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Gayatri Sriram au NCPA

2011-07-25 14:32+0530 (पुणे) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde X

Dance Theatre Godrej, National Centre for the Performing Arts, Mumbai — 2011-07-23

Gayatri Sriram (disciple de Smt. Minal Prabhu), bharatanatyam

Panchakanya

Avant-hier soir, je suis allé au NCPA pour voir Panchakanya, le récital de bharatanatyam de Gayatri Sriram (chorégraphié par sa guru Smt. Minal Prabhu). La première impression n'a pas été extraordinaire. Il y avait pourtant un effectif musical inhabituellement fourni : mridangam, nattuvangam, voix, flûte, sitar. Mais par ailleurs, on laissait entrer n'importe comment les retardataires. D'autres sortaient, re-rentraient, voire dans un cas, re-sortaient pour de bon en cours de route. Bref, difficile de se concentrer sur le spectacle.

La pièce introductive est une invocation de la déesse, Devi. Elle s'enchaîne avec la première partie du programme Panchakanya proprement dit. La première des cinq (Panch) jeunes femmes (Kanya) est Ahilya (sic). Les cinq femmes évoquées successivement étant des personnages du Ramayana (quatre) ou du Mahabharata (une seule), je connaissais déjà très bien leur histoire qui a de toute façon été rappelée avant chaque partie. Pourtant, je n'ai à peu près rien saisi de la partie concernant Ahalya (et je ne suis même pas certain d'avoir bien compris où était la transition par rapport à la pièce introductive). J'ai vaguement cru comprendre qu'il y avait une femme dévôte et qu'à la fin elle était en quelque sorte prise en flagrant délit d'adultère (Indra ayant pris la forme de son époux Gautama). A priori, rien sur la malédiction qui l'avait transformée en pierre avant que Rama ne la libère.

Je commençais à avoir de gros doutes et puis est venue la partie consacrée à Draupadi. Elle comptait deux scènes. La première était celle de son svayamvar : une cérémonie au cours de laquelle une jeune femme choisit son époux. En l'occurrence, le choix devrait se porter sur celui qui montrerait son adresse à l'arc. C'est Arjuna qui l'emporte. Il me semble que la danseuse a plusieurs fois souligné le fait que celui-ci était un brâhmane, en tout cas au moins un deux-fois-né, reconnaissable à son cordon sacré. Alors en fuite après l'incendie de la maison de laque, Arjuna se cachait en se faisant passer pour un brâhmane. La deuxième scène est celle du jeu de dés. Yuddhishthira a tout perdu contre Duryodhana (qui faisait jouer un tricheur à sa place), y compris lui-même et Draupadi. Duryodhana envoie Duhshasana la chercher. Elle refuse de se laisser faire, mais il la traîne de force par les cheveux (c'est beaucoup moins soutenable que la dernière scène du premier acte du Crépuscule des Dieux où Siegfried ayant pris les traits de Gunther malmène Brünnhilde). Ensuite, il tire sur son sari, mais de nouveaux mètres de tissu apparaissent prodigieusement au fur et à mesure. Elle avait en effet adressé une prière à Krishna. Cette deuxième scène du jeu de dés était tout particulièrement bien chorégraphiée et très émouvante.

Comme dans tout le programme, la musique semble le résultat d'un très bon travail visant à accompagner la dramaturgie. Cela se voit dans le texte, que je ne comprends pas, mais qui contient suffisamment de mots-clefs pour qu'il soit évident que les mots employés collent à l'action. L'utilisation des différents instruments et les choix de dynamique permettent de souligner les passages importants. De façon assez originale, les passages purement rythmiques sont accompagnés non pas seulement du mridangam et du nattuvangam (auxquels s'ajoutent la voix de la guru dictant le rythme), mais aussi de la voix du chanteur, absolument extraordinaire (je n'ai jamais entendu un chant d'une telle qualité lors d'un récital de bharatanatyam, à part Aruna Sairam, mais c'était dans un contexte un peu particulier.

Il s'agit donc d'un récital de bharatanatyam dans un style très narratif, comme j'en ai rarement vu. C'est cependant moins dansant que ne l'était Srithika Kasturi Rangam. Cela dit, les passages rythmiques de danse pure étaient très bien.

Après Draupadi, c'est au tour de Sita. Là encore, l'histoire est parfaitement claire. Elle est découverte dans un sillon de terre par Janaka, qui l'élève. Lors de son svayamvar, Rama l'obtient en bandant l'arc de Shiva. J'avais déjà vu plusieurs fois cette scène particulière lors d'autres récitals. Ici, comme dans l'ensemble du récital, cela pèche un peu par la consision du propos. Il aurait été intéressant (et sans doute plus divertissant) de ne pas montrer seulement Rama en train de réussir l'épreuve, mais aussi de souligner la difficulté de la tâche en montrant quelques autres en train d'échouer plus ou moins lamentablement (le même problème se posait aussi avec l'épreuve réussie par Arjuna). Le plus beau passage de cette partie est intervenu ensuite. Alors qu'elle est dans la forêt avec Rama et Lakshmana, elle aperçoit une antilope dorée (en fait un démon qui a pris cette forme pour la tromper) ; elle demande à Rama de la lui capturer. Lakshmana finit par y aller aussi. Laissée seule, elle est enlevée par Ravana, que la danseuse a caractérisé en suggérant la présence de multiples têtes. Là, il y a eu une brutale ellipse, puisqu'on s'est retrouvé presqu'aussitôt à la fin de la guerre entre les démons d'un côté et Rama et les singes de l'autre. C'est seulement par les lumières qu'a été suggéré l'épreuve du feu que s'inflige Sita pour prouver sa vertu (cela a été presque furtif, pas du tout spectaculaire). Ensuite, la rumeur publique s'empare du bon sens de Rama qui envoie son frère abandonner Sita dans la forêt. Le public mumbaïte a laissé échapper quelques applaudissements lorsque Sita est brièvement sortie de scène (en pensant sans doute que cela signifiait la fin de la pièce) pour revenir aussitôt en ayant donné naissance à ses deux fils jumeaux. La fusion finale de Sita avec la Terre au moment où Rama venait la reprendre n'a été malheureusement suggérée que par les lumières.

C'est Tara, une autre femme du Ramayana, qui a été évoquée ensuite. Cela m'a semblé moins clair, la seule scène bien identifiable a été celle où Rama tue d'une flèche le singe Valin au cours du duel entre Valin et son frère Sugriva.

La dernière femme évoquée est Mandodari, l'épouse de Ravana. Essentiellement, on la voit jouir du luxe de Lanka, puis se lamenter de la mort de Ravana après qu'il a été tué par Rama.

Bien qu'il ne m'ait pas semblé entièrement satisfaisant, j'ai beaucoup apprécié ce récital, qui s'est conclu par les salutations traditionnelles dans un Mangalam.

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