Weblog de Joël Riou

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Khajuraho

2012-07-31 13:48+0530 (खजुराहो) — Voyage en Inde XI

Comme il y a sept ans, il est frappant de voir à quel point une importante partie du village de Khajuraho dépend complètement des touristes venus de l'étranger. Les sollicitations sont plus nombreuses que nulle part ailleurs en Inde. Certains enfants d'à peine cinq ans croisés au bord de la route semblent avoir déjà trois mots d'anglais à leur vocabulaire : Hello! Schoolpen? Money?.

Dimanche, j'ai commencé ma visite par les lieux que je n'avais pas vus la dernière fois. Je me suis donc dirigé vers l'Est pour voir le temple de Brahma (en réalité de Shiva, mais ainsi appelé parce que s'y trouve un lingam à quatre têtes ; cela dit, on y voit aussi un Vishnu porté par Garuda), puis les plus imposants temples de Vaman (le Nain, cinquième avatar de Vishnu) et Javari. De premières sculptures érotiques se présentent à mes yeux. Dans le temple de Vaman, je vois aussi quelques représentations vishnuïstes comme celles de Varaha, l'avatar du Sanglier. Ce qui me frappe surtout, et que je retrouverai sur bien d'autres temples de Khajuraho, ce sont les nombreuses représentations de créatures hybrides d'hommes à tête de buffle ; je n'avais jamais remarqué cela ailleurs.

Je me dirige ensuite vers l'enceinte jaïne, ce pour quoi je dois demander plusieurs fois mon chemin. Le premier temple jaïn que je visite est dédié à Shantinath. Il comporte des parties anciennes, mais l'ensemble de la structure est récente. Dans la minuscule salle du sanctuaire, quelques hommes récitent des mantras habillés d'un tissu couleur safran. Quelques femmes sont assises aussi. Je décide de m'asseoir. On me donne une poignée de riz contenant quelques clous de girofle dont je ne saurai que faire. L'idée est apparemment d'en déposer périodiquement quelques grains dans des plateaux, lesquels ne sont pas à portée de mes mains. Je fais signe à un des hommes de me tendre un des livres de prière (en hindi et en sanskrit). Ils en sont déjà à la page 40. Je resterai jusqu'au bout, soit cinquante pages plus loin. Il s'agit de prières en l'honneur de Shantinath. De temps en temps, des chants en hindi se font entendre. Cependant, l'essentiel du texte alterne une strophe de quatre vers dont les deux derniers constituent une sorte de refrain et un vers sanskrit commençant invariablement par Om et se terminant par Swaha. Ce dernier mot est dit par tout le monde tandis que le vers avait été prononcé à une vitesse folle par un des hommes les plus entraînés, sans doute.

Après cela, je visite les autres temples jaïns voisins parmi lesquels se distinguent les temples de Parshvanath et d'Adinath. Ils présentent quelques similitudes avec les temples hindous de Khajuraho.

Je me suis ensuite dirigé vers le Sud pour voir les temples hindous de Duladeo et Chaturbhuja, ainsi que les ruines du temple Bijamandala.

Après avoir vu le temple Ghantai dont il ne reste que les colonnes, je me suis arrêté prendre un thé à une intersection. Je ne crois pas avoir eu précédemment une aussi longue conversation en hindi qu'avec la dame qui s'occupait de cette petite boutique. Elle était tellement sympathique que j'ai accepté, ce que je ne fais jamais d'habitude, de jouer à l'agent de change en lui donnant le prix en roupies des 3€ laissés là par quelqu'autre voyageur.

Lundi, j'ai visité les temples principaux de Khajuraho, ceux du groupe Ouest, les seuls dont l'accès soit payant. Ces temples datent d'environ mille ans et constituent un des plus beaux ensembles de temples hindous de l'Inde du Nord. Le seul ensemble que je puisse lui comparer est celui de Vishnupur. Les temples de Khajuraho sont cependant beaucoup plus grands et leurs sculptures sont mieux préservées. Ceci étant, leur architecture n'a pas le caractère unique de ceux de Vishnupur.

Les plus impressionnants des temples sont ceux de Lakshmana, Kandariya-Mahadev, Devi Jagadamba et Vishvanath. Entre deux sculptures érotiques (ou franchement pornographiques), on peut voir des Ganesh dansants, des représentations des avatars du Sanglier (Varaha) et de l'homme-lion (Narasimh), d'hommes à tête de buffle, etc.

Je suis ensuite allé visiter le temple Matangeshwara qui est le seul de ces temples qui soit encore en activité. Il est situé en dehors de l'enceinte des temples précédentes. Il s'agit d'un temple de Shiva. L'espace intérieur est entièrement occupé par un gigantesque lingam de plus de deux mètres de haut fermement inséré dans un non moins grand yoni sur lequel on peut même marcher après avoir monté quelques marches. À l'extérieur du temple, quelques femmes décorent une sculpture de Ganesh.

En prenant un chemin situé au Sud du bassin Shiv Sagar situé à proximité du temple Matangeshwara, je suis allé voir les ruines de deux temples : Chausath Yogini et Lalguan Mahadev. Pour accéder à ce dernier, j'ai dû traverser quelques champs et franchis des clôtures barbelées.

Séries de photographies : 2012-07-29, Khajuraho, 2012-07-30, Khajuraho.

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Derniers jours à Parasnath

2012-07-29 20:35+0530 (खजुराहो) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde XI

Le lendemain du Bandhana, je me repose et je me contente d'aller dans un des rares petits restaurants du village et de visiter les deux musées jaïns. Dans chacun des deux musées (je soupçonne qu'ils appartiennent aux différentes grandes sectes du jaïnisme : Digambar et Shvetambar), on peut voir des dizaines de scènes de la mythologie jaïne sous la forme de sculptures colorées. Dans le premier, le plus charmant, le plus décrépit et le plus petit, tout est écrit en hindi et il est possible de visiter trois temples (Chandraprabhu, Parasnath et Mahavir) en prenant un autre escalier. Dans l'autre, plus moderne, le texte explicatif est aussi en anglais. On y voit aussi des photographies du temple de Ranakpur (Rajasthan).

Dans la soirée, je vais visiter ou revisiter quelques temples de Madhuban. Certains sont accessibles depuis la route principale, mais d'autres sont à l'intérieur de l'enceinte de certains dharmshalas. On y entre en général comme dans un moulin... Il faut explorer les moindres recoins des dharmshalas pour trouver tous les temples comme pour ceux du Shri Digambar Jain Terah Panthi Pahali Kothi Madhuban. Au fond de celui-ci se trouve le plus beau temple que j'aie vu à Madhuban et qu'Abhishek m'avait fait visiter en premier. Jeudi, je me suis contenté du premier temple visible dans lequel une nonne toute de blanc vêtue bénissait qui s'approchait d'elle avec son balais en plumes de paon.

Un peu plus haut sur la route, le Shri Digambar Jain Madhyalok Shodh Sansthan renferme un monumental Parshvanath noir et une grandiose représentation des mondes du jaïnisme, le tout étant entouré de grosses colonnes blanches.

Encore plus haut, je visite le Bhagvan Rishibadeva Mandir dans lequel Parshvanath est représenté debout et où l'on voit aussi un grand Bahubali de marbre blanc entouré de niches, une pour chaque tirthankar.

Enfin, je me dirige vers un ensemble de temples (Jamavasharan Mandir). J'y entends de curieux rythmes joués sur une batterie électronique. On dirait du rap... Il ne s'agit que d'un échauffement pour les trois percussionnistes. Une grandiose représentation de quelque monde jaïn se trouve dans une grande salle dans l'axe du temple. Je m'asseois du côté des hommes. Bientôt, nous serons environ 150. Un chanteur s'installe dans l'axe du temple. Parfois, il chante en duo avec un homme jouant du synthé. Il s'agit de bhajans. Le rythme à 4 temps est accentué par l'assemblée qui frappe dans ses mains. Vers la fin de chaque morceau, le tempo s'accélère frénétiquement, ce qui exige un certain effort physique de la part des percussionnistes. Un des derniers morceaux sera essentiellement rythmique. Quelques femmes (et un homme) se lèvent et exécutent une danse désarticulée soulignant le rythme. Une des femmes tient dans ses mains des bouts de bois qu'elle frappe régulièrement. Les fidèles viennent déposer 10 ou 20 roupies dans une urne, mais avant cela ils se faufilent entre les danseuses pour agiter les billets au-dessus de la tête de chacune dans un mouvement circulaire. Après avoir vu cela, je pense que rien ne pourra jamais plus m'étonner en Inde...

Je ne comprends pas tout ce qui se dit ensuite, mais il semble qu'il y a une mise aux enchères pour le rôle principal dans la cérémonie qui va avoir lieu ensuite. Les membres du groupe ayant fait la plus importante enchère revêtent une sorte de couronne et se placent au premier rang pour la présentation du feu (aarti). On fait tourner un plateau contenant une lampe devant les divinités. Les plateaux passent de mains en mains, y compris les miennes.

La cérémonie se termine quand on ient présenter de mène le feu à Padmavati Rani, qui se tient dans un sanctuaire secondaire.

La nuit qui suit est un véritable cauchemar : les moustiques étaient complètement absents la nuit précédente, cette fois-ci, ils m'ont empêché de dormir jusqu'au lever du soleil.

Je continue à me reposer et ne fais que quelques visites de temples (comme celui du Bhomiya Bhavan avec ses 108 Parshvanath) avant de partir pour un voyage de vingt-cinq heures pour Khajuraho.

Vendredi vers 19h, je commence à chercher un taxi ou un rickshaw collectif pour me rendre à la gare de Parasnath. Le deal, dans ce que je comprenais, c'était soit que je paye 250 roupies pour être seul passager soit que je paye 50 roupies à condition que l'on soit plusieurs. J'ai décidé du montant que je lui donnerais quand il a commencé à essayer d'attirer d'autres passagers... Le rickshaw-wallah était assez furieux à l'arrivée que je ne veuille pas payer 250 roupies. Je lui ai donné 100 roupies et il a commencé à me harceler jusque dans la gare...

Je n'étais pas parti trop tard pour n'avoir pas trop de problèmes à trouver un moyen de rejoindre la gare. D'autres ont manifestement fait comme moi. J'ai donc attendu un peu plus de trois heures à la gare de Parasnath. Elle est relativement moderne. Je veux dire par là qu'en arrivant à la gare, j'ai su immédiatement sur quel quai m'installer pour attendre et il y avait même des repères pour indiquer où seraient positionnés les différents wagons. (Sachant qu'en théorie, le train n'était censé s'arrêter qu'une minute, c'était utile... La théorie a heureusement un peu changé et c'est en fait un arrêt de cinq minutes qui a été programmé.)

J'ai très bien dormi dans le train (en 2AC) qui étant parti à l'heure a très rapidement pris plus de trois heures de retard. Le train a franchi la Yamuna juste avant l'arrivée à la gare d'Allahabad (la confluence avec la Ganga n'était pas nettement visible depuis le pont). Le train a ensuite rebroussé chemin pour poursuivre sa route. Je suis descendu à Mahoba. J'ai quelque peu paniqué en découvrant que d'après le Lonely Planet, la durée du trajet en bus pour Khajuraho serait de 4h alors que je l'avais estimée à un peu plus de deux heures (d'après le kilométrage). J'étais plus proche de la vérité, mais le bus a mis une bonne heure à se remplir...

On sent bien que l'on s'enfonce dans la campagne puisqu'à l'approche d'un village, j'ai vu ce que je ne voyais d'habitude que tôt le matin lors de trajets en train : des hommes alignés le long de la voie pour déféquer. Ici, il s'agissait d'enfants qui faisaient de même au bord de la route. Je suis finalement arrivé vers 20h à Khajuraho. J'ai rejoint à pieds l'hôtel où j'avais déjà séjourné il y a sept ans...

Séries de photographies : 2012-07-26, Parasnath, 2012-07-27, Parasnath.

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Vingt-sept kilomètres à pieds (nus)

2012-07-29 19:14+0530 (खजुराहो) — Voyage en Inde XI

À 23h, nous réglons le réveil pour 2h30. Je ne dormirai pas du tout pendant ces courtes heures puisque mon corps est en permanence chatouillé par des moustiques minuscules (plus petits que des fourmis). Leur contact ne fait pas mal et ne laisse pas de traces, mais la sensation n'est pas très agréable.

À 3h, nous partons pour le Bandhana : la visite de la trentaine des Tonks situés sur la colline de 1350 mètres d'altitude. L'ascension fait 9 kilomètres, le parcours entre les différents Tonks fait 9 kilomètres aussi, tout comme le retour. Au total, j'aurai donc fait 27 kilomètres à pieds. Je n'étais pas sûr de ce détail avant de venir, mais il convient de faire cela pieds nus. Certains le font en portant une sorte de chaussette de protection. Abhishek a essayé de me dissuader de le faire pieds nus comme lui, mais j'ai insisté pour le faire à la dure. (Certains se font même porter par 2 ou 4 porteurs, ce qui ne manque pas de créer de petits embouteillages...)

Il convient d'avoir une lampe pour les premiers kilomètres d'ascension. Le rythme d'Abhishek est assez rapide, mais j'essaie de le suivre. Quand il commence à faire jour et que j'éprouve quelques signes de fatigue, il me montre souvent notre destination finale, à savoir le temple de Parasnath, le tout dernier (et le plus haut) Tonk à visiter. En fait, on ne voit pas plus de 50 mètres devant soi du fait de la brume...

Au bout d'un moment, nous voyons le premier Tonk (je crois que cela devait être juste après la visite à un temple). Ces Tonks sont pour la plupart de toutes petites niches abritant les empreintes de pieds des tirthankars (dont 20 ont obtenus la libération (moksha) à Shikharji, ce qui justifie la sainteté de la colline pour les jaïns). Quand la foule n'est pas trop bouillonnante et quand mes jambes ne souffrent pas trop, je m'approche de ces empreintes de pieds et y dispose un peu du riz dont Abhishek m'a pourvu. De son côté, il récite quelques mantras, fait plusieurs fois le tour du Tonk et se prosterne devant, peu important que les vêtements blancs et neufs qu'il a passé pour ce Bandhana en soient souillés.

Beaucoup de grains de riz déposés en offrandes sont éparpillés sur le sol. Ils ont la facheuse tendance à se coller à mes pieds, ce qui me fait souffrir encore davantage.

Une des raisons pour partir aussi tôt était de ne pas avoir à faire la queue pour accéder au minuscule Tonk de Chandraprabhu et y voir les empreintes de ses pieds (Darshan). En fait, bien que nous soyons partis à 3h, nous aurons à patienter pendant plus de deux heures. De temps en temps, nous voyons un moine digambar (tout nu, donc) dépasser tout le monde, ce qui crée à chaque fois une certaine effervescence. Le chemin étant étroit, il faut se mettre en file indienne pour laisser de la place à ceux qui reviennent du temple. En général, cela se passe bien, mais j'ai toutefois été le témoin de quelques échauffourrées peu compatibles avec la doctrine de l'ahimsa que le jaïnisme pousse plus loin que les autres religions indiennes.

La visite des Tonks se poursuit, avec ses ascensions, ses plats, ses descentes. À un moment, Abhishek me dit qu'il n'en reste plus que quatre ; cela devait être peu après la visite à un fort beau temple. Je commence à compter... Arrivé au sommet d'une éminence, je regarde partout autour de moi et ne voit rien qui soit situé plus haut. Je crois que cela devait être pour le Tonk de Mahavir. Je savais bien que le parcours n'était pas terminé et qu'il restait encore le temple de Parasnath qui devait alors être perdu dans la brûme (le temps a plutôt été clément : cela a été frais tout du long, avec un peu de pluie ; en plein soleil, je me serais brûlé les pieds sur les marches cimentées...). Il a encore fallu redescendre, puis remonter et visiter le temple de Parasnath, en deux fois, puisqu'il est sur deux étages, chacun renfermant des empreintes de pieds.

Après cela, Abhishek a bu sa première goutte d'eau de la journée (alors que j'en étais déjà plusieurs litres...). La redescente de 9 kilomètres est interminable. En ce jour particulier, les organisations jaïnes offrent toutefois à ceux qui viennent de faire le Bandhana de léau, des gâteaux (Halwa), etc. Nous nous sommes ainsi restaurés en deux endroits pendant cette descente. À la fin, c'était carrément de l'eau minérale qui était servie !

Mes pieds comment à me faire souffrir le martyre. La moindre aspérité du sol me fait mal. Avant de rentrer au dharmshala, complètement épuisé, j'accompagne Abhishek dans sa visite des temples de Madhuban où il remercie les dieux que cela se soit bien passé (on a marché pendant plus de douze heures : départ à 3h, retour à 15h30).

Quelques heures plus tard, il s'en va à la gare avec son beau-frère et les amis de celui-ci. Après cette journée épuisante, je dormirai plus de 14h sous un ventilateur fonctionnant par intermittences. Au moins, mon sommeil n'aura été aucunement dérangé par les moustiques !

Série de photographies : 2012-07-25, Parasnath.

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Arrivée à Parasnath

2012-07-29 18:26+0530 (खजुराहो) — Voyage en Inde XI

J'appréhendais ma visite à Parasnath, le plus grand lieu de pélerinage de la religion jaïne. Ce site se trouve au point culminant de l'état du Jharkhand voisin du Bihar dont il s'est détaché il y a quelques années suite aux revendications des populations adivasi d'avoir leur propre état. Avant de venir, je n'avais aucune idée de l'endroit où je logerais et cela me stressait un peu.

Je pense pouvoir dire que j'ai eu une chance incroyable... Arrivé à la gare de Parasnath, j'ai marché dans la rue principale d'Isri Bazar à la recherche de la station de bus. Arrivé à un embranchement, on m'a conseillé de rebrousser chemin et de trouver le temple jaïn d'où partent les taxis collectifs pour Madhuban, le village qui se trouve au pied des collines de Parasnath ou Shikharji, je ne sais pas très bien comment nommer les différents lieux. La voiture passe sans encombre la vingtaine de kilomètres de route dont les abords forestiers seraient infestés de Naxalites (mouvement terroriste qui ne vise en principe que les représentants de l'autorité indienne). En me voyant, le pilote avait demandé 200 roupies. Quand je compris qu'il s'agissait d'un taxi collectif, je négociai de ne payer que 100 roupies, ce qui était déjà le double du prix normal. C'est là qu'intervint Abhishek qui insista pour que je ne paye que 50 roupies. Sa gentillesse va jusqu'à m'aider à trouver un hôtel. Comme tout était plein (il n'y a pas beaucoup d'hôtels), il m'a fait venir jusqu'à la chambre qu'il va occuper avec son beau-frère venu de Delhi avec deux amis, Abhishek étant pour sa part venu de Kolkata par le même train que moi. Il s'agit d'une chambre de trois, mais les trois du groupe de Delhi ayant prévu de commencer leur parcours (Bandhana) à 22h30, il nous suffira d'attendre cette heure-là pour pouvoir dormir. Ils négocient même auprès de la direction pour que je puisse rester deux jours de plus dans ce dharmshala appelé Kacchi Bhavan qui était complet parce que le hasard avait fait que je vins la veille du 25 juillet qui est l'anniversaire de la mort du tirthankar Parasnath (aussi appelé Parshvanath). À part peut-être le jour de Holi, il n'y pas d'autre moment dans l'année où la foule se masse à Parasnath.

En attendant que la chambre se libère, nous allons visiter quelques temples, un moment que je ne suis pas près d'oublier ! tant ces temples bruissaient de ferveur religieuse tandis qu'Abhishek versait lui-même sur mes pieds de l'eau pour que je me nettoie les pieds avant que nous entrions dans un des magnifiques temples de Madhuban. L'intérieur de ces temples est d'une beauté invraisemblable. On y voit de monumentaux arrangements liés à une cosmogonie qui m'est inconnue. La foule se presse aussi devant certaines statues de tirthankars pour leur présenter le feu (aarti) et réciter des mantras. Ayant ouvert un des bréviaires mis à disposition à la page concernant le tirthankar qui était devant nous, Abhishek m'a traduit ces paroles écrites en hindi.

Chandrarani, une des amies d'Abhishek étant professeure de français à Kolkata, j'ai même pu parler un peu français au téléphone !

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Chandannagar

2012-07-23 17:40+0530 (কলকাতা) — Voyage en Inde XI

Hier, j'ai passé toute la journée à Chandernagor où Arijit (cf. ici et ) habite désormais dans une maison de location en attendant d'emménager dans une toute nouvelle et belle maison dans quelques jours. J'ai indécemment bien mangé dans cette famille... Entre deux petites courses liées à la finition de la maison (robinets, boîte aux lettres), nous avons visité le centre culturel indo-français où un jeune homme apprenant le français aura pu pratiquer un peu cette langue avec moi... Nous nous sommes également arrêtés devant un bâtiment qui doit dater de l'époque coloniale et qui abrite maintenant une librairie.

À la gare de Howrah, il règne une désorganisation invraisemblable entre la gare routière et la gare des trains de banlieue. De très longues barrières peuvent obliger à faire d'invraisemblables détours pour rejoindre son train depuis son bus et réciproquement. Je n'ai d'ailleurs toujours pas compris d'où partent les bus qui traversent le pont de Howrah. Une difficulté avec les bus de Kolkata est que les directions sont écrites en bengali et en anglais, mais que les inscriptions en anglais sont du côté droit du bus, c'est-à-dire du côté que l'on ne voit pas quand on attend le bus...

Je passe une partie de la soirée à regarder des niaiseries à la télévision. Je vois quelques extraits du film Mortal Kombat: Annihilation. Je n'ai jamais rien vu d'aussi ridicule... Je découvre aussi qu'une chaîne d'humour diffuse des épisodes de la série vintage Allô Allô (cette série anglaise qui se passait dans un café français pendant la deuxième guerre mondiale).

Sur une chaîne islamique, je vois des hommes en train de faire leur prière tandis que l'on entend un chant (assez beau il faut bien le reconnaître) sur des vers du Coran qui dans les sous-titres sont curieusement traduits en français !

Je suis passé une dernière fois au magasin de disques Music World à Park Street. J'ai trouvé quelques CD de dhrupad que je n'avais pas vu la première fois. Je suis aussi monté au café de l'Oxford Bookstore. Il propose un nombre invraisemblable de variétés de thés différentes (par exemple, il y avait le choix entre 3 wulongs : pas évident de deviner la différence entre le Formosa Oolong et le Taiwanese Oolong...).

Séries de photographies : 2012-07-22, Chandernagor, 2012-07-23, Kolkata.

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Une journée à Vishnupur

2012-07-21 16:11+0530 (কলকাতা) — Voyage en Inde XI

J'étais déjà allé à Vishnupur il y a quatre ans (cf. mes photographies d'alors). J'avais envie de revoir cet ensemble exceptionnel de temples situés dans un village qui peut être transcrit en Vishnupur ou Bishnupur. J'avais initialement prévu d'y aller mercredi dernier, mais j'avais changé mes billets de train après avoir vu l'annonce du concert de Pandit Uday Bhawalkar.

Je suis parti de mon hôtel vendredi vers 4h30 et ai décidé d'aller à la gare de Howrah à pieds, ce qui m'a donné l'occasion de franchir le pont de Howrah à pieds. Passer au même endroit à diverses heures de la journée et de la nuit permet de mieux comprendre le fonctionnement de cette ville, qui si elle n'est pas fondamentalement différente des autres grandes villes indiennes, présente la particularité de ne rien dissimuler aux regards. À cette heure-ci, en m'approchant de Strand Road, tout le monde dort. Je ne vois qu'un petit stand de thé où je viens chercher quelques forces pour affronter une journée que j'imaginais pas aussi épuisante.

Je monte dans mon train pour Vishnupur, dans la confortable classe CC (AC Chair Car). Le train arrive à Vishnupur vers 10h. Je photographie le plan du village qui se trouve à la gare, et je suis imité en cela par un autre touriste occidental à qui j'indique le lieu où il convient d'acheter son billet pour tous les temples. Je m'y rends en cycle-rickshaw et après avoir visité le temple Rasmancha (d'un style tout à fait unique en Inde), je commence mon exploration du village à pieds.

J'avais été surpris par une pluie violente lors de ma première visite aux temples situés au Sud-Est du village. J'ai donc commencé par ceux-là. Ils sont relativement endommagés par les pluies qui se sont abattues sur la région depuis des siècles. Je reconnais toutefois un peu plus de scène mythologiques que la fois précédente. Au cours de la journée, je verrai ainsi le singe Hanuman défiant Ravana qui le reçoit : pour être situé plus haut que le roi de Lanka, le singe s'asseoit sur sa queue enroulée et prodigieusement longue. Je verrai aussi beaucoup de Vishnu couchés et croirai distinguer un Bhishma allongé sur un lit de flèches. Après les temples du Sud, j'irai du côté Nord après avoir fait un pause dans un restaurant servant des thalis (pas le même que la dernière fois malheureuement). Cela m'a aussi permis d'attendre au sec alors qu'il s'était mis à pleuvoir. Je suis un peu frustré de n'avoir pas découvert de nouveaux temples anciens que je n'aurais pas déjà vu. Ayant décidé de me dispenser d'utiliser un cycle-rickshaw pour faire mon circuit, j'ai essayé de les trouver moi-même, ce qui est impossible dans ce dédale de rues. J'ai donc bénéficié des indications des villageois pour trouver le temple Madan Mohan (un des plus beaux et des mieux conservés de l'ensemble).

Faute de voir de nouveaux temples anciens, j'aurai au moins vu un certain nombre de temples récents, pas forcément dédiés à Vishnu puisque certains l'étaient à Shiva ou Kali. Entre certaines petites maisons traditionnelles (huttes) et l'architecture des temples, il y a comme une certaine similitude. Je finirai mon exploration avec la visite des temples situés non loin du plus remarquable d'entre eux, Jor Bangla, merveilleusement bien conservé. Qu'il le soit tient peut-être au fait qu'il n'y a pas de marches permettant de monter sur la plate-forme sur laquelle le temple est batti. J'ai en effet remarqué que sur les autres, les sculptures avaient tendance à être d'autant plus abîmées qu'elles étaient à hauteur d'homme. Si personne ne passe, il n'est pas étonnant que cela s'use moins...

Lors de la visite de ces temples, il est intéressant de faire le tour de la structure plusieurs fois en regardant à des hauteurs différentes. On y voit des scènes de chasses, des scènes mythologiques. Une caractéristique commune à presque tous les temples est de représenter de nombreux musiciens autour de l'entrée du sanctuaire.

C'est avec regret que je me rends à la gare vers 17h pour prendre mon train de retour (la prochaine fois, je resterai plus longtemps...). Contrairement à mon trajet aller, je suis cette fois-ci en classe 2S (Second Sitting). Le train ne s'arrêtant en gare que pendant une minute à peine, monter dans le train est quelque peu stressant. Il faut d'abord repérer son wagon alors que le train arrive et se dépêcher de grimper tout en laissant le temps à quelques personnes de descendre. Alors que c'est un wagon pour voyageurs avec réservation, celui-ci est envahi de voyageurs n'en ayant pas. Il me faut jouer un peu des coudes pour rejoindre ma place qui est occupée par des fraudeurs qu'il faut engueuler avec une conviction certaine pour qu'ils acceptent de me laisser m'asseoir. Plus loin, un autre voyageur devra parlementer un bon quart d'heure avant qu'on lui fasse une micro-place assise sur le banc.

Je ne bouge pas de mon coin pendant plus de quatre heures. La claustration dissuade la conception du moindre besoin naturel. J'arrive néanmoins à boire une petite tasse de thé vendue par ma fenêtre à la gare de Kharagpur. Entre les deux bans prévus pour 6, nous sommes 14, en comptant l'astucieux homme qui s'est allongé sur l'étagère à bagages située en hauteur. Je ne compte pas les innombrables personnes devant voyager debout. Dans le groupe de voyageurs qui sont autour de moi, il y a un certain roulement entre les places assises et les places debout... Vers la fin du voyage, je suis coincé, obligé de répondre à leur interrogatoire standard : which country? etc. Un d'entre eux, Joydeb (?) essaie de me parler anglais, mais il est juste incompréhensible. Ils s'étonnent que je ne parle pas anglais, ce à quoi je leur répond (en hindi) que c'est leur anglais que je ne comprend pas, nuance... Du coup, un des jeunes hommes commence à m'interroger en hindi en traduisant les questions formulées en bengali par ses amis... À la fin, je n'ai pas d'autre choix que de donner un cours de prononciation de l'anglais à Joydeb qui lit une page du journal très lentement en faisant plein de fautes.

Je rentre à pieds à l'hôtel depuis la gare de Howrah.

Étant épuisé par la marche de la veille, je me repose en ce samedi qui voit la ville de Kolkata bloquée par l'afflux d'admirateurs de Mamata Banerjee. Certains d'entrent eux arrivaient en train la veille et commençaient déjà à défiler dans les rues en brandissant le drapeau du parti de la Chief Minister du Bengale occidental (maintenant appelé officiellemnet Paschimbanga). Je me suis même retrouvé involontairement à la rête d'une de ces marches, mais j'avançais heureusement plus vite qu'eux !

Ce samedi, les rues sont envahies de gens allant à son meeting politique ou en revenant. Certains se massent devant les écrans des vendeurs de téléviseurs (pour l'image) tandis qu'ils écoutent le son des haut-parleurs disposés un peu partout. Étant en train de manger un plat (chinois faute de mieux), je la vois apparaître sur la télévision du restaurant. Son comportement ne laisse pas de doute, elle est la Reine du Bengale. La façon dont elle fait preuve d'autorité avec ses sous-fifres, alors qu'elle est constamment filmée, est absolument stupéfiante. Pas vraiment le même style que Sonia Gandhi...

Séries de photographies : 2012-07-20, Kolkata, 2012-07-20, Vishnupur, 2012-07-21, Kolkata.

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Une journée pluvieuse

2012-07-21 15:11+0530 (কলকাতা) — Voyage en Inde XI

Jeudi, j'ai erré un certain temps dans les quartiers situés autour de B.B.D. Bagh, en particulier au Nord de celui-ci. J'ai vu quelques églises, une synagogue, un temple jaïn (dans lequel on ne m'a pas permis d'entrer).

En début d'après-midi, je suis allé au cimetière de Park Street. J'y étais déjà alé en 2008 et en 2010. Il venait de se mettre à pleuvoir assez violemment quand je suis arrivé. C'est la première grosse pluie depuis mon arrivée à Kolkata. Dans le journal, on pouvait lire que la mousson était particulière cette année : il pleut un peu presque tous les jours, mais au total il a moins plu que les années précédentes. Du fait de ces précipitations, les allées du cimetière sont particulièrement glissantes et les gardiens m'ordonnent presque de prendre les chemins de terre sinuant entre les tombes moussues. Si je repasse bien sûr devant quelques unes de mes tombes préférées comme celle de Rose Aylmer (sur laquelle les vers de Landor sont de moins en moins lisibles...), je découvre quelques recoins que je n'avais pas encore explorés, comme la tombe du major-général Charles Hindoo Stuart qui est décorée dans un style indianisant..

Pour rentrer, comme le cimetière est assez éloigné de la station Park Street, je décide de prendre un auto-rickshaw qui après avoir pris un nombre invraisemblable de petites rues finira par me déposer non loin de Chandni Chowk. Il s'agissait d'un rickshaw collectif. Je n'aurai ainsi eu à payer que 10 roupies. Cela doit d'ailleurs être la première fois que je paye un rickshaw en pièces de 1 et 2 roupies. Il semblerait que depuis l'instauration d'un nouveau caractère pour la roupie (comme £, $ ou €), on ait imprimé de nouveaux billets et fondu de nouvelles pièces. Il devient très difficile de s'y retrouver entre les modèles différents de pièces de 1 et 2 roupies. On ne peut en aucun cas se fier au diamètre de la pièce...

Série de photographies : 2012-07-19, Kolkata.

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Sanchita Chowdhury et Pandit Uday Bhawalkar à la ITC Sangeet Research Academy

2012-07-19 18:24+0530 (কলকাতা) — Culture — Musique — Culture indienne — Dhrupad — Voyage en Inde XI

Ce mercredi était une date que j'avais notée soigneusement dans mon agenda avant de partir en Inde. J'avais bien fait puisque les concerts de la ITC Sangeet Research Academy n'étaient pas annoncés dans le journal. J'avais repéré les lieux la veille, ce qui me donna l'occasion de signer le registre d'entrée de l'académie pour pouvoir demander à l'accueil dans quelles conditions avaient lieu les concerts que je ne voulais manquer sous aucun prétexte : pas la peine de réserver à l'avance, c'est gratuit.

Dans la journée, je me suis contenté de marcher autour de M. G. Road (oups, je commence à prendre cette mauvaise habitude indienne de réduire le nom des rues à leurs initiales, ici celles de Mahatma Gandhi). J'observe encore une fois la spécialisation de certains quartiers tout entiers dans un type de commerces ou de travaux. Un de ceux-là est dédié au recyclage des boîtes métalliques destinées à contenir de l'huile de moutarde. Dans College Street, près de l'université, il n'y a que des librairies et des bouquinistes à perte de vue. Je déjeune à l'Indian Coffee House. L'escalier qui y mène est franchement miteux, mais la grande salle du premier étage est plus accueillante. Malgré l'interdiction, les jeunes gens y fûment. Les étudiants qui partagent ma table ont l'air de parler de littérature. Manifestement, c'est aussi un lieu de rendez-vous pour jeunes amoureux.

ITC Sangeet Research Academy, Kolkata — 2012-07-18

Sanchita Chowdhury, chant dhrupad

Apurbalal Manna, pakhawaj

Raga Yaman (Tivra tal)

Raga Behag (Dhamar)

Raga Shankara (Sultal)

Je suis le premier à m'asseoir sur la moquette de la salle de spectacle de l'ITC Sangeet Research Academy qui se remplira complètement dans les minutes précédant le début de premier concert, les hommes et les femmes étant séparées par l'allée centrale. Je suis donc au premier rang pour écouter la chanteuse de dhrupad Sanchita Chowdhury qui a commencé à étudier avec son père Pandit Amar Nath Dey et qui poursuit son travail avec Ustad Fariduddin Dagar. Le moins que l'on puisse dire est que le public est connaisseur. Quelques éminents membres de l'académie s'installent en effet entre le public et l'estrade. Je crois reconnaître Arshad Ali Khan et bien sûr Uday Bhawalkar.

La chanteuse a réglé sa shrutibox Radel sur le la (grave) et est accompagnée par deux tampuras d'hommes et un tampura de femme (plus petit) actionnés par un jeune homme et deux jeunes femmes. Le raga principal est Yaman. La chanteuse doit malheureusement s'interrompre assez fréquemment pour tousser. J'apprécie tout particulièrement son Alap. J'aurai un peu plus de mal à rentrer dans la composition dédiée à Shiva (Mahadev) du fait de ma difficulté à sentir le tala à 7 temps.

Je perçois un peu mieux les temps forts de la composition suivante sur le Raga Behag dont je n'ai compris qu'un seul mot : Jamuna. Le premier et le sixième temps de ce tala Dhamar sont particulièrement accentués par la chanteuse et le percussionniste (qui insiste pour ne pas être appelé Pandit). Curieusement, je n'éprouve pas la même sensation lors du onzième temps.

Le concert se terminera avec une bonne demi-heure de retard avec une composition sur un rythme rapide à cinq temps (Sultal), le thème étant Ganapati. Il m'est difficile de revenir plus en détail sur ce concert qui m'a beaucoup plu puisque comme me le dira mon voisin qui assiste à ces concerts du mercredi depuis les années 1980, en chantant Behag après Yaman, puis Shankara après Behag, la chanteuse chasse les impressions suscitées par le raga précédent, d'autant plus qu'après un court entr'acte, un autre chanteur va monter sur scène...

ITC Sangeet Research Academy, Kolkata — 2012-07-18

Pandit Uday Bhawalkar, chant dhrupad

Apurbalal Manna, pakhawaj

Raga Bageshri (Chautal)

Alors qu'il y a au plus trois personnes dans la salle comble qui n'entendent peut-être pas le bengali ou le hindi, le directeur de l'académie Ravi Mathur fait un petit discours pour présenter deux étrangers qui mènent des recherches à l'académie : l'uruguyao-chilien Victor et l'américaine Amy qui prépare un rapport sur l'enseignement de maître à disciple (Guru-shishya) qui est pratiqué à l'académie. Il annonce aussi que Pandit Uday Bhawalkar sera dorénavant un des gurus enseignants à l'académie (10 jours par mois). Les tampuras de ses disciples (une jeune femme et un jeune homme aveugle) étant accordés, Pandit Uday Bhawalkar prononce un bref discours dans un hindi suffisamment simple pour que j'aie l'impression de comprendre. Il est très heureux d'enseigner à l'académie et de donner ce concert dans lequel il va interpréter le Raga Bageshri.

Que dire à propos de ce concert !? C'ést évidemment pour moi un des tout meilleurs concerts de l'année (voire davantage). Il m'a autant ému que les deux fantabullissimes concerts vécus depuis janvier (Janáček par Grimal et al., la Pastorale de Beethoven par le COE). C'est aussi comme lire Pagli, le chef d'œuvre d'Ananda Devi.

Je ne suis aucunement malheureux que ce concert se soit réduit à un seul Raga (25 minutes d'Alap, une partie rythmique de 35 minutes et une composition faisant un peu moins d'un quart d'heure).

Dans son Alap, Uday Bhawalkar navigue entre les notes du raga Bageshri (dont je n'ai pas deviné les altérations). Les phrases sont incroyablement longues. Dans une même phrase, il peut inclure de longues notes tenues, des glissandis très étendus dans le temps et qui font imperceptiblement passer d'une note à une note voisine. À cela peuvent s'ajouter des allers-retours entre deux notes, une plongée dans le grave et bien d'autres figures, toutes accompagnées par une fascinante gestuelle des deux mains (cf. cette vidéo dans laquelle il chante le Raga Gunkali). La continuité de l'ensemble est impressionnante. Des syllabes différentes peuvent comme se fondre l'une dans l'autre dans un même élan.

La plus longue des trois grandes parties du Raga est celle dans laquelle le chanteur fait entrer une pulsation rythmique dans son chant (et dans son genou gauche).

Je ne suis pas mécontent de savoir clapper Chautal pour mieux apprécier la composition Hare Raghubir qui conclut magnifiquement ce concert ! Elle est manifestement dédiée à Rama, le héros du Rāmāyaṇa puisqu'outre le nom Raghubir, j'ai distinctement entendu les noms de lieux Ayodhya et Lanka ainsi que les noms de personnages Sita, Shatrughna et Vibhishana. Ayant une tendresse toute particulièrement pour Rāmāyaṇa j'ai naturellement adoré cette composition notamment pour la reprise des mots Hare Raghubir au début de certains cycles rythmiques venant parachever l'improvision ayant précédé avec une très longue syllabe Ha. Si le cycle à 12 temps était fixe, le tempo utilisé était très variable d'un cycle à l'autre : je n'avais jamais remarqué cela auparavant ! Je me demande comment le chanteur et le percussionniste font pour se coordonner ou s'il y a là une sorte de jeu de questions et réponses ou de défi lancé par le percussionniste au chanteur ?

J'ai les chevilles quelque peu engourdies après avoir été assis au même endroit pendant plus de trois heures. Il commence à être tard pour dîner, certains restaurants étant déjà fermés. Je quitte Tollygunge pour Park Street où je continue mon exploration des restaurants bon marché. On ne mange pas mieux dans un restaurant à 500 roupies que dans un restaurant à 100 roupies, à mon avis. Un de ces restaurants sert de savoureux plats simples, j'ai déjà testé le Chana Masala et le Dal Makhani).

Le métro fermant autour de 22h, je marche pour la première fois depuis le début de ce voyage entre Park Street et Chandni Chowk, passant ainsi devant la mosquée Tipu Sultan.

Série de photographies : 2012-07-18, Kolkata.

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Une cérémonie à Belur Math

2012-07-17 18:25+0530 (কলকাতা) — Voyage en Inde XI

Ce mardi, contrairement à dimanche, j'ai réussi à arriver à l'heure à Belur Math. J'ai commencé par marcher jusqu'à l'embarcadère, pas encore ouvert. En chemin, alors qu'il n'était pas encore 8h, dans tous les stands de nourriture, je vois que l'on s'affaire à couper des oignons, éplucher des légumes, découper du panir, malaxer la pate à chapattis, etc. Des seaux entiers de légumes prêts à être cuisinés se dressent un peu partout. Ce spectacle s'étendant sur plusieurs centaines de mètres est particulièrement impressionnant.

En baragouinant hindi, j'arrive à me faire comprendre. Les nombres bengalis ont l'air d'être assez semblables à ceux du hindi. J'ai entendu des gens dire Bis (20), Chalis (40). J'ai réussi à obtenir 2 jalebis en demandant Do Jalebiyan. La prononciation de certaines voyelles et consonnes est toutefois assez différente. Ainsi, après avoir pris un bus pour Howrah où je suis monté dans un train pour Belur, je me suis assis et ai assisté à divers numéros de marchants ambulants. En bas de l'échelle sociale, ceux qui vendent du thé/café et ceux qui n'ont qu'un seul type de marchandises à vendre, tel le jeune homme qui avait des Capsule pens, c'est-à-dire des feutres qui tiennent dans une capsule de 3 centimètres de long et qui peuvent s'allonger quand on les tourne convenablement. En haut de l'échelle, cet homme au pantalon impeccablement repassé vendant toutes sortes d'objets. Il commence par faire la démonstration d'une luxueuse lampe torche à 110 roupies Ek shau dosh (qui se dirait plutôt Ek sau das en hindi). Des ballons gonflables. Des tournevis 2-en-1, etc. S'adressant à un auditoire de trente personnes environ, il a quand même réussi à faire 6 ou 7 affaires. Quel drôle de pays où en prenant le train, on peut se dire Et si j'achetais un tournevis ? !

L'atmosphère bruyante de Kolkata paraît bien loin quand je m'engage sur la Dharmatala Road en direction de Belur Math. Les gens paraissent beaucoup plus détendus. Seules quelques rares motos se distinguent par leur bruit au milieu des cycle-rickshaws. Le calme n'est perturbé que lors de la traversée de la grand'route au-delà de laquelle s'étend le domaine de la mission Ramakrishna où j'arrive autour de 9h. Je m'asseois un moment dans le temple principal afin de profiter de la fraîcheur relative qui y règne. Soudain, la porte qui cachait à la vue des présents la statue blanche de Ramakrishna est ouverte. Quelques uns se mettent à plat ventre face à celui dont on est encore toutefois séparé par une vitre. Les vigiles installent de petites barrières en bois pour délimiter un petit périmètre devant la vitre du sanctuaire. Je me décide à attendre. Qui sait, la musique de bhajans retentira peut-être ici comme j'en ai fait l'expérience à Chennai ?

En fait, c'est un rituel qui est en préparation. Toutes sortes de vaisselles sont installées par les deux assistants du prêtre habillé couleur safran qui finira par venir. Celui-ci recitera quelques mantras dont quelques uns seront répétés plusieurs dizaines de fois (108 ?). Dans le même temps, il boit quelques gouttes et s'oint le visage en plusieurs points précis. Surtout, il allume un grand feu qu'il ranime plusieurs fois et dans lequel il jettera divers fruits. (À la fin, une fidèle obtiendra d'un vigile une banane à demi-consumée.) Le prêtre présente son profil droit au public, qui ne voit pas grand'chose. Je suis pourtant assez près, mais à moins d'être au tout premier rang, on ne voit que le visage du prêtre et les flammes. Comme tout se passe au niveau du sol et que tout le monde est assis, la barrière de 30 centimètres de haut délimitant l'enceinte rituelle empêche de voir les détails de ce qui se passe. Je suis heureusement assez près pour entendre le murmure du prêtre dont certains mantras seront repris par les fidèles, qui sinon ont l'obligation de maintenir le silence. Le point culminant du rituel semble atteint quand le prêtre se dresse pour verser jusqu'à la dernière goutte le ghee contenu dans un récipient qu'il tient au-dessus du feu. Une fois le rituel terminé, le prêtre s'en va tandis que les deux assistants s'occupent de la vaisselle. L'un d'eux recueille et broie les cendres, lesquelles seront appliquées sur le front des fidèles faisant la queue à l'arrière du temple, les femmes et les hommes chacun de leur côté.

Si l'on excepte les Ganga Aartis auxquelles j'ai assisté à Varanasi et à Haridwar, je crois que c'est la première fois que j'assistais à un rituel dans toute sa longueur (cela a duré plus d'une heure), depuis la préparation jusqu'au ménage final à l'issue duquel on ne pourrait soupçonner qu'il se soit passé quelque chose.

Pour rentrer, j'ai pris le bateau jusqu'à Dakshineshwar, le bus jusqu'à Dum Dum et enfin le métro ! Je dois au fait de m'être trompé de sortir à Chandni Chowk d'avoir pu acheter une Smartcard (équivalent du Navigo ou plutôt de l'Oyster Card) pour le métro de Kolkata. C'était après avoir vérifié que la Smartcard des trains locaux était incompatible. Ces cartes sont étonnamment peu disponibles. Soit on me disait que ce n'était pas disponible, soit le guichetier refilait le dossier au collègue lequel s'excusait de n'en pas avoir. Il aura fallu que je descende dans la petite station de Belur pour avoir ma carte pour les trains locaux ! Au final, j'aurai payé plus cher mes transports avec ces deux Smartcards, mais au moins, je n'aurai plus à faire la queue !

Série de photographies : 2012-07-17, Kolkata.

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Parenthèse gastronomique

2012-07-17 17:47+0530 (কলকাতা) — Voyage en Inde XI

Hier midi, je suis allé manger à Elgin Road, une grande rue commerçante. Au 32 se trouve la Vanilla Creperie à propos de laquelle j'avais lu un article dans le journal. J'y ai goûté une crêpe-fondue au trios fromages (sic). C'était étonnamment bon et sentait vraiment le fromage ! (Bon, pas du fromage qui pue, mais pas non plus du panir sans goût.) Le serveur semblait quelque peu paniqué quand je passais la commande en ne faisant aucun effort pour indianiser ma prononciation des mots français (c'est déjà assez que je le fasse pour l'anglais...).

Le soir, en sortant du concert, j'ai mangé un excellent Pao Bhaji (un curry servi avec du pain beurré) au restaurant situé au carrefour de Rabindra Sadan.

Ce midi, je me suis fait remarquer pour mon inclination immodérée pour le sambhar, la sauce qui accompagne beaucoup de plats dans la cuisine du Sud. Après avoir fini mes Vadas et le sambhar dans lequel ils baignaient, en commençant mon Rava Masala Dosa, j'ai immédiatement demandé un supplément de sambhar puisque je venais de verser intégralement mon premier pot sur mon dosa. Le serveur avec lequel je m'étais disputé il y a quatre ans sur la composition d'un plat en a apporté non pas un mais deux et a commencé à vider le premier sur mon plat qui a commencé a ressembler à une baignoire pour dosa... et quand il a débarassé ma table, il m'a laissé le pot de sambhar restant à moitié plein pour le cas où je voudrais le finir à la petite cuiller...

J'espère avoir le temps de manger des plats un peu plus typiquement bengalis d'ici la fin de mon séjour ici !

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Manoj et Manisha Murali Nair à Rabindra Sadan

2012-07-17 17:31+0530 (কলকাতা) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde XI

Rabindra Sadan, Kolkata — 2012-08-16

Manoj Murali Nair, chant

Manisha Murali Nair, chant

Rabindrasangeet : Premer Badel Namlo

Comme il y a deux ans, le hasard a fait que j'ai revu le duo Manoj & Manisha Murali Nair dans un programme de Rabindrasangeet, un genre à part dû à Tagore dans la musique indienne. Quand on arrive à Kolkata, il est évident qu'il y a dans cette région deux personnes importanes. Rabindranath Tagore, d'une part, et d'autre part Mamata Banerjee, la Chief Minister de l'état de Paschimbanga (ex-Bengale occidental) et ancienne ministre des chemins de fers, dont on voit la photographie sur de grandes affiches un peu partout en arrivant à Kolkata.

À propos du concert, comme la dernière fois, il a été compliqué d'obtenir un billet. Un enseignant en école d'ingénieur m'a renseigné. Le guichet était très très mal indiqué... Pour 40 roupies, j'ai eu un billet de deuxième catégorie et ai pu ainsi me placer au centre du premier rang du balcon. Au niveau des portes, on voit encore des restes d'affiches mal déchirées signalant les entrées séparées pour les hommes et les femmes pour la journée d'information pour les musulmans désirant faire le Haj. Quand j'étais passé plus tôt dans la journée dans l'idée de me renseigner sur le concert, il y avait effectivement une foule de musulmans au voisinage de Rabindra Sadan.

Le programme est intitulé Premer Badal Namlo. Je me suis un peu moins ennuyé que la dernière fois pendant ce récital de trois heures au cours duquel une trentaine de chansons sur le thème de la mousson seront interprétées. Manoj chante et joue de l'harmonium. Sa sœur chante aussi parfois. Ils sont accompagnés d'un percussionniste multi-instruments, d'un instrumentiste qui utilise un archet pour jouer d'une sorte de mini-vina presque comme s'il s'agissait d'un violoncelle, et sur le côté se tiennent un guitariste et un joueur de synthétiseur.

Malgré le talent évident de l'instrumentiste assis devant le clavier, le synthétiseur, quand il ne sert pas à combler les blancs, ne me semble que surcharger une orchestration qui est déjà assez sucrée comme ça !

La plupart des chansons me semblent basées sur des cycles rythmiques à quatre temps. Dans certaines, il y a une correspondance presque parfaite entre les phrases musicales chantées et ces mesures de quatre temps. Le plus souvent, chaque temps semble subdivisé en trois parties.

Parfois, Manoj commence sa chanson par une sorte de micro-Alap vaguement intermédiaire entre les traditions du Sud et du Nord. Les phrases en sont plutôt rapides, utilisent toutes les notes (comme dans la musique carnatique), mais les syllabes chantées pourraient faire partie d'un Alap de musique du Nord (Re-ne-ne...).

Manoj fera quelques discours entre les chansons. À l'entr'acte, il fera monter sur scène quelques personnes sur scène pour faire une jolie photo pour le lancement d'un nouveau CD, déballé d'un tortueux emballage par quelques mains innocentes. Le public tentera de suggérer des chansons à interpréter. Je ne saurais dire si les revendications ont été satisfaites...

Série de photographies : 2012-07-16, Kolkata.

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Arrivée à Kolkata

2012-07-15 19:52+0530 (Kolkata) — Voyage en Inde XI

Je suis parti vendredi soir par le vol AIr India de 22h. Je suis passé entre les gouttes, concernant la grève des pilotes de cette compagnie qui durait depuis deux mois et qui vient de se terminer quoique certains vols soient encore annulés. J'ai quitté sans regret le climat de mousson de Paris pour celui de l'Inde. Ma séance de cinéma annuelle a eu lieu dans l'avion. J'ai vu कहानी, un thriller avec Vidya Balan dans le rôle principal. Je l'avais choisi dans la liste pour cette actrice et le lieu où l'histoire se passe : Kolkata, où je vais passer une dizaine de jours. Le film est plutôt réussi. On y voit le tueur à gages le plus ridicule qui soit : un type assassinant de sang froid qui ne peut pas faire deux pas sans s'essoufler. Le film en hindi utilise une particularité de la langue bengalie pour du comique de répétition : à chaque fois que le personnage principal se présente, elle dit Vidya (le même prénom que celui de l'actrice) et tout le monde lui répond Bidya. Le b et le v se confondent en effet dans la langue bengalie... À Kolkata, sur le CD de Bahauddin Dagar que j'achèterai samedi (Raga Puriya Kalyan), on peut aussi lire Rudra bin au lieu de Rudra vin(a).

La fouille corporelle systématique à Delhi est beaucoup moins désagréable que celle exceptionnelle que j'ai subie à Paris parce que le détecteur de métaux mal réglé a sonné... Si j'ai réussi à dormir pendant une partie du vol Paris-Delhi, j'ai eu bien du mal à rester éveillé pendant ma correspondance. Il a fallu le déjeuner servi dans le Delhi-Kolkata pour me remettre d'aplomb.

Le tamponnage du visa n'a eu lieu qu'une fois arrivé à Kolkata. Comme les fois précédente, j'ai observé que mon passeport n'était pas reconnu par la machine et que l'officier de l'immigration devait saisir les informations au clavier, mais c'est le premier qui s'en plaigne. Du coup, j'ai discuté pendant bien dix minutes avec lui. Il me disait que j'avais mal manipulé mon passeport tandis que j'expliquais que c'était la faute du climat indien s'il en était ainsi, le passeport que je garde en permanence dans mon sac pendant mes voyages en Inde ayant eu à faire face à des pluies violentes, les pires étant celles de Vijayawada en 2008. Depuis, on ne voit même plus l'inscription Union européenne, République française sur la couverture... Toutefois, comme l'officier me le disait : This is not a matter. et j'ai pu fouler formellement le sol indien et prendre un taxi prépayé pour rejoindre mon hôtel.

Le chauffeur s'appelle Ismael et m'explique qu'il est très heureux depuis qu'il a acheté sa licence de taxi. Avant, il était tireur de rickshaw. Si dans toute l'Inde, on voit des auto-rickshaws (triporteurs motorisés) et des cycle-rickshaws (triporteurs propulsés par le pédalage du rickshaw-wallah), il n'y a me semble-t-il qu'à Kolkata que l'on voie encore des rickshaws tirés par des hommes à pieds.

Je retrouve mes petites habitudes à Kolkata. Comme les fois précédente, je réside à l'hôtel Broadway. Il est situé tout près de la station de métro Chandni Chowk, ce qui n'est pas la moindre de ses qualités. Si les prix ont augmenté de 30% depuis la dernière fois, cela reste raisonnable pour un tel hébergement dans une grande ville qui réunisse quelques qualités appréciables :

  • le journal The Telegraph est glissé sous ma porte tôt le matin (ce qui est pratique pour organiser ma journée en fonction des annonces de concerts qui pourraient s'y trouver) ;
  • la serviette est fournie (ce n'est pas systématique partout) ;
  • il y a une douche, certes sommaire, et pas seulement une batterie de seaux ;
  • il y a une fontaine à eau filtrée fraîche, ce qui m'évite d'acheter des dizaines de bouteilles d'eau en plastique.

À quelques pas de l'hôtel, je peux manger de la cuisine du Sud de l'Inde au très bon Anand Restaurant, qui est plus ou moins ma cantine à Kolkata : un maître d'hôtel et plusieurs serveurs se souviennent de moi ! La moustache de mon serveur préféré est un peu plus grisonnante qu'il y a deux ans.

Dans le métro, j'utilise les balances. Je suis amèrement déçu, alors que la mention du poids était habituellement accompagnée d'une phrase comme Your personality: You are a blend of sharp intellect and aloofness, you are unquestionably and sincere.. Là, j'ai dû me contenter de : Your weight: (dix de moins qu'il y a un an en arrivant à Mumbai). En attendant leur métro, les indiens se mettent en face des quelques ventilos. Il fait une de ces chaleurs et des gouttes de sueur se forment sur tous les visages...

Dimanche, après une nuit de plus de 10 heures, je suis parti tôt pour rejoindre à pieds la gare de Sealdah. Je chemine dans une ville qui fonctionne étonnemment au ralenti, même pour un dimanche vers 7h-8h. Quelques hommes sont en tenue pour s'asperger d'eau, d'autres dorment encore, à même le trottoir... Par hasard, en passant une porte qui conduisait je ne sais où, je découvre l'existence d'une grande piscine à ciel ouvert. Pas un bassin à l'eau douteuse dépendant ou non d'un temple, non, une vraie piscine, avec des lignes d'eau, des plots de départ, des joueurs de water-polo, etc.

Après être passé dans un bazar improbable, j'entre dans la gare de Sealdah et passe un certain temps dans la queue avant d'obtenir un billet pour Dakshineshwar. Le hic, c'est que je n'ai pas pu acheter un horaire des trains locaux. J'aurais dû apporter un vieil horaire, ne serait-ce que pour connaître les noms des trains qui s'arrêtaient à Dakshineshwar. Au guichet d'information, une aimable dame m'a indiqué le train de 8h48, lequel n'est jamais venu. J'ai renoncé à ce train et en ai pris un autre s'arrêtant à Dum Dum qui est sur le chemin, ce que j'aurais pu faire plus agréablement en métro comme il y a quatre ans. De là, voyant les interminables files d'attente devant les guichets, j'ai décidé d'utiliser d'autres moyens de transport. Les rickshaw-wallahs demandaient Do sau (deux cents), j'ai donc commencé par marcher jusques une grande route, la Barrackpore Trunk Road, où je suis monté dans un bus. En ce dimanche, les environs du temple Dakshineshwar sont bondés. La file d'attente serpente jusque dans le petit parc voisin. Une fois le mur d'enceinte franchi, on découvre qu'en fait plusieurs queues tentaculaires mènent au sanctuaire principal. Cette vision m'est tout à fait inattendue en raison de mon expérience précédente avec ce temple. Arrivé au sanctuaire, on a quelques secondes pour apercevoir une statue noire... L'architecture du temple est très originale. Le seul point de comparaison que je connaisse est celui des temples de Vishnupur, qui sont toutefois faits d'un autre matériau.

Après avoir aperçu quelques uns des lingams placés au centre de sanctuaires secondaires tous identiques et parfaitement alignés, je prends un bateau pour rejoindre l'autre rive de la Hooghly. Je ne sais pas à quelle heure j'eusse dû quitter mon hôtel pour ne pas arriver hors délai, toujours est-il qu'à 12h15, les portes de Belur Math, le centre principal de la Mission Ramakrishna, étaient fermées. Comme elles ne rouvraient qu'à 16h, je me suis rendu en bus à la gare de Howrah. J'espérais y manger dans un petit restaurant-snacks, mais il y avait une longue file d'attente pour accéder au comptoir. Je n'ai pas non plus fait la file d'attente aux guichets pour me voir répondre qu'ils ne vendaient pas d'horaires de trains. Finalement, j'ai pris un bateau pour Fairlie Ghat. Sur la route conduisant à mon hôtel, je n'ai pas trouvé mon préparateur de lassis habituel. Je me suis donc dirigé pour la première fois au cours de ce voyage vers ma cantine, le restaurant Anand. Bizaremment, il y avait comme une file d'attente à l'entrée. Dans le doute, j'ai quand même poussé la porte et après un échange de moues entre le Cerbère et moi, celui-ci m'a dit en hindi Upar aie!, ce qui signifie Montez!. Il tient à mes maigres notions de hindi que j'aie bien mangé !

Séries de photographies : 2012-07-14, Kolkata, 2012-07-15, Kolkata.

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Nancy Boissel au Centre Mandapa

2012-07-06 00:09+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Centre Mandapa — 2012-07-05

Nancy Boissel, bharatanatyam

J'ai assisté ce soir à mon centième spectacle pour le compte de l'année 2012, le dernier avant les vacances d'été. La danseuse Nancy Boissel, qui est installée à Chennai, remerciera le public nombreux du Centre Mandapa d'avoir pris le risque de passer une heure avec elle. Le risque était pour moi limité puisque j'avais bénéficié d'une invitation suite à l'annulation d'un précédent spectacle.

Au cours de son programme (d'environ 1h20), la danseuse a mis en valeur ses qualités dans tous les aspects de la danse bharatanatyam. Elle n'a pas oublié non plus de remercier ses maîtres Sri Selvam Pillai et Sangita Ishwaran (si j'ai bien entendu).

L'introduction musicale de la première pièce (une offrande de fleurs au dieu Shiva-Nataraja) me met immédiatement dans de bonnes dispositions puisque l'on y entend le morsing, une sorte de guimbarde.

On rentre dans le vif du sujet avec la pièce principale du récital, le Varnam. Le thème est tout à fait traditionnel : une jeune femme se languit de Muruga, le fils à six têtes de Shiva. Elle demande à son amie d'intercéder en sa faveur. Elle se rend dans la forêt dans l'espoir de l'y rencontrer, mais elle souffre : elle reste désespérément seule. Et puis, tout semble changer. Un archer (Kama ?) lance deux flèches. Les amants semblent réunis. La pièce se conclut avec une héroïne qui se retrouve seule à nouveau. N'était-ce qu'un rêve ?

Dans cette pièce narrative se sont insérées, comme le veut cet art, des passages essentiellement rythmiques pendant lesquels la narration se suspend. Ils sont en général très nettement délimités puisque la musique se réduit au nattuvangam (cymbales) et aux syllabes rythmiques dites par le nattuvanar. Ce fut le cas ici dans certains de ces passages rythmiques, mais d'autres ont eu un accompagnement musical tout différent s'insérant avec davantage de fluidité dans le reste : une voix chantée faisant du sargam, c'est-à-dire que le chanteur (de cette musique enregistrée) prononçait le nom des notes. Pendant un de ces passsages de danse pure, il m'a semblé que la danseuse évoquait les arts : la sculpture, la musique.

Jusque là, j'ai trouvé le récital très convaincant. La narration est très lisible. Le rythme est très bien marqué par les grelots de cheville. Le plus souvent, ceux-ci bruissent sur les temps forts de la musique et puis soudainement, cela peut s'inverser ! Cette complexité rythmique contribue à me faire apprécier les moments de danse pure. Du côté de l'expression, j'ai parfois la sensation que certaines attitudes sont un tout petit peu surjouées, mais j'admets que ma perception est sans doute déformée par le fait que je fusse assis au tout premier rang (il faut bien que les spectateurs du fond voient quelque chose aussi !).

Avec la pièce suivante, on a tout simplement touché au sublime ! La musique est bien connue : c'est Bho Shambho (cf. le billet de blog de Suja sur ce morceau). Le texte comme la chorégraphie évoquent de nombreux aspects de Shiva : sa puissance symbolisée par ses cheveux, son chignon tressé d'où jaillit la rivière Ganga, son troisième œil, le tambour (Damaru), son bras protecteur en forme de trompe d'éléphant, etc. Les images sont tellement nombreuses ! Toutes mouvantes, elles s'enchaînent merveilleusement bien sur cette musique dont les battements rythmiques à faire s'écrouler les murs rappellent les pas du danseur cosmique Shiva-Nataraja. Au cours des quelques dizaines d'autres récitals de bharatanatyam auxquels j'ai assisté précédemment, je ne crois pas avoir atteint un tel état émotionnel. En tout cas, pour une pièce conçue comme abstraite (au sens où elle évoque les aspects d'un dieu plutôt que de raconter une histoire), il est certain que je n'avais jamais véçu ça. (Quand je pense que derrière moi, des spectatrices ronchonnaient à l'annonce du fait que ce serait une pièce dédiée à Shiva, comme s'il n'y avait pas plein d'autres dieux que Shiva.)

La pièce suivante est un adage en l'honneur de Muruga. Son père Shiva y fait quelques apparitions tout comme une dévôte de ce dieu. Cette pièce met surtout en valeur la composante expressive de la danse.

Enfin, le récital se conclut par un Tillana. La musique est là encore très connue puisque j'ai souvent entendu cette mélodie rythmée caractéristique à la fin d'autres récitals. Quelques agréables variations musicales seront toutefois ajoutées, apparemment. Le Tillana est une pièce de danse pure, toute en rondeur, courbes et joie. En effet, plus qu'à l'introspection, c'est à la joie que nous invite cette pièce, et ce récital dans son ensemble, comme l'espiègle apparition de Krishna joueur de flûte le confirmera à la fin de ce Tillana !

Le Tillana s'est enchaîné tellement rapidement avec les salutations coutumières de fin de récital que personne n'a osé applaudir. J'ai attendu que la danseuse ait salué le dieu de la danse pour applaudir le premier et déclencher un mouvement qui ne manquait pas d'enthousiasme...

Avec Srithika Kasturi Rangam, Lavanya Ananth, Mallika Thalak, Meenakshi Srinivasan, et maintenant Nancy Boissel, il commence à y avoir du monde dans mon panthéon de danseuses de bharatanatyam !

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Les Troyens au Royal Opera House

2012-07-03 23:33+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Royal Opera House — 2012-07-01

David McVicar, mise en scène

Leah Hausman, assistante à la mise en scène

Es Devlin, décors

Moritz Junge, costumes

Wolfgang Göbbel, lumières

Andrew George, chorégraphie et mouvements

Royal Opera Chorus

Renato Balsadonna, chef de chœur

Orchestra of the Royal Opera House

Peter Manning, premier violon

Antonio Pappano, direction musicale

Daniel Grice, Soldat

Anna Caterina Antonacci, Cassandre

Fabio Capitanucci, Chorèbe

Ashley Holland, Panthée

Ji Hyun Kim, Hélénus

Barbara Senator, Ascagne

Pamela Helen Stephen, Hécube

Robert Lloyd, Priam

Jenna Sloan, Polyxène

Sophia McGregor, Andromaque

Sebastian Wright, Astyanax

Bryan Hymel, Énée

Jihoon Kim, Fantôme d'Hector

Lukas Jakobski, Capitaine grec

Eva-Maria Westbroek, Didon

Hanna Hipp, Anna

Ji-Min Park, Iopas

Brindley Sherratt, Narbal

Daniel Grice, Voix de Mercure

Ed Lyon, Hylas

Adrian Clarke, Premier soldat

Jeremy White, Deuxième soldat

Peuple troyen, soldats grecs, soldats troyens, marins, courtisans et serviteurs de Didon, Carthaginois

Les Troyens, Berlioz

Dimanche dernier, mon week-end londonien se terminait avec la représentation en matinée du grand opéra de Berlioz : Les Troyens. Mes attentes étaient peut-être trop hautes. J'étais presque bouleversé rien qu'à la lecture du synopsis de l'opéra dans le programme maxi-format vendu dans le hall (maxi-prix aussi : £10). Je m'attendais à assister à la représentation d'opéra de ma vie, mais ce ne sera qu'une après-midi plutôt agréable.

Si je suis resté concentré pendant toute la durée de l'opéra (cinq actes, soit 4h11 sans compter les deux entr'actes), j'ai parfois légèrement piqué du nez. Les deux premiers actes se passent à Troie, au moment où les Grecs vont prendre le dessus par la fameuse ruse du Cheval. Fort heureusement, il ne s'agit pas d'une production façon péplum. Plutôt que de rester à l'époque du mythe, les costumes et les décors semblent transposer l'histoire au temps de la composition de l'opéra, en tout cas au XIXe siècle, dans le contexte de quelque conflit franco-anglais. Je ne suis pas expert en uniformes militaires, mais les quelques Grecs que l'on voit sont en Red coat, et les uniformes des Troyens sont suffisamment tarabiscotés pour paraître français. Le grand décor semi-circulaire fait vaguement penser à un glauque immeuble d'habitations pour ouvriers (l'utilité de ce décor me paraît très discutable). D'autres éléments de décors sont constitués d'un bric-à-brac mécaniste en ferraille. Le Cheval dont le mouvement restera mystérieux pour moi est particulièrement impressionnant. C'est un gigantesque et curieux assemblage d'engrenages et d'autres éléments mécaniques sortis du même bric-à-brac que les débris qui traînent sur scène. Ces décors et accessoires semblent évoquer la révolution industrielle.

La musique très contrastée de Berlioz maintient une tension permanente. Elle n'est malheureusement pas parsemée de grands moments extatiques (pour mon goût tout au moins). Dans le rôle de Cassandre, Anna Caterina Antonacci (que je vois pour la treizième fois !) me fait une très bonne impression dans le premier acte. Toutefois, j'ai souvent bien du mal à entendre sa voix et son français. La traduction anglaise des surtitres est un peu trop fantaisiste pour que je puisse reconstituer le texte français. Surtout, j'imaginais que la scène finale du deuxième acte (un véritable Jauhar dans la tradition rajpoute, cf. Padmâvatî) serait déchirante d'émotions, mais je n'ai aucunement été transporté. Scéniquement, on aura pu constater que les équipes du Royal Opera n'ont pas peur des flammes : le Cheval crache du feu !

Pendant les actes 3 & 4, je me replace à côté de Hugo dans la zone Balcony Left. C'est un peu excentré, mais on y bénéficie d'une belle vue sur l'orchestre. Ceci me permet de voir d'assez près aussi le très beau décor carthaginois du troisième acte évoquant une kasbah. Le décor tout en hauteur permet au chœur vêtu de couleurs vives de chanter sur différents niveaux (le procédé fait penser à ce que l'on peut voir dans la production de Manon de Massenet mise en scène par le même David McVicar, avec Natalie Dessay et Rolando Villazón). Au sol, une maquette de la kasbah sur laquelle les comédiens et acrobates vont pouvoir évoluer dans une scène de divertissement. Cette maquette reparaîtra sous d'autres formes dans les actes suivants. La grande façade de la kasbah sera aussi utilisée dans la suite. Comme le décor des deux premiers actes, il peut se diviser en deux pour créer un certain espace au centre.

Les actes 3, 4 et 5 m'inspirent la réflexion qu'il ne se passe pas grand'chose dans cet opéra, paradoxalement. Carthage paraît être un endroit paradisiaque où le bateau de l'expédition d'Énée va échouer. Il va inspirer l'amour à Didon qui ne lui pardonnera pas sa trahison, Énée étant en effet appelé à un autre destin : fonder une nouvelle et immortelle Troie en Italie.

Après qu'elle a souffert il y a quelques mois de la comparaison avec la subtilité du chant dhrupad de Marianne Svašek, je me réconcilie avec la chanteuse Eva-Maria Westbroek dont le français est presque parfaitement intelligible, surtout quand l'orchestration est légère. Cependant, la chanteuse qui m'a m'a le plus marqué au cours de l'opéra est la jeune Hanna Hipp qui interprète le rôle d'Anna, la sœur de Didon. J'ai aussi aimé les interprètes des rôles du ministre Narbal (Brindley Sherratt) et du marin Hylas (Ed Lyon). Dans le rôle-marathon d'Énée, le remplaçant de Jonas Kaufmann, Bryan Hymel, m'a semblé faire une prestation tout à fait honorable.

La mise en scène de David McVicar n'est pas sa plus mauvaise (L'Incoronazione di Poppea) ni sa meilleure (Agrippina), pour ne parler que de celles que j'ai vues. Le décor devient un personnage à part entière du grand spectacle. C'est impressionnant, on en a pour son argent, mais à quoi cela sert-il ? je me le demande bien. Je n'ai pas compris l'image finale qui fait paraître au centre une sorte de squelette de buste humain fait du même bric-à-brac mécaniste que le Cheval de la première partie de l'opéra. Avec les grands décors qui peuvent se diviser en deux, ces deux créatures extravagantes et enflammmées sont les seuls points communs entre les deux parties de l'opéra. Je ne vois pas du tout ce qu'on a voulu signifier par là. Peut-être avait-on commandé un peu trop de ferraille de sorte qu'il devenait possible de construire non pas une grande créature (le Cheval), mais deux... Pour ce qui est de la mise en scène proprement dite, elle permet la formation de belles images. Toutefois, on a connu David McVicar plus exaltant dans sa direction d'acteur. Pour moi, c'est ce travail avec les chanteurs sa marque de fabrique au-delà du tradi bien fait. J'aurais presque préféré voir des toges et un cheval en carton, si cela avait été le prix à payer pour que la direction d'acteurs fût meilleure !

Une des conclusions de cette représentation est que la meilleure façon d'écouter la Marche des Troyens est d'aller voir le défilé du Ballet de l'Opéra. Dans Les Troyens, la marche apparaît sous diverses formes et elle est souvent en concurrence avec les parties chantées...

PS: On peut voir quelques photos de cette production sur le site du ROH.

Ailleurs : Musica Sola, David.

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Billy Budd à l'English National Opera

2012-07-03 13:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

English National Opera — 2012-06-30

Kim Begley, Edward Fairfax Vere

Oliver Dunn, First Mate

Gerard Collett, Second Mate

Darren Jeffery, Mr Flint

Andrez Rupp, Bosun

Duncan Rock, Donald

Jonathan Stoughton, Maintop

Nicky Spence, The Novice

Daniel Norman, Squeak

Jonathan Summers, Mr Redburn

Henry Waddington, Lieutenant Ratcliffe

Matthew Rose, John Claggart

Michael Colvin, Red Whiskers

Philip Daggett, Arthur Jones

Benedict Nelson, Billy Budd

Marcus Farnsworth, Novice's Friend

Gwynne Howell, Dansker

Joseph Bingham Cooper, Tom Couffon, Robel Durub, Calum Currie Patiño, Thomas Fetherstonhaugh, Sean Hill, Henry Mattar, Louis O'Shea, Joseph Outtrim, Bartłomie Rój, Francis de Souze, Matthew Whiting, Midshipmen/Powder monkeys

Thomas Fetherstonhaugh, Cabin boy

Officers, Sailors, Drummers, Marines

Edward Gardner, direction musicale

Nicholas Ansdell-Evans, chef assistant

Francine Merry, chef de chœur

Genevieve Ellis, assistante de la chef de chœur

Janice Graham, premier violon

David Alden, mise en scène

Paul Steinberg, décors

Constance Hoffman, costumes

Adam Silverman, lumières

Maxine Braham, mouvements

Jessica Jackson-Smith, maître d'armes

Orchestre et Chœur de l'English National Opera

Billy Budd, Britten

Samedi après-midi, alors que j'attends un ami londonien devant l'English National Opera pour aller boire un verre et visiter le British Museum (qui a une très belle collection indienne), je croise Laurent, ce qui n'est guère surprenant en ces lieux !

En fin d'après-midi, j'assiste à une représentation de Billy Budd. La mise en scène et les décors ne sont pas aussi beaux que dans la production que j'ai vue il y a deux ans à Bastille. Comme Laurent qui a vu cette production avant moi, je ne comprends pas très bien quelle est l'époque suggérée par les costumes (des marins comme des hommes en armes). La musique de Britten me semble moins déroutante que la première fois, mais il me faut encore attendre le deuxième acte pour être tout à fait enthousiasmé par le spectacle. Le délice est avant tout musical. Dans certains passages orchestraux, j'aime l'alternance des textures orchestrales qui changent parfois presqu'à chaque mesure. J'apprécie le retour de l'onctueux motif musical entendu au début de l'opéra et qui me semble évoquer la mer. Avant cela, le deuxième acte aura commencé par l'impressionnante scène de l'attaque au canon d'un navire français. Le livret contient un certain nombre de piques contre les Français, ce qui fait rire bruyamment nos amis anglais. Le canon est représenté par un gros cylindre multifonctions (il sert en effet aussi de couloir d'accès à la cabine blanche du capitaine Vere, remarquable Kim Begley). Les tambours dont les interprètes ont pris position dans des loges proches de la scène contribuent à rendre cette scène indescripttiblement spectaculaire. Mon plaisir musical restera ininterrompu jusqu'à la fin alors que Billy Budd bégaillant tue d'un coup de poing celui qui l'accusait de mutinerie, Claggart, dont l'interprète (Matthew Rose) m'a beaucoup plu. Les trois personnages du First Lieutenant Redburn, du Lieutenant Ratcliffe et du Sailing Master Flint ne semblent exister que pour faire partie du tribunal qui condamnera Billy Budd à la pendaison, le capitaine Vere n'ayant pas eu le courage de le défendre.

L'interprète de Billy Budd m'a fait une très bonne impression. Le chœur était épatant aussi. J'ai rarement été autant ému à l'opéra. Ce deuxième acte de Billy Budd est ce que j'aurai préféré dans les trois spectacles vus au cours du week-end.

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The Prince of the Pagodas au Royal Opera House

2012-07-02 21:12+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Photographies

J'ai fait ce week-end mon premier séjour à Londres, ce qui n'a laissé de paraître extraordinaire à tous ceux à qui j'en ai parlé, cette uniformité de la réaction me paraissant plus remarquable encore que le fait initial. La ville est très chère. J'ai cependant pu trouver un hôtel à un prix à peu près raisonnable au Sud de la Tamise, dans le borough de Wandsworth, à une certaine distance du métro Vauxhall. L'endroit est aussi relié au centre (Trafalgar Square, Covent Garden) par le bus 87, ce qui est pratique, quand ce bus au fonctionnement très aléatoire veut bien venir... Je n'ai mangé que dans des restaurants ethniques (indien, pakistanais, italien, chinois). À Floral Street, juste à côté du Royal Opera House et très près d'une plaque commémorant le ballet Le Tricorne se trouve le restaurant Masala Zone. On y mange un large choix de thalis délicieux, un type de restauration indienne quasi-inexistante à Paris.

La différence de mentalités se sent immédiatement. À l'intérieur de chaque strate de la société (pour le peu que j'en ai vu entre les quartiers chics et le coin un peu moins chic situé autour de mon hôtel), les gens paraissent bien plus mélangés, ethniquement parlant, qu'en France. J'ai même vu quelques saris au Royal Opera !

Le but principal de mon séjour était de voir une représentation de l'opéra Les Troyens. À cela se sont greffées des représentations de l'opéra Billy Budd au English National Opera et du ballet The Prince of Pagodas au ROH. J'y ai croisé à chaque fois Musica Sola qui est bien plus endurant que moi puisqu'outre ces trois spectacles, il avait au moins un ballet et un concert en plus à son programme du week-end !

Les quelques photos que j'ai prises à Londres sont ici.

Royal Opera House — 2012-06-29

Kenneth MacMillan, chorégraphie

Benjamin Britten, musique

Nicholas Georgiadis, décors et costumes

Colin Thubron, livret (d'après John Cranko)

John B. Read, lumières

Monica Mason, Grant Coyle, mise en scène

Christophe Saunders, Gary Avis, maîtres de ballet

Alexander Agadzhanov, Jonathan Cope, principal coaching

Grant Coyle, Karl Burnett, choréologues

Barry Wordsworth, direction musicale

Peter Manning, premier violon

Orchestra of the Royal Opera House

The Royal Ballet

Gary Avis, The Emperor

Itziar Mendizabal, Princess Épine

Sarah Lamb, Princess Rose

Federico Bonelli, The Prince

Valentino Zucchetti, The Fool

Andrej Uspenski, The King of the North

Johannes Stepanek, The King of the East

Jonathan Watkins, The King of the West

Brian Maloney, The King of the South

Thomas Whitehead, The Emperor's Counselor

Jonathan Howells, José Martín, David Pickering, Liam Scarlett, Doctors

Laura McCulloch, Eric Underwood, Lead Baboons, Lead Courtiers

Yuhui Choe, Hikaru Kobayashi, Emma Maguire, Fumi Kaneko, Grand Pas d'Action

Claire Calvert, Deirdre Chapman, Melissa Hamilton, Lara Turk, Grand Pas d'Action

Gemma Pitchley-Gale, Elizabeth Harrod, Francesca Hayward, Iohna Loots, Yasmine Naghdi, Romany Pajdak, Leticia Stock, Sabina Westcombe, Grand Pas d'Action

Sander Blommaert, Alexander Campbell, Kevin Emerton, Valeri Hristov, Kenta Kura, Ludovic Ondiviela, Fernando Montaño, Dawid Trzensimiech, Grand Pas d'Action

Artists of the Royal Ballet, Baboons, Courtiers and Flag Bearers

The Prince of the Pagodas, ballet en trois actes

Le soir de mon arrivée, j'assiste au Royal Opera House à une représentation du ballet The Prince of the Pagodas, dans une chorégraphie de Kenneth MacMillan. (Le livret et la chorégraphie d'origine sont de Cranko.) Je suis placé au premier rang de l'amphithéâtre :

Royal Opera House

On y voit bien et contrairement à l'amphithéâtre de l'Opéra Garnier, on y a suffisamment de place pour les genoux. Comme j'en ferai l'expérience deux jours plus tard pour Les Troyens, la pente est suffisante pour que les têtes des spectateurs assis devant ne gênent pas. C'est dans la dernière direction, la largeur, que c'est un peu juste. Pour peu que les voisins ne soient pas des balletomanes japonaises, on se sent rapidement à l'étroit.

Je suis globalement assez déçu par ce ballet. A priori, je m'attendais à quelque chose d'aussi haut en couleurs que La Bayadère. Les deux premiers actes sont désespérément peu dansants. La musique de Britten a beau être louée dans le programme vendu £6 (ce qui est moins cher qu'à Paris), elle ne semble pas très favorable à la danse, qui est très heurtée. Au cours du premier acte, le seul moment où la magie ait quelque peu opéré sur moi a été la variation dansée par Itziar Mendizabal dans le beau costume de Princess Épine (la méchante demi-sœur de Princess Rose) et ce d'autant plus que le numéro musical correspondant m'a particulièrement plu. Les deux demi-sœurs s'opposent à propos de la division du royaume de leur père. Par la magie, Épine prend provisoirement l'avantage. Les courtisans deviennent fous (ils ont l'apparence de singes !).

Les rois des quatre coins cardinaux se disputent la main des princesses. Des quatre variations, seule la dernière, interprétée par Brian Maloney (Roi du Sud) me plaît.

Le prince fiancé à Rose a été transformé en salamandre. Au cours du deuxième acte, alors qu'elle est en train d'accomplir un voyage dans un autre monde (qui est intériorisé dans cette version), Rose retrouve les rois des points cardinaux et son prince. Elle repousse les quatre rois. Suite à une manipulation astucieuse du Fool, elle a les yeux bandés, ce qui fait qu'elle ne voit pas le prince-salamandre avec lequel elle va danser. Pendant cette danse, le prince retrouve son apparence humaine, mais il revient à l'état de salamandre quand la princesse enlève son bandeau. Elle prend alors pitié de lui.

Je ne suis guère enthousiasmé par le peu de danse vu jusque là quand commence finalement le troisième acte, qui est superbe. En l'embrassant, la princesse Rose va retransformer la salamandre en beau prince. Celui-ci combattra les rois des points cardinaux (la scène du combat est un peu longue à mon goût). Enfin, la couronne pourra être confisquée à Épine et rendue à l'Empereur. Tout le monde pourra se réjouir, sauf Épine qui a disparu. Le grand divertissement qui en résulte permet enfin au corps de ballet de se mettre en valeur (une seule fois) sur un morceau de musique qui commence par une fugue. Le placement n'est pas aussi régulier qu'à Paris, mais l'ensemble est néanmoins fort réjouissant. Le pas de deux entre le Prince (Federico Bonelli) et la Princesse Rose (Sarah Lamb) est très beau également. Toutefois, en pensant par exemple au prince qui sous sa forme humaine ne fait que sourire, je reste dubitatif à propos des commentaires du programme qui vante l'exploration de la psychologie des personnages, par opposition à la danse conçue comme pur divertissement.

Dans ce ballet, un personnage tire les ficelles : c'est The Fool (Valentino Zucchetti), qui est très souvent présent sur scène. Il bondit et tourne sur lui-même. Ce n'est pas aussi impressionnant qu'un Mathias Heymann dans La Source, mais à défaut d'être très varié, cela se laisse regarder.

Les décors sont un peu sombres, mais j'ai aimé l'évocation du château par un assemblage de pièces détachées de tours, toutes biscornues et mouvantes, tandis que la pagode blanche peut apparaître au fond de la scène.

Si je n'avais pas su que ce ballet était de MacMillan, je l'aurais peut-être deviné puisqu'une des scènes fait très fortement penser au pas de trois incestueux de L'Histoire de Manon : le pas de cinq dans laquelle Princesse Rose évolue entre les quatre prétendants que sont les rois des quatre points cardinaux.

Bref, de cette première représentation du Royal Ballet, je retiens surtout les grandes qualités des interprètes des rôles principaux, et la quasi-absence du corps de ballet.

Ailleurs : Dansomanie.

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