2010-08-11 13:57+0530 (কলকাতা) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde IX
La journée d'hier était très chaude. L'eau du robinet, provenant probablement d'un réservoir situé en plein soleil était presque brûlante. J'eusse préféré que la douche fût fraîche.
Ce n'était donc pas une journée pour marcher. J'ai passé du temps dans des lieux climatisés, dont une librairie. Lors de cette deuxième visite, j'ai trouvé un rayon de livres d'auteurs indiens au sens large, grossièrement triés par ordre alphabétique. Le seul auteur d'expression française vivant dont j'aie vu un livre était Natacha Appanah.
J'ai acheté le livre Letters from a father to his daughter de Jawaharlal Nehru que j'ai lu d'une seule traite. Il s'agit d'une sorte de résumé de l'histoire de la Terre puis de l'humanité jusques à il y a quelques milliers d'années. Ce texte est constitué d'une suite de lettres envoyées par Nehru à sa fille Indira quand il était à Allahabad et elle à Mussorie. L'ensemble est très intéressant et n'est pas trop périmé. Le côté très séculier de Nehru apparaît dans ce texte. Il renvoie souvent au Book au Nature qu'il convient de déchiffrer pour comprendre le passé. Les réponses apportés par les religions lui apparaissent assez fantaisistes.
Dans la soirée, je suis parti à la recherche de restaurants du côté de Central, mais je n'ai rien trouvé. Je me suis alors dit que j'allais essayer de prendre le tramway, sans doute le dernier mode de transport en commun de Kolkata que je n'avais pas encore essayé. Les arrêts ne sont pas matérialisés. Je me suis mis à un coin du carrefour et ai attendu un bon quart d'heure avant de voir passer un tram' devant moi sans s'arrêter. Un Indien a réussi à monter dedans en marche. Il m'a fallu traverser le carrefour et attendre encore un quart d'heure avant de pouvoir monter dans un autre tram' qui m'a rapproché d'un bon restaurant.
2010-08-06 12:18+0530 (চন্দননগর) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde IX
Avant-hier, je suis allé visiter le palais de marbre. J'ai perdu du temps pour le trouver en sortant de la station M. G. Road puisque les indications du guide Lonely Planet étaient erronées (inversion entre la gauche et la droite). Comme l'indique Sébastien Ortiz dans son livre, il y a maintenant un panneau qui en donne la direction au bord de la route. Sa description du lieu est très juste (cependant, certaines pièces ont sans doute été déplacées depuis 2005). Le palais aux sols de marbres colorés d'Italie renferme une grande collection d'objets d'arts, principalement venus d'Europe. Beaucoup de statues de style grec, des sculptures représentant Napoléon, des lustres de Belgique, etc.
Je me suis ensuite baladé dans les rues voisines. Le tramway a beaucoup de mal à avancer dans ces lieux bondés.
⁂
Hier, je suis allé au jardin botanique. Il est situé au bord de l'autre rive de la Hooghly. J'ai donc marché depuis Chandni Chowk jusqu'à la jetée où pour 4 roupies, j'ai pu rejoindre la gare de Howrah, située de l'autre côté. De là, j'ai pris un taxi prépayé. Le jardin est très étendu. Tout y est très mal indiqué. On trouve en effet de nombreux panneaux indicateurs, mais les concepteurs ont réussi à peindre des flèches ambigues... On y trouve des plantes originaires de nombreuses régions du monde. Une serre abrite des cactus de toutes les tailles. Au bout du chemin, un gigantesque banyan de plus de 250 ans, apparemment le plus étendu d'Inde. Pour rentrer, un minibus au prix modique me ramènera, mais le trajet sera très long.
Dans la soirée, je suis allé à Rabindra Sadan pour écouter un concert de Rabindrasangeet, ce style de chansons inventé par Rabindranath Tagore. Je suis arrivé un peu en avance. À l'entrée du complexe où se trouvent d'autres institutions culturelles, les indications ne sont pas très claires. Après un essai infructueux, j'essaie d'entrer dans un bâtiment où tout est écrit en bengali et où un grand portrait de Tagore trône à l'entrée. On me dit juste d'attendre. Au bout d'un moment, un des responsables s'enquiert de mon cas et très vite, on se retrouve dans les coulisses du théâtre et on trouve quelqu'un pour me vendre un ticket et me faire rentrer. (Il aurait quand même été plus simple de me dire de faire le tour du bâtiment pour passer par l'entrée normalement utilisée par les spectateurs...)
Le parterre de la salle (environ 500 places) est plein ; quelques spectateurs se sont installés au balcon. Le concert des frère et sœur Manoj et Manisha Murali Nair (issus du Kerala mais ayant étudié à Shantiniketan) va durer environ deux heures et demie. Ils chantent tous les deux, Manoj joue aussi de l'harmonium, dont le son est recouvert par les autres instruments : trois percussionnistes (deux jouant sur instruments indiens traditionnels, un troisième sur une batterie électronique), un instrument à cordes et archet non identifié, une guitare et un synthétiseur. La trentaine de chansons vont m'inspirer un ennui quasi-total...
⁂
J'ai pris ce matin un train local à la gare de Howrah pour visiter Chandernagor où je vais passer une partie de l'après-midi.
2010-08-04 12:57+0530 (কলকাতা) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde IX
Hier soir, je suis allé assister à un concert de musique classique de l'Inde du Nord. Cela se passait dans une galerie d'art à Ballygunge, au Sud de Kolkata.
J'ai bien cru ne jamais réussir à m'y rendre. Je pensais d'abord qu'il
serait facile de localiser l'adresse 94, Ballygunge
en rejoignant
cette rue à pieds depuis une station de métro, puis marcher dans le sens
des numéros croissants. En fait, dans ce quartier, la numérotation, c'est
véritablement n'importe quoi. À un peu moins d'une heure du début du
concert, j'ai demandé à un auto-rickshaw de m'y conduire. Ni lui ni les
gens du quartier n'avaient l'air de savoir par où aller. On n'a pas arrêté
de tourner en rond le long d'une marche aléatoire. À sa méconnaissance des
lieux s'ajoute l'incompétence du conducteur de rickshaw. Alors que je lui
demandais de faire demi-tour après avoir repéré des numéros approchants, il
a continué beaucoup plus que de raison et après avoir réussi à tourner, il
est reparti à toute allure dans des directions aléatoires, ce qui nous a
fait perdre encore une bonne dizaine de minutes. Maintenant, je comprends
pourquoi Ballygunge est seulement représentée comme une tâche de couleur
sur une des cartes de la ville en ma possession.
Je ne suis arrivé sur les lieux que cinq minutes avant le début du
concert. La petite salle, presque pleine, accueille une petite trentaine de
spectateurs. La chanteuse, Gaayatri Kaundiya, a seulement 19 ans et déjà
une petite marque de sindoor dans la raie des cheveux. On annonce qu'elle
apprend le chant depuis presque quinze ans. Son gourou (maintenant décédé)
est un certain Baba
. Elle est accompagnée par un harmonium (Moinak
Das) et un tabla (Goutam Chakraborty). La chanteuse et son jeune frère Ram
jouent du tampura.
Le Raga de ce soir est Maru Bihag. Son interprétation durera environ une heure et quart et sera comme le veut la tradition divisée en trois parties. Dans la première, la chanteuse et le joueur d'harmonium installent progressivement le raga. Dans la deuxième, le rythme des percussions commence à battre régulièrement. Quelques phrases musicales s'installent. La chanteuse, d'une voix claire, émet des notes dont elle fait varier très légèrement la hauteur. C'est parfaitement contrôlé, puisqu'après plusieurs passages, le motif s'est installé dans les esprits. Enfin, vient la troisième partie et ses rythmes changeants. On assiste alors à un déluge de techniques d'improvisation constituant des variations de ce qui avait été esquissé avant. Dans une de ces formes d'improvisations, les syllabes prononcées par la chanteuse sont les noms des notes (dans la gamme indienne) qu'elle chante.
Je ne connais pas grand'chose à cette musique, mais j'ai eu l'impression que c'était réussi. En tout cas, j'ai apprécié ce raga. Il y avait une complicité et un plaisir de jouer ensemble évident avec le joueur d'harmonium. Le percussionniste était apparemment un peu plus en mode automatique. Sa façon d'interpeler la chanteuse avec ses changements de rythmes était souvent un peu brutale et dans les morceaux qui ont suivi, elle a dû lui souffler le nom du motif rythmique de base pour qu'il puisse commencer à jouer.
Après la composition principale, trois morceaux plus courts ont conclu
le récital. Le premier était basé sur une chanson du célèbre musicien Miyan
Tansen, apparemment appelée Bhaje Damaru
. Après l'entrée de chacun
des quatre vers (qui, si j'ai bien identifié le point commun entre les mots
que j'y ai compris constitueraient une invocation de Shiva), on entend la
chanteuse improviser de toutes les façons possibles sur cette base :
modification du rythme, répétition de mots, remplacements de syllabes par
les noms des notes, etc.
Pour finir, deux chansons qui tendent vers le style des bhajans écris par son guru.
Pour rentrer, je me suis rapproché de l'axe Nord-Sud du métro et pensant à tort que j'arriverais trop tard, je suis monté dans un bus (identifié parce que c'était le premier dont la liste des arrêts défilait à l'avant en anglais et non en bengali). Il a été facile de monter ; descendre fut plus difficile. Les chauffeurs de bus de Kolkata et leurs chefs sont apparemment de vrais fous-furieux. Ceux de Mumbai qui ont la réputation d'être assez rudes paraissent presque raisonnables en comparaison.
Quand je suis rentré un peu avant 22h, presque tout est fermé ; je ne trouve pour dîner qu'un restaurant thai (allergiques au piment s'abstenir) où entre le serveur et moi, aucun n'arrive à entendre ce que dit l'autre.
2010-07-15 19:59+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Parmi mes dernières lectures indiennes, je recommande vivement Neuf vies, à la recherche du sacré dans l'Inde d'aujourd'hui de William Dalrymple. J'ai bien aimé aussi Quand viennent les cyclones d'Anita Nair. (Les liens en rose pointent vers le Biblioblog.)
2010-06-14 01:43+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Ce soir, le public clairsemé du TCE était assez différent d'ordinaire : on y voyait beaucoup plus de personnes d'origine indienne que d'habitude. Le spectacle était intitulé Amitabh Bachchan lit et chante Harivansh Rai Bachchan. A priori, on est plutôt venu voir la star du cinéma bollywoodien (standing-ovation immédiate lors de son entrée en scène) qu'entendre les poèmes de Harivansh Rai Bachchan, le père du comédien.
Je ne connaissais qu'un seul de ces poèmes : मधुशाला (Madhushala : Au Cabaret). C'est celui qu'Amitabh Bachchan a chanté en premier, accompagné de musiciens (constituant un effectif inhabituellement élevé pour de la musique indienne : sept). Il y est assez impieusement question d'un lieu où l'on consomme du vin.
La plupart des poèmes qui suivront seront lus sans accompagnement musical. Les sur-titres ont manifestement quelque mal à défiler à la bonne vitesse. Ils sont écrits dans une fonte inhabituellement petite pour ce lieu : les mots défilent plus vite que dans un spectacle d'opéra... En fait, presque systématiquement, Amitabh Bachchan explique en anglais au fur et à mesure le sens des strophes. Comme les vers ne sont pas dénués d'humour, les rires tombent à retardement : une première salve au moment où les mots sont prononcés par ceux qui comprennent le hindi et ceux qui arrivent à lire les sur-titres, une autre fuse quand le sens est expliqué en anglais. Le public applaudit de temps en temps un vers particulièrement édifiant, un peu intempestivement à mon goût.
Parmi les poèmes particulièrement remarquables, ख़ुन के छपे
(Traces de sang) où le poète raconte que sa femme a fait un rêve
terrifiant dans lequel un fantôme vient apposer sur des portes de maisons
l'empreinte de sa main trempée dans un seau de sang. Il se demande à qui se
sang appartient : यह बेगुनाह खून किनकी है ?
.
Les strophes qui suivent commencent aussi par ce vers, dans lequel
l'adjectif बेगुनाह
(innocent) aura été remplacé par un autre. Elles évoquent différents
aspects de la domination de l'Angleterre sur l'Inde.
Celui que j'ai préféré est बुद्ध और नाचघर (Bouddha et le bal) où les religions (le bouddhisme en particulier) sont ridiculisées. Comme pour d'autres poèmes, Amitabh Bachchan explique le contexte. Ici, le poète est en Angleterre à une soirée dansante. Alors que l'on danse et flirte, il aperçoit dans un coin une statue de Bouddha. Le poète pense alors à la contradiction entre la doctrine de Bouddha, son évolution et sa réduction au statut d'objet décoratif :
Il était contre les idoles
Le monde l'a érigé en idole,
Il s'opposait à toute adoration,
Et le monde l'a fait objet d'adoration,
[...]
Sa tête était dénudée,
On lui a mis une belle chevelure bouclée ;
[...]
(Traduction d'Annie Montaut)
Suivront d'autres poèmes, dont certains seront chantés dans un style folklorique. L'avant dernier est intitulé रुस की गुड़िया (La Poupée russe). Il est dans l'ordre d'idées du fragment littéraire gratuit Divagations métaphysiques redux de David Madore. Une petite poupée russe à qui on demande dans combien de poupées elle est imbriquée explique qu'il doit y avoir un monde au-dessus, puis un autre monde encore au-dessus, etc.
Dans le dernier qu'Amitabh Bachchan présente comme une réponse du poète
à une altercation dans laquelle il lui disait en substance : Je suis
certes un bon à rien, mais c'est de ta faute, vu que tu porte la
responsabilité de ma naissance.
. Il lui répond en appliquant
récursivement ce reproche à son propre père, puis au père de celui-ci, etc,
qui ne lui ont pas non plus demandé son avis avant de le concevoir.
Le spectacle s'est terminé par une reprise de Madhushala.
2010-05-04 00:30+0200 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne
Après Paperdoll en 2006 et Pushed en 2008, c'est Beautiful Thing 1, la dernière création de Padmini Chettur que je viens de voir aux Abbesses (première représentation). La pièce dure à peine plus d'une heure. Comme les fois précédentes, les bruits sont de Maarten Visser, mais si ceux de Pushed étaient parfois oppressants, à la limite du supportable, les sons de Beautiful Thing 1 ne font pas mal aux oreilles.
Les trois premiers quarts d'heure (environ) m'ont consterné. Il n'y a
absolument aucun contact entre les cinq danseuses. Équipées d'un micro,
elles prononcent des mots (left, elbow, hip,
etc.) en rapport avec les parties du corps qu'elles mettent en mouvement.
Comme dans les pièces précédentes, c'est très lent. Quelques phrases
énoncées comme des platitudes, comme I do not like or dislike those who
see me... even when I am on stage
(ou quelque chose d'approchant).
À un moment donné, les lumières s'éteignent presque totalement. Les cinq
danseuses vont réaliser une diagonale à reculons, très, très, len-te-ment.
Les mains vont commencer à s'effleurer. C'est à partir de là que je trouve
que cela devient un peu intéressant. La musique
fait alors penser à
des mécanismes en mouvement. Les danseuses se transforment plus ou moins en
automates.
Puis, alignées face au public, elles vont prononcer simultanément des mots (comme lotus, bird, death) tout en réalisant avec les mains et les bras des mouvements typiques de la façon dont ces éléments sont traditionnellement codifiés dans le bharatanatyam. On assiste ainsi à une sorte de lecture d'un dictionnaire pendant quelques minutes.
Enfin, les danseuses ayant enfilé un vêtement supplémentaire, elles vont s'amuser à tirer sur le leur, celui de la voisine, ce qui produit de drôles de contorsions (toujours en lenteur). L'une après l'autre, elles se retrouveront à plat ventre. On retrouve un final du genre de celui de Paperdoll avec un long travail au sol, alors que les lumières et les bruits s'évanouissent dans un très long fondu au noir.
Ailleurs : Bladsurb.
2010-05-01 00:36+0200 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne
Je reviens de la deuxième représentation du nouveau récital de kuchipudi de Shantala Shivalingappa Swayambhu (Celui qui est né de lui-même, un des noms de Brahmâ, mais aussi de Shiva). La première fois que j'ai vu du kuchipudi, c'était en juin 2007 pour Gamaka, un autre spectacle de cette danseuse (vu aux Abbesses et à l'amphithéâtre Bastille). Quelques autres spectacles de ce style de danse ont suivi, en Inde, à Chennai, au cours desquels Radha Prasanna s'était tout particulièrement distinguée.
Le kuchipudi est un peu aux danses indiennes ce que le bel canto est à l'opéra. Les mouvements sont amples, beaux, élégants et semblent moins voués à une forme narrative que peut l'être parfois le bharatanatyam.
Pour la première fois depuis longtemps aux Abbesses, ma place est au tout premier rang, au centre. Les conditions sont donc idéales pour apprécier ce récital.
Le spectacle commence par une invocation de Vani, la déesse des arts. La flûte, puis la voix et enfin les percussions se font entendre. Suit une pièce dédiée à Ganesha, celui qui écarte les obstacles. Sa trompe et ses oreilles sont évoquées avec sobriété par la danseuse.
La pièce la plus importante et la plus éblouissantes de ce récital est le Tarangam, dédié à Shiva. C'est celle que j'ai préférée. Elle commence par la récitation d'un mantra en sanskrit typique du shivaïsme. Quelques aspects et attributs de Shiva sont évoqués : ses cheveux, le croissant de Lune, le serpent, sa fureur. Cette pièce comporte bien sûr des passages pendant lesquels la musique devient purement rythmique. Une des originalités de la danse kuchipudi est représentée brillamment. Il s'agit de la danse sur un plateau en laiton auquel la danseuse impose des mouvements de rotation par à-coup qui lui permettent d'avancer, de reculer, de tourner sur elle-même, tout en présentant une chorégraphie avec la partie haute du corps. Le rythme qu'un des deux percussionnistes dicte aussi bien de la voix (en utilisant un système de correspondances avec certaines syllabes) que du pakhawaj (je n'ai pas très bien vu la différence avec le mridangam), la danseuse le reproduit. La complexité de certains passages semble particulièrement ardue. À partir de là, je suis déjà rassasié et pleinement satisfait par ce que j'ai vu ; le reste, c'est du bonus. (Je ne sais plus si c'est dans cette pièce-là ou dans une autre, mais j'ai été impressionné par la faculté de la danseuse d'incorporer des sauts à sa danse. Il me semble que c'est inhabituel dans les danses indiennes, en tout cas pour des sauts de cette amplitude.)
Les deux percussionnistes enchaînent avec un duo rythmique, à la fin duquel la danseuse interviendra depuis l'arrière de la scène, cachée derrière un voile. La pièce qui suit est narrative. La déesse Padmavati raconte à son époux Venkateshwara un mauvais rêve qu'elle a fait au cours duquel ils se disputaient. Si les premières pièces semblaient tout à fait dans la tradition, certains éléments de la chorégraphie de celle-ci sont probablement originaux. Si la façon de représenter une personne couchée (usuellement Vishnu) est typique, la danseuse me semble avoir intelligemment détourné cette figure pour représenter le sommeil de Padmavati. Certains épisodes sont très picturaux, comme celui où Padmavati s'embrouille entre ses différents produits de beauté, ce qui lui fait une drôle de tartine sur le visage. Cette pièce distrayante se finit par une sortie au son d'un épisode rythmique.
L'avant-dernière pièce est un Tillana : un morceau rapide de danse
pure
, accompagné de la voix qui répète une succession de syllabes
n'ayant pas de sens particulier. Cependant, cette pièce trouve le moyen
d'évoquer Kumara (un des fils de Shiva). Je connais mal son iconographie
(au-delà de ses représentations à six têtes). Néanmoins, il m'a bien semblé
reconnaître le paon, sa monture.
Dans la dernière pièce, on entendra même la voix de la danseuse, puisque dans cette pièce lente (Pasayadân, extrait d'une version de la Bhagavad-Gita en marathi : Dyaneshwari), elle chante le texte tout en dansant !
Je n'ai pas vraiment parlé du décor. Il est minimaliste. Je n'en dis pas plus, mais arriver à créer d'aussi beaux effets avec une telle économie de moyens, c'est une performance qui mérite d'être soulignée. Bref, un très beau spectacle (que je recommanderais vivement s'il restait la moindre place), utilisant quelques éléments apparemment originaux tout en respectant la tradition.
2010-04-25 22:09+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
J'ai assisté hier soir au concert de Subhra Guha au Théâtre de la Ville (Abbesses). Il s'agissait de chant khyal et thumri (Nord de l'Inde). C'était seulement la deuxième fois que j'en entendais ; la première fois, c'était lors des vingt-quatre heures du Râga durant lesquelles Kaushiki Chakraborty avait chanté.
L'instrumentation comporte un harmonium, un tampura et des tablas. Le
tempo est très lent au début, comme souvent dans la musique indienne, et
les tablas n'entrent en scène que plus tard, mais au cours de ce concert,
le rythme ne sera jamais rapide, juste un peu moins lent, le but n'est
manifestement pas de briller, mais d'oser faire entendre une forme aussi
austère de chant à un public que la chanteuse aura flatté par avance (et à
la fin, disant que le public parisien, c'était vraiment Something
else!
).
La première pièce (khyal) du concert va ainsi se développer
majestueusement sur un petit peu moins d'une heure ! Viendront ensuite un
chant thumri, une troisième pièce et une quatrième (Bhairavi). On entendra
parfois la chanteuse improviser en prononçant le nom des notes de la gamme.
Concernant d'éventuels mots articulés, le seul que j'aie compris de tout le
concert est Govindaswami
.
2010-03-21 03:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
J'ai assisté samedi à la deuxième représentation du ballet Siddharta chorégraphié par Angelin Preljocaj, sur une musique de Bruno Mantovani d'après un livret d'Éric Reinhart, inspiré de la vie du fondateur du bouddhisme.
Je pensais passer en vitesse revoir le plan du temple
Jagannath à la BnF, mais un incident du métro 6 m'a fait changer mes
plans : quand j'étais à Glacière, on a annoncé qu'un individu courait sur
les voies et que le courant était coupé par précaution. J'ai marché jusqu'à
Place d'Italie pour rejoindre directement Bastille et ai alors lu une
annonce d'un incident voyageur
qui interrompait la circulation des
métros entre Place d'Italie et Nation.
J'ai pris le programme pour lire le livret : le ballet étant sans entr'acte, il vallait mieux avoir une idée de l'ensemble. On y trouve une première esquisse de livret, celle qui fut donnée au compositeur, mais dont la succession de tableaux (seize !) ne correspond pas exactement au spectacle présenté...
Cela faisait très longtemps que je ne m'étais pas retrouvé au parterre. La dernière fois, cela devait être pour Tristan und Isolde. En arrivant porte une, du jamais vu : une queue se forme pour entrer dans la salle. Après plus de cinq minutes d'attente, j'arrive finalement à m'installer au rang 30, très légèrement de côté.
N'ayant aucune idée de ce à quoi la musique allait ressembler, cela serait forcément surprenant. Les lumières s'éteignent totalement, puis se dirigent sur la fosse et la chef d'orchestre Susanna Mälkki avant que la musique se fasse entendre. Le début fait un peu bizarre, mais finalement, la musique de Bruno Mantovani s'écoute très bien.
Je n'avais vu qu'un seul spectacle d'Angelin Preljocaj avant celui-ci : Le Funambule qu'il interprétait lui-même en septembre dernier au Théâtre de la Ville. Des éléments de style apparaissent immédiatement comme une marque de fabrique, comme ces mouvements coordonnés des bras passant au-dessus de la tête. Dans Le Funambule, on le voyait s'élever dangereusement sur une sorte de passerelle suspendue. Dans ce ballet, Siddharta et son disciple Ananda grimpent sur des plates-formes faisant partie d'un mastodonte apparu d'en haut, à peine moins large que la scène de l'Opéra Bastille et se balançant latéralement. Quelle démesure !
Dans un autre tableau, on verra une maison tourner sur elle-même au-dessus des danseurs. Peut-être est-ce pour bien nous faire voir que ce n'est pas juste un décor en toile, mais un truc en dur. Ce spectacle aura aussi fourni la troisième grosse boule de 2010, après celle, majestueuse, de Norma et celle, de taille plus modeste, de Rheingold.
Dans la succession de tableaux, on verra les forces de l'obscurité représentées par des motards, l'Éveil par une éthérée danseuse en blanc (Clairemarie Osta) et des ermites maniant le baton. Après un parcours semé d'épreuves, Siddharta (Jérémie Bélingard) finira par s'unir à l'Éveil. Quoique produisant quelques belles images (comme celle de l'Éveil se dérobant par en haut aux manœuvres d'approche de Siddharta), la chorégraphie m'a souvent paru peu lisible.
Le gros point noir de ce spectacle, de mon point de vue, est l'éclairage. Pendant l'essentiel de la soirée, l'action est en noir sur fond noir, notamment le début avec les motards. Je me suis dit à un moment que la scène s'illuminerait un peu plus vers la fin quand Siddharta deviendra l'Éveillé ; pas vraiment, vu que seul Siddharta a été mieux éclairé !
Comme j'avais déjà eu une impression semblable pour Tristan und Isolde, peut-être que cette sensation de manque d'éclairage est liée à mon placement au fond de l'orchestre. En tout cas, avec ou sans jumelles, je ne voyais pas très clair (et non, ce n'est pas ma vue qui baisse : elle a été contrôlée très récemment). Pour les ballets, je crois que je continuerai à préférer l'Opéra Garnier où on a une sensation toute différente de proximité avec les danseurs.
2010-03-14 02:11+0100 (Orsay) — Culture — Expositions — Lectures — Culture indienne
Ma carte de la BnF ayant expiré vendredi, je l'ai renouvelée samedi afin de n'avoir pas à payer en sus le prix de l'exposition Miniatures et peintures indiennes. Pour tous ceux qui aiment l'Inde, cette exposition est à ne manquer sous aucun prétexte.
Si le nombre et la diversité des miniatures n'est pas comparable aux collections que l'on trouve au musée national de Delhi, voire au musée archéologique d'Allahabad (les deux collections les plus fournies que je connaisse), la collection de miniatures indiennes de la BnF est remarquable.
Plusieurs styles de miniatures sont présentés. Le style le plus
classique est le style moghol. Les miniatures de ce style sont apparemment
principalement issues du don du colonel Gentil à ce qui était alors la
Bibliothèque Royale. On trouve ainsi entre autres des portraits de
souverains et des scènes de cour. Parmi ces dernières, on voit un roi en
train de fumer la huqqa tandis que dehors, les princesses du
zenana célèbrent la colorée fête de la holi. On verra aussi le
gros idiot accompli
Mullah Do Piyaza chevaucher un cheval famélique
(il y a un rapprochement à faire avec Nasreddin Hodja à
propos duquel on trouve de nombreux contes absurdes dans Le cercle des
menteurs de Jean-Claude Carrière, Pocket). On verra aussi
L'esclave Nazir présentant à l'empereur Aurangzeb la tête de Dara
Shikoh. Cette miniature (comme d'autres ayant un thème historique) ont
une origine particulière : Saisie des commissaires du gouvernement
provisoire de Napoléon Bonaparte à Venise sous la direction de Gaspard
Monge, 1797
.
Je découvre un autre style dans cette exposition : Company School. Il n'est pas étonnant qu'il ne s'en trouve guère en Inde vu qu'il s'agit d'écoles qui travaillaient pour les diverses compagnies des Indes. Quelques unes proviennent ainsi de Chandernagor, ancien comptoir français. Certaines miniatures, notamment des images de monuments spectaculaires, comme le Taj Mahal, utilisent la perspective !
Toujours parmi les dons du colonel Gentil, une miniature représente la princesse Padmavati (cela doit être une des seules de l'exposition qui ait un rapport avec le Rajasthan). Dans l'iconographie hindoue, je note aussi Sharabha, une forme de Shiva ayant deux têtes de perruches punissant Narasimha pour avoir tué Hiraniakashipu (la raison-même de cette quatrième descente de Vishnu). En effet, ce démon était un dévôt de Shiva.
D'autres styles suivent. On voit ainsi quelques scènes hindoues à Kurnool (Andhra Pradesh). Il y est manifeste que vers 1800, les femmes n'y portaient pas de bustier : leur pudeur n'était protégée que par un pan du sari ramené à l'épaule. Plus loin, une Bayadère à Tanjore.
Une partie importante de l'exposition consiste en des recueils de peintures du Sud de l'Inde. On y voit de très nombreuses et diverses représentations mythologiques et épiques. Comme ces recueils se présentent comme des livres, ils sont ouverts à une certaine page, on voit ainsi Kumara/Kartikeya (à six têtes), le seigneur de la danse Nataraja (en couleurs !), le barattage de la mer de lait, etc ; on peut feuilleter les autres pages en manipulant les postes informatiques situés à proximité. On peut alors apprécier toute la richesse de ces recueils.
Le chef-d'œuvre de l'exposition est le plan du temple Jagannath à Puri (qui est défendu aux infidèles), de l'école de Raghurajpur (1830). Il fait plusieurs mètres de long. C'est un véritable concentré d'iconographie vishnouïste. Outre le plan en lui-même, on y voit entre autres des scènes du Ramayana, Vishnu monté sur Garuda, Lakshmi, Narasimha, Vishnu couché et de nombreuses scènes de la vie de Krishna. Superbe. Cela vaudrait presque le coup d'y retourner rien que pour en apprécier d'autres détails.
2010-03-06 18:44+0100 (Orsay) — Culture — Culture indienne
Je vais reprendre un des thèmes favoris de mon confrère informaticien David Monniaux. Certains journalistes reprochent souvent à l'information conçue en dehors des rédactions (blogs, encyclopédie Wikipedia, etc.) de n'être pas vérifiée, hiérarchisée, etc. Or, constate-t-il, dans les sujets dans lesquels il possède une expertise, l'information donnée dans les journaux est souvent inexacte. Le plus souvent, des connaissances scientifiques de base (niveau lycée) seraient un rempart suffisant contre la propagation d'erreurs grossières.
Il s'étonne aussi régulièrement du fait que les gens sembleraient accorder moins d'importance à la culture scientifique de base par rapport à la culture littéraire. Ainsi, connaître ou savoir reconstruire un ordre de grandeur de la masse de la Terre serait quelque chose qui n'intéresserait que quelques geeks, tandis que ne pas savoir de quoi il s'agit quand un musicologue évoque le Ring sans plus de précision serait un véritable faux-pas.
Une conclusion partielle est : constatant les insuffisances de la presse dans un domaine que l'on connait bien, comment lui faire confiance dans les autres ?
La lecture du Monde
d'aujourd'hui et de sa version en ligne décèle des erreurs grossières
dans le domaine culturel. Dans l'édition papier datée des 7 & 8 mars
2010, page 21, l'article La tyrannie de l'épilation attribue à
Balzac un extrait du roman Nana de Zola : Lorsque Nana levait
les bras, on apercevait, aux feux de la rampe, les poils d'or de ses
aisselles
.
Dans l'édition en ligne, je parcours rapidement un article à propos du théâtre traditionnel du Kerala. J'y lis avec effroi :
Dans l'hindouisme, il y a une sorte de trilogie : Rama, le dieu conciliateur ; Shiva, le dieu qui réveille le monde, lui procure la vie tout en le détruisant ; et Vichnou, le conservateur, qui passe sa vie à dormir sur un lotus, mais a des avatars qui viennent sur la Terre pour contrôler non seulement les hommes mais aussi les démons. Et parmi les avatars les plus connus de Vichnou, il y a Rama et Krishna.
La trinité hindoue, c'est Brahma-Vishnu-Shiva. Un commentateur exaspéré
a indiqué que l'article comportait une confusion entre Brahma et Rama. Un
correcteur, croyant bien faire aura remplacé les occurrences de Rama par
Brahma, ce qui fait qu'à l'heure où j'écris cette note, la dernière phrase
cite Brahma et Krishna
parmi les avatars les plus connus de
Vishnu...
Une des difficultés pour comprendre l'hindouisme est qu'une même
question appelle des réponses diverses et souvent contradictoires. Par
exemple, il n'apparaît pas que la tradition accorde un nombre bien défini
d'épouses
à Krishna. J'ai le plus souvent lu et entendu un nombre de
quelques milliers. L'interview glose sur le nombre de 9,99,999. Peu
importe, ce qui compte est qu'il en ait un nombre extravagant et qu'il soit
capable de les satisfaire en même temps. On trouvera sans doute des
traditions locales qui donnent ces chiffres et des détails qui
n'apparaîtraient pas dans le Harivaṃśa et le Bhâgavata
Purâna, qui sont les textes les plus importants à propos de
Krishna après la Bhagavad-Gîtâ.
En revanche, il y a manifestement une erreur grossière quand il est dit
dans l'interview que Vichnou, le conservateur, passe sa vie à dormir sur
un lotus
. Comme pas mal de divinités, on le verra parfois assis sur un
lotus (ou sur une monture canonique, ici ce serait l'aigle Garuda), mais en
position allongée, il est assurément sur le serpent Śeṣa et de son nombril
émerge un lotus sur lequel Brahma est assis.
Je ne puis croire qu'une personne en mesure de donner des détails sur la relation entre Krishna et sa mère adoptive (Yashoda) puisse confondre Rama et Brahma. Bref, il me paraît impensable que les erreurs ne soient pas le fait d'une transcription fautive de la part du journaliste. Pourtant, l'impression première en lisant l'article est que la personne dont les qualités sont rappelées au début est incompétente.
La conclusion que je tire de cela est que, sans aller jusqu'à une relecture critique par quelqu'expert indépendant comme c'est l'usage dans l'édition scientifique, il faudrait faire relire les interviews par les personnes interrogées, surtout s'agissant de sujets qui ne sont guère polémiques et qui peuvent être préparés en dehors de toute urgence.
Nana et Krishna sont des sujets peu importants par rapport à d'autres dans la hiérarchie de l'information, mais comment croire aux détails des sujets sérieux si les sujets futiles sont aussi bâclés ?
2010-02-27 11:28+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
La personne qui m'invite au TIFR avait suggéré que nous allassions au
National Centre for the Performing Arts. J'avais déjà parcouru leur site Web, mais n'avais pas tilté
quand j'avais vu Brindavani Venu, Experimental Theatre
. Derrière cet
intitulé qui évoque la flûte de Vrindavan (celle de Krishna) et le nom de
la salle (250 places environ), se cachait un récital conjoint de la
chanteuse carnatique Aruna Sairam et de la danseuse de bharatanatyam
Priyadarshini Govind que j'ai déjà eu l'occasion de voir deux fois à
Paris.
Ma collègue, abonnée au NCPA, s'était fait dire au téléphone qu'il n'y
aurait aucune difficulté à acheter des places à l'entrée. Pourtant, il y
était écrit House full, thank you.
. Heureusement, elle a pris en
main la chasse aux places surnuméraires d'autres spectateurs, et nous avons
pu racheter trois places (5€), une autre collègue et amie, Supriya, étant
aussi de la partie.
Le spectacle durera environ trois heures. Pendant la première moitié,
Aruna Sairam chante, accompagnée d'un violon, d'un tampura, d'un mridangam
et d'un gattam (sorte de cruche). La performance vocale était remarquable.
Un raga mohanam, puis une pièce appelée Kapali
(en référence au
temple de Mylapore) sur le même raga et un morceau du grand compositeur
Muthuswami Dikshitar. La chanteuse étant originaire du Maharashtra, elle a
intégré au récital un chant dévotionnel marathi. Son récital s'est terminé
par un superbe Tillana en l'honneur de Krishna. Dans chacune de ces pièces,
la chanteuse et les instrumentistes laissaient le temps à l'atmosphère
particulière de chaque chanson de s'installer, se suspendre et s'éteindre
en douceur.
Après un court entr'acte, Priyadarshini Govind et ses musiciens se sont installés sur scène. Elle est accompagnée d'un mridangam, de nattuvangam, d'un violon et d'une voix. J'ai déjà eu l'occasion d'entendre la vocaliste lors de mon récent séjour à Chennai. Apparemment, c'est habituellement elle qui accompagne Priyadarshini Govind. Je n'y avais pas particulièrement fait attention, mais peut-être l'accompagnait-elle déjà pour les deux spectacles que j'avais vus au Théâtre de la Ville. La première pièce est en l'honneur de Muruga/Karthikeya, le deuxième fils de Shiva, celui qui est né pour combattre le démon Mahisha. La deuxième pièce consiste en de la danse pure. La danseuse s'est excusée par avance de ce qu'il n'y aurait pas de Varnam, c'est-à-dire de véritable pièce principale, le durée du récital étant trop brève pour cela. Pendant les passages purement rythmiques, elle n'est pas exactement en rythme.
Viennent ensuite trois pièces de longueur moyenne. Les deux premières mettent en scène les amours illicites de Nayikas. Dans la première, une dévôte de Shiva est tentée par Krishna. Elle a juré de ne servir que Shiva, elle rabroue Krishna en lui disant de ne pas la déranger alors qu'elle prie Shiva, mais ses yeux lui disent oui. Dans la deuxième, une femme mariée fait la valise de son mari qui s'en va à la ville voisine, quand elle a fermé la porte d'entrée, elle ouvre celle de derrière pour laisser entrer son amoureux. La Lune brille pour eux deux seulement, mais la femme s'inquiète. Il devra partir quand l'astre de la nuit sera dominé par celui du jour. L'autre lui demande pourquoi elle s'inquiète sachant que son mari est loin et que son beau-père âgé ne voit plus très clair. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris, mais la morale est apparemment sauve à la fin quand on apprend que l'amoureux n'était autre que Venkateshwarar.
La dernière pièce est celle qui a eu le plus de succès. Elle consiste en un dialogue entre Yashoda et le vilain Krishna, son fils adoptif. Yashoda reçoit beaucoup de plaintes des gopis qui se plaignent des espiègleries de Krishna. La seule solution est qu'il reste à la maison. Elle lui promet des sucreries et même du beurre (dont Krishna est friand). Quand il comprend l'enjeu, Krishna s'en détourne, alors Yashoda lui explique que s'il sort, il va rencontrer des bêtes sauvages au mont Govardhan, comme des tigres, des serpents et des éléphants. Krishna n'en a même pas peur, il pense pouvoir les amadouer sans la moindre difficulté.
Cette pièce, tout comme les deux précédentes, est manifestement faite pour plaire immédiatement à un public peu habitué au bharatanatyam. La musique se fait presqu'impressionniste pour évoquer les rencontres de Krishna avec les animaux. Les tigres et les serpents sont facilement reconnaissables, les éléphants sont suggérés par le mouvement de leurs oreilles.
Cette deuxième partie, légèrement décevante, s'achève par un Tillana très connu, où l'on verra la danseuse répondre aux dictées rythmiques.
Après cela, Aruna Sairam et ses musiciens reviennent sur scène et interprètent la chanson qui accompagne la chorégraphie spécialement réalisée pour l'occasion : Brindavani Venu, où il sera question de Krishna, joueur de flûte. Il est rare de voir une aussi belle chorégraphie accompagnée par une vocaliste aussi talentueuse !
2010-02-19 11:16+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Cinéma — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
Avant-hier, je suis allé voir le dernier film de Karan Johar, माय नेम इज़ ख़ान. Ayant acheté ma place une petite heure avant le début de la séance, sans problème particulier (la sortie du film la semaine dernière avait été agitée à cause du Shiv Sena), je me promène au voisinage du cinéma Regal. L'hôtel de luxe Taj Mahal porte encore les traces de l'attaque du 26/11, mais les travaux de réparation sont en cours, et on lit dans la presse qu'il sera rénové à l'identique. Cet hôtel, ainsi que la rue voisine où se trouve le Leopold Cafe est situé à environ deux kilomètres du TIFR où je suis pour deux semaines. Ce quartier est typiquement celui où les jeunes chercheurs ou visiteurs sortiraient le soir pour aller au restaurant. D'ailleurs, certains y étaient ce soir-là et ont entendu les détonations.
Le film de Karan Johar, avec Shah Rukh Khan et Kajol, raconte l'histoire
de Rizvan Khan, un indien musulman autiste qui vient habiter aux États-Unis
d'Amérique rejoindre son frère et sa belle-sœur. Il épouse Mandira, une
coiffeuse, mère célibataire, hindoue. Son fils Samir s'appelle maintenant
Samir Khan (ne pas prononcer K
, mais R épiglottique
). Après
les attentats du 9/11, les musulmans sont victimes de diverses vexations,
le salon de coiffure de Mandira s'écroule financièrement et cela va jusqu'à
une volée de coups d'un groupe de jeunes qui cause la mort de Samir.
Dévastée par la mort de son fils qu'elle attribue au nom que son fils a
pris, Mandira rompt avec Rizvan qui veut rencontrer le président des
États-Unis d'Amérique pour lui dire My Name is Khan and I am not a
terrorist
. Il est arrêté lors d'une cérémonie quelconque vers 2008
parce que sa phrase a été mal comprise et on en aura entendu que
terrorist
. Il est torturé, mais des jeunes journalistes ont saisi un
enregistrement du moment où il prononce cette phrase, et cela lui permet de
recouvrer la liberté. Son cas est beaucoup traité à la télévision et on
aperçoit le dos d'un sénateur noir qui s'y intéresse...
Le film est plutôt réussi et sort des thèmes habituels de Bollywood tant sur le fond que sur la forme (pas de scènes dansées par exemple), mais on retrouvera certains thèmes, comme celui du mariage, forcément problématique, ici parce que Mandira est hindoue et Rizvan musulman, ce que n'accepte pas son frère et qui est résolue dans une scène émouvante comme le cinéma indien en produit quand la belle-sœur de Rizvan vient apporter sa bénédiction aux mariés. Néanmoins, l'exagération et l'accumulation d'éléments parasites compliquent un peu inutilement l'histoire de façon à faire de Rizvan Khan un homme invraisemblablement exceptionnel et héroïque. D'une part, il souffre d'une forme particulière d'autisme, ce qui engendre des situations comiques vu les mimiques de Shah Rukh Khan et permet l'expression de ses talents de réparateurs de toutes choses qu'il a développés depuis son enfance. Plutôt sceptique au début du film sur cet aspect, après avoir vu l'ensemble de film, je trouve que c'était une bonne idée. D'autre part, on le voit sauver invraisemblablement un village de Géorgie où il s'était fait des amis. Ces passages-là sont un peu ridicules. Cela devient carrément too much quand un extrémiste musulman vient s'en prendre à lui.
2010-02-17 17:40+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
Dimanche soir, je suis allé une dernière fois au festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. On a annoncé les récompenses nombreuses déjà reçues par la danseuse, puis après un prélude musical, quelle fut ma surprise quand une jeune fille d'une douzaine d'années à peine entra en scène. Je ne comprends pas grand'chose aux chorégraphiques (les annonces se limitant à indiquer le nom de la chanson, le compositeur, le raga et le tala). Dans la première, il semble qu'il soit principalement question de Krishna et dans la deuxième, le Varnam, de Shiva. Indépendamment de l'âge de la danseuse, c'est très impressionnant de technique et de vitesse. Elle exécute une figure que je n'avais encore jamais vue et qui semble être ce qui se rapproche le plus des pointes de la danse classique européenne parmi ce qu'il se puisse faire pieds nus : les bras tendus vers le haut, une jambe relevée à la hauteur d'un genou, le poids du corps reposant en équilibre sur la pointe d'un pied tendu.
Je devrai malheureusement manquer la fin de ce spectacle en raison d'une quinte de toux qui me fit choisir de m'éclipser discrètement plutôt que de déranger tout le monde.
À la fin du Varnam, une grande dame du bharatanatyam, Padma Shri Sudharani Raghupaty (le bharatanatyam conserve bien, visiblement) a été appelée pour faire un discours dans lequel elle a chaudement félicité la danseuse en devenir, sa guru Nagamani Srinivasa Rao et l'organisateur du festival.
⁂
Je suis arrivé à Mumbai mardi après-midi après 28h de train (2h de plus
que prévu). J'étais en 2AC, pour la première fois. Par rapport
à la 3AC, on a plus de place parce que les couchettes ne sont
empilées que sur deux niveaux et elles sont séparées par des rideaux.
Depuis ma chambre, j'ai une très belle vue sur la baie de Mumbai.
2010-02-11 22:44+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
Sixième soirée au R. K. Swamy Auditorium. J'y suis aussi allé mardi dernier pour du kuchipudi, mais le spectacle était de qualité très moyenne. Ce soir, le programme était très alléchant vu que le guru de Krishna Chidambaram est C. V. Chandrasekar, un des plus grands danseurs et enseignants de bharatanatyam, aujourd'hui très âgé. Il joue du nattuvangam (cymbales). À ses côtés, une chanteuse, un mridangam, une flûte, un violon. La salle est pleine. J'ai encore trouvé le moyen de m'installer au premier rang, au centre, mais je me suis retrouvé relégué au second quand des chaises surnuméraires ont été disposées devant. La scène est tellement décorée de fleurs qu'il en exhale des parfums.
Cela n'est pas l'habitude dans ce festival, mais pour une fois, les annonces sont faites en tamoul. Il m'est donc significativement plus difficile de saisir de quoi il s'agit d'autant plus que la danse est très technique, trop à mon goût. C'est exécuté parfaitement, tout à fait dans le rythme, mais cela reste très abstrait, presque mécanique. La première pièce est un Pushpanjali dédié à Rama, puis vient un Jatiswaram. Cette deuxième pièce sera la seule à comporter un passage purement rythmique.
Ce spectacle ne comporte pas une partie principale, mais deux ! La
première est Siva Astapati. J'ai plusieurs conjectures sur ce qu'elle
représente, mais je préfère ne pas les dévoiler. Principalement, il s'agit
de Shiva. Le texte répète souvent le mot Shankara
et on voit la
danseuse prendre révérencieusement la pose Nataraja. Est évoqué le retour
de Rama à Ayodha en passant par Rameshwaram où il vénère un lingam de Shiva
pour se faire pardonner du meurtre de brâhmane qu'il a commis en tuant
Ravana (il ne me semble pas que cet épisode figure dans le Ramayana). Dans
un autre tableau, il me semble reconnaître Kama (Amour) frappant Shiva
d'une flèche censée le faire aimer Parvati. Shiva le réduit en cendres et
Rati son épouse vient implorer le pardon de Shiva, qui le lui accorde.
Dans la deuxième pièce principale, il est aussi question du Ramayana. Les thèmes ressemblent à ceux déjà présentés par Srithika Kasturi Rangam. On verra apparemment la cérémonie qui permet à Dasharata d'obtenir quatre fils. Il y aura aussi la scène où Rama soulève l'arc de Shiva après que d'autres auront raté. Une originalité de cette chorégraphie est d'avoir aussi représenté Sita, anxieuse à l'idée de se retrouver mariée à un autre que Rama. Les caprices de Kaikeyi, responsable de l'exil de Rama, seront ensuite évoqués, puis très furtivement la rencontre de Guha. Une fois dans la forêt, on trouve l'épisode de l'antilope magique à la poursuite de laquelle part Rama à la demande de Sita. Une ellipse, puis on voit arriver des singes, mais la chorégraphie me semble assez confuse.
L'avant-dernière pièce est Javeli. C'est encore très abstrait, tout comme la dernière, un Tillana dédié à Rama.
Si ce spectacle était impressionnant par la technique, je suis néanmoins un peu resté sur ma faim. Si j'avais un dictionnaire des codes du bharatanatyam, j'aurais sans doute davantage apprécié.
Comme la danseuse a resté sur scène pas loin de deux heures, il n'y a plus beaucoup de trains et le suivant étant prévu une demi-heure plus tard, je décide de prendre un bus jusqu'à Indira Nagar. La zone à l'Est de la voie de chemin de fers m'est devenue difficile d'accès parce qu'un petit pont s'est apparemment effondré, ou on l'aura fait tomber. Des travaux sont en cours. Toujours est-il qu'à moins de traverser des maisons, il faudrait faire un détour d'un ou deux kilomètres pour passer à sec. Il m'a pourtant semblé voir un passage praticable. J'ai gagné du temps, mais ma chaussure gauche a fait connaissance avec les immondices du slum...
2010-02-09 10:47+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
Encore un très beau spectacle au festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Cette foisi-ci, il s'agit de kuchipudi. La danseuse Radha Prasanna est aussi spécialiste de bharatanatyam et cela se voit.
Le spectacle commence par une prière puis la danse commence avec une assez longue pièce dédiée à Ganesh, celui qui repousse les obstacles. La pièce suivante évoque le personnage de Satyabhama, la plus belle des soixante mille gopis de Krishna.
Par rapport au bharatanatyam, les mouvements sont beaucoup plus arrondis. On trouve aussi des passages purement rythmiques, qui reviennent d'ailleurs plus fréquemment.
Avant le début de la pièce principale, on rappelle le parcours de Guru Madhava Peddi Murthy (Siva Foundation) lui-même disciple d'un récipiendaire du Padma Bhushan.
La difficuilté des pièces va croissante. La pièce principale, homologue
du Varnam, est le Tarangam, qui signifierait ondes
. C'est d'ailleurs
par des mouvements ondulatoires que commence cette pièce, qui évoque la
danse de Krishna à Vrindavan. On voit aussi Vishnu couché et il me semble
même que Lakshmi lui masse les pieds. La spécificité du kuchipudi est de
comporter des passages dansés sur un plateau de laiton. C'est assez
impressionnant. Les orteils pincent les bords. La danseuse avance, tourne,
recule en rythme et avec une grande facilité tout en accompagnant les
pulsations de mouvements des bras. La difficulté explose sur la fin. La
guru réalise avec sa voix et les cymbales une dictée rythmique frénétique
que la danseuse reproduit accompagnée des autres instruments : morsing
(guimbarde),, vîna, mridangam.
La pièce suivante évoque la danse cosmique de Shiva, sur un texte sanskrit d'Adi Shankara. Du point de vue musical, on entend un mélange harmonieux de passages rythmiques pendant lesquels la mélodie de la vîna et de la voix d'un chanteur reste en suspension.
La pièce qui vient ensuite est un hommage à Venkateshwarar et la grande Unité qui inclut tous les êtres de la Création, qu'il soient rois ou intouchables. Musicalement, c'est une superbe interprétation de la chanson Brahman Okate.
Encore une pièce dédiée à Venkateshwarar sur une composition de Sri
Rajaji. Un dévôt s'adresse à la divinité et lui dit Viens et
bénis-moi.
.
Ce spectacle de haut niveau se termine comme il s'est ouvert par une prière.
2010-02-05 11:12+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
Comme lundi et mardi, en rentrant du Chennai Mathematical Institute en bus, j'ai pris un train local pour la station Tirumailai, la plus proche de Mylapore et de son temple Kapaleeshwarar. Le timing étant plutôt serré pour manger avant de rejoindre le R. K. Swamy Auditorium, je n'ai guère d'autre possibilité que de manger une troisième fois au restaurant Saravana Bhavan du coin. Il n'y a pas que les dosas qui y soient bons : puris, parathas, sambar vada, etc. Leur kulfi est excellente. Ayant un petit peu d'avance, je décide de passer par l'intérieur de l'enceinte extérieure du temple Kapaleeshwarar. On y a construit un passage couvert le long de l'enceinte intérieure. De nuit, les sculptures sont moins visibles, seules luisent les lettres Om Shiva Shiva du gopuram (où l'on pourra aussi voir un lingam et une paonne, symbole du couple Shiva-Parvati). En faisant le tour, les incroyants étant défendus d'entrer dans l'enceinte centrale, je découvre qu'il s'y trouve une étable (un des noms de Shiva est Pashupati, celui qui garde le troupeau, une métaphore que l'on trouve aussi dans le christianisme), ce qui est cohérent avec le fait que mardi soir, traversant le parking en face du gopuram, un moment d'inattention et je me fusse retrouvé encorné par un bovin poursuivi des assiduités de quelque congénère.
Le récital de 17h45 n'est pas encore fini quand j'arrive à la salle après avoir reconnu la rue à prendre au repère olfactif que constitue le grossiste en café qui s'y trouve. Je m'installe entre deux pièces et peux assister au fort déplorable Tillana final. La musique est catastrophique, la chorégraphie maladroite, et la danseuse, non dénuée de possibilités, fait ce qu'elle peut. Dans ce festival, on trouve du bon et du moins bon.
⁂
Je me replace au premier rang, dans une place laissée libre au centre. Le récital de Sritikha Kasturi Rangam (30 ans) va commencer. On annonce que ce récital sera un hommage à la grande chanteuse M. S. Subbulakshmi dont on donne quelques repères biographiques. Sa photographie enguirlandée se dresse en dessous de la traditionnelle sculpture du seigneur de la danse.
Le spectacle commence par un Pushpanjali. Vient ensuite une des chansons d'Adi Shankara (un des grands penseurs de l'hindouïsme) : Bhaja Govindam, dédié à Krishna, fameusement chanté par M. S. Subbulakshmi. Le chant est assuré par Guru Ambika Kameswar (qui joue aussi des cymbales et a signé les chorégraphies) et une autre chanteuse. Si elle a parfois du mal à aller chercher les aigus, sa prestation vocale est néanmoins remarquable. Dans ces pièces introductives, la danseuse montre une grande maîtrise dans l'exécution précise de mouvements pourtant rapides.
La pièce principale qui va suivre, le Varnam, est la plus belle pièce de bharatanatyam que j'ai vue. Il s'agit bien d'une pièce ou d'un ballet dont la danseuse jouerait tous les rôles. Le scénario est extrait des six premiers livres du Ramayana de Valmiki. La chanson s'appellerait Bhavayami Raghuramam. Quelques uns des épisodes de l'épopée seront ainsi représentés. Si connaître l'épopée aide beaucoup à identifier les scènes, les différents tableaux parlent d'eux-mêmes. Le public paraît d'ailleurs plus réactif que d'ordinaire ; peut-être est-ce qu'il comprend aussi paradoxalement mieux ce qui se passe sur scène que si on lui avait préalablement introduit les différentes scènes au micro.
La première scène que je reconnais est celle où Rama gagne la main de Sita en soulevant et bandant sans effort l'arc de Shiva qui était en possession de Janaka, le père plus ou moins adoptif de Sita. Avant lui, de grands gaillards se seront fait mal au dos en ratant lamentablement l'épreuve.
Une ellipse et Rama se retrouve en exil (avec Lakshmana et Sita) et traverse une rivière à bord de la barque de Guha, qui est souvent considéré comme un des tout premiers dévôts (bhakta) de Rama.
Le tableau le plus poétique est celui qui met en scène Jatayus. Que ces mouvements évoquant ceux du vautour sont gracieux ! Avant de succomber à ses blessures, il informe Rama de l'enlèvement de Sita par Ravana.
L'armée des singes part ensuite à la recherche de Sita en direction des quatre points cardinaux.
Le singe Hanuman prend avec lui un bijou de Rama. Il retrouve Sita prisonnière et triste. Elle s'illumine quand elle reconnaît l'ornement de Rama qui se réjouit aussi au retour de Hanuman.
Dans le dernier tableau, Rama est face à l'Océan qu'il devra franchir pour rejoindre Sita.
La pièce suivante est rythmée par le mantra (Om) Namah Shivaya
sur un texte aussi dû à Adi Shankara. Différents aspects de Shiva sont
représentés comme Nataraja, le seigneur de la danse, ou celui qui a les
cheveux tressés (superbe évocation de la descente de Ganga).
Vient une chanson de Mirabai dédiée à Hari et enfin un Tillana dédié à
la joie cosmique où entre des passages de danse pure
, on verra un
Vishnu couché sur l'Océan cosmique.
Quel beau spectacle ! Tout, dans la musique, la danse, l'expression du visage, l'attitude, etc, était de très haut niveau, à mon avis aussi bon que les spectacles des danseuses les plus connues qui vont se produire jusqu'à Paris !
2010-02-03 10:56+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
Mardi soir, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium. On annonce K. R.
Rekha, son nom étant précédé du titre Srimati
plutôt que
Kumari
, signe la danseuse sera expérimentée, ce qu'elle montre assez
rapidement. Ses parures brillent ostensiblement. Mauvaise surprise : les
musiques sont enregistrées. Si le spectacle de la veille m'avait déjà
semblé audacieux par ses innovations chorégraphiques qui restaient
néanmoins dans la tradition, l'audace de la danseuse de ce soir va s'avérer
bien plus grande, quitte à sacrifier la tradition au point qu'après les
deux premières pièces, je me demandais s'il s'agissait bien de
bharatanatyam, avant que quatre de ses élèves entrassent en scène et
exécutassent quelques mouvements correspondant aux codes habituels, et ce
avec plus ou moins de réussite. Le style de la danseuse, comme ses formes,
est tout en rondeurs, fait d'amples mouvements et de poses évanescentes
évoquant furtivement quelques divinitées (en l'occurrence des formes de
Shiva). La musique n'est pas très carnatique non plus, encore un peu
d'audace et nous eussions entendu des chansons bollywoodiennes. Dans une
des pièces, la danseuse interprète le rôle de Yahoda accompagnée du divin
Krishna mimé par son fils.
La dernière pièce est le clou du spectacle. Sans que je comprenne les détails d'interprétation, la danseuse représente le moksha, le salut qui se peut obtenir par l'adoration du bienheureux Krishna. La musique qui rythme cette chorégraphie est la marche nuptiale du Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn !
2010-02-02 11:17+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
Je suis arrivé en Inde dans la nuit de dimanche à lundi. La
correspondance à Bruxelles (alors recouverte de neige) a été limite.
L'avion d'Europe Airpost avait une bonne heure de retard. À Bruxelles, je
dois chagner de terminal, ce qui est assez long en marche et tapis
roulants. Enfin, le plus pénible et le plus long est de revoir repasser les
contrôles de sécurité, surtout s'il faut d'abord trouver quelqu'un qui
entende suivant le cas le flamand, l'anglais ou le français et que la
machine se met à bipper sans raison et que l'agent de sécurité réalise des
contrôles plus approfondis avec nonchalance. Une employée me dit ensuite de
courir pour rejoindre la porte d'embarquement. Une fois dans l'avion, on
aura encore une heure d'attente parce qu'un passager a égaré son
passeport... Le service sur ce vol Jet Airways est très-convenable. Ce qui
l'est moins, c'est la sélection de disques dans la rubrique Western
classical
des ordinateurs de bord, dans la mesure où elle contient une
majorité de trucs dans le genre Vanessa-Mae. Je trouve
néanmoins des symphonies de Haydn, ce qui me fait remarquer une
ressemblance étonnante entre le premier mouvement de la symphonie nº88 et
un des morceaux de Casse-Noisette.
⁂
Lundi soir, je me rends au R. K. Swamy Auditorium pour le festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Dans ce festival que j'ai déjà fréquenté l'année dernière, on ne sait jamais à l'avance de quel niveau sera le récital.
Le deuxième programme de ce jour commence par un morceau chanté, ce qui met aussitôt en valeur les grandes qualités de la chanteuse. Entre ensuite en scène la frêle et rose silhouette de Pallavi Vijay dont j'apprendrai plus tard qu'elle n'a que seize ans. Avec un faux air de nonchalance, elle exécute un Pushpanjali évoquant Natajara, le seigneur de la danse. Le varnam, la partie principale d'un récital de bharatanatyam est dédié à Vishnu aux multiples formes. Les différentes évocations dansées, accompagnées musicalement par une voix, un violon, un mridangam (un type de percussions) et des cymbales choquées par Guru Meenakshi Chittaranjan, qui fait aussi entendre sa voix dans les parties purement rythmiques insérées dans le varnam. L'hommage à Vishnu commence par une pose correspondant à Vishnu couché sur l'Océan cosmique, puis vient un épisode du Ramayana où Rama ranima Ahalya qui avait été changée en pierre. Un exemple des bienfaits de la dévotion est donné par une légende puranique que je ne connaissais pas : un éléphant est sauvé de l'attaque d'un crocodile parce qu'il est un dévôt de Vishnu. Cet épisode est très pittoresque. On a vraiment l'impression de voir l'éléphant et le crocodile que la chorégraphie suggère. La façon de représenter l'éléphant est différente de celles vues jusques à maintenant, cette chorégraphie insistant davantage sur les oreilles que sur la trompe. Un autre avatar, le nain Vamana, vient ensuite, de ses trois pas, mettre un terme à la domination du démon Mahabali. Enfin, c'est Venkateshwar, la forme de Vishnu résidant à Tirumala qui est évoquée.
Après cette partie, quelques minutes de violon tout en vibrato, aux improvisations cependant moins assurées que dans les autres parties.
Plus tard, la danseuse revient pour évoquer la plainte faite par une gopi à
Yashoda à propos de son fils adoptif Krishna. Elle lui dit en substance :
Votre fils est un vilain garçon. C'est la créature la plus dépravée de
l'univers. En pleine nuit, il m'a séduite, je l'ai rejoint et il m'a embrassée,
et sans que je m'en rendisse compte, il faisait la même chose à de nombreuses
autres que moi en même temps.
.
Ce très beau récital s'est terminé par un Tillana, lui aussi dédié à Krishna.
2009-11-20 20:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Attention. Ce site peut contenir des photographies de dispositions de
lettres Γ
semblables à celles sur lesquelles on peut marcher à
l'Opéra-Comique, observer dans la grande salle du Palais Garnier ou encore
dénicher dans des affiches
pour le marché de Noël à Orange. Ces dernières sont une honte selon SOS
racisme, qui devra probablement retirer ce symbole de son site, quand
cette association se sera avisée de porter plainte contre elle-même pour
incitation à la haine raciale
.
Néanmoins, on serait plus à l'aise si la cible de ce foudre médiatique n'était pas un ancien du Front national.
2009-11-17 01:55+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Je suis en train de terminer ma promenade dans l'œuvre de Vikram Seth. Ayant fini de lire ce qui a été traduit en français, il ne me reste plus que ce qui ne l'a pas été ou très tardivement comme The Golden Gate, je veux parler de son œuvre poétique. Depuis mon dernier voyage en Inde, je n'avais plus à lire que les quatre recueils de poèmes (procurés à Delhi) et un recueil de fables animalières.
Je lis les recueils par ordre chronologique (en parallèle d'autres lectures). J'ai commencé par Mappings. Je viens de débuter The Humble Administrator's Garden. Je ne suis encore que dans la partie Wutong consacrée à la Chine ; les indienne Neem et californienne Live-Oak suivront.
Le moins que je puisse dire est que la lecture de ce deuxième recueil s'avère plus ardue que celle du premier. Les poèmes, assez descriptifs d'un environnement, d'une ambiance particulière à certains lieux, parleront sans doute beaucoup aux sinophiles. En ce qui me concerne, je suis quelque peu dépassé par certaines références. Comme on va le voir, même le Grand Oracle Omniscient Gardien du Livre de l'Entendement (cela sonne comme un nom de palais impérial chinois, mais c'est de David Madore) a du mal à suivre.
Ainsi, dans le poème Nanjing Night, une alternative se présente
à des étudiants qui se massent devant un cinéma : Either the Gang of
Four or the Four Great Tasks
. Si le Gang of Four, je vois de
quoi il peut s'agir, les Four Great Tasks me plongent dans un
abîme de perplexité. Après quelques recherches Google infructueuses, le
seul lien prometteur trouvé est un extrait d'un livre intitulé Cadres
and Kin: Making a Socialist village in West China, 1921-1991 par
Gregory Ruf : In
the autumn of 1950, CCP work teams began to propagandize the Four Great
Tasks (si da renwu) among farmers: eliminate bandits, overthrow
local tyrants, reduce rents, and refund extortionate rent
deposits.
.
J'espère que la difficulté ne monte pas crescendo pour finir
comme du Mallarmé et qu'il se trouvera encore des friandises comme Thus
the young yahoos coexist / With whoso list to list to Liszt
.
2009-10-22 22:00+0200 (Orsay) — Culture — Cinéma — Culture indienne
J'avais entendu parler du film Sita sings the blues
de Nina Paley après qu'il reçut un cristal du long métrage
au
festival du film d'animation d'Annecy. Je me réjouissais par avance de la
probable sortie de ce dessin animé autour du Rāmāyaṇa.
Depuis, je n'y avais plus pensé. Le film est sorti en salles le 12 août. Je n'étais pas au courant, et de toute façon en voyage. Heureusement, tout à l'heure, j'ai lu Sita sings the Blues programmé au Moma, gratuit sur Internet, une entrée de blog évoquant ce film, son auteure, ses difficultés avec les législations concernant le droit d'auteur. La conclusion est que ce film est sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike License. Il est librement téléchargeable sur Internet et des sous-titres sont disponibles.
Le film, qui est essentiellement l'œuvre d'une seule personne, mélange plusieurs styles de dessin. Certaines scènes sont ainsi représentées dans le style des miniatures indiennes. Les nombreuses scènes musicales, où Sita chante des chansons d'Annette Hanshaw, ont leur style propre. Souvent, de curieux narrateurs reprennent la parole. En général, ils ne se souviennent plus très bien des légendes qu'ils racontent, émettent des conjectures, blasphèment (si l'animation me plaît moins dans ces passages, je les ai trouvés très drôles). Des passages autobiographiques dessinés tout différemment font écho à l'épopée. En effet, cet aspect-là de l'épopée n'est sans doute pas le plus connu (il apparaît dans le touffu septième livre, mon résumé s'est arrêté au sixième), mais il convient de savoir qu'après avoir vaincu Rāvaṇa, Rāma abandonne sa fidèle épouse Sītā pour que son peuple ne se moque plus d'un roi qui eût gardé auprès de lui une femme qui a été emprisonnée par un roi ennemi...
2009-10-09 03:55+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VI
J'ai commencé il y a quelques jours ma lecture du Bhāgavata Mahāpurāṇa dans l'édition Gita Press achetée à Tirumala lors de mon avant-dernier voyage en Inde 1.
Dans l'introduction à sa traduction de 1840, Eugène Burnouf situait l'écriture de cette œuvre autour du XIIIe siècle (estimation soumise à des hypothèses). Le texte est peut-être plus ancien que cela, mais il est certainement plus récent que le Mahābhārata. Ceci relativise le terme de Purāṇa (ancien, antique).
La traduction de mon édition bilingue sanskrit-anglais est manifestement
digne d'être qualifiée de médiocre
. Je ne sais pas dans quelle
mesure elle est fidèle à l'original. En tout cas, si l'essentiel se lit
sans grand déplaisir (c'est d'ailleurs écrit dans un anglais poussiéreux),
un certain nombre de vers restent obscurs. En comparaison, la traduction de
Burnouf est très limpide ; je la consulte quand j'en éprouve le besoin (ce
qui permet souvent de voir que les deux traducteurs n'ont pas compris le
texte sanskrit de la même façon).
J'ai en effet pu trouver les trois premiers volumes sur Google Books (ils ont fait leur
apparition sur ce site l'un après l'autre 2), mais il n'est pas raisonnable de lire un
aussi long ouvrage sur un écran d'ordinateur ; et j'ai l'intention de lire
les livres que j'ai achetés, eussent-ils été acquis pour un modique
prix.
J'ai lu 6% de mon édition en deux volumes. Au rythme actuel, il me faudrait une dizaine de mois pour en venir à bout. Il va falloir que je lise strictement plus de un chapitre par jour pour y arriver dans un délai plus raisonnable. Ce qui est amusant, c'est que mon édition commence par un extrait du Padma-Purāṇa qui explique notamment l'avantage que l'on peut tirer d'une lecture du Bhāgavata Mahāpurāṇa, plus efficace à procurer la libération de l'âme du cycle des renaissances que de nombreux sacrifices de cheval (un sacrifice très rarement réalisé par les rois épiques, c'est dire si c'est exceptionnel). La procédure pour une lecture en sept jours, particulièrement propitiatoire, est minutieusement décrite. (Pour la Bible, les lectures-marathons organisées place de la Bastille ne prennent que quatre jours. Cela dit, la Bonne Nouvelle y est prononcée 24h/24 tandis que des pauses sont prévues pour la lecture en sept jours du Bhāgavata Mahāpurāṇa.)
Ma première impression est que ce Purāṇa est un panégyrique à la gloire de Kṛṣṇa. Le premier des douze livres raconte essentiellement la fin du Mahābhārata. L'accent est bien sûr mis sur Kṛṣṇa ; son caractère divin, qui transpire dans l'épopée, est ici amplifié :
Dharmarâdja (Yudhichṭhira) occupait le trône, exauçant, comme un père, les vœux de ses sujets ; le culte qu'il adressait aux pieds de Krĭchṇa l'avait affranchi de tous les désirs.
(BhP I 12.4)
Cela dit, ce n'est pas qu'un texte narratif ! L'ouvrage fait très souvent référence à la bonne manière d'obtenir le salut dans la période troubliée du Kaliyuga qui serait la nôtre. Les mérites que l'on pourraient acquérir par une bonne conduite, voire l'ascèse sont considérés comme peu de choses s'ils ne sont pas alliés à une dévotion à Kṛṣṇa. Dans le ver ci-dessus, Yudhiṣṭhira se fait un exemple à suivre. C'est seulement par cette dévotion, la bhakti que l'on pourrait voir au-delà du voile de la Māyā, cette illusion dont se joue Kṛṣṇa pour nous faire éprouver la dualité, alors que véritablement, Kṛṣṇa, l'Univers tout entier, soi, est un. Le but ultime de cette dévotion serait de réaliser cette unité. Contrairement au brahmanisme plus ancien qui ne faisait guère de cas des classes les moins hautes de la société, la bhakti semble être une voie ouverte à toutes les classes. D'ailleurs, les Purāṇa auraient été diffusés par des hérauts n'appartenant pas à la classe des brâhmanes et viseraient à permettre à un public non versé dans les Veda (mais néanmoins sanskritiste...) d'accéder à la connaissance.
[1] En sept mois, ma PAL est passée de 104 à 108 livres. Sachant que j'ai lu 61 livres dans le même intervalle, je pense que je ne dois plus être très loin du point d'équilibre.
[2] Ils ont été publiés en 1840, 1844 et 1847 par l'Imprimerie Royale. L'auteur étant mort en 1852 avant d'achever sa traduction, ces volumes sont dans le domaine public. N'ayant pu trouver les dates d'Eugène Louis Hauvette-Besnault, un de ses deux continuateurs, je ne sais pas quel est le statut des quatre- et cinquième volumes.
2009-10-01 09:36+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Extrait de mon booklog ; deux romans qui ont paru en français lors de cette rentrée et dont j'ai fait la critique pour le Biblioblog. S'il n'en fallait lire qu'un, je choisirais celui d'Abha Dawesar :
2009-09-08 23:15+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Photographies
Je viens de trier par ordre alphabétique les rayons indiens de ma
bibliothèque, au moins pour ce qui est de la littérature
. Et hormis
Vikram Seth qui aura son bout de rangée réservé, tant pis pour ceux qui
dépassent :
2009-08-29 12:33+0530 (दिल्ली) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VII
Hier matin, j'ai visité le musée de la Cour suprême. J'ai ensuite fait le tour de l'enceinte d'où je pouvais voir grouiller les avocats et des ouvriers repeindre le dôme blanc. En Inde, tout mur est susceptible de servir d'urinoir ; les murs d'enceinte de la Cour n'échappent pas à la règle.
J'ai déjeuné au restaurant Parikrama qui a la particularité d'offrir un mouvant panorama sur la ville. En effet, il tourne sur lui-même : le temps d'un repas, on a le temps de faire presqu'un tour complet. On peut légitimement se demander comment construire un ascenseur qui conduise à un étage en rotation. En fait, c'est le tapis en forme de couronne qui tourne, la partie centrale, les murs et fenêtres ne bougent pas. La première chose qui frappe, d'en-haut, c'est la verdure dans la ville de New Delhi, noyée sous les arbres dont n'émergent que de hauts bâtiments.
L'après-midi, je suis descendu à Central Secretariat d'où j'ai rejoint le mémorial Indira Gandhi. En chemin, on passe devant des bâtiments du ministère de la défense et tout près, au sommet d'une blanche maison, flotte un anachronique Union Jack. Dans le mémorial, on peut voir de nombreuses coupures de presse liées à l'action d'Indira Gandhi. On peut aussi y observer des décorations dont quelques une furent écrites en français, comme un diplôme de doctorat de l'Université de Paris. Parmi les livres exposés, un livre d'arithmétique en français et quelques uns, en anglais, sur la Révolution française. Ses derniers pas sont recouverts de cristal.
J'ai poursuivi ma marche jusqu'au tombeau de style moghol de Safdarjang, en grès rouge et au dôme blanc. Non loin de là se trouve le jardin Lodi qui semble être un paisible et bel endroit. Je ne suis pas resté très longtemps, juste le temps de m'approcher du mausolée de Muhammad Shah. J'avais en effet une adresse à trouver dans les environs.
J'ai trouvé assez facilement le bâtiment de la mission Chinmaya, un mouvement religieux fondé par un guru mort il y a une quinzaine d'années. Un récital de bharatamatyam était prévu ; il avait été annoncé dans le mensuel First City. L'auditorium est rapidement plein. Le récital de Sharanya Chandran, fille et disciple de Geeta Chandran (directrice de la Natya Vriksha Dance Company) commence. Elle est accompagnée de cinq musiciens : mridangam, cymbales (Geeta Chandran), chant, flûte, violon (la formation typique pour cette danse). Les premières parties, y compris la principale, Varnam, évoquent Krishna, le joueur de flûte, danseur attirant l'amour, la dévotion et la jalousie des gopis. La dernière partie met en scène la danse cosmique de Shiva Nataraja. Le spectacle se révèle d'excellente qualité. À la fin, comme il est de coutume, on remet des guirlandes de gleurs et des cadeaux aux artistes, et c'est Swamini Guru Priyananda, devant qui ils viennent se prosterner qui les leur remet après qu'elle a fait l'éloge de ce récital qui perpétue les traditions de l'Inde et dont les interprètes parcourent le monde pour les mieux faire connaître.
2009-08-26 18:12+0530 (दिल्ली) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VII
Hier, j'ai passé l'essentiel de ma journé à lire. Je voulais achever Les feux du Bengale d'Amitav Ghosh et en finir par la même occasion avec cet auteur, dont je ne comprends pas le succès. Des personnages complètement invraisemblables. Trois fois, il fait mourir ses personnages principaux. Je n'avais pas trop aimé non plus Le chromosome de Calcutta, mais c'était moins n'importe quoi que celui-ci.
J'ai pris le train Jaisalmer-Delhi, cette fois-ci en 3AC,
c'est-à-dire en compartiment climatisé (draps, oreillers et couverture
fournis). On y dort quand même beaucoup plus mieux qu'en Sleeper
Class et on n'est pas gêné par le sable. J'ai pu trouver de quoi dîner
dans une gare de taille moyenne (les pakoras sortaient tout juste de la
friture). Je me suis ravitaillé en eau à Jodhpur où le train était censé
s'arrêter une heure, mais à peine ai-je payé que le train redémarre (il
faut peut-être signaler que l'entrée à Jodhpur s'est faite après l'heure
prévue de départ). Le temps que je regagne mon wagon, le train a déjà pris
une certaine vitesse.
⁂
La destination finale était curieusement Delhi
, sans plus de
précision. Sachant qu'il y a deux gares principales appelées Old
Delhi
et New Delhi
, ce n'est qu'en sortant de la gare que j'ai
compris où j'étais. Dans la gare, le nom affiché était en effet Delhi
Junction
. C'est quand j'ai vu des panneaux Kashmere Gate
que
j'ai compris que j'étais à Old Delhi
. J'ai rejoint la station de
métro en cycle-rickshaw et me suis dirigé vers Rajiv Chowk (Connaught
Place) où se trouve mon hôtel, un peu miteux, mais bien placé.
Cet après-midi, après avoir mangé un bon thali d'Inde du Sud dans un restaurant Savarana Bhavan (j'ai dit plus haut que l'hôtel était bien placé...), j'ai visité le musée national (en m'y rendant à pieds, sous la pluie), qui s'étend sur trois niveaux. C'est surtout le rez-de-chaussée qui est intéressant. Civilisation de l'Indus, art du Gandhara (influencé par la Grèce, on y voit notamment un Bouddha debout drapé dans une sorte de toge), art Gupta, bronzes (dont quelques très beaux Nataraja), vaste collection de miniatures (présentées dans un dédale de salles dont il n'est pas évident de sortir), etc.
À Palika Bazar, j'ai enfin pu trouver des CD de M. S. Subbulakshmi. J'achète aussi le dernier film d'Ashutosh Gowariker (Lagaan, Swades), Jodhaa Akbar. Une autre touriste renonce à l'acheter, trouvant que 7€, c'est trop cher pour un DVD (le packaging exclut que ce soit une grossière contrefaçon).
2009-07-29 17:28+0530 (ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VII
Un premier contact quelque peu brutal avec Delhi. Je suis parti dimanche de l'aéroport Charles de Gaulle pour Delhi via Helsinki. Cette année, je voyage avec un couple d'amis J. et M. dont c'est le premier voyage en Inde.
L'avion a atterri vers 4h du matin. Le temps de passer à travers les
contrôles
sanitaires liés à la grippe A, faire tamponner nos visas,
récupérer nos bagages, changer des euros, prendre un taxi prépayé (le
guichet a changé de place par rapport à la dernière fois), nous sommes
arrivés à Chandni Chowk (en ayant aperçu le Fort Rouge) vers 6h.
Il faisait jour. La première vision de la rue indienne est habituellement réservée au lendemain, les avions atterrissant d'ordinaire vers minuit. Le réveil de ce quartier a pu paraître glauque à mes compagnons de voyage.
En fin de matinée, nous avons rejoint la station de métro Central Secretariat, avons regardé de loin la résidence de la présidente de l'Inde puis avons marché dans Raj Path en direction de l'India Gate dont nous avons observé l'architecture peut-être un peu trop sobre.
Nous avons pris notre premier repas dans un restaurant chic avant de poursuivre en direction du tombeau de Humayun, un trajet fini en rickshaw quand la route à suivre ne se laissa plus aisément déterminer.
La pluie a commencé à tomber lors de notre visite du mausolée du deuxième empereur moghol et d'autres de personnes moins importants situés alentour. Nous avançons quand la pluie et l'orage baissent d'intensité, passant devant plusieurs pavillons. Si son dôme est fait de marbre blanc, le grès rouge donne sa couleur principale au tombeau de Humayun situé sur une vaste plate-forme à laquellle on accède par un escalier constitué de hautes marches.
Ce qui me surprend dans certains édifices alentour est la présence de vestiges de la couleur bleue, qui a moins résisté au temps que le rouge, le blanc et de façon plus anecdotique le jaune. Je n'avais vu du bleu que dans un édifice moghol à Agra sur la rive Nord de la Yamuna.
Nous avons rejoint le centre de Connaught Place en rickshaw et sommes entrés dans une librairie plutôt bien fournie. J'y ai trouvé les livres que je cherchais, à savoir les quatre recueils de poèmes Mappings, Three Chinese Poets, All You Who Sleep Tonight et The Humble Administrator's Garden, ce qui achève de compléter ma collection des euvres de Vikram Seth, aussi bien en prose qu'en vers (à ce sujet, voir ma critique de son roman en vers The Golden Gate, ainsi que celle d'Eugène Onéguine de Pouchkine, le plus célèbre roman en vers de la littérature russe).
Nous avons ensuite dîné au restaurant Saravana Bhavan (où j'avais déjà mangé en 2007). La carte y est moins fournie que dans ses homologues de Chennai. Je pensais que M. et J. apprécieraient la cuisine du Sud de l'Inde, dont je considérais que le côté pimenté relevait plus de la légende que de la réalité. Pourtant, alors que je me régalais avec mon thali, ils ont trouvé que tout était trop épicé...
Le retour à l'hôtel s'est fait sous le Déluge. D'abord, il a fallu traverser une des routes circulaires concentriques autour de Connaught Place. Vu la circulation, ce n'est déjà pas évident au sec, alors avec vingt centimètres d'eau par endroits... Nous avons ensuite utilisé des allées couvertes pour rejoindre le centre et prendre le métro. L'eau dévalait les marches à toute vitesse.
Le plus épique fut la marche à pieds entre la station Chandni Chowk et notre hôtel situé près de la mosquée Fatehpuri. Suite aux pluies très fortes (et qui n'avaient pas encore cessé), tout le quartier était inondé, l'eau montant souvent jusque sous le genou. Heureusement, Chandni Chowk est aménagée de vrais et larges trottoirs. On a vu un homme bouter l'eau hors sa boutique avec un seau.
Cette expérience s'est avérée quelque peu traumatisante pour mes compagnons de voyage. Je n'avais jamais vu un tel déluge. C'était beaucoup plus impressionnant que ce que j'avais vu à Allahabad. À Kolkata, les précipitations avaient été plus spectaculaires, mais je n'avais eu à patauger dans l'eau qu'une vingtaine de mètres, pas deux kilomètres.
⁂
Mardi, le Fort Rouge est ouvert ; nous le visitons. Si les motifs floraux du tombeau de Humayun sont plutôt primitifs, ceux du Fort Rouge sont nettement plus raffinés. On en trouve sculptés dans le grès rouge et dans le marbre et d'autres faits de pierres colorées incrustées dans le marbre blanc selon la même technique que celle utiisée dans le Taj Mahal, construit à la même époque. Les pierres incrustées de certains édifices latéraux ont élé pillées. On observe encore les vestiges de dorures plus abondantes sur un pilier du Diwan-I-Khas.
Après avoir mangé chez Karim's, un bon restaurant près de la porte Sud de la Jama Masjid, nous avons visité cette grande mosquée. L'entrée est gratuite, mais il est exorbitant d'entrer avec un appareil-photo : 200 roupies. Je m'attendais à un édifice plus grandiose.
Nous avons ensuite visité Raj Ghat, le lieu de crémation de M. K.
Gandhi, un carré noir où est inscrit हे रम
. Il s'est remis à
pleuvoir, mais de façon moins violente que la veille. Les routes étant
enbouteillés, nous sommes quand même rentrés à pieds, visitant au passage
un temple hindou situé à côté du temple jaïn qui est au coin de la rue en
face du Fort Rouge. Le temple est principalement dédié à Shiva. Pourtant,
on y trouve aussi des représentations associées à Vishnu (Vishnu avec le
disque et la conque, Radha et Krishna, Vishnu couché sur l'océan cosmique,
Brahma sortant de son nombril) en plus de divinités liées aussi bien à l'un
qu'à l'autre (Hanuman, Rama, Sita, Lakshman), de divinités fluviales
(Ganga, Yamuna) et d'autres associées à Shiva (Durga, Parvati). À l'autel
principal, les parasols n'étaient pas placés correctement, à savoir
au-dessus des divinités (Shiva et Parvati) : il y en avait trois qui
étaient décalées.
2009-07-09 14:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VII
Le premier roman de Paul Vacca La petite cloche au son grêle a remporté le Prix Biblioblog du roman 2009. Je suis aussi très content de la deuxième place de Laver les ombres de Jeanne Benameur.
⁂
J'ai passé une semaine en Allemagne, au Mathematisches Forschungsintitut Oberwolfach. Quelques innovations culinaires intéressantes par rapport aux dernières fois, comme une entrée tricolore (vert, blanc, rouge) faite d'un curieux mélange entre morceaux de pommes, des groseilles, etc. Au retour, j'ai eu quelques heures à passer à Strasbourg, ce qui m'a permis de visiter la cathédrale.
⁂
J'ai presque terminé mon écoute de ma semi-intégrale
Haydn. Le moins que l'on puisse dire est que cela aura été moins
déplaisant que celle de mon intégrale Mozart (cependant, j'ai eu quelque
mal à supporter la symphonie parisienne nº82 L'Ours
). Il ne me reste
plus qu'on opéra La fedeltà premiata et, le meilleur pour la fin,
les oratorios Die Schöpfung et Die Jahreszeiten.
⁂
Je suis en train de terminer ma lecture de deux formidables romans en vers : The Golden Gate de Vikram Seth (en version originale) et Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine (dans la traduction d'André Markowicz).
⁂
Je suis aussi en train de préparer mon septième voyage en Inde. L'itinéraire prévu est Delhi-Amritsar-Varanasi-Allahabad-Gwalior-Agra-Chittorgarh-Ajmer-Jodhpur-Jaisalmer-Delhi.
2009-06-06 23:07+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Cela fait presque deux ans que j'ai acheté un Paperback Oxford English Dictionary. Depuis, j'ai lu quelques livres en anglais : The Inheritance of Loss de Kiran Desai, The Palace of Illusions de Chitra Banerjee Divakaruni, et quelques autres. Si j'en lisais déjà occasionnellement, ce dictionnaire de langue anglaise me facilite bien la tâche. Il est et fait suffisamment cheap pour qu'on n'ait pas peur de l'abîmer en le manipulant beaucoup. Il n'est pas excessivement lourd, ce qui permet de l'emporter parfois dans les transports en commun.
Étant actuellement en train de lire le roman en vers de Vikram Seth, The Golden Gate, écrit en américain, je viens de tomber à l'instant, à côté de définitions m'intéressant, sur un couple de définitions doublement récursives :
crease v. (creases,
creasing, creased)
1 make or become crumpled.
2 ...
crumple v. (crumples,
crumpling,
crumpled)
1 crush something so as to make it creased.
2 ...
Il faudrait des mécanismes de détection de cycles dans les dictionnaires, afin qu'il n'en subsiste pas de trop courts.
2009-05-25 09:45+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
J'ai fini il y a quelques jours ma lecture de Quatuor de Vikram Seth. Ce roman, qui a pour thème principal la musique, est excellent. J'ai rédigé mes commentaires pour le Biblioblog. Sur ma lancée, je viens de commencer son roman en vers The Golden Gate, dans sa version originale qui était dans ma bibliothèque depuis un moment plutôt que dans la traduction française qui vient de paraître. J'ai aussi acheté Eugène Onéguine, le célèbre roman en vers de Pouchkine, dont j'ai récemment vu une adaptation en ballet et qui avait enthousiasmé Vikram Seth lors de la parution d'un traduction anglaise.
Quelques autres critiques récentes :
2009-04-09 02:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
Depuis deux jours, je n'arrive pas à faire sortir de ma tête l'air Je
veux vivre
de Roméo et Juliette (Gounod). Comme il n'y a pas
de raison que cela n'arrive qu'à moi, je vous laisse en exercice de
comparer les interprétations suivantes d'Angela Gheorghiu,
Anna Moffo,
Anne Netrebko,
Natalie Dessay,
Diana Damrau,
Barbara
Hendricks et
Lily Pons.
⁂
Rien à voir, mais chez moi, j'expérimente Firefox avec l'extension Vimperator. Ceci renforce
la cohérence entre les trois principaux logiciels que j'utilise : l'éditeur
de texte vim, le logiciel de
courrier électronique mutt
et le navigateur Web. Et ce n'est pas tout, puisqu'au niveau du window
manager (de dinosaure, puisqu'il s'agit de fvwm), j'ai aussi un raccourci
clavier pour faire apparaître une ligne de commande sur la dernière ligne
de l'écran.
⁂
Je suis passé à la librairie Ambikâ spécialisée sur l'Inde. J'ai réussi à n'acheter que trois livres.
⁂
J'ai passé l'après-midi à travailler à la BnF. En tant que bibliothèque mathématique destinée aux chercheurs, elle est très nettement moins intéressante que les autres bibliothèques mathématiques que j'ai fréquentées en région parisienne (IMJ, ENS, IHP, Orsay) et que les collègues étrangers nous envient, souvent.
⁂
Ce soir, j'ai assisté à ma sixième
Passion selon Saint Jean de J. S. Bach. Les chefs consécutivement
vus depuis 2003 dans la direction de cette œuvre sont Ton Koopman, Andreas
Spering, Sigiswald Kuijken, Emmanuelle
Haïm, Pierre Cao et donc Paul Dombrecht. Il me reste des souvenirs de
la plupart de ces différentes versions. Je me souviens avoir vu Sandrine
Piau et Klaus Mertens dans la première avec Ton Koopman. De la deuxième, je
me souviens d'une erreur dans le livret distribué (c'était le livret d'une
autre version de l'œuvre, le chœur introductif Herr, unser
Herrscher ayant été remplacé par le chœur qui apparaît maintenant à la
fin de la première partie de la Passion selon Saint Matthieu). La troisième
était originale en ce que le chœur y était on ne peut plus réduit (une voix
par pupitre). La quatrième était gâchée par une mise en scène
de
Robert Wilson. Dans la cinquième, Christoph Prégardien était
l'évangéliste.
Cette sixième version est assurément celle que j'ai le plus appréciée.
S'il n'y avait eu un ténor à la limite du soporifique (quel interminable
Erwäge), je serais parfaitement satisfait de ce concert. Mon
confort et mes conditions d'écoute dans l'Église Saint Roch étaient
presqu'idéales. Premier rang, un peu de côté, de la place pour les jambes.
L'estrade où les musiciens se sont installés est dans l'alignement du
transept. Pendant et après que les chanteurs ont fini de chanter, la
réverbération prolonge de son et engendre des effets saisissants, notamment
avant la partie da capo du chœur introductif où le chœur de la
radio flamande et l'orchestre Il Fondamento se sont arrêtés un
temps inhabuellement long avant de reprendre. Cela a contribué à la
solennité de la représentation, à laquelle concourait aussi le caractère
défendu des applaudissement pendant la semaine sainte et le long silence
qui suivit l'air Es ist vollbracht et les mots de l'évangéliste
Et inclinant la tête, il rendit l'âme.
.
La disposition du chœur était inhabituelle : de gauche à droite (de mon point de vue), les sopranos, les ténors, les basses, les altos (STBA), alors que la dispositions SATB est plus courante. Dans les chœurs où les différents pupitres commencent à chanter successivement, dans l'ordre basses, ténors, altos, sopranos (BTAS), comme dans le très joli Lasset uns den nicht zerteilen, sondern darum losen, wess' er sein soll, c'est un peu bizarre à suivre.
Je commence à bien connaître cette œuvre. Mon allemand biblique ne s'est pas trop perdu ; je n'avais pas de mal à suivre ce qui se passait. En dehors du Erwäge, je n'ai pas du tout eu le temps de m'ennuyer ; il s'est écoulé très vite. J'ai apprécié comme je ne l'avais éprouvé avant l'air pour alto Von der Stricken de la première partie où se répondent deux hautbois, alors que, outre la voix de la soprano, Ich folge dir gleichfalls laissent apprécier le son des flûtes.
Bref, je ne regrette pas du tout de m'être abonné cette année aux Concerts parisiens ― Philippe Maillard, dont la programmation fait une grande part à la musique baroque.
2009-04-03 01:07+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Aujourd'hui, j'ai réussi à entrer dans une librairie sans y acheter de livres. Entre les livres de la sélection du Prix Biblioblog et deux livres injustement délaissés depuis quelques jours (Le docteur Jivago et Mythe et épopée II), j'ai de la lecture pour un petit moment, sans compter la plus que centaine d'autres livres qui traînent dans ma bibliothèque (les livres rangés à l'horizontale ayant été considérés à un moment donné par moi comme étant à lire en priorité).
Bref, quand je suis allé en fin d'après-midi à la Fnac Saint-Lazare pour écouter Jean-Claude Carrière parler de son dernier livre, Dictionnaire amoureux du Mexique, chez Plon (merci Gilda pour le tuyau), il a bien fallu que je passe par l'étage consacré aux livres.
Dans la partie Asie/Inde, un livre chez Connaissance de l'Orient, La cité d'or et autres contes est écarté parce qu'il s'agit d'un recueil de contes issus du Kathāsaritsāgara de Somadeva dont j'ai récemment acquis une traduction intégrale (Océan des rivières de contes, Pléiade).
Un autre livre a attiré mon attention : Golden Gate de Vikram Seth (Grasset & Fasquelle), traduction du roman en vers intitulé The Golden Gate de Vikram Seth, dont je possède déjà, depuis au moins un an, un exemplaire, en anglais. Le livre ayant paru en anglais en 1986, je pensais qu'il n'y avait plus aucun chance qu'il soit traduit en français. Pourtant, cela s'est réalisé, plus de vingt ans après la première parution. Cela m'était déjà arrivé avec Le Palais des illusions de Chitra Banerjee Divakaruni. Je vais donc probablement faire passer ce livre dans la liste de ceux à lire en priorité.
Avec le légendaire Vālmīki, Vikram Seth est l'auteur indien que je préfère. J'ai écrit sur le Biblioblog mes impressions de lecture sur plusieurs de ses livres : Deux vies, Le lac du Ciel, Voyage du Sin-K'iang au Tibet, Un garçon convenable, Arion and the Dolphin. J'ai découvert récemment l'existence de l'émission de radio World Book Club de la BBC. Vikram Seth a été invité dans cette émision pour discuter de son livre le plus fameux : A suitable boy. Les archives de ce World Book Club sont accessibles en ligne.
2009-03-24 00:27+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Théâtre — Cinéma — Culture indienne
On n'imagine pas toujours les pépites que l'on peut découvrir parfois en cliquant sur le bouton Play dans Dailymotion.
Docteure, chevalière des arts et des lettres, danseuse de kuchipudi et de bharata-natyam, bouleversante Draupadi dans The Mahabharata de Peter Brook (version longue !), directrice de la Darpana Academy of Performing Arts qui créa Phèdre de Racine en hindi, combattante de la cause des femmes indiennes, opposante au controversé chief ministrer du Gujarat Narendra Modi, divorcée, athée, visiblement passionnée par tout ce qu'elle entreprend, Mallika Sarabhai est impossible à résumer.
Quelques vidéos :
2009-03-19 18:08+0100 (Orsay) — Culture — Culture indienne
Épisodes précédents : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9.
Au cours des trois dernières soirées, j'ai visionné la version longue du
film (au format 4:3) de Peter Brook, adapté de la triple pièce écrite par
Jean-Claude Carrière, elle-même adaptée du Mahabharata, qui selon
la dédicace que m'a écrite l'auteur, se dit
.le plus grand poème du
monde
À voir...
Mon avis sur la version de trois heures n'a pas été évolué trois ans après le premier visionnage. Je faisais prémonitoirement une recommandation inconditionnelle de la version longue. Le moins que je puisse en dire est que je n'ai pas été déçu. Mes avides attentes ont été réalisées et bien davantage.
Le double DVD (~20€) contient en fait trois films, chacun d'environ deux heures. Les trois films portent des titres identiques à ceux des trois pièces constituant la version théâtrale : La partie de dés, L'exil dans la forêt, La guerre. Le découpage n'est toutefois pas exactement le même puisque la Bhagavad-Gita intervient à la fin du deuxième film et non au début du troisième. Les DVD sont en anglais uniquement, avec des sous-titres anglophones pour malentendants.
Cette version contient de nombreux épisodes qui avaient été coupés pour la version de trois heures. D'autres qui avaient été raccourcis sont plus développés. Vu l'enthousiasme que m'inspire la version longue, je me demande vraiment pourquoi il fut décidé de faire une version courte, tant cette dernière me semble difficile à apprécier par ceux qui ne connaissent pas déjà le poème. Ceci dit, un film de six heures, c'est plus difficile à sortir en salles.
Parmi tous les personnages qui pouvaient paraître mineurs dans la version courte, celui qui retrouve de façon la plus éclatante la place qu'il mérite est celui de Draupadi, l'épouse commune des cinq Pandava, interprétée par Mallika Sarabhai, l'unique interprète d'un rôle principal à être de nationalité indienne dans ce film aux comédiens aux origines les plus diverses. Le climax est atteint à la fin du premier film, dans la scène où Draupadi, perdue aux dés par Yudhishthira, est traînée de force dans la salle du jeu de dés. (Si vous voyez pas de quoi je parle, je rappelle que j'ai écrit un résumé de l'épopée pour le Biblioblog.) Le seul grief que je pourrais faire à propos de la première partie est qu'elle ne montre pas le svayamvar de Draupadi et en particulier l'humiliation qu'elle inflige à Karna quand elle affirme qu'elle n'épousera pas le fils d'un cocher. Cela dit, comme Karna vient déjà d'être humilié pour la même raison lors d'un tournoi où il voulait défier Arjuna, cela aurait peut-être fait doublon ; et puis, cela aurait éventé la surprise qui attend le spectateur dans la scène qui suit...
Le deuxième film me paraît le moins réussi des trois. Il raconte l'exil
dans la forêt après la partie de dés, la révolte de Draupadi, la naissance
du fils rakshasa de Bhima (qui intervient à un autre moment dans le poème,
mais qui s'insère très bien ici), la quête que mène Arjuna pour obtenir des
armes divines, celle de Karna auprès de Parashurama (Rama à la hache), la
rencontre mortelle avec Dharma, l'année passée incognito à la cour du roi
Virata et enfin, les préparatifs de la guerre. La Bhagavad-Gita apparaît
curieusement à la fin de ce deuxième film. Pour certains de ces épisodes,
les passages correspondants de la pièce de théâtre étaient plus développés.
Dans les trois films, le narrateur Vyasa intervient souvent pour raconter
quelques épisodes, parfois les personnages s'en chargent eux-mêmes, en
parlant d'eux-mêmes à la troisième personne (cela paraît curieux, mais
c'est une bonne manière d'adapter la confusion qui règne tout au long du
poème sur le statut du narrateur). Vyasa, disais-je, intervient souvent.
Pendant leur exil, il suggère aux Pandava de rencontrer des sages. Cet
aspect de leur exil fait tout l'intérêt du troisième livre du Mahabharata ;
j'ai trouvé dommage qu'on ne nous les montre pas en train d'écouter une
légende racontée par un de ces sages. Ce qui m'a davantage troublé est
l'épisode évoquant l'année passée à la cour du roi Virata. L'art est
difficile... La façon dont la première scène de cet épisode est filmée et
mise en scène est pourtant remarquable. Je n'ai pas visiblement pas
ressenti de la même manière que les scénaristes l'ambiance qui régnait au
palais. J'imaginais les cinq Pandava et Draupadi vivant séparément, chacun
étant très isolé. Ici, on a l'impression, sinon qu'ils restent en contact,
au moins qu'ils sont heureux. Je n'ai pas très bien compris pourquoi les
jumeaux ont d'autres métiers que dans le poème, cela dit, comme ces
personnages sont très mineurs, il n'y a pas de mal à les modifier un peu et
le choix du métier de chacun n'est trop discordant par rapport à la
fonction
qui est la leur. La façon de montrer Arjuna ayant perdu sa
vilité manque de subtilité.
Le troisième film raconte la guerre, sans prendre autant de raccourcis que le faisait la version courte. Une bonne partie des épisodes principaux de la guerre sont traités. On retrouve ainsi le personnage d'Amba dont l'amour destructeur pour Bhishma entrevu dans le premier film réapparaît alors qu'elle s'est réincarnée en Shikhandin, un homme, pour le tuer. On y voit aussi la mort d'Abhimanyu, fils d'Arjuna, pris au piège dans le disque constitué par l'armée de Drona. La mort de ce dernier est aussi très détaillée, à une curiosité près : à ce moment de la guerre, Drona est censé être un guerrier très menaçant, capable de tuer des millions d'ennemis, mais on le découvre dans son camp, très sage, occupé à aiguiser une arme. La scène la plus dévastatrice du poème, l'holocauste du camp des Pandava, n'est évoquée qu'oralement, par Ashvatthaman, le responsable de ce massacre, qui vient en rendre compte à Duryodhana qui s'en réjouit avant d'expirer. Après la guerre, on suit les personnages jusqu'à leur montée au ciel.
Je ne saurais expliquer pourquoi, mais j'ai l'impression que Krishna paraît plus sombre que dans la version courte. Bien que la plupart de ses apparitions à l'écran soient illustrées par le son d'une flûte (que la tradition ultérieure au poème associe au jeune Krishna enchanteur), pendant la guerre, on le voit constamment suggérer des entorses aux règles : il envoie le fils de Bhima au casse-pipe et se réjouit de sa mort, il demande à Bhima de frapper Duryodhana à la cuisse, etc.
Les dialogues et monologues du film sont, comme ceux de la pièce,
irréprochables. On n'y trouvera jamais quelque bavardage inutile. Toutes
les phrases ont un sens, conforme à l'idée qu'il convient de se faire des
personnages. Le respect de la tradition littéraire indienne est évident.
Cela s'applique même aux scènes qui n'existent pas dans l'épopée, puisqu'on
se laisse volontiers tromper
. Un exemple frappant, illustrant le
caractère universel de la divinité de Krishna, est celui où Ganesha enlève
son masque à tête d'éléphant : qui donc se cachait derrière cette apparence
illusoire ? Krishna, bien sûr !
Contrairement à la version courte, je pense que ces trois films sont accessibles à ceux qui ne connaissant pas déjà le poème. Les critiques que je me hasarde à faire sont noyées dans l'océan de leurs qualités. Je pense que voir la pièce devait être encore plus intéressant que voir le film, mais vingt ans après, il est bien trop tard...
2009-03-14 21:44+0100 (Orsay) — Culture — Culture indienne — Mathématiques — Photographies
J'ai eu connaissance il y a quelques jours d'une démonstration assez impressionnante de l'équipe de recherche LEAR, dépendant de l'INRIA Rhônes-Alpes et du laboratoire Jean Kuntzmann (Grenoble). L'application de démonstration, Bigimpaz, est utilisable depuis un navigateur Web. En entrée, on choisit une photographie. L'application affiche en sortie les photographies similaires prises dans une base de dix millions de photographies. Cela fonctionne très bien avec certains monuments célèbres : si on choisit une photographie de la Tour Eiffel, du Sacré-Cœur ou du Taj Mahal, on voit paraître de nombreuses autres photographies de ces monuments, eventuellement sous des angles et avec des luminosités différentes.
Tout irait bien si je n'avais pas tenté de regarder ce que renvoyait l'application pour la photographie suivante, prise le 21 août 2007 :
Il s'agit d'une photographie de la sculpture géante de Shiva qui se trouve à Baroda (Gujarat). Le problème, c'est que l'application de démonstration sus-mentionnée fait apparaître une photographie d'une statue en tous points semblable à la première :
(Adresse originale de l'image : http://bigimbaz.inrialpes.fr/data/megabaz/1024x768/579/85df1decdf2bba114bde80d6d2e99.jpg.
Je ne connais pas le détenteur des droits sur cette photographie. Il est
donc évident que je l'utilise ici sans son accord. Il va de soi que s'il
demandait à ce que je l'enlève, je le ferais ; mais j'espère qu'il
consentirait à répondre à la question qui suit.)
Où se trouve cette statue ?
D'après les données EXIF, la photographie aurait été prise en mars 2007, quelques mois avant que je ne prenne la mienne. Il est donc très peu vraisemblable que les deux photographies soient celles d'un unique exemplaire, qui aurait été déplacé d'un endroit à un autre, en l'occurrence à Baroda. Bref, tel les Statues de la Liberté dont de nombreux exemplaires existent (le concept est même breveté), Shiva portant le trident ne serait pas unique. Je suis preneur de toute aide pour éclaicir ce mystère.
PS (15 février) : Grâce au mail et au commentaire de PB, je connais maintenant la réponse. La statue se trouve à Grand Bassin, à l'île Maurice. Elle aurait été inaugurée assez récemment, en 2007.
2009-03-14 20:31+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Je suis allé aujourd'hui au salon du livre 2009. Le site Internet du
Salon est complètement buggé. Je suppose que c'est fait exprès, pour forcer
les gens à acheter un hebdomadaire partenaire pour pouvoir consulter dans
des conditions acceptables la liste des dédicaces. Il serait pourtant
tellement facile de mettre en ligne cette liste dans un fichier PDF, voire
dans un fichier texte. La boutique ne marche pas mieux puisqu'après que
j'eus commandé une entrée plein tarif, le billet que j'imprimai
comportait la mention Auteur en dédicace
. Je me suis donc fait jeter
à l'entrée grand public
. Mon code-barre ne passait pas non plus du
côté de l'entrée des auteurs, mais sans discuter, on m'a émis un badge
Joeol (sic) Riou, auteur en dédicace
et donné un
hideux cahier rose.
Année après année, la visite au Salon se révèle de plus en plus éprouvante, physiquement. Je ne pourrais pas faire ça plusieurs jours de suite. Les allées sont toujours trop étroites, surtout quand les Bernard Werber, les Amélie Nothomb, les Olivier Adam font des dédicaces. L'année dernière, c'était Daniela Lumbroso...
Sans avoir pris rendez-vous avec elles, j'étais sûr de tomber sur Laurence et Douja du Biblioblog au stand Actes Sud à 14h quand Lyonel Trouillot devait venir dédicacer ses livres. Il était en retard, personne n'avait l'air de savoir où il pouvait se trouver. Après avoir reçu une promesse de nous faire appeler au téléphone quand il arriverait, nous nous sommes retrouvés du côté des éditions de l'atelier in-8 où j'avais déjà pris deux courts textes. À 15h30, je reviens avec Douja du côté d'Actes Sud pour une autre dédicace, trop pleine de monde, à laquelle nous renonçons donc. Mais, qui apercevons-nous ? Lyonel Trouillot, qui s'en va, mais qui promet de revenir dans dix minutes. Pendant ce temps, l'équipe des rédacteurs du Biblioblog se reconstitue. Nous sommes quatre, puisque nous ont rejoints Laurence, Yohan et sa moitié. Quand Lyonel Trouillot arrive, il trouve un coin de table pour nous dédicacer des livres et une discussion enrichissante peut commencer.
J'abandonne les autres pour rejoindre Plon, où Jean-Claude Carrière me dédicace la réédition de Le Mahabharata, récit théâtral chez Albin Michel. J'avais déjà lu à la BnF le texte de cette pièce de théâtre en trois parties, publiée en 1985 par le Centre international des créations théâtrales (bref, le théâtre des Bouffes du Nord dirigé Peter Brook), mais je voulais un exemplaire pour ma bibliothèque. J'ai ensuite fait le tour d'un pâté de stands pour me rendre compte que Jean Teulé était juste en face pour dédicacer Le Montespan. Il prend le temps de faire un dessin, mais c'est apparemment le même pour tout le monde. Plus tard, je verrai Raharimanana pour Madagascar, 1947. Le livre qu'il dédicace contient du texte en français et en malgache. Le club Confusion est complice de l'éditeur Vents d'ailleurs puisque le livre est vendu en deux versions. Bref, je passe quelques minutes à parcourir le livre, pour essayer de voir si les passages en malgache sont bien des traductions des textes en français (à moins que ce ne soit l'inversion, peu m'importe). J'ai déjà conclu que cela semble bien être le cas quand l'auteur vient à ma rescousse et m'explique qu'entre les deux versions du livre vendues, seules diffèrent les couvertures. J'achète son dernier roman chez Philippe Rey un peu plus loin. La dernière dédicace à laquelle je vais est encore chez Actes Sud puisqu'il s'agit de Jeanne Benameur.
Voilà la liste de mes achats :
Cela ne fait que deux livres ayant un rapport avec l'Inde. Il faut bien dire que le stand Z64 où devait prendre place un éditeur indien était tristement inoccupé, et que de chez Picquier, j'ai déjà presque tous les livres qui m'intéressent.
Nombre PAL : 117.
2009-03-05 22:19+0100 (Orsay) — Culture — Expositions — Culture indienne — Photographies
En cherchant des informations sur le mythe du barratage de la mer de lait, le photographie Bernard Grismayer était tombé sur mon blog. Il m'avait alors invité au vernissage de l'exposition qu'il réalise à la galerie-librairie Impressions à Paris. Lors du barratage de la mer de lait, un mythe dont la description la plus précise que j'ai lue pour le moment était dans l'édition de Mahâbhârata de Madeleine Biardeau (j'aurai probablement l'occasion d'approfondir cela un peu avec le Bhagavata-Purana), un événement mythique, disais-je donc, au cours duquel, selon des sources qui me sont inconnues, quatre gouttes de la liqueur sacrée amrita se seraient échappées sur quatre villes : Prayag (Allahabad), Ujjain, Haridwar, Nashik. Depuis très longtemps, des pélerinages très importants, appelés Kumbh Mela y ont lieu tous les ans. Tous les douze ans, chacune de ces villes célèbre un Maha Kumbh Mela. Ils rassemblent des dizaines de millions de pélerins... J'ai eu la chance de me trouver à Allahabad en janvier 2007 pendant un Aardh Kumbh Mela, qui se tient six ans avant (ou après) un Maha Kumbh Mela. Les photographies que j'y avais prises sont ici, pour les moins ratées, et là, pour les autres.
Bernard Grismayer expose les très belles photographies qu'il a réalisées dans ces quatres villes pendant le pélerinage du Kumbh Mela. La foule se masse au bord du fleuve sacré. Des hommes et des femmes se baignent dans la Ganga (ou d'une autre rivière suivant l'endroit), prient. Des sadhus les précèdent. Le front des hommes est recouvert de marques sectaires (le plus souvent vishnouistes sur les photographies, m'a-t-il semblé).
J'ai un peu regretté que les photographies ne contiennent pas de légende, fût-elle minimaliste, à savoir indiquant simplement la ville où chacune a été prise. Des quatre villes, n'ayant visité qu'Allahabad, il m'était impossible de deviner où elles avaient été prises puisque le cadrage ne me permettait pas de reconnaître le moindre lieu.
Une photographie a attiré la curiosité des personnes présentes : un portrait d'un homme au visage peint en bleu, avec un chignon tressé, le troisième œil et trois lignes horizontales sur le front, probablement un collier de rudraksha. Bref, une représentation de Shiva. Pour qu'elle fût encore plus fidèle au mythe, il eût peut-être fallu que seule la gorge fût bleue.
L'exposition se tient au 98 rue Quincampoix (côté Nord) jusqu'au 4 avril, apparemment le mercredi de 18h à 21h et le samedi de 14h à 20h.
⁂
Entre hier et aujourd'hui, j'ai fait 3h de cours, 3h de travaux pratiques en calcul formel et 3h30 d'exposé sur la dualité en cohomologie étale ; je suis crevé.
2009-02-24 18:34+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Je suis parti ce matin vers 2h30 à l'aéroport de Chennai pour un vol
d'environ onze heures. En préparant mes bagages, j'avais eu peur de ne pas
réussir à tout faire rentrer dans mes sacs et à répartir le poids de façon
à ne pas dépasser la limite pour les bagages allant en soute. À l'aller,
mon sac faisait quatorze kilogrammes. Au retour, il est tout juste en
dessous de la limite de vingt kilogrammes. Pourtant, j'avais mis
l'essentiel des livres que j'ai achetés dans le sac à dos que j'ai pris
comme bagage à main. J'ai un peu stressé au moment des contrôles de
sécurité en raison des règles arbitraires et imprévisibles qui
fleurissent. En effet, peu après être entré dans l'aéroport, j'ai vu sur
des écrans des instructions donnant non seulement des listes d'objets
interdits dans les bagages à main, mais aussi une liste de choses
autorisées, parmi lesquelles on pouvait lire Books: one or two
. Mon
sac en contenait huit et plutôt pas des petits puisque le sac pesait huit
kilogrammes. Au moment du passage du bagage aux rayons X, j'ai espéré que
l'empilement de pages ne soit pas trop opaque pour être suspect. C'est
passé.
Ma collection de livres ayant un rapport avec l'Inde occupe maintenant presque une bibliothèque complète. Voici mes nouvelles acquisitions :
Les éditions du Ṛgveda et de The Hindu Temple m'ont coûté chacune un peu moins de 2000 roupies (environ 30€), ce qui n'est pas donné, mais est quand même assez raisonnable. Les ouvrages édités par Gita Press ont des prix dérisoires. Je voulais profiter de ce séjour pour acquérir une édition du Bhāgavata Mahāpurāṇa (la traduction française d'Eugène Burnouf étant hors de prix) ; sinon, je ne serais peut-être pas allé à Tirupati, qui était le lieu de vente le plus proche de Chennai d'après le site Web de Gita Press. En fait, la librairie située à Chennai que j'ai mentionnée distribue aussi des livres de Gita Press ; il suffit de leur demander.
La version du Mahabharata de Samhita Arni, qui était très jeune quand elle l'a écrit et illustré, existe aussi en français. J'en avais entendu parler, mais n'y avais pas repensé avant de voir le deuxième volume dans une librairie. En cherchant le premier volume dans diverses librairies, au rayon jeunesse, je suis forcément tombé sur des bandes-dessinées d'Amar Chitra Katha et ai acheté le numéro intitulé Draupadi. Elles couvrent divers sujets, mais une bonne proportion d'entre elles sont liées présentent de façon agréable et pittoresque les mythes et épopées indiennes. C'est très bien fait et cela procure une bonne initiation à l'iconographie indienne. Les prix sont très petits.
(En résumé, contrairement à la musique baroque qui est plus chère si on l'achète in situ, la culture indienne est moins onéreuse là-bas qu'ici, et cela vaut aussi bien pour les disques de musique carnatique que pour les livres ou encore pour les spectacles.)
Ma PAL qui était descendue assez nettement en-dessous de 100 est remontée à 104 et le Salon du Livre est pour bientôt...
2009-02-23 11:55+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Ce week-end, je suis resté à Chennai. J'ai visité la cathédrale St. Thomas, qui est bâtie au-dessus de la tombe putative de l'apôtre du Christ. L'entrée de la tombe est située à l'arrière de la cathédrale ; des photographies montrent le précédent pape visitant la tombe. Un mini-musée expose un morceau de l'arme qui l'aurait tué.
Samedi, en fin d'après-midi, je suis allé à l'ouverture du quatorzième festival annuel de danse organisé par l'association Nayaki. La cérémonie a commencé par une prière de Miss V. Deepika, disciple de Sudha Raghunathan. Le Managing director d'Ashok Leyland a fait un discours (en tamoul) ; un prix d'excellence a été remis à la compositrice et interprète Dr. Rukmini Ramani ; diverses personnes se sont succédé au micro pour faire son hagiographie, vantant notamment son travail de thèse de doctorat sur son père Papanasam Sivan, grand compositeur de musique carnatique. Des récompenses ont été données à beaucoup de monde, comme à Mrs Lakshmi Ranganathan pour avoir allumé la flamme au cours de la cérémonie.
Après une heure de congratulations, le spectacle de danse a finalement commencé. La danseuse est Revathy Ramachandran dont j'avais déjà vu une disciple. C'est le premier spectacle payant auquel j'assiste lors de ce séjour, la danseuse est manifestement la plus expérimentée de toutes celles que j'aie vues ; elle a déjà dansé dans de nombreux pays, dont la France. Je n'ai pas saisi le sens de la plupart des parties, le plus souvent consacrées à Shiva. Le varnam, la partie principale du récital, devait raconter une rivalité entre deux dévotes de Shiva. La danseuse était accompagnée de quelques musiciens : mridangam, cymbales, chant et vînâ. La dernière partie était très originale, mais j'en avais déjà vu une similaire par sa disciple. Le joueur de mridangam était à mon avis moins bon que l'autre ; l'échange entre cet instrument et la danse était moins riche.
Je suis retourné hier à l'Abirami Chidambaram Community Hall pour le
deuxième jour de ce festival qui en compte neuf. Comme pour la plupart des
soirées qui vont suivre, il n'était plus question de danse, mais uniquement
de musique. Le chanteur N. Vijay Siva était accompagné de la violoniste
Amritha Murali et du joueur de mridangam Manoj Siva. Deux jeunes disciples
jouaient du tanpura. Des problèmes techniques de sonorisation ont perturbé
le début du concert. Le micro du chanteur ne fonctionnait pas pendant les
premières minutes ; sa voix ne portait même pas jusqu'au
quatrième rang, plein centre, où je me trouvais ! En fait, j'ai trouvé la
première demi-heure du concert assez médiocre. Quand la composition
principale (environ une heure) a débuté, j'ai commencé à apprécier. Sans
être extraordinaire, c'était plutôt bien. La manière d'utiliser le violon
est très différente de ce qui se pratique dans la musique occidentale. Une
partie importante du travail de la musicienne était de reproduire en écho
la mélodie chantée par le maître
. La spectacle a duré environ deux
heures et demie, sans entr'acte.
⁂
Un groupe d'avocats sont devenus complètement fous ces derniers jours. Scènes d'émeutes dans et autour de la Haute Cour de Madras. Le Chief Minister, qui se déplace en fauteuil roulant, annonce qu'il commencera une grève de la faim si les avocats et les policiers ne font pas la paix.
2009-02-13 15:55+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Hier soir, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore pour un nouveau spectacle de bharatanatyam, le dernier que je vais voir pour le festival de danse Sri Parthasarathy Swami Sabha. La danseuse Shilpa Darshan Kumar (disciple de Revathy Ramachandran) est sans doute la plus expérimentée de celles que j'aie vues en Inde jusqu'à maintenant. On annonçait au microphone qu'elle s'était déjà produite en Italie, aux États-Unis d'Amérique et à Singapour.
Le public indien n'apprécie pas les spectacles dans le même recueillement que ne le fait le public occidental dans les situations comparables (dans ou musique classique indienne ou européenne). On parle, on bat la mesure un peu bruyamment, on fredonne, on n'a aucune gêne à répondre au téléphone. Hier, un jeune garçon a poussé les limites de la bêtise et du mépris à un point que je n'envisageais pas : courant un peu partout, se rapprochant vraiment très très près de la scène, la gourou s'est même éclipsée de la scène, est passée par les coulisses pour venir lui dire deux mots, ce qui a permis un petit quart d'heure de répit. Je ne comprends pas comment des parents peuvent être aussi peu respectueux pour laisser faire ça.
Le bharatanatyam de la danseuse était très différent de celui de Radhica Giri. Celui de l'une était sobre, solennel, exigeant, ascétique, et malgré tout très gracieux. Celui d'hier était au contraire foisonnant de mouvements complexes de mains, de pieds, exécutés très rapidement. La vitesse était telle que la danseuse a dû perdre en tout cinq ou six clochettes parmi celles accrochées à ses chevilles. À un moment donné, deux ou trois petits mouvements latéraux de pieds ont été nécessaires pour faire table rase de ces obstacles. Après une première pièce, la partie la plus importante du spectacle a été le Varnam, qui était dédié à Subramanian (un des noms de Muruga). Une pièce Om Namah Narayana a ensuite permis à la danseuse de représenter Krishna ou encore Vishnu couché sur l'océan cosmique. Certains exploits de Vishnu devaient aussi être représentés puisqu'un des passages ressemblait à une scène de combat. Ensuite, une autre pièce dont je n'ai pas compris le nom et enfin, un étonnant numéro où les clochettes étaient reines : on a même installé un microphone dédié sur le devant de la scène pour qu'on les entendent mieux. Questions rythmiques du mridangam et réponses de la danseuse.
La gourou, qui jouait des cymbales, a eu un problème sérieux de toux en plein spectacle. Sans que la danse soit perturbée le moins du monde, une jeune femme l'a remplacée et elle s'en est très bien tirée.
2009-02-11 16:22+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Avant-hier soir, je suis allé dans une autre salle de spectacle de
Chennai, la Narada Gana Sabha (plus précisément, son mini-hall),
pour assister à un nouveau spectacle de bharatanatyam. Dans le journal
The Hindu, les annonces de spectacles en page quatre comportent
souvent l'indication All are welcome
et parfois la plus énigmatique
Rasikas welcome
. M'étant renseigné sur le sens de ce mot, j'ai
compris que cela pouvait se traduire par mélomane
et désigne plus
particulièrement qui apprécie la musique carnatique. Bref, je pouvais
sans problème aller voir ce spectacle. Comme mes expériences en matière de
spectacles gratuits à Chennai le montrent, il n'est pas tout à fait évident
de savoir a priori à quoi va ressembler le spectacle. Je suis
arrivé un peu avant la fin du spectacle précédent où sept étudiants (dont
un très jeune garçon) d'une même gourou dansaient. Les deux danseuses
les moins jeunes qui intervenaient dans le final (avant les salutations
d'usage) semblaient d'un très bon niveau. Pendant que je me replaçais,
l'organisateur félicitait les artistes et des récompenses étaient
distribuées.
Dans le spectacle que je venais voir intervenaient les douze disciples
de gourou Srimati Vijaya-Lakshmi Chandrasekaran ainsi que quelques
musiciens (mridangam, cymbales, chant, flûte). Onze filles ayant environ
entre sept et quatorze ans et un garçon. Le niveau était assez disparate.
Il y a eu un mouvement amusant où une toute petite fille dansait au milieu
de quatre autres plus âgées. Pendant les mouvements les plus complexes
réalisés par les autres, elle prenait la position Nataraja, en alternant le
pied qui vient se porter à la hauteur de la hanche opposée. Vers la fin,
les quatre se prosternent devant la divinité, seigneur de la danse. Une
seule danseuse était d'un niveau très inférieur aux autres ; elle manquait
complètement d'équilibre quand elle se tenait sur un seul pied et elle
n'était vraiment pas loin de s'écrouler. Malgré ces défauts ostensibles, le
spectacle était assez intéressant et varié. Quelques mouvements rythmiques,
quelques pièces qui profitaient de la multitude des danseurs pour réaliser
des sortes de tableaux vivants typiques de l'iconographie hindoue. D'autres
pièces racontaient une histoire, comme des légendes liées à Krishna.
Certaines jeunes danseuses semblaient assez intimidées, d'autres au
contraire avaient des visages faits de détachement et de sérénité dignes de
déesses et dansaient remarquablement bien. Parmi les pièces très
intéressantes, une était dédiée à Shiva et se déroulait sur une musique qui
doit être très connue puisque depuis le début de mon séjour, je l'aurai
entendue trois fois : Shiva Shambhu Svayambhu (Svayambhu
signifie Qui est né de lui-même
; ce nom est notamment appliqué à
Brahma, mais dans la tradition shivaïte, Shiva réalise cinq fonctions dont
les trois premières sont celles souvent attribuées ailleurs à d'autonomes
Brahma, Vishnu et Shiva alors que dans cette tradition, la fonction
destructrice n'est qu'une des formes de Shiva, appelée Rudra-Shiva ; bref,
il n'est pas inconsistant de dire que Shiva est aussi un créateur, s'étant
engendré lui-même).
Hier, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium où un festival de danse se poursuit. J'ai choisi un jour où un récital d'une unique danseuse était au programme ; j'espérais ainsi voir un spectacle d'un niveau un peu supérieur à la moyenne. Je n'ai pas été déçu. La danseuse, Radhica Giri, est américaine, mais manifestement d'origine indienne. Vu qu'il y avait de la place, je me suis installé au premier rang. Au cours du premier mouvement, Pushpanjali, dédié à Ganesh, elle a intégré une séquence où seule la moitié supérieure de son corps bougeait. Il était saisissant de la voir recueillir l'attention du public par des mouvements aussi simples en apparence et réalisés avec une exquise lenteur. À d'autres moments du spectacle, elle n'utilisait au contraire que ses pieds. La partie principale du spectacle était assez exigeante. Elle racontait une histoire d'amour-dévotion de Venkateshwar et était plus abstraite que bien d'autres pièces sur des sujets similaires que j'aie vues. Le novice que je suis n'y a pas compris grand'chose. Ensuite, une pièce dédiée à Radha et Krishna, un long tillana dédié à Devi et enfin une pièce appelant à la paix universelle.
⁂
La salle de spectacle est située à Mylapore, non loin du temple Kapaleeshwar. Étant arrivé un bon quart d'heure d'avance avant le début du spectacle, je suis passé autour du temple qui est exceptionnellement illuminé de toutes sortes de lumières, de même que l'immense bassin qui le jouxte. Vers le centre du bassin, une sorte de mandapam de lumières est dressé. Sur un des côtés, un paon ; sur un autre, un lingam.
En rentrant du spectacle, j'ai été bien inspiré de repasser près de ce bassin. Une curieuse cérémonie s'y déroulait. Le public affluait sur les marches des ghats autour du bassin et de l'autre côté des grillages. Un gigantesque radeau bariolé, guidé par des cordes tirées par des hommes depuis le bord de l'eau flottait au son de Shiva Shambhu Svayambhu. Au centre du radeau, trois minuscules idoles de divinités non identifiées (Shiva, Parvati, Muruga ?). Je l'ai regardé faire deux ou trois tours du bassin et suis rentré par le dernier train.
2009-02-09 11:54+0530 (சென்னை) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Samedi, j'ai pris le train local de 6h59 (annoncé à 7h59 du fait d'un bug). À Parry's corner, je ne comprends rien au défilé des bus. Je choisis donc de prendre un rickshaw pour rejoindre l'immense gare routière Mofussil. Je fais le tour des six plates-formes et regarde visiblement mal le nom des destinations, puisque je me rends finalement compte du fait que les bus pour Tirupati partent de la première plate-forme qui s'était présentée à mes yeux. Chaque plate-forme comporte une trentaine d'emplacements. Je prends le premier bus pour Tirupati et il se trouve qu'il est très confortable. Départ à 8h30, arrivée un peu après midi.
J'éprouve quelques difficultés à trouver mon hôtel, mais le concours d'un rickshaw et de la population locale me permet de m'y rendre. J'avale un thali en vitesse pour essayer de ne pas arriver trop tard à Tirumala, où se trouve un temple dédié à Venkateshwar, une des formes de Vishnu, je n'ai pas davantage de détails à ce sujet. La route est sinueuse. Au pied de la colline, on passe à côté d'une sculpture géante de l'aigle Garuda, la monture de Vishnu. Comme on ne croise personne sur la route, et heureusement vu la vitesse folle du bus dans les virages, je suppose que la descente ne se fait par la même route que la montée.
En haut, les panneaux indicateurs sont assez mal fichus. Quand je vois qu'en aucun cas, des appareils-photo ne doivent entrer dans le temple, je demande au bureau des renseignements où se trouve la consigne. On m'aiguille vers le Pilgrim amenities complex, où on m'engueule parce que je ne suis pas dans la bonne file ; de toute façon, cela ne correspond pas à ce que je cherche.
J'arrive au Vaikuntam Q Complex, trouve enfin où déposer mes chaussures et mon appareil-photo. Un bureau des renseignements me dit d'entrer par une petite porte gardée et d'aller dans la salle 17 pour obtenir un cellar darshan pour cent roupies, censément pour accélérer mon passage dans la queue (un autre garde m'avait préalablement indiqué un autre bureau inadapté). Dans tous les cas, ce n'est pas très au point puisqu'en arrivant au bureau 17, on ne fait que me donner un formulaire qui me permet d'aller payer à l'extérieur...
En tout, il s'est ainsi écoulé un peu plus d'une heure entre mon arrivée
à Tirumala et le moment où je vais m'insérer dans la queue. Au passage,
j'ai dû signer un papier selon lequel je vénérais Venkateshwar. Le
formulaire demandait de préciser sa religion. J'aurais bien mis
meta-agnostic
ou pastafarian
, mais je n'ai rien mis,
l'absence de mention engendrant déjà suffisamment d'étonnement.
À 16h, je suis dans la queue pour de bon. L'intérêt du cellar
darshan par rapport au special darshan (cinquante roupies)
semble minime (on peut aussi emprunter la file gratuite, mais il doit
falloir faire preuve d'encore davantage de patience). La queue avance très
lentemps, par à-coups. C'est interminable. De temps en temps, quelqu'un
crie Govinda
et de nombreux pélerins, dont une bonne proportion ont
le crane rasé, reprennent le nom du bouvier Krishna en chœur.
On avance, on tourne, on se pousse, on monte un escalier, on descend. Au bout d'une heure et demie, on longe le mur d'enceinte du temple, on passe à côté de deux éléphants. Plus haut, on peut apercevoir des niches enfermant des représentations d'avatars de Vishnu, comme Narasimha, Vamana, Rama Jamadagnya, Rama, Krishna. Plus bas, un grand Vishnu ferait face au sage Bhrigu.
La cohue se fait plus sauvage quand on s'approche du temple. On se fait poser sur le front une marque rouge verticale, mais personne ne semble avoir le matériel pour la compléter avec les marques blanches latérales afin d'obtenir le dessin caractéristique de Vishnu. Une odeur de ghî se fait sentir.
Quand on entre enfin dans l'enceinte du temple, tout a la couleur et l'éclat de l'or. C'est assez impressionnant. Après quelque supplémentaire déambulation, on approche enfin de Venkateshwar. On arrive par le côté et soudain on l'aperçoit au fond du sanctuaire. Cela ne dure que quelques secondes, le temps de faire une dizaine de pas vers lui, avant de continuer par le côté. Je l'ai peut-être regardé de travers, puisqu'une femme m'a attrapé par le bras pour me faire rebrousser chemin, de façon à ce que je le voie mieux, sans doute.
Un peu plus loin, la distribution d'eau parfumée et la puja sont réalisees à toute allure. Nous somme maintenant un peu plus libres de nos mouvements, je peux regarder la suite des scènes mythiques représentées en blanc autour du sanctuaire. Certaines sont très contradictoires avec les légendes que je connaissais.
Les mouvements ne sont pas si libres que ça puisque je ne vois pas comment sortir sans faire d'abord la queue pour le prasad : de la nourriture gratuite pour les pélerins. Quelques bouchées de riz chaud et gras. Il est presqu'aussi difficile de sortir du temple que d'y entrer. Cela pousse de tous les côtés. On s'écarte aussi pour laisser passer des pélerins infirmes que d'autres portent.
Bref, la visite de ce temple m'a pris environ deux heures et demie, passées essentiellement à attendre. La première heure d'attente est assez glauque, dans des couloirs carcéraux, mais dès que l'on approche du temple, le sommet doré du sanctuaire apparaît et quand plus tard les dorures intérieures étincellent, la dévotion est à son comble. La seule visite un peu comparable que j'ai faite en Inde est celle du Hanuman Mandir à Allahabad pendant l'Ardh Kumbh Mela, mais à Tirumala, tout est mille fois plus grand et riche. À la tombée de la nuit, on peut voir de l'extérieur la foule qui continue à faire la queue.
J'ai ensuite essayé de trouver la petite boutique de Gita Press. Il m'a fallu demander
plusieurs fois mon chemin pour la trouver. Quand j'ai vu le panneau TTD
Mini-shopping complex
, j'ai su que je n'en étais plus très loin. Avec
la multitude de petites boutiques, j'ai demandé mon chemin une dernière
fois et là, je n'ai plus eu qu'à lever les yeux vers le premier étage pour
voir paraître Gita Press
. Je m'y suis précipité, ai salué les deux
hommes présents : un vieux sage silencieux, avec les marques sectaires
vishnouistes et un autre, qui fait le travail. Sur deux ou trois mètres
carrés, des centaines de livres en anglais et dans de nombreuses langues
indiennes sont empilées. Par chance, les quatre volumes que je voulais et
dont j'avais noté les références étaient dispionibles : le
Ramcaritmanas de Tulsidas en version bilingue hindi-anglais, le
Bhagavata-Mahapurana (sanskrit-anglais) en deux volumes et une histoire de
Mira Bai. Tous les livres sauf le dernier sont en grand format et en dur.
L'ensemble m'a coûté la bagatelle de 385 roupies. En France, le chiffre
serait du même ordre, mais en euros, vu que la traduction d'Eugène Burnouf
du Bhagavata-Purana est vendue au prix extravagant de 340€ : c'est vraiment
trop cher et cette œuvre est trop longue pour que je puisse envisager de la
lire à la BnF (le premier volume était téléchargeable sur Google Books il y
a quelques semaines, mais il semble que ce n'est plus le cas).
Quand le bus du retour est parti, il faisait déjà nuit noire. malgré la Lune quasi-pleine (on annonce une éclipse de Lune pour ce soir). Depuis le bus, les lumières de la ville de Tirupati n'étaient pas désagréables à regarder.
2009-02-09 11:00+0530 (சென்னை) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Vendredi après-midi, suivant les conseils de la chercheuse qui m'accueillle ici, je suis allé à Dakshina Chitra, une reconstitution de villages du Sud de l'Inde. Ce n'est pas inintéressant, mais c'est inondé d'écoliers en visite pédagogique. Quelques peintures murales du Kerala, des métiers à tisser, etc.
En ce moment, des expositions ont lieu sur le thème de Devi, Durga, Kali et autres shaktis. Parmi les curiosités, on trouve quelques affiches de films, comme celles de Kottai Naariamman (dont j'ai du mal à savoir s'il se confond avec le grand nanar Devi Maa) et Adiparasakthi dans lequel jouait Jayalalitha, qui entretemps s'est hissée au sommet de la politique au Tamil Nadu ; elle est actuellement dans l'opposition, mais on voit son portrait un peu partout des les rues.
Pendant encore une dizaine de jours, un artiste originaire du Bengale occidental travaille sur une idole de Kali. En ce moment, aussi, des artisans de diverses régions vendent leur travail. Peinture sur soie d'Udaipur, dessins sur bois pliables d'Orissa, etc.
Dans la boutique fixe, je trouve le deuxième volume du Mahâbhârata, A Child's view de Samhita Arni (texte et illustrations). Le premier volume est absent, mais la vendeuse me donne le numéro de téléphone de la maison d'éditions. Comme celle-ci est située à Chennai, j'ai encore une chance de mettre la main sur le premier volume avant la fin de mon séjour.
Je me rends ensuite au Cholamandal centre for contemporary arts. Les œuvres présentées dans les galeries, à l'extérieur ou dans le musée sont assez inégales à mon avis, mais quelques unes sont vraiment intéressantes. Elles sont pour la plupart le fruit du travail d'artistes de l'école de Madras.
2009-02-01 15:44+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Vendredi soir, je suis allé à pieds au temple Mahalakshmi que j'avais déjà essayé de visiter. Ce temple est dédié à Lakshmi, l'épouse de Vishnu dans ses différentes incarnations. Un escalier monte sur la gauche au niveau du sanctuaire principal, ce qui permet de monter à l'étage, où d'autres formes de Lakshmi sont visibles. On se retrouve alors au milieu des divinités sculptées en pyramide. Quelques mini-temples se trouvent tout autour. On trouve par exemple une galerie des dix avatars de Vishnu, tous drapés d'un tissu blanc, ou encore une représentation de Hanuman (je présume que c'était lui bien que le nom tamoul soit différent).
Hier, je voulais faire un tour à la société théosophique et éventuellement accéder à sa bibliothèque. Je suis arrivé un peu trop tôt dans l'après-midi, j'ai donc poursuivi mon chemin. Dans les environs de ce lieu, appelés Besant Nagar, toutes les rues s'appelent Besant Avenue, Besant Nagar Road ou quelque chose comme ça, avec éventuellement des numéros, ceci en l'honneur d'Annie Besant, célèbre théosophe. Tout était de toute façon hors la carte de mon guide Lonely Planet. Je me suis retrouvé à nouveau du côté du temple Mahalakshmi et des églises voisines. Le temps était très ensoleillé à Elliot Beach.
Après avoir mangé un masala dosa, je suis retourné à la société théosophique et suis entré dans son parc. Ce lieu est extrêmement paisible. Les noms de quelques pays sont écrits au bord des chemins. On y trouve un temple hindou, une église, et paraît-il d'autres lieux de culte. On peut également s'approcher d'un gigantesque banian. J'ai essayé de rentrer dans l'Adyar Library, mais il s'agit d'une forteresse plus difficile d'accès que la Bibliothèque nationale de France ou la Société asiatique de Kolkata puisqu'il faut deux lettres de recommandation pour y entrer. Je pourrais probablement obtenir la signature d'un récipiendaire récent du Padma Bhushan, mais d'ici à la fin de mon séjour, je n'aurai certainement plus l'occasion de repasser.
Je suis retourné à Mylapore pour visiter le temple universel de la mission Ramakrishna et retourner au R. K. Swamy Auditorium pour voir un nouveau spectacle de bharatanatyam. Cette fois-ci, les danseuses étaient des étudiantes de la Natyanrit Academy. Elles n'avaient pas plus de treize ou quatorze ans et dansaient soit seules soit en groupe. Un Pushpanjali dédié à Ganesh, des épisodes de la vie de Krishna, une pièce intéressante sur la dieu de la danse, Nataraja, et bien d'autres. Les musiciens n'étaient pas tous parfaitement au point. À un moment donné, leur guru Marinalini s'est absentée pendant un passage musical et à tendu ces cymbales au chanteur. Ce dernier n'a pas cessé de tenter de faire coller un rythme 2+2 sur un rythme qui avait l'air d'être à cinq temps. J'étais étonné de la longueur des cheveux qui tombaient dans le dos des danseuses. Une d'entre elles a perdu sa rallonge de cinquante centimètres en cours de route...
Aujourd'hui, j'ai pris le train jusqu'au terminus Chennai Beach. Je suis passé devant la haute cour de Madras, protégée des regards par une envahissante végétation verte. Peu de restaurants sont ouverts en ce dimanche, je n'ai trouvé qu'un restaurant qui s'avère être un repaire de mangeurs de viande. J'ai dû renvoyer mon biryani aux œufs en cuisine vu qu'il contenait de gros morceaux de poulet.
2009-01-30 12:26+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Un grand festival de danse a eu lieu il y a quelques semaines à la Music Academy de Chennai. Je n'ai pas pu en profiter, mais, tous les jours, dans The Hindu, on peut trouver des annonces de spectacles, souvent gratuits, qui ont lieu à Chennai. Hier soir, je suis donc allé au Sri Parthasarathy Swami Sabha Dance Festival qui se tient pendant un mois au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore (près du Temple Kapaleeshwarar).
J'ai eu un peu de mal à trouver le lieu du spectacle, la rue n'étant pas référencée dans Google Maps. Je suis arrivé à l'entr'acte séparant deux spectacles, tous les deux de bharatanatyam. Dans ce festival, tous les spectacles sauf un de kuchipudi qui avait lieu la veille appartiennent à ce style. Je me suis retrouvé au premier rang, plein centre.
La danseuse Kumari Seetha Lakshmi (disciple de Guru Natya
Kalasarathy
Malathi Thothadri) n'a certes pas l'élégance des toutes
meilleures danseuses de bharatanatyam, comme celles que l'on peut voir à
Paris, aux Abbesses, mais néanmoins le spectacle était de très bonne tenue.
Accompagnée de cinq musiciens (mridangam, flûte, violon, cymbales, chant)
et d'un tanpura électronique, la danseuse a présenté un programme en cinq
parties. Les deux premières, dont la pièce principale Varnam, étaient
consacrées à Krishna. Le langage dansé m'a semblé globalement plus concret
que ce que je vois d'habitude. Krishna était représenté en joueur de flûte.
Plusieurs épisodes de sa jeunesse étaient évoqués : sa naissance, ses
bêtises (le pot de yaourt renversé), son combat contre un serpent. Je ne
sais plus si c'était dans le Varnam ou dans la pièce introductive, mais le
personnage de Draupadi intervenait aussi, évoquant un épisode de sa
jeunesse dont je ne connais pas l'origine, mais qui trouve un écho dans le
Mahabharata quand Draupadi, maltraitée par les Kaurava, invoque Krishna qui
se porte à son secours.
La troisième pièce était dédiée à Shiva. La danse cosmique de Shiva Nataraja était bien sûr au rendez-vous. La danseuse a pris plusieurs fois la posture caractéristique de cette forme de Shiva (dont une petite sculpture, comme il est de coutume, était visible sur le côté de la scène). Lorsque le pied gauche vient se hisser plus haut que le genou droit, l'équilibre de la danseuse est mis à l'épreuve.
La quatrième pièce était dédiée à Krishna. Elle évoquait la Bhagavad-Gita. Au début, Arjuna tente désespérément de bander son arc, mais il ne peut s'y résoudre. Son cocher Krishna, dont la fonction est mimée par les mouvements de la danseuse, lui livre une partie de son savoir. Krishna apparaît tantôt comme joueur de flûte, tantôt comme une sage divinité, presqu'aussi sereine qu'un Bouddha. Ensuite, on trouve apparemment une histoire à l'intérieur de l'histoire, censée illustrer la véritable dévotion. Le spectacle s'est terminé par une pièce rapide, un Tillana.
⁂
Je suis ensuite allé mangé dans un restaurant du Kerala où j'avais déjà mangé en 2006, près de la Music Academy. J'ai fait l'erreur de commander un Nandu Curry, un curry de crabe, puisqu'aucun instrument du type casse-noix n'était fourni pour briser la carapace. Le manager a écouté mes doléances et accueilli avec curiosité l'idée que l'on puisse utiliser un tel ustensile ; jamais quiconque ne s'était ému à ce sujet auprès de lui. Avec la fourchette, quelques minuscules morceaux de chair étaient accessibles, bref, j'ai surtout mangé la sauce rouge curry avec des pains. Elle s'avère très pimentée ; on doit pouvoir souffrir plus facilement ce piquant comme il accompagne une nourriture solide.
Comme il se faisait tard, plus aucun train local ne circulait, mais j'ai trouvé le moyen de monter dans un rickshaw collectif qui pour un prix modique m'a déposé à une distance raisonnable de ma guest house.
2009-01-27 11:39+0530 (சென்னை) — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Dimanche, après avoir rédigé ceci, j'ai poursuivi mon chemin : reconnaissant ici un restaurant du Kerala où j'avais mangé et ayant là un sentiment de déjà-vu en passant à côté d'un bâtiment de la mission Ramakrishna. Je me suis approché de la station Tirumailar, ai longé un canal nauséïque pour me retrouver dans Kutchery Road.
Un coup d'œil à droite et le gopuram du temple Kapaleeshwarar a paru au bout d'une ruelle. À cet endroit se tenait vraisemblablement un concours de kolam. Les participants étaient des femmes et quelques enfants, chacun disposant d'un petit carré où réaliser un dessin géométrique éphémère avec de la poudre blanche, comme on en voit très souvent dans le Sud de l'Inde à l'entrée des maisons. La première étape consiste à marquer les points d'un quadrillage du carré, ce qui permet de placer les figures au bon endroit par la suite.
Le temple dédié à Shiva, que j'avais déjà visité en 2006, est typique du style du Sud ; il aurait même des origines antiques. Comme c'est souvent le cas pour ces temples, un grand bassin se trouve à proximité.
La partie centrale est réservée aux hindous. Sur le côté, on peut voir quelques mini-temples. Le fait que la divinité soit Shiva est signalée par le fait qu'une représentation du buffle Nandi le surveille. Dans ce temple, j'ai eu l'occasion de voir quelques personnes chuchoter à l'oreille de Nandi, sans doute dans l'espoir de voir quelque vœu se réaliser.
⁂
En sortant de la gare, je décide de visiter à nouveau le temple Sri Ananda Vinayakar. L'invasion de la circulation routière n'a pas franchi l'enceinte de ce temple où les traditions semblent se perpétuer. On réalise moult circumambulations autour des petits édifices où logent diverses divinités.
J'envisageais de sortir quand j'ai vu un porteur du cordon sacré serrer des liens autour d'une sorte de chaise à porteurs. La divinité, recouverte de guirlandes de fleurs, Ganesh vraisemblablement, siégait. Pendant ce temps, une musique rituelle se faisait entendre. C'était tout à fait semblable à la musique qui avait été présentée à la Cité de la musique lors des vingt-quatre heures du râga : nadhaswaram (une sorte de hautbois) et tavil (tambour). Cette fois-ci, c'était in situ, en dépit des perturbations sonores venant du carrefour.
Quand la divinité eut fini de s'installer, les porteurs ont pris place, un brâhmane a porté un parasol (symbole de royauté) au-dessus de la divinité et un cortège s'est formé à sa suite lors d'une petite circumambulation du temple agrémentée de la musique rituelle. Une fois le parcours terminé, de nombreux dévôts ont tourné autour de la divinité en la laissant à leur droite et en touchant parfois les extrémités de bois près des mains des porteurs en signe de dévotion. On a ensuite disposé des tapis sur le sol, la divinité a été posée sur une table faisant face aux personnes présentes, très majoritairement des femmes. Un microphone a été installé au premier rang et ce chœur de femmes a chanté en tamoul, sans accompagneemnt instrumental. Au bout de trois quarts d'heure de mélopée dans cette langue qui m'est complètement étrangère, je suis parti, non sans avoir avalé la bouchée de pois chiches que l'on m'a offert en prasad à la sortie.
2009-01-10 11:43+0100 (Orsay) — Culture — Cinéma — Lectures — Culture indienne
Si vous avez vingt bonnes minutes devant vous pour le lire, j'ai écrit pour le Biblioblog un résumé du Mahâbhârata avec quelques commentaires et une petite bibliographie commentée des versions que j'ai lues, en attendant ma critique du Palais des illusions de Chitra Banerjee Divakaruni qui apparaîtra au même endroit cet après-midi.
2008-12-31 15:44+0100 (Orsay) — Culture — Cinéma — Lectures — Culture indienne
Hier, j'ai revu The Mahabharata de Peter Brook (version courte de trois heures). Je pensais faire un billet pour préciser mon point de vue, ayant eu l'occasion de me replonger dans l'épopée récemment, mais il s'avère que je n'ai rien à modifier à ce que j'avais déjà écrit il y a plus de deux ans.
Très bientôt, une critique de The Palace of Illusions de Chitra Banerjee Divakaruni (acheté à Kolkata) qui a été traduit en français plus rapidement que je ne l'imaginais : Le Palais des illusions (Picquier). Comme ce roman est une adaptation du Mahābhārata, raconté du point de vue de Draupadī, j'ai aussi préparé un petit résumé de l'épopée...
2008-12-15 00:13+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
Vendredi, quand j'en pris le chemin, cela faisait deux ans que je n'avais pas mis les pieds dans l'Église des Billettes. J'étais alors allé écouter Sigiswald Kuijken interpréter les trois premières suites pour violoncelle de Bach sur un étonnant instrument : le violoncello da spalla. Cette fois-ci, c'était pour écouter L'Art de la fugue. Les versions que j'en ai en disque sont pour clavecin, piano ou orgue. Je savais que cela avait aussi été adapté pour orchestre. Ce soir-là, à ma grande surprise, c'était un ensemble de quatre violes, le consort de violes Sit Fast qui interprétait cette œuvre, qui est une des toutes dernières de Bach.
Ce concert faisait partie du programme des productions Philippe Maillard auxquelles je suis abonné depuis plusieurs années. En entrant, je me suis assuré que le prix de leurs programmes n'avait pas changé depuis mai dernier et étaient toujours de 5€. Le placement étant libre, je me suis installé sur les bancs grinçants, aussi près que possible des musiciens : sinon, à moins de passer à l'étage, on ne voit pas grand'chose.
Les musiciens se sont installés, plaçant sur ou entre leurs genoux leur viole. Celles-ci étaient de différentes tailles. Je ne suis pas expert en violes, mais je soupçonne fortement que le programme comportait une erreur dans la distribution : la viole qu'utilisait Isabelle Saint-Yves avait une taille plus voisine de celle du dessus de viole d'Atsushi Sakaï que de celle des violes des deux autres musiciens, Thomas de Pierrefeu et Josh Cheatham. Une de ces deux dernières violes, grandes par la taille, arborait un charmant motif constitué d'arabesques.
L'ensemble a interprété les onze premiers contrepoints ainsi que la Fuga a 3 sogetti. À de nombreuses reprises, les musiciens ont dû réaccorder leurs instruments, ce qui prenait bien cinq minutes à chaque fois ! J'étais quelque peu sceptique à l'écoute du premier contrepoint, joué dans un tempo très lent. Cette interprétation très austère transporte les spectateurs dans l'ascèse (au point qu'ils en oublient de tousser). Mes préventions ont été rapidement dissipées et au bout du sixième, j'étais convaincu et appréciait vraiment ce que j'entendais. Après un court entr'acte intervenu après le septième contrepoint, le concert a continué jusqu'au onzième. Atsushi Sakaï est alors intervenu pour évoquer le dernier morceau qu'ils allaient interpréter. Il a expliqué que diverses théories avaient été proposées au sujet des contrepoints qui suivent les onze premiers qui, eux, ne sont pas l'objet de controverses. Il a annoncé que son ensemble avait retenu l'hypothèse selon laquelle la Fuga a 3 sogetti fait bien partie de L'Art de la Fugue, mais qu'elle s'arrête malheureusement avant que le thème revienne. L'ensemble a interprété cette fugue, et de façon subite, au bout de quelques minutes, la musique s'est interrompue.
⁂
Pour le chemin du retour, ayant apporté des livres choisis aléatoirement dans ma bibliothèque et ayant déjà eu le temps au cours de la journée de finir La Centurie, Poèmes amoureux de l'Inde ancienne d'Amaru, je n'ai pas eu d'autre alternative que de commencer la pièce de théâtre de Krishna Baldev Vaid, en version bilingue hindi-français : La faim, c'est le feu (भूख आग है), traduit du hindi par Muriel Calvet et Jyoti Garin, Asiathèque. Je pensais ne rien comprendre, mais j'arrive à saisir le sens d'une phrase sur deux du texte hindi. Il faut bien dire que les personnages rencontrés jusqu'à présent, une jeune fille et ses parents, parlent une langue qui est un Hindglish caricatural. Ils utilisent ainsi de nombreux mots anglais. Certaines répliques sont même entièrement en anglais, mais transcrites dans l'alphabet devanagari, comme celle-ci :
बच्ची. ― ममी, प्लीज़ नो ! आइ लव माइ हिंदी मैदम ।
Cette réplique de la jeune fille se transcrit ainsi : Mamî, plîz no !
Âi lav mâi hindî maidam.
. La traduction franglaise qui est donnée est
Maman, non, please! I love ma prof
de hindi !
. Bref, c'est très amusant à lire.
2008-11-29 01:24+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne
Après le récital de bhârata natyam d'hier, je suis retourné cet après-midi aux Abbesses et ai monté les 180 marches du quai de métro à la sortie pour voir un spectacle de Shantala Shivalingappa que j'avais déjà vue deux fois dans le superbe Gamaka (kuchipudi). J'avais acheté une place pour voir Namasya l'an dernier, mais un déplacement au Maroc m'avait contraint à donner ma place. J'avais aussi prévu de la voir dans Bamboo blues, mais cette fois-là, ce fut de la faute de la RATP si je ne pus pas assister au spectacle.
Ce spectacle Namasya n'est pas un récital de danse indienne kuchipudi ; il rassemble quatre soli contemporains issus de collaborations respectives avec Ushio Amagatsu, Pina Bausch, elle-même et sa mère Savitry Nair. Les intervalles permettant à l'interprète de changer de costume sont remplis par des projections de vidéos d'Alexandre Castres montrant la danseuse dans sa spécialité. Bien que le sujet soit très intéressant et photogénique, j'ai trouvé ces images affreuses : floues, mal éclairées, mal cadrées. Il s'est malgré tout trouvé quelques plans réussis.
Dans ces quatre soli, le sens de la danse n'est pas évident. Sans être particulièrement hermétique, la notice du Théâtre de la Ville n'est pas très éclairante non plus à ce sujet.
La première pièce Ibuki est celle que j'ai préférée. Un bien élégant costume blanc, une musique et des mouvements de danse qui pourraient suggérer un cadre naturel dans lequel les plantes et les animaux vivent joyeusement, mais cela pourrait très bien être tout autre chose... Dans cette pièce et dans quelques autres, certains mouvements de mains sont des mouvements de danse kuchipudi. Voir ces mouvements hors contexte est assez troublant.
Dans la deuxième pièce Solo, une danse sensuelle en longue robe noire, peut-être un peu trop longue parce qu'on ne voyait plus les pieds de l'interprète, ce qui est un peu dommage pour de la danse.
Le troisième solo Shift, chorégraphié par l'interprète, m'a
fait l'effet d'un ovni. La notice évoque la lenteur de la gestuelle
découpée dans l'espace. Et qui n'est pas sans rappeler certains motifs de
la statuaire indienne classique
. Le début me faisait plutôt penser à
une bête féroce à l'affût.
Le quatrième solo Smarana, sur une musique indienne classique, présente la particularité de présenter l'interprète principalement de dos, avec un éclairage assez faible.
Le bilan est globalement positif. À l'avenir, j'irai toujours les yeux fermés voir ses spectacles de danse indienne, et j'irai probablement aussi voir ses spectacles de danse contemporaine, mais par curiosité plus qu'autre chose.
Ailleurs : Bladsurb (2007).
2008-11-29 01:45+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne
Ce soir, j'ai assisté à un nouveau récital de bhârata natyam : The Forgotten Seed d'Alarmel Valli. Avant que j'arrive au
théâtre, les ennuis RATP s'étaient accumulés. Le RER B s'arrêtait de
nombreuses minutes à chaque gare avant de repartir. La ligne 4 était
perturbée pour cause de passager malade
. On signalait un passager
sur les voies de la ligne 1. La ligne 13 n'était pas non plus en reste.
Heureusement, il restait la ligne 12 pour rejoindre la station
Abbesses.
Le récital s'ouvre sur une pièce dédiée au Soleil. Les mouvements de la danseuse évoquent l'éclosion des lotus, le chant des oiseaux et bien d'autres éléments. Quoique certains mouvements soient très intuitifs, le langage du bhârata natyam m'est encore très largement étranger, mais le problème de langue n'empêche nullement de se laisser enchanter par les mouvements bien plus amples qu'anguleux de cette danseuse.
Comme toujours, les musiciens sont en effectif réduit. Un son de tanpura, un flûtiste, une violoniste, une chanteuse, deux percussionnistes (cymbales et mridangam). La musique, et tout particulièrement le mridangam, concourent admirablement bien à la danse. La variété des sons émis par cet instrument est déroutante.
Avant de commencer le varnam, on prépare un micro afin que la danseuse puisse, dans un français élégant, résumer l'histoire de cette pièce (et plus tard celle des autres) en montrant en même temps les mouvements de mains correspondant aux différentes situations.
Dans ce varnam, l'adoration du dieu prend une double forme : dévotion, amour. Il n'est ni question du Dieu des Juifs, ni de Krishna, mais bien de Shiva, sous la forme du danseur cosmique (Nataraja) ou encore de Nilakantha, celui qui a la gorge bleue (cf. mythe du barattage de la mer de lait). Cette pièce m'a laissé un peu plus perplexe. Si l'action du personnage féminin était parfaitement intelligible, je n'ai pas reconnu les manifestations de Shiva.
Après un entr'acte musical, deux belles pièces. La première s'intitule Lamentations pour un soldat tombé. Elle n'est pas que triste, puisque des moments heureux sont évoqués, quoiqu'avec nostalgie. La deuxième est celle qui donne son nom au récital : La Graine oubliée. À mon avis, c'est la plus réussie. Un jeune couple laisse libre court à son amour sous un laurier. Mais une amie leur dit qu'ils se comportent mal : le laurier fait partie de leur famille, puisqu'ils en ont semé la graine.
Ce très beau récital s'est achevé par un numéro aux rythmes rapides et un court rappel.
Ailleurs : Bladsurb.
2008-11-01 16:47+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Je viens de terminer La légende immémoriale du dieu Shiva : le Shiva-purâna, traduit du sanskrit, présenté et annoté par Tara Michaël, Connaissance de l'Orient, Gallimard/Unesco. J'ai déjà évoqué la Vidyeshvara-samhitâ qui raconte un mythe qui vise sans doute à montrer la supériorité de Shiva sur Brahmâ et Vishnu. C'est d'ailleurs suite au mensonge de Brahmâ que j'évoquais que Shiva, sous sa forme terrible Bhairava, tranche la cinquième tête de Brahmâ et le condamne à ne pas recevoir de culte (la seule exception que je connaisse étant le temple de Brahmâ à Pushkar). D'autres légendes attribuent ces punitions au fait que Brahmâ avait incestueusement désiré sa propre fille.
Le texte de la Rudra-samhitâ se présente sous la forme d'un dialogue entre le sage Nârada et le dieu Brahmâ qui répond à ses questions. Le mythe qui est raconté est celui du mariage de Shiva et de la Déesse. Je ne peux donc m'empêcher de comparer ces passages avec ceux que j'ai lus dans La naissance de Kumara, Kalidasa, traduit du sanskrit par Bernadette Tubini, Connaissance de l'Orient, Gallimard/Unesco. Dans ceux-là, Shiva épouse la fille du seigneur des montagnes après que les Dieux ont estimé que Shiva devait engendrer un fils pour débarasser la Terre du démon Târaka. Pour cela, Kâma, le dieu Amour, et le Printemps sont chargés de détourner Shiva de son ascèse. Par leurs charmes et les flèches de Kâma, Shiva s'éprend de Parvati, mais foudroie Kâma du feu de son regard. Dans ceux-ci, il n'est pas question du démon Târaka, mais d'une volonté de vengeance de Brahmâ pour l'humiliation que Shiva lui a fait subir.
Le dieu Kâma est créé : Avec cette forme et grâce à ton carquois à
flèches de fleurs, tu pourras rendre épris et captiver hommes et femmes et
leur faire continuer l'œuvre éternelle de la création.
. Brahmâ lui-même
éprouve les effets de ces flèches en désirant sa propre fille Sandhyâ (mais
personne ne vient lui couper sa cinquième tête à ce moment). Brahmâ lance
une malédiction sur Kâma : il sera foudroyé pour avoir lancé une flèche sur
Shiva. Kâma proteste, pourquoi le punir ? il n'aura fait que sa mission de
répandre l'Amour. Brahmâ lui promet la vie éternelle après qu'il aura été
réduit en cendres. Kâma, son épouse Rati (la Volupté) et le Printemps
tentent de faire sortir Shiva de son ascèse. Les multiples tentatives échouent
et on n'entend presque plus parler de Kâma, qui ne sera pas réduit en
cendres, contrairement à ce que le texte promettait (une malédiction de
Brahmâ ou de brâhmane est faite pour se réaliser, sinon, à quoi eût-il
servi qu'elle eût été formulée ?). Les Dieux se réunissent. Ils vont
favoriser la manifestation de Satî, qui d'après des promesses anciennes,
est censée devenir l'épouse de Shiva, de même que Sarasvatî et Lakshmî sont
respectivement les épouses de Brahmâ et de Vishnu.
Brahmâ loue la Déesse (Durgâ) qui accepte de s'incarner comme Satî. Après quelques péripéties, Satî naît fille de Daksha (qui est lui-même issu de Brahmâ) sous le nom d'Umâ. Satî-Umâ utilise l'ascèse et l'adoration pour s'attirer les faveurs de Shiva. Émerveillés par cette ascèse, les Dieux et Brahmâ en particulier viennent demander à Shiva de prendre épouse. En tant que yogin, il refuse d'abord puis accepte, pourvu que son épouse soit une yoginî. Brahmâ lui révèle le nom de Satî (que l'Omniscient connaissait déjà bien sûr).
La mariage est célébré. C'est Brahmâ qui officie aux cérémonies. Shiva
et Shivâ (Satî) accomplissent la circumambulation du feu sacré. Chants et
danses. Un incident se produit : lui-aussi épris d'amour pour Satî, Brahmâ
regarde un peu trop fixement les pieds, puis le visage de la Déesse dont il
a écarté le voile. Il va jusques à laisser échapper quatre gouttes de sa
semence. Shiva en est furieux et brandit son trident pour le tuer, d'autant
plus qu'il avait promis à Vishnu qu'il tuerait qui regarderait son épouse
de façon concupiscente. L'incident semble imaginé pour que Vishnu puisse
dire : Ô Éternel Shiva, Brahmâ n'est pas autre que toi, et tu n'es pas
autre que lui. Je ne suis pas autre que toi, Seigneur, et tu n'es pas autre
que moi.
. Bref, Shiva accepte de ne pas se tuer Lui-même. Une pluie de
fleurs se répand, Shiva et Satî montent sur le taureau (leur monture) pour
rejoindre le mont Kailâsa.
Favorisés par Kâma et le Printemps, les ébats amoureux de Shiva et de
Satî durent vingt-et-un ans. Elle lui demande comment les créatures
peuvent surmonter les épreuves de l'existence
. Shiva répond que
c'est par la prise de conscience Je suis Brahman
(la fusion en
l'Être suprème, Brahman, est le but ultime de la philosophie de la
non-dualité). Il affirme que le moyen d'y parvenir est la bhakti,
la dévotion et en décrit les neuf formes.
⁂
Je n'ai pas pu lire sans un certain effroi la phrase suivante dans cet
ouvrage : Bien que le désir de saisir Sandhyâ aux traits attirants
subsistasse (sic) encore dans mon esprit, je comptai mes sens bouleversés
dans ma crainte respectueuse de Shiva.
. Combien de fois craignis-je
qu'une telle erreur subsistât dans mes écrits !
⁂
Comme il ne me restait qu'une quinzaine de pages à lire pour ce dernier round de lecture à la Bibliothèque François Mitterrand, je réservai aussi un autre livre. Il s'agissait du premier volume de la traduction du Bhâgavata-Purâṇa ou histoire poétique de Krĭchṇa d'Eugène Burnouf, professeur de sanscrit au Collège royal de France (1840). Je n'ai pour le moment lu que la préface nouvelle de Jean Filliozat pour la réédition de 1981 et le début de la préface de l'auteur. J'hésite beaucoup à me lancer dans cette lecture. L'ouvrage semble excellent, les explications de l'auteur visant un public non expert en indianisme (vu l'époque où cela a paru) sont très intéressantes. Il est aussi amusant de découvrir quelques particularités orthographiques et typographiques de ce siècle. Ce qui me fait un peu peur est l'extrême longueur de l'œuvre, les cinq tomes répartis en quatre volumes font environ 2250 pages. Le lire en bibliothèque serait une tâche assez démesurée, d'autant plus que je ne peux bien sûr y consacrer que d'occasionnels samedis ou dimanches (ces volumes étant par chance disponibles aussi dans la partie Haut-de-Jardin de la BnF et non seulement au Rez-de-Jardin qui ferme le dimanche). Acheter les quatre volumes auprès de l'éditeur est exclu, vu les prix prohibitifs que celui-ci oppose. Quoiqu'il fût louable de sa part de rééditer cette traduction, un prix de 340€ pour les pages, fussent-elles deux mille deux cent cinquante, d'un auteur mort en 1852, me paraît bien excessif. Lors de mes prochains voyages en Inde, j'essaierai d'acheter la traduction anglaise publiée par Gita Press pour un prix modique de 250 roupies.
2008-10-25 20:00+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Continuant mes lectures indianisantes, je suis tombé tout à l'heure sur un étonnant passage du Shiva-purâna. Au cours de mes lectures, j'ai pu remarquer que les traducteurs du sanskrit mentionnaient assez souvent en note que le texte initial comportait moult jeux de mots intraduisibles, expliquaient que tel ou tel vers pouvait être entendu de multiples manières, que les commentateurs classiques eux-mêmes en perdaient leur sanskrit. Certains poussent même le vice jusqu'à dire que pour bien apprécier la littérature sanskrite, il faut devenir soi-même sanskritiste...
Je n'ai pas cette ambition ; je lisais donc une traduction sélective de la Vidyeshvara-samhitâ, la
première samhitâ de ce Purâna majeur qu'est le
Shiva-purâna. Pour ce texte, Shiva est le dieu suprême. Il réalise cinq
fonctions parmi lesquelles la création (Brahmâ), la préservation (Vishnu),
la destruction (Rudra) ; il est responsable aussi d'éclairer les esprits ou
au contraire de les laisser dans la confusion. On trouve peu de mythes et
légendes dans cette première partie. Il est surtout question de rituels :
doit-on adorer le lingam ou une représentation anthropomorphe, que
signifient les marques sectaires shivaïtes, que signifient les cinq
syllabes du mantra (Om) Namah Shivaya
, comment se vider les
intestins convenablement, comment consacrer par les bonnes formules son
collier de larmes de
Rudra suivant le nombre de faces de chacune, etc. On y trouve cependant
une légende mettant en scène Brahmâ, Vishnu et Shiva. Shiva est présent
sous la forme d'une colonne doublement infinie. Brahmâ et Vishnu jurent
d'en voir le bout, Vishnu par en bas et Brahmâ par en haut. Ils reviennent
tous les deux sans avoir réussi. En redescendant, Brahmâ avait essayé de
convaincre une fleur qui descendait avec lui de mentir et de témoigner
qu'il avait réussi à voir le sommet. Shiva en est très mécontent et lui
jette un sort. D'après la table des matières, la deuxième partie, la
Rudra-Samhitâ, semble beaucoup plus riche en mythes.
Pour revenir au sujet de cette entrée, au vers 77 du chapitre XVIII, je lis :
Le mot Shiva désigne Celui qui a l'emprise sur tout et sur qui personne n'a d'empire, par le jeu de mots de l'inversion : Shiva est Vashî, celui qui possède le contrôle absolu, de même que le lion simha, est par le jeu de mots de l'inversion, himsa, c'est-à-dire la créature qui attaque les autres animaux et qu'aucun autre animal ne peut attaquer.
Il est bien connu que les noms des jours de la semaine sont liés aux planètes que les Romains leur associaient. Je viens de voir que ce Shiva-Purâna faisait les mêmes associations ! en associant de plus une divinité à chaque jour, du dimanche au samedi : Shiva, Mâyâ, Skanda, Vishnu, Brahmâ, Indra, Yama.
2008-09-28 23:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Je reviens des vingt-quatre heures du râga, qui ont commencé hier à 18h. Ce programme audacieux de la Cité de la musique était divisé en deux parties : Nuit, Jour. Sur les neuf spectacles présentés dans chacune des deux parties, sept étaient communs, je n'ai donc pas jugé utile de suivre les deux programmes !
Je me suis donc levé à une heure invraisemblable pour arriver un peu avant 7h à la Cité de la Musique, porte de Pantin, où j'allais pour la première fois. Les alentours de la salle des concerts sont sobrement décorés à l'indienne. J'hallucine un peu en voyant passer devant moi un marchand ambulant de CD ayant quelques difficultés d'expression, ou comment donner aussitôt l'illusion que l'on se trouve sur un autre continent ; en fait, il s'agit d'un musicien d'un groupe rajasthani qui va se produire. Le contrôle est très moderne : l'ouvreur passe un lecteur de codes-barres sur le billet. Évidemment, mon billet fait bugger le système. On n'arrête pas le progrès.
Entre la scène et la première rangée de fauteuils sont disposés des tapis sur lesquels les plus audacieux s'asseyent. Si j'avais su, j'eusse apporté un coussin. Victime du grand ordinateur Shadok, je dois m'installer au deuxième rang. Vu la taille de la salle, dans les configurations usuelles, je suppose qu'à peu près toutes les places doivent être correctes (à moins d'avoir un basketteur devant soi). Les sièges sont très confortables, en tout cas, bien plus que dans un certain nombre d'autres salles parisiennes.
Les groupes se succèdent : musique rituelle des temples (nadaswaram et tavil), ensemble rythmique, danse mohiniattam du Kerala, flûte bansuri, chant carnatique, chant du Rajasthan, chant khyal et thumri, danse kathak de Jaipur, chant dhrupad. Le programme est très chargé : dix heures de spectacles, deux pauses d'un quart d'heure. La première pause d'un quart d'heure a d'ailleurs été quasi-absorbée par le retard accumulé dans la matinée. J'avais à peine fini mon plateau de samosas et mon lassi quand le spectacle suivant commença.
Ne connaissant pas très bien la musique classique indienne,
j'appréhendais un peu cette journée, par peur de m'ennuyer. Dans
l'ensemble, tout cela était très écoutable. J'ai découvert deux autres
styles de danse : le mohiniattam et le kathak. J'avais déjà entr'aperçu un
peu de kathak à Allahabad, mais cela ne compte pas. Le
mohiniattam semble avoir quelques similitudes avec le bharata-natyam, un
autre style de danse du Sud de l'Inde, mais paraît un peu moins compliqué
et d'exécution moins rapide. La première différence que j'ai remarquée avec
le kathak, c'est que dans cette dernière danse, les danseurs font beaucoup
de pirouettes. L'ensemble des danseurs kathak comportait deux danseuses
(d'âges très différents) et un jeune danseur. Le peu de cohésion entre les
danseurs, leurs manières d'entrer et sortir de scène (ou plutôt de n'en pas
sortir quand il conviendrait) ne faisait pas très pro
(contrairement
aux sept spectacles qui avaient précédé). Ensuite, est venu un entr'acte
musical qui s'est achevé par le son de grelots de cheville approchant. Dans
leur nouveau costume, les trois danseurs ont présenté une deuxième partie
de spectacle bien plus enthousiasmante que la première.
Je n'ai pas encore fait toute la lumière sur le mystère du tampura. Le
son de cet instrument est très important dans la musique classique
indienne, pourtant, on ne le voit pas si souvent en scène. Il s'agit d'un
instrument à cordes. Chacune des cordes est librement actionnée à tour de
rôle, ce qui produit un son métallique fluctuant continûment de façon
curieuse. Si on faisait la même chose avec un violon, on entendrait quatre
notes qui se suivent. Là, toutes les notes se mélangent... Les
instrumentistes de tampura joueront la même suite de notes pendant de
longues dizaines de minutes consécutives et auront tendance à s'ennuyer
ferme. Certains ont eu l'idée de les remplacer par des machines : de fait,
beaucoup d'ensembles utilisent un objet électronique qui ressemble de loin
à un vieux transistor. Il permet de synthétiser les combinaisons dont ils
ont besoin. Ce matin, le joueur de bansuri n'a pas utilisé une de ces
machines, mais son ordinateur portable pour ce faire. S'excusant de ce
qu'il soit difficile de transporter des tampura, il a utilisé un
enregistrement de cet instrument (en insistant pour dire que c'est du real sound
). Le dernier ensemble de la journée comprenait
deux joueurs de tampura, et pourtant, le leader a utilisé au début une
machine, semble-t-il pour accorder les instruments, mais il me semble qu'il
ne l'a jamais éteinte, bizarre.
Dans l'ensemble, les spectacles étaient bons voire très bons. Un d'entre eux m'a semblé excellent. C'était celui de Sudha Ragunathan, qui était accompagnée d'un violon, d'un mridangam (percussion) et d'un morsing (guimbarde). Avant chaque pièce, elle a fait l'effort d'expliquer sa structure et le sens du texte (ce n'était pas le cas par exemple du groupe de chanteurs du Rajasthan, je n'ai pas le début du commencement d'une idée sur ce que signifiaient leurs chansons). Plutôt que d'essayer de décrire de la musique carnatique de Sudha Rahunathan, je renvoie à YouTube.
Vers 17h, il ne restait plus qu'un seul spectacle d'une heure. Je me disais que j'y étais presque, qu'il ne restait plus qu'une heure. La mise en place du dernier ensemble (chant dhrupad) a pris pas mal de temps. Les maestros ont mis un temps fou à accorder les deux tampuras. Une gorgée de thé. Ensuite, ils ont eu un petit problème technique. Nouvelle gorgée de thé. Le machiniste intervient. Gorgée de thé. Pendant ce temps-là, le public cache son impatience. Il ne sait peut-être pas encore que ce dernier spectacle est le plus exigeant et austère de tous et que pour tenir jusqu'au bout, il faudra faire des efforts. Pendant plus de trois quarts d'heure, les deux chanteurs ne sont accompagnés que par le son des tampuras. Le chant évolue tout doucement, quand on croit que l'on va avancer un petit peu, non, on revient en arrière, une petite gorgée de thé au passage (il doit être froid maintenant, mais est-ce bien du thé ?). Tiens, le joueur de pakhawaj (percussion) se dégourdit les doigts, jouera, jouera pas ? allez encore dix minutes à attendre. Je commence franchement à m'ennuyer et à la fin de chaque phrase musicale désespère de constater que ce n'est pas une fin. Ce n'est pas que ce soit désagréable à entendre, non, mais c'est juste trop long pour moi. 18h25, le groupe a très largement dépassé son temps. Applaudissements du public qui a réussi à tenir jusqu'au bout. Applaudissements un tout petit peu trop enthousiastes, parce que, profitant de ce que nous sommes arrivés à la fin du programme, le groupe a le champ libre pour sacrifier à la tradition des rappels. Quand j'ai vu que les tampuras en étaient à se faire réaccorder (ce qui prendrait bien cinq minutes par instrument), j'ai lâchement fui.
PS: (2 octobre) Les vingt-quatre heures du râga ont été diffusées en direct sur Internet. Je viens de recevoir un mail de la Cité de la Musique m'informant que l'on peut revisionner ce programme en intégralité jusqu'au 30 octobre. Apparemment, il faudrait un système d'exploitation de la firme de Redmond pour ce faire, mais c'est assez facilement circumambulable... Enjoy!
2008-06-23 10:20+0200 (Orsay) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde V — Photographies
Hier, j'ai acheté un petit cahier à spirales pour prendre diverses notes lors de mon prochain voyage en Inde. Pour favoriser mes chances de monter facilement dans le bon bus ou le bon train sans trop avoir à faire de signes de mains et de hochements de tête, j'y note dans les alphabets locaux la liste des villes que j'envisage de visiter :
Kolkata কলকাতা ― Shantiniketan শান্তিনিকেতন ― Bishnupur বিষ্ণুপুর ― Puri ପୁରି ― Konark କୋଣାର୍କ ― Bhubaneshwar ଭୁବନେଶ୍ବର ― Vijayawada విజయవాడ ― Amaravati అమరావతి ― Hyderabad హైదరాబాదు ― Warangal వరంగల్ ― Hampi ಹಂಪೆ ― Aihole ಐಹೊಳೆ ― Pattadakal ಪಟ್ಟದಕಲ್ ― Badami ಬದಾಮಿ ― Bijapur ವಿಜಾಪುರ ― Jalgaon जळगाव ― Mumbai मुंबई 1.
En dehors de l'alphabet latin, cinq alphabets indiens sont représentés. Du début à la fin, on voit successivement les alphabets bengali, oriya, télougou, kannada et devanagari. Tous ces alphabets sont bâtis sur le même principe. Des consonnes, des voyelles, écrites de gauche à droite ; quand une voyelle suit une consonne, elle décore la consonne précédente (on parle de matra). Pour les détails, il faut faire avec les particularités de chaque alphabet...
Le seul alphabet que j'aie à peu près correctement assimilé est l'alphabet devanagari. Par rapport aux autres alphabets, finalement, la seule difficulté réside dans le système complexe de formation des ligatures : quand deux consonnes (ou plus) se suivent sans voyelle intercalaire (même un a tellement bref qu'il ne se prononce pas), les glyphes se collent, s'empilent ou se mélangent. Dans le cas le plus simple, la moitié droite, barre verticale comprise, de la première consonne est mangée par la deuxième. La difficulté réside dans les ligatures plus complexes, où on ne parvient plus à distinguer les glyphes initiaux. Cette difficulté n'apparaît pas dans le nom des villes de Mumbai et Jalgaon ci-dessus. Il semblerait que ce ne soit d'ailleurs le cas d'aucune des villes hindiphones que j'aie visitée jusqu'à maintenant. (Je vous jure que ce n'est pas sur ce critère que je les ai choisies.) Sur l'entrée du Shri Bhagavadgita Mandir, on peut déjà voir une petite palette des différents types de ligatures :

Le premier mot
श्री (shri) est une haute
formule de respect obtenue en combinant les consonnes
श (sh) et र
(r), le tout suivi d'un i
. Le mot suivant Bhagavadgita
s'écrit généralement en deux mots (au moins en français), c'est le titre
d'un ouvrage religieux hindou (auquel ce temple est dédié), constitué d'un
dialogue entre Krishna et Arjuna, situé
juste avant le début de la guerre, à l'intérieur du sixième livre du
Mahabharata.
Bhagavad
se terminant par un d
et Gita
commençant
par un g
, on peut voir un magnifique
empilement des deux consonnes, qui risque
de perdre de sa superbe après affichage sur votre écran sous forme de
texte : द्ग
. Le dernier mot est un mot que
l'on voit très souvent écrit, puisqu'il veut dire temple
: मन्दिर
(une
écriture plus moderne utilisant un signe de nasalisation plutôt qu'un
n
est मंदिर
). Dans ce
dernier cas, la barre verticale du n
est effacée pour laisser la
place au d
: c'est le cas le plus facile à déchiffrer.
Parmi les quatre autres alphabets représentés, l'alphabet bengali est
celui qui s'approche le plus de l'alphabet devanagari. Par exemple,
la lettre ল
est quasi-identique à la lettre homologue ल
de l'alphabet devanagari. Une particularité : en
devanagari, la plupart des matras s'écrivent à droite, en haut ou en bas
des consonnes sauf celui du i
qui s'écrit à gauche, en bengali,
il y a un peu de ça, mais les matras associés à e
et ai
s'écrivent à gauche, tandis que ceux correspondant à o
et au
ont un morceau à gauche et un autre à droite, phénomène que j'avais déjà
observé pour le tamoul (essentiellement pour les mêmes voyelles).
Globalement, je trouve l'écriture bengali assez harmonieuse.
Plus bas, le nom des villes de Puri, Konark et Bhubaneshwar est écrit dans l'alphabet de la langue officielle de l'état d'Orissa : un assemblage extravagant de ronds qui veuille dire quelque chose.
Un peu plus bas, il n'y a pas un, mais deux alphabets. Il n'est pas
évident de les distinguer au premier coup d'œil ! Lors de mon séjour au Sud de
l'Inde, l'écriture d'écriture kannada m'avait
semblé assez hermétique. Combien
peuvent paraître curieuses les décorations en forme de luge que l'on peut
voir de Hampi à Bijapur ? Entre Vijayawada et Warangal, on retrouve un peu
la même chose : c'est du télougou, langue de l'Andhra Pradesh. Je crois que
j'ai essentiellement compris le principe. En télougou, par défaut, la plupart
des consonnes sont surmontées d'une sorte de Swoosh. Si la consonne est
suivie d'une voyelle, le Swoosh se transforme en une ou plusieurs luges,
boucles, etc, harmonieusement raccrochées à la consonne. J'aime bien la
façon dont ti
s'écrit : తి
. En
kannada, il n'est pas question de Swoosh, mais de luge placée par défaut en
haut de la consonne comme dans ರ
(ra), et remplacée
par quelque autre chose tout en courbes si une voyelle est ajoutée. (Cette
manière de décrire les choses traduit un a priori de ma part, à
savoir que cette interprétation est une conséquence de la manière dont ces
alphabets ont été intégrés au Standard
Unicode, à savoir de façon à ce que les homologies entre les alphabets
soient bien préservées (par exemple, pour transcrire un mot d'un alphabet
indien à un autre,
il suffit souvent de préserver les 7 bits de poids faible dans le
numéro du caractère, tout en changeant le préfixe). Dans l'alphabet
devanagari, la voyelle a
brève n'apparaît pas explicitement quand
elle suit une consonne. Il n'y a aucun caractère dans le Standard Unicode
pour ce matra invisible. Il y a gros à parier que, en vérité, la luge
(resp. le Swoosh) ne fait pas vraiment partie des consonnes, mais qu'il a
été décidé, plutôt que de créer un matra a bref qui ferait paraître ces
signes, eh bien, de préserver la compatibilité logique avec l'alphabet
devanagari, ainsi, selon Unicode, sauf mention du contraire, tout se passe
en télougou et en kannada comme si chaque consonne était suivie d'un a
bref. Hum, je crois que j'ai compris pourquoi l'alphabet kannada m'avait
semblé hermétique...).
[1] Il est très probable que la plupart de ces alphabets s'affichent très mal sur votre écran, s'ils s'affichent... J'ai essayé de ne pas faire d'erreur de recopie. Il n'est pas toujours évident de trouver sur le Web les noms de ville dans ces alphabets locaux, et si on les trouve, il n'est pas clair que ce qu'on voit soit une écriture correcte, les différents logiciels n'affichant pas tous la même suite de caractères de la même manière. Dans les cas douteux, j'ai essayé de trouver des images (titres de journaux par exemple) représentant ces noms. La version de Firefox que j'utilise s'appuie sur GTK+ et plus particulièrement sur Pango pour afficher du texte dans de nombreuses langues : le support des langues indiennes m'y semble excellent.
⁂
Samedi dernier, avant d'entreprendre la dernière étape de ma lecture du deuxième livre du Rāmcaritmānas de Tulsī-Dās, traduit en français par Charlotte Vaudeville, j'ai lu une étonnante pièce de théâtre de Rabindranath Tagore. Malheureusement, il semble que cette pièce ne soit plus disponible en français ; cette œuvre avait été traduite de l'anglais par André Gide, et paraît-il lue à la radio la veille de la prise de Paris par la Wehrmacht. Le titre anglais de la charmante traduction de Krishna Dutta et Andrew Robinson est The Post Office. La traduction de Gide s'appelait Amal et la lettre du roi. C'est très court. Un jeune garçon, Amal, est malade et doit rester chez lui parce que le médecin lui interdit de sortir de peur que son état s'aggrave. Via sa fenêtre, il découvre l'extérieur. Il s'émerveille de toutes les opportunités qui existent dehors. Quand il aperçoit le nouveau bureau de Poste, il se met à espérer que le raja lui enverra une lettre... Bref, cela va peut-être me donner une plus grande motivation pour aller à Shantiniketan.
2008-05-05 23:55+0200 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne
Comme il y a deux ans, je suis allé voir un spectacle
de danse de Padmini Chettur au Théâtre de la Ville (Abbesses). Je n'ai pas
grand chose à ajouter par rapport à la description très succinte que
j'avais faite de Paperdoll. Au moins, cette fois-ci, je savais un
peu mieux à quoi m'attendre, malgré les toujours aussi tordants descriptifs
de spectacle fournis par le Théâtre. Pour le spectacle Pushed de
ce soir, les titres des cinq paragraphes sont une approche
contemporaine
, une méditation souveraine
, une communion des
sens finit par hypnotiser celui qui regarde
, infinie délicatesse et
force quasi tellurique
, l'épure de la danse devient hymne à la
vie
1. Le spectacle était loin d'être
déplaisant. Toutefois, la musique avait été confiée au même artiste que
pour Paperdoll : Maarten Visser. Si cela se laissait écouter sans
souffrance pendant l'essentiel du spectacle, vers le milieu, tout est
devenu très dissonant, pire que d'entendre une quinte du loup
pendant un quart d'heure non-stop. Cela a d'ailleurs fait fuir de nombreux
spectateurs. Curieusement, parmi les fuyards, il s'est trouvé quelques
téméraires à souffrir cette dissonance pour ne s'échapper de la salle
qu'après que la musique est redevenue écoutable : pourquoi donc ne pas
couronner ce déplaisir de la glorieuse satisfaction d'avoir vu le spectacle
en entier ?
[1] À ce propos, Bladsurb (dont on peut lire
la
chronique sur ce spectacle) me disait il y a
quelques jours qu'il trouvait injuste l'incompréhension que suscitent les
descriptifs de spectacles de danse du Théâtre de la Ville (cf. le générateur automatique de
critiques), affirmant que dans le cas de l'exemple authentique de loc. cit., il trouvait qu'a posteriori, la critique
correspondait plutôt pas mal au spectacle qu'il avait vu. Pour le spectacle
de ce soir, si après avoir vu le spectacle, je comprends que l'on puisse
dire qu'il allie infinie délicatesse
et force quasi
tellurique
, le problème est que pour le commun des mortels, cela ne
laisse de susciter l'incompréhension, au mieux l'étonnement en découvrant
le spectacle, et pourquoi pas la colère de voir ses attentes déçues.
2008-05-03 22:18+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Photographies
Quelle fut ma surprise, en arrivant en début d'après-midi à l'accueil de la salle W de la Bibliothèque François Mitterrand, de découvrir qu'un des deux livres que j'avais réservés était une BD alors que je m'attendais à lire un livret d'opéra, fût-il illustré !
J'apprécie beaucoup les livres de Vikram Seth. J'ai déjà commenté deux de ses livres sur le Biblioblog : Deux vies (biographie de son grand-oncle Shanti Seth et sa grande-tante Henny) et Le Lac du Ciel (récit d'un voyage en Chine, Tibet compris, au début des années 1980). J'ai lu récemment son roman Un garçon convenable ; ma critique paraîtra dans quelques jours sur le site.
En lisant la fiche Wikipédia anglophone de cet auteur, j'avais découvert qu'il avait rédigé un livret d'un opéra inspiré d'une légende grecque, créé à Plymouth en 1994 : Arion and the dolphin. En trouvant cette notice dans le catalogue de la BnF, je m'attendais à trouver une adaptation française de ce livret.
Je me suis donc retrouvé avec quelques doubles pages de dessins agrémentées chacune de quelques lignes de texte racontant l'histoire d'Arion, son voyage vers la Sicile où il gagne un concours de chant grâce à un coquillage, son retour en bateau durant lequel on lui vole sa bourse et on le jette à la mer, son sauvetage par un dauphin qui le ramène à bon port... (On peut faire de bons opéras avec des histoires encore plus simples ! Je me demande comment le rôle du dauphin était représenté sur scène.)
S'il paraît évident que l'adaptatrice a tenté de préserver le côté poétique que devait avoir l'original anglais, lire cet original donnerait une meilleure idée du travail poétique de l'auteur, et ce serait sans doute encore mieux sous la forme du livret d'opéra que sous cette forme illustrée où le texte occupe une place réduite.
⁂
Après cette lecture agréable bien que décevante compte tenu de ce à quoi je m'attendais, j'ai continué ma lecture d'une traduction française du deuxième livre du Rāmcaritmānas, entreprise que j'avais délaissée depuis quelques mois. J'ai repris ma lecture au début, le deuxième livre commençant par cette très belle invocation :
Puisse le dieu à gauche duquel resplendit la Fille des Monts, le dieu qui porte sur la tête la Rivière sacrée, sur le front la Lune nouvelle, sur la gorge la trace du Poison, sur la poitrine le Roi des Serpents en guise de cordon sacré, puisse le Meilleur des Dieux, le Maître de l'Univers, le Dispensateur de tous les Biens, l'Omniprésent, le Propice, le Dieu au Croissant de Lune, puisse le Seigneur Śaṅkara m'accorder sa protection !
Il s'agit bien sûr de Shiva. Dans l'iconographie hindoue, on retrouve ainsi très souvent le croissant de Lune, le serpent et la rivière sacrée (Ganga) jaillissant de son chignon d'ascète. La Fille des Monts est son épouse Parvati (pour plus de détails, voir La naissance de Kumara, Kalidasa, traduit du sanskrit par Bernadette Tubini, Connaissance de l'Orient, Gallimard/Unesco). La trace du Poison sur la gorge est une allusion à un épisode du mythe du barattage de la Mer de Lait au cours duquel, pour sauver le monde, Śiva avait avalé le poison qui s'était répandu partout : sa gorge en avait gardé une trace, ce qui avait valu à Śiva le nom de Nīlakaṇṭha (qui, au passage, est aussi devenu entretemps le nom d'un personnage d'opéra : le père du personnage éponyme de Lakmé de Delibes).
2008-04-11 08:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Culture indienne
Je ne sais pas ce qui se passe cette année, mais par rapport aux années précédentes, j'observe un inquiétant nombre de spectacles annulés parmi ceux que j'avais réservés.
Au Théâtre du Châtelet, sur les cinq spectacles de mon abonnement, deux ont été annulés, pour des raisons en apparence assez futiles d'après les lettres envoyées par le Théâtre pour informer ses abonnés. Je n'ai donc pas pu voir Howard Shore diriger la suite pour orchestre Le Seigneur des Anneaux en raison de la création mondiale de l'opéra The Fly du même compositeur. Où donc ? Au théâtre du Châtelet ! La Flûte enchantée dirigée par Jean-Christophe Spinosi est annulée parce que l'enregistrement des concerts qui était prévu initialement a été annulé.
J'ai lu hier dans Le Monde que, souffrant, Ravi Shankar a annulé les deux concerts programmés à Paris. Ce matin, je vois un mail de la Salle Pleyel m'informant qu'Anna Caterina Antonacci sera remplacée par Marguerite Krull pour le concert rossinien de dimanche prochain ; bien sûr, j'avais réservé ce concert parce que c'était A. C. Antonacci qui avait le rôle d'Elisabetta...
Je ne compte pas les grève à l'Opéra de Paris et à la RATP qui m'ont empêché de voir l'opéra Tosca, fût-il en version de concert. Je ne compte pas non plus les quelques modifications de distributions survenues inopinément sans que la qualité du spectacle en souffrît. Malgré deux solistes remplacés au dernier moment, la représentation de La messe en si mineur par le Concert Spirituel dirigée Hervé Niquet que j'ai vue à la Salle Pleyel cette année est celle que j'ai préférée.
2008-03-15 16:49+0100 (Orsay) — Culture — Opéra — Cinéma — Culture indienne
Hier soir, j'étais à la première de l'opéra-ballet Padmâvatî au théâtre du Châtelet. Je n'avais jamais été autant ému par un opéra. Le thème de cet opéra-ballet est inspiré de l'histoire d'une rani rajpoute de Chittor (Rajasthan) qui s'est sacrifiée avec de nombreuses autres femmes de la citadelle avant qu'un sultan ne prenne possession du palais après avoir vaincu l'armée conduite par le raja. Dans l'adaptation de cette histoire par Louis Laloy, Padmâvatî tue son mari Ratan-Sen qui veut céder à la demande du sultan mogol (sic) Alaouddin de lui donner la belle Padmâvatî en échange de la paix.
Je n'ai pas de goût marqué pour la musique vingtième siècle de Roussel. Pourtant, cette musique symphonique a la faculté de déclencher des impressions et des émotions fortes. En dehors de la musique et du chant (chœur du Châtelet et orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Lawrence Foster), l'essentiel de la production a été confié à des indiens. La mise en scène de Sanjay Leela Bhansali (qui a notamment réalisé le film Devdas) et les décors semblent avoir pleinement utilisé les possibilités techniques du théâtre : Ganesh surgissant du ciel, décors escamotés par en haut au milieu d'un acte, rideau venant cacher l'arrière-scène pour mettre en valeur la scène tendue entre Ratan-Sen et Padmâvatî au deuxième acte.
Au premier acte, après une gracieuse entrée en scène du chœur par les allées de l'orchestre et un prologue, Alaouddin entre à dos d'éléphant, parlemente avec Ratan-Sen et sollicite des spectacles de plus en plus merveilleux jusqu'à demander explicitement Padmâvatî dont le nom évoque le lotus. Ceci permet de mettre en scène des danses de plus en plus gracieuses : guerriers, femmes esclaves, femmes du palais. Bien que la musique soit assez différente des musiques indiennes, Tanushree Shankar a merveilleusement bien chorégraphié ces danses.
Au début du deuxième acte, la bataille a commencé. Dans le temple de Śiva (de part et d'autre de la scène se trouvent un lingam/yoni et le buffle Nandi), les prêtres invitent Padmâvatî à se préparer à suivre son mari sur le bûcher. Muni de certains de ses attributs (trident, tambour, croissant de lune dans le chignon tressé), Śiva fait une apparition et prend la position Nataraja du seigneur de la danse. Pendant une trêve, Ratan-Sen entre dans le palais. Quand il demande à son épouse de se donner à Alaouddin pour épargner les autres femmes de son peuple, à l'évocation de leur mariage, quelques aspects du rite du mariage hindou sont mimés. Elle l'embroche avec le trident de Śiva. Les déesses Kali et Dourga surgissent. Lors de son entrée sur scène, Dourga est accompagnée d'un tigre ! À première vue, cela peut sembler inutile, mais dans cette production, les aspects indiens de l'œuvre sont respectés aussi authentiquement que possible. Les turbans des hommes du commun du premier acte sont ceux des rajasthanis, la barbe d'Alaouddin a la couleur orangée commune à celle que produit le henné sur la chevelure de nombreux hommes indiens, etc. Ici, le tigre est justifié par le fait que Dourga est traditionnellement représentée assise sur un félin (le plus souvent un tigre, parfois un lion). On voit une Kali avide de sang tirer la langue. Dans ce deuxième acte, l'évocation de Dourga et Kali (et d'autres divinités voisines et qui leur sont parfois identifiées) par les prêtres procure l'occasion de magnifiques scènes dansées. À un moment, les deux groupes de danseuses entourant Kali et Dourga se sont regroupées derrière leur divinité tutélaire, et ont positionné leurs bras de façon à suggérer les multiples paires de bras de l'iconographie hindoue (nécessaires pour représenter les nombreux attributs des divinités). Sous un meilleur angle que le mien, l'effet devait être saisissant.
Finalement, Padmâvatî rejoint son époux sur le bûcher. Quand Alaouddin victorieux force la porte du palais, il est trop tard. Depuis le devant de la scène, il se retourne et voit Padmâvatî et Ratan-Sen enlacés rejoindre leur séjour céleste. Tomber de rideau. Applaudissements enthousiastes de la salle pour l'ensemble des artistes qui viennent saluer.
PS : Une fois n'est pas coutume, Renaud Machart, du Monde, n'a pas détesté.
⁂
Pour me préparer à ce magnifique spectacle (auquel je vais essayer de
retourner), j'avais écouté l'enregistrement par l'orchestre du Capitole de
Toulouse (Michel Plasson) avec notamment Marilyn Horne (Padmâvatî), Nicolai
Gedda (Ratan-Sen) et José Van Dam (Alaouddin). Par le même orchestre,
Lakmé de Delibes avec Natalie Dessay (Lakmé), José Van Dam
(Nilakantha), Gregory Kunde (Gerald) est aussi hautement recommandable.
Contrairement à d'autres opéras édités par EMI classics, le livret n'était
pas inclus dans le coffret. Je ne comprends pas sous quel prétexte
économique fallacieux on peut se dispenser de publier un opéra avec son
livret, de préférence traduit aussi dans d'autres langues (le plus souvent,
les textes joints avec les disques de musique classique apparaissent en
italien, allemand, français et anglais). La quatrième de couverture
du coffret invite à consulter full libretto and translations
at www.theoperaseries.com and
www.emiclassics.com
. En
allant sur ces sites, je n'ai trouvé qu'un indigne fichier
PDF. Tout d'abord,
le livret est uniquement présenté en français, donc sans les traductions
promises dans les autres principales langues européennes. Ceci ne m'émeut
guère dans ce cas particulier, mais ce fichier n'est qu'un grotesque
brouillon qui n'a manifestement été relu par quiconque entendrait le
français ni même quiconque apte à déchiffrer l'alphabet latin. Certains
mots manquent, des groupes de lettres sont absents, remplacés par d'autres
à la graphie voisine. On y peut lire par exemple Elle découvrent le
cadavre et en vent (sic) ecantées (sic) par les prêtres.
.
Manifestement, le texte est le résultat brut d'une entreprise de
reconnaissance automatique de caractères (OCR) sur un scan d'un livret
imprimé ; pour qu'il présente mieux vu de loin, on a cependant bien voulu
rendre les didascalies en italique et le nom des personnages en gras. Le
format PDF permettant d'inclure des images, il aurait été préférable
d'inclure un livret correct dans un format bitmap, quitte à ce que fichier
soit plus gros. Les lecteurs s'en trouveraient moins incommodés.
⁂
Lors de mon dernier séjour en Inde, je ne suis pas passé loin de Chittor. Depuis Pushkar, j'avais pris un petit bus matinal avec des écoliers allant à l'école dans la ville voisine d'Ajmer. Je voulais continuer vers la citadelle de Chittor en bus, mais j'eusse dû attendre cinq heures pour le prochain bus. N'ayant alors plus que trois jours à consacrer au Rajasthan pour ce séjour, je pris un bus en partance pour la très belle ville d'Udaipur. Ce sera pour une prochaine fois...
Albert Roussel avait visité cette citadelle lors d'un voyage en Orient
quelques années avant de composer cet opéra. Le programme vendu au théâtre
du Châtelet contient un extrait du journal de voyage du compositeur. Ce
journal a d'ailleurs été publié dans Albert Roussel, Lettres et
Écrits, Flammarion Harmoniques
.
2008-03-15 16:24+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Photographies
J'ai fait ma visite au salon du livre 2008. Ma volonté de réprimer mes envies d'achats de livres peut bien souffrir quelques exceptions. J'ai rempli mon sac à dos avec quelques achats à peu près raisonnables :
Je suis d'abord allé au stand Québec éditions pour rencontrer Hélène Rioux, auteur de Vendredi soir au Bout du monde que je viens de lire. Nous avons jasé assez longuement. J'ai acheté Chambre avec baignoire un des livres où intervient Éléonore, son personnage de traductrice. À la recherche du stand Picquier, j'aperçois celui de l'Asiathèque que j'avais aussi noté. J'y ai acheté une version tibétaine des Contes du vampire dont j'ai lu récemment la version sanskrite de Somadeva, traduite en français par Louis Renou. Le titre de la traduction est Les contes facétieux du cadavre ; en tibétain, si vous avez des fontes appropriées, que votre navigateur gère l'écriture tibétaine (un peu plus complexe que d'autres systèmes d'écritures voisins comme celui utilisé pour le hindi) et que je ne me suis pas trompé en saisissant les caractères Unicode, cela donne ça : མི་རོ་རྩེ་སྒྲུང་།. J'y ai aussi pris une pièce de théâtre de Krishna Baldev Vaid La faim, c'est le feu (भूख आग है) et l'épopée moderne Kāmāyanī de Jay Shankar Prasād. Je suis ensuite naturellement allé le stand de l'éditeur Philippe Picquier qui édite de nombreux livres d'Asie, Inde comprise. J'y ai fait moisson de quelques romans et nouvelles. J'y ai retrouvé l'agréable compagnie de Gilda avec qui j'ai flâné dans les allées du salon et dont j'ai bénéficié des suggestions. J'ai été particulièrement frappé par l'impression d'abondance de (bons) livres en passant près des stands des éditeurs Payot & Rivages.
Finalement, j'ai encore trouvé le moyen de faire rentrer dans mon sac Voyager léger de Julien Bouissoux aux éditions de l'Olivier, India, India de Yolande Villemaire au stand du Québec, un roman en forme de récit de voyage, Le cri de Laurent Graff au Dilletante, un recueil de poèmes de Kedarnath Singh chez Caractères.
2007-12-26 17:36+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Pendant que des piles de livres s'écroulent par ici, je suis en train de lire ma PAL. À ce jour, 64 livres attendent sur mes étagères que je les lise. Les livres commençant à être tassés les uns contre les autres, il serait bienvenu que je commande une nouvelle Billy (si je répugne à l'idée de retourner dans un magasin Ikea, je peux cependant consentir à prendre commande par Internet), mais je crains que si j'achète tout de suite de nouvelles étagères, l'envie de les remplir d'une bonne nouvelle centaine de livres se fera trop pressante. Bref, je suis dans une période où je lis les livres que j'ai déjà avant d'envisager d'en acquérir d'autres. Cette ascèse ne nuit guère à ma fièvre d'achats de disques, même si je tend aussi écouter mes disques aussi rapidement que je ne les achète.
Cependant, j'ai lu quelques romans ayant paru depuis septembre dernier. Parmi ceux-ci, trois m'ont particulièrement plu. Les voici (dans l'ordre chronologique de leur lecture), avec un lien vers le Biblioblog où ils sont commentés, par moi ou par d'autres :
⁂
Dans l'intervalle, j'ai aussi lu de la littérature indienne. Un poignant roman de Samina Ali, Jours de pluie à Madras (Mercure de France), raconte dans les moindres détails un mariage dans la communauté musulmane d'Hyderabad et les désastres personnels qui s'ensuivront. Un autre roman Les mille visages de la nuit (Picquier poche) de Githa Hariharan évoque trois générations de femmes sur fond de légendes du Mahabharata. Le très bon roman Un héritage exorbitant (Stock) d'Anita Desai nous fait part des entrevues d'un professeur de hindi épris de poésie avec un grand poète ourdou, celles-ci conduisant l'apprenti-reporter à s'endetter pour mener à bien son projet d'enregistrer sur bande la voix du poète.
Parmi mes lectures indiennes récentes, deux romans lauréats du Man Booker Prize. D'une part, Les enfants de minuit (Plon, Le Livre de Poche) de Salman Rushdie ; difficile à résumer. D'autre part, The Inheritance of Loss de Kiran Desai (que j'avais eu du mal à trouver il y a un peu plus d'un an), dont l'histoire se situe dans le Nord du l'état du Bengale occidental (près de Darjeeling) lors d'une insurrection d'indiens-népalais pour la création d'un état du Gorkhaland. Au milieu de l'agitation, des retraités tentent de vivre tant bien que mal. Le conflit politique entre Gorkhas et autres indiens trouve son écho dans la relation entre Sai, la petite-fille d'un juge originaire du Gujarat, et son précepteur népali Gyan. Le cuisinier du juge rêve de revoir son fils Biju, pauvre travailleur clandestin en Amérique. Hier, j'ai fini de lire ce livre dans sa langue d'origine. Pour moi, cela a été une lecture difficile du fait de cette langue au vocabulaire recherché et varié (impossible d'avancer sans un bon dictionnaire anglais à portée de main). Cette difficulté a heureusement été compensée par des descriptions savoureuses, des personnages étonnants fourmillant d'astuces et l'humour qu'a répandu l'auteure dans ce très beau livre. Je suis en train de le relire, mais en français cette fois (La perte en héritage, Les deux terres).
⁂
Non-sequitur : au Théâtre du Châtelet, les petits numéros de place sont au milieu de l'orchestre ; moi qui pensais être excentré pour assister au spectacle de Jazz de Woody Allen hier, j'ai eu la surprise de me retrouver juste en face du clarinettiste.
2007-11-07 18:30+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Mathématiques
J'ai fini de lire l'Iliade il y a une dizaine de jours.
Certains passages sont très beaux, mais comme le sujet de l'épopée est
l'épisode de la guerre de Troie constitué par la colère d'Achille (depuis
la dispute avec Agamemnon jusqu'aux funérailles d'Hector), il est surtout
question de batailles, incluant quelques combats singuliers décrits en
détail, tandis que pour chaque héros, on donne une longue liste de ses
victimes ; ce n'est à mon goût pas follement passionnant. Cependant, les
Dieux de l'Olympe interviennent très fréquemment, soutenant les Grecs ou
les Troyens, se disputant entre eux, etc, ce qui rend l'épopée beaucoup
plus intéressante que le simple compte-rendu d'une guerre. Toutefois, je
suis toujours d'avis que le Rāmāyaṇa (et même si l'on n'en retient que le chant VI) est plus beau.
Cette épopée indienne a été écrite probablement un millénaire après
l'Iliade, et il faut bien reconnaître que les combattants
intervenant dans les épopées indiennes ont à leur disposition des armes
beaucoup plus puissantes que celles de leurs homologues grecs et troyens
(cependant, dans le Rāmāyaṇa, les singes ne sont
armés que de leurs griffes et de leurs crocs
), ce qui permet aux
auteurs indiens d'assouvir plus facilement leur fantaisie et de décrire des
combats indiscutablement spectaculaires.
En tout cas, si vous
êtes fan de mythologie grecque et ne jurez que par
l'Iliade, je vous suggère de jeter un œil à la traduction
française du Rāmāyaṇa, vous ne devriez pas être
déçu.
⁂
Samedi dernier, je suis retourné à la Bibliothèque François Mitterrand pour lire quelques textes difficilement trouvables ailleurs. Pour que je puisse entrer, ma carte à puce jaune a dû être changée en carte à puce rouge à radio-identification.
J'y ai lu le premier volume de l'adaptation théâtrale du Mahabharata par Jean-Claude Carrière, créée le 7 juillet 1985 à Avignon dans une mise en scène de Peter Brook. Ce qui était très bien rendu dans son livre Le Mahabharata me semble tout aussi bien réalisé dans cette version théâtrale. En lisant cette pièce, rien ne m'a laissé penser que je ne me retrouvais pas face aux personnages que j'avais découverts dans la version publiée par l'indianiste Madeleine Biardeau (ce qui n'a pas été le cas avec le poétique Yudhishtar & Draupadi de Pavan K. Varma). Dans l'avant-propos du premier volume, Jean-Claude Carrière explique d'ailleurs qu'elle avait encouragé son projet avec Peter Brook d'adapter au théâtre cette épopée pour la rendre accessible au spectateur occidental. Ce premier volume est découpé en cinq parties (actes ?) : Les commencements, Jeunesse, La mariage et le royaume, Le roi des rois, Le jeu de dés. J'ai hâte d'y retourner pour lire les deux autres volumes.
J'y ai également lu le début d'une traduction française d'un des chants de la version hindie du Rāmāyaṇa, l'Ayodhyākāṇḍa du Rāmcaritmānas de Tulsī-Dās, poète de la fin du seizième siècle. Ce poète a fini sa vie à Bénarès ; un temple lui y est d'ailleurs dédié (sur les murs d'icelui, le texte complet de cette épopée serait écrit dans l'alphabert devanagari). Je n'ai pas encore suffisamment avancé dans cette lecture pour pouvoir comparer ce chant avec le chant correspondant de l'épopée sanskrite.
⁂
Ce week-end, j'ai fini de lire les livres que m'avait envoyés Anjélica pour le swap thé et littérature. Voici les commentaires que je lui ai envoyée sur ces livres :
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les nouvelles de Robert Olen Butler ; j'y ai découvert le thème des vietnamiens exilés aux États-Unis d'Amérique. Je relirai volontiers des livres de cet auteur à l'avenir. J'ai un avis plus nuancé sur le livre de Wolf Serno. D'un côté, je suis un peu énervé par l'aspect tout à fait invraisemblable de ce roman d'aventures (où d'ailleurs les différents épisodes n'ont pas grand chose à voir avec la quête du héros qui est dénouée un peu trop facilement) et les connaissances anachroniques de certains personnages en sciences (qu'ils comprennent que la Terre tourne autour du Soleil, passe encore, mais qu'ils l'expliquent avec autant de clarté et de concision, alors que Galilée n'est alors qu'un jeune homme, cela me semble un peu invraisemblable). D'autre part, les personnages sont bien sympathiques, il leur arrive sans cesse des misères et on a toujours envie de savoir ce qu'il va se passer ensuite. Comme en plus le texte se lit très fluidement, quoiqu'assez épais, j'ai lu ce livre très rapidement. Malgré ses défauts, comme le promet la quatrième de converture, c'est un petit bonheur de lecture.
⁂
La semaine prochaine, j'irai à Casablanca pour rendre visite à une collègue mathématicienne.
2007-10-17 18:31+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne — Cuisine — Photographies
Il y a une dizaine de jours, j'ai commencé à lire l'Iliade. J'en suis arrivé à la moitié, c'est-à-dire à la fin du douzième chant de l'épopée qui en comprend vingt-quatre. Je ne suis pas extraordinairement enthousiasmé par ce que je lis. Parmi mes autres lectures, je ne peux comparer cette œuvre qu'à la traduction française du Ramayana que j'ai lue, et c'est comme si on en avait gardé que le sixième chant, consacré à la guerre proprement dite opposant d'une part Rama, Laksmana et les singes et d'autre part Ravana et les raksasa. La traduction que je lis est rythmée par blocs de six, douze ou dix-huit syllabes, au prix de quelques contorsions syntaxiques, ce qui me semble moins plaisant à lire que l'élégante traduction du Ramayana que j'ai lue. J'espère que l'Odyssée me plaira plus que l'Iliade. D'ailleurs, après l'Iliade, j'enchaînerai peut-être avec l'Énéïde plutôt qu'avec l'Odyssée.
Je suis allé écouter les quatre saisons de Vivaldi par Sarah Chang et le
English Chamber Orchestra à la salle Pleyel. Je n'en ai pas non plus été
très enthousiasmé. En première partie, il y avait un Divertimento
de
Bartok qui ne m'a guère enchanté, mais ça, je m'y attendais.
J'ai toujours plus d'une centaine de disques non encore écoutés. Je viens cependant de franchir le premier tiers de mon écoute de l'intégrale Brilliant de Mozart. Je l'écoute dans l'ordre des numéros d'une des versions du catalogue Köchel, c'est-à-dire approximativement dans l'ordre chronologique de la composition. Au numéro KV 196, je me suis retrouvé face à cet enregistrement techniquement grotesque de La Finta Giardiniera. On passe son temps à entendre des bruits de pas, des chanteurs toussant discrètement ou prenant de grandes inspirations. Le plus ennuyeux, ce sont les bruits de pas, et c'est grâce à ces derniers que mon ancien collocataire reconnaissait cet opéra lors de nos blindtests réguliers.
J'ai testé une recette de Pav Bhaji, un plat faits de pommes de terres, poivrons, tomates, petits pois, oignons et un mélange d'épices. Le résultat était convenable et conforme à ce que j'ai vu en Inde, bien qu'il ne ressemblât point à la photo de l'emballage du Pav Bhaji Mix (où les pommes de terres sont découpées en morceaux tandis que la recette dit de les écraser...). En le préparant, j'ai senti que le parfum d'une épice dominait un peu trop les autres et me suis rendu compte avec horreur qu'il s'agissait d'anis, dont je n'apprécie pas du tout le parfum. Il faudra que je trouve un Pav Bhaji Mix sans anis ou que je prépare moi-même ce mélange.
Demain, il y a une grève, donc, pas de cantine, et je ne sais pas si je pourrai ouvrir la porte de la salle pour mon TP de calcul formel...
Ah, et puis, cela fait une éternité que ma demande d'abonnement à Free en est à l'étape nº1.
2007-10-07 19:31+0200 (Orsay) — Culture — Cinéma — Culture indienne
Lors de mon dernier voyage en Inde, j'avais vu des affiches d'un film qui allait sortir trop tard pour que je le visse là-bas, et la bande annonce que j'en avais vue m'avait fait comprendre qu'il s'agissait d'un remake du classiquissime Sholay.
Ayant profité d'une escale à la Gare du Nord après une journée à l'université Paris-Nord, j'ai acheté le DVD du film Aag que j'ai finalement regardé hier soir. L'intrigue est essentiellement celle du film Sholay. Un policier passe l'essentiel de sa carrière à traquer un dangereux gangster et finit par le coincer et à le faire mettre en prison. Celui-ci s'évade et se venge en lui coupant les mains et en tuant tous les membres de sa famille sauf sa belle-fille. Le policier rumine sa vengeance. Il se retire de la police, engage deux jeunes malfaiteurs pour l'aider dans cette tâche.
Dans ce remake, tout est raté. Les mouvements de caméra donnent le tournis, les scènes de combat sont grotesques et interminables, la musique donne l'impression que l'ingénieur du son s'est amusé à appuyer sur tous les boutons pour voir ce que ç'allait donner. Beaucoup d'épisodes contribuant la qualité du film Sholay se retrouvent massacrés, par exemple :
Mais comment Thakur, qui n'a pas de mains, va tuer Gabbar Singh ?. Dans Aag, on voit simplement le méchant avec une sorte de gros couteau de cuisine planté dans le dos après que l'ancien policier eut demandé une chance d'en finir lui-même avec le méchant, mais il n'y a, me semble-t-il, aucun plan mettant en évidence la technique utilisée, alors que dans Sholay, la scène correspondante était indiscutablement spectaculaire.
Le score de ce film sur IMDb est inférieur à celui de Plan 9 from Outer Space de Ed Wood...
2007-09-22 19:27+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures — Culture indienne — Mathématiques
Hier, réveil à 4h pour prendre un des premiers RER pour Paris et faire la queue à l'opéra Bastille en compagnie de quelques autres prosélytes lyriques.
Je m'étais promis de ne pas entrer dans une librairie avant d'avoir réduit significativement la taille de ma PAL (63 livres), mais je suis ensuite allé chez Gibert, et suis reparti avec le Paperback Oxford English Dictionary et La maison et le monde de Tagore auquel il est fait référence dans le nouveau roman d'Ananda Devi, Indian Tango, ma lecture du moment.
J'ai passé mon après-midi à la bibliothèque de l'École normale supérieure, à laquelle j'ai encore accès. Je n'étais entré dans les nouveaux locaux de celle-ci qu'il y a un an pour renouveler ma carte de lecteur. Malgré les échos négatifs que j'avais entendus à son sujet, j'ai trouvé ce nouvel espace très agréable pour travailler.
Dans la soirée, je me suis rendu au Théâtre des Champs-Élysées pour
écouter un concert du Staatskapelle de Dresde. Cet orchestre a interprèté
le concerto pour piano nº5 de Beethoven avec Hélène Grimaud, puis le poème
symphonique Une vie de héros de Richard Strauss. J'aime beaucoup
ce concerto de Beethoven, et l'entendre pour la première fois en
vrai
était un vrai plaisir. Le poème symphonique de Strauss me faisait
un peu plus peur, et les dix premières minutes (l'œuvre dure environ 45
minutes) n'ont pas altéré ce sentiment. Cette musique m'a semblé
extrêmement saccadée, stressante et presqu'oppressante (le volume sonore
émis par cet orchestre était important). Puis, vers le milieu, le style m'a
semblé se rapprocher de ce que j'arrive à apprécier dans la musique de
Strauss que j'ai écoutée jusqu'à présent (pas grand chose en dehors de
Ainsi parlait Zarathoustra et Vier letzte Lieder), ce qui
m'a soulagé.
Pour le retour, des relents d'alcool dans la RER B, la présence de supporters de l'équipe d'Irlande aidant...
2007-09-18 13:07+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Je viens de finir ma lecture de l'autobiographie de Gandhi, dont j'avais acheté une traduction anglaise lors de ma visite au Gandhi Memorial Museum à Delhi.
⁂
En 1925, à Ahmedabad, dans son ashram situé au bord
de la rivière Sabarmati, Gandhi entreprend d'écrire son autobiographie,
qu'il considère tout au long du livre comme l'histoire de ses
expériences avec la Vérité
. Il s'efforce de vivre en ne compromettant
pas son allégeance à la Vérité, et observe les fruits de cette attitude.
Par exemple, dans son enfance, un ami l'a poussé à manger de la viande ; il
prétend qu'il y a renoncé alors définitivement non pas parce que c'était
mal, mais parce qu'il ne pouvait continuer à agir ainsi sans mentir à ses
parents.
La période d'une vingtaine d'années où il a vécu en Afrique du Sud couvre l'essentiel du livre. De son combat pour la défense des colons de deuxième classe que sont alors les Indiens résidant dans cette colonie britannique, seules les grandes lignes sont exposées ; pour les détails, il renvoie à son ouvrage Satyagraha in South Africa. Quelques anecdotes liées au thème des expériences avec la Vérité sont néanmoins racontées. En dehors de son métier d'avocat et de son action publique, il évoque diverses rencontres avec des personnes (Chrétiens, théosophes, etc.) qui auront une influence sur sa pensée religieuse, dont il trouvera finalement la matière dans la Bhagavad-Gita.
Trois autres thèmes entremêlés occupent une part importante : la nourriture, la médecine et l'entretien des toilettes. Au cours de sa vie, son alimentation est devenue de plus en plus ascétique. Il explique dans quelles conditions et pour quelles raisons, parfois morales, parfois futiles, il a renoncé à la viande, au lait, au thé, aux condiments (sel compris), etc, pour ne plus se nourrir pratiquement que de fruits et de légumineuses. Il s'est souvent montré inflexible avec les médecins qui voulaient l'écarter de ce régime pour le soigner, mais parfois il préféré la vie à la vérité (considérant en se mentant à lui-même que son vœu visant à ne plus consommer de lait n'excluait pas le lait de chèvre). En outre, il a développé un charlatanisme alternatif à la médecine (quelle soit occidentale ou ayurvédique) et fait de nombreuses expériences en ma matière : traitements à base de terre ou de glace, etc. Dans le Grand Roman Indien de Shashi Tharoor, l'auteur fait du comique de répétition en faisant allusion à la passion de Gandhi pour la question de la propreté des toilettes ; elle trouve dans cette autobiographie une place de choix.
Progressivement, et plus encore quand il évoque son action à son retour en Inde vers la fin de la Première Guerre Mondiale, il expose le principe du Satyāgraha, néologisme désignant la tactique de résistance non-violente qu'il utilise pour obtenir l'abrogation de lois mauvaises en Afrique du Sud, puis en Inde.
Concernant les liens avec l'Empire britannique, Gandhi considérait que le fait d'être un citoyen de cette Empire devait non seulement lui donner des droits mais aussi des devoirs. Ce sentiment de devoir l'a conduit à agir d'une manière qui m'a beaucoup surpris. Ainsi, lorsque les Anglais ont mené la guerre des Boer, dû mater la rébellion zouloue ou plus tard participer à la Première Guerre Mondiale, il a considéré qu'il était de son devoir se soutenir l'Empire britannique en constituant des groupes de brancardiers Indiens, et ce en dépit de ses principes de non-violence (Ahiṃsā) et de sa sympathie éventuelle pour la partie adverse.
À part ça, saviez-vous que Gandhi avait appris le latin et le français et qu'il était monté de nombreuses fois en haut de la Tour Eiffel lors de l'exposition universelle de 1889 ?
Dans ce livre, Gandhi semble faire preuve d'une très grande honnêteté intellectuelle, n'hésitant pas à être critique envers lui-même. De nombreuses épisodes que j'ai vu illustrés dans divers musées lui étant consacrés sont exposés ici dans ses propres mots (enfin, ceux de son traducteur). Il est intéressant de voir comment un jeune homme qui était absolument incapable de prendre la parole en public a finalement eu une aussi grande influence sur son peuple.
⁂
Lors de cette lecture, mon petit dictionnaire Larousse anglais-français
s'est avéré insuffisant ; il faudra que je pense à en prendre un plus
complet. J'ai été surpris par l'abondance d'expressions latines et
françaises insérées dans cette traduction du gujarati vers l'anglais
réalisée par Mahadev Desai (qui fut secrétaire de Gandhi, et dont les cendres se trouvent au Gandhi National Memorial à Pune).
Bien que Gandhi connût le français et le latin, j'ai peine à croire qu'il
eût la fantaisie de mettre ces expressions dans l'original gujarati. Il
serait également étonnant qu'il eût été nécessaire de recourir au latin et
au français pour traduire ce texte gujarati en anglais. La traduction
anglaise ayant été approuvée
par Gandhi, cette fantaisie sa
manifesta peut-être lors de cette révision.
2007-08-01 19:01+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde IV
Je prends l'avion après-demain pour Helsinki, puis Delhi. Je n'ai plus qu'à faire mes bagages et ranger l'appartement avant de partir puisque mon propriétaire va y faire des travaux quand je ne serai pas là.
J'ai eu un peu de mal à faire ma réservation d'hôtel à Delhi, mais après trois hôtels complets et trois autres qui ne répondaient pas, j'en ai trouvé un tout près de Chandni Chowk.
Comme littérature, je pensais emmener La Danse des paons de Sharon Maas, mais j'ai fait l'erreur de le commencer il y a quelques jours, et c'est tellement addictif que je l'ai fini hier matin. De cet auteure, j'ai déjà lu Noces indiennes, que j'ai préféré. J'ai envisagé d'acheter son troisième roman avant de partir, mais il n'a pas encore été traduit en français. Du coup, je vais prendre Kalila et Dimna, Fables indiennes de Bidpaï et Le Rouge et le Noir.
2007-07-27 15:15+0200 (Paris) — Culture — Lectures — Culture indienne
Comme me le suggérait gilda dans un commentaire, je viens de finir de lire la relation du voyage de François de l'Estra aux Indes Orientales (1671-1675), parue récemment aux éditions Chandeigne, en orthographe modernisée et augmentée d'une introduction et de notes.
Le récit est intéressant. On y découvre les différentes étapes du voyage de L'Estra, des descriptions des différents comptoirs visités, leurs fortifications, les mœurs des habitants, son emprisonnement par les Hollandais pendant près de trois ans à Batavia (Jakarta). Contrairement, semble-t-il, à d'autres récits de voyages, sa description des coutumes des peuples qu'il a rencontrés est assez objective et dépourvue de condescendance. Il est intéressant de remarquer qu'il a considéré comme appartenant à différentes religions des groupes d'hindous de castes différentes (chacune ayant des rites différents), et plus amusant encore de voir sa confusion entre musulmans et hindous. Ainsi, certaines coutumes manifestement hindoues sont attribuées aux Maures, et certaines actions, comme la satî, sont encouragées par les récompenses que le Prophète accorderaient après la mort. Certaines processions, comme une dédiée à Rama, sont agréablement décrites.
En dehors de ces descriptions, on trouve un compte-rendu des rivalités entre les différentes puissances coloniales de l'époque, et plus particulièrement entre la France et la Hollande : combats navals, sièges, actes qui se rapprochent de la piraterie.
Le texte est assez agréable à lire, malgré la présence de mots
surannés. Les notes sont très intéressantes, mais leur abondance ralentit
beaucoup la lecture puisqu'il me fallait jongler entre trois marque-pages :
un pour le texte, un pour la traduction des mots anciens, et un troisième
pour les notes. Certaines notes sont redondantes et donnent une impression
de déjà-vu : il doit y en avoir au moins trois notes mentionnant que le mot
pagne
était du genre féminin.
Cependant, il manque certainement à cette édition une carte représentant
les différents comptoirs français, portugais, anglais, hollandais et danois
de l'époque : quelque chose comme ceci,
mais en plus complet. Il y a bien une carte des côtes indiennes en
néerlandais, mais les noms sont illisibles. Cela fait bizarre de voir plein
de noms comme Tranquebar
ou Trincomale
sans pouvoir se
figurer où ces villes se trouvent (d'autant plus que ces jours-ci, je n'ai
accès à Internet qu'au bureau). Mon dictionnaire de noms propres ignorant
ces noms de villes, il me semble qu'il était du devoir de l'éditeur
d'inclure une telle carte pour la commodité du lecteur.
2007-07-01 14:17+0200 (Grigny) — Culture — Danse — Expositions — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde IV — Mathématiques — Photographies
Le jour de la Fête de la Musique, c'est à dire il y a dix jours, j'ai
été confronté à un grand contraste entre le spectacle auquel j'assistais et
puis ce que j'ai entendu en sortant du théâtre. À l'intérieur du Théâtre de
la Ville, aux Abbesses, Shantala Shivalingappa
offrait un très harmonieux
spectacle de danse kuchipudi. Je ne connaissais pas du tout cette
danse, originaire de l'Andhra Pradesh. Je fus très agréablement surpris par
les mouvements très arrondis de cette danse, semble-t-il plus facile
d'accès que le bharata natyam. Une partie du spectacle comporait
une danse sur un plateau : la danseuse en pinçait les bords avec les
orteils et pouvait se déplacer en donnant l'impression de flotter sur la
scène tout en dansant avec la moitié haute du corps. Divers bracelets de
chevilles étaient utilisés au cours du spectacle, parfois ils étaient
laissés de côté et la musique se faisait très discrète. L'atmosphère sonore
de Montmartre en ce jour particulier pouvait alors se laisser
entr'apercevoir : Boum ! Boum !
. Je sortais de la salle, conquis par
cette danse (qui sera malheureusement absente de la saison 2007-2008 du
Théâtre de la Ville), et que découvris-je : un spectacle de fin du monde
avec l'illusion que des hordes de jeunes descendaient la rue Ravignan sur
de la musique du troisième millénaire. Un peu plus loin, une atmosphère
imprégnée des effluves des stands de frites-saucisses, et une station de
métro salvatrice.
⁂
À la Fondation Henri Cartier-Bresson, j'ai vu deux expositions du travail de Fazal Sheikh. Loin des splendeurs des Gupta, ces expositions, terribles, frappent par les aspects les moins reluisants de l'Inde qu'elles révèlent. La plupart des photographies (noir et blanc) sont des portraits. La première partie s'appelle Moksha (libération du cycle des renaissances) et est consacrées aux femmes, pour la plupart veuves et abandonnées par leur belle-famille (qui, après leur mariage, était devenue leur famille tout court), qui viennent à Vrindavan, tout près de Mathura (que j'ai prévu de visiter en août), pour se consacrer entièrement à l'adoration du dieu Krishna, qui est réputé avoir passé son enfance dans cette région, y avoir séduit des milliers de vachères et y avoir vaincu le démonique Kamsa. Chaque portrait est accompagnés par un résumé de la vie de la femme représentée. L'autre exposition, Ladli, présentait le sort réservé à de nombreuses jeunes filles, jugées indésirables par leurs parents qui auraient préféré avoir des fils, et qui se retrouvent dans des situations sordides : mariées très tôt, exploitées par des maris coureurs de dot ou par des proxénètes, assassinées par leur belle-famille...
⁂
Je viens de passer trois jours dans la charmante ville de Münster en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, pour y parler avec un jeune chercheur et y faire un exposé au colloquium. La ville est vraiment remarquable par les aménagements prévus pour les cyclistes. Dans le centre-ville, je n'ai pas vu une seule voiture. On voit régulièrement d'énormes parkings à vélo. Les pistes cyclables rouges sont larges, très bien conçues, de sorte qu'on n'a pas d'acrobatie à faire pour réaliser des virages, passer de la chaussée au trottoir et inversement. J'ai donc testé un tout petit peu les vélos allemands. Leur pédalier présente la singularité de ne pas pouvoir tourner à l'envers : cela actionne un frein. Cela impose de bien calculer son coup lors des arrêts aux feux pour disposer les pédales de façon à pouvoir repartir facilement (alors qu'avec un tour de pédalier en sens inverse, on pourrait toujours s'en sortir sur un vélo français). La personne qui m'invitait parlant très bien français, elle a insisté pour qu'on discute en français pour entretenir son niveau dans notre langue. En dehors, j'ai dû pratiquer un peu l'allemand, en tout cas infiniment plus que lors de mes précédents brefs séjours en Allemagne. J'arrive à suivre quand les hôteliers, serveurs, etc. me posent des questions, mais j'ai beaucoup plus de mal à leur répondre. Néanmoins, pour acheter des gâteaux à la boulangerie, cela allait très bien... Il était censé y avoir une grande exposition de sculptures dans les rues de Münster, mais tout ne devait pas encore être installé, parce que je n'en ai vue qu'une.
⁂
Je viens de lire un roman étonnant : Le grand roman indien de Shashi Tharoor. Il faut imaginer l'épopée du Mahabharata transposée dans l'Inde du vingtième siècle, à moins que ce ne soit l'inverse. On y trouve les personnages historiques de la période de la lutte pour l'indépendance de l'Inde, sa partition, et les aléas du pouvoir jusque vers le début des années 1980. Les noms des personnages sont tirés de l'épopée. Jawaharlal Nehru est Dhritarashtra, Gandhi est Bhishma (un des fils de la déesse Ganga, appelé ici Gangaji). La fratrie de Duryodhana est remplacée par la seule Priya Duryodhani (Indira Gandhi). La grande bataille du Kurukshetra est l'élection de 1977 où elle fut battue. De nombreuses libertés sont prises, à la fois avec l'épopée, et avec l'histoire. C'est ce que je trouve toujours ennuyeux avec les romans historiques, c'est qu'on ne peut pas toujours bien distinguer l'Histoire des faits imaginés par l'auteur. C'est un bon roman, plein d'humour, mais qui n'est sans doute vraiment intéressant à lire que si on connaît déjà l'histoire du Mahabharata (la manière la plus plaisante d'y remédier si ce n'est pas le cas étant de lire la version de Jean-Claude Carrière).
⁂
Les résultats du Prix Biblioblog du Roman que j'avais évoqué ici viennent de tomber. Il a été décerné à Passage du gué de Jean-Philippe Blondel. À mon avis, tous les livres sélectionnés étaient très bons, mais ce livre-ci faisait parmi de mes préférés, donc je suis très content qu'il ait été choisi.
2007-06-18 00:56+0200 (Grigny) — Culture — Danse — Expositions — Culture indienne
Il y a quelques jours, je suis allé voir l'exposition L'âge d'or de l'Inde classique — L'empire des Gupta aux Galeries nationales du Grand Palais. L'empire Gupta se situe en Inde du Nord, autour du cinquième siècle. L'exposition commence par des sculptures en grès, pour la plupart étonnament bien conservées, provenant de sites principalement bouddhiques. Puis, les lieux d'origine, les styles et les types d'œuvres se diversifient, avec notamment Vishnu couché sur l'océan cosmique, Shiva ascète, Arjuna recevant l'arme Pashupata de Shiva, Sita dans l'ermitage de Valmiki, l'armée des singes construisant un pont sur l'Océan vers Lanka, etc. C'était très bien, mais je hais les visites guidées : il y avait un groupe d'une vingtaine de personnes qui s'agglutinaient toujours précisément là où je voulais aller... Heureusement pour eux, leur guide avait vraiment l'air de connaître son sujet.
Avant-hier, j'ai assisté au spectacle La Face cachée de Maria-Kiran au Théâtre de la Ville (Abbesses). La dernière fois que je l'avais vue, la musique et les thèmes étaient chrétiens. Cette fois-ci, la musique était indienne et le récital, respectant toujours la structure voulue par le bhârata natyam, comportait comme partie principale un un varnam dédié à Shiva, inspiré par neuf strophes d'un poème de K. N. Dandayudhapani (les organisateurs ont pensé à utiliser les possibilités de sur-titrage de la salle, qu'ils en soient remerciés). Vers la fin, on a eu droit à un petit intermède pédagogique sur le sens de certains mouvements de danse. En effet, avant d'entamer un padam dédié à Krishna, elle disait quelques phrases en rapport avec les amours de Radha et Krishna tout en exécutant les mouvements correspondants. Dans ce contexte, la pose correspondant à Krishna était celle de l'iconographie hindoue : une position décontractée avec une jambe fléchie passant devant l'autre et reposant sur les orteils et les doigts disposés comme sur une flûte traversière (curieusement, il m'a semblé que la jambe gauche passait devant la droite alors que sur la statuette qui se trouve devant moi, c'est le contraire). C'était très clair. Cela m'intéresserait bien de connaître plus de détails sur les codes de cette danse pour mieux la comprendre, mais je ne saurais pas très bien par où commencer.
⁂
Cette après-midi, j'allais pour la première fois au Théâtre de la Ville (Place du Châtelet) pour assister au spectacle Vollmond de Pina Bausch. Un décor réduit à une énorme pierre à cheval sur un couloir d'eau peu profond. Douze danseurs qui rentrent et sortent de scène par toutes les issues possibles. Des bouteilles en plastique, des chaises, des verres, un ballon gonflable, et surtout beaucoup d'eau. Pour moi, c'est assez impossible à décrire, mais ce spectacle de deux heures était absolument fascinant.
2007-05-30 19:58+0200 (Grigny) — Culture — Musique — Opéra — Culture indienne
Ma collection de disques vient de franchir un nouveau cap dans la démesure : 700 CD. Le sept-centième est le dernier album de Keren Ann. Les prochains, en cours d'acheminement, devraient être une version de l'opéra-ballet Padmâvatî de Roussel (qui sera mis en scène l'an prochain au théâtre du Châtelet par Sanjay Leela Bhansali) et puis un enregistrement de l'opéra Lakmé de Delibes dirigé par Michel Plasson, avec Natalie Dessay.
Quelques statistiques :
2007-04-17 20:21+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne
Vikram Seth est un des plus grands auteurs indiens de langue anglaise. En 1969, il vient étudier en Angleterre et est accueilli au 18 Queens Road à Hendon par son grand-oncle Shanti Seth et sa grande-tante Henny Caro qui ont alors soixante ans. Sur un malentendu, il se voit contraint d'apprendre l'allemand en très peu de temps pour passer un examen d'entrée à Oxford. L'examen réussi, il découvre qu'il aurait pu être dispensé de cette apprentissage. Néanmoins, cette expérience l'a beaucoup rapproché de Henny et Shanti.
Henny et Shanti se sont connus à Berlin au début des années 1930. Henny vivait avec sa mère Ella et sa sœur Lola. Venu en Allemagne étudier l'odontologie, Shanti loue une chambre dans leur appartement. Il entre dans le cercle des amis de Henny. Mais, après avoir achevé son doctorat, il est contraint à l'émigration au Royaume-Uni puisqu'il ne peut plus travailler en Allemagne. Henny parvient aussi à émigrer peu avant la Deuxième Guerre Mondiale. Comme tant d'autres Juifs, Ella et Lola seront déportées et exterminées par les nazis.
L'auteur dresse une biographie de Shanti et de Henny en s'appuyant sur des entretiens avec Shanti peu avant sa mort et sur la découverte fortuite de la correspondance de Henny. Shanti raconte notamment son engagement dans les équipes médicales mobiles des Alliés, la perte de son bras droit à Monte Cassino et ses efforts pour reprendre son métier en dépit de cette mutilation. La correspondance d'Henny constitue un document bouleversant sur l'époque. Après la guerre, Henny enquête sur le sort de Lola et d'Ella dont elle n'avait pas de signes de vie depuis leurs dernières cartes postales envoyées depuis les camps. En Allemagne, les conditions de vie sont difficiles pour les anciens amis d'Henny, mais si elle se montre très généreuse envers ceux en qui elle a toute confiance et qui ont soutenu Lola et Ella avant leur déportation, elle répugne à renouer le contact avec certains d'entre eux...
Albin Michel — 575 pages — Traduction de l'anglais par Dominique
Vitalyos.
ISBN : 978-2-226-17694-3.
Extrait :
Mon oncle hocha la tête. Il embrocha une feuille de laitue avec son couteau Nelson et la porta à sa bouche.
Ton oncle, me dit Fred, est un expert en art de vivre. Il n'a qu'un bras, et pourtant, il a fait tout ça...
— C'est heureux pour Fred que ses compatriotes m'aient bousillé un bras, dit mon oncle. C'est pour ça qu'il m'ont permis de faire venir un assistant en Angleterre.
— Je suppose que si tu avais perdu les deux bras, remarquai-je, tu aurais eu le droit d'en faire venir deux...Fred se tourna vers moi. Cette repartie dénuée de toute délicatesse le laissait bouche bée. Mon oncle, lui, riait de bon cœur.
2007-03-25 11:53+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne
Hier après-midi, je suis allé au Salon du Livre. C'est la première fois que je vais à un événement de ce type. Avant même de venir, j'ai pu observer que certains aspects de l'organisation laissent un peu à désirer :
Journal du Salon en ligne, récapitulant les différents événements, n'est consultable que via une interface toute pourritte en Flash : on peut l'imprimer, mais avec Firefox et Konqueror, le texte est tellement pixelisé qu'il en devient illisible.
l'invitée d'honneur, mais sa présence n'est pas vraiment mise en valeur : il y avait bien un espace géré par Gibert-Joseph offrant un large choix de livres en rapport avec l'Inde, mais c'était en périphérie du Salon. Non loin de là, les éditeurs indiens présentant des livres en langue anglaise ou dans d'autres langues indiennes étaient un peu à l'écart. En dehors de cet espace, il y avait de nombreux éditeurs (Picquier, Livre de Poche, Buchet-Chastel, Mercure de France...) publiant des livres des auteurs indiens invités, mais pour en trouver la liste, j'ai dû me faire toute la liste des auteurs présents aujourd'hui au salon pour isoler les noms à consonance indienne.
Voilà pour les aspects négatifs. Armé de ma petite liste de stands avec leurs coordonnées, je me suis rendu Porte de Versailles. Je suis assez satisfait de mon après-midi, mes étagères porteuses de livres s'en rejouissent, mon compte en banque un peu moins. J'ai pu rencontrer une petite dizaine d'auteurs. La plupart sont très sympathiques. On était rarement très nombreux à venir les voir (trois fois rien en comparaison des gens venus se faire dédicacer un livre par Daniela Lumbroso ou Hervé Villard), cela permettait de discuter un peu avec eux. Tarun Tejpal est très charmant, Indrajit Hazra est un anti-héros sympathique (son prénom est celui du fils de Ravana, le grand démon du Ramayana), Lavanya Sankaran portait un élégant sari, Krishna Baldev Vaid a bien voulu signer en hindi, etc. Ayant trouvé une édition Pocket du Mahabharata adapté par Jean-Claude Carrière, je suis allé le voir au stand Plon, et il m'a dessiné un Ganesh ! Il y avait une assez longue queue pour Vikram Seth, sans doute l'auteur le plus connu parmi les écrivains indiens présents (mais je n'ai malheureusement pas encore lu le moindre de ses livres).
Si les auteurs indiens n'étaient pas très visibles, il y avait cependant des conférences thématiques en rapport avec l'Inde. J'ai assisté à celle de Sunil Khilnani, qui était interrogé par Christophe Jaffrelot. C'était extrêmement intéressant. Il fut notamment question de la politique indienne (héritage de Nehru, menace du nationaliste, ouverture à l'économie de marché, inégalités), de relations internationales (tentation de l'Inde de se rapprocher des États-Unis d'Amérique tout en voulant éviter un monde unipolaire, liens avec les autres puissances, notion de bridging power, comparaison avec la Chine), de la diaspora indienne, notamment aux États-Unis d'Amérique.
À part ça, on aperçoit plein de têtes d'écrivains connus ; bulle de fumée autour de Philippe Sollers.
⁂
À l'entrée, on m'a distribué un mini-livre (environ 5 cm²) intitulé
Mes droits fondamentaux dans l'Union européenne
. Je trouve ce titre
mensonger d'un très mauvais goût : la valeur juridique de cette cette
charte des droits fondamentaux est subordonnée à la ratification par
les états-membres du traité
établissant une Constitution pour l'Europe. C'est d'autant plus
étonnant que ce livre (gratuit) a été publié en mars 2006, donc bien après
que le peuple français souverain eut rejeté ce traité.
Que l'on ne s'y méprenne pas : j'ai voté oui
au referendum. Je
trouve dommage que le peuple français n'ait pas estimé ce texte
globalement positif
; cependant je respecte sa décision. C'est
pourquoi je trouverais indigne du prochain Président de la République (ou
de celui d'après) d'utiliser un autre mode de ratification d'un futur
traité européen que celui du referendum, à moins que cette politique ne
fasse clairement partie d'un programme pour les présidentielles, et les
législatives subséquentes.
2007-03-01 22:52+0100 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne
Au hasard de ma lecture du quotidien de référence et de ses suppléments, je viens d'apprendre que l'Inde serait particulièrement à l'honneur lors du Salon du Livre, du 23 au 27 mars 2007, avec notamment la présence d'une trentaine d'auteurs indiens.
2007-01-24 22:42+0530 (इलाहाबाद) — Culture — Lectures — Culture indienne — Résumé du Rāmāyaṇa — Voyage en Inde III
Voici la plus longue entrée de ce blog (vingt-deux pages sur mon brouillon). Il s'agit du sixième épisode de mon résumé du Rāmayāṇa d'après la traduction que j'en ai lue. Il y aura prochainement™ le septième et dernier épisode. Cependant, on peut considérer que l'histoire est essentiellement finie après ce sixième chant. Tout en racontant ce qui se passe après, le septième chant apportera surtout des précisions sur ce qui s'est passé avant l'intrigue principale. Le résumé existe aussi en PDF.
⁂
Rāma remercie Hanumān pour le récit de son exploit mais il est triste parce qu'il ignore comment traverser l'océan pour ramener Sītā. Sugrīva le réconforte. Avant le départ de l'armée des singes, Hanumān décrit l'inaccessible Laṅkā. Rāma monte sur le dos de Hanumān et Lakṣmaṇa sur celui d'Aṅgada.
Pendant ce temps, à Laṅkā, Rāvaṇa demande l'avis de ses conseillers sur ce qu'il doit faire. Tous souhaitent la guerre, sauf son frère Vibhīṣaṇa qui lui suggère de rendre Sītā à Rāma. Rāvaṇa demande à son général en chef Prahasta de préparer la défense de la ville et prononce un discours guerrier. Bien qu'en désaccord avec son frère, le puissant Kumbhakarṇa accepte de combattre. Mahāpārśva pense que Rāvaṇa pourrait violer Sītā, mais cela ferait éclater sa tête à cause d'une malédiction de Brahmā. Après avoir répété son conseil, Vibhīṣana fait la leçon au fougueux Indrajit. Ayant été banni par Rāvaṇa, Vibhīṣana rejoint Rāma avec quatre autres rākṣasa. Il lui décrit la puissance de Rāvaṇa. Rāma promet de le faire roi de Laṅkā après leur victoire. Un négociateur-espion vient trouver Sugrīva pour lui conseiller de retourner à Kiṣkindhā. Les singes veulent le tuer mais Rāma les en empêche puisqu'il est venu comme messager.
Suivant le conseil de Vibhīṣaṇa, Rāma rend hommage à l'Océan, Sāgara. Mais l'Océan ne se montre pas. En colère, Rāma menace de l'assécher et prend une forme terrible pour lancer des flèches. Tandis que Rāma s'apprête à lancer un trait dédié à Brahmā et que le monde se met à trembler, l'Océan apparaît et accepte que Rāma le traverse. Le singe Nala, fils de Viśvakarman fait construire un pont jusqu'à Laṅkā, mais c'est par les airs, montés sur Hanumān et Aṅgada, que Rāma et Lakṣmaṇa traversent l'océan. Rāma libère un espion, celui-ci vient trouver Rāvaṇa pour lui décrire la puissance de Rāma et de son armée de singes. Il lui conseille de rendre Sītā, ce que Rāvaṇa refuse. Il envoie de nouveaux espions qui prennent l'apparence de singes pour s'infiltrer dans leur armée, mais Vibhīṣana les démasque aussitôt. Rāma leur demande de bien inspecter son armée et de dire à Rāvaṇa qu'il l'attaquera le lendemain. Ces espions décrivent à Rāvaṇa les principaux chefs simiens et lui conseillent de rendre Sītā. Rāvaṇa les chasse et envoie encore d'autres espions.
Utilisant la magie, Rāvaṇa fait croire à Sītā que Rāma est mort en lui faisant voir sa tête et son arc. Désespérée, elle préfère mourir que céder. Sītā se lie d'amitié avec la rākṣasī Saramā, épouse de Vibhīṣana qui la réconforte et épie Rāvaṇa. Le sage Mālyavān met en garde Rāvaṇa : il est invulnérable pour les dieux, démons et autres créatures célestes, mais c'est une armée d'hommes, de singes et d'ours qu'il doit combattre. Ayant remarqué de nombreux signes funestes, il lui conseille de rendre Sītā. Rāvaṇa est inflexible, la guerre est inévitable.
Les armées se préparent. Rāma ordonne aux singes de ne pas prendre forme humaine pendant le combat, ce qui les distinguera de Rāma, Lakṣmaṇa, Vibhīṣana et des quatre autres rākṣasa qui l'accompagnent. Ils grimpent au sommet du mont Susela d'où ils peuvent admirer Laṅkā. Ils y passent la nuit.
Le lendemain, à la vue de Rāvaṇa, Sugrīva s'en va le défier au combat. Rāma lui reproche de ne pas l'avoir consulté avant. Sûr de lui, Rāma envoie Aṅgada porter à Rāvaṇa un message lui annonçant sa mort prochaine. Pendant ce temps, l'armée des singes commence le siège de Laṅkā. Des combats terribles s'engagent entre les rākṣasa munis de nombreuses armes et les singes simplement armés de leurs griffes et de leurs crocs, réduits à lancer des troncs d'arbre et des pierres. Malgré la pluie de traits qui s'abat sur lui, Rāma vainc de nombreux ennemis de ses flèches tranchantes.
Dominé par Aṅgada, Indrajit utilise la magie pour se rendre invisible et en profite pour s'attaquer à Rāma et à Lakṣmaṇa. Transpercés de flèches en forme de serpents venimeux, les deux frères sont très affaiblis. Les singes sont affligés ; Vibhīṣaṇa demande à Sugrīva de reprendre confiance, tandis qu'Indrajit retourne à Laṅkā en annonçant la mort des deux héros.
Rāvaṇa fait monter Sītā sur le char Puṣpaka avec des rākṣasī qui lui font voir le champ de bataille depuis les airs. Ayant vu Rāma et Lakṣmaṇa en si piteux état, elle sombre dans le désespoir, mais la rākṣasī Trijaṭa la rassure.
Voyant son frère mal en point, Rāma envisage de se laisser mourir car il ne peut souffrir de devoir faire de la peine à Sumitrā en lui annonçant la mort de son fils. Cette situation attriste Vibhīṣaṇa, mais Sugrīva lui annonce une issue favorable. Le roi des oiseaux, Garuḍa, intervient de façon spectaculaire. Les serpents qui immobilisaient les deux frères sont mis en fuite ; de son toucher, Garuḍa guérit Rāma et Lakṣmaṇa. Rāma interroge Garuḍa sur les raisons de son amitié ; la monture de Viṣṇu lui demande de ne pas chercher à en savoir plus avant d'avoir vaincu Rāvaṇa.
Les singes sont rengaillardis par la guérison de Rāma. Leurs manifestations de joie sont entendues par Rāvaṇa qui réagit en envoyant combattre son oncle Dhūmrākṣa. Une grande bataille s'engage entre singes et rākṣasa. Hanumān fracasse le crâne de Dhūmrākṣa avec une crête montagneuse. Vajraduṃṣṭra est dépêché par Rāvaṇa ; après un combat difficile, Aṅgada lui coupe la tête en deux. Akampana prend la suite. Des signes funestes se manifestent ; une tempête de sable empêche les combattants de distinguer amis et ennemis ; la terre est recouverte de sang. Akampana parvient à briser de ses flèches le roc que lui lance Hanumān ; cependant, un arbre lancé en pleine tête par ce dernier lui est fatal.
Prahasta, le chef d'état-major de Rāvaṇa organise son armée et sort de Laṅkā sur son char malgré les mauvais présages. Le combat est terrible : la terre est une rivière de sang. En lui lançant un rocher sur le crâne, Nīla vainc Prahasta, faisant fuir les autres rākṣasa.
Rāvaṇa décide de s'engager lui-même dans le combat. Étincelant dans ses attributs royaux, il fait forte impression sur Rāma. Mis en colère par l'enlèvement de Sītā, il est néanmoins certain de vaincre le roi des rākṣasa. Rāvaṇa affronte les singes Sugrīva, Hanumān et Nīla, puis Lakṣmaṇa qui le défie de son arc. Rāvaṇa blesse grièvement le frère de Rāma avec une lance que Brahmā lui avait donnée, mais Lakṣmaṇa, se souvenant qu'il est une portion de Viṣṇu, a suffisamment de force pour survire. Hanumān intervient pour soustraire Lakṣmaṇa du champ de bataille et faire monter Rāma sur son dos pour l'aider à combattre Rāvaṇa, tel Viṣṇu montant sur Garuḍa. De ses flèches semblables à la foudre, il vainc Rāvaṇa, mais il le laisse fuir vers Laṅkā.
Rāvaṇa demande alors qu'on réveille Kumbhakarṇa. Ce frère très puissant a été contraint à un long sommeil par une ruse de Brahmā. Pour le réveiller, on hurle, on le tape avec des arbres, on frappe des éléphants pour qu'ils piétinent le géant. À son réveil, il déclare avoir faim. Après qu'il a été rassasié de sangliers, Rāvaṇa lui explique la délicate situation et lui demande son aide. Kumbhakarṇa lui reproche de gouverner en négligeant le dharma, l'artha et le kāma (devoir, intérêt, plaisir), mais consent à lutter contre Rāma.
Faisant trembler les montagnes, Kumbhakarṇa effraie les singes. Il en massacre et en dévore un grand nombre, puis combat les chefs des singes, Lakṣmaṇa et enfin Rāma qui l'achève en lui tranchant successivement les mains, les pieds et la tête de ses traits d'or dédiés à Indra. Des fils de Rāvaṇa s'ajoutent ensuite à la liste des guerriers rākṣasa tués au combat.
Devant cette débâcle, Rāvaṇa adopte une tactique défensive, mais son fils Indrajit, le vainqueur d'Indra, prétend pouvoir continuer à narguer les dieux en tuant Rāma et Lakṣmaṇa. Avant d'engager bataille, Indrajit offre un sacrifice au Feu qui lui procure des présages de victoire. Ni les singes ni Rāma et Lakṣmaṇa ne peuvent résister à cette puissance armée de rākṣasa, conduite par Indrajit, fort de ses traits dédiés à Brahmā.
Ayant vu tomber les deux héros, les chefs des singes sont démotivés. Vibhīṣaṇa explique que, par respect pour Brahmā, Rāma et Lakṣmaṇa ont laissé ce trait les atteindre. L'ours Jāmbavān pense que tant que vivra Hanumān, la victoire reste possible. Il lui demande de se rendre dans l'Himavān, à la montagne aux herbes, et d'en ramener quatre plantes médicinales qui pourront guérir Rāma et Lakṣmaṇa. Les montagnes tremblent lorsque Hanumān prend son élan pour accomplir sa mission. Parvenu au mont Kailāsa, il n'arrive pas à reconnaître les plantes et reproche au mont son manque de compassion. Hanumān décroche la montagne et la ramène auprès des deux frères. Non seulement les deux frères sont guéris grâce au parfum des plantes médicinales, mais les singes blessés ou morts reprennent vie. Hanumān rapporte le sommet montagneux sur l'Himavān et revient aussitôt.
Sûr de la victoire, Sugrīva ordonne aux singes d'incendier Laṅkā. Des centaines de milliers d'habitants meurent. Les combats entre rākṣasa et singes reprennent. Les valeureux fils de Kumbhakarṇa sont tués : Kumbha par Sugrīva et Nikumbha par Hanumān.
Rāvaṇa envoie Makarākṣa sur le champ de bataille. Rāma lui rappelle qu'il a vaincu dans la forêt Daṇḍaka quatorze mille rākṣasa parmi lesquels figurait son père Khara. Le duel est si acharné que des créatures célestes viennent assister au spectacle : Rāma tue le rôdeur de nuit d'un trait dédie au Feu.
Rāvaṇa envoie son fils Indrajit au combat. Comment celui qui a vaincu Indra ne pourrait-il pas tuer Rāma et Lakṣmaṇa ? Après avoir célébré un nouveau sacrifice dédié à Agni, il utilise la magie pour se rendre invisible des deux frères. Lakṣmaṇa menace d'utiliser l'arme de Brahmā pour exterminer tous les rākṣasa mais Rāma l'en dissuade : tous les rākṣasa ne sont pas aussi mauvais qu'Indrajit. Ce dernier réapparaît devant Hanumān sur son char en compagnie de Sītā, uniquement vêtue d'un linge sale. Il la tue. Après avoir combattu contre l'armée d'Indrajit, Hanumān estime qu'il doit avertir Rāma et Sugrīva du crime d'Indrajit.
À la nouvelle de la mort de Sītā, Rāma s'effondre. Désabusé, Lakṣmaṇa ne croit plus au dharma : s'il existait, Rāma ne subirait de tels tourments. Vibhīṣaṇa intervient : la mort de Sītā n'était qu'une illusion mise en scène par Indrajit. Il lui révèle aussi qu'Indrajit va célébrer un sacrifice au sanctuaire de la Nikumbhilā. Si le sacrifice est mené jusqu'à son terme, Indrajit sera invincible ; s'il est interrompu, Indrajit sera vulnérable.
Lakṣmaṇa, Vibhīṣaṇa et l'armée des singes viennent interrompre le sacrifice d'Indrajit. Harrangués par Vibhīṣaṇa, les singes luttent contre les rākṣasa et un formidable duel s'engage entre Lakṣmaṇa et Indrajit. Les créatures célestes viennent assister au déluge de flèches dédiées à divers dieux puissants annulant leurs effets. Finalement, la tête d'Indrajit est tranchée par une flèche que Lakṣmaṇa a dédiée à Indra et au dharma de Rāma. Cependant, Lakṣmaṇa est blessé ; le singe Suṣena le guérit avec le parfum d'une plante médicinale.
Rāvaṇa est attristé par la mort de son fils. Il se met en colère et se précipite au bois d'aśoka pour tuer Sītā. Perdue, elle maudit la bossue Mantharā. Mais le ministre Supārśva détourne Rāvaṇa de cet acte peu compatible avec ce qu'il a appris du Veda.
Avant de combattre Rāma lui-même, Rāvaṇa demande à son armée de massacrer les singes. Ces derniers prennent refuge en Rāma qui anéantit les rākṣasa. En se déplaçant très vite, Rāma leur donne l'illusion d'être partout à la fois et, croyant l'atteindre, ils s'entretuent. Les dieux louent Rāma pour ses exploits.
Ayant perdu un mari ou un fils, les rākṣasī tombent dans le chagrin, maudissant Śūrpaṇakhā pour avoir tenté de séduire Rāma et Rāvaṇa pour avoir conduit sa race à sa perte. Monté sur un char éblouissant, Rāvaṇa se lance dans la bataille avec trois grand guerriers rākṣasa : Mahodara, Mahāpārśva et Virūpākṣa. Rāvaṇa répand la mort dans l'armée de singes, mais Sugrīva tue Virūpākṣa et Mahodara, et Aṅgada tue Mahāpārśva.
Furieux, Rāvaṇa s'attaque à Rāma. Obscurcissant le ciel de leurs flèches, les deux combattants se transpercent l'un l'autre et utilisent des flèches incantées. Lakṣmaṇa intervient : il brise l'étendard du roi des rākṣasa, tue son cocher et détruit son arc. Vibhīṣaṇa tue les chevaux de Rāvaṇa, mais est frapé par une lance façonnée par Maya. Lakṣmaṇa se porte à son secours mais Rāvaṇa le frappe lui aussi avec cette lance.
Rāma demande aux singes de veiller sur son frère alors qu'il envisage le duel final avec Rāvaṇa. Cependant, à la pensée de la mort prochaine de Lakṣmaṇa, Rāma tombe dans le désespoir. Le singe Suṣena le rassure : il envoie Hanumān chercher des plantes médicinales sur le mont Mahodaya. Encore une fois, Hanumān rapporte le sommet montagneux. Après avoir broyé les plantes, Suṣena les administre à Lakṣmaṇa par le nez. Aussitôt rétabli, il reproche à Rāma de s'être attristé sur son sort : il doit tuer Rāvaṇa.
Pour que le duel soit disputé de façon équitable, Indra décide d'envoyer son cocher Mātali aider Rāma. Monté sur le char d'Indra, Rāma détruit les flèches en forme de serpent de Rāvaṇa en utilisant un trait dédié à Garuḍa. Les démons assistent au duel en soutenant Rāvaṇa tandis que les dieux veulent voir triompher Rāma. Rāvaṇa utilise une pique pure comme le diamant. Les flèches de Rāma ne peuvent rien contre cette arme redoutable ; il parvient enfin à la détruire en utilisant une arme d'Indra apportée par Mātali.
Les deux combattants continuent à se tirer des flèches. Prenant l'avantage, Rāma reproche à Rāvaṇa d'avoir enlevé Sītā et lui annonce sa mort prochaine. De sa propre initiative, le cocher de Rāvaṇa éloigne le char du champ de bataille, ce qui rend Rāvaṇa furieux contre lui. Pendant que Rāvaṇa s'explique avec son cocher, Agastya vient enseigner à Rāma l'Ādityahṛdaya, un hymne védique au Soleil. En le récitant, Rāma s'assure la victoire.
Alors que les présages sont funestes pour Rāvaṇa et heureux pour Rāma, leur duel terrible reprend sous les regards des singes et des rākṣasa qui restent immobiles. Contrairement à Rāvaṇa, Rāma parvient à détruire l'étendard de son adversaire. Ce duel en char est acharné. Les flèches lancées par les deux combattants forment un deuxième ciel ; la terre se met à trembler ; les créatures célestes sont angoissées.
Avec une flèche en forme de serpent, Rāma tranche une des dix têtes de Rāvaṇa, puis une autre... Mais à chaque fois, la tête tranchée réapparaît aussitôt. Le combat se poursuit pendant sept jours et sept nuits sans qu'aucun des combattant ne prennent l'avantage de façon décisive. Mātali suggère alors à Rāma d'utiliser l'arme sacrée de Brahmā contre Rāvaṇa. Tel Vṛtra frappé par Indra, Rāvaṇa est tué par Rāma. Les singes exultent de joie et des musiciens célestes chantent les louanges de Rāma.
Vibhīṣaṇa prononce un éloge funèbre. Mandodarī se lamente devant la dépouille de son époux, elle pense que c'est Viṣṇu en personne qui a vaincu Rāvaṇa. Sous la pression de Rāma, Vibhīṣaṇa fait célébrer les rites funéraires. Rāma fait sacrer ce vertueux Vibhīṣaṇa roi de Laṅkā.
Rāma demande à Hanumān puis à Vibhīṣaṇa de dire à Sītā de se préparer pour se présenter devant lui richement parée. Elle déclare d'abord vouloir voir son époux avant de s'être lavée puis, devant l'insistance de Vibhīṣaṇa, elle finit par accepter pour l'amour de Rāma. C'est dans la confusion que Sītā rejoint son époux en présence de tout le monde. Rāma déclare l'avoir enfin reconquise après avoir vaincu Rāvaṇa, mais il répudie Sītā puisqu'il ne serait pas convenable qu'il la garde après qu'elle a été prisonnière de Rāvaṇa. Pour prouver sa vertu, Sītā fait dresser un bûcher et y pénètre.
Les dieux Kubera, Yama, Indra, Varuṇa, Śiva et Brahmā viennent voir Rāma. Indigné par sa conduite à l'égard de Sītā, Brahmā lui révèle qu'il est Viṣṇu Nārāyaṇa et que Sītā est Lakṣmī. Après que Brahmā a rappelé à Rāṃa les exploits passés de Viṣṇu, le Feu sort du bûcher en tenant Sītā contre lui. Il assure à Rāma qu'elle n'a aucunement péché. Rāma explique que Sītā devait se soumettre à cette épreuve du Feu pour que la rumeur ne puisse pas se moquer de leur couple. Śiva félicite Rāma et lui demande, ainsi qu'à son frère, de rendre hommage à leur père Daśaratha qui vient d'apparaître. Heureux, il dit à Rāma qu'il doit montrer sur le trône, à Lakṣmaṇa, il promet le ciel et il souhaite de Sītā qu'elle n'en veuille pas à Rāma pour l'avoir répudiée. Indra accorde une faveur à Rāma : que les singes ayant rejoint le royaume de Yama soient ressuscités. Indra l'exauce.
Vibhīṣaṇa permet à Rāma d'utiliser le char Puṣpaka pour rentrer à Ayodhyā. Vibhīṣaṇa et les singes souhaitent l'accompagner. Tout le monde embarque à bord du char céleste. Rāma montre à Sītā la cité de Laṅkā et le pont de Nala depuis les airs. Le char survolant Kiṣkindhā, Sītā demande que Tārā et les autres épouses de singes l'accompagnent à Ayodhyā. Rāma accepte et continue la visite guidée en lui montrant le mont Ṛśyamūka, la Pampā, le Janasthāna, l'ermitage d'Agastya, etc. Rāma rend visite à l'ascète Bharadvāja qui lui explique que Bharata règne sur Ayodhyā en se soumettant à ses socques. Il lui accorde un vœu : les fruits et le miel ne manqueront pas à Ayodhyā, même hors saison.
À la demande de Rāma, Hanumān vient rencontrer Bharata. Il lui raconte les événements qui se sont produits. Śatrughna s'occupe des préparatifs pour faire un triomphe à Rāma pour son retour. Bharata honore Rāma à son arrivée et salue tous ceux qui l'accompagnent, les singes ayant pris une forme humaine. Rāma s'incline devant Kausalyā et salue Sumitrā et Kaikeyī. En ayant reçu l'autorisation de Rāma, le char Puṣpaka retourne au séjour de Kubera. Bharata rend pieusement son royaume à Rāma et ordonne qu'on le sacre. Vasiṣṭha procède à l'onction royale de Rāma avec de l'eau pure recueillie par les meilleurs des singes. Le chapelain des Ikṣvāku lui remet un diadème utilisé autrefois lors du sacre de Manu. On le pare d'un parasol blanc en présence des dieux. Des musiciens et danseuses célestes participent à la cérémonie.
Rāma récompense richement les brâhmanes et les singes. Sītā remercie Hanumān en lui remettant un précieux collier. Ses hôtes étant rentrés, Rāma fait de Bharataa son prince héritier, Lakṣmaṇa ayant refusé cet honneur. Pendant son règne long de dix mille ans, Rāma célèbre dix sacrifices de cheval qui contribuent à l'opulence et au dharma dans la cité d'Ayodhyā.
Ce poème de Vālmīki, le Rāmayāṇa, assure la prospérité à tous ceux qui l'entendent.
2006-12-08 23:46+0100 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde III
La date du départ en Inde approche et je ne sais toujours pas quels livres je vais emmener avec moi. Tout-à-l'heure, je suis passé chez les agitateurs pour me ravitailler en livres. J'avais une petite liste, mais je ne suis pas du tout reparti avec ce que j'avais prévu, notamment à la suite de cet échange :
— Bonjour, je cherche The Inheritance of Loss de Kiran Desai.
— Oui, je vais regarder. Vous pouvez répéter le nom ?
— Kiran Desai, D-E-S-A-I.
— Je vais demander à mon collègue.
Le collègue, dont j'avais remarqué quelques minutes plus tôt le côté un peu speed arrive.
— Je voudrais savoir si vous avez The Inheritance of Loss de Kiran Desai, qui a obtenu le Booker Prize cette année.
— Desai, c'est dans ce coin-là !
Il montre le rayon
littérature d'Asieque je venais d'éplucher, puis s'y précipite pour me montrer un exemplaire du dernier roman d'Anita Desai. J'en avais déjà un exemplaire entre les mains...— Voilà !
— Kiran Desai, c'est sa fille.
— Mais ce n'est pas traduit !
— Bien sûr, mais vous ne l'auriez pas dans le rayon anglophone ?
— Non, cela m'étonnerait !
Quand même, je trouve cela assez incroyable que dans une librairie généraliste d'une telle étendue, on ne puisse même pas trouver le livre ayant obtenu le plus grand prix littéraire anglais !
J'espère qu'il se trouvera une librairie anglophone à Allahabad ou à Mumbai où je pourrai trouver mon bonheur.
⁂
J'ai commencé Noces indiennes de
Sharon Maas. Le roman alterne trois histoires qui, au début,
semblent indépendantes, les chapitres étant intitulés Nat
,
Saroj
ou Savitri
du nom du personnage principal de chacune
d'entre elles. C'est un peu déroutant de changer d'époque et de lieux d'un
chapitre à l'autre, mais on s'y habitue.
Une des histoires se passe en Guyane Britannique dans les années 1950-1960. Je découvre avec stupeur le gouffre de méconnaissance que j'ai de ce pays, ancienne colonie britannique, où de nombreux Indiens ont émigré au dix-neuvième siècle.
2006-11-30 21:17+0100 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde III
Le système de distribution de certains journaux gratuits m'énerve 1. Dans les premiers temps, on voyait des amoncellements de papier dans les couloirs du métro. Je suppose que la RATP a agrandi ses poubelles, que la qualité des journaux s'est améliorée ou que les gens les gardent un peu plus longtemps. Au passage, j'ose espérer que les entreprises qui distribuent ces journaux ont eu la bienveillance de proposer des arrangements à la RATP et à la Ville pour les dédommager de la gêne occasionnée par la masse de papier qu'elles engendrent. Maintenant, ce qui m'ennuie, c'est le journal gratuit du soir au parasol rouge. À certains endroits, notamment aux abords de la station de métro Bibliothèque François Mitterrand, la circulation des usages du métro n'est déjà pas très fluide en période de pointe, mais il y a maintenant des parasols rouges à l'effigie d'un journal, des piles de journaux et des gentils distributeurs qui transforment un simple déplacement en métro en véritable slalom, d'autant plus que l'hiver s'approchant, ces lieux ne sont pas très bien illuminés, c'est un miracle s'ils ne se transforment pas quotidiennement en une attraction d'auto-tamponeuses.
⁂
J'ai réussi à obtenir mon visa pour mon
prochain séjour en Inde. Je n'ai pas eu à attendre trop
longtemps à l'ambassade de l'Inde. J'ai eu un bonus d'attente
supplémentaire puisque je ne demandais pas un visa touristique : j'ai dû
attendre qu'en coulisses, on examine les lettres d'invitation
des instituts de mathématiques indiens, mon visa n'est valable que trois
mois (au lieu de six pour un visa touristique standard), mais c'est un visa
de type X !
⁂
Pendant mon attente à l'ambassade de l'Inde, j'ai lu un court roman de George Sand, La mare au diable. C'est l'histoire sympathique du paysan Germain et de la petite Marie. Très bien écrit, peut-être un peu trop : j'aime bien lire des histoires où les personnages s'expriment avec affectation, j'y crois volontiers si ce sont des princes, des sultanes ou des bourgeois, mais j'ai du mal à souffrir les subjonctifs imparfaits et autres tournures recherchées que les personnages de George Sand émettent très fluidement.
Récemment, j'ai aussi lu un premier livre, Le tapis rouge, un recueil de nouvelles de Lavanya Sankaran (traduit de l'anglais) dont le cadre est la ville indienne de Bangalore. Certaines d'entres elles sont très belles, notamment celle qui a donné son titre au recueil.
[1] Je précise que je n'ai jamais lu un de ces journaux ; je ne me permettrais donc pas de critiquer leur contenu.
2006-11-14 07:48+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
J'étais hier soir salle Gaveau pour écouter le programme Virtuosité baroque de l'ensemble Concert Français dirigé par Pierre Hantaï au clavecin.
J'y allais avant tout parce que deux concertos de Bach étaient au
programme, dont le cinquième concerto brandebourgeois (aaah, le solo
de clavecin à la fin du premier mouvement...), mais j'ai également
découvert des œuvres que je ne connaissais pas et qui m'ont bien plu.
Il faudrait que je pense à remédier au fait que je
n'aie pour le moment aucun disque de Telemann...
De Vivaldi, j'ai beaucoup aimé l'étonnante sonate La Follia
.
⁂
Ayant lu plus que d'habitude la semaine dernière, la rubrique booklog dans la colonne de droite défile plus vite que n'arrivent les entrées de blog ; il convient que je parle un peu de ces livres.
J'ai fini de lire le roman Alexis Zorba de Nikos Kazantzaki que l'on m'avait prêté. Le narrateur (dont on ignore le prénom) rencontre Zorba, un personnage énigmatique, qui l'aide à exploiter une mine de lignite en Crète. Dit comme ça, ce n'est pas très attirant ; ce qui est intéressant, ce sont les interrogations du narrateur, ses dialogues avec Zorba au sujet de la nature humaine, etc.
M'étant rendu à la Bibliothèque François Mitterrand pour poursuivre ma lecture du Mahabharata de Jean-Claude Carrière dont je disais du bien il y a quelque temps et celui-ci n'y étant pas en rayon, j'ai regardé tout autour les livres des rangées de littérature sanskrite et me suis laissé tenter par le Gîta-Govinda de Jayadéva, poète du Nord-Est de l'Inde du douzième siècle. Comparé au Cantique des cantiques, il s'agit d'un ensemble de vingt-quatre chansons racontant les amours de Radha et Krishna, tantôt du point de vue de Radha ou de son amie, tantôt de celui de Krishna lui-même. La traduction poétique de Jean Varenne est belle, très agréable à lire. Je n'ai pas vu le temps passer. Cela doit bien être une des premières fois que je lis un livre d'un seule traite.
J'ai également lu Le voile de Draupadi de l'écrivaine française Ananda Devi. Parallèlement au récit principal qui est celui d'Anjali, de son couple et de son fils gravement malade, s'insère harmonieusement par épisodes l'évocation du tragique destin de sa cousine Vasanti. C'est le premier roman de cet auteur que je lis. J'ai aimé son style qui comporte beaucoup d'images très bien pensées. Dans certaines d'entre elles, on peut s'amuser à distinguer des allusions à la mythologie indienne (qui est aussi présente très explicitement à plusieurs reprises, ne serait-ce que dans le titre).
Concernant Andromaque de Racine, j'ai goûté ces vers avec plaisir, plus que ceux d'Iphigénie qui m'avait semblé plus difficile à lire (compte tenu de la langue et du nombre élevé de rebondissements).
Hier, j'ai commencé Le cryptographe de Tobias Hill paru dernièrement en traduction. J'en avais lu une critique positive sur le blog de Clarabel. Ce que j'ai lu pour le moment me donne envie de lire la suite.
2006-10-17 22:16+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Mathématiques
J'ai recommencé mes TD à l'université il y a deux semaines. Cela me demande un peu plus de travail de préparation que les années précédentes puisque ce semestre, j'enseigne à des étudiants de troisième année.
Je remplis mes nouvelles étagères de nouveaux livres. Compte tenu de la taille gigantesque de certaines autres PAL, je n'éprouve plus aucune culpatibilité à voir s'aligner des livres que je n'ai pas encore lus.
J'ai commencé à lire Le Mahabharata, raconté par Jean-Claude Carrière (éditions Belfond). Comme il a l'air épuisé, je vais le lire à la Bibliothèque François Mitterrand. Ce lieu est un peu glauque : les salles de lecture sont très sombres, on n'y voit pas clair même en allumant les petites lampes attachées aux tables. Après en avoir lu un peu plus de la moitié, je trouve ce livre de J.-C. Carrière assez remarquable. Il bénéficie évidemment des qualités que je trouvais au film de Peter Brook. L'histoire est très bien racontée ; tout en allant à l'essentiel, ce récit limpide conserve différents niveaux d'énonciation, comme dans l'épopée, et met en évidence, non sans humour, les côtés paradoxaux que cela comporte : quand Vyasa (le poète épique) et Krishna (la divinité suprême, selon certains) se rencontrent, ils se demandent lequel des deux a créé l'autre ! Le seul petit reproche que je pourrais faire concerne la transcription des noms ou mots sanskrits, qui me semble comporter des erreurs.
Concernant ma discolicité, cela s'arrange : dans quelques jours, je devrais avoir terminé ma première écoute de l'intégrale hänssler de Bach. En effet, depuis à peu près un an, j'écoute les cantates de Bach en suivant le calendrier liturgique. Un cycle entier s'est donc écoulé. Il me reste encore quelque chose comme huit cantates à écouter, mais je pense que je n'attendrai pas le 23 novembre 2008 (prochain vingt-septième dimanche après la fête de la Trinité) pour écouter la cantate BWV 140.
2006-09-12 23:59+0200 (Grigny) — Culture — Cinéma — Lectures — Culture indienne
Aujourd'hui, j'ai enfin achevé ma lecture de la traduction française de l'épopée indienne que je lisais depuis pas mal de temps, Le Rāmāyaṇa de Vālmīki. Au début, je pensais que cela me prendrait deux mois, mais finalement, il m'aura fallu cinq mois...
L'intrigue est moins complexe que celle du Mahābhārata. Par exemple, dans la guerre, du côté du dharma, il y a Rāma et son frère, des milliards de ... de milliards de singes (et d'ours) et cinq rākṣasa, tandis que dans le Mahābhārata, il y a un assemblage hétérocite de peuples. Les caractères des personnages sont moins subtils que dans le Mahābhārata. Par exemple, on ne peut pas trouver de circonstance atténuante à Rāvaṇa alors qu'on pourrait en trouver pour Duryodhana ; il n'y a pas vraiment de personnages comme Bhīṣma qui sont on ne peut plus dharmiques mais qui combattent quand même dans le camp de l'adharma, ici, le vertueux Vibhīṣaṇa rejoint Rāma ; Sītā a pour caractéristiques principales d'être belle, obéissante et fidèle envers Rāma, tandis que Draupadī avait une personnalité beaucoup plus forte. Cependant, il y a lieu d'être choqué par le comportement de Rāma en au moins trois occasions (il rejette l'innocente Sītā deux fois, il décapite un homme de basse caste parce qu'il avait osé pratiquer l'ascétisme). Dans le Mahābhārata, si des héros du camp du dharma commettent de vils actes, on a l'impression qu'ils n'avaient vraiment pas d'autre solution, que c'était absolument inéluctable.
Du point de vue de la mythologie, cette lecture est vraiment très instructive : non seulement les dieux agissent dans l'épopée via les hommes et autres créatures en lesquels ils se sont incarnés, mais on apprend au détour des récits de nombreux épisodes mythologiques mettant directement en scène les dieux (par exemple, le mythe védique de Vṛtra mis à mort par Indra, la descente de la Gaṅgā...). Le dernier chant est tout particulièrement intéressant puisque c'est là que sont lacées toutes les ficelles qui ont été déliées dans les chants précédents.
⁂
Pendant mon voyage en Inde, j'ai acheté une poignée de DVD de films indiens. Il y a quelques jours, j'ai regardé le dessin animé हनुमान, qui raconte l'histoire de ce singe, Hanumān, qui a un rôle si important dans le Rāmāyaṇa. Je ne sais pas trop pour quel public ce film est fait, mais il est clair que si on ne connaît pas déjà l'histoire et les différents noms des principaux dieux, c'est très difficile à suivre puisque de surcroît les épisodes se suivent à grande vitesse (le film fait environ une heure et demie). L'essentiel de ce qui est raconté se trouve dans le Rāmāyaṇa à quelques détails près, mais il y a un ou deux passages assez bizarres. Il est ainsi raconté que dans sa jeunesse, Hanumān aurait vécu un temps une vie d'animal de cirque en compagnie de Viṣṇu et qu'il aurait ainsi bien connu Rāma à la cour de son père Daśaratha, alors que dans l'épopée, ils ne se rencontrent pour la première fois qu'au quatrième chant. Le texte qui défile au début du film m'a beaucoup surpris aussi, puisqu'il y est dit que Hanumān est une incarnation de Śiva ; à ma connaissance, l'épopée n'en fait que le fils du Vent.
2006-08-25 10:56+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde II
J'ai pris mes repas d'hier et de ce matin dans un petit restaurant près
de mon hôtel. Leurs masala dosai sont vraiment excellents, et surtout hier
soir, j'ai mangé un excellent thali. Finalement, ce n'est pas vraiment la
technique qui limite ma vitesse pour le manger, c'est plutôt l'appétit.
Sur une feuille de bananier au fond d'un plat circulaire, j'avais deux
pains, et tout autour une petite dizaine de petits pots contenant diverses
préparations : paneer butter masala, lentilles, riz, une sorte de yaourt,
un petit gâteau sucré, diverses sauces et soupes
... C'était vraiment
excellent.
Je regarde un petit peu la télévision ici, et il y a une chose qui est
assez frappante, c'est la manière dont certains faits divers deviennent des
sujets nationaux dans ce pays de plus d'un milliard d'habitants. Par
exemple, il y a quelques jours, il y a eu tout un scandale parce qu'un
jeune sikh s'est fait couper les cheveux de force par d'autres gamins. De
nombreux sikhs manifestaient de façon assez virulente, et appelaient à un
débat national. Il y avait un débat au sujet de la diversité culturelle, et
quelqu'un déplorait que les jeunes connaissent plus de choses sur Shahrukh
Khan et Madhuri Dixit que sur les grands hommes qui ont fait l'Inde.
Douze indiens ont été retenus prisonniers dans un aéroport
hollandais parce qu'ils auraient eu un comportement suspect dans un avion.
Il y
avait hier un débat télévisé sur la question de savoir si les
non-whites
étaient victimes d'une paranoïa superflue, et un des
intervenants se félicitait de ce que la chaîne de télévision ait simplement
dit qu'ils étaient indiens, sans préciser qu'ils avaient des noms à
consonnance musulmane. Un autre fait divers plus grave : il y aurait eu un
cas de Sati,
à savoir qu'une veuve se serait jetée sur le bûcher funéraire de son mari
(je n'ai lu qu'un seul exemple de cette pratique dans les épopées : Madri,
épouse de Pandu, dans le Mahabharata).
Les autorités locales semblent considérer cela comme un simple suicide.
Il paraît que depuis hier, il n'y a plus que huit planètes dans le système solaire. C'etait bien la peine d'écrire une suite aux Planètes de Holst...
2006-08-02 20:58+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Résumé du Rāmāyaṇa
Ayant pris une taille colossale, le singe Hanumān s'élance dans les airs depuis le mont Mahendra pour franchir l'océan. Les dieux admirent cet exploit et l'Océan lui-même propose son aide au fils du Vent en faisant se dresser des eaux le mont Maināka. Autrefois, les montagnes avaient des ailes, mais de peur qu'elles ne tombassent, Indra les leur coupa. Celles du mont Maināka furent cependant sauvées par Vāyu qui, de son souffle, l'avait précipité dans l'océan. Mais, ayant promis de ne pas s'arrêter en chemin, Hanumān refuse cette aide et poursuit son vol. Les dieux décident de le mettre à l'épreuve en le confrontant à la mère des serpents, Surasā, qui a pris la forme d'une rākṣasī. Celle-ci essaie de le manger, mais Hanumān prend une taille minuscule pour entrer dans sa bouche et en ressortir aussitôt. Il tue aussi la rākṣasī Siṃhikā qui s'est emparé de son ombre. Le singe atterrit finalement à Laṅkā qu'il observe depuis le mont Trikūṭa.
Hanumān prend la taille d'un chat et attend la nuit pour partir à la recherche de Sītā en toute discrétion. En commençant sa visite, la ville de Laṅkā incarnée en rākṣasī l'attaque, mais elle est vaincue. Hanumān découvre la ville : palais richement décorés, espions, guerriers, chants mélodieux des femmes. Entrant dans le palais de Rāvaṇa, Hanumān contemple le char céleste Puṣpaka que Rāvaṇa a dérobé à son demi-frère Kubera. Il y aperçoit Rāvaṇa endormi, entouré de ses femmes livrées à l'ivresse et à la débauche.
N'ayant pas retrouvé Sītā, Hanumān a peur que l'échec de sa mission ne rende Rāma triste au point d'en mourir. Depuis le palais, le singe atteint le bois d'aśoka de ses bonds. Ce bois céleste au sol précieux et traversé par une rivière est idyllique. Il aperçoit, entourée de rākṣasī monstrueuses une femme belle mais vêtue d'un unique tissu jaune sali. Il reconnaît Sītā. Plus tard, il voit Rāvaṇa venir tenter de la séduire, mais elle le repousse en affirmant que Rāma le tuera. Les rākṣasī essayent aussi de faire changer d'avis Sītā et menacent même de la manger. Sītā tombe dans le désespoir, mais une rākṣasī, Trijaṭa, révèle le songe qu'elle a fait : Rāma resplendissant sur le char Puṣpaka en compagnie de Lakṣmaṇa et de Sītā.
Pour approcher Sītā, Hanumān évoque Rāma, sa rencontre avec Sugrīva et les expéditions visant à la retrouver. Ayant entendu cet éloge, Sītā prend cependant peur en voyant ce singe et pense avoir perdu la raison. Elle imagine même que c'est Rāvaṇa qui a pris cette apprence pour mieux la tromper. Mais Hanumān parvient à la consoler. Après lui avoir raconté son histoire, il lui remet la bague que Rāma lui avait confiée en signe de reconnaissance.
Hanumān propose à Sītā de la ramener sur son dos, mais elle refuse, parce que ce ne serait pas convenable et que c'est à Rāma de la ramener après qu'il aura massacré les rākṣasa. Elle demande à Hanumān de faire se hâter Rāma puisque Rāvaṇa la tuera dans deux mois. Elle lui confie aussi plusieurs signes de reconnaissance pour que Rāma la sache en vie. Elle lui raconte ainsi l'histoire d'un corbeau qui l'avait piquée alors qu'elle était avec Rāma après son bain, Rāma le frappa d'un trait dédié à Brahmā qui ne peut pas manquer son but ; ayant pris pitié du corbeau qui avait parcouru le ciel pour échapper à cette arme, Rāma lui laissa la vie sauve en crevant son œil droit. Sītā lui remet aussi une magnifique perle.
Voulant mesurer la force des rākṣasa, Hanumān saccage le bois d'aśoka, puis massacre les kiṅkara que Rāvaṇa, prévenu par les rākṣasī, a envoyés. Il détruit le sanctuaire des rākṣasa et se saisit d'une colonne pour en massacrer les gardiens. Il tue ensuite les fils de Prahasta, ministre et oncle de Rāvaṇa. Après avoir vaincu Akṣa, un des fils de Rāvaṇa, c'est Indrajit qui vient combattre le singe. Cet autre fils de Rāvaṇa avait autrefois vaincu Indra ! Ayant pris une taille prodigieuse, Hanumān résiste aux flèches lancées par Indrajit, mais ce dernier décoche un trait dédié à Brahma. Voulant respecter la volonté du dieu, Hanumān ne résiste pas, se sachant protégé par Brahma, Indra et Vāyu.
Quand les rākṣasa se saisissent de lui, le trait de Brahma perd son effet et Hanumān se laisse faire. Devant Rāvaṇa, il se présente comme un messager de Rāma, critique sa conduite contraire au dharma et lui décrit la force de Rāma. Rāvaṇa veut tuer l'insolent mais son frère Vibhīṣana l'en dissuade. On ne tue pas un messager.
Rāvaṇa lui laisse la vie sauve mais décide de brûler sa queue et de le faire traîner dans toute la ville. Sītā ayant appris cette situation demande au Feu de la fraîcheur pour Hanumān. Le Vent souffle pour exaucer la prière de Sītā. Le singe s'étonne de ne pas souffrir et, après réflexion, il diminue sa taille pour se défaire de ses liens. Il se saisit d'une massue de fer et tue les gardiens d'une des portes de la ville. Il se lance ensuite sur les toits pour incendier Laṅkā et tous ses trésors (en épargnant la maison de Vibhīṣana), apaisant ainsi le feu de sa queue.
Hanumān pense avoir commis une erreur et craint pour la vie de Sītā, mais il entend des voix célestes se réjouir que celle-ci ait réchappé de l'incendie. Le singe vient saluer la princesse et, tel Garuḍa, repart dans les airs en prenant élan sur le mont Ariṣṭa.
Ayant rejoint le mont Mahendra, il raconte ses exploits aux autres singes. Après ce récit, Aṅgada veut tuer Rāvaṇa tout de suite, mais Jāmbavān dit qu'ils doivent d'abord informer Rāma. S'en étant allés joyeux et excités, les singes remarquent le Madhuvana, le magnifique verger de Sugrīva. Ils s'empiffrent alors tous de fruits et de miel jusqu'à l'ivresse. Dépassé par les événements, le protecteur des lieux, Dadhimukha rejoint le roi Sugrīva pour l'informer de ce saccage. Loin de s'en attrister, le roi des singes se réjouit de ce signe du succès de la mission des valeureux singes qui rentrent à Kiṣkindhā.
Hanumān remet à Rāma le bijou de Sītā et raconte son périple.
2006-07-08 19:36+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne
Cela fait bientôt trois mois que je lis le Rāmāyaṇa (Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard).
J'en suis arrivé au chant VI La guerre
(le résumé du chant V Les
merveilles
apparaîtra bientôt dans le résumé que je rédige au fur et
à mesure). Comme certaines subtilités ne sont pas du tout rendues dans
ce résumé, je voudrais faire une petite note pour tenter d'expliquer
quelques difficultés du texte, qui est cependant traduit dans un français
très agréable à lire.
J'ai déjà mentionné plusieurs fois que les personnages (ou dieux) importants des épopées indiennes ont des noms multiples. Pour essayer d'illustrer d'autres aspects qu'un résumé ne peut pas rendre, je vais me hasarder à un petit commentaire d'un extrait.
⁂
Nous sommes au chant VI, chapitre L. La guerre entre le camp du dharma conduit par Rāma et celui de l'adharma du rākṣasa Rāvaṇa a commencé. Les frères Rāma et Lakṣmaṇa sont presque laissés pour morts ; Indrajit, le fils de Rāvaṇa, a utilisé la magie pour les atteindre, les a criblés de flèches venimeuses (les flèches sont en fait d'authentiques serpents). Les deux héros sont paralysés, Rāvaṇa triomphe, la princesse Sītā est désespérée, les singes (qui constituent l'armée de Rāma) sont affolés ; des remèdes sont envisagés, mais une divinité fait une apparition indiscutablement spectaculaire :
Sur ces entrefaites, un vent accompagné de nuages et d'éclairs agita l'eau de l'océan et sembla faire trembler les montagnes. Sous le grand souffle d'aile du vent, les grands arbres de toutes les îles perdirent leurs jeunes branches et s'abattirent dans ses ondes salées. Les serpents qui les habitaient furent pris de terreur, et soudain tous les monstres marins plongèrent dans les eaux.
Alors, tout à coup, Garuḍa, le fils de Vinatā, apparut à tous les singes comme le feu étincelant. À sa vue, ces serpents qui, sous forme de traits puissants, paralysaient les deux hommes prirent la fuite. Suparṇa toucha les deux Kākutstha et les salua, puis il posa ses mains sur leur visage à l'éclat lunaire. Au contact du fils de Vinatā, leurs blessures se cicatrisèrent et leurs corps reprirent rapidement couleur et éclat. Leur rayonnement, leur héroïsme, leur puissance, leur vigueur et leur endurance — ces vertus fondamentales —, leur subtilité, leur intelligence et leur mémoire s'en trouvèrent doublés.
Garuḍa est le roi des oiseaux, c'est aussi l'ennemi mortel des
serpents ; la terreur des serpents dans le premier paragraphe est
annonciatrice de l'intervention de Garuḍa, aussi appelé Suparṇa, ou
Vainateya (fils de Vinatā
) ; son action est conforme à son profil,
puisqu'il fait fuir les serpents qui paralysaient les deux frères.
Le conflit entre Garuḍa et les serpents fait partie d'un ensembles de mythes très importants dans la mythologie indienne. Dans le mythe-cadre du Mahābhārata est racontée la rivalité entre les deux sœurs Kadrū et Vinatā, épouses de Kaśyapa. Kadrū est la mère de mille serpents tandis que Vinatā a deux fils, qui sont des oiseaux : son premier fils la maudit puisqu'elle l'a rendu difforme en brisant son œuf trop tôt, son deuxième fils Garuḍa promet de défaire cette malédiction. Vinatā devient l'esclave de Kadrū, et Garuḍa dérobe l'ambroisie (amṛta) aux dieux pour la donner aux serpents en échange de la liberté de sa mère. Mais il conclut un pacte avec Indra pour empêcher par la ruse les serpents de s'emparer de l'ambroisie. Sa mère est libérée, l'ambroisie revient aux dieux et il mange des serpents.
Une autre fonction de Garuḍa est d'être l'emblème ou la monture de Viṣṇu. Un peu plus loin dans ce chapitre, il dit à Rāma :
Quelque désir que tu en aies, tu ne dois pas chercher à connaître le motif de mon amitié. Tu le sauras quand tu auras rempli ta mission par cette guerre.
À ce stade, Rāma ignore qu'il est la descente du dieu Viṣṇu sur terre (il est l'avatāra). L'apparition de Garuḍa est un des nombreux indices de cette mission divine.
⁂
Si le texte présente des difficultés, il y a des passages qui sont beaucoup plus aisés à lire. Il y a par exemple une figure de style qui intervient très souvent dans l'épopée : le rūpaka. Au chapitre LII du chant VI, on lit par exemple :
Ce fut un combat effroyable, colossal par le nombre des combattants, par celui des armes, rochers, arbres utilisés, une symphonie où la corde des arcs remplaçait celle des luths mélodieux, où la mesure était battue par les hoquets des chevaux, dont les chœurs étaient les barris des éléphants blessés.
Il s'agit d'une comparaison entre le combat et une symphonie, certains éléments de l'un étant identifiés à des éléments homologues de l'autre.
2006-06-25 21:53+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Résumé du Rāmāyaṇa
Rāma se réjouit de la vue de la Pampā magnifiée par le printemps. La beauté de cette rivière attise sa peine d'avoir perdu Sītā. Certain qu'ils vaincront Rāvaṇa et retrouveront Sītā, Lakṣmaṇa réconforte Rāma.
Les deux frères ayant franchi la Pampā, le singe Sugrīva les aperçoit du mont Ṛśyamūka et prend peur en imaginant qu'ils ont été envoyés par son ennemi de frère, Vālin, roi des singes. Il demande alors au fidèle Hanumān de se présenter aux deux héros en prenant la forme d'un moine. Hanumān est rapidement rassuré sur leurs intentions. Un pacte d'amitié est célébré entre Rāma et Sugrīva : les singes aideront Rāma, mais il devra préalablement abattre Vālin. Sugrīva montre à Rāma et à Lakṣmaṇa les parures que Sītā avait laissé tomber.
Rāma invite Sugrīva à raconter les raisons de son inimitié avec son frère aîné. Sugrīva explique alors que son frère Vālin avait succédé à leur père. Un asura à l'apparence d'un buffle, Māyāvin, défia Vālin ; avant que leur combat ne se poursuivît au fond d'une crevasse qui s'était ouverte dans le sol, Sugrīva promit à son frère de garder l'entrée du gouffre. Le combat s'éternisa. Au bout d'un an, Sugrīva considéra sincèrement que son frère devait être mort, il bloqua l'entrée de la crevasse avec une pierre et se fit sacrer roi. Mais Vālin revint, victorieux de son combat et furieux envers son frère qu'il chassa de Kiṣkindhā, la capitale de son royaume. Sugrīva, accompagné Hanumān, Nala, Nīla et Tāra, vint se réfugier sur le Ṛśyamūka où ils seraient à l'abri de Vālin, celui-ci ne pouvant y pénétrer sous peine de mort du fait d'une malédiction prononcée par l'ascète Mataṅga qui reprochait au singe d'avoir répandu sur son ermitage une pluie de sang lors de son combat avec l'asura Dundubhi.
Conscient de la force de son aîné, Sugrīva doute de celles de Rāma et le met à l'épreuve : Rāma projète d'un seul orteil le corps de Dundubhi à dix lieues et lance une flèche qui traverse sept arbres śāla, une montagne et les enfers avant de revenir dans son carquois. Le singe est rasséréné, et on décide de partir pour Kiṣkindhā. Sugrīva défie son frère Vālin, un combat terrible s'engage, mais Rāma renonce à lancer la flèche fatale qu'il avait promis de lancer en direction de Vālin : les deux singes lui sont indistinguables, tels les Aśvin, les dieux jumeaux. Sugrīva se réfugie à nouveau sur le Ṛśyamūka et Rāma lui fait remettre par Lakṣmaṇa une fleur à se mettre autour du cou en signe de reconnaissance. Sugrīva revient défier Vālin. Tārā, l'épouse de Vālin, sait que Rāma est l'allié de Sugrīva, et incite le roi des singes à préférer l'amitié de Rāma plutôt qu'à le combattre. Mais Vālin décide de lutter contre son frère, mais il est frappé par une flèche de Rāma. Il débat avec Rāma de la légalité de ce coup avant de prendre refuge en lui. Tārā vient se lamenter devant le corps de son mari, mais Hanumān la réconforte en lui rappelant qu'elle doit veiller sur son fils Aṅgada. Avant de mourir, Vālin confie son fils Aṅgada, son épouse Tārā et un collier d'or protecteur à Sugrīva. Affligés, Tārā et Sugrīva sont réconfortés par Rāma. Les rites funéraires sont effectués, Sugrīva est couronné et Aṅgada fait prince héritier.
Rāma décide de laisser passer la saison des pluies avant d'aller combattre Rāvaṇa. Avec son frère, il vient passer cette saison dans une grotte sur le mont Prasravaṇa situé non loin de Kiṣkindhā. La saison des pluies attise encore la douleur de Rāma, qui fait confiance en la promesse de Sugrīva de l'aider à la retrouver. Pendant ce temps, Sugrīva se livre au plaisir avec son épouse Rumā et avec Tārā. Cependant, Hanumān lui rappelle ses devoirs et il finit par demander à Nīla de rassembler toutes ses troupes. C'est le début de l'automne et Rāma est en colère contre Sugrīva qui semble ne pas tenir parole. Lakṣmaṇa ne peut contenir sa fureur : il décide de descendre à Kiṣkindhā avec son arc en ayant l'intention de tuer Sugrīva. Apprenant cela, le roi des singes ne comprend pas ce qu'on lui reproche, mais Hanumān lui demande de faire profil bas. Par son discours, Tārā parvient à apaiser Lakṣmaṇa qui reproche à Sugrīva son ingratitude. Des troupes de dizaines de milliards de singes se mettent en route pour Kiṣkindhā et Rāma se réconcilie avec le roi des singes. Sugrīva ordonne à ses troupes de partir à la recherche de Sītā aux quatre coins du monde et de revenir dans un délai d'un mois. Des expéditions sont ainsi lancées vers l'Est, le Sud, le Nord et l'Ouest. Au bout d'un mois, les singes partis à l'Est, au Nord ou à l'Ouest reviennent sans avoir aperçu Sītā.
L'expédition chargée d'explorer le Sud est dirigée par Aṅgada et comporte notamment Hanumān, Tāra et Jāmbavān, le roi des ours. Cette exploration exhaustive s'avère difficile. En parcourant la région du mont Vindhya, ils découvrent un grand trou, le Ṛkṣabila, dont s'échappent des oiseaux. Ils y descendent et trouvent un lieu extraordinaire pour sa végétation, ses eaux et ses palais. Ils y recontrent une femme ascète, Svayamprabhā. Elle garde cette demeure construite par l'architecte Maya et appartenant à l'apsaras Hemā depuis que Brahmā la lui offrit. L'ascète nourrit les singes et les fait sortir du souterrain magique.
Ils aperçoivent alors l'océan. Le délai d'un mois accordé par Sugrīva pour retrouver Sītā s'est écoulé, les singes craignent le châtiment pour avoir failli à leur mission. Sous l'impulsion d'Aṅgada, ils commencent même à se laisser mourir quand ils entendent le cri du vautour Sampati à qui ils apprennent la mort de son frère Jaṭāyus. Le vautour leur raconte son histoire. Autrefois, son frère et lui avaient tenté de s'approcher au plus près du soleil. Quand ils ne purent que redescendre, Sampati protégea son frère des brûlures du soleil. Les ailes brûlées, il ne pouvait se déplacer et ne pensait plus qu'à mourir quand il vit le ṛṣi Niśākara qui lui raconta la mission qu'il devrait accomplir : quand il verrait des singes, il devrait leur parler de l'épouse de Rāma ; ainsi, il pourrait retrouver ses ailes. Sampati indique donc aux singes que Rāvaṇa s'est emparé de Sītā, ses ailes de mettent à pousser et il s'envole.
Laṅkā, la cité de Rāvaṇa, est située de l'autre côté de l'océan, long de cent lieues. Les singes se demandent lequel d'entre eux sera capable de le franchir d'un bond. Un premier affirme pouvoir sauter dix lieues, un autre vingt lieues, etc. Le vieux Jāmbavān pense être capable de sauter quatre-vint-dix lieues et affirme qu'Aṅgada serait en mesure d'accomplir cette mission qui ne saurait cependant être confiée au chef. Il se tourne alors vers Hanumān, qui était resté silencieux, et vante ses qualités. Sa mère, l'apsaras Puñjikasthalā, épouse fidèle du singe Kesarin, avait été surprise par Vāyu, le dieu du vent. Dans sa jeunesse, Hanumān avait bondi pour tenter de se saisir du soleil lors de son lever et Indra l'avait frappé de son foudre, le blessant à la machoire, ce qui mit en colère Vāyu qui s'arrêta de souffler. Pour apaiser le dieu du vent, Brahmā avait accordé à Hanumān l'invulnérabilité aux armes et Indra le privilège de choisir le moment de sa mort. Jāmbavān demande à Hanumān de franchir l'océan comme Viṣṇu avait parcouru le monde en trois pas.
Hanumān est fort des qualités de Vāyu et se compare à Garuḍa, le roi des oiseaux. Il affirme que le sol ne supportera pas le choc provoqué par son bond. Il décide de prendre appui sur le mont Mahendra pour s'élancer. Alors que le mont commence à hurler, et les animaux à prendre peur, Hanumān pense à Laṅkā.
2006-05-20 20:56+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Résumé du Rāmāyaṇa
Rāma, Lakṣmaṇa et Sītā entrent dans la forêt Daṇḍaka. Le terrifiant rākṣasa Virādha s'approche d'eux, s'empare de Sītā et adresse des reproches aux deux frères : des ascètes ne devraient pas porter d'armes et être accompagnés d'une femme. Un combat s'engage, mais Virādha ne peut être tué. Il s'agit en fait du gandharva Tumburu transformé en rākṣasa à la suite d'une malédiction prononcée par Kubera. Rāma a l'idée de demander à Lakṣmaṇa d'enterrer le rākṣasa. Tumburu reconnaît alors celui qui va le délivrer de sa malédiction. Avant de mourir, il lui indique comment rejoindre l'ascète Śarabhaṅga.
Peu avant que Rāma ne rencontre Śarabhaṅga, il aperçoit le char célestre d'Indra qui converse avec l'ascète. Le roi des dieux s'en étant allé, Rāma interroge Śarabhaṅga qui lui dit qu'après avoir rencontré le vertueux Rāma, le temps est venu pour lui de monter au ciel. Avant d'entrer dans le feu, il lui indique le chemin le long de la Gaṅgā qui le mènera à Sutīkṣṇa. De nombreux ascètes terrifiés par les rākṣasa viennent demander protection à Rāma qui la leur accorde. Quand Rāma rencontre Sutīkṣṇa pour lui demander conseil, ce dernier vient également de recevoir une visite d'Indra. Sutīkṣṇa ordonne à Rāma d'aller d'ermitage en ermitage et de revenir le voir. Après le départ, Sītā s'inquiète : elle a peur que Rāma se montre violent. Il a en effet promis de protéger des rākṣasa les ṛṣi vivant dans la forêt Daṇḍaka. Mais Rāma la rassure : il ne fait là que son devoir de kṣatriya et il tiendra sa parole. Les héros aperçoivent ensuite un lac magnifique, le Pañcāpsaras du fond duquel est émise une musique mélodieuse accompagnant les divertissements du sage Māṇḍakarṇi et de cinq apsaras. Ils vivent paisiblement pendant dix ans en évoluant d'ermitage en ermitage avant de revenir trouver Sutīkṣṇa. Rāma lui demande la permission d'aller voir le ṛṣi Agastya. L'ascète approuve et lui indique le chemin vers l'ermitage du frère d'Agastya.
En arrivant à cet ermitage, Rāma raconte un exploit d'Agastya. L'asura Ilvala invitait des brâhmanes à prendre un repas et leur faisait manger son frère Vātāpi qui avait pris la forme d'un bélier ; après le repas, Ilvala demandait à Vātāpi de sortir du corps des brâhmanes, ce qui déchirait leur corps et provoquait leur mort. Les dieux demandèrent à Agastya de mettre fin à ce brâhmanicide. Alors qu'Agastya venait de manger, Ilvala demanda à son frère de sortir, mais Agastya répondit en riant qu'il l'avait digéré pour de bon. Après avoir rencontré son frère, Rāma, Lakṣmaṇa et Sītā parviennent à l'ermitage d'Agastya. Le ṛṣi remet à Rāma des armes divines : un arc, deux carquois inépuisables, une épée et le trait de Brahmā. Il lui indique aussi un lieu agréable pour établir son ermitage : Pañcavaṭi, où coule la Godāvarī.
Sur la route de Pañcavaṭi, Rāma rencontre le vautour Jaṭāyus, un ami du roi Daśaratha. Il promet de protéger Sītā en cas d'absence de Rāma et de Lakṣmaṇa. Les héros s'établissent à Pañcavaṭi. Quand l'hiver commence, Lakṣmaṇa en fait l'éloge à Rāma qui apprécie cette saison. Un jour, la rākṣasī Śūrpaṇakhā aperçoit Rāma et en tombe amoureuse. Cette hideuse sœur de Rāvaṇa révèle ses sentiments à Rāma. Mais les deux frères se jouent d'elle, celle-ci se rue sur Sītā, sa rivale. S'indignant du peu d'humour de la rākṣasī, Rāma ordonne à son frère de la mutiler. Lakṣmaṇa lui tranche les oreilles et le nez. La rākṣasī vient trouver son frère Khara qui envoie aussitôt quatorze rākṣasa pour la venger. Ceux-ci sont tués par Rāma. Elle se représente devant Khara pour l'exhorter à tuer lui-même Rāma. C'est toute une armée de quatorze mille rākṣasa du Janasthana menée par Khara qui va combattre Rāma. Remarquant des signes funestes, Rāma ordonne à Lakṣmaṇa de se réfugier avec Sītā dans une caverne. À lui tout seul, Rāma extermine les quatorze mille rākṣasa et tue Khara à l'issue d'un combat singulier. Des pluies de fleurs tombent sur Rāma qui est acclamé par les dieux et les ṛṣi tandis que Lakṣmaṇa et Sītā reviennent de leur cachette.
Un rākṣasa nommé Akampana est parvenu à s'enfuir et se rend à Laṅkā pour avertir Rāvaṇa. Ce rākṣasa aux dix cous veut tuer Rāma, mais Akampana lui suggère de s'en prendre plutôt à Sītā, Rāma étant aussi puissant que Viṣṇu. Rāvaṇa part sur son char tiré par des ânes demander à Mārica de l'aider à enlever Sītā. Celui-ci a déjà été vaincu par Rāma, il dissuade Rāvaṇa d'agir ainsi. De retour à Laṅkā, Rāvaṇa écoute une diatribe de Śūrpaṇakhā. Rāvaṇa n'utiliserait pas d'espions, ce qui en ferait un roi mal informé ; il se comporterait mal ; Rāma et Lakṣmaṇa seraient très puissants, mais en épousant Sītā, Rāvaṇa pourrait profiter d'une très belle femme. Rāvaṇa ne résiste pas à ces arguments et retrouve Mārica. Celui-ci fait l'éloge de Rāma et met en garde Rāvaṇa : Rāma pourrait anéantir tous les rākṣasa. Mais Rāvaṇa est là pour donner des ordres. Mārica ne peut qu'accepter de mettre en œuvre la ruse visant à enlever Sītā.
Les rākṣasa pouvant changer d'apparence, Mārica
prend la forme d'une antilope gracieusement recouverte de pierres
précieuses et se rapproche de l'ermitage de Rāma. En apercevant cette
antilope magique, Sītā est émerveillée et demande à Rāma de la lui
rapporter. Bien que Lakṣmaṇa évoque une possible ruse de rākṣasa, Rāma s'éloigne de l'ermitage pour la capturer
après avoir demandé à son frère de protéger Sītā pendant son absence. La
poursuite de l'antilope s'éternisant, Rāma décide de décocher une flèche
pour la tuer. Avant d'expirer, Mārica reprend sa forme de rākṣasa et imite la voix de Rāma pour crier Sītā !
Lakṣmaṇa ! Au secours !
. Entendant ce cri, Sītā ordonne à Lakṣmaṇa de
partir sauver Rāma. Celui-ci soupçonne encore une ruse de rākṣasa et préfère respecter l'ordre de son puissant
frère. Mais Sītā l'accuse de comploter avec Bharata contre Rāma. Lakṣmaṇa
s'incline devant Sītā et part à la recherche de Rāma.
Rāvaṇa prend l'apparence d'un mendiant pour entrer dans l'ermitage où Sītā, seule, l'accueille avec tout le respect dû à un brâhmane. Il tente de la séduire et lui demande comment une femme aussi belle s'est retrouvée dans un lieu aussi sordide. Sītā lui raconte son histoire et interroge Rāvaṇa à son tour. Celui-ci décline son identité de roi des rākṣasa et demande sans détour à Sītā de l'accompagner à Laṅkā et de l'épouser. Elle lui annonce qu'en lui manquant ainsi de respect, il court à sa perte. Tandis que Rāvaṇa l'emmène de force sur son char, les cris de Sītā réveillent le vautour Jaṭāyus qui vient à son secours. Il parvient à démolir le char de Rāvaṇa mais ce dernier le met à mort et emporte Sītā dans les airs. Apercevant des singes au sommet d'une montagne, elle laisse tomber un vêtement recouvert de parures précieuses en espérant qu'ils informeront Rāma de son enlèvement. Après avoir traversé la Pampā, Rāvaṇa arrive à Laṅkā et installe Sītā dans son gynécée. Répondant à de nouvelles protestations de Sītā, il lui dit que si elle n'accepte pas de l'épouser dans les douze mois, il la mangera. Sītā est conduite à un bois d'aśoka et souffre de son chagrin.
Pendant ce temps, Lakṣmaṇa retrouve Rāma qui lui reproche d'avoir laissé Sītā seule. De retour à l'ermitage, cherchant Sītā avec obstination, pensant qu'elle joue à cache-cache ou interrogeant en vain les créatures de la nature, Rāma tombe dans le désespoir. Les deux frères trouvent finalement les fleurs que Sītā nouait à ses cheveux et les débris du char d'un rākṣasa. Furieux, Rāma s'apprête à embraser l'univers si les dieux ne lui rendent pas Sītā, mais Lakṣmaṇa le ramène à la raison : il faut trouver l'ennemi et le tuer. En découvrant Jaṭāyus, Rāma croit voir l'assassin de Sītā, mais avant de mourir, le vautour lui raconte l'enlèvement de Sītā par Rāvaṇa. Les deux frères procèdent à ses rites funéraires et prennent la direction du sud.
Une autre rākṣasī, Ayomukhī, enlace Lakṣmaṇa, mais celui-ci lui coupe le nez, les oreilles et les seins. Les deux frères rencontrent ensuite Kabandha, un rākṣasa gigantesque, n'ayant ni tête ni jambes. Ayant une bouche sur le tronc, il engloutissait les créatures qu'il attrapait avec ses longs bras. Un premier temps capturés, ils lui coupent les deux bras de leur épée. Kabandha est en fait un beau prince qui a pris cette forme hideuse à la suite d'une double malédiction d'Indra et d'un brâhmane. Seul Rāma pouvait l'en délivrer. Ayant repris sa forme splendide, il incite Rāma à se lier d'amitié avec le singe Sugrīva, fils du Soleil, qui réside sur le mont Ṛśyamūka.
Le chemin des deux héros chemin croise l'ermitage qu'occupait Mataṅga ; sa disciple Śabarī les reçoit généreusement avant de s'immoler dans les feu, des ṛṣi lui ayant annoncé que l'accueil prodigué à Rāma l'autoriserait à rejoindre les mondes suprêmes. C'est un paysage idyllique qu'ils trouvent aux abords de la Pampā où foisonnent les lotus. Rāma et Lakṣmaṇa sont résolus à franchir cette rivière d'où se dresse le mont Ṛśyamūka.
2006-05-07 23:01+0200 (Grigny) — Culture — Cinéma — Lectures — Culture indienne
Je viens de lire le roman Devdas de Sarat Chandra Chatterjee, traduit du bengali par Amarnath Dutta et paru récemment dans la collection La Voix de l'Inde, Les Belles Lettres. Les personnages principaux sont Devdas, son amie d'enfance Parvati 1 et la courtisane Chandramukhi. Ce livre a été adapté de nombreuses fois au cinéma, mais je n'en connais que l'adaptation de 2002 due à Sanjay Leela Bhansali, intitulée elle aussi Devdas. Bien que la couverture du roman soit une image tirée du film, il est manifeste que le film n'est pas une adaptation très fidèle au roman.
Il y a quelques différences sans grande importance. Dans le film, Devdas est allé faire ses études en Londres ; dans le livre, c'est à Kolkata. Dans le livre, Parvati appartient à une famille de commerçants ; dans le film, sa mère est une danseuse (ce qui donne l'occasion d'une séquence musicale...).
Mais il y a des différences plus essentielles. Le caractère de certains
personnages est profondément altéré : dans le film, le mari de Parvati est
extrêmement antipathique, celui du livre est plutôt sympathique. Le rôle de
Chandramukhi est beaucoup plus important dans le livre. Le film contient la
fameuse danse de la lampe
; il s'agit de la lampe conservée allumée
pendant plusieurs années par Parvati comme symbole de son amour pour
Devdas ; dans le livre, Parvati a bien une lampe à l'huile, mais elle ne
symbolise rien de particulier. La plus belle séquence de danse réunit
Parvati et Chandramukhi 2 ;
dans le livre, elles ne se rencontrent jamais.
Comme il y aurait lieu d'être déçu par le film en tant qu'adaptation, je conseillerais de commencer par visionner le film et de lire ensuite le livre plutôt que l'inverse. Ce film est vraiment excellent, superbement esthétique, un des rares films bollywoodiens que je conseillerais à quiconque sans la moindre hésitation 3.
[1] Son nom est curieusement orthographié
en Parvoti
. Si le prénom bengali correspond bien au nom
de la déesse, il est étrange de ne l'avoir pas écrit Parvati
.
M'enfin, je suppose que le traducteur a ses raisons.
[2] Cette séquence de danse est absolument époustouflante. C'est de très loin la plus belle que j'ai vue pour le moment, à la fois pour la musique, la chorégraphie et pour la façon dont elle est filmée.
[3] Les parisiens peuvent voir ce film sur grand écran : il passe le dimanche après-midi au cinéma le Brady l'Albatros, boulevard de Strasbourg.
2006-05-06 22:55+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Résumé du Rāmāyaṇa
Voici le deuxième épisode. Si vous préférez une version imprimée, j'ai ook-ooké rapidement un petit programme pour convertir mes entrées de blog (en XML) en source TeX (en convertissant les signes diacritiques de la transcription IAST du sanskrit au passage). Il y a donc une version PDF de ce résumé ; je la mettrai à jour à chaque nouvel épisode.
⁂
La conduite de Rāma étant en tous points exemplaire, le roi Daśaratha décide d'en faire son prince héritier. Tandis que se prépare cette cérémonie dans l'allégresse générale, Mantharā, l'esclave bossue de Kaikeyī, incite sa maîtresse à s'opposer à cette consécration : elle aurait beaucoup à perdre avec le couronnement de Rāma, mais elle pourrait utiliser une promesse ancienne de Daśaratha pour tourner la situation à son avantage. En effet, après que Kaikeyī lui eut sauvé la vie autrefois, le roi avait accordé deux faveurs à sa favorite. Malgré les réticences premières de Kaikeyī qui affirme ne pas faire de différence entre Rāma et son propre fils Bharata, Mantharā la persuade de demander au roi d'une part que Rāma soit exilé dans la forêt et d'autre part que Bharata soit consacré prince héritier à la place de Rāma.
Après que Kaikeyī eut rappelé à Daśaratha sa promesse et que celui-ci eut promis d'exaucer les deux faveurs qu'elle lui demanderait, Kaikeyī annonce ses prétentions, ce qui plonge Daśaratha dans le désarroi. Le roi loue Rāma et arguë qu'il ne peut infliger une telle punition à ce fils et à son épouse Sītā, mais comme Kaikeyī le lui fait remarquer, en ne respectant pas ses désirs, il trahirait sa parole. Malgré ses supplications, Kaikeyī refuse de renoncer à ses demandes. Le roi est effondré.
La foule, inconsciente de ce qui vient de se passer, acclame Rāma lorsque celui-ci se rend au palais royal. Rāma, s'étonnant de ce que son père ne réponde pas à son salut, lui demande s'il a commis une faute. Mais Daśaratha ne répond rien, c'est Kaikeyī qui annonce ce qui a été décidé. Rāma accepte aussitôt d'accomplir la décision que son père a été contraint de prendre : il s'exilera dans la forêt des Daṇḍaka pendant quatorze ans.
Malgré les protestations de sa mère Kausalyā et de son frère Lakṣmaṇa, Rāma ne change pas d'avis : bien que sa nature de kṣatriya lui permettrait de triompher par la force, il veut avant tout respecter la décision de son père. Par dévotion pour son époux, Sītā demande à Rāma de l'autoriser à l'accompagner dans son exil. Après lui avoir rappelé les dangers et les privations qu'implique la vie dans la forêt et constaté son abnégation, il accepte. Lakṣmaṇa accompagnera aussi le couple pour le protéger. Après avoir fait don de ses richesses, Rāma met son vêtement ascétique formé d'écorce ; Kaikeyī voudrait que Sītā revête également ce vêtement, mais le chapelain Vasiṣṭha intervient en disant que cela ne faisait pas partie des faveurs accordées à Kaikeyī. Par conséquent, Sītā restera habillée de ses plus beaux vêtements.
Rāma, Lakṣmaṇa et Sītā s'en vont sur le char du cocher Sumantra. De nombreux habitants d'Ayodhyā les suivent, mais Rāma fait en sorte qu'ils perdent leur trace le lendemain. La ville d'Ayodhyā est en pleine désolation lorsque Rāma quitte son royaume. Tandis que Sumantra rentre à Ayodhyā, les trois héros traversent la Gaṅgā avec l'aide de Guha, le roi des Niṣāda. Ils arrivent chez l'ascète Bharadvāja, au confluent de la Gaṅgā et de la Yamunā. Le lendemain, Bharadvāja conseille à Rāma de s'établir au mont Citrakūṭa. Ils traversent la Yamunā sur un radeau pendant que Sītā adresse des prières à la déesse associée à la rivière, puis à un banian situé sur l'autre rive. Après avoir rencontré Vālmīki, ils effectuent les rites de fondation tandis qu'ils s'installent dans le Citrakūṭa.
Quand Sumantra rentre à Ayodhyā, il trouve une ville désolée ; il vient donner des nouvelles de Rāma au roi. Daśaratha se reproche d'avoir cédé aux demandes de Kaikeyī. Bien que rassurée par Sumantra sur la capacité de Rāma, de Lakṣmaṇa et de Sītā à vivre dans la forêt, Kausalyā reproche à Daśaratha de leur avoir infligé ce sort. Celui-ci pense savoir pour quelle faute passée il est puni. Pendant une nuit, dans sa jeunesse, il ne se fia qu'à son oreille pour décocher une flèche dans ce qu'il pensait être un éléphant qui s'abreuvait à la rivière ; il s'agissait d'un anachorète venu remplir une cruche d'eau. Avant de mourir, il lui expliqua qu'il était venu prendre cette eau pour ses parents aveugles ; Daśaratha vint les trouver pour leur expliquer ce qui venait de se passer. Avant de mourir avec son épouse, l'ascète lança une malédiction à Dasáratha : il mourrait de chagrin à cause du sort de son fils. C'est en parlant ainsi à Kausalyā et Sumitrā que Daśaratha expire. Aucun de ses fils n'étant présent, son corps est conservé dans de l'huile.
Tandis que Bharata fait un rêve de mauvais augure, des messagers arrivent à la capitale des Kekaya pour lui transmettre un message de Vasiṣṭha lui annonçant qu'il a une tâche importante à accomplir. En arrivant à Ayodhyā, Bharata a l'impression de voir une forêt ; il vient trouver Kaikeyī au palais royal. Elle lui annonce la mort de son père et l'exil de Rāma, Lakṣmaṇa et Sītā. Bharata est ulcéré du comportement de sa mère et jure qu'il fera revenir Rāma. Kausalyā vient lui adresser des reproches, mais il affirme qu'il ne connaissait pas l'intention de sa mère et maudit tout homme qui aurait consenti au départ de Rāma.
Les rites funéraires accomplis, Bharata décide de refuser la royauté : il veut faire revenir Rāma et accomplir lui-même les quatorze années d'exil. Alors que son frère Śatrughna menace de tuer la bossue Mantharā, Bharata intervient en disant que Rāma n'accepterait pas cette violence. Bharata envoie de nombreux ouvriers, géomètres, etc. sur le chemin qui doit le mener à Rāma pour qu'ils y construisent une route magnifique. Bharata s'en va avec sa grande armée. Ses ministres, ses chapelains et les épouses de Daśaratha sont également du voyage. Quand ils arrivent au royaume des Niṣāda, le roi Guha qui les accueille s'inquiète de la présence de cette armée : l'odieux Bharata ne voudrait-il pas du mal à Rāma ? Bharata le rassure sur ses intentions, Guha l'accueille chaleureusement et aide Bharata et son armée à traverser la Gaṅgā.
Bharata et Vasiṣṭha viennent seuls à la rencontre de Bharadvāja. L'ascète veut lui aussi savoir si Bharata ne cherche pas à se débarasser de Rāma. Bharata le rassure et lui demande où se trouver Rāma. Bharadvāja demande à Bharata de faire venir son armée, puis invoque les dieux (parmi lesquels Viśvakarman, l'architecte des dieux) pour faire apparaître des merveilles : de magnifiques demeures, des écuries, un palais, des troupes d'apsaras, de la musique enchanteresse, des rivières de riz au lait, etc. Les soldats commencent à se dire qu'ils resteraient bien dans ce décor paradisiaque, mais ces jouissances s'achèvent avec la fin de la nuit.
Le lendemain, Bharata remercie le ṛṣi pour son accueil et se fait indiquer le chemin vers le mont Citrakūṭa. La grande armée se met en marche en effrayant les animaux sauvages par son vacarme. Bharata se dirige vers un endroit d'où se dégage de la fumée. Pendant ce temps-là, Rāma décrit à Sītā l'harmonie qui régnait dans le lieu où ils se trouvent, ce qui l'aide à s'accommoder de la perte de la royauté. Mais le vacarme perturbe cette harmonie ; juché sur un arbre, Lakṣmaṇa aperçoit une armée et en informe Rāma qu'il s'agit de Bharata, venu pour les tuer. Rāma n'est pas de cet avis : il pourrait conquérir la terre sans difficulté, mais là n'est pas son devoir, c'est Bharata qui doit régner et ce dernier n'a pas de mauvaise intention. Rāma propose ironiquement de demander à Bharata que ce soit Lakṣmaṇa qui soit fait roi.
Bharata vient toucher les pieds de Rāma. Celui-ci l'interroge sur sa
famille et lui demande de multiple manière s'il exerce correctement ses
devoirs de roi. Bharata supplie Rāma d'accepter de devenir roi, mais Rāma
refuse de trahir la volonté de son vertueux père et de Kaikeyī. Il ne voit
pas non plus de faute dans la conduite de son frère. Après que Bharata eut
annoncé que Daśaratha était mort, Sītā, Lakṣmaṇa et Rāma se rendent auprès
de la Gaṇgā pour offrir de l'eau funéraire au roi défunt. Une foule rejoint
Rāma, aux premiers rangs de laquelle, les épouses de Daśaratha et le
chapelain Vasiṣṭha. Bharata redemande à Rāma d'accepter le trône, parce
qu'il ferait un meilleur roi que lui, mais Rāma invoque le destin et le
respect de la volonté de son père, puis une promesse de royauté que
Daśaratha aurait faite autrefois à Kaikeyī. Pour infléchir la position de
Rāma, l'éminent brâhmane Jābāli tient un discours de négateur des Vedas en
plaçant le plaisir avant le devoir et l'intérêt, Vasiṣṭha dresse la
généalogie de Rāma pour appuyer l'argument selon lequel c'est lui, l'aîné,
qui doit succéder à Daśaratha, Bharata commence une grève de la faim. Mais
Rāma réfute ces arguments
.
Une solution acceptable par tous est trouvée. Bharata fait enfiler des socques à Rāma qui les lui rend. Bharata règnera, mais son action sera guidée par ces socques qu'il place sur sa tête. Rentré à Ayodhyā, Bharata y retrouve une ville sans lumières. Il décide de partir pour Nandigrāma pour y vivre en ascète et régner sous la dépendance des socques de Rāma.
Alors que des rākṣasa perturbent la quiétude de leur ermitage, Rāma, Lakṣmaṇa et Sītā partent en direction de la forêt Daṇḍaka.
2006-05-02 17:33+0200 (Paris) — Culture — Cinéma — Lectures — Culture indienne — Mathématiques
Je viens de passer une journée entière à remplir des dossiers de candidature pour des postes d'attaché temporaire d'enseignement et de recherche. C'est vraiment éprouvant. Il y a des différences subtiles entre les différentes universités où je candidate concernant les pièces demandées. Pour une des universités, j'ai été un peu surpris que l'on me demande un certificat de position militaire (je fais partie de ceux, nés en 1979, qui n'ont eu à faire ni service national ni journée de préparation à la défense).
⁂
À part ça, l'épisode nº2 du Rāmāyaṇa devrait arriver au cours de cette semaine. À propos de cette épopée, je suis allé samedi dernier au Grand Rex pour (re)voir quelques films dans le cadre de la Bollywood Week, j'ai donc revu कभी खुशी कभी ग़म (lors de sa sortie en salles en France, le titre avait été grotesquement traduit en La famille indienne). Avec cette nouvelle projection, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que ce n'était sans soute pas un hasard s'il y avait beaucoup d'allusions aux héros de cette épopée dans le film : les statues de Rāma sont souvent montrées, on célèbre Divali (c'est-à-dire le retour de Rāma à Ayodhyā). En effet, il y a quelque ressemblance entre le film et l'épopée : dans le film, le fils aîné est contraint à un exil (d'un peu moins de quatorze ans) par la faute de son père tout puissant, etc. Mais bien évidemment l'homologie entre les personnages des deux histoires s'arrête assez rapidement. Rien à voir, mais je me demande bien à quoi ressemblera l'adaptation du Mahābhārata qui est annoncée pour 2007 avec des stars bollywoodiennes dans les rôles principaux (notamment Rani Mukherji dans le rôle de Draupadi).
2006-04-27 15:21+0200 (Grigny) — Culture — Cinéma — Culture indienne — Photographies
Cette semaine se déroule la Bollywood Week au Grand Rex. De nombreux films indiens sont diffusés depuis hier soir jusqu'au premier mai.
Le début du festival était un peu particulier, puisque l'équipe du film वीर-ज़ारा venait présenter ce film qui sortait hier dans quelques salles en France. Plusieurs des plus grandes stars ont donc fait le déplacement : le réalisateur et producteur Yash Chopra, les actrices Rani Mukherji et Preity Zinta, et le comédien Shahrukh Khan. Ce dernier est la plus grande star actuelle de cinéma indien, il a joué dans de nombreux films ayant eu beaucoup de succès (par exemple कुछ कुछ होता है ou देवदास). L'ambiance était donc assez impressionnante, aux abords du Grand Rex, et à l'intérieur, surtout quand le car emmenant ce beau monde est arrivé (avec une heure et demie de retard...).
Suite à la confusion qui régnait, je n'ai pas pu entrer aussi tôt que je
l'aurais souhaité dans la salle, j'étais donc assez loin de la scène (il
n'y avait pas de numérotation des billets, c'était placement libre
).
J'ai quand même pu apercevoir ce qui se passait, et en ai fait quelques photographies (qui sont presque
toutes floues... je ne laisse que les plus présentables).
La photo la moins loupée représente les ombres des vedettes sur l'écran :
Le film m'a fait meilleure impression sur grand écran que lorsque je l'avais vu en DVD (sur petit écran) il y a un peu moins d'un an. J'ai malheureusement dû partir à l'entr'acte parce qu'à cause du retard dans le programme, mon RER se serait peut-être transformé en citrouille (en fait, à Juvisy, le RER s'est transformé en car) ; par ailleurs, je devais assurer des TD à Jussieu ce matin... La première moitié du film est un déluge de paysages, de couleurs, d'émotions et de chansons, dans une atmosphère plutôt heureuse, jusques à quelques minutes avant la coupure où se produit un renversement de situation, typique des films indiens.
Je pense que ce film ne souffre d'aucune grotesquitude excessive qui me ferait ressentir une quelconque répugnance à conseiller à un public non habitué aux films indiens de visionner ce film.
2006-04-23 01:56+0200 (Grigny) — Culture — Cinéma — Lectures — Culture indienne
Encore une entrée sur les épopées indiennes...
Aujourd'hui, j'ai regardé le film The Mahabharata, l'adaptation étant de Jean-Claude Carrière 1 et la mise en scène de Peter Brook. Ce film, réalisé en 1989, est une version cinématographique 2 d'une pièce qui avait été produite les années précédentes (avec les mêmes comédiens, si j'ai bien suivi). L'équipe du film est très internationale : il y a des acteurs japonais, africains, européens... et une comédienne indienne qui interprète remarquablement le rôle de Draupadī.
Les scènes sont très bien réalisées. Le texte est vraiment excellent : on sent que chaque mot a été pesé pour rendre en toute clarté et de façon très sobre le sens souvent subtil des différents tableaux.
Cependant, pour obtenir un montage d'un peu moins de trois heures (la
pièce de théâtre faisait neuf heures ; d'après IMDb, la durée initiale du
film était de 318 minutes : six épisodes d'environ 55 minutes), il semble
qu'il ait fallu faire d'importantes coupes. C'est vraiment dommage,
puisqu'il y a deux ou trois moments où la continuité du récit est
complètement brisée. Tout d'abord, la division du royaume entre les deux
fratries est à peine évoquée qu'on arrive déjà à la première partie de
dés : il n'est pas du tout question de l'expansion du royaume de
Yudhiṣṭhira, de la construction de la sabhā (salle d'apparat) et
de son sacre
. Ensuite, on passe directement des années dans la forêt
au moment important où Duryodhana et Arjuna viennent trouver Kṛṣṇa à son réveil pour lui demander dans quel camp
il sera pendant la guerre : l'année passée incognito
chez Virāṭa est passée sous silence. Enfin, il n'est pas dit
grand chose au sujet des événements qui suivent la fin de la guerre
proprement dite : on aurait pu s'attendre à ce que soit évoqué le
massacre du clan des vainqueurs
, le sacrifice de cheval ou la
montrée au ciel.
Mais heureusement, le DVD de making of montre au passage
quelques scènes d'épisodes absents de la version courte. C'est un peu
frustant, puisque ces courts extraits semblaient aussi bien réalisés que
les autres scènes... Bref, s'il y avait une version longue du film en DVD,
je la recommanderais sans réserve, mais en version courte
,
du fait des coupes, j'ai peur que les ellipses rendent une partie de
l'histoire incompréhensible pour ceux qui ne la connaissent pas déjà.
[1] Il est amusant de voir que la page IMDb mentionne
Vedavyas (story) uncredited
dans les writing credits. En
effet, du fait des mises en abyme multiples, le texte même du
Mahābhārata indique le nom de son auteur : Vyāsa ; ce poète
putatif est aussi un des personnages importants de l'épopée : d'une part,
c'est le grand-père biologique des deux fratries rivales, et d'autre part,
c'est un ṛṣi brâhmane qui a une certaine influence sur le
cours des événements. Il y a le même procédé dans le Rāmāyaṇa.
[2] Dans le DVD de bonus, j'ai bien aimé la remarque de Jean-Claude Carrière disant qu'au théâtre, un personnage peut parler d'une armée d'éléphants, l'imagination des spectateurs travaille au point qu'ils voient les éléphants, tandis qu'au cinéma, il faut absolument montrer les éléphants.
2006-04-19 21:11+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Résumé du Rāmāyaṇa
Voici le premier résumé de la série. Sa rédaction m'a pris beaucoup plus de temps que prévu. Pour ne pas faire trop long, j'ai passé sous silence certains passages. J'ai fait des modifications dans la feuille de style pour que les signes diacritiques aient plus de chances de s'afficher correctement à l'écran (surtout si vous avez la fonte Arial Unicode MS...).
⁂
L'ascète Vālmīki interroge le sage Nārada. Il voudrait connaître un
homme doué de nombreuses vertus.
Nārada lui raconte alors l'histoire de Rāma. Dans un
moment de chagrin, Vālmīki invente le mètre du poème, lui donne le nom de
śloka
et décide de raconter lui aussi l'histoire de Rāma. Par la
force de son dharma, il peut voir les événements tels qu'ils se sont
passés (Vālmīki est un ṛṣi).
Le roi Daśaratha gouverne à Ayodhyā. Chacun agit selon son dharma. La cité est riche et puissante, mais le roi kṣatriya est sans descendance. Il demande à son chapelain, le ṛṣi brâhmane Vasiṣṭha, de préparer un sacrifice de cheval. Après que le cheval eut erré pendant un an, le sacrifice est célébré par l'ascète Ṛṣyaśṛṅga en présence de nombreux rois et princes. L'ascète procède à une oblation supplémentaire pour procurer quatre fils au roi.
Pendant ce temps, les dieux sont réunis et évoquent les troubles engendrés par Rāvaṇa. Ce rākṣasa avait autrefois obtenu de Brahmā la faveur de ne pouvoir être tué ni par un dieu, ni par un démon, etc. Brahmā annonce que c'est un homme qui va tuer Rāvaṇa puisque par mépris pour les hommes, celui-ci les avait négligés dans la liste des créatures qui ne pourraient pas le vaincre. Le dieu Viṣṇu accepte de prendre forme humaine pour accomplir cette volonté de Brahmā : il va se diviser en quatre et se choisir Daśaratha comme père. Afin d'assurer de nombreux alliés à Viṣṇu, Brahmā met à contribution plusieurs catégories de créatures célestes en leur demandant de s'incarner sous la forme de singes.
C'est alors que surgit du feu du sacrifice de Daśaratha une sorte de génie qui remet au roi une coupe en or contenant du riz au lait. En le faisant manger à ses épouses, le roi obtiendrait des fils. Daśaratha remet une grande portion à Kausalyā, deux portions à Sumitrā et une portion à Kaikeyī. Ainsi, Rāma sera le fils de Kausalyā, deux jumeaux Lakṣmaṇa et Śatrughna naîtront de Sumitrā, et Bharata sera le fils de Kaikeyī. Chacun de ces fils est une portion de Viṣṇu.
Alors que Rāma a à peine seize ans, le ṛṣi Viśvāmitra se présente à Daśaratha. Il demande qu'on lui confie Rāma pour que celui-ci tue les deux rākṣasa qui perturbent un sacrifice auquel il veut procéder. Le roi finit par accepter de laisser partir Rāma et Lakṣmaṇa.
En cours de route, ils entrent dans une forêt dévastée par Tāṭakā, une rākṣasī ne pouvant supporter la malédiction prononcée par le ṛṣi Agastya. Rāma la tue d'une flèche en plein cœur. Le lendemain, Viśvāmitra remet à Rāma de nombreuses armes divines. Ils arrivent à l'ermitage de Viṣṇu lorsqu'il avait pris la forme du Nain Vāmana : le démon Bali étant devenu le roi de la terre, le Nain vint lui demander l'espace de trois pas en aumône, l'asura accepta, Viṣṇu recouvrit alors les mondes de ses pas et Indra recouvra sa souveraineté. Viśvāmitra commence son sacrifice sous la protection de Rāma et de Lakṣmaṇa. Comme prévu, les rākṣasa Mārica et Subāhu viennent perturber le sacrifice mais ils sont vaincus par les deux frères.
Ils se dirigent maintenant vers Mīthilā, le royaume de Janaka. Durant ce trajet, Viśvāmitra raconte de nombreuses histoires, notamment celle de la traversée des mondes de la Gaṅgā pour rejoindre l'océan. Le roi Sagara avait obtenu de Bhṛgu une nombreuse descendance par ses austérités : sa première épouse eut un fils Asamañja et sa deuxième épouse préféra donner naissance à soixante mille fils. Sagara voulut célébrer un sacrifice de cheval, mais Indra vola le cheval, ce qui devait plonger Sagara dans le malheur. Il demanda à ses fils de retrouver le cheval : ils parcoururent la surface de la terre, puis creusèrent, creusèrent, à tel point que la terre (identifiée à l'épouse de Viṣṇu) se mit à crier. Aux extrémités des mondes souterrains, ils rencontrèrent les énormes éléphants gardiens des points cardinaux. Mais Brahmā avait tout prévu : les soixante mille fils de Sagara devaient être brûlés par l'ardeur de Viṣṇu qui avait pris la forme du sage Kapila. Le petit-fils Aṃśumān de Sagara par Asamañja était un homme bon, son grand-père lui donna la mission de retrouver ses soixante mille oncles et de retrouver le cheval du sacrifice. Il fallait procéder aux rites funéraires de ces soixante milles hommes ; la solution fut trouvée par Bhagīratha, le petit-fils d'Aṃśumān : satisfait de son ascétisme, Brahmā fit tomber les eaux de Gaṅgā sur la chevelure de Śiva. Guidée par Bhagīratha, Gaṅgā finit par s'écouler sur la terre et atteindre l'océan et les mondes souterrains pour submerger les cendres des fils de Sagara.
Ils assistent ensuite au sacrifice de Janaka à Mīthilā. Ils y rencontrent son chapelain, Śatānanda, dont Rāma vient de délivrer la mère Ahalyā d'une malédiction provoquée par Indra. Śatānanda raconte à Rāma l'histoire de Viśvāmitra : son passé de roi kṣatriya, son conflit avec Vasiṣṭha au sujet de sa vache d'abondance, son ardeur et son obstination pour devenir ṛṣi, puis ṛṣi brâhmane. Viśvāmitra explique ensuite à Janaka que Rāma et son frère sont venus pour voir l'arc de Śiva qu'il possède. Janaka a obtenu une fille Sītā en labourant le terrain du sacrifice. Il n'accepte de marier cette extraordinaire fille qu'à un prince capable de tendre l'arc de Śiva. Aucun prince n'a jamais réussi ne serait-ce qu'à le soulever. Il faut cinq mille hommes pour tirer le coffre contenant cet arc. Rāma réussit l'épreuve sans difficulté, allant même jusqu'à briser l'arc. Rāma épouse donc Sītā, et Lakṣmaṇa Ūrmilā, l'autre fille de Janaka. Les deux autres frères Bharata et Śatrughna épousent les deux filles de Kuśadhvaja, le frère de Janaka. Les cérémonies de mariage sont prodigieuses, une pluie de fleurs tombe du ciel.
Les cérémonies terminées, Viśvāmitra peut s'en aller et Daśaratha rentrer avec ses fils et brus à Ayodhyā. En cours de route, Rāma (Daśarathi) montre une nouvelle fois sa bravoure en combattant Rāma Jāmadagnya, l'exterminateur des kṣatriya. Les deux autres frères Bharata et Śatrughna partent ensuite avec Yudhājit, le frère de Kaikeyī et roi des Kekaya.
Le chant se termine par un éloge de Rāma évoquant sa dévotion pour Daśaratha, sa gloire, son mariage harmonieux avec Sītā, comparée à la déesse Śri (épouse de Viṣṇu).
2006-04-16 23:10+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne
Je lisais il y a quelque temps l'entrée de blog Edgar Allan Poe mentionnant entre autres choses une coquille dans un volume de La Bibliothèque de la Pléiade. Je viens d'en mettre au jour une autre dans l'unique ouvrage de cette collection que je possède. Voici ce que j'ai lu tout-à-l'heure :
J'ai commencé cet ouvrage il y a un peu plus d'une semaine. Au rythme où je le lis, cela risque de m'occuper pendant environ deux mois. C'est très différent de l'édition du Mahābhārata (l'autre épopée indienne) que j'ai lue. Cette fois-ci, il s'agit d'une traduction des sept chants qui constituent le Rāmāyaṇa, avec quelques pages de commentaires, de notes et un index (très utile...) tandis que pour le Mahābhārata, ce n'était pas vraiment une traduction, mais plutôt une reformulation du texte sous forme contractée, alternant avec des commentaires approfondis. Du fait de la longueur, je me serais peut-être découragé si j'avais commencé par lire une traduction intégrale du Mahābhārata... tandis que concernant le Rāmāyaṇa, je ne pouvais pas vraiment me contenter d'un résumé, puisqu'il y en avait déjà un à l'intérieur du Mahābhārata ; pour le moment, j'apprécie beaucoup cette lecture.
Je viens de finir de lire le premier chant. Je commence à m'habituer aux
personnages. Il y a une chose qui est assez frappante, c'est le nombre de
mentions du dieu Indra
(via ses multiples noms : Śakra
, dieu
aux mille yeux
, Vāsava
, Purandara
, exterminateur de
Bala
, etc.). Pour dire qu'un roi domine d'autres rois, on dira que c'est
un Indra des rois
; il y a même une occurrence de Indra des
dieux
, pour désigner Indra lui-même, le chef
des dieux. De
nombreux mythes le concernant sont racontés.
⁂
Au fur et à mesure de ma progression dans la lecture, je vais peut-être faire une série d'entrées contenant chacune un court résumé d'un des septs chants. Cela devrait apparaître ici.
2006-04-08 01:39+0200 (Grigny) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
Mercredi dernier, j'ai vu Solomon, un oratorio de Händel, que j'ai beaucoup aimé.
Le deuxième acte
évoquait le jugement de Salomon ; quand on écoute
cet oratorio, on se demande bien pourquoi il était nécessaire de menacer de
couper l'enfant en deux pour faire émerger la vérité : le témoignage de la
vraie mère était tellement plus émouvant que les remarques acerbes de
l'autre prostituée... Les deux sopranos m'ont semblé particulièrement bien
inspirées.
Hier soir, j'ai assisté à une représentation de la Passion
selon Saint-Jean de Bach par La Petite Bande, dirigée par
Sigiswald Kuijken. C'était la première fois que je voyais cette œuvre jouée
en formation réduite : le chœur ne comportait que huit chanteurs. Les airs
et ariosos étaient interprétés par des membres de ce chœur. En tout, il y
avait une vingtaine de personnes sur scène. C'était très différent des
versions que j'avais entendues précédemment (où l'effectif était multiplé
au moins par trois ou quatre). J'ai bien aimé cette version, d'autant plus
que du fait de leur participation au chœur, on peut profiter davantage de
la voix des solistes soprano et alto : ces solistes ont chacune un air dans
la première partie, et un autre dans la deuxième (ces derniers sont
vraiment très beaux : Es ist vollbracht et Zerfließe, mein
Herze). Évidemment, les questions du chœur Wohin ?
et la
réponse Nach Golgatha !
de l'air pour basse et chœur Eilt, ihr
angefochtnen Seelen étaient moins impressionnantes que lorsqu'il y a
un chœur gigantesque, mais c'était quand même très bien.
Selon le même principe un soliste par voix
, j'ai aussi une
version de la Passion
selon Saint-Matthieu interprétée par les Gabrieli Players dirigés
par Paul McCreesh ; cela doit être la version que je préfère.
Je viens de commencer ma lecture de l'autre épopée indienne : le Rāmāyaṇa, contant l'histoire de Rāma dont j'ai déjà lu un résumé dans le Mahābhārata. Je suis bien plus à l'aise maintenant pour entreprendre cette lecture qu'au début de ma lecture de l'autre grande épopée l'été dernier, beaucoup de notions et subtilités étant communes aux deux poèmes : au bout d'une dizaine de pages du texte proprement dit, les personnages principaux se sont déjà vu attribuer de multiples noms (on y voit déjà plus clair quand on fait bien attention à remarquer les noms dérivés des noms de parents ou ancètres).
Bien que parfaitement incroyant, j'ai bien du mal à rester complètement insensible à ces œuvres religieuses.
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Je me suis posé il y a quelque temps la question calligraphique
suivante : comment écrire à la main un œ
majuscule, c'est-à-dire un
Œ
?
2006-03-05 01:20+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Culture indienne
Je reviens du spectacle Bhâratî (site). Ce n'était pas mal du tout, les danses étaient plutôt réussies (une bonne soixantaine de danseurs en tout). Je regrette cependant que ce fut essentiellement une juxtaposition de passages dansés (ou seulement chantés) sans réelle organisation. En fait, c'était comme un opéra baroque : récitatif, air, récitatif, air... Le récitant était plutôt sympathique, il parlait de quelques coutumes indiennes et de la pseudo-histoire, expédiée en quelques phrases : Bharati rencontre un charmant indien ayant vécu à l'étranger : Siddharta, mais son père Domraja la fiance avec un autre, Raj ; puis Siddharta va voir Domraja, et finalement il se marie avec Bharati.
Ce n'était pas désagréable, mais j'hésiterais à conseiller ce spectacle : le prix était très élevé (les places les moins chères étaient à 50 €) et puis le programme du spectacle avait un prix absolument indécent (15 €, là où en des endroits chics au possible comme le Théâtre des Champs-Élysées on se contente le plus souvent de nous faire payer au maximum 5 ou 6 €).
Les chansons étaient issues de films indiens (dont le programme n'indique pas les titres, grrr...). J'ai au moins reconnu des chansons des films suivants :
Bref, je préfère donc voir une danseuse exceptionnelle plutôt que de voir des dizaines de personnes faire de la danse synchronisée
autour de danseurs leaders. Cependant, je ne regrette nullement d'avoir fait le déplacement, ces occasions étant trop rares.
2006-02-14 21:43+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Je reviens d'un spectacle au thème original : de la danse classique indienne (bhârata natyam) sur de la musique religieuse chrétienne de Bach. Vous imaginez bien qu'avec un tel programme, je ne pouvais pas manquer cela 1.
C'était pour ainsi dire le premier spectacle de danse auquel j'assistais ; je suis assez impressionné. Il y a dans cette danse peu de mouvements spectaculaires ; elle est exécutée avec une certaine solennité, les mouvements de mains semblant assez complexes et codifiés ; malgré cette majesté, des émotions très fortes jaillissaient de l'expression du visage de la danseuse Maria-Kiran. Difficile de résister pendant les évocations de certains épisodes de la Passion 2, en particulier les instants pendant lesquels la Cène était évoquée, je n'avais jamais ressenti cela pendant un spectacle.
L'instrument utilisé par le musicien Claudio Brizi était aussi très original : il s'agissait du claviorganum, une sorte de mélange entre le clavecin et l'orgue. Je n'ai reconnu que peu de morceaux de musique, qui étaient principalement des chorals. Je suis même tout perturbé de n'avoir pas reconnu le Sanctus de la Messe en si mineur...
[1] Au cas où, j'ai mis les mots importants en gras.
[2] Il n'y avait pas d'extraits de la Johannes-Passion ni de la Matthäus-Passion.
2006-02-09 21:13+0100 (Grigny) — Culture — Cinéma — Culture indienne
Nadira
, ce n'est pas un nom d'ordinateur ; il
s'agit du nom d'une actrice
indienne dont je viens d'apprendre le décès à
75 ans.
Je l'ai vue dans trois films : le classique आन (qui est sorti en DVD en France sous le titre Mangala, fille des Indes), un pseudo-péplum (le méchant y voyage en Cadillac !) et dans deux autres films remarquables : श्री ४२० où elle partage l'affiche avec deux figures du cinéma indien : Nargis et Raj Kapoor et dans एक नज़र.
2006-01-12 22:40+0100 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Thé
Depuis trois ou quatre mois, la quantité de thé dont je disposais diminuait comme une peau de chagrin ; il ne me restait plus un seul gramme de thé vert.
Avant-hier, je suis donc allé me ravitailler à la maison des trois thés (33 rue Gracieuse, dans le cinquième arrondissement à Paris). Cette maison de thé est un lieu absolument exceptionnel pour les amateurs de thé chinois. Les prix sont assez élevés ; il y a cependant de nombreux thés à des prix tout à fait abordables. Cette fois-ci, c'était maître Yu Hui Tseng qui s'occupait de moi ; elle me faisait sentir des thés que je n'avais pas encore essayés, me donnait avec enthousiasme des informations sur les thés Dong Pian, sur l'entretien des plantations de thé, sur les modes parmi les planteurs (apparemment, il y aurait pas mal de cultures de thé rouge qui seraient reconverties pour faire du Pu Er, le thé noir par excellence), sur les erreurs de nomenclature commises il y a cent ans et perpétuées par tradition... Je viens de mettre à jour ma liste de thés.
Je ne suis pas reparti sans quelques dizaines de grammes de Anxi Tié Guan Yin 3, j'ai hâte de pouvoir le déguster tranquillement.
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Depuis les vacances de Noël, j'ai entrepris de lire Mythe et Épopée de Georges Dumézil (édition Quarto Gallimard). Je suis dans le premier volume, intitulé L'idéologie des trois fonctions dans les épopées des peuples indo-européens et publié en 1968. La première partie de l'ouvrage aborde ainsi une analyse de l'épopée indienne du Mahābhārata sous l'angle très particulier de l'idéologie des trois fonctions. Les peuples indo-européens auraient ainsi eu cette idéologie commune dont l'auteur met en lumière les manifestations dans cette épopée indienne, mais aussi dans l'« histoire » de la fondation de Rome, l'Énéide, etc. Il s'agit là d'une lecture que je trouve très passionnante. Cette théorie est controversée (le livre contient de nombreuses réfutations), cependant le moins que l'on puisse dire, c'est que les arguments sont admirablement bien étayés.
2005-12-11 17:49+0100 (Grigny) — Culture — Expositions — Culture indienne — Mathématiques
Depuis lundi dernier, la circulation des trains sur le RER D est très perturbée ; apparemment, le mouvement social continue encore demain. Au moins, il y a le site abcdtrains pour avoir à l'avance une idée des trains que l'on peut prendre. Comme il y a souvent moins d'un train par heure, ou pas de train pendant deux ou trois heures consécutives, cela permet d'éviter des déconvenues, d'autant plus qu'il n'est pas très agréable d'attendre pendant une heure dans une gare sous une température avoisinant 0°C. Bref, je sens que demain soir, je vais devoir faire un Juvisy-Grigny à pieds...
Je suis finalement allé hier après-midi à l'exposition Indian Summer à l'École nationale supérieure des Beaux-Arts (jusqu'au 31 décembre 2005). Il s'agit d'œuvres réalisées par des artistes indiens, sous différentes formes : peintures, films, sculptures... Le sens de ces œuvres contemporaines m'a parfois semblé opaque, mais cela restait tout à fait regardable.
Trois soutenances de thèse (et leurs pots consécutifs) la semaine dernière, encore trois autres la semaine prochaine. Voir pas mal de collègues finir leur thèse, cela me procure une sensation mitigée : d'une part la satisfaction de les voir réussir et d'autre part la relative déception de n'avoir pas moi-même encore tout à fait terminé. Quelques motifs de consolation : les pots de thèse richement garnis, et la présence de mon nom dans la rubrique « Remerciements » des thèses de quelques camarades.
2005-12-06 22:50+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
J'assistais hier à une représentation de l'oratorio de Noël de J. S. Bach. Il s'agit probablement de l'œuvre de Bach que j'apprécie le plus, bien que je n'en possède qu'une seule version enregistrée ; c'est la quatrième fois que je l'entendais dans le cadre d'un concert (pour information, ce concert sera radiodiffusé le samedi 24 décembre 2005 à 19h30 sur France Musique). La version d'hier m'a légèrement décu : plusieurs hésitations, les solistes semblaient manquer de souffle, et leurs voix (en particulier celle de la soprano) étaient parfois complètement recouvertes par les cordes.
Cette œuvre est composée de six cantates, chacune étant censée être jouée un jour particulier entre le 25 décembre et l'Épiphanie. À chaque fois que j'ai assisté à une représentation, seules quatre cantates étaient jouées (trois fois les cantates 1, 2, 3 et 6, une fois les quatre premières). Hier, selon le choix du chef Martin Gester, la rupture entre la cantate nº3 et la cantate nº6 a été adoucie par un intermède : l'air de la troisième suite pour orchestre (BWV 1068). Le chef d'orchestre expliquait que « jouer les six cantates, ce sera un peu long », je m'en étonne un peu : on joue bien la Passion selon saint Matthieu en entier, ce qui dure parfois plus de trois heures ! hier, le concert s'est fini raisonnablement tôt, ce qui m'a d'ailleurs permis d'attraper mon RER in extremis (mais sans avoir besoin de courir, j'exècre cette tendance bien parisienne de bousculer tout le monde pour attraper un métro...), ce RER, disais-je, était le dernier, la fin de service étant à 23h au lieu de 25h02 en raison d'une grève : il y avait un train toutes les deux heures, ce qui m'a un peu gêné pour aller à Paris. En effet, j'avais travaillé chez moi le matin, je voulais arriver à Paris en fin de matinée, mais je suis arrivé trop tard à la gare, le train suivant était vers 14h ; je suis donc rentré faire des courses, préparer un curry de poulet et manger, mézalor il était trop tard pour prendre le train de 14h ; je ne suis donc arrivé au bureau que vers 17h, alors que mes collègues commençaient à partir... Tout cela pour dire que je n'ai jamais entendu la cinquième cantate en concert, ce qui m'attriste puisqu'elle contient des passages que j'apprécie tout particulièrement, comme le chœur introductif Ehre sei dir, Gott, gesungen.
Si vous connaissez de bons enregistrements autres que celui orchestré par Helmuth Rilling pour l'édition Hänssler backakademie, je suis preneur de toute information.
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À part ça, je viens de finir Le jeûne et le festin d'Anita Desai (traduit de l'anglais par Anne-Cécile Padoux, folio, Gallimard. Le livre commence par la confection d'un paquet contenant du thé et un châle envoyé par une famille indienne à un fils, Arun, parti faire des études à Boston. Une partie du roman se passe en Inde (à Allahabad, si je n'ai pas mésinterprété les indices) et raconte la vie de famille, du point de vue d'une plus-toute-jeune fille, Uma. Il est question de la déchéance de sa cousine Anamika, pourtant promise à un avenir brillant, de l'ascension sociale de sa sœur Aruna et de ses propres désastres en matière de mariage. L'autre partie se passe du point de vue d'Arun, ce qui permet à l'auteure de procéder à une description assez moqueuse du mode de vie de la famille américaine moyenne : société de consommation, barbecues de viande bien rouge, végétarianisme ascétique, pathologies alimentaires (boulimie).
Il s'agit d'un livre agréable à lire, le style est très fluide (je parle évidemment de la traduction, je devrais envisager de lire en langue anglaise les livres du même auteur), j'ai rarement dévoré un roman aussi vite ; peut-être pas vraiment à conseiller si on a déjà pas quelqu'intérêt pour l'Inde.
2005-10-01 22:47+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne
Je viens d'achever de lire le deuxième tome du Mahābhārata de Madeleine Biardeau.
Comme je le disais en parlant du premier tome, le livre est organisé comme une alternance de récits et de commentaires, le récit est contracté par rapport au poème sanscrit. On trouve à la fin un index des principaux noms propres et un très bel arbre généalogique sur une double page qui est très utile au début de la lecture pour se bien familiariser avec l'ensemble des personnages.
Grâce à un peu de patience, ce fut pour moi une lecture assez agréable ; certains passages de commentaires me sont cependant un peu passés au-dessus de la tête, en particulier ceux qui concernent les relations avec le bouddhisme : l'auteur émet l'hypothèse selon laquelle l'épopée aurait été rédigée 1 par un auteur unique vers le troisième siècle avant Jésus-Christ en réaction au développement du bouddhisme (après d'immenses conquètes meurtrières, le grand « empereur » Aśoka venait de se convertir à cette religion), et tente de décrypter certains passages en suivant cette hypothèse. Si on laisse de côté ces passages très techniques pour un non-spécialiste, les commentaires restent néanmoins compréhensibles et éclairent vraiment bien certains détails symboliques du récit.
En ce qui concerne l'intrigue, ce deuxième tome raconte la guerre proprement dite entre le camp du dharma et le camp de l'adharma. Cette guerre s'étale sur dix-huit jours, et est vraiment terrible : il s'agit d'une véritable boucherie. La plupart des grands guerriers sont des archers se déplaçant sur leur char dirigé par un cocher. Le grand guerrier du camp du dharma est Arjuna, dont le cocher est Kṛṣṇa ; il dispose de l'arc divin Gāṇḍīva et de deux carquois inépuisables (il peut lancer des flèches avec ses deux bras !), il pourrait tuer tous ses ennemis en quelques instants en évoquant des armes divines, mais il est partagé entre sa répugnance à tuer ses adversaires (parmi lesquels des personnages qu'il respecte énormément) et son dharma de guerrier qu'il ne peut honorer qu'en combattant ; Kṛṣṇa use de toutes les ruses pour le faire combattre. À la fin de la guerre, Yudhiṣṭhira retrouve son royaume (perdue lors d'une partie de dés au début de l'épopée), mais seule une poignée de guerriers ont survécu de chaque côté.
Un aspect intéressant de cette épopée, c'est que, bien qu'il y ait deux camps bien définis qui se font la guerre, il n'y a pas de manichéisme (philosophie qui n'existait certes pas encore) : il y a des personnages tout à fait remarquables dans le camp de l'adharma (Bhīṣma en particulier), même le plus mauvais des Kaurava, Duryodhana, n'est pas complètement mauvais, et de l'autre côté, même les meilleurs des Pāṇḍava n'ont pas une conduite irréprochable (mensonges, coups interdits, stratagèmes douteux).
Par ailleurs, il y a toujours autant de paraboles insérées dans le récit, souvent pour donner un exemple de conduite à un personnage qui se demande comment agir à un moment précis, ou pour révéler les circonstances ayant conduit à une malédiction sur tel ou tel protagoniste. Non seulement c'est divertissant, mais c'est aussi très important pour l'intrigue, et cela donne une architecture assez remarquable à l'ensemble de l'œuvre.
[1] Si elle a été rédigée à cette époque, il n'est peut-être pas clair qu'elle ait été écrite au même moment !
2005-09-09 15:36+0200 (Grigny) — Culture — Expositions — Culture indienne — Voyage en Inde I — Photographies
Ce matin, réunion « recopiages de notes » entre enseignants après la session de rattrapages de septembre dans l'UV où je donnais des travaux dirigés l'année dernière à Jussieu.
Je profite ensuite d'être à Paris pour aller voir l'exposition Passages en Inde. Hier et aujourd'hui. à la Conciergerie. Le concept est assez original : des explorateurs anglais (Thomas et William Daniell) ont voyagé en Inde à la fin du XVIIIe siècle et ont réalisé de nombreuses aquatintes (avec un procédé quasi-photographique) ; un photographe contemporain (Antonio Martinelli) est revenu sur les lieux précis des aquatintes pour faire des photographies. On peut ainsi estimer l'évolution des paysages et des monuments sur deux siècles grâce à ces 2×73 « clichés ». C'est assez intéressant de voir que certaines scènes se superposent presque parfaitement, si la végétation s'est développée ou a reculé, si de nouveaux bâtiments ont fait leur apparition, et malheureusement dans quelle mesure certains édifices se sont dégradés au fil du temps.
J'ai eu le désagrément d'entendre quelque bonne femme aigrie s'indigner du fait que l'on affiche « ça » dans un tel lieu, « mézenfin, il faudrait une exposition sur la révolution française, permanente.... ». Je n'ai pas reconnu de paysages que j'ai vus lors de mon voyage, de toute façon, le site de Khajuraho n'a été « découvert » qu'au milieu du XIXe siècle...
L'exposition ne dure que jusqu'à dimanche prochain.
2005-09-06 18:00+0200 (Grigny) — Culture — Cinéma — Culture indienne — Voyage en Inde I — Photographies
Ce matin, lever très tôt pour me rendre à l'aéroport international de Mumbai. J'ai pu observer que les panneaux à l'extérieur et l'intérieur de l'aéroport étant trilingues : marathi, hindi, anglais. Les différences entre les écritures hindi et marathi étaient parfois assez insignifiantes : un voyelle rallongée ou raccourcie par rapport à l'autre forme (rappelons que ces deux langues utilisent le même alphabet).
À bord de l'avion d'एअर इंडिया pour Paris, j'ai pu dormir un petit peu pour rattraper le réveil à 2h30... manger un petit peu (encore végétarien) et regarder un film indien que j'avais déjà vu. Il s'agissait du film Black de Sanjay Leela Bhansali (Devdas), qui malgré la présence de deux grandes stars de Bollywood est très différent des autres films, il est question de la vie d'une jeune sourde-aveugle et de son professeur-magicien grâce à qui elle finira par obtenir un diplôme...
Arrivée à Charles de Gaulle, contrôles quasi-inexistants à l'arrivée. Au niveau des panneaux fléchés, cet aéroport est vraiment mal foutu, en suivant le panneau indiquant la gare de RER, je me suis retrouvé à un arrêt de bus d'où partait des navettes qui devaient entre autres desservir la gare. C'est vraiment n'importe quoi de supposer que les gens sont a priori des larves même pas capables de traverser l'aéroport pour aller à la gare de RER, bref, il a fallu trouver un plan qui me permette de partir dans la bonne direction. Ne vous-êtes vous jamais trouvés devant un plan indiquant fièrement un gros point rouge « Vous êtes ici » sans pourtant savoir dans quelle direction aller pour prendre telle ou telle rue, faute d'avoir l'information supplémentaire qui serait trivialement donnée par une boussole et une flèche indiquant le Nord sur le plan ; il y aurait vraiment une signalétique à inventer pour régler ce problème ridicule.
En rentrant à Grigny, j'ai extrait les photos de mon appareil numérique...
2005-09-04 15:50+0530 (मुंबई) — Culture — Cinéma — Culture indienne — Voyage en Inde I
Hier, je suis allé au cinéma du coin voir आशिक़ बनाया आपने. C'était le premier film venu, dans le premier cinéma venu (une seule salle), mais je voulais vraiment voir à quoi ressemblait une séance de cinéma en Inde. La salle était assez bien garnie, un public très varié (de jeunes habillés à l'occidentale à de moins jeunes habillés de façon plus décente en passant par quelques musulmanes tout en noir avec uniquement les yeux qui dépassent). Avant le film, il y avait des publicités, ce qui était étonnant c'est qu'avant chacune d'elle passait presque subliminalement le visa de la censure (qui semble avoir au moins trois niveaux : U (tous publics), PG (parental machinchose), A (adults only)).
Au bout d'un moment, on voit le drapeau indien flotter sur l'écran et une musique à peine audible se faire entendre. Tout le monde se lève pour écouter l'hymne !
Le film commence, il n'y a pas de sous-titres, mais l'histoire est archi-simple (trois personnages : une fille, deux garçons qui sont tous les deux amoureux d'elle, un méchant, un gentil). À la fin, on découvre que le gentil est en fait le méchant et que le méchant est tout gentil.
Curiosité linguistique, le titre n'était pas écrit de la même manière sur les affiches et dans le générique (le "i" de आशिक़ est bref sur l'affiche et sur le visa de censure mais long dans le générique, je ne suis pas le seul à faire des fautes...).
2005-08-13 21:35+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde I
Je viens tout juste de terminer ma lecture du premier tome de la version du Mahābhārata de Madeleine Biardeau. Je n'aurai donc à emmener que le deuxième tome en Inde, m'évitant de traîner 2,5 kilogrammes de livres.
D'habitude, je lis extrêmement lentement, et là, encore plus, peut-être une vingtaine de pages par heure seulement ! En effet, il y a beaucoup de noms à retenir : beaucoup de personnages en ont plusieurs ; dans certains paragraphes, on peut faire référence à un personnages en utilisant plein de noms différents : par exemple, page 957, « Keśava », « Janārdana », « Govinda », « Śauri », « Dāśārha » et « Kṛṣṇa » désignent la même personne, à savoir Kṛṣṇa Vāsudeva, à ne pas confondre avec « Kṛṣṇa Dvaipāyana Vyāsa », ni avec Draupadī (aussi appelée Kṛṣṇā ou Pāñcalī) l'épouse commune des cinq fils de Pāṇḍu, c'est assez déroutant, mais on s'habitue à distinguer l'apparition d'un nouveau nom d'un personnage déjà connu du nom d'un nouveau personnage (le glossaire permettant de se rafraîchir la mémoire si on oublie des noms)...
C'est vraiment intéressant de voir différents récits s'articuler autour du récit principal, racontés parfois à plusieurs reprises mais par des narrateurs différents, et de lire divers mythes ou paraboles (où les lois de la nature sont souvent transgressées de façon très imaginative) ; j'ai eu la surprise d'y trouver un récit condensé d'une partie de la vie de Rāma Dāśarathi et une version indienne du Déluge.
En tout cas, ce livre qui se présente comme une alternance de récits et de commentaires est extrêmement bien écrit. Moi qui ai en général du mal à accrocher lors des parties purement descriptives dans les livres ai été très impressionné par les descriptions des armées en présence (Pāṇḍava et Kaurava), cela fait vraiment peur ! bref, j'ai hâte de me lancer dans la lecture du deuxième volume.
2005-08-03 01:31+0200 (Grigny) — Culture — Musique — Cinéma — Culture indienne
N'ayant pour ainsi dire aucune formation musicale, la musique provoque néanmoins en moi des émotions parfois très fortes. Je peux tout-à-fait m'extasier en écoutant une symphonie ou un concerto pour piano de Beethoven, mais c'est la musique vocale, baroque surtout, qui me fait le plus grand effet.
Tout-à-l'heure, j'écoutais la messe en si mineur de Bach, et des larmes ont commencé à apparaître lors du chœur Et expecto resurrectionem mortuorum. Bien que parfaitement incroyant, cette musique religieuse (le plus souvent protestante et en allemand, exceptionnellement catholique et en latin ici) m'émeut beaucoup.
Le concert qui m'a probablement le plus ému était donné par le chœur Sotto Voce ; il s'agit d'un chœur d'enfants qui chantait notamment ce soir-là des negro spitituals. Ils m'ont complètement fait craquer : dès la première chanson, impossible de retenir mes larmes.
Dans un autre style, le cinéma populaire indien utilise beaucoup la musique pour décupler les émotions. Le plus souvent, il s'agit de divertir et de provoquer une sorte d'euphorie chez le spectateur avec un intermède musical (qui n'est que rarement bien intégré à l'histoire). Mais parfois, l'émotion est vraiment au rendez-vous. Il y a ainsi une scène qui m'a particulièrement bouleversé dans स्वदेस (profitez-en, il passe encore dans quelques salles de cinéma en France). On a ainsi un indien travaillant à la NASA qui se retrouve dans un village en Inde où un cinéma itinérant va organiser une projection nocturne. Les gens du village s'installent donc devant l'écran (qui est un simple tissu blanc), plus précisément, les uns se mettent devant l'écran, les autres, moins fortunés, derrière (ils verront donc le film comme à travers un miroir) ; tout semble se bien passer jusqu'à ce qu'une coupure d'électricité interrompe la fête. C'est alors qu'intervient notre project manager à la NASA. Il dit à tout le monde de lever la tête vers les étoiles et il se lance dans une leçon d'astronomie ; s'insère alors la chanson यह तारा वह तारा हर तारा (littéralement « cette étoile-ci, cette étoile-là, chaque étoile ») au milieu de laquelle on décroche l'écran, les enfants qui étaient situés de part et d'autre peuvent se mettre à danser joyeusement tous ensemble...
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