Weblog de Joël Riou

Bharatanatyam à Pune avec Sucheta Chapekar et ses disciples

2014-09-18 12:38+0200 (Orsay) — Culture — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XIII

Je suis arrivé à Pune un samedi après-midi. Une voiture m'attendait pour me conduire à l'IISER, un institut de recherche où je passerai la semaine et dont le bâtiment principal a été inauguré il y a quelques mois par le Président de l'Inde. J'y retrouve avec plaisir mes amis Supriya et Amit qui y travaillent depuis quelques mois et j'y donnerai au cours de la semaine plusieurs exposés de mathématiques. Les petits-déjeuners et dîners de la Guest House étaient excellents. Croyant bien faire les deux cuisiniers avaient initialement réduit la quantité d'épices ; je leur ai demandé d'utiliser la quantité normale. Progressivement, les plats devenaient de plus en plus épicés de jour en jour jusqu'à atteindre le parfait dosage.

Le dimanche après-midi, j'ai rendu visite à Sucheta Chapekar (guru de ma prof) et après discussion, il a été convenu qu'au cours de mon séjour j'apprendrais avec deux de ses disciples le Shiva Kautukam qui m'avait tant plu. Elle m'a aussi suggéré d'assister au spectacle qui allait se tenir quelques heures plus tard :

Jyotsna Bhole Sabhagruha, Pune — 2014-08-17

Priya Nimkar Joshi, bharatanatyam, chorégraphies

Sucheta Chapekar, chorégraphie du Tillana

Uttakaad Kavi, compositions

Dr. Sau Kalyani Namjoshi, discours

Manasi, Neha, Ambari, Saniya, Jai, bharatanatyam

Hommage à Ganesh

Offrande de fleurs

Solo

Padam

Tillana “Kalinga Narthana” (Raga Gambhira Nattai)

Une des disciples de Sucheta Chapekar a proposé un programme autour des compositions sur Krishna d'Uttakaad Kavi. Le 17 août était en effet le jour de Krishna Janmashtami, l'anniversaire de la naissance de Krishna.

Après quelques mots d'introduction, Dr. Sau Kalyani Namjoshi et Sucheta Chapekar ont inauguré le programme en exécutant quelque bref rituel propitiatoire sur l'espace scénique. Dr. Sau Kalyani Namjoshi a ensuite prononcé un long discours sur les différents aspects de Krishna. Après avoir salué le public de rasikas et récité un shloka sanskrit, elle a commencé sa conférence en marathi. Je n'ai strictement rien entendu à ce qu'elle disait, mais je pouvais au moins comprendre à quelles épisodes des épopées elle faisait référence en faisant attention aux noms propres qu'elles prononçait, comme Draupadi ou Ashwattaman.

Plus de trois semaines après le récital, les détails se sont quelque peu effacés de ma mémoire, mais je me souviens de la délicieuse première pièce exécutée par quatre jeunes disciples de Priya Joshi. Alternant passages expressifs et passages rythmiques (les césures étant adoucies par les interprètes de la musique enregistrée), elles ont évoqué Ganesh, fils de Parvati, puis de Shiva. Elles ont mis en valeur ses oreilles, sa monture, sa trompe. Priya Joshi a ensuite dansé en solo une offrande de fleurs souhaitant la bienvenue à Krishna si j'en crois le texte que j'entendais (Swagatam Krishna). Une des disciples a ensuite interprété une pièce décrivant à quel point Radha est intoxiquée par les ondes sonores produites par la flûte de Krishna qui parviennent à ses oreilles, tandis qu'autour d'elle abeilles et oiseaux semblent heureux. L'avant-dernière pièce du programme a été interprétée par Priya Joshi, il s'agit d'un Padam évoquant certains sentiments maternels de Yashoda s'en allant chercher de l'eau tandis que Krishna fait le fier avec ses bracelets et colliers.

Si toutes les pièces précédentes m'ont beaucoup plu, le frissonnomètre est monté beaucoup plus haut, à un niveau rarement atteint, pendant la dernière pièce dansée par quatre jeunes disciples. J'ai cru mourir de plaisir en voyant ce Tillana, la seule pièce du programme à avoir été chorégraphiée non pas par Priya Joshi mais par Sucheta Chapekar. J'ai immédiatement reconnu le fameux Tillana “Kalinga Narthanam” (Raga Gambhira Nattai). La chorégraphie est absolument magnifique. Krishna joue à la balle avec ses amis et la balle retombe dans la Yamuna. Krishna se dévoue pour aller la chercher, mais le serpent Kalinga y règne. La chorégraphie montre Krishna en train de dompter le serpent, représenté par trois danseuses représentant chacune une de ses têtes ondulantes. Cette scène est particulièrement impressionnante ! Il s'agit là d'un des plus grands moments de bharatanatyam auxquels j'aie assisté. Il est particulièrement plaisant que ce thème lié à l'enfance de Krishna soit interprété par de jeunes danseuses.

Les jours suivants, je suis retourné chez Sucheta Chapekar prendre un cours avec deux de ses disciples Mugdha et Prajaksha (qui devaient par ailleurs répéter une chorégraphie de groupe sur le Ramayana, Mugdha interprétant Lakshman et une autre disciple, Yashoda, interprétant (magnifiquement) Rama). Prajaksha me montrait les mouvements tandis que Mugdha marquait le rythme avec un bâton et rectifiait la chorégraphie en cas d'hésitation ou de doute (notamment sur des questions de rythme, quand je constatais des différences avec la partition rythmique que j'avais photocopiée). Chaque soir, je notais en notation Benesh les sections de la chorégraphie que j'avais apprises lors du cours (je reviendrai dans un prochain billet sur cette notation de la danse), ce qui m'aidait à comprendre la chorégraphie et à la mémoriser. Au bord de quatre heures de cours et pas mal de pratique, à quelques hésitations près, je pouvais plus ou moins danser la pièce, ce que mes deux professeures ont constaté lors du dernier cours. Le temps était donc venu de le faire voir à Sucheta Chapekar. Alors que nous n'avions travaillé jusque là qu'avec les bols, je me suis retrouvé à devoir le danser pour la première fois avec un enregistrement de la véritable musique devant la chorégraphe... Étonnamment, je suis arrivé à rester synchro avec la musique jusqu'au bout. Elle a fait quelques corrections à la chorégraphie et m'a donné des conseils et pour finir, elle m'a fait faire le Namaskar.

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Girnar Hill

2014-09-17 13:38+0200 (Orsay) — Voyage en Inde XIII — Photographies

Le lendemain de mon arrivée à Junagadh, je me suis levé avant 4h du matin. J'ai trouvé un rickshaw pour me déposer au pied des marches de Girnar Hill, le point culminant du Gujarat, qui est un site de pélerinage jaïn et hindou. Les hindous portent des chaussures, les jaïns sont pieds nus. J'ai fait comme les jaïns. J'ai commencé à monter vers 4h45. Les marches sont très régulières. Une fois que l'on a trouvé son rythme, on peut s'y tenir. La montée des quelques miliers de marches est très facile. Par chance, la lune est presque pleine, ce qui permet de voir où l'on marche, mais pas grand'chose d'autre à cause de la brume. Je suis arrivé une heure et demie plus tard au niveau du groupe de six temples jaïns. Je m'attendais à ce que ce soit plus facile que Parasnath, mais je fus étonné de constater que ce fut beaucoup plus facile que Pavagadh. À 6h15, les temples ne sont pas encore ouverts. Je grimpe donc un peu plus haut où se trouvent quelques temples hindous. J'avais téléchargé la carte de l'Inde d'OpenStreetMap sur mon téléphone, ce qui m'a été très utile pendant mon voyage, mais je n'avais même pas pensé à zoomer sur la colline :

Girnar Hill sur OpenStreetMap

Si j'avais su que j'étais si près du sommet, je serais sans doute allé jusqu'en haut... J'ai rebroussé chemin au niveau de ce qui devait être le temple d'Ambaji (qui était fermé). Un peu plus bas se trouvait une petite pièce dans laquelle se tenait un prêtre et une sculpture de Vishnu à trois têtes.

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En redescendant, je m'arrête au temple श्री गोमुखी गंगा गिरनर (Shri Gomukhi Ganga Girnar). On peut à peine distinguer Gomukhi écrit en jugarati sur ce panneau :

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Je n'ai pas demandé de détails au prêtre, mais je présume que l'eau qui s'écoule dans ce temple est considérée comme une Ganga de substitution (de même qu'à Rameswaram) :

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Revenant à proximité des temples jaïns, je m'approche de deux des temples situés à proximité immédiate du chemin. On me dit assez peu poliment qu'il n'est pas permis de prendre des photographies, y compris de l'extérieur, ce qui me semble assez inédit. En insistant un peu, on concède à me dire que je peux acheter une autorisation pour 100 roupies au bureau situé dans l'enceinte du groupe principal de temples. Quand je reviendrai plus tard observer ces temples, les deux enquiquineurs ne seront toujours pas plus aimables, même en voyant que je suis ostensiblement en possession du précieux sésame.

Dans le groupe principal de temples, l'atmosphère est plus agréable. De petits escargots s'accrochent à la mousse qui s'accroche aux pierres ; dans un temple jaïn, personne ne viendrait attenter à leur vie ! À l'extérieur, la brume est toujours aussi dense ; on n'y voit pas grand'chose ! Néanmoins, les statues qui se dégradent avec le temps et se recouvrent de mousse sont émouvantes.

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L'endroit est très paisible. Seule la cérémonie rituelle du matin perturbe le silence qui règne. Assis dans le temple principal de Neminath, j'observe la statue noire. D'après l'homme qui m'avait reçu au bureau du temple, cette statue serait la plus ancienne au monde (60000 ans !), Believe it, or not! me dit-il...

Quelques jeunes gens s'approchent de la statue. Deux soufflent de toutes leurs forces dans des conques. Un autre frappe comme un fou sur son tambour. Des cloches résonnent. C'est l'heure du réveil de Neminath ! La statue est aspergée d'eau (et peut-être aussi de lait, mais je n'en suis plus tout-à-fait sûr).

Après ce rituel, le silence revient. Je sors contempler l'extérieur de deux autres temples et me fait une belle frayeur en me retrouvant en situation d'aquaplanning sur le sol en pierres humides. La sensation de perte d'adhérence d'un pied m'est assez familière ; l'autre pied est suffisamment ancré pour éviter la chute. Cette fois-ci, mes deux pieds (nus) avaient perdu toute adhérence avec le sol. Pendant une dizaine de secondes, je ne contrôlais plus rien, mais j'ai étonnamment réussi à ne pas chuter.

Il n'était pas encore midi quand je suis redescendu à Junagadh.

Photo 638
Girnar Hill

Dans l'après-midi, je me dirige vers un bâtiment abritant un édit d'Ashoka (non pas gravé sur une colonne, mais sur un gros rocher). Cela ne se voit pas sur cette photographie, mais l'arrière du bâtiment s'est écroulée. Il n'est donc pas possible de le visiter...

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De retour en ville, malgré les ravages du temps, je continue à admirer l'architecture des bâtiments de Junagadh :

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Le lendemain, j'avais l'intention de faire une excursion à Somnath pour visiter le temple du soleil, mais vers 3 heures du matin, j'ai renoncé à me sortir du lit pour aller prendre le train. Bien que je n'avais pas ressenti de fatigue la veille malgré l'ascension de Girnar Hill, je me suis retrouvé dans un état de grand épuisement et l'appétit coupé. Après une journée de repos, le lendemain à 4h du matin, je n'étais certes pas en pleine forme, mais dans la forme de quelqu'un qui doit prendre un train à 4h36.

De retour à Vadodara, j'ai envisagé de commander une pizza dans un restaurant, mais j'ai heureusement découvert avant qu'il soit trop tard que pour leur Italian Pizza, ils n'utilisaient pas une pâte fine, mais ils ajoutaient des spaghettis à la garniture !

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Junagadh, la ville en mousse

2014-09-11 09:22+0200 (Orsay) — Voyage en Inde XIII — Photographies

Junagadh est une ville extraordinaire. En sortant de la gare, le visiteur est surpris par cette grande porte envahie par la mousse :

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Un peu plus tard, après avoir posé ses affaires dans un charmant hôtel, il franchit cette porte et après quelques minutes de marche atteint le but de sa visite à Junagadh :

Photo 463
Bahauddin Maqbara

En voyant une photographie de ce monument de la fin du XIXe siècle, le mausolée du premier ministre Bahauddin, le voyageur s'était dit : Je veux voir ça !. Quelle architecture originale ! Il est possible de monter au sommet des minarets en utilisant les escaliers à colimaçon extérieurs (ceci est à déconseiller aux personnes atteintes de vertiges, surtout par jour de vent).

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À côté, Mahabat Maqbara, la tombe du Nawab Mahabat paraîtrait presque commune. Son architecture moghole incorpore pourtant d'étonnants éléments européens.

Photo 653
Mahabat Maqbara

Pourtant, le voyageur s'étonne, et est même consterné par l'état de conservation des monuments. Depuis l'extérieur, il est en effet possible d'observer l'intérieur, et il convient manifestement de n'y pas poser les pieds, quand bien même quelque porteur de clefs se trouverait là, tant la tombe et le sol autour sont recouverts de plumes fixées par d'autres matières provenant de volatiles.

Le voyageur ne le sait pas encore, mais ce serait en fait un outrage à l'harmonie architecturale de la ville que de tenter quoi que ce soit pour enlever la mousse qui s'insinue sur ces monuments :

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De là, le voyageur s'engage dans le dédale des rues de Junagadh, et est saisi d'émerveillement et d'émotion devant la beauté des bâtiments les plus ordinaires de la ville, tous envahis par la mousse :

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Par chance, en suivant la ligne de plus forte pente, il est rassurant de tomber sur un panneau indiquant que la direction vers le fort Uparkot est la bonne :

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Les fortifications de cette ville doublement millénaire sont en vue :

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La flore n'est pas la seule à avoir trouvé un havre accueillant dans cette ville qui, quoique habitée, semble comme abandonnée :

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Après l'entrée dans le fort, ce qui frappe, c'est la présence de signes de pratiques religieuses primitives pour engendrer quelque descendance ou rendre l'avenir favorable, comme ces petits empilements de pierres :

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Une sculpture non encore engloutie par la végétation se dresse de façon incongrue au bord d'un chemin.

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Parmi les vestiges des temps passés présents sur le fort, voici un des puits en escalier :

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Adi Chadi Vav

Des grottes bouddhiques du deuxième siècle de notre ère, aux sculptures très érodées, dont le style serait un des témoins d'une influence gréco-romaine :

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Une mosquée se fond aussi dans la végétation :

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Malgré les apparences, la ville est bien vivante :

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En descendant la route conduisant au fort, une vie nouvelle semble s'être greffée à quelque vieux bâtiment dont la fonction originelle semble oubliée :

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Plus bas, à condition d'en trouver l'entrée, on peut entrer dans le cimetière des Babi Nawabs, dont les mausolées sont sublimés par la mousse et la végétation :

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Depuis le fort, les collines environnantes sont visibles. Celle-ci est peut-être celle de Girnar, qui attire des pélerins jaïns et hindous :

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Planning de septembre 2014

2014-09-06 13:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Planning

Après mon séjour en Inde, reprise des activités normales. Voici mon planning de septembre 2014 :

  • 2 septembre 2014 (Opéra Garnier) : Le Tanztheater Wuppertal a interprété Two Cigarettes in the Dark, plus Theater que Tanz.
  • 13 septembre 2014 (Mas Flores de Llum, Los Masos) : Avant de s'en aller très loin de la France pendant un an, l'élève la plus avancée de ma prof de bharatanatyam donne un récital dans le Sud de la France. Si je l'ai probablement déjà vu danser la plupart de ces pièces isolément lors de récitals collectifs, j'ai très hâte de les voir rassemblées dans un récital solo complet !
  • 17 septembre 2014 (Théâtre de l'ENS) : L'École normale supérieure organise une semaine indienne. Je recommande fortement aux cinéphiles d'assister à la projection de Charulata de Satyajit Ray qui aura lieu le 16 septembre. J'irai pour ma part à la soirée consacrée aux danses classiques indiennes le 17 septembre au Théâtre de l'ENS.
  • 18 septembre 2014 (Salle Pleyel) : Mon premier concert à Pleyel de la saison sera un concert de l'orchestre de Paris dirigé par Paavo Järvi, avec en soliste le magnifique violoncelliste Xavier Phillips.
  • 20 septembre 2014 (Opéra Garnier) : Défilé du Ballet de l'Opéra de Paris, suivi d'un programme Harald Lander/William Forsythe. J'ai déjà vu les pièces de Forsythe qui sont programmées, mais je découvrirai avec curiosité Études de Lander.
  • 23 septembre 2014 (Salle Gaveau) : Les trois jeunes chefs des Talents Adami dirigeront l'orchestre Colonne dans un programme assez enthousiasmant a priori (Prokofiev/Chostakovitch/Stavinsky).
  • 26 septembre 2014 (Centre Mandapa) : La superbe danseuse de bharatanatyam Janaki Rangarajan dansera son programme Antaryatra: The Journey Within.

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Champaner

2014-09-05 10:13+0200 (Orsay) — Voyage en Inde XIII — Photographies

Je ne me suis pas réconcilié avec Champaner ! Dimanche 10 août, je suis retourné sur ce site classé au patrimoine mondial de l'Unesco dont j'avais un mauvais souvenir depuis ma précédente visite en 2007. Cette journée a probablement été la plus pourrie de toutes celles que j'ai vécues au cours de mes voyages en Inde.

Le matin, je commence par me diriger vers la gare routière de Vadodara en évitant soigneusement la boue des rues. Je me fais d'abord refuser l'entrée à une des extrémités de la gare routière. Obligé de faire un détour de plusieurs centaines de mètres, j'entre enfin dans la plus moderne des gares routières que j'ai vues en Inde. Tout est moderne, mais on chercherait en vain sa destination parmi celles qui défilent (en gujarati) sur les panneaux numériques placés près des plates-formes. La foule de passagers indiens est gérée comme un troupeau de bétail autour des deux ou trois plates-formes du fond où se concentre le mouvement. Plus que partout ailleurs, la loi de la jungle règne, gloire à celui qui verra son bus en premier et pourra se jeter dedans. Un agent de sécurité a eu l'extrême amabilité de m'indiquer le mien. À peine ai-je eu le temps de constater que c'était bien Pavagadh qui était écrit en gujarati à l'avant, je me suis rapproché de la porte d'entrée. Cela poussait de partout, et quand j'ai commencé à monter les marches, le passager précédent s'est écroulé de tout son poids sur moi et surtout sur mon poignet qui s'est retrouvé coincé entre lui et quelque aspérité métallique qui a laissé une marque heureusement pas tout à fait assez profonde pour imiter une tentative de suicide ratée.

Je me suis retrouvé tout à l'arrière du bus, à proximité immédiate d'une femme qui passait son temps à cracher en visant l'arrière du dossier situé de l'autre côté du couloir. La quantité de liquide était impressionnante ; cela s'est mis à couler un peu partout. À un arrêt, alors que j'allais m'asseoir, son mari m'a poussé de toutes ses forces pour m'empêcher de s'asseoir et avec ses chaussures sales il a souillé le bas de mon pantalon blanc. Ma belle kurta blanche de style de Lucknow était encore intacte.

La plupart des visiteurs du dimanche sont venus pour monter au sommet de la colline de Pavagadh. En face, on peut voir des fortifications derrière lesquelles se trouve une mosquée que j'avais déjà visitée en 2007 :

Photo 372
Saher ki Masjid

Photo 380

Grâce à un plan que j'avais récupéré avant de venir, j'ai pu visiter d'autres sites musulmans de Champaner, notamment la Jami Masjid :

Photo 387
Jami Masjid

J'ai continué ma route vers l'Est et après avoir pris un sentier vers le Sud en me fiant à un vieux panneau rouillé, j'ai pu voir la Kamani Masjid :

Photo 406
Kamani Masjid

Photo 409
Kamani Masjid

Plus loin vers l'Est, je suis arrivé à un tombe comportant un joli dôme, mais pour s'en approcher, il m'a fallu éviter soigneusement de marcher dans la boue.

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J'ai enfin visité la Khajuri Masjid situé en face d'un pavillon donnant sur un lac. (À moins que ce ne soit le contraire, les panneaux et plans donnant des informations contradictoires.)

Photo 422
Khajuri Masjid (?)

Photo 420
Pavagadh Hill

J'étais déjà monté au sommet de cette colline en 2007. La difficulté de cette marche et le peu d'intérêt du temple du sommet ne m'incitaient guère à retenter l'expérience. Mon intention était de continuer à visiter les sites musulmans de Champaner. J'ai attendu qu'un rickshaw collectif passe, me suis installé à l'arrière, et quand je suis descendu en face du croisement de la Jami Masjid, j'ai été étonné qu'on ne me fasse payer que 5 roupies pour ce trajet de trois kilomètes environ : j'ai même cru un instant que le signe de mains indiquant le chiffre 5 signifiant 50 roupies, ce que je trouvais au contraire un peu chérot.

J'ai essayé de suivre le panneau indiquant la Nagina Masjid, mais sa tournure tarabiscotée m'a fait me tromper de chemin. Je pensais qu'il fallait aller tout droit vers le Nord, ce que j'ai fait en vain pendant plusieurs dizaines de minutes. J'ai bien vu une mosquée sur ma gauche et un chemin qui pouvait sembler y conduire mais que plusieurs passants m'ont dissuadé de prendre. Le chemin s'arrêtait bien avant d'atteindre la mosquée ; il aurait fallu passer à travers champs. Le seul moyen d'atteindre cette mosquée (et une autre) était de rebrousser chemin jusqu'à l'intersection précédente, et prendre le chemin de terre vers l'Ouest. Qui dit chemin de terre et pluie dit boue. Certes, j'avais vu davantage de sites musulmans qu'en 2007, mais je ne me voyais pas renoncer immédiatement à la vue de la boue. Je me suis lancé sur le chemin étroit et au bout de cent ou deux cents mètres, le milieu du chemin était inondé. Une bande de dix centimètes sur le côté droit du chemin semblait suffisamment ferme pour qu'un piéton s'y engage... mais la pente de cette bande faisait glisser lentement mais dangereusement mes chappals vers la boue... et plouf. En tentant d'extirper la chaussure engloutie, une giclée de boue est montée aussi haut que mon kurta...

J'ai dû abandonner mes chappals, ce qui m'était déjà arrivé à Ujjain en 2012 (je l'avais alors vraiment cherché). Il y avait bien quelques autres sites un peu excentrés que j'aurais pu visiter, mais j'avais dépassé mon quota d'énervement pour envisager autre chose que de rentrer aussi vite que possible.

Je suis donc revenu pieds nus jusqu'à la route principale de Champaner/Pavagadh. J'ai voulu acheter une bouteille d'eau à un stand, mais le tenancier de ce stand n'en avait pas en stock et a envoyé quelqu'un en acheter plus loin. J'ai refusé de rentrer dans cette bulle spéculative et ai finalement acheté une bouteille ailleurs. Je suis ensuite monté dans un jeep collective pour Vadodara, mais j'ai dû attendre une éternité avant qu'elle soit pleine et donc prête à partir. Le pilote ne m'avait pas indiqué très clairement le prix, mais j'avais compris 60 roupies, et à l'arrivée, je voyais bien que c'était de ce montant-là que les autres passagers se défaisaient en partant. Quand il ne restait plus que moi à descendre, je lui ai tendu un billet de cent roupies et il n'a pas voulu me rendre la monnaie. Évidemment, cela l'arrangeait de ne subitement plus comprendre le moindre mot d'anglais. Après lui avoir crié assez fort et assew longuement que je ne m'en irai pas avant d'avoir obtenu satisfaction, il m'a finalement rendu les 40 roupies que j'attendais.

Le rickshaw-wallah que j'ai trouvé de l'autre côté de la rue a été très sympatique, il a tout de suite compris ce que je voulais quand je lui ai demandé Chappal ki dukan. Le marchand de chaussures et de tongues a involontairement fait une mauvaise blague en me demandant s'il devait emballer la paire que je venais d'acheter...

Finalement, après cette très désagréable journée, j'ai mangé un des meilleurs dosas que j'aie mangé en Inde (hors Chennai), accompagné de sambhar préparé en utilisant du moringa (drumstick) :

Photo 426
Masala Dosa & Idlis au Restaurant Kalyan

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Vadodara

2014-08-14 22:39+0530 (વડોદરા) — Voyage en Inde XIII — Photographies

Vendredi 8 août, je suis allé à la gare routière de Patan pour monter dans un bus pour Ahmedabad. Sitôt arrivé là-bas j'ai pris un autre bus pour Vadodara. Ce bus était climatisé et isolait relativement bien des bruits extérieurs, mais il m'a fallu supporter l'atroce film bollywoodien diffusé sur un écran à l'avant du bus (l'heure et demie du trajet ne permettait pas de le voir en entier, ce qui montre l'absurdité de la chose). L'après-midi je me suis reposé de ces cinq heures de route.

Le lendemain, j'ai pris des photographies des beaux bâtiments de l'Université Sayaji Rao de Vadodara, et mangé un excellent thali gujarati :

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Je suis ensuite allé visiter le palais de Laxmi Vilas :

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Ce palais est impressionnant ! Il associe l'art européen à l'art indien. Le Durbar Hall est une merveille (si l'on excepte certains vitraux importés d'Allemagne au-dessus des portes). Au fond, en hauteur, de superbes vitraux représentent des scènes vishnouistes : Yashoda en bouvière, Vishnu, Rama avec Sita et ses frères et enfin Yashoda et l'enfant Krishna (que l'on peut facilement rapprocher de Marie et Jésus).

Ma plus grande émotion est toutefois venue de la salle du trône du Maharaja Sayaji Rao où sont exposées des peintures de Raja Ravi Varma. Les thèmes sont tirés du Harivamsha (Kamsa-Maya), du Mahabharata (Kichaka-Sairandri) ou du Ramayana (Sita-Guddho : Sita s'unissant à la Terre). Deux autres sont des portraits de divinités : Laksmi, Sarasvati. Je connaissais cette peinture, mais ignorant dans quel lieu elle était accrochée, ce fut une heureuse surprise pour moi de la voir :

Sarasvati
Sarasvati peinte par Raja Ravi Varma.

Je me suis ensuite dirigé vers Tambekar Wada, une maison quelque peu délabrée. La visite est gratuit. Les informations que j'ai essayé d'obtenir du jeune maître des clefs vallaient environ zéro roupie. Quand j'ai voulu lui demander confirmation qu'une peinture murale représentait Markandeya attaqué par Yama et son fil, et sauvé par Shiva en récompense de sa dévotion, il m'a dit que cela représentait la Déesse... La guerre du Ramayana est représentée avec de nombreux détails. La scène qui m'a le plus frappé est celle où Rama et Lakshmana sont inconscients et Hanuman rapporte non seulement les fleurs pour les guérir mais aussi le pic montagneux où elles se trouvaient (ceci parce qu'il n'était pas capable de reconnaître ces fleurs). J'ai également apprécié une représentation du barattage de la Mer de Lait. D'autres peintures murales sont très endommagées. Elles ne sont pas toutes du meilleur goût. Celles d'inspiration européenne sont assez naïves. Une autre représente Krishna volant les vêtements des jeunes femmes se baignant à Vrindavan. Je crois avoir découvert là la source inspiration de la décoratrice de la production des Pêcheurs de perles vue récemment à Massy.

En fin d'après-midi, je retrouve Rohit Deshpande dont les parents (habitant Jalgaon) sont justement en visite à Vadodara chez Arun, le beau-frère de Shrikant.

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Patan, Modhera

2014-08-12 16:18+0530 (જુનાગઢ) — Voyage en Inde XIII — Photographies

J'ai pris le train mardi 5 août à New Delhi en direction d'Ahmedabad (Gujarat), mais je me suis arrêté à Mahesana le lendemain matin. À la gare routière, plusieurs personnes viennent spontanément vers moi pour m'aider à trouver le bus me permettant d'aller à Patan où je resterai deux jours.

Je suis étonné par la qualité des routes reliant les villes entre elles. En revanche, dans les villes, beaucoup de rues sont bordées de boue, ce qui ne donne pas très envie de marcher. Par exemple, le souterrain passant sous la voie ferrée est inondé (plus de dix centimètres d'eau). Je m'installe dans un hôtel ayant un excellent rapport qualité/prix  :

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En revanche, du point de vue gastronomique, je n'ai pas été impressionné par cette ville.

En début d'après-midi, je visite Rani-ki-vav, un superbe puits en escalier très récemment inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO (les billets comportent encore l'inscription Not valid for World heritage sites...) :

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De tous les côtés, on peut observer des sculptures. J'ai reconnu notamment la Déesse sous la forme Mahishasuramardini. La plupart des sculptures sont néanmoins vishnouistes. À un étage, on peut ainsi observer de part et d'autre une série incomplète des avatars de Vishnu, sauf erreur de ma part : Varaha, Vamana, Parashurama, Rama, Krishna. Il n'est pas possible de s'approcher de toutes les statues de cette structure à étages. Certaines d'entre elles ne sont visibles que si on les regarde à travers une lointaine ouverture selon un angle précis : Vishnu couché sur l'Océan cosmique. Parmi les autres sculptures, on peut aussi mentionner les nombreuses et variées sculptures de danseuses célestes.

Le lendemain, je me rends à Modhera pour visiter le temple du Soleil datant du XIe et construit par Bhimdev, époux de la reine qui construisit Rani-ki-vav. Je n'ai bêtement pas pris de photographie d'ensemble avec mon téléphone, mais sur celle-ci on reconnaît Surya, le dieu du Soleil avec son attelage de sept chevaux.

Photo 275

La photographie suivante se passe de commentaire.

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Le temple fourmille de telles sculptures érotiques. Elles cotoyent les scènes de chasse ou de danse. Les scènes mythologiques sont peu nombreuses. Je crois avoir reconnu que le barratage de la Mer de lait. Le sanctuaire du temple est vide. Tout autour des centaines de chauves-souris ont toutefois trouvé refuge. Un puits en escalier se trouve devant le temple et son pavillon  :

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Pour revenir à la gare routière, ne trouvant pas de rickshaw, j'ai marché, mais je me suis trompé de chemin. Arrivant près d'un barrage, un groupe d'hommes m'a proposé de m'asseoir à l'arrière de leur camionnette. Je n'ai alors pas été mécontent d'avoir quelques notions de hindi. Arrivé à la gare routière, j'ai à peine eu le temps de faire le grand détour permettant d'éviter la boue qu'un bus pour Patan s'est arrêté, ce qui m'a permis de rentrer.

En ville, les rickshaws me proposent des tarifs honnêtes. Un de ces triporteurs était décoré avec des images de Mickey :

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Les chauffeurs (et vendeurs de rue) n'ont pas l'air de connaître les nombres en anglais et donnent les prix en gujarati (les nombres semblent se confondre avec ceux du hindi). Ils indiquent en même temps avec les doigts d'une main le nombre de dizaines de roupies.

Dans les rues, les dromadaires sont couramment utilisés pour tirer des chariots de marchandises  :

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Dhrupad à Greater Noida

2014-08-09 17:10+0530 (વડોદરા) — Culture — Culture indienne — Dhrupad — Voyage en Inde XIII — Photographies

Je viens de passer trois semaines à Delhi, ou plus exactement à Greater Noida, une ville nouvelle en lointaine banlieue de Delhi : elle se trouve en fait dans l'état voisin d'Uttar Pradesh. Ceci explique que sur la longue route auprès de laquelle fourmillent les immeubles en construction, à l'approche de Delhi, on passe à côté d'un grand parc construit à l'instigation de Mayawati, ancienne Chief Minister d'Uttar Pradesh. Je ne suis pas sûr que ces longs alignements de sculptures d'éléphants furent une très bonne initiative pour la cause des dalits...

Le jour de mon arrivée à Delhi, je suis allé à Akashvani Bhavan, le bâtiment de l'All India Radio où travaille Pandit Nirmalya Dey. Dans la salle d'attente VIP, alors que j'étais habillé d'un kurta Lucknow-style, je me fais saluer très respectueusement par un musicien musulman. Plus tard, dans le local où il travaille, la situation est souvent à pleurer de rire, mais ce n'est pas vraiment racontable... Panditji m'a ensuite conduit jusqu'à Greater Noida.

À Greater Noida, j'ai séjourné dans un très bel appartement d'environ 100 m². Deux étudiants afghans du conservatoire de Rotterdam, Ilyas et Samim avaient loué cet appartement pour leur séjour de deux mois afin de se perfectionner avec Pandit Nirmalya Dey. Samim est plus débutant que moi et Ilyas est plus avancé (il jouait d'ailleurs du tampura lors du festival d'Utrecht).

Un jour sur deux environ, Panditji venait le matin vers 6h pour le Kharaj, un entraînement vocal explorant les graves (jusqu'au Sa d'en bas, voire jusqu'au Ni encore en-dessous !). Les deux autres élèves sortaient tout juste du lit à cette heure-là, mais je devais souvent me lever dès 5h pour me préparer à partir après le Kharaj avec Panditji qui pouvait me déposer près d'une station de métro pour que je puisse enchaîner avec un cours de bharatanatyam avec Arupa Lahiry. Cela dit, il m'est aussi arrivé d'aller me recoucher juste après le Kharaj...

Les autres jours Panditji venait l'après-midi pour nous donner un cours. Si nous étions assis tous ensemble et si nous avons parfois chanté la composition en groupe, l'enseignement était individuel, chacun recevant sa leçon l'un après l'autre. Même pendant les passages collectifs, si l'un d'entre nous produisait la moindre fausse note, celle-ci était quasi-systématiquement corrigée...

Je suis arrivé à Greater Noida alors qu'Ilyas et Samim pratiquaient Raga Todi depuis déjà deux semaines. Le premier jour, Panditji m'a demandé si ce raga me convenait ; je n'allais évidemment pas dire non, puisque c'est un raga très difficile, le seul de ceux que j'avais déjà pratiqué dont j'étais jusque là incapable de chanter une composition en raison de sa difficulté. La première chose que j'aie eu à essayer de chanter a été la gamme de ce raga... Celle-ci comporte de nombreuses altérations, assez subtiles : on est loin du tempérament égal. Ainsi, si la tonique (Sa) est le do, par rapport aux touches du piano les plus proches, les Re komal, Ga komal, Tivra Ma et Ni komal sont respectivement un peu plus bas que les Ré bémol, Mi bémol, Fa# et Si bémol. Le Dha komal est au contraire un peu plus haut que le La bémol. Même le Pa (sol) ne fait pas une quinte juste : il est un peu en-dessous ! C'est donc avec un certain soulagement que vers la fin de mon séjour j'ai pu chanter la gamme et quelques exercices de Sargam sans que Panditji ait besoin de me corriger trop souvent...

J'ai aussi appris la composition Kaun Bharama Bhule Ho Mana Gyani, Pujata Raga Akshara Budha Bani en Chautal de Vilas Khan, fils de Tansen, la plus longue que j'aie apprise ! Les enregistrements répertoriés ne contiennent que les deux premières strophes de la composition (Stayi et Antara) alors que nous avons appris les quatre strophes. De toute façon le style personnel de Panditji est assez inégalable par son raffinement (autant que dans ses Alap) et aussi par sa façon de chanter avec de subtils retards sur le cycle rythmique : c'est superbe, mais difficile à reproduire à l'identique ! Les deux autres élèves avaient déjà appris les deux premières strophes quand je suis arrivé. J'ai donc pu les apprendre en me laisant entraîner par l'effet de groupe, mais pour les deux dernières strophes, j'ai été en première ligne quand Panditji s'est décidé à nous les apprendre : comme on commençait par ma leçon, j'ai été le premier à devoir reproduire ce que Panditji chantait... J'ai aussi fait un tout petit peu d'Alap, mais de même que les autres il m'a fallu attendre deux semaines avant de pouvoir me lancer du fait de la difficulté de Raga Todi. Heureusement que j'avais rapidement décidé de prolonger d'une semaine mon séjour à Greater Noida parce que sinon cela m'aurait sans doute frustré.

Dans ma chambre, j'avais un tampura  :

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Tampura

L'engin est assez lourd : je ne sentais plus ma jambe droite après un quart d'heure de pratique...

La cuisine de l'appartement n'était pas trop mal équipée. J'ai fait des Kulfis (à partir d'amandes, mangues ou pistaches entières, et ce sans mixeur ni véritable pilon...), Parathas, Puris, Chapatis, Paneer Butter Masala, Alu Masala, etc. Pour les Chapatis, j'ai d'abord observé comment procédait Mamta, une autre élève de Panditji qui est venue deux ou trois fois.

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Pista Kulfi

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Puris

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Chapatis

J'ai aussi bu presque continûment du thé chinois préparé en utilisant deux tasses pour émuler un zhong (une technique que j'avais découverte l'année dernière à Édimbourg). Les autres ont notamment préparé du riz, du Dal. Panditji nous a même fait plusieurs fois la cuisine tout en nous enseignant. Le jour où je suis arrivé il a préparé un succulent ragoût de mouton. Il nous a aussi invité chez lui déguster un korma de poulet.

Ilyas est parti une dizaine de jours au Surinam (!) pour une tournée d'un groupe de musique auquel il appartient. Comment a-t-il pu survivre sans le kilo de mangues qu'il mangeait quotidiennement ! Pendant ce temps, j'ai fait faire un peu de tourisme à Samim : Gurdwara Bangla Sahib, Sri Gowri Shankar Mandir, Lal Qila.

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Gurdwara Bangla Sahib

Pour aller à Delhi depuis Greater Noida, il fallait prendre un rickshaw, un bus et enfin le métro, ce qui prenait presque deux heures... J'ai profité de ces quelques allers-retours pour manger au Saravana Bhavan de Janpath :

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Appam

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Thali

J'ai également eu l'occasion de rendre une courte visite à Ustad F. Wasifuddin Dagar pour lui remettre une copie sur CD (dans la plus belle boîte que j'aie trouvée) de l' enregistrement que j'avais fait lors de son dernier concert à Paris.

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Ragas Bihag, Bageshri et Sohini par Wasifuddin Dagar

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Gati Summer Dance Residency : six créations de danse contemporaine au Max Muller Bhavan

2014-08-04 15:19+0530 (ग्रेटर नोएडा) — Culture — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XIII — Photographies

Mardi dernier, je me suis rendu à l'autre bout de Delhi, dans le quartier de Malviya Nagar pour retirer une entrée (gratuite) pour la première représentation du spectacle All Warmed Up en clôture de la Gati Summer Dance Residency.

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Six danseurs-chorégraphes (cinq indiens, une sri-lankaise) ont travaillé pendant dix semaines avec d'autres artistes (comme Padmini Chettur) pour mettre au point une pièce de danse contemporaine. Pour me rendre sur place, j'ai suivi les indications précises de leur site, mais elles oubliaient de préciser que de quelque côté que l'on marche sur la Press Enclave Road, il faudrait souffrir la puanteur de tas d'ordures :

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Le chemin du retour m'a fait passer devant le mall Select CityWalk. Je déteste ces lieux où l'on chercherait en vain toute trace de civilisation :

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Aucun des restaurants ne m'a paru intéressant, agréable et à des prix raisonnables. Alors que j'allais sortir, je suis tombé sur une pâtisserie appelée L'Opéra. Il en existe plusieurs à Delhi. Les tarifs sont à peu près les mêmes qu'en France. Une expatriée m'a dit plus tard qu'ils faisaient du très bon pain. Le mille-feuilles et le macaron que j'y ai mangés m'ont rendu beaucoup moins enthousiaste...

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Siddharta Hall, Max Mueller Bhavan, Goethe-Institut, Delhi — 2014-07-31

Ghostape, son

Govind Singh Yadav, lumières

Riya Mandal, chorégraphie, danse, costume

unfold @ 70bpm (création)

Rajan Rathore, chorégraphie, danse, costume

Sasha Shetty, danse

parallel (création)

Venuri Perera, chorégraphie, danse, costume

traitriot (création)

Rachnika Gopal, chorégraphie, danse, costume

looking within without (création)

Avantika Bahl, chorégraphie, danse, costume

110048, M81 (création)

Mirra, chorégraphie, danse, costume

according to official sources... (création)

Je suis arrivé très en avance au Max Mueller Bhavan jeudi soir. Il pleuvait assez fort. Pas grand monde sachant me dire où se trouvait le Siddharta Hall, que j'aurais trouvé plus facilement si j'avais ignoré son nom. De toute façon, il n'ouvrira pas avant 19h. En attendant, je tourne en rond, je vois pour la première fois ici des toilettes messieurs signalées par Herren. Le petit monde de la danse contemporaine à Delhi arrive progressivement, se fait la bise, etc. Quand la porte ouvre enfin, je profite de la fraîcheur de l'air conditionné et m'installe dans la salle qui sera pleine à craquer avec 90 spectateurs environ. (La deuxième des trois représentations prévues était déjà complète au moment de cette première.)

La première pièce est interprétée par Riya Mandal. La musique est une pulsation régulière (70bpm) dans laquelle s'insinueront des subdivisions. La danseuse est d'abord assise et réalise des mouvements du visage plus ou moins grimaçants à 70 bpm. Le mouvement s'empare progressivement de tout son corps (comme dans un Alarippu) et elle abandonne aussi sa chaise. Les mouvements de mains plus ou moins indépendants sont particulièrement fascinants. Cette entrée en matière est à mon avis une réussite.

La deuxième pièce est le sommet de la soirée. Il s'agit d'un duo entre Rajan Rathore (hip-hop) et la danseuse de ballet Sasha Shetty (qui me dira ensuite qu'elle apprend cette danse avec une prof russe, mais que leurs spectacles annuels n'ont lieu qu'en avril...). La pièce commence par une course-poursuite en rond dans l'espace scénique, chacun maintenant en permanence son regard dirigé vers l'autre. Les mouvements des deux conserveront un parallélisme jusqu'au bout. Si leurs mouvements ne sont pas toujours symétriques, ils sont toutefois réglés sur la même rythmique. On verra ainsi parfois Sasha Shetty utiliser des postures de danse classique tandis que Rajan Rathore exécute des mouvements de hip-hop. Un des moments forts de la pièce a été celui où les deux danseurs se tenaient debouts, penchés, épaule contre épaule, ce contact rendant l'équilibre possible. Il résume aussi le sujet de la pièce allant d'une opposition à union harmonieuse entre les deux danseurs.

Les trois pièces suivantes m'ont moins passionné. Toutes ont eu un côté hypnotique, mais je n'ai pas très bien saisi le message. Dans Traitriot, Venuri Perera (Sri Lanka) utilise la répétition de suites de mouvements de façon assez dérangeante, mais le contenu politique revendiqué de la pièce ne me paraît pas très clair (quelle est cette musique qui retentit à la fin ? est-ce un hymne ?)

Après l'entr'acte, Rachnika Goyal interprète looking within without. Il s'agit d'une méditation, ou d'une introspection en surplace. Le poids de la danseuse est bien passé d'un pied à l'autre une ou deux fois au cours de la pièce, mais pour ainsi dire seul le haut du corps a bougé, et très lentement, au cours de la pièce. Le fil de pensée du personnage m'est resté assez mystérieux, comme si un mur empêchait toute communication... Je n'ai rien contre ce type de danse, qui doit constituer une expérience très intéressante et éprouvante pour la danseuse, mais la présence du public n'est-elle pas superflue ?

Je suis aussi passé à côté de 110048, M81 d'Avantila Bahl. Elle a commencé par marquer l'espace en traçant une diagonale avec un rouleau adhésif. Plus loin, elle représentera semble-t-il des jeux d'enfants, notamment des jeux avec un arc ? La pièce devait évoquer la notion de Home, mais comme elle l'a expliqué à la fin, ce n'est pas tellement un chez soi qu'elle cherchait, mais un en soi.

Le programme s'est terminé en feu d'artifice avec la jubilatoire performance de Mirra (Arun). Elle a tourné en dérision les médias dans cette pièce according to official sources.... L'interprète est apparue avec une multiprise enroulée autour du cou ! On se croirait dans un ballet de Mats Ek. Je ne suis pas certain d'avoir saisi toutes les paroles prononcées par Mirra dans cette pièce en raison de son accent prononcé, mais il était semble-t-il question d'une annonce journalistique d'un drame mettant en scène des moustiques. Selon les sources officielles, certains d'entre eux étaient indiens et d'autres étrangers. La phrase But where is the plane  (ou quelque chose d'approchant phonétiquement parlant) revenait comme leitmotiv entre deux développements de charabia et avant que What a wonderful world apparaisse dans la bande-son. On pourrait penser que cette pièce n'était que drôle (cet aspect culminant avec l'utilisation par l'artiste d'un spray anti-moustiques), mais Mirra est aussi une remarquable danseuse. Elle utilise certes son corps de façon peu orthodoxe, mais sa technique m'a beaucoup impressionné et cela a contribué à faire de cette pièce celle que j'aie préférée avec le duo parallel de Rajan Rathore.

À l'issue de la représentation, les danseurs se sont prêtés à une agréable discussion avec la partie du public qui voulait bien rester. Je suis plutôt très content d'avoir assisté à ce programme !

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