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L'Histoire de Manon à Garnier

2012-04-24 10:33+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2012-04-23

Koen Kessels, direction musicale

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Ballet de l'Opéra

Jules Massenet, musique (extraits d'œuvres musicales, 1867-1910)

Martin Yates, nouveaux arrangements et orchestration (2011)

Kenneth MacMillan, chorégraphie et mise en scène (1974), réglées par Karl Burnett et Gary Harris

Nicholas Georgiadis, décors et costumes

John B. Read, lumières

Patricia Ruanne, répétitions

Aurélie Dupont, Manon

Josua Hoffalt, Des Grieux

Jérémie Bélingard, Lescaut, frère de Manon

Muriel Zusperreguy, Sa Maîtresse

Aurélien Houette, Monsieur de G. M.

Viviane Descoutures, Madame

Adrien Couvez, Le Chef des mendiants

Arnaud Dreyfus, Le vieux Gentilhomme

Myriam Kamionka, Une Prostituée travestie en jeune garçon

Mathieu Botto, Le Geôlier

L'Histoire de Manon

J'ai assisté aux deux premières représentations de la reprise de L'Histoire de Manon de MacMillan à l'Opéra Garnier. Samedi dernier et lundi soir. La distribution ci-dessus est celle de lundi.

L'intrigue du roman de l'Abbé Prévost est relativement bien respectée. Toutefois, le personnage de Manon est rendu plus sympathique. Dans cette version, son inconstance paraît avoir pour seule cause l'intérêt de son frère pour l'argent. Après vérification, dans le roman (dont je recommande la lecture), Lescaut incite effectivement Manon à se faire entretenir par G. M., mais Manon avait eu avant quelqu'autre occasion de tromper Des Grieux. Dans ce ballet, les mouvements de pieds semblent parfois assez compliqués ; pendant les entr'actes, entre balletomanes, on se demande si certaines aspérités ou défauts de synchronisation sont volontaires ou non (parfois, manifestement oui, mais des doutes subsistent, c'est intrigant !). Globalement, les mouvements des danseurs de la deuxième distribution m'ont semblés plus fluides. Comme dans certains ballets de Noureev (en particulier, Roméo et Juliette), on a parfois l'impression d'assister à la reconstitution d'une scène de rue, des solistes dansant au devant de la scène tandis que les membres du corps de ballet font plus ou moins acte de figuration en arrière-plan en vaquant à de diverses occupations. Cette vulgarité va parfois plus loin, notamment au deuxième acte, avec la représentation de la trivialité. Celle-ci était parfois montrée de façon grossière dans Roméo et Juliette. On la retrouve ici dans une scène de bacchanale (beaucoup plus convaincante samedi que lundi, où il était bien difficile de comprendre ce qui se passait ; il faut dire que j'étais distrait par l'orchestre, j'y reviendrai !).

Venons-en maintenant aux danseurs. Si j'ai trouvé Clairemarie Osta (Manon) et Nicolas Le Riche (Des Grieux) très bons samedi, ils ne m'ont ému qu'au troisième acte au cours duquel, spoiler alert, Manon meurt en Amérique dans les bras de Des Grieux. Lundi, Josua Hoffalt et la sublime Aurélie Dupont étaient en état de grâce. La jeunesse, l'amour des deux personnages était plus convaincants à mes yeux dans leur pas de deux du premier acte. L'expression du visage, à laquelle j'accorde une grande importance, était plus travaillée chez Josua Hoffalt que chez Nicolas Le Riche (je ne pense pas que ce soit lui faire injure de dire que l'expression faciale n'est pas son point fort : il en a tellement d'autres !). De son côté, Aurélie Dupont est absolument rayonnante ! Le rôle de G. M. est interprété lundi par Aurélien Houette avec une froide noblesse. J'ai trouvé que cette anguleuse rigidité faciale correspondait mieux au personnage que les courbes de Stéphane Phavorin samedi. Le sentiment de malaise pendant le pas de trois Manon/G. M./Lescaut à la fin du premier acte n'en était que plus malsain. Plus qu'un simple entremetteur, Lescaut assiste et participe incestueusement à leur manège.

Si elle semble sous l'influence de Lescaut au premier acte, ce n'est qu'au deuxième acte que transparaît véritablement l'ambiguité de Manon. À quel point l'argent et la séduction ne sont-ils pour elle qu'un jeu ? ce jeu que refuse Des Grieux. Lundi, j'ai particulièrement aimé la façon dont les deux personnages entrent en conflit sur ce sujet qui est symbolisée par le bracelet orné de pierres précieuses que G. M. a offert à Manon.

Dans la scène festive du deuxième acte, Lescaut paraît complètement ivre. Le rôle comporte une variation suivie d'un pas de deux avec la maîtresse de Lescaut au cours de laquelle celle-ci est bien embêtée d'avoir un partenaire incapable d'aligner convenablement une suite de pas, de prises de mains et de portés. Samedi, Stéphane Bullion a été très drôle dans cette scène ! davantage que Jérémie Bélingard dont la pantomime m'a alors semblée quelque peu exagérée. Si en général j'apprécie beaucoup Alice Renavand, dans le rôle de la maîtresse de Lescaut, son interprétation ajoutait une dimension un peu trop putassière au rôle. Je lui ai donc préféré Muriel Zusperreguy qui dansait ce lundi.

Parmi les solistes, je voudrais aussi signaler le chef des mendiants qui apparaît au premier acte. Samedi, j'ai été très impressionné par Allister Madin (qui est le seul danseur du ballet de l'Opéra à qui j'aie serré la main, grâce au Petit Rat, à l'issue une représentation de La Bayadère au cours de laquelle ce danseur avait été une très belle idole dorée).

Parmi les ingrédients qui peuvent transformer une belle soirée en une des meilleurs soirées de ballet de l'année (à côté de Myriam Ould-Braham dans La Source et dans La Bayadère, et puis Aurélie Dupont et Evan McKie dans Onéguine), il faut bien sûr compter l'orchestre. Si samedi, l'orchestre m'avait semblé jouer très bien la musique de Massenet, ce lundi, il jouait fantabuleusement bien. Comment est-ce possible ? C'est simple : ce n'étaient pas les mêmes musiciens ! Parmi les moments les plus délicieux, ce passage du deuxième acte mettant en valeur Manon qui est un bien bel ensemble pour instruments à vents. L'entendant depuis ma loge de face (plutôt qu'une loge de côté samedi), je pouvais profiter pleinement de la stéréo ! Les instruments qui m'ont procuré le plus de plaisir ont été la clarinette et le hautbois (qui comme samedi avait une sonorité proche de celle du cor anglais, comme le faisait observer l'experte Klari). Les solos de violon, de violoncelle (et aussi d'alto me semble-t-il) étaient également très beaux. Je ne suis pas des plus grands admirateurs de la musique de Massenet, mais il faut bien admettre que l'arrangement et l'orchestration de Martin Yates sont bien faits. Il me faudrait quelques nouvelles écoutes pour mieux m'en rendre compte (je ne retournerai voir ce ballet que lors de la dernière pour les adieux de Clairemarie Osta), mais j'ai apprécié le caractère motivique de cette musique. Certaines apparitions et réapparitions de personnages sont ainsi soulignées par des motifs, et pas seulement au troisième acte quand avant que Manon meure les personnages rencontrés précédemment font une apparition en arrière-plan, chacun étant accompagné d'une musique qui lui corresponde.

Ailleurs :

Parlons maintenant des à-côtés. Lundi soir, en me dirigeant vers ma première loge 28, je vois une ouvreuse sortir de la 30 dont je soupçonne qu'elle communique avec la 28. Lui tendant ma place, elle me dit de voir avec sa collègue s'occupant des loges de côté. Il n'y a pas lieu de s'étonner que cette autre ouvreuse fût débordée... Arrivé à ma place, je constate que j'aurais effectivement pu entrer par la porte de la loge 30 si la première ouvreuse ne l'avait fermée devant moi. Ces grandes loges de face comportent des rangées de 8 fauteuils. Au deuxième rang, on vend à 70€ des places aveugles derrière quelque pilier. Une dame a fait un scandale à ce propos. Une autre a débarqué en me regardant moi et mon voisin d'un air et d'un ton accusateur, genre dégagez d'ici. Devant cette inédite revêche, j'ai déployé toute l'amabilité qu'il me restait pour lui demander de sortir et de tourner à droite pour trouver sa loge impaire (au total, ce soir, j'ai dû servir de panneau indicateur à quatre personnes, il faudrait que je pense à me faire payer par l'Opéra). Au bout de dix minutes de spectacle, on a bizarremment fait entrer des retardataires dans cette grande loge, dont tous les sièges étaient déjà occupés. Les loges sont spacieuses, mais rajouter ainsi des resquilleuses, c'est du vice. Est-ce un bêta-test pour la configuration de l'année prochaine dans laquelle certaines loges auront un cinquième rang ? Par ailleurs, en arrivant à l'Opéra, j'avais découvert que les interminables travaux sur les toilettes du côté pair étaient terminés. Ils sont un peu plus dignes que ce qu'il y avait là avant. Le loquet fonctionne mal ; chez les dames on manque manifestement de savon puisque certaines vont se laver les mains que les messieurs. Miracle, le sèche-mains fonctionne ! Trop bien puisqu'il fait un un bruit infernal qui s'entend à trente mètres à la ronde (il est aidé en cela par le fait que la porte d'accès reste ouverte en permanence). Au milieu du premier acte, je n'ai donc guère été étonné d'entendre un suspect bruit de soufflerie.

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Commentaires

1. 2012-05-06 15:24+0200 (Genoveva)

Dans ces loges (que je fréquente très souvent) les ouvreuses font rentrer les retardataires !!!


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