Weblog de Joël Riou

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Les Troyens au Royal Opera House

2012-07-03 23:33+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Royal Opera House — 2012-07-01

David McVicar, mise en scène

Leah Hausman, assistante à la mise en scène

Es Devlin, décors

Moritz Junge, costumes

Wolfgang Göbbel, lumières

Andrew George, chorégraphie et mouvements

Royal Opera Chorus

Renato Balsadonna, chef de chœur

Orchestra of the Royal Opera House

Peter Manning, premier violon

Antonio Pappano, direction musicale

Daniel Grice, Soldat

Anna Caterina Antonacci, Cassandre

Fabio Capitanucci, Chorèbe

Ashley Holland, Panthée

Ji Hyun Kim, Hélénus

Barbara Senator, Ascagne

Pamela Helen Stephen, Hécube

Robert Lloyd, Priam

Jenna Sloan, Polyxène

Sophia McGregor, Andromaque

Sebastian Wright, Astyanax

Bryan Hymel, Énée

Jihoon Kim, Fantôme d'Hector

Lukas Jakobski, Capitaine grec

Eva-Maria Westbroek, Didon

Hanna Hipp, Anna

Ji-Min Park, Iopas

Brindley Sherratt, Narbal

Daniel Grice, Voix de Mercure

Ed Lyon, Hylas

Adrian Clarke, Premier soldat

Jeremy White, Deuxième soldat

Peuple troyen, soldats grecs, soldats troyens, marins, courtisans et serviteurs de Didon, Carthaginois

Les Troyens, Berlioz

Dimanche dernier, mon week-end londonien se terminait avec la représentation en matinée du grand opéra de Berlioz : Les Troyens. Mes attentes étaient peut-être trop hautes. J'étais presque bouleversé rien qu'à la lecture du synopsis de l'opéra dans le programme maxi-format vendu dans le hall (maxi-prix aussi : £10). Je m'attendais à assister à la représentation d'opéra de ma vie, mais ce ne sera qu'une après-midi plutôt agréable.

Si je suis resté concentré pendant toute la durée de l'opéra (cinq actes, soit 4h11 sans compter les deux entr'actes), j'ai parfois légèrement piqué du nez. Les deux premiers actes se passent à Troie, au moment où les Grecs vont prendre le dessus par la fameuse ruse du Cheval. Fort heureusement, il ne s'agit pas d'une production façon péplum. Plutôt que de rester à l'époque du mythe, les costumes et les décors semblent transposer l'histoire au temps de la composition de l'opéra, en tout cas au XIXe siècle, dans le contexte de quelque conflit franco-anglais. Je ne suis pas expert en uniformes militaires, mais les quelques Grecs que l'on voit sont en Red coat, et les uniformes des Troyens sont suffisamment tarabiscotés pour paraître français. Le grand décor semi-circulaire fait vaguement penser à un glauque immeuble d'habitations pour ouvriers (l'utilité de ce décor me paraît très discutable). D'autres éléments de décors sont constitués d'un bric-à-brac mécaniste en ferraille. Le Cheval dont le mouvement restera mystérieux pour moi est particulièrement impressionnant. C'est un gigantesque et curieux assemblage d'engrenages et d'autres éléments mécaniques sortis du même bric-à-brac que les débris qui traînent sur scène. Ces décors et accessoires semblent évoquer la révolution industrielle.

La musique très contrastée de Berlioz maintient une tension permanente. Elle n'est malheureusement pas parsemée de grands moments extatiques (pour mon goût tout au moins). Dans le rôle de Cassandre, Anna Caterina Antonacci (que je vois pour la treizième fois !) me fait une très bonne impression dans le premier acte. Toutefois, j'ai souvent bien du mal à entendre sa voix et son français. La traduction anglaise des surtitres est un peu trop fantaisiste pour que je puisse reconstituer le texte français. Surtout, j'imaginais que la scène finale du deuxième acte (un véritable Jauhar dans la tradition rajpoute, cf. Padmâvatî) serait déchirante d'émotions, mais je n'ai aucunement été transporté. Scéniquement, on aura pu constater que les équipes du Royal Opera n'ont pas peur des flammes : le Cheval crache du feu !

Pendant les actes 3 & 4, je me replace à côté de Hugo dans la zone Balcony Left. C'est un peu excentré, mais on y bénéficie d'une belle vue sur l'orchestre. Ceci me permet de voir d'assez près aussi le très beau décor carthaginois du troisième acte évoquant une kasbah. Le décor tout en hauteur permet au chœur vêtu de couleurs vives de chanter sur différents niveaux (le procédé fait penser à ce que l'on peut voir dans la production de Manon de Massenet mise en scène par le même David McVicar, avec Natalie Dessay et Rolando Villazón). Au sol, une maquette de la kasbah sur laquelle les comédiens et acrobates vont pouvoir évoluer dans une scène de divertissement. Cette maquette reparaîtra sous d'autres formes dans les actes suivants. La grande façade de la kasbah sera aussi utilisée dans la suite. Comme le décor des deux premiers actes, il peut se diviser en deux pour créer un certain espace au centre.

Les actes 3, 4 et 5 m'inspirent la réflexion qu'il ne se passe pas grand'chose dans cet opéra, paradoxalement. Carthage paraît être un endroit paradisiaque où le bateau de l'expédition d'Énée va échouer. Il va inspirer l'amour à Didon qui ne lui pardonnera pas sa trahison, Énée étant en effet appelé à un autre destin : fonder une nouvelle et immortelle Troie en Italie.

Après qu'elle a souffert il y a quelques mois de la comparaison avec la subtilité du chant dhrupad de Marianne Svašek, je me réconcilie avec la chanteuse Eva-Maria Westbroek dont le français est presque parfaitement intelligible, surtout quand l'orchestration est légère. Cependant, la chanteuse qui m'a m'a le plus marqué au cours de l'opéra est la jeune Hanna Hipp qui interprète le rôle d'Anna, la sœur de Didon. J'ai aussi aimé les interprètes des rôles du ministre Narbal (Brindley Sherratt) et du marin Hylas (Ed Lyon). Dans le rôle-marathon d'Énée, le remplaçant de Jonas Kaufmann, Bryan Hymel, m'a semblé faire une prestation tout à fait honorable.

La mise en scène de David McVicar n'est pas sa plus mauvaise (L'Incoronazione di Poppea) ni sa meilleure (Agrippina), pour ne parler que de celles que j'ai vues. Le décor devient un personnage à part entière du grand spectacle. C'est impressionnant, on en a pour son argent, mais à quoi cela sert-il ? je me le demande bien. Je n'ai pas compris l'image finale qui fait paraître au centre une sorte de squelette de buste humain fait du même bric-à-brac mécaniste que le Cheval de la première partie de l'opéra. Avec les grands décors qui peuvent se diviser en deux, ces deux créatures extravagantes et enflammmées sont les seuls points communs entre les deux parties de l'opéra. Je ne vois pas du tout ce qu'on a voulu signifier par là. Peut-être avait-on commandé un peu trop de ferraille de sorte qu'il devenait possible de construire non pas une grande créature (le Cheval), mais deux... Pour ce qui est de la mise en scène proprement dite, elle permet la formation de belles images. Toutefois, on a connu David McVicar plus exaltant dans sa direction d'acteur. Pour moi, c'est ce travail avec les chanteurs sa marque de fabrique au-delà du tradi bien fait. J'aurais presque préféré voir des toges et un cheval en carton, si cela avait été le prix à payer pour que la direction d'acteurs fût meilleure !

Une des conclusions de cette représentation est que la meilleure façon d'écouter la Marche des Troyens est d'aller voir le défilé du Ballet de l'Opéra. Dans Les Troyens, la marche apparaît sous diverses formes et elle est souvent en concurrence avec les parties chantées...

PS: On peut voir quelques photos de cette production sur le site du ROH.

Ailleurs : Musica Sola, David.

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Commentaires

1. 2012-07-04 07:59+0200 (genoveva)

Merci Joël pour ce beau compte-rendu ! quant à moi je me contenterai du défilé du corps de ballet (que j'adore.....)- et l'affreux JoJo qui n'est pas venu ! quelle déception pour beaucoup de fans !


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