes les phrases se terminent par la même injonction Dors !. Dans le suivant, ce sera Reviens à l'origine de ta propre origine !. Ensuite, alors que le poète se demande Qui est à la porte ?, il ne cesse de répéter Où m'enfuir ?. Dans l'avant-dernier, ce sera Donne quelque chose au derviche ! (qui suit notamment une autre injonction comme Délivre de son moi celui qui est attaché à lui-même). Dans le dernier, divers reproches d'une femme à son amant seront introduits par Souviens-toi.

Certains de ces poèmes posent des questions d'une façon suffisamment large pour n'être absolument pas hors-sujet dans un récital de bharatanatyam appelé Bhakti. La forme que cela a pris était à tout le moins surprenante, mais j'ai trouvé que cela avait été une très bonne manière de faire entendre ce texte tout en l'accompagnant d'une pantomime sur un fond musical dépourvu des rythmes habituels de la musique carnatique. Cela m'a davantage convaincu que ce que j'avais vu faire au Théâtre des Bouffes du Nord par Nahal Tajadod et Jean-Claude Carrière il y a deux ans. La performance physique est aussi impressionnante, parce qu'il doit être bien difficile de ne pas perdre son souffle alors qu'il faut en même temps réciter les vers et les accompagner d'autant de mouvements !

En troisième partie du récital, la danseuse a remis ses grelots pour deux pièces de bharatanatyam. Les pièces de la première partie étaient plutôt rapides. Celles-ci furent plus lentes. En particulier, l'avant-dernière pièce du récital sera comme un adage évoquant les différents aspects de la fille du roi des monts (Parvati). Je dis Parvati parce que c'est le nom qui m'est venu en premier quand avant de se remettre à danser, l'interprète a fait un résumé de la pièce accompagné de mouvements chorégraphiques. Les noms qu'elle a employés étaient plutôt Gauri, Uma, Shankari, Kaumari et Annapurna, mais cela revient au même... Elle a fait un petit clin d'œil aux connaisseurs en mentionnant que les seins de la déesse étaient en forme de Kumbha.

Le récital s'est conclu par une pièce mettant en scène les dieux assistant à la danse cosmique de Shiva. Cette pièce a commencé par un travail chorégraphique centré sur les bras et les mains, et puis les pieds se sont aussi mis en mouvement. J'ai rarement vu ce fait souligné, mais ici, pour évoquer la danse cosmique de Shiva, la danseuse a mis un accent particulier sur les battements du tambour (Damaru).

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