Weblog de Joël Riou

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Shantala Shivalingappa aux Abbesses

2010-05-01 00:36+0200 (Orsay) — Culture — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2010-04-30

Shantala Shivalingappa, chorégraphie, direction artistique

Savitry Nair, conseillère artistique

Nicolas Boudier, lumières

Shantala Shivalingappa, Nicolas Boudier, espace scénique

B. P. Haribabu, natuvangam (cymbales) et pakhawaj (percussions)

J. Ramesh, chant

N. Ramakrishnan, mridangam (percussions)

K. S. Jayaram, flûte

Swayambhu (kuchipudi)

  • Prière chantée à Vani, déesse des arts
  • Ganapati Vandana
  • Tarangam (dédié à Shiva)
  • Tani-Dvayam (duo rythmique)
  • Kirtanam (évoquant la déesse Padmavati)
  • Tillana (dédié à Kumara)
  • Pasayadân (offrande ultime)

Je reviens de la deuxième représentation du nouveau récital de kuchipudi de Shantala Shivalingappa Swayambhu (Celui qui est né de lui-même, un des noms de Brahmâ, mais aussi de Shiva). La première fois que j'ai vu du kuchipudi, c'était en juin 2007 pour Gamaka, un autre spectacle de cette danseuse (vu aux Abbesses et à l'amphithéâtre Bastille). Quelques autres spectacles de ce style de danse ont suivi, en Inde, à Chennai, au cours desquels Radha Prasanna s'était tout particulièrement distinguée.

Le kuchipudi est un peu aux danses indiennes ce que le bel canto est à l'opéra. Les mouvements sont amples, beaux, élégants et semblent moins voués à une forme narrative que peut l'être parfois le bharatanatyam.

Pour la première fois depuis longtemps aux Abbesses, ma place est au tout premier rang, au centre. Les conditions sont donc idéales pour apprécier ce récital.

Le spectacle commence par une invocation de Vani, la déesse des arts. La flûte, puis la voix et enfin les percussions se font entendre. Suit une pièce dédiée à Ganesha, celui qui écarte les obstacles. Sa trompe et ses oreilles sont évoquées avec sobriété par la danseuse.

La pièce la plus importante et la plus éblouissantes de ce récital est le Tarangam, dédié à Shiva. C'est celle que j'ai préférée. Elle commence par la récitation d'un mantra en sanskrit typique du shivaïsme. Quelques aspects et attributs de Shiva sont évoqués : ses cheveux, le croissant de Lune, le serpent, sa fureur. Cette pièce comporte bien sûr des passages pendant lesquels la musique devient purement rythmique. Une des originalités de la danse kuchipudi est représentée brillamment. Il s'agit de la danse sur un plateau en laiton auquel la danseuse impose des mouvements de rotation par à-coup qui lui permettent d'avancer, de reculer, de tourner sur elle-même, tout en présentant une chorégraphie avec la partie haute du corps. Le rythme qu'un des deux percussionnistes dicte aussi bien de la voix (en utilisant un système de correspondances avec certaines syllabes) que du pakhawaj (je n'ai pas très bien vu la différence avec le mridangam), la danseuse le reproduit. La complexité de certains passages semble particulièrement ardue. À partir de là, je suis déjà rassasié et pleinement satisfait par ce que j'ai vu ; le reste, c'est du bonus. (Je ne sais plus si c'est dans cette pièce-là ou dans une autre, mais j'ai été impressionné par la faculté de la danseuse d'incorporer des sauts à sa danse. Il me semble que c'est inhabituel dans les danses indiennes, en tout cas pour des sauts de cette amplitude.)

Les deux percussionnistes enchaînent avec un duo rythmique, à la fin duquel la danseuse interviendra depuis l'arrière de la scène, cachée derrière un voile. La pièce qui suit est narrative. La déesse Padmavati raconte à son époux Venkateshwara un mauvais rêve qu'elle a fait au cours duquel ils se disputaient. Si les premières pièces semblaient tout à fait dans la tradition, certains éléments de la chorégraphie de celle-ci sont probablement originaux. Si la façon de représenter une personne couchée (usuellement Vishnu) est typique, la danseuse me semble avoir intelligemment détourné cette figure pour représenter le sommeil de Padmavati. Certains épisodes sont très picturaux, comme celui où Padmavati s'embrouille entre ses différents produits de beauté, ce qui lui fait une drôle de tartine sur le visage. Cette pièce distrayante se finit par une sortie au son d'un épisode rythmique.

L'avant-dernière pièce est un Tillana : un morceau rapide de danse pure, accompagné de la voix qui répète une succession de syllabes n'ayant pas de sens particulier. Cependant, cette pièce trouve le moyen d'évoquer Kumara (un des fils de Shiva). Je connais mal son iconographie (au-delà de ses représentations à six têtes). Néanmoins, il m'a bien semblé reconnaître le paon, sa monture.

Dans la dernière pièce, on entendra même la voix de la danseuse, puisque dans cette pièce lente (Pasayadân, extrait d'une version de la Bhagavad-Gita en marathi : Dyaneshwari), elle chante le texte tout en dansant !

Je n'ai pas vraiment parlé du décor. Il est minimaliste. Je n'en dis pas plus, mais arriver à créer d'aussi beaux effets avec une telle économie de moyens, c'est une performance qui mérite d'être soulignée. Bref, un très beau spectacle (que je recommanderais vivement s'il restait la moindre place), utilisant quelques éléments apparemment originaux tout en respectant la tradition.

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Commentaires

1. 2010-05-11 13:04+0200 (Bladsurb)

Le site de "grammaire" de Kuchipudi, dont je parlais il y a quelques jours, est là : <URL: http://www.kuchipudi.com/htmlfiles/grammar.htm >.

2. 2010-05-11 19:39+0200 (Joël)

Merci beaucoup pour cette référence !


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