Weblog de Joël Riou

« Meenakshi Srinivasan au Musée Guimet | Programme Beethoven/Mendelssohn pour l'Orchestre de Paris »

Deux concerts à Dijon

2012-02-13 21:05+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Théâtre de Dijon — 2012-02-11

Andreas Staier, pianoforte

Kinderszenen op. 15 (Schumann)

Qu'il est triste de voir des salles de concert vides ! Ce samedi, à Dijon, le premier concert de la journée avait lieu au Théâtre. Le concert est le goûter Scènes d'enfants. Il n'a manifestement pas fait recette. Il faut dire qu'un tarif plein de 20€ pour environ 20 minutes de musique, c'est cher, trop cher pour attirer un public pour lequel cette somme est un plus grand sacrifice de pouvoir d'achat qu'elle ne le représente à Paris (ce serait d'ailleurs une bonne idée de partager pour de vrai une monnaie unique avec la province...). Bref, le parterre est à moitié vide. Je fais partie des quelques spectateurs qui se sont installés au balcon. De ma place, je vois parfaitement le clavier du piano Érard de 1839 (postérieur d'un an à la composition des Kinderszenen). Dans la discussion qui a précédé avec le compositeur Brice Pauset (dont L'opéra de la Lune sera créé à Dijon en mai), le pianofortiste Andreas Staier a expliqué qu'il respecterait les indications métronomiques du compositeur. Le premier numéro Von fremden Ländern und Menschen a ainsi été très rapide. D'autres ont été plus lents. Le plaisir d'écouter cette musique est modéré par le fait que le moindre chuchotis à l'autre bout du théâtre se fait entendre de partout. Il m'est ainsi impossible de me concentrer pendant le Träumerei, par exemple.

La discussion qui a suivi avec Brice Pauset n'a pas été inintéressante, mais je pense que le discours était complètement inadapté au public (essentiellement des enfants accompagnés de parents). C'est une bonne idée d'essayer d'intéresser des jeunes à la musique, mais je pense qu'il y aurait un certain effort à faire sur la manière de s'y prendre.

Auditorium de Dijon — 2012-02-11

Britten Sinfonia

Thomas Adès, direction musicale et piano

Pekka Kuusisto, violon

Les Baricades Mistérieuses pour piano (François Couperin)

Les Baricades Mistérieuses pour deux clarinettes, alto, violoncelle et contrebasse (François Couperin, arrangement par Thomas Adès)

Trois Études d'après Couperin (Thomas Adès)

Le Tombeau de Couperin pour petit orchestre symphonique (Ravel)

Extraits du Rossignol (Airs du Rossignol et Marche Chinoise) pour violon et piano (Stravinski, arrangement par Samuel Dushkin)

Deux suites pour petit orchestre (Stravinski)

Concerto pour violon Concentric Paths (Thomas Adès)

Humoresque 4 (Sibelius)

L'autre concert du jour est à l'Auditorium. Il est précédé par une rencontre avec le violoniste Pekka Kuusisto et Thomas Gould, premier violon du Britten Sinfonia. L'animateur de la rencontre, mort de trac, s'est un peu loupé, mais les deux jeunes musiciens ont bien fait le show !

En attendant le début de cette rencontre (dont j'ai un moment cru que je serais l'unique spectateur), j'ai lu le programme et ai été étonné par son intelligence et sa cohérence. L'ensemble, qui n'a pas de chef attitré, élabore ainsi parfois des programmes autour d'un chef, d'un soliste ou d'un compositeur, en l'occurrence ici le britannique Thomas Adès, qui cumule les casquettes de compositeur, de chef et de pianiste. Malhreusement, ce programme sera joué devant une salle vide comme je n'en avais jamais vue. Je ne sais pas s'il y avait du monde aux balcons ; en tout cas, il devait y avoir à tout casser une cinquantaine de spectateurs au parterre.

Le concert commence par deux versions des Baricades Mistérieuses de Couperin. L'original est d'abord joué au piano par Thomas Adès. Cinq musiciens (une clarinette-basse, une clarinette, un alto, un violoncelle et une contrebasse) entrent ensuite pour en interpréter un arrangement de Thomas Adès. Aussi bien l'original que la transcription m'ont plu. On continue ensuite avoir Couperin, cette fois-ci adapté plus en profondeur par Thomas Adès. Dans ces Trois études d'après Couperin, l'orchestre se fait double (la moitié gauche ne joue pas la même chose que celle de droite), ce qui fournit une configuration inédite (voir le billet de Klari pour les configurations plus standard d'un orchestre) :

[Britten Sinfonia]

Les deux premières études (adaptées de Les amusements et Les tours de passe-passe) me plaisent beaucoup. La deuxième tout particulièrement. La troisième L'Âme en peine, à l'orchestration plus tournée vers les cordes, imite peut-être un peu trop le style baroque pour m'éviter tout ennui.

Après que la configuration de l'orchestre est redevenue plus standard, la première moitié du programme se poursuit sur la thématique Couperin, cette fois-ci avec Le Tombeau de Couperin de Ravel. Je l'avais entendu en 2007 lors de mon troisième concert Pleyel. Je n'en avais plus aucun souvenir ! J'ai ainsi été agréablement surpris par le côté vivifiant de cette œuvre. L'utilisation des instruments à vents est absolument adorable. L'acoustique de la salle et mon placement font que j'ai l'impression que le son de ces instruments vient de toutes les directions simultanément. C'est cette œuvre qui m'a procuré le plus grand plaisir d'écoute. Les musiciens semblent prendre réellement plaisir à entendre leurs collègues jouer et à jouer eux-mêmes. Ces attitudes propres à chaque musicien, les vêtements sobres mais qui ne sont en rien des uniformes me rendent cet orchestre très sympathique.

Après l'entr'acte, Thomas Adès au piano et Pekka Kuusisto interprètent deux extraits du Rossignol. Comme dans le concerto pour violon d'Adès qui sera joué plus tard, on voit ce dernier passer d'un pied d'appui à un autre, changer d'attitude, pour ainsi dire danser, non pour faire le clown, mais parce que ces mouvements semblent lui être nécessaires pour bien interpréter ces extraits.

L'orchestre revient pour deux suites de Stravinski (et le violoniste Pekka Kuusisto revient aussi pour jouer la partie de piano). La première est trop néoclassique pour m'intéresser véritablement, mais la deuxième plus venteuse est délicieuse. Les quatre numéros de ces suites sont trop courts pour que l'ensemble n'ait pas le goût du trop peu.

Le plat de résistance de la soirée est le concerto pour violon Concentric Paths de Thomas Adès. Par rapport aux œuvres d'Adès entendues dans la première partie, on change assez radicalement de style. Certains effets du premier mouvement Rings me font penser à John Adams. Dans le deuxième Paths, le violon avance assez tranquillement sur son chemin tandis que l'orchestre effectue des variations sur des phrases dont la tension éclate brutalement dans des explosions de fin du monde. Le troisième mouvement Rounds est très entraînant, le violon partant dans les aigus tandis que diverses sections de l'orchestre reprennent un thème initialement introduit par la flûte.

En bis, un très beau Humoresque 4 de Sibelius !

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Commentaires

1. 2012-02-13 23:27+0100 (Genoveva)

Toujours fidèle à Dijon ! bravo

Je propose qu'on reverse aux théâtre dijonnais une partie de la subvention de l'Opéra de Paris (qui ne l'oublions pas a tué Manon à la Bastille!!!!!, pour diminuer un peu le prix des places des provinciaux !


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