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Aruna Sairam au Théâtre de la Ville

2012-04-15 13:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne

Théâtre de la Ville — Place du Châtelet — 2012-04-14

Aruna Sairam, chant

H. N. Bhaskar, violon

J. Vaidyanathan, mridangam

S. V. Ramani, ghatam

J'avais déjà entendu la chanteuse de musique carnatique Aruna Sairam en concert. C'était au NCPA de Mumbai en 2010. Qu'elle soit invitée par le Théâtre de la Ville cette année avait été la raison principale pour laquelle je m'étais abonné cette année. Je ressors extrêmement enthousiaste de ce concert. Je n'ai qu'un seul regret : qu'il n'ait pas duré un peu plus qu'une heure quarante.

Le récital a commencé par deux compositions relativement courtes (kritis). Le premier en Raga Abhogi est manifestement en l'honneur de Shiva puisqu'il commence par Om Namah Shivaya. La suite du texte serait en tamoul. À la fin de la composition, on entre progressivement dans une séquence improvisée autour de ce qui a précédé et dans laquelle la chanteuse utilisera beaucoup le nom des notes. La conclusion apaisante intervient quand la voix de la chanteuse se met à l'unisson du tampura. Suit une deuxième composition du même type, en Raga Lalita, en sanskrit et dédiée à Lakshmi.

Je n'ai pas tout compris à la présensation qu'a faite la chanteuse de la pièce suivante. Apparemment, en passant devant l'église St George à Chennai, un compositeur de musique carnatique aurait entendu un chant qui lui plaisait et il aurait décidé d'adapter la mélodie étrangère pour en faire quelque chose d'indien.

Après ces pièces assez brèves, on est entré de la pièce principale du récital, en Raga Todi. Ce développement a eu à peu près la même forme que celle que j'ai pu décrire à l'occasion d'autres concerts, comme celui de S. Saketharaman. Cette pièce a commencé par un Alap dont j'aurais aimé qu'il ne se termine jamais. Ce n'est pas un Alap dans le même genre que ceux de la musique du Nord de l'Inde, puisque tout va plus vite. Cependant, comme elle l'a annoncé au début de cette section, la chanteuse a utilisé toute une palette de Gamaka, des ornementations autour des notes du Raga. La technique qu'elle a le plus utilisée a été celle consistant à faire osciller de façon contrôlée la hauteur d'une note. Elle a également parcouru le chemin entre diverses notes de la gamme en glissant. J'ai oublié de le préciser, puisque c'est une caractéristique de la musique carnatique, mais depuis le début du concert toutes les lignes mélodiques, ornementations comprises, sont reproduites immédiatement par le violoniste ! La gestique des chanteurs de musique carnatique inclut le plus souvent des mouvements de la main droite pour clapper le tal. Aruna Sairam accompagne ses mouvements mélodiques de nombreux gestes de la main gauche, mais aussi de la main droite.

À la fin de l'Alap et le solo de violon obligatoire (dans lequel le violoniste passe curieusement sans y rester trop longtemps sur les notes qui résonnent le mieux avec le tampura), on passe à une partie semi-rythmique, ce qui est assez original (c'est la première fois que j'entends ça dans un développement). La chanteuse chante en effet des phrases comme Da doum Da doum... dans lesquelles un rythme est immédiatement perceptible, mais entre ces phrases rythmées s'intercalent des silences qui seront bientôt comblés quand les percussionnistes entreront en action.

La suite du développement sera jouée sur un rythme à sept temps. Le texte du śloka contient des références à Krishna (qui est aussi nommé Shyam), mais le mot qui reviendra le plus souvent sera Kamakshi qui est un nom de la Déesse. La chanteuse se lance ensuite dans des improvisations. Le nom des notes se mélange aux syllabes du vers. Si je comprends bien, en principe, les phrases sont censées se terminer à un endroit précis du cycle rythmique. Au début de son improvisation, les vertigineuses phrases chantées par Aruna Sairam dureront plusieurs cycles. Elle doit avoir une technique pour respirer sans qu'on s'en rende compte... Bref, elle fait décoller un avion, et quand l'envie lui prend de finir sa phrase, elle n'a aucune difficulté à le faire atterrir à l'endroit qui lui plaît. Après avoir élaboré des phrases avec d'une grande virtuosité, la chanteuse va en réduire la longueur par paliers, en terminant par des fractions du cycle rythmique. Après avoir fait chacun un petit solo, les deux percussionnistes joueront ensemble. L'échange a été assez bref et agréable, mais pas aussi délectable que celui auquel j'avais assisté lors d'un concert de Sri Mohan Santhanam. La chanteuse a conclu la pièce principale du concert en revenant au vers, et en particulier au mot Kamakshi.

Pour compléter le programme, la chanteuse a inséré un Abhang et un Tillana comme elle l'avait déjà fait lors de son concert à Mumbai en février 2010. Ce sera le même Tillana, absolument superbe (voir cette vidéo), en l'honneur de Krishna et de sa lutte contre le serpent à cinq têtes Kalinga. Avant cela, elle aura donc chanté un Abhang. Il s'agit de musique dévotionnelle marathi. Originaire de Mumbai, la chanteuse aime insérer ce type de chant dans ses programmes. Je pense que c'est le morceau de musique que j'ai préféré pendant ce concert. En tout cas, c'est celui qui m'a le plus ému. L'art de la chanteuse dans son interprétation de Bhakta Jana Vatsale ce samedi est sans commune mesure avec ce que l'on peut entendre en visionnant certaines vidéos sur Internet (je préfère cependant celle-ci à celle-là). J'étais aux anges jusqu'à la fin de cet Abhang que la chanteuse a conclu en répétant de nombreuses fois un des noms de Vishnu, Vittala, qui est la divinité à laquelle rendent hommage les Abhang.

Le public en redemandant avec insistance, la chanteuse est revenue pour chanter la toute première des compositions, dédiée à Muruga, d'Arunagirinathar (si j'ai bien reconstitué le nom...).

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Commentaires

1. 2012-04-19 03:59+0200 (Suja)

Bonjour! J'ai trouvé votre 'post' par hazard. Je vois que vous appréciez la musique indienne, surtout la musique d' Aruna Sairam (comme moi). Si vous comprenez l'anglais, peut être vous aimeriez mon blog sur la musique indienne - <URL: http://sujamusic.wordpress.com/ >.

J'explique la structure des RTP (Ragam Tanam Pallavi) avec des phrases comme « Da doum Da doum... » ici <URL: http://sujamusic.wordpress.com/2011/12/31/rtp-in-kalyani/ > et il y a aussi un 'post' sur le Kalinga Nartanam Thillana ici <URL: http://sujamusic.wordpress.com/2011/03/28/kalinga-nartanam/ >.

2. 2012-04-19 12:47+0200 (Joël)

Merci pour le lien, je crois que je vais ajouter vote blog à mon agrégateur !

Lors de ce concert, je crois que c'est la première fois que j'entendais une section rythmique (Tanam, donc) qui se distingue clairement entre l'« Alap » (Ragam Alapana) et la composition (Pallavi), d'où ma surprise !


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