Voyage en Inde VI

Début de lecture du Bhāgavata Mahāpurāṇa

2009-10-09 03:55+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VI

J'ai commencé il y a quelques jours ma lecture du Bhāgavata Mahāpurāṇa dans l'édition Gita Press achetée à Tirumala lors de mon avant-dernier voyage en Inde 1.

Dans l'introduction à sa traduction de 1840, Eugène Burnouf situait l'écriture de cette œuvre autour du XIIIe siècle (estimation soumise à des hypothèses). Le texte est peut-être plus ancien que cela, mais il est certainement plus récent que le Mahābhārata. Ceci relativise le terme de Purāṇa (ancien, antique).

La traduction de mon édition bilingue sanskrit-anglais est manifestement digne d'être qualifiée de médiocre. Je ne sais pas dans quelle mesure elle est fidèle à l'original. En tout cas, si l'essentiel se lit sans grand déplaisir (c'est d'ailleurs écrit dans un anglais poussiéreux), un certain nombre de vers restent obscurs. En comparaison, la traduction de Burnouf est très limpide ; je la consulte quand j'en éprouve le besoin (ce qui permet souvent de voir que les deux traducteurs n'ont pas compris le texte sanskrit de la même façon). J'ai en effet pu trouver les trois premiers volumes sur Google Books (ils ont fait leur apparition sur ce site l'un après l'autre 2), mais il n'est pas raisonnable de lire un aussi long ouvrage sur un écran d'ordinateur ; et j'ai l'intention de lire les livres que j'ai achetés, eussent-ils été acquis pour un modique prix.

J'ai lu 6% de mon édition en deux volumes. Au rythme actuel, il me faudrait une dizaine de mois pour en venir à bout. Il va falloir que je lise strictement plus de un chapitre par jour pour y arriver dans un délai plus raisonnable. Ce qui est amusant, c'est que mon édition commence par un extrait du Padma-Purāṇa qui explique notamment l'avantage que l'on peut tirer d'une lecture du Bhāgavata Mahāpurāṇa, plus efficace à procurer la libération de l'âme du cycle des renaissances que de nombreux sacrifices de cheval (un sacrifice très rarement réalisé par les rois épiques, c'est dire si c'est exceptionnel). La procédure pour une lecture en sept jours, particulièrement propitiatoire, est minutieusement décrite. (Pour la Bible, les lectures-marathons organisées place de la Bastille ne prennent que quatre jours. Cela dit, la Bonne Nouvelle y est prononcée 24h/24 tandis que des pauses sont prévues pour la lecture en sept jours du Bhāgavata Mahāpurāṇa.)

Ma première impression est que ce Purāṇa est un panégyrique à la gloire de Kṛṣṇa. Le premier des douze livres raconte essentiellement la fin du Mahābhārata. L'accent est bien sûr mis sur Kṛṣṇa ; son caractère divin, qui transpire dans l'épopée, est ici amplifié :

Dharmarâdja (Yudhichṭhira) occupait le trône, exauçant, comme un père, les vœux de ses sujets ; le culte qu'il adressait aux pieds de Krĭchṇa l'avait affranchi de tous les désirs.
(BhP I 12.4)

Cela dit, ce n'est pas qu'un texte narratif ! L'ouvrage fait très souvent référence à la bonne manière d'obtenir le salut dans la période troubliée du Kaliyuga qui serait la nôtre. Les mérites que l'on pourraient acquérir par une bonne conduite, voire l'ascèse sont considérés comme peu de choses s'ils ne sont pas alliés à une dévotion à Kṛṣṇa. Dans le ver ci-dessus, Yudhiṣṭhira se fait un exemple à suivre. C'est seulement par cette dévotion, la bhakti que l'on pourrait voir au-delà du voile de la Māyā, cette illusion dont se joue Kṛṣṇa pour nous faire éprouver la dualité, alors que véritablement, Kṛṣṇa, l'Univers tout entier, soi, est un. Le but ultime de cette dévotion serait de réaliser cette unité. Contrairement au brahmanisme plus ancien qui ne faisait guère de cas des classes les moins hautes de la société, la bhakti semble être une voie ouverte à toutes les classes. D'ailleurs, les Purāṇa auraient été diffusés par des hérauts n'appartenant pas à la classe des brâhmanes et viseraient à permettre à un public non versé dans les Veda (mais néanmoins sanskritiste...) d'accéder à la connaissance.

[1] En sept mois, ma PAL est passée de 104 à 108 livres. Sachant que j'ai lu 61 livres dans le même intervalle, je pense que je ne dois plus être très loin du point d'équilibre.

[2] Ils ont été publiés en 1840, 1844 et 1847 par l'Imprimerie Royale. L'auteur étant mort en 1852 avant d'achever sa traduction, ces volumes sont dans le domaine public. N'ayant pu trouver les dates d'Eugène Louis Hauvette-Besnault, un de ses deux continuateurs, je ne sais pas quel est le statut des quatre- et cinquième volumes.

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Sélection de photographies

2009-02-24 20:42+0100 (Orsay) — Voyage en Inde VI — Photographies

Voici une sélection de quarante-cinq photographies prises au cours du mois que je viens de passer à Chennai, à Tirumala et à Rameshwaram. Ces photographies et d'autres sont aussi visibles ici, classées par date.

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Retour

2009-02-24 18:34+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Je suis parti ce matin vers 2h30 à l'aéroport de Chennai pour un vol d'environ onze heures. En préparant mes bagages, j'avais eu peur de ne pas réussir à tout faire rentrer dans mes sacs et à répartir le poids de façon à ne pas dépasser la limite pour les bagages allant en soute. À l'aller, mon sac faisait quatorze kilogrammes. Au retour, il est tout juste en dessous de la limite de vingt kilogrammes. Pourtant, j'avais mis l'essentiel des livres que j'ai achetés dans le sac à dos que j'ai pris comme bagage à main. J'ai un peu stressé au moment des contrôles de sécurité en raison des règles arbitraires et imprévisibles qui fleurissent. En effet, peu après être entré dans l'aéroport, j'ai vu sur des écrans des instructions donnant non seulement des listes d'objets interdits dans les bagages à main, mais aussi une liste de choses autorisées, parmi lesquelles on pouvait lire Books: one or two. Mon sac en contenait huit et plutôt pas des petits puisque le sac pesait huit kilogrammes. Au moment du passage du bagage aux rayons X, j'ai espéré que l'empilement de pages ne soit pas trop opaque pour être suspect. C'est passé.

Ma collection de livres ayant un rapport avec l'Inde occupe maintenant presque une bibliothèque complète. Voici mes nouvelles acquisitions :

  • Une édition en quatre volumes du Ṛgveda Saṁhitā (d'après H. H. Wilson et Bhāṣya de Sāyaṇācārya), bilingue anglais-sanskrit, Parimal Publications (achetée dans la toute petite mais sympathique librairie Jayalakshmi Indological Book House à Mylapore) ;
  • The Hindu Temple de Stella Kramrisch, en deux volumes, achetés dans une boutique, un peu moins accueillante, de l'éditeur Motilal Banarsidass à Mylapore ;
  • Une édition bilingue anglais-sanskrit du Bhāgavata Mahāpurāṇa publiée par Gita Press ;
  • Une édition bilingue anglais-hindi du Rāmacaritamānasa par Gita Press ;
  • The Story of Mīrā Bāī, de Bankey Behari, Gita Press ;
  • The Mahabharata: A Child's View, de Samhita Arni, dont j'ai trouvé sur place le deuxième volume et dont le premier volume est arrivé dans ma boîte aux lettres (ne l'ayant pas préalablement trouvé dans plusieurs librairies, je l'avais commandé sur Amazon.co.uk pour un coût total de 15.43€, à comparer au prix de 200 roupies, environ 3.50€, que l'on peut découvrir sous l'étiquette autocollante présentant le prix en livres) ;
  • Draupadi, Amar Chitra Katha.

Les éditions du Ṛgveda et de The Hindu Temple m'ont coûté chacune un peu moins de 2000 roupies (environ 30€), ce qui n'est pas donné, mais est quand même assez raisonnable. Les ouvrages édités par Gita Press ont des prix dérisoires. Je voulais profiter de ce séjour pour acquérir une édition du Bhāgavata Mahāpurāṇa (la traduction française d'Eugène Burnouf étant hors de prix) ; sinon, je ne serais peut-être pas allé à Tirupati, qui était le lieu de vente le plus proche de Chennai d'après le site Web de Gita Press. En fait, la librairie située à Chennai que j'ai mentionnée distribue aussi des livres de Gita Press ; il suffit de leur demander.

La version du Mahabharata de Samhita Arni, qui était très jeune quand elle l'a écrit et illustré, existe aussi en français. J'en avais entendu parler, mais n'y avais pas repensé avant de voir le deuxième volume dans une librairie. En cherchant le premier volume dans diverses librairies, au rayon jeunesse, je suis forcément tombé sur des bandes-dessinées d'Amar Chitra Katha et ai acheté le numéro intitulé Draupadi. Elles couvrent divers sujets, mais une bonne proportion d'entre elles sont liées présentent de façon agréable et pittoresque les mythes et épopées indiennes. C'est très bien fait et cela procure une bonne initiation à l'iconographie indienne. Les prix sont très petits.

(En résumé, contrairement à la musique baroque qui est plus chère si on l'achète in situ, la culture indienne est moins onéreuse là-bas qu'ici, et cela vaut aussi bien pour les disques de musique carnatique que pour les livres ou encore pour les spectacles.)

Ma PAL qui était descendue assez nettement en-dessous de 100 est remontée à 104 et le Salon du Livre est pour bientôt...

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Nayaki

2009-02-23 11:55+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Ce week-end, je suis resté à Chennai. J'ai visité la cathédrale St. Thomas, qui est bâtie au-dessus de la tombe putative de l'apôtre du Christ. L'entrée de la tombe est située à l'arrière de la cathédrale ; des photographies montrent le précédent pape visitant la tombe. Un mini-musée expose un morceau de l'arme qui l'aurait tué.

Abirami Chidambaram Community Hall, Kotturpuram, Chennai — 2009-02-21

Revathy Ramachandran, bharatanatyam

Samedi, en fin d'après-midi, je suis allé à l'ouverture du quatorzième festival annuel de danse organisé par l'association Nayaki. La cérémonie a commencé par une prière de Miss V. Deepika, disciple de Sudha Raghunathan. Le Managing director d'Ashok Leyland a fait un discours (en tamoul) ; un prix d'excellence a été remis à la compositrice et interprète Dr. Rukmini Ramani ; diverses personnes se sont succédé au micro pour faire son hagiographie, vantant notamment son travail de thèse de doctorat sur son père Papanasam Sivan, grand compositeur de musique carnatique. Des récompenses ont été données à beaucoup de monde, comme à Mrs Lakshmi Ranganathan pour avoir allumé la flamme au cours de la cérémonie.

Après une heure de congratulations, le spectacle de danse a finalement commencé. La danseuse est Revathy Ramachandran dont j'avais déjà vu une disciple. C'est le premier spectacle payant auquel j'assiste lors de ce séjour, la danseuse est manifestement la plus expérimentée de toutes celles que j'aie vues ; elle a déjà dansé dans de nombreux pays, dont la France. Je n'ai pas saisi le sens de la plupart des parties, le plus souvent consacrées à Shiva. Le varnam, la partie principale du récital, devait raconter une rivalité entre deux dévotes de Shiva. La danseuse était accompagnée de quelques musiciens : mridangam, cymbales, chant et vînâ. La dernière partie était très originale, mais j'en avais déjà vu une similaire par sa disciple. Le joueur de mridangam était à mon avis moins bon que l'autre ; l'échange entre cet instrument et la danse était moins riche.

Abirami Chidambaram Community Hall, Kotturpuram, Chennai — 2009-02-22

N. Vijay Siva, chant

Amritha Murali, violon

Manoj Siva, mridangam

Je suis retourné hier à l'Abirami Chidambaram Community Hall pour le deuxième jour de ce festival qui en compte neuf. Comme pour la plupart des soirées qui vont suivre, il n'était plus question de danse, mais uniquement de musique. Le chanteur N. Vijay Siva était accompagné de la violoniste Amritha Murali et du joueur de mridangam Manoj Siva. Deux jeunes disciples jouaient du tanpura. Des problèmes techniques de sonorisation ont perturbé le début du concert. Le micro du chanteur ne fonctionnait pas pendant les premières minutes ; sa voix ne portait même pas jusqu'au quatrième rang, plein centre, où je me trouvais ! En fait, j'ai trouvé la première demi-heure du concert assez médiocre. Quand la composition principale (environ une heure) a débuté, j'ai commencé à apprécier. Sans être extraordinaire, c'était plutôt bien. La manière d'utiliser le violon est très différente de ce qui se pratique dans la musique occidentale. Une partie importante du travail de la musicienne était de reproduire en écho la mélodie chantée par le maître. La spectacle a duré environ deux heures et demie, sans entr'acte.

Un groupe d'avocats sont devenus complètement fous ces derniers jours. Scènes d'émeutes dans et autour de la Haute Cour de Madras. Le Chief Minister, qui se déplace en fauteuil roulant, annonce qu'il commencera une grève de la faim si les avocats et les policiers ne font pas la paix.

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Deux informations recuellies dans le journal

2009-02-19 16:11+0530 (சென்னை) — Voyage en Inde VI

Dans un supplément du Chennai Times, on apprend qu'Anil Kapoor, l'acteur qui joue le rôle du présentateur du jeu Who wants to be a millionaire? dans le film Slumdog Crorepati pourrait être le prochain présentateur du jeu Kaun Banega Crorepati. Serait-il aussi méchant que dans le film ?

Dans The Hindu, une décision de la Cour suprême m'étonne puisqu'elle reflète assez précisément mon opinion sur la notion d'erreur médicale.

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Rameshwaram

2009-02-16 13:42+0530 (சென்னை) — Voyage en Inde VI

Samedi matin, je suis arrivé à Rameshwaram par le train de nuit. J'ai voyagé en SL ; Yashonidhi, un post-doctorant indien qui m'accompagne, n'a pas trouvé de place ailleurs qu'en 3AC. De ce fait, il n'a pas pu profiter de la vue sur le pont Indira Gandhi qui relie le continent à l'île de Rameshwaram. Le temple dédié à Shiva est le monument principal. Son gopuram d'une cinquantaine de mètres de haut doit être en cours de réfection, puisqu'il est recouvert de feuilles tissées, cachant probablement un échafaudage. Le culte de Shiva peut sembler étonnant dans ce lieu censément lié à Rama, l'avatar de Vishnu dont les exploits sont relatés dans le Ramayana. En fait, il aurait adoré Shiva en ce lieu en revenant de Lanka.

Du temple, les guides touristiques vantent les immenses corridors. Certes, ils sont très longs, mais les piliers ont l'air d'être en ciment et très peu d'entre eux sont sculptés. Je n'ai reconnu qu'un Rama brisant l'arc de Shiva. Tout autour, dans un réseau un peu labyrinthique s'organisent vingt-deux tirthas : des puits ou des bassins contenant de l'eau sacrée dont les pélerins sont arrosés abondamment. Un d'entre eux se trouvait près d'un bassin recouvert de lotus roses (non éclos). Le dernier, le Kodi tirtha, aurait la vertu qu'une aspersion de son eau équivaudrait à une baignade dans les eaux de la Ganga à Kashi (Varanasi). Mon pantalon était complètement trempé après ces rites, mais par ces températures, tout sèche vite.

Bien que cela soit défendu pour les méta-agnostiques, je suis entré non sans éprouver quelque culpabilité dans la partie en principe réservée aux hindous ; personne n'a eu l'air de s'en soucier, même au moment du darshan avec le lingam de Shiva. Sur le côté, des panneaux mal éclairés présentent les légendes à l'origine du temple. En suivant ces chemins, il est difficile d'éviter d'avoir à se défaire de temps en temps de quelques roupies. En sortant, nous sommes passés dans un couloir où étaient disposés des idoles dorées.

Le soir, pour le coucher du Soleil, nous sommes allés au Nord de la ville, au temple Gandamadana Parvatham, d'où on a une assez belle vue sur les environs. Le temple contient les empreintes putatives des pieds de Rama. J'ai goûté au jus de canne à sucre frais. Plus tard, après le dîner, j'ai goûté le badam milk, une mixture faite de lait chaud et d'amande.

Hier, nous sommes partis tôt en direction du temple pour attendre un bus pour Dhanushkodi (qui est au passage le lieu de naissance d'Abdul Kalam, le précédent président de l'Inde). Le bus numéro 3 passait et repassait, mais il n'était pas encore en service normal ; certains disaient qu'il emmenait des enfants à l'école. Un mariage annoncé par des panneaux publicitaires se tenait en face de l'arrêt de bus. La mariée essayait d'accrocher des guirlandes de fleurs au marié, chacun étant assis sur les épaules d'un comparse. Vers 8h30, le bus est enfin parti. Depuis Dhanushkodi, une piste part pour le point le plus à l'Est de l'île, tout près du Sri Lanka.

Le chemin fait environ dix kilomètres. Tania, une artiste allemande vivant en Angleterre est contente de trouver de la compagnie pour faire le trajet à pieds ; elle a renoncé à le faire la veille à cause du Soleil après avoir fait la moitié du chemin. On croise des jeeps et des petits camions. La chaleur est importante et le Soleil tape dur. Nous passons à côté d'une église bleue fermée. Plus loin, une église délabrée. On nous invite à entrer dans une autre, afghane, dont le toit est fait de tôle ondulée ; elle sert surtout d'école. On nous dissuade de poursuivre à pieds, mais nous décidons de continuer ; on n'allait pas s'arrêter si près du but.

Nous y arrivons enfin. Le bleu du ciel se distingue du bleu de la mer brillante. Pendant que Yashonidhi nage, que Tania cherche des coquillages, je trempe mes pieds dans l'eau et fais quelques photographies.

Un drôle d'engin attire l'attention de Tania. On ne l'a pas vu venir. Il s'agit en fait d'un aéroglisseur des gardes-côtes, aussi habile sur mer que sur sable comme nous allons bientôt avoir l'occasion de le vérifier, du fait d'une opération qui sera surtout une démonstration de force.

Pour rentrer, nous décidons d'utiliser les moyens de transport motorisés qui ont fait leur apparition : deux jeeps, un camion. Nous montons dans le camion. Je suis le plus téméraire des trois : je réponds favorablement à l'invitation qui m'est faite de monter sur le toit du camion. On peut s'accrocher à des cordages pour ne pas tomber. La piste est mauvaise. Le plus commode est de s'asseoir perpendiculairement au sens de la marche et de tenir une corde dans chaque main.

Alors que je trônais seul sur le toit et que nous partions, l'aéroglisseur des gardes-côtes est venu dans notre direction, nous contraignant même à faire marche arrière. D'en haut, c'était assez spectaculaire, mais complètement futile. Ils ont fait un mini-débarquement en plantant une échelle dans le sable. Ceux qui avaient un appareil-photo ou un téléphone portable ostensible ont été priés de monter à bord, suspectés de terrorisme (le mot a vraiment été prononcé par les gardes-côtes) ; le mien étant au fond de mon sac, je n'ai pas été importuné. Il y avait lieu de s'inquiéter du sort des deux malheureux terroristes présumés quand l'échelle a été remontée. Finalement, au bout d'un quart d'heure, ils ont été relachés, sans avoir préalablement été amochés. La camion a pu repartir et l'aéroglisseur est allé patrouiller en mer. Les autorités de ce pays semblent très tendues à propos des images des lieux sensibles, cela n'arrive pas que dans les romans.

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Encore un peu de bharatanatyam

2009-02-13 15:55+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde VI

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2009-02-12

Shilpa Darshan Kumar (disciple de Guru Revathy Ramachandran), bharatanatyam

Hier soir, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore pour un nouveau spectacle de bharatanatyam, le dernier que je vais voir pour le festival de danse Sri Parthasarathy Swami Sabha. La danseuse Shilpa Darshan Kumar (disciple de Revathy Ramachandran) est sans doute la plus expérimentée de celles que j'aie vues en Inde jusqu'à maintenant. On annonçait au microphone qu'elle s'était déjà produite en Italie, aux États-Unis d'Amérique et à Singapour.

Le public indien n'apprécie pas les spectacles dans le même recueillement que ne le fait le public occidental dans les situations comparables (dans ou musique classique indienne ou européenne). On parle, on bat la mesure un peu bruyamment, on fredonne, on n'a aucune gêne à répondre au téléphone. Hier, un jeune garçon a poussé les limites de la bêtise et du mépris à un point que je n'envisageais pas : courant un peu partout, se rapprochant vraiment très très près de la scène, la gourou s'est même éclipsée de la scène, est passée par les coulisses pour venir lui dire deux mots, ce qui a permis un petit quart d'heure de répit. Je ne comprends pas comment des parents peuvent être aussi peu respectueux pour laisser faire ça.

Le bharatanatyam de la danseuse était très différent de celui de Radhica Giri. Celui de l'une était sobre, solennel, exigeant, ascétique, et malgré tout très gracieux. Celui d'hier était au contraire foisonnant de mouvements complexes de mains, de pieds, exécutés très rapidement. La vitesse était telle que la danseuse a dû perdre en tout cinq ou six clochettes parmi celles accrochées à ses chevilles. À un moment donné, deux ou trois petits mouvements latéraux de pieds ont été nécessaires pour faire table rase de ces obstacles. Après une première pièce, la partie la plus importante du spectacle a été le Varnam, qui était dédié à Subramanian (un des noms de Muruga). Une pièce Om Namah Narayana a ensuite permis à la danseuse de représenter Krishna ou encore Vishnu couché sur l'océan cosmique. Certains exploits de Vishnu devaient aussi être représentés puisqu'un des passages ressemblait à une scène de combat. Ensuite, une autre pièce dont je n'ai pas compris le nom et enfin, un étonnant numéro où les clochettes étaient reines : on a même installé un microphone dédié sur le devant de la scène pour qu'on les entendent mieux. Questions rythmiques du mridangam et réponses de la danseuse.

La gourou, qui jouait des cymbales, a eu un problème sérieux de toux en plein spectacle. Sans que la danse soit perturbée le moins du monde, une jeune femme l'a remplacée et elle s'en est très bien tirée.

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Une drôle de cérémonie

2009-02-11 16:22+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Narada Gana Sabha, Chennai — 2009-02-09

Disciples de Guru Smt. Vijaya-Lakshmi Chandrasekaran, bharatanatyam

Avant-hier soir, je suis allé dans une autre salle de spectacle de Chennai, la Narada Gana Sabha (plus précisément, son mini-hall), pour assister à un nouveau spectacle de bharatanatyam. Dans le journal The Hindu, les annonces de spectacles en page quatre comportent souvent l'indication All are welcome et parfois la plus énigmatique Rasikas welcome. M'étant renseigné sur le sens de ce mot, j'ai compris que cela pouvait se traduire par mélomane et désigne plus particulièrement qui apprécie la musique carnatique. Bref, je pouvais sans problème aller voir ce spectacle. Comme mes expériences en matière de spectacles gratuits à Chennai le montrent, il n'est pas tout à fait évident de savoir a priori à quoi va ressembler le spectacle. Je suis arrivé un peu avant la fin du spectacle précédent où sept étudiants (dont un très jeune garçon) d'une même gourou dansaient. Les deux danseuses les moins jeunes qui intervenaient dans le final (avant les salutations d'usage) semblaient d'un très bon niveau. Pendant que je me replaçais, l'organisateur félicitait les artistes et des récompenses étaient distribuées.

Dans le spectacle que je venais voir intervenaient les douze disciples de gourou Srimati Vijaya-Lakshmi Chandrasekaran ainsi que quelques musiciens (mridangam, cymbales, chant, flûte). Onze filles ayant environ entre sept et quatorze ans et un garçon. Le niveau était assez disparate. Il y a eu un mouvement amusant où une toute petite fille dansait au milieu de quatre autres plus âgées. Pendant les mouvements les plus complexes réalisés par les autres, elle prenait la position Nataraja, en alternant le pied qui vient se porter à la hauteur de la hanche opposée. Vers la fin, les quatre se prosternent devant la divinité, seigneur de la danse. Une seule danseuse était d'un niveau très inférieur aux autres ; elle manquait complètement d'équilibre quand elle se tenait sur un seul pied et elle n'était vraiment pas loin de s'écrouler. Malgré ces défauts ostensibles, le spectacle était assez intéressant et varié. Quelques mouvements rythmiques, quelques pièces qui profitaient de la multitude des danseurs pour réaliser des sortes de tableaux vivants typiques de l'iconographie hindoue. D'autres pièces racontaient une histoire, comme des légendes liées à Krishna. Certaines jeunes danseuses semblaient assez intimidées, d'autres au contraire avaient des visages faits de détachement et de sérénité dignes de déesses et dansaient remarquablement bien. Parmi les pièces très intéressantes, une était dédiée à Shiva et se déroulait sur une musique qui doit être très connue puisque depuis le début de mon séjour, je l'aurai entendue trois fois : Shiva Shambhu Svayambhu (Svayambhu signifie Qui est né de lui-même ; ce nom est notamment appliqué à Brahma, mais dans la tradition shivaïte, Shiva réalise cinq fonctions dont les trois premières sont celles souvent attribuées ailleurs à d'autonomes Brahma, Vishnu et Shiva alors que dans cette tradition, la fonction destructrice n'est qu'une des formes de Shiva, appelée Rudra-Shiva ; bref, il n'est pas inconsistant de dire que Shiva est aussi un créateur, s'étant engendré lui-même).

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2009-02-10

Radhica Giri (disciple de Guru A. Lakshman), bharatanatyam

Hier, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium où un festival de danse se poursuit. J'ai choisi un jour où un récital d'une unique danseuse était au programme ; j'espérais ainsi voir un spectacle d'un niveau un peu supérieur à la moyenne. Je n'ai pas été déçu. La danseuse, Radhica Giri, est américaine, mais manifestement d'origine indienne. Vu qu'il y avait de la place, je me suis installé au premier rang. Au cours du premier mouvement, Pushpanjali, dédié à Ganesh, elle a intégré une séquence où seule la moitié supérieure de son corps bougeait. Il était saisissant de la voir recueillir l'attention du public par des mouvements aussi simples en apparence et réalisés avec une exquise lenteur. À d'autres moments du spectacle, elle n'utilisait au contraire que ses pieds. La partie principale du spectacle était assez exigeante. Elle racontait une histoire d'amour-dévotion de Venkateshwar et était plus abstraite que bien d'autres pièces sur des sujets similaires que j'aie vues. Le novice que je suis n'y a pas compris grand'chose. Ensuite, une pièce dédiée à Radha et Krishna, un long tillana dédié à Devi et enfin une pièce appelant à la paix universelle.

La salle de spectacle est située à Mylapore, non loin du temple Kapaleeshwar. Étant arrivé un bon quart d'heure d'avance avant le début du spectacle, je suis passé autour du temple qui est exceptionnellement illuminé de toutes sortes de lumières, de même que l'immense bassin qui le jouxte. Vers le centre du bassin, une sorte de mandapam de lumières est dressé. Sur un des côtés, un paon ; sur un autre, un lingam.

En rentrant du spectacle, j'ai été bien inspiré de repasser près de ce bassin. Une curieuse cérémonie s'y déroulait. Le public affluait sur les marches des ghats autour du bassin et de l'autre côté des grillages. Un gigantesque radeau bariolé, guidé par des cordes tirées par des hommes depuis le bord de l'eau flottait au son de Shiva Shambhu Svayambhu. Au centre du radeau, trois minuscules idoles de divinités non identifiées (Shiva, Parvati, Muruga ?). Je l'ai regardé faire deux ou trois tours du bassin et suis rentré par le dernier train.

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Incroyable Tirumala

2009-02-09 11:54+0530 (சென்னை) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Samedi, j'ai pris le train local de 6h59 (annoncé à 7h59 du fait d'un bug). À Parry's corner, je ne comprends rien au défilé des bus. Je choisis donc de prendre un rickshaw pour rejoindre l'immense gare routière Mofussil. Je fais le tour des six plates-formes et regarde visiblement mal le nom des destinations, puisque je me rends finalement compte du fait que les bus pour Tirupati partent de la première plate-forme qui s'était présentée à mes yeux. Chaque plate-forme comporte une trentaine d'emplacements. Je prends le premier bus pour Tirupati et il se trouve qu'il est très confortable. Départ à 8h30, arrivée un peu après midi.

J'éprouve quelques difficultés à trouver mon hôtel, mais le concours d'un rickshaw et de la population locale me permet de m'y rendre. J'avale un thali en vitesse pour essayer de ne pas arriver trop tard à Tirumala, où se trouve un temple dédié à Venkateshwar, une des formes de Vishnu, je n'ai pas davantage de détails à ce sujet. La route est sinueuse. Au pied de la colline, on passe à côté d'une sculpture géante de l'aigle Garuda, la monture de Vishnu. Comme on ne croise personne sur la route, et heureusement vu la vitesse folle du bus dans les virages, je suppose que la descente ne se fait par la même route que la montée.

En haut, les panneaux indicateurs sont assez mal fichus. Quand je vois qu'en aucun cas, des appareils-photo ne doivent entrer dans le temple, je demande au bureau des renseignements où se trouve la consigne. On m'aiguille vers le Pilgrim amenities complex, où on m'engueule parce que je ne suis pas dans la bonne file ; de toute façon, cela ne correspond pas à ce que je cherche.

J'arrive au Vaikuntam Q Complex, trouve enfin où déposer mes chaussures et mon appareil-photo. Un bureau des renseignements me dit d'entrer par une petite porte gardée et d'aller dans la salle 17 pour obtenir un cellar darshan pour cent roupies, censément pour accélérer mon passage dans la queue (un autre garde m'avait préalablement indiqué un autre bureau inadapté). Dans tous les cas, ce n'est pas très au point puisqu'en arrivant au bureau 17, on ne fait que me donner un formulaire qui me permet d'aller payer à l'extérieur...

En tout, il s'est ainsi écoulé un peu plus d'une heure entre mon arrivée à Tirumala et le moment où je vais m'insérer dans la queue. Au passage, j'ai dû signer un papier selon lequel je vénérais Venkateshwar. Le formulaire demandait de préciser sa religion. J'aurais bien mis meta-agnostic ou pastafarian, mais je n'ai rien mis, l'absence de mention engendrant déjà suffisamment d'étonnement.

À 16h, je suis dans la queue pour de bon. L'intérêt du cellar darshan par rapport au special darshan (cinquante roupies) semble minime (on peut aussi emprunter la file gratuite, mais il doit falloir faire preuve d'encore davantage de patience). La queue avance très lentemps, par à-coups. C'est interminable. De temps en temps, quelqu'un crie Govinda et de nombreux pélerins, dont une bonne proportion ont le crane rasé, reprennent le nom du bouvier Krishna en chœur.

On avance, on tourne, on se pousse, on monte un escalier, on descend. Au bout d'une heure et demie, on longe le mur d'enceinte du temple, on passe à côté de deux éléphants. Plus haut, on peut apercevoir des niches enfermant des représentations d'avatars de Vishnu, comme Narasimha, Vamana, Rama Jamadagnya, Rama, Krishna. Plus bas, un grand Vishnu ferait face au sage Bhrigu.

La cohue se fait plus sauvage quand on s'approche du temple. On se fait poser sur le front une marque rouge verticale, mais personne ne semble avoir le matériel pour la compléter avec les marques blanches latérales afin d'obtenir le dessin caractéristique de Vishnu. Une odeur de ghî se fait sentir.

Quand on entre enfin dans l'enceinte du temple, tout a la couleur et l'éclat de l'or. C'est assez impressionnant. Après quelque supplémentaire déambulation, on approche enfin de Venkateshwar. On arrive par le côté et soudain on l'aperçoit au fond du sanctuaire. Cela ne dure que quelques secondes, le temps de faire une dizaine de pas vers lui, avant de continuer par le côté. Je l'ai peut-être regardé de travers, puisqu'une femme m'a attrapé par le bras pour me faire rebrousser chemin, de façon à ce que je le voie mieux, sans doute.

Un peu plus loin, la distribution d'eau parfumée et la puja sont réalisees à toute allure. Nous somme maintenant un peu plus libres de nos mouvements, je peux regarder la suite des scènes mythiques représentées en blanc autour du sanctuaire. Certaines sont très contradictoires avec les légendes que je connaissais.

Les mouvements ne sont pas si libres que ça puisque je ne vois pas comment sortir sans faire d'abord la queue pour le prasad : de la nourriture gratuite pour les pélerins. Quelques bouchées de riz chaud et gras. Il est presqu'aussi difficile de sortir du temple que d'y entrer. Cela pousse de tous les côtés. On s'écarte aussi pour laisser passer des pélerins infirmes que d'autres portent.

Bref, la visite de ce temple m'a pris environ deux heures et demie, passées essentiellement à attendre. La première heure d'attente est assez glauque, dans des couloirs carcéraux, mais dès que l'on approche du temple, le sommet doré du sanctuaire apparaît et quand plus tard les dorures intérieures étincellent, la dévotion est à son comble. La seule visite un peu comparable que j'ai faite en Inde est celle du Hanuman Mandir à Allahabad pendant l'Ardh Kumbh Mela, mais à Tirumala, tout est mille fois plus grand et riche. À la tombée de la nuit, on peut voir de l'extérieur la foule qui continue à faire la queue.

J'ai ensuite essayé de trouver la petite boutique de Gita Press. Il m'a fallu demander plusieurs fois mon chemin pour la trouver. Quand j'ai vu le panneau TTD Mini-shopping complex, j'ai su que je n'en étais plus très loin. Avec la multitude de petites boutiques, j'ai demandé mon chemin une dernière fois et là, je n'ai plus eu qu'à lever les yeux vers le premier étage pour voir paraître Gita Press. Je m'y suis précipité, ai salué les deux hommes présents : un vieux sage silencieux, avec les marques sectaires vishnouistes et un autre, qui fait le travail. Sur deux ou trois mètres carrés, des centaines de livres en anglais et dans de nombreuses langues indiennes sont empilées. Par chance, les quatre volumes que je voulais et dont j'avais noté les références étaient dispionibles : le Ramcaritmanas de Tulsidas en version bilingue hindi-anglais, le Bhagavata-Mahapurana (sanskrit-anglais) en deux volumes et une histoire de Mira Bai. Tous les livres sauf le dernier sont en grand format et en dur. L'ensemble m'a coûté la bagatelle de 385 roupies. En France, le chiffre serait du même ordre, mais en euros, vu que la traduction d'Eugène Burnouf du Bhagavata-Purana est vendue au prix extravagant de 340€ : c'est vraiment trop cher et cette œuvre est trop longue pour que je puisse envisager de la lire à la BnF (le premier volume était téléchargeable sur Google Books il y a quelques semaines, mais il semble que ce n'est plus le cas).

Quand le bus du retour est parti, il faisait déjà nuit noire. malgré la Lune quasi-pleine (on annonce une éclipse de Lune pour ce soir). Depuis le bus, les lumières de la ville de Tirupati n'étaient pas désagréables à regarder.

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Dakshina Chitra

2009-02-09 11:00+0530 (சென்னை) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Vendredi après-midi, suivant les conseils de la chercheuse qui m'accueillle ici, je suis allé à Dakshina Chitra, une reconstitution de villages du Sud de l'Inde. Ce n'est pas inintéressant, mais c'est inondé d'écoliers en visite pédagogique. Quelques peintures murales du Kerala, des métiers à tisser, etc.

En ce moment, des expositions ont lieu sur le thème de Devi, Durga, Kali et autres shaktis. Parmi les curiosités, on trouve quelques affiches de films, comme celles de Kottai Naariamman (dont j'ai du mal à savoir s'il se confond avec le grand nanar Devi Maa) et Adiparasakthi dans lequel jouait Jayalalitha, qui entretemps s'est hissée au sommet de la politique au Tamil Nadu ; elle est actuellement dans l'opposition, mais on voit son portrait un peu partout des les rues.

Pendant encore une dizaine de jours, un artiste originaire du Bengale occidental travaille sur une idole de Kali. En ce moment, aussi, des artisans de diverses régions vendent leur travail. Peinture sur soie d'Udaipur, dessins sur bois pliables d'Orissa, etc.

Dans la boutique fixe, je trouve le deuxième volume du Mahâbhârata, A Child's view de Samhita Arni (texte et illustrations). Le premier volume est absent, mais la vendeuse me donne le numéro de téléphone de la maison d'éditions. Comme celle-ci est située à Chennai, j'ai encore une chance de mettre la main sur le premier volume avant la fin de mon séjour.

Je me rends ensuite au Cholamandal centre for contemporary arts. Les œuvres présentées dans les galeries, à l'extérieur ou dans le musée sont assez inégales à mon avis, mais quelques unes sont vraiment intéressantes. Elles sont pour la plupart le fruit du travail d'artistes de l'école de Madras.

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La cité d'Indra, soi-disant

2009-02-02 11:06+0530 (சென்னை) — Voyage en Inde VI

Passant du côté de la gare centrale, j'ai saisi l'opportunité de mettre à jour mon édition de l'horaire de trains Trains at a glance. Plus ou moins en face se trouve la gare Park Train, noire de monde. La queue pour accéder aux guichets est monstrueuse. Par chance, j'ai acheté la veille une Smart Card, ce qui me permet de faire imprimer mes billets dans les distributeurs automatiques que personne n'utilise. Les indications de voies sont quasi-inexistantes. Je descends à Kodambakkam, à l'Ouest de la ville et marche un peu dans ce quartier plutôt calme pour rejoindre l'extravagant monument Valluvar Kottam que j'avais déjà eu l'occasion de visiter. Une foire se déroule dans le bâtiment qui jouxte le mémorial du grand poète tamoul.

J'ai ensuite pris un bus pour T. Nagar, abréviation de Thiagaraya Nagar. La rue orientée vers l'Est partant du parc Panagal est très commerçante : c'est Pondy Bazaar. J'ai continué à marcher tout droit puis vers le Nord dans T.T.K. Road où je n'ai pas résisté à la tentation d'acheter un Shiva-Nataraja doré.

Enfin, je suis entré dans le restaurant Amaravathi, en face de la Music Academy, juste à côté de Coconut Lagoon. Ce restaurant est à éviter absolument. Jusqu'à maintenant, aucun restaurant indien ne m'avait à ce point déçu. J'ai demandé de la plain water et on m'a apporté de l'eau en bouteille que j'ai repoussée, mais on l'a ouverte devant moi comme si de rien n'était. Je commande un masala de crevettes avec des parathas. On me sert les parathas et un récipient minuscule contenant quelque sauce. N'imaginant pas un seul instant que cela puisse être le plat principal, je continue à attendre. Un serveur vient se fichtre de moi en m'apportant des cuillers et en me disant qu'il n'y a pas de fourchettes. Il y en a pour à peine trois ou quatre bouchées, peut-être pas autant de crevettes. Ce n'est pas franchement bon. Bref, c'est nul. Quand je dis à un serveur que le plat est vraiment trop petit, il me demande si je souhaite commander un autre plat. Non, je ne pense qu'à quitter ce lieu. Pour le moment, ma seule valeur sûre en matière de restaurant à Chennai reste Saravana Bhavan.

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Week-end à Chennai

2009-02-01 15:44+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Vendredi soir, je suis allé à pieds au temple Mahalakshmi que j'avais déjà essayé de visiter. Ce temple est dédié à Lakshmi, l'épouse de Vishnu dans ses différentes incarnations. Un escalier monte sur la gauche au niveau du sanctuaire principal, ce qui permet de monter à l'étage, où d'autres formes de Lakshmi sont visibles. On se retrouve alors au milieu des divinités sculptées en pyramide. Quelques mini-temples se trouvent tout autour. On trouve par exemple une galerie des dix avatars de Vishnu, tous drapés d'un tissu blanc, ou encore une représentation de Hanuman (je présume que c'était lui bien que le nom tamoul soit différent).

Hier, je voulais faire un tour à la société théosophique et éventuellement accéder à sa bibliothèque. Je suis arrivé un peu trop tôt dans l'après-midi, j'ai donc poursuivi mon chemin. Dans les environs de ce lieu, appelés Besant Nagar, toutes les rues s'appelent Besant Avenue, Besant Nagar Road ou quelque chose comme ça, avec éventuellement des numéros, ceci en l'honneur d'Annie Besant, célèbre théosophe. Tout était de toute façon hors la carte de mon guide Lonely Planet. Je me suis retrouvé à nouveau du côté du temple Mahalakshmi et des églises voisines. Le temps était très ensoleillé à Elliot Beach.

Après avoir mangé un masala dosa, je suis retourné à la société théosophique et suis entré dans son parc. Ce lieu est extrêmement paisible. Les noms de quelques pays sont écrits au bord des chemins. On y trouve un temple hindou, une église, et paraît-il d'autres lieux de culte. On peut également s'approcher d'un gigantesque banian. J'ai essayé de rentrer dans l'Adyar Library, mais il s'agit d'une forteresse plus difficile d'accès que la Bibliothèque nationale de France ou la Société asiatique de Kolkata puisqu'il faut deux lettres de recommandation pour y entrer. Je pourrais probablement obtenir la signature d'un récipiendaire récent du Padma Bhushan, mais d'ici à la fin de mon séjour, je n'aurai certainement plus l'occasion de repasser.

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2009-01-31

Étudiantes de la Natyanrit Academy (disciples de Guru Marinalini Thyagarajan), bharatanatyam

Je suis retourné à Mylapore pour visiter le temple universel de la mission Ramakrishna et retourner au R. K. Swamy Auditorium pour voir un nouveau spectacle de bharatanatyam. Cette fois-ci, les danseuses étaient des étudiantes de la Natyanrit Academy. Elles n'avaient pas plus de treize ou quatorze ans et dansaient soit seules soit en groupe. Un Pushpanjali dédié à Ganesh, des épisodes de la vie de Krishna, une pièce intéressante sur la dieu de la danse, Nataraja, et bien d'autres. Les musiciens n'étaient pas tous parfaitement au point. À un moment donné, leur guru Marinalini s'est absentée pendant un passage musical et à tendu ces cymbales au chanteur. Ce dernier n'a pas cessé de tenter de faire coller un rythme 2+2 sur un rythme qui avait l'air d'être à cinq temps. J'étais étonné de la longueur des cheveux qui tombaient dans le dos des danseuses. Une d'entre elles a perdu sa rallonge de cinquante centimètres en cours de route...

Aujourd'hui, j'ai pris le train jusqu'au terminus Chennai Beach. Je suis passé devant la haute cour de Madras, protégée des regards par une envahissante végétation verte. Peu de restaurants sont ouverts en ce dimanche, je n'ai trouvé qu'un restaurant qui s'avère être un repaire de mangeurs de viande. J'ai dû renvoyer mon biryani aux œufs en cuisine vu qu'il contenait de gros morceaux de poulet.

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Bharatanatyam à Mylapore

2009-01-30 12:26+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde VI

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2009-01-29

Kumari Seetha Lakshmi (disciple de Guru Natya Kalasarathy Malathi Thothadri), bharatanatyam

Un grand festival de danse a eu lieu il y a quelques semaines à la Music Academy de Chennai. Je n'ai pas pu en profiter, mais, tous les jours, dans The Hindu, on peut trouver des annonces de spectacles, souvent gratuits, qui ont lieu à Chennai. Hier soir, je suis donc allé au Sri Parthasarathy Swami Sabha Dance Festival qui se tient pendant un mois au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore (près du Temple Kapaleeshwarar).

J'ai eu un peu de mal à trouver le lieu du spectacle, la rue n'étant pas référencée dans Google Maps. Je suis arrivé à l'entr'acte séparant deux spectacles, tous les deux de bharatanatyam. Dans ce festival, tous les spectacles sauf un de kuchipudi qui avait lieu la veille appartiennent à ce style. Je me suis retrouvé au premier rang, plein centre.

La danseuse Kumari Seetha Lakshmi (disciple de Guru Natya Kalasarathy Malathi Thothadri) n'a certes pas l'élégance des toutes meilleures danseuses de bharatanatyam, comme celles que l'on peut voir à Paris, aux Abbesses, mais néanmoins le spectacle était de très bonne tenue. Accompagnée de cinq musiciens (mridangam, flûte, violon, cymbales, chant) et d'un tanpura électronique, la danseuse a présenté un programme en cinq parties. Les deux premières, dont la pièce principale Varnam, étaient consacrées à Krishna. Le langage dansé m'a semblé globalement plus concret que ce que je vois d'habitude. Krishna était représenté en joueur de flûte. Plusieurs épisodes de sa jeunesse étaient évoqués : sa naissance, ses bêtises (le pot de yaourt renversé), son combat contre un serpent. Je ne sais plus si c'était dans le Varnam ou dans la pièce introductive, mais le personnage de Draupadi intervenait aussi, évoquant un épisode de sa jeunesse dont je ne connais pas l'origine, mais qui trouve un écho dans le Mahabharata quand Draupadi, maltraitée par les Kaurava, invoque Krishna qui se porte à son secours.

La troisième pièce était dédiée à Shiva. La danse cosmique de Shiva Nataraja était bien sûr au rendez-vous. La danseuse a pris plusieurs fois la posture caractéristique de cette forme de Shiva (dont une petite sculpture, comme il est de coutume, était visible sur le côté de la scène). Lorsque le pied gauche vient se hisser plus haut que le genou droit, l'équilibre de la danseuse est mis à l'épreuve.

La quatrième pièce était dédiée à Krishna. Elle évoquait la Bhagavad-Gita. Au début, Arjuna tente désespérément de bander son arc, mais il ne peut s'y résoudre. Son cocher Krishna, dont la fonction est mimée par les mouvements de la danseuse, lui livre une partie de son savoir. Krishna apparaît tantôt comme joueur de flûte, tantôt comme une sage divinité, presqu'aussi sereine qu'un Bouddha. Ensuite, on trouve apparemment une histoire à l'intérieur de l'histoire, censée illustrer la véritable dévotion. Le spectacle s'est terminé par une pièce rapide, un Tillana.

Je suis ensuite allé mangé dans un restaurant du Kerala où j'avais déjà mangé en 2006, près de la Music Academy. J'ai fait l'erreur de commander un Nandu Curry, un curry de crabe, puisqu'aucun instrument du type casse-noix n'était fourni pour briser la carapace. Le manager a écouté mes doléances et accueilli avec curiosité l'idée que l'on puisse utiliser un tel ustensile ; jamais quiconque ne s'était ému à ce sujet auprès de lui. Avec la fourchette, quelques minuscules morceaux de chair étaient accessibles, bref, j'ai surtout mangé la sauce rouge curry avec des pains. Elle s'avère très pimentée ; on doit pouvoir souffrir plus facilement ce piquant comme il accompagne une nourriture solide.

Comme il se faisait tard, plus aucun train local ne circulait, mais j'ai trouvé le moyen de monter dans un rickshaw collectif qui pour un prix modique m'a déposé à une distance raisonnable de ma guest house.

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Slumdog Crorepati

2009-01-27 12:32+0530 (சென்னை) — Culture — Opéra — Voyage en Inde VI

Hier, je suis retourné aux cinémas Satyam pour faire usage du ticket que j'avais acheté la veille pour une séance de Slumdog Crorepati. Je ne suis pas arrivé suffisament en avance pour déjeuner au restaurant avant d'entrer, j'ai donc mangé debout dans une dhaba en face. J'ai demandé des samosas, mais à peine l'homme les avait-il saisis qu'ils se sont retrouvés en miettes, mélangés à une sauce et saupoudrés de quelques autres ingrédients. C'était plutôt bon. En fait, il y avait un restaurant à l'intérieur du cinéma, peut-être pour une prochaine fois.

Contrairement à la plupart des cinémas indiens qui diffusent un unique film trois ou quatre fois par jour, ce cinéma est un grand édifice avec six salles, des guichets de réservation informatisés très modernes (la fréquence de défilement des écrans annonçant les disponibilités de chaque film est quasi-stroboscopique...).

Je monte dans la salle Santham, qui est complètement remplie et m'installe à ma place (un peu chère payée pour un cinéma en Inde : cent roupies alors que d'habitude, je paye plutôt autour de quarante ou cinquante roupies). Divers écrans publicitaires et bandes-annonces toujours précédées d'un écran montrant le visa de la censure. Le film d'aujourd'hui serait dans la catégorie (A), bref, interdit aux moins de dix-huit ans.

Le film est en double flash-back. Jamal Malik est interrogé par la police après avoir répondu brillamment aux questions du jeu Who wants to be a millionaire? ; on le soupçonne d'avoir triché. On est soit au poste de police, soit dans le jeu télévisé, soit dans des scènes de l'enfance du personnage qui, tout en montrant l'horreur de sa vie dans son slum, expliquent pourquoi il sait qui est l'acteur de tel ou tel film ou bien ignore ce que Rama tient dans sa main droite dans l'iconographie hindoue.

C'est un très beau film, montrant un envers invisible de situations bien observables en Inde. Si ce n'est quelques images du Taj Mahal ou du slum, peu de plans larges dans ce film, ce qui nous immerge dans le cœur de l'action (mais heureusement pas de l'olfaction !).

Comme l'a noté Palpatine, on trouve dans ce film un clin d'œil musical à Orphée et Eurydice de Gluck (en français ! par l'orchestre Lamoureux). Cela fait bien sûr écho à l'histoire de Jamal et Latika depuis leur enfance. Si ma mémoire est bonne, le film se termine comme dans cet opéra (ce n'est pas vraiment un spoiler, ça, si ?).

Le public indien ne boude pas ce film, bien au contraire. Contrairement à ce que j'ai observé plusieurs fois, le public est resté parfaitement silencieux pendant le film et certains ont même applaudi à la fin. Ce week-end, l'équipe du film participait à un débat pas inintéressant sur NDTV (la seule chaîne d'information convenable en Inde). En dehors des questiosn importantes, on se demandait si Shahrukh Khan avait été approché pour le rôle joué par Anil Kapoor. Les réponses ont plutôt été discordantes : Anil Kapoor remerciait SRK pour lui avoir laissé l'opportunité de faire ce rôle vu les honneurs que ce film reçoit tandis qu'une personne de la production disait en substance que faire jouer à SRK ou à Amitabh Bachchan plus ou moins leur propre rôle, vu qu'ils ont présenté KBC (Kaun Banega Crorepati), aurait nui à leur image, étant entendu que le présentateur du film est hautain et méprisant alors qu'eux deux avaient bénéficié d'un regain de popularité grâce à cette émission.

Les dialogues du film ont gardé une petite contribution d'Amitabh Bachchan : quand le héros jour son joker 50/50 (à moins que ce ne soit à un autre moment du film), le présentateur commence sa phrase par Computerji, bref, il s'adresse cérémonieusement à l'ordinateur pour qu'il enlève deux mauvaises réponses. En revanche, pas de clin d'œil à SRK et son Freeze karõ.

Je suppose que la version que j'ai vue est la version originale. L'essentiel était en anglais, mais quelques passages étaient en hindi (avec des sous-titres en anglais, quoique non systématiques).

Quelques autres avis sur le film : Palpatine, Yohan, Agnès, Naina.

J'avais encore un peu faim après avoir vu le film. Je suis donc allé dans un des restaurants de la chaîne de fast-food haut de gamme Saravana Bhavan spécialisée dans la cuisine du Sud. C'était en fait plutôt la version très haut de gamme appelée Swathi.

J'ai été dépaysé par les premières pages du menu, mais j'ai été rassuré en voyant la toute dernière page, puisqu'elle seule mentionnait les spécialités du Sud. J'ai choisi un South Indian Parota : deux parotas de taille moyenne accompagnés d'un curry dans lequel nageaient quelques petits morceaux de paneer, juste de la bonne taille pour que l'on ait pas l'impression de manger du caoutchouc. C'était vraiment excellent.

Je me suis ensuite dirigé vers la mer. Face à la baie du Bengale, près de Besant Road, se trouve la rose Ice House (du nom de la fonction qu'elle occupait autrefois dans l'importation de glace en Inde). Swami Vivekananda y a passé quelques jours en février 1897 ; c'est maintenant un musée qui lui est dédié. Une statue du moine accueille le visiteur avant qu'il n'entre dans la maison et ne s'acquitte du modeste pécule de deux roupies.

L'accueil est très sympathique ; on m'a même octroyé le privilège d'une petite visite guidée, dont les explications les plus triviales m'ont été épargnées après que j'eus dit que j'avais déjà visité Kanyakumari et Belur Math (Kolkata). À l'étage, on trouve une galerie de peintures assez réussies sur l'Inde, son histoire, ses religions. La seule véritable entorse au bon goût est celle qui consiste à avoir représenté l'avatar du poisson (Matsya) par un authentique aquarium (avec des vrais poissons dedans). Un peu plus haut, les murs s'ornent de photographies. La plupart d'entre elles sont des portraits du moine.

J'avais lu dans le journal qu'un concours de portraits de Swami Vivekananda avait été organisé, mais je n'avais pas trop fait attention au lieu. Bien sûr, c'était au musée qui lui est consacré. Les moins de vingt ans pouvaient participer et ils l'ont fait en nombre puisqu'il y avait pas moins de vint mille participants !

Les premiers prix sont les portraits les mieux réalisés techniquement, mais pas forcément les plus originaux dans la conception. On trouve néanmoins une sorte de Trimurti Swami Vivekananda, Shri Ramakrishna, Sharada Devi (les trois figures importantes dans le mouvement initié par Ramakrishna). Les vainqueurs sont exposés en haut de la maison, dans l'antichambre de la salle de méditation. Les autres le sont sur les murs circulant tout autour. En dehours de nombreux dessins ordinaires, on trouve un portrait réalisé avec le pied, un autre avec la bouche, un autre dessiné avec vingt millilitres de sang. Voilà pour les excentriques. Plus intéressant, on trouve aussi quelques dessins assez hofstadteriens. Un portrait a été réalisé en écrivant de nombreuses fois le nom du moine en tamoul, ce sont les lignes d'écritures (courbes) qui, dans leur globalité, font apparaître la figure du moine. Un autre, malheureusement achevé trop tard pour le concours, a été obtenu en écrivant environ deux cents pages d'une biographie tamoule en tout petits caractères ; deux loupes sont fournies.

J'ai fini la journée par une petite balade sur Marina Beach. Le vent tendait la ficelle de nombreux cerfs-volants.

Aujourd'hui, le Chennai Mathematical Institute est ouvert ; je vais pouvoir commencer à faire des mathématiques.

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Rites

2009-01-27 11:39+0530 (சென்னை) — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Dimanche, après avoir rédigé ceci, j'ai poursuivi mon chemin : reconnaissant ici un restaurant du Kerala où j'avais mangé et ayant là un sentiment de déjà-vu en passant à côté d'un bâtiment de la mission Ramakrishna. Je me suis approché de la station Tirumailar, ai longé un canal nauséïque pour me retrouver dans Kutchery Road.

Un coup d'œil à droite et le gopuram du temple Kapaleeshwarar a paru au bout d'une ruelle. À cet endroit se tenait vraisemblablement un concours de kolam. Les participants étaient des femmes et quelques enfants, chacun disposant d'un petit carré où réaliser un dessin géométrique éphémère avec de la poudre blanche, comme on en voit très souvent dans le Sud de l'Inde à l'entrée des maisons. La première étape consiste à marquer les points d'un quadrillage du carré, ce qui permet de placer les figures au bon endroit par la suite.

Le temple dédié à Shiva, que j'avais déjà visité en 2006, est typique du style du Sud ; il aurait même des origines antiques. Comme c'est souvent le cas pour ces temples, un grand bassin se trouve à proximité.

La partie centrale est réservée aux hindous. Sur le côté, on peut voir quelques mini-temples. Le fait que la divinité soit Shiva est signalée par le fait qu'une représentation du buffle Nandi le surveille. Dans ce temple, j'ai eu l'occasion de voir quelques personnes chuchoter à l'oreille de Nandi, sans doute dans l'espoir de voir quelque vœu se réaliser.

En sortant de la gare, je décide de visiter à nouveau le temple Sri Ananda Vinayakar. L'invasion de la circulation routière n'a pas franchi l'enceinte de ce temple où les traditions semblent se perpétuer. On réalise moult circumambulations autour des petits édifices où logent diverses divinités.

J'envisageais de sortir quand j'ai vu un porteur du cordon sacré serrer des liens autour d'une sorte de chaise à porteurs. La divinité, recouverte de guirlandes de fleurs, Ganesh vraisemblablement, siégait. Pendant ce temps, une musique rituelle se faisait entendre. C'était tout à fait semblable à la musique qui avait été présentée à la Cité de la musique lors des vingt-quatre heures du râga : nadhaswaram (une sorte de hautbois) et tavil (tambour). Cette fois-ci, c'était in situ, en dépit des perturbations sonores venant du carrefour.

Quand la divinité eut fini de s'installer, les porteurs ont pris place, un brâhmane a porté un parasol (symbole de royauté) au-dessus de la divinité et un cortège s'est formé à sa suite lors d'une petite circumambulation du temple agrémentée de la musique rituelle. Une fois le parcours terminé, de nombreux dévôts ont tourné autour de la divinité en la laissant à leur droite et en touchant parfois les extrémités de bois près des mains des porteurs en signe de dévotion. On a ensuite disposé des tapis sur le sol, la divinité a été posée sur une table faisant face aux personnes présentes, très majoritairement des femmes. Un microphone a été installé au premier rang et ce chœur de femmes a chanté en tamoul, sans accompagneemnt instrumental. Au bout de trois quarts d'heure de mélopée dans cette langue qui m'est complètement étrangère, je suis parti, non sans avoir avalé la bouchée de pois chiches que l'on m'a offert en prasad à la sortie.

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Arrivée à Chennai

2009-01-25 15:23+0530 (சென்னை) — Voyage en Inde VI

Je suis parti hier matin pour l'aéroport Charles de Gaulle. Je me suis inséré dans la bonne file pour l'enregistrement au moment propice pour ne pas avoir à faire la queue, cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. La nourriture à bord du vol Air France est d'un niveau assez faible par rapport à la concurrence internationale. Un repas de midi à peu près normal, un souper froid on ne peut plus frugal. C'est en partie compensé par la sélection de divertissements possibles : films, disques, etc. J'ai ainsi pu écouter (avec un son un peu pourri quand même) Juan Diego Florez et d'autres.

Un queue interminable bien que courte au bureau de change Thomas Cook. J'arrive à ma guest house vers deux heures du matin.

Des travaux importants ont été réalisés dans le Sud de la ville depuis la dernière fois que j'y suis passé. Une ligne de chemin de fer locale a été rallongée, ce qui me permet de rejoindre le centre en prenant un train à Kasturibaïnagar. Une grand'route suit le même chemin et en face, il semble qu'on ait fait un peu de vide autour du temple Sri Ananda Vinayakar. Il se trouve maintenant plus ou moins au milieu d'un carrefour.

Je pensais que le train contournerait le centre-ville par l'Ouest, mais il est plutôt allé tout droit, du côté de la mer, ce qui m'arrangeait en fait. Je me suis retrouvé du côté de Bharati Salai, où j'ai retrouvé un petit restaurant dont je n'avais souvenir ni du nom ni de l'adresse. Premier masala dosa. J'ai poursuivi ma marche vers l'Est, en faisant des petits détours pour passer devant quelques temples (fermés à ce moment de la journée). Pour la première fois, je suis presque parvenu à identifier toutes les divinités représentées en couleurs dans la partie haute d'un temple. C'était plutôt facile puisqu'il s'agissait d'un temple vishnouiste et que les divinités étaient essentiellement soit des incarnations de Vishnu (Narasimha, Vamana, Rama, Krishna) soit des divinités qui lui sont associés comme Garuda.

J'ai ensuite aperçu Wesley Church. Quand j'ai vu qu'il y avait plein de monde dans l'église, je n'ai pas osé y entrer, mais un homme est sorti et m'a dit que le Père m'appelait. Malgré mon peu d'empressement à entrer et l'affirmation de mon incroyance, on a insisté et je me suis retrouvé devant le prêtre qui m'a demandé ce que je faisais à Chennai et a esquissé le geste d'une bénédiction. Hum.

J'ai ensuite essayé de trouver un cinéma pour voir Slumdog Crorepati, mais tout étant complet. Un petit passage devant la cathédrale Saint George et je me retrouve par hasard dans un cybercafé que j'avais déjà fréquenté en 2006.

PS : The Hindu titre aujourd'hui sur l'opération chirurgicale de onze heures subie par le Premier ministre Manmohan Singh. Il serait stable après ces cinq pontages coronariens. Du coup, il ne participera aux célébrations dyu Republic Day de demain.

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Départ imminent

2009-01-24 04:51+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Voyage en Inde VI

Je suis prêt à partir pour ce sixième séjour en Inde. Les prochaines entrées de ce blog seront sur le fuseau horaire de l'Inde (UTC+5½). J'emporte moins de livres que pour mon dernier séjour mathématique :

  • Jean-Philippe Blondel, À contretemps ;
  • Michel Boivin, Histoire de l'Inde ;
  • Georges Dumézil, Mythe et épopée ;
  • Indrajit Hazra, Le Jardin des délices terrestres ;
  • Piette Loti, L'Inde (sans les Anglais) ;
  • Bharati Mukherjee, Jasmine ;
  • Boris Pasternak, Le docteur Jivago ;
  • Vikram Seth, Quatuor ;
  • Shashi Tharoor, L'émeute.

La dernière fois, j'en avais pris au moins deux fois trop et mes bagages firent plus de vingt kilogrammes à l'enregistrement...

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Nouveau séjour en Inde

2009-01-21 02:13+0100 (Orsay) — Voyage en Inde VI — Mathématiques

Dans trois jours, je repars en Inde, cette fois-ci ce sera pour un séjour d'un mois au Chennai Mathematical Institute. Aujourd'hui, afin de finir de régler les derniers détails concernant mon hébergement, j'ai réentendu le Brwww Brwww caractéristique des tonalités de téléphones indiens, et fini d'acheter des billets de train pour les week-ends pendant lesquels je compte visiter quelques villes du Tamil Nadu. Le site de réservation IRCTC dont j'ai déjà parlé a encore un peu changé, en s'améliorant un peu. Il n'est maintenant plus nécessaire de taper le numéro de sa pièce d'identité. De toute façon, les contrôleurs ne les vérifient pas : je n'ai pour le moment assisté qu'à des mises en scène de pseudo-sécurité, et seulement dans des wagons climatisés, lors desquelles le contrôleur demandait une ID-card, peu important ce que le voyageur faisait voir, du moment que cela ressemblât de loin à une pièce d'identité. Des progrès semblent avoir été faits pour faciliter la consultation des horaires en tenant compte du fait que certaines grandes villes aient plusieurs gares. Pourtant, le site buggue encore assez souvent et il ferme pendant certaines heures nocturnes ; compte tenu du décalage de 4h30 entre l'heure indienne et l'heure d'hiver en France, il est impossible de l'utiliser pendant une bonne partie de la soirée.

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