Weblog de Joël Riou

Smt. Radha Prasanna au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-09 10:47+0530 (சென்னை)

Encore un très beau spectacle au festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Cette foisi-ci, il s'agit de kuchipudi. La danseuse Radha Prasanna est aussi spécialiste de bharatanatyam et cela se voit.

Le spectacle commence par une prière puis la danse commence avec une assez longue pièce dédiée à Ganesh, celui qui repousse les obstacles. La pièce suivante évoque le personnage de Satyabhama, la plus belle des soixante mille gopis de Krishna.

Par rapport au bharatanatyam, les mouvements sont beaucoup plus arrondis. On trouve aussi des passages purement rythmiques, qui reviennent d'ailleurs plus fréquemment.

Avant le début de la pièce principale, on rappelle le parcours de Guru Madhava Peddi Murthy (Siva Foundation) lui-même disciple d'un récipiendaire du Padma Bhushan.

La difficuilté des pièces va croissante. La pièce principale, homologue du Varnam, est le Tarangam, qui signifierait ondes. C'est d'ailleurs par des mouvements ondulatoires que commence cette pièce, qui évoque la danse de Krishna à Vrindavan. On voit aussi Vishnu couché et il me semble même que Lakshmi lui masse les pieds. La spécificité du kuchipudi est de comporter des passages dansés sur un plateau de laiton. C'est assez impressionnant. Les orteils pincent les bords. La danseuse avance, tourne, recule en rythme et avec une grande facilité tout en accompagnant les pulsations de mouvements des bras. La difficulté explose sur la fin. La guru réalise avec sa voix et les cymbales une dictée rythmique frénétique que la danseuse reproduit accompagnée des autres instruments : morsing (guimbarde),, vîna, mridangam.

La pièce suivante évoque la danse cosmique de Shiva, sur un texte sanskrit d'Adi Shankara. Du point de vue musical, on entend un mélange harmonieux de passages rythmiques pendant lesquels la mélodie de la vîna et de la voix d'un chanteur reste en suspension.

La pièce qui vient ensuite est un hommage à Venkateshwarar et la grande Unité qui inclut tous les êtres de la Création, qu'il soient rois ou intouchables. Musicalement, c'est une superbe interprétation de la chanson Brahman Okate.

Encore une pièce dédiée à Venkateshwarar sur une composition de Sri Rajaji. Un dévôt s'adresse à la divinité et lui dit Viens et bénis-moi..

Ce spectacle de haut niveau se termine comme il s'est ouvert par une prière.

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Trichy

2010-02-08 11:56+0530 (சென்னை)

Dimanche matin, je suis parti de mon hôtel à sept heures, soit exactement vingt-quatre heures après y être arrivé, et ce afin de ne pas payer double. J'ai pris un rickshaw pour rejoindre la gare routière qui se trouve en dehors de la ville, ce qui fait que, comme bien souvent, il revient plus cher de parcourir les quelques kilomètres jusqu'à l'arrêt de bus et que le trajet en lui-même jusqu'à la ville suivante, Trichy.

Le train de mon retour à Chennai étant à 22h, je devrai rester sur pieds pendant une longue journée qui s'annonce fatigante. J'arrive devant l'église anglicane St. John à l'heure de la messe. Je prends un rickshaw pour rejoindre le centre-ville où se trouve la Lourdes Church, censée imiter celle de Lourdes. L'intérieur est rosâtre et tout décoré. Pas de sièges, les fidèles sont assis à même le sol.

De là, on aperçoit les temples du Rock Fort qui s'élèvent sur une colline. J'y monterai plus tard. Après avoir pris un petit-déjeuner dans un des rares restaurants du quartier de Chinna Bazaar, je marche en direction du Nord, franchis la Cauvery et tente de trouver le chemin vers le temple Jambukeshwar, un complexe plutôt grand dédié à Shiva et Parvati. Sur le gopuram de l'entrée, on peut lire, en tamoul, le mantra shivaïte par excellence (Om) Namah Shivaya. Un brâhmane tente sans succès de m'extorquer cent roupies pour avoir insisté pour me mettre de la cendre sur le front. Un autre me fait faire un détour de cent mètres pour me forcer à aller acheter un ticket pour mon appareil-photo, mais ce bureau est fermé (on est dimanche), puis me propose royalement de faire une visite, me disant no guide, no money. J'arrive à m'en débarasser. Plus loin, des mendiantes obstruent le chemin en se mettant à faire une danse ridicule, pas évident de les contourner, d'autant plus qu'un brâhmane se met aussi à les imiter en rigolant.

Je me rends ensuite en rickshaw au temple le plus important de la ville, Ranganathaswami. Il comporte de nombreux gopurams colorés et diverses portes qui conduisent au sanctuaire au bout de la septième porte, défendue aux non-hindous qui se contenteront de la monumentale idole de Garuda, la monture de Vishnu. Le toit doré du sanctuaire est cependant visible, moyennant dix roupies, en montant sur le toit d'un bâtiment proche. En regardant dans l'autre direction, on a aussi une belle vue sur l'alignement de gopurams qui y conduisent.

Je marche vers la Cauvery pour voir l'Ammamandapam, dont je ne sais pas quelle est la fonction. Ce mandapam et les environs contiennent de nombreuses décorations vishnouïstes.

Je retourne au centre-ville où je grimpe au sommet de la colline où se trouvent deux temples. L'un dédié à Shiva qui était fermé (et de toute façon interdit aux non-hindous). Plus haut, une grotte est utilisée comme lieu de pique-nique, et des marches rocheuses conduisent au temple du sommet, dédié à Ganesh. Les gens y montent surtout pour la vue générale sur la ville de Trichy, assez étendue, et sur le temple de Shiva voisin qui comporte une petite coupole dorée.

Avant que mon train ne démarre, je discute avec mon voisin, prêtre catholique habillé en civil, qui me raconte avoir étudié à Milan pendant cinq ans, avoir un frère moine en France et y avoir séjourné très récemment pour les rencontres œcuméniques de Taizé. Il me raconte que la communauté catholique tamoule avait eu des réticences à accepter les réformes de Vatican II et m'explique le concept d'inculturation visant à adapter les rites aux coutumes locales (je lui demandais si les rites étaient exactement les mêmes qu'en Europe, malgré l'universalisme catholique, et il a fallu que j'insiste un peu pour qu'il lache le morceau !).

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Thanjavur

2010-02-06 18:51+0530 (தஞ்சாவூர்) — Voyage en Inde VIII

Je suis arrivé ce matin à Thanjavur par un train de nuit depuis Chennai. J'ai visité le grand temple ancien de la ville, construit au onzième siècle.

Ce temple est dédié à Shiva. Le sanctuaire est surmonté d'une haute tour. Un gigantesque Nandi veille sur sa divinité tutélaire. La queue est assez longue pour atteindre le lingam, lui aussi très gros. Il est aspergé de lait presque continûment. Je ne le vois pas de très près vu qu'il sera bientôt privé du regard des visiteurs.

Le long de l'enceinte, on peut voir une grande collection de lingams et sur les murs, des dessins colorés dans un style assez original : dans certaines d'entre elles, le lingam a une tête humaine recouverte d'une chevelure qui fait penser aux perruques blanches du grand siècle.

Je perds du temps à essayer de trouver un restaurant Saravana Bhavan qui n'existe pas. Je visite ensuite le palais royal. Il faut payer un nombre invraisemblable de fois (des petites sommes) pour rentrer dans les différentes parties. Dans le Durbar Hall, le sol est recouvert de déjections d'oiseaux. Dans les hauteurs, on peut voir des représentations mythologiques, en particulier, les cinq premiers avatars de Vishnu dans les parties les moins endommagées. Dans la galerie d'art, de nombreuses sculptures et de très beaux bronzes. Une salle est même consacrée au seul Nataraja. Ces pièces datent de diverses époques depuis l'an mil. Depuis cette gallerie, on peut monter dans une tour pyramidale. Le musée de la bibliothèque présente de nombreux documents dont quelques manuscrits anciens sur feuilles de palmiers.

Je suis retourné au temple en fin d'après-midi. Plusieurs groupes d'écoliers en uniformes de toutes les couleurs y étaient aussi. Le lingam de Shiva est maintenant recouvert de guirlandes de fleurs et d'une sorte de costume : trois lignes horizontales métalliques ont été placées sur le lingam de couleur noire. Derrière le lingam, on aperçoit un serpent doré à cinq têtes.

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Srithika Kasturi Rangam au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-05 11:12+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Comme lundi et mardi, en rentrant du Chennai Mathematical Institute en bus, j'ai pris un train local pour la station Tirumailai, la plus proche de Mylapore et de son temple Kapaleeshwarar. Le timing étant plutôt serré pour manger avant de rejoindre le R. K. Swamy Auditorium, je n'ai guère d'autre possibilité que de manger une troisième fois au restaurant Saravana Bhavan du coin. Il n'y a pas que les dosas qui y soient bons : puris, parathas, sambar vada, etc. Leur kulfi est excellente. Ayant un petit peu d'avance, je décide de passer par l'intérieur de l'enceinte extérieure du temple Kapaleeshwarar. On y a construit un passage couvert le long de l'enceinte intérieure. De nuit, les sculptures sont moins visibles, seules luisent les lettres Om Shiva Shiva du gopuram (où l'on pourra aussi voir un lingam et une paonne, symbole du couple Shiva-Parvati). En faisant le tour, les incroyants étant défendus d'entrer dans l'enceinte centrale, je découvre qu'il s'y trouve une étable (un des noms de Shiva est Pashupati, celui qui garde le troupeau, une métaphore que l'on trouve aussi dans le christianisme), ce qui est cohérent avec le fait que mardi soir, traversant le parking en face du gopuram, un moment d'inattention et je me fusse retrouvé encorné par un bovin poursuivi des assiduités de quelque congénère.

Le récital de 17h45 n'est pas encore fini quand j'arrive à la salle après avoir reconnu la rue à prendre au repère olfactif que constitue le grossiste en café qui s'y trouve. Je m'installe entre deux pièces et peux assister au fort déplorable Tillana final. La musique est catastrophique, la chorégraphie maladroite, et la danseuse, non dénuée de possibilités, fait ce qu'elle peut. Dans ce festival, on trouve du bon et du moins bon.

Je me replace au premier rang, dans une place laissée libre au centre. Le récital de Sritikha Kasturi Rangam (30 ans) va commencer. On annonce que ce récital sera un hommage à la grande chanteuse M. S. Subbulakshmi dont on donne quelques repères biographiques. Sa photographie enguirlandée se dresse en dessous de la traditionnelle sculpture du seigneur de la danse.

Le spectacle commence par un Pushpanjali. Vient ensuite une des chansons d'Adi Shankara (un des grands penseurs de l'hindouïsme) : Bhaja Govindam, dédié à Krishna, fameusement chanté par M. S. Subbulakshmi. Le chant est assuré par Guru Ambika Kameswar (qui joue aussi des cymbales et a signé les chorégraphies) et une autre chanteuse. Si elle a parfois du mal à aller chercher les aigus, sa prestation vocale est néanmoins remarquable. Dans ces pièces introductives, la danseuse montre une grande maîtrise dans l'exécution précise de mouvements pourtant rapides.

La pièce principale qui va suivre, le Varnam, est la plus belle pièce de bharatanatyam que j'ai vue. Il s'agit bien d'une pièce ou d'un ballet dont la danseuse jouerait tous les rôles. Le scénario est extrait des six premiers livres du Ramayana de Valmiki. La chanson s'appellerait Bhavayami Raghuramam. Quelques uns des épisodes de l'épopée seront ainsi représentés. Si connaître l'épopée aide beaucoup à identifier les scènes, les différents tableaux parlent d'eux-mêmes. Le public paraît d'ailleurs plus réactif que d'ordinaire ; peut-être est-ce qu'il comprend aussi paradoxalement mieux ce qui se passe sur scène que si on lui avait préalablement introduit les différentes scènes au micro.

La première scène que je reconnais est celle où Rama gagne la main de Sita en soulevant et bandant sans effort l'arc de Shiva qui était en possession de Janaka, le père plus ou moins adoptif de Sita. Avant lui, de grands gaillards se seront fait mal au dos en ratant lamentablement l'épreuve.

Une ellipse et Rama se retrouve en exil (avec Lakshmana et Sita) et traverse une rivière à bord de la barque de Guha, qui est souvent considéré comme un des tout premiers dévôts (bhakta) de Rama.

Le tableau le plus poétique est celui qui met en scène Jatayus. Que ces mouvements évoquant ceux du vautour sont gracieux ! Avant de succomber à ses blessures, il informe Rama de l'enlèvement de Sita par Ravana.

L'armée des singes part ensuite à la recherche de Sita en direction des quatre points cardinaux.

Le singe Hanuman prend avec lui un bijou de Rama. Il retrouve Sita prisonnière et triste. Elle s'illumine quand elle reconnaît l'ornement de Rama qui se réjouit aussi au retour de Hanuman.

Dans le dernier tableau, Rama est face à l'Océan qu'il devra franchir pour rejoindre Sita.

La pièce suivante est rythmée par le mantra (Om) Namah Shivaya sur un texte aussi dû à Adi Shankara. Différents aspects de Shiva sont représentés comme Nataraja, le seigneur de la danse, ou celui qui a les cheveux tressés (superbe évocation de la descente de Ganga).

Vient une chanson de Mirabai dédiée à Hari et enfin un Tillana dédié à la joie cosmique où entre des passages de danse pure, on verra un Vishnu couché sur l'Océan cosmique.

Quel beau spectacle ! Tout, dans la musique, la danse, l'expression du visage, l'attitude, etc, était de très haut niveau, à mon avis aussi bon que les spectacles des danseuses les plus connues qui vont se produire jusqu'à Paris !

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Smt. K. R. Rekha au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-03 10:56+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Mardi soir, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium. On annonce K. R. Rekha, son nom étant précédé du titre Srimati plutôt que Kumari, signe la danseuse sera expérimentée, ce qu'elle montre assez rapidement. Ses parures brillent ostensiblement. Mauvaise surprise : les musiques sont enregistrées. Si le spectacle de la veille m'avait déjà semblé audacieux par ses innovations chorégraphiques qui restaient néanmoins dans la tradition, l'audace de la danseuse de ce soir va s'avérer bien plus grande, quitte à sacrifier la tradition au point qu'après les deux premières pièces, je me demandais s'il s'agissait bien de bharatanatyam, avant que quatre de ses élèves entrassent en scène et exécutassent quelques mouvements correspondant aux codes habituels, et ce avec plus ou moins de réussite. Le style de la danseuse, comme ses formes, est tout en rondeurs, fait d'amples mouvements et de poses évanescentes évoquant furtivement quelques divinitées (en l'occurrence des formes de Shiva). La musique n'est pas très carnatique non plus, encore un peu d'audace et nous eussions entendu des chansons bollywoodiennes. Dans une des pièces, la danseuse interprète le rôle de Yahoda accompagnée du divin Krishna mimé par son fils.

La dernière pièce est le clou du spectacle. Sans que je comprenne les détails d'interprétation, la danseuse représente le moksha, le salut qui se peut obtenir par l'adoration du bienheureux Krishna. La musique qui rythme cette chorégraphie est la marche nuptiale du Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn !

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Kumari Pallavi Vijay au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-02 11:17+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Je suis arrivé en Inde dans la nuit de dimanche à lundi. La correspondance à Bruxelles (alors recouverte de neige) a été limite. L'avion d'Europe Airpost avait une bonne heure de retard. À Bruxelles, je dois chagner de terminal, ce qui est assez long en marche et tapis roulants. Enfin, le plus pénible et le plus long est de revoir repasser les contrôles de sécurité, surtout s'il faut d'abord trouver quelqu'un qui entende suivant le cas le flamand, l'anglais ou le français et que la machine se met à bipper sans raison et que l'agent de sécurité réalise des contrôles plus approfondis avec nonchalance. Une employée me dit ensuite de courir pour rejoindre la porte d'embarquement. Une fois dans l'avion, on aura encore une heure d'attente parce qu'un passager a égaré son passeport... Le service sur ce vol Jet Airways est très-convenable. Ce qui l'est moins, c'est la sélection de disques dans la rubrique Western classical des ordinateurs de bord, dans la mesure où elle contient une majorité de trucs dans le genre Vanessa-Mae. Je trouve néanmoins des symphonies de Haydn, ce qui me fait remarquer une ressemblance étonnante entre le premier mouvement de la symphonie nº88 et un des morceaux de Casse-Noisette.

Lundi soir, je me rends au R. K. Swamy Auditorium pour le festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Dans ce festival que j'ai déjà fréquenté l'année dernière, on ne sait jamais à l'avance de quel niveau sera le récital.

Le deuxième programme de ce jour commence par un morceau chanté, ce qui met aussitôt en valeur les grandes qualités de la chanteuse. Entre ensuite en scène la frêle et rose silhouette de Pallavi Vijay dont j'apprendrai plus tard qu'elle n'a que seize ans. Avec un faux air de nonchalance, elle exécute un Pushpanjali évoquant Natajara, le seigneur de la danse. Le varnam, la partie principale d'un récital de bharatanatyam est dédié à Vishnu aux multiples formes. Les différentes évocations dansées, accompagnées musicalement par une voix, un violon, un mridangam (un type de percussions) et des cymbales choquées par Guru Meenakshi Chittaranjan, qui fait aussi entendre sa voix dans les parties purement rythmiques insérées dans le varnam. L'hommage à Vishnu commence par une pose correspondant à Vishnu couché sur l'Océan cosmique, puis vient un épisode du Ramayana où Rama ranima Ahalya qui avait été changée en pierre. Un exemple des bienfaits de la dévotion est donné par une légende puranique que je ne connaissais pas : un éléphant est sauvé de l'attaque d'un crocodile parce qu'il est un dévôt de Vishnu. Cet épisode est très pittoresque. On a vraiment l'impression de voir l'éléphant et le crocodile que la chorégraphie suggère. La façon de représenter l'éléphant est différente de celles vues jusques à maintenant, cette chorégraphie insistant davantage sur les oreilles que sur la trompe. Un autre avatar, le nain Vamana, vient ensuite, de ses trois pas, mettre un terme à la domination du démon Mahabali. Enfin, c'est Venkateshwar, la forme de Vishnu résidant à Tirumala qui est évoquée.

Après cette partie, quelques minutes de violon tout en vibrato, aux improvisations cependant moins assurées que dans les autres parties.

Plus tard, la danseuse revient pour évoquer la plainte faite par une gopi à Yashoda à propos de son fils adoptif Krishna. Elle lui dit en substance : Votre fils est un vilain garçon. C'est la créature la plus dépravée de l'univers. En pleine nuit, il m'a séduite, je l'ai rejoint et il m'a embrassée, et sans que je m'en rendisse compte, il faisait la même chose à de nombreuses autres que moi en même temps..

Ce très beau récital s'est terminé par un Tillana, lui aussi dédié à Krishna.

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La Cenerentola au TCE

2010-02-01 15:09+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Opéra — Voyage en Inde VIII

Samedi soir, quelques heures avant de prendre un Noctambus^Wbus de nuit^W^W^WNoctilien pour l'aéroport CDG, je suis allé au Théâtre des Champs-Élysées pour assister à la première représentation de La Cenerentola dans la production mise en scène par Irina Brook (fille de Peter Brook) qui est reprise à nouveau.

Il s'agit indiscutablement du plus drôle spectacle d'opéra que j'aie vu. Bien sûr, cet opéra est un des opéras comiques de Rossini, mais le début de la représentation fait craindre d'assister à un opéra d'esthétique deschiesne, le décor figurant le Bar Magnifico où Angelina (Vivica Genaux) en miss Ugly fait tout le travail, méprisée qu'elle est par son (beau ?)-père et ses deux demi-sœurs Clorinda (Carla Di Censo) et Tisbe (Nidia Palacios). Don Magnifico (Pietro Spagnoli) porte un maillot de foot (de la Lazio), son jeu est très exagéré, on dirait un acteur de film muet... La beaufitude et le look Deschiens ne seront pas les seules cibles de la farce, on s'amusera aussi aux dépens des jet-setteurs, du cultureux branché, de l'art contemporain, de la presse people, etc. Le lieu est très flou lui aussi, on est à Rome (en tout cas en Italie), à Paris, à New-York.

Contrairement à certaines transpositions pas toujours très cohérentes, ici, tout colle très bien à l'histoire, à la lettre du livret, avec quelques gags supplémentaires, comme celui qui consiste à faire accroire qu'un personnage chanté par un chauve (Antonino Siragusa) se fait passer pour un autre d'apparence chevelue (Stéphane Degout). En effet, Don Ramiro veut épouser une femme qui ne se soucierait pas de son argent. C'est donc le valet Dandini qui vient sonder l'âme des filles de Magnifico. La seule scène qui m'ait paru étrange est celle où Dandini et Magnifico sont en chaise longue, une serviette blanche lacée à la ceinture. Sans doute un clin d'œil à la scène du Barbier de Séville où Figaro fait son office de barbier.

Du conte original de Cendrillon, il ne reste plus beaucoup de la partie magique. Cet élément est incarné par le curieux personnage d'Alidoro (Ildebrando D'Arcangelo). En remercîment de l'aumône accordée par Angelina, il œuvre pour que Don Ramiro la choisisse et punisse ses sœurs. Son intervention muette pendant le sextuor du deuxième acte est à hurler de rire. Les six autres personnages sont figés pendant le sextuor, comme des somnambules. Très espiègle, il leur fait faire des gestes ridicules avec leurs mains.

Pour ce qui est de la musique, le Concerto Köln est dirigé par le jeune chef Michael Güttler. À propos des voix, j'ai trouvé que Vivica Genaux manquait un peu de puissance pendant les premières scènes chez Magnifico quand l'orchestre jouait forte (sans que ce soit très gênant : dans la plupart des passages, l'orchestre n'est qu'un accompagnement du chant). Cependant, elle a été formidable dans sa longue séquence à la fin (qui ressemble beaucoup à son homologue du Barbier de Séville). Grand rossinien, Antonino Siragusa est un Don Ramiro enthousiasmant, tout particulièrement pendant ses airs du deuxième acte, très applaudis.

Voilà un très beau spectacle. Malgré une histoire mettant en scène sept personnages principaux (dont deux certes, ceux des sœurs d'Angelina, sont quasi-confondus), ce n'est pas cérébral comme un Wagner ou un Strauss et on aurait presque des scrupules à se laisser aller à une cette facilité (encore plus axée sur le chant que ne l'est Bellini), mais c'est cela aussi l'opéra. En sortant, j'entends dire Ç'aurait plu aux gosses..

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Exposition Les Ballets Russes à Garnier

2010-02-01 14:35+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Expositions — Voyage en Inde VIII

Samedi après-midi, je dépose mes affaires à un hôtel près de la Gare du Nord où j'ai prévu de prendre un bus très tôt le lendemain matin. Je me suis dirigé vers l'Opéra où se tient une exposition sur les Ballets russes. Contrairement à l'exposition du début de saison sur Gounod, elle n'est pas ouverte les soirs de spectacle, ce qui fait que je ne l'ai toujours pas vue malgré les cinq après-midi ou soirées que j'y ai passées depuis la mise en place de cette exposition.

Je rentre facilement grâce à ma carte de la BnF. On peut voir dans cette exposition des dessins préliminaires à la confection de costumes ou de décors, quelques costumes, des photographies, une partition autographe du Prélude à l'après-midi d'un faune, une notation chorégraphique de certains passages du Sacre du printemps, etc.

Je découvre dans cette exposition l'intérêt pour l'Asie du décorateur Léon Bakst. On verra ainsi un bronze de Garuda, la monture de Vishnu qui aurait inspiré L'oiseau de feu et surtout une photographie du superbe Nijinsky prenant la pose caractéristique de Krishna joueur de flûte dans Le Dieu bleu en regard d'un autre bronze issu des collections du musée Guimet. Une danseuse de bharatanatyam ne prendrait pas une pose différente.

Parmi les autres documents présentés, on pourra lire deux pages d'un rapport de Gabriel Astruc destiné aux autorités impériales russes à propos de la troupe de Diaghilev et de ses déboires financiers, dont voici des extraits :

Rapport confidentiel sur la saison russe 1909

M. Serge de Diaghilev a compromis en France le bon renom de l'administration des Théâtres Russes.

Mesures à prendre pour l'avenir

Peut-être y a-t-il lieu dans l'intérêt même de la bonne renommée des Artistes russes et de la dignité des Théâtres Impériaux de Russie, de ne pas sanctionner par des autorisations officielles les faits et gestes d'un impresario amateur dont le crédit est fortement entamé sur la place parisienne.

La sortie est toujours aussi mal indiquée. Je reste une bonne dizaine de minutes à la librairie pour écouter jusqu'au bout la version instrumentale de l'air Ah ! no credea mirarti de La Sonnambula qui s'y fait entendre.

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La Sonnambula à Bastille (deuxième)

2010-01-29 01:02+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Jeudi soir, deuxième de La Sonnambula. Place d'abonnement dans la catégorie juste au-dessus de celle de lundi. Bout de rang 8 du deuxième balcon de côté (jardin). Un angle de vue comparable à celui que j'avais lundi, sans balcon au-dessus et personne derrière (il y a une cloison).

L'annonce que Natalie Dessay est toujours souffrante n'engendre que des applaudissements, la phrase prononcée ayant commençé par une locution suggérant qu'elle se finirait bien. De l'art d'annoncer une mauvaise nouvelle à 2700 personnes. Contrairement à lundi où cette difficulté passait presqu'inaperçue, ce soir, elle était souffrante et cela s'entendait. Pas tant dans les parties les plus virtuoses de ses airs, que dans les récitatifs, chantés bien sûr, que comporte l'opéra.

Qu'il doit être difficile de choisir entre renoncer à chanter au risque de décevoir les nombreux spectateurs et chanter tout de même en désespérant de ne pas être au meilleur de soi.

Quoique les autres chanteurs fussent très bons, ces imperfections eussent fait que cette soirée n'eût été qu'en demi-teinte s'il ne se fît ouïr l'air final Ah ! non giunge uman pensiero, où après avoir rapidement passé une robe rouge en coulisses, la chanteuse se place seule en scène devant un rideau imitant celui de l'Opéra Garnier (où, parfois, comme ce soir, les étoiles sont applaudies à leur entrée en scène). Cela a été plus court, mais je me suis retrouvé à peu près dans le même état que lundi.

Je ne sais pas depuis combien de temps le réglage des oculaires correspondant aux deux yeux s'était défait, mais au début du deuxième acte, ce n'était plus tenable, j'ai identifié le problème et en prenant soin de faire le réglage œil après œil, j'ai retrouvé une image très nette, me permettant de voir vraiment très bien le visage des chanteurs. Ces jumelles, achetées environ 25€ il y a un an et demi, furent un très bon choix d'équipement.

Dans Le Monde, Renaud Machart moque gentîment la mise en scène :

Pour cette production louée à l'Opéra de Vienne, le metteur en scène Marco Arturo Marelli a transposé l'action, sise dans un village, dans un sanatorium de luxe en montagne. Ce qui est assez piquant quand le Comte Rodolfo, revenu au bercail après une longue absence, s'exclame, alors qu'il est devant un bar et des tabourets Art déco : Le moulin ! La fontaine ! Le bois ! (...) Je vous reconnais, lieux charmants.

Il oublie malicieusement de préciser qu'au moment où Rodolfo le dit, il ne regarde pas le bar, mais le tableau qui se trouve accroché au-dessus et représente un paysage villageois.

À propos de cette mise en scène, j'avais remarqué qu'un détail avait été changé par rapport au livret, à savoir que l'objet qui trahit Lisa et ses jeux folâtres avec le comte n'était pas un fichu mais un soulier (elle a aussi égaré un bas...). N'entendant pas l'italien, je ne sais pas si le mot vel a été changé. En tout cas, pour l'amateur français d'opéra italien qui se soucierait encore des paroles, on a pris garde à l'Opéra de Paris de faire paraître le mot soulier dans les sur-titres (c'est à peu près le seul moment de la soirée où j'ai formé le dessein de les lire).

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La Sonnambula à Bastille

2010-01-26 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Ce lundi, lors de la première de La Sonnambula à l'Opéra Bastille (véritable première : c'est l'entrée au répertoire de l'Opéra de cette œuvre de Bellini créée en 1831), on annonce que Natalie Dessay est souffrante depuis quelques jours, brouhaha dans la salle, mais qu'elle assurera son rôle. L'opinion générale est qu'elle a fait un peu mieux qu'assurer. C'est carrément l'extase !

C'était le moment de la saison opératique que j'attendais le plus avidement. Le moins que je puisse dire est que je n'ai pas été déçu par ce spectacle d'opéra, parmi les plus belles choses qui se puissent entendre. J'ai déjà eu l'occasion de discuter de l'intrigue et des œuvres qui par transpositions successives ont conduit à cet opéra 1. Je n'y reviens plus.

La mise en scène de Marco Arturo Marelli n'est pas désagréable à regarder. Le décor (unique) est une vaste salle d'un hôtel dans les Alpes suisses. C'est cohérent avec le livret qui fait de Lisa une aubergiste. Ce qui l'est moins, dans cette approche visuellement réaliste, c'est de n'avoir pas suggéré la chambre de Rodolfo où, après sa première crise de somnambulisme, Amina s'endort. On la voit ici s'allonger dans la salle de banquet. Lors des apparitions d'Amina, les témoins chantent parfois en regardant dans la direction opposée, ce qui produit un effet peu crédible. Comme il l'explique dans le programme, une des idées du metteur en scène est de rapprocher ce séjour suisse d'une retraite effectuée par le compositeur quelques mois avant de composer son ouvrage (il pensait alors écrire un (H)Ernani). Ce n'est que marginalement visible dans la mise en scène, mais il faudrait imaginer que Rodolfo est un compositeur. Bref, si elle n'est pas génialissime, cette mise en scène n'est en rien déplaisante (pas de quoi justifier les huées, quelqu'éparses qu'elle fussent, qui accompagnèrent l'arrivée de l'équipe de production lors des saluts).

Ce n'est je crois que la deuxième fois qu'un opéra me met dans des états pareils. La première fois, c'était lors de la première de Padmâvatî au Châtelet. La jouissance était alors davantage visuelle que musicale, même si l'impressionnisme de Roussel exacerbait mon sentiment général à propos de cet opéra-ballet. Ce soir, c'était avant tout la voix de Natalie Dessay qui détenait la faculté de déclencher des réactions jubilatoires. Lors de la retransmission du Met, cela ne m'avait tout à fait atteint que lors de l'avant-dernier air Ah ! no credea mirarti (j'avais même été plus impressionné par le rôle d'Elvino chanté par Juan Diego Flórez). Dans la salle de l'Opéra Bastille, l'effet de la voix de Natalie Dessay a été immédiat, dès les premiers airs du premier acte, dont je perçois enfin l'immense beauté. S'il n'est sans doute pas aussi enthousiasmant qu'un Flórez ou un Meli, Javier Camarena fait un bon Elvino. Les autres chanteurs, notamment Michele Pertusi (Rodolfo), assurent très-convenablement leur rôle aussi bien par leur chant que par leur jeu.

À voir, à revoir. (Cette production sera filmée. Une retransmission radiophonique est prévue le 27 février sur France Musique.)

[1] Un des textes du programme (tiré des mémoires de l'épouse du librettiste Felice Romani) confirme d'ailleurs que l'idée de faire de Rodolfo le père d'Amina était bien de lui, qu'il avait écrit une scène où Rodolfo révélait sa paternité à la présumée orpheline. Le seul vestige de cet ajout envisagé à l'intrigue se trouve allusivement dans les paroles de Rodolfo :

Elle est fort gentille et gracieuse
Laisse-moi te regarder. Oh, quel joli minois !
Tu ne sais pas combien ces beaux yeux
Font doucement battre mon cœur,
Comme tu rappelles à mes pensées
Une adorable beauté.
Elle était, ah ! telle que tu es,
Au matin de sa vie.

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Une Norma colorisée au Châtelet

2010-01-23 01:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je n'étais pas retourné au théâtre du Châtelet depuis un an et demi. La dernière fois, c'était pour un concert du dimanche matin avec Le Concert français dirigé par Pierre Hantaï et la fois précédente, c'était pour Padmâvatî de Roussel.

Cette fois-ci, c'est pour Norma de Bellini, qui, hasard du calendrier intervient presqu'en même temps que la production de La Sonnambula du même compositeur à l'Opéra Bastille.

Les décors du metteur en scène Peter Mussbach et de Daniela Juckel sont conceptuels. Un grand vide bordé de trois murs. Une grande boule, représentation d'une divinité lunaire, est un totem que déplacent les Gaulois. Les membres du chœur, des comédiens et une acrobate restent sur scène en permanence. Ils portent des costumes ternes. Les couleurs changeantes des murs, des éléments de décor, des costumes, sont presqu'entièrement le fruit des lumières. La scène sera ainsi toute verte, toute rouge, bleue, etc, suivant la situation. Ce procédé est d'autant plus éclatant quand une tâche de lumière colorée suit un personnage, en l'occurrence Oroveso (Nicolas Testé), le chef des druides. C'est le père de Norma (Lina Tetriani), sorcière-prêtresse censée annoncer l'oracle aux Gaulois. Elle a eu deux enfants (interprétés par des sortes de poupées !) du proconsul romain Pollione (Nikolai Schukoff) dont la moitié haute du corps est dorée par le maquillage. Celui-ci doit rentrer à Rome, et plutôt que Norma, c'est la jeune Adalgisa (Paulina Pfeiffer) qu'il aimerait emmener. Norma est jalouse, elle veut mener sa vengeance à son terme en se servant du pouvoir que sa religion lui donne sur les Gaulois. Norma envisagera de sacrifier ses enfants (comme Médée...), puis annoncera à son peuple qu'il faut non seulement sacrifier à leur divinité le profanateur Pollione, mais aussi une jeune fille qui s'est compromise avec lui. Jusqu'au dernier moment, elle hésitera. Finalement, elle se dénoncera elle-même pour rejoindre Pollione dans la mort. Ce dernier loue une femme qu'il perd. Je me demande un moment s'il pense à Adalgisa ou à Norma, mais il semble bien qu'il s'agisse de Norma, bien plus forte qu'il l'avait pensée.

Musicalement, c'est très beau. Autant je n'avais pas du tout été convaincu par l'Ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi dans L'Oratorio de Noël, autant dans Bellini, cela rend bien. Les chanteurs des trois ou quatre rôles principaux sont bons. Bien sûr, quand le public a entendu des centaines de fois l'air Casta Diva chanté par Maria Callas (le nombre de films qui l'utilisent dans leur bande son est assez invraisemblable), il est difficile que la comparaison ne paraisse pas défavorable (simplement parce que les détails d'interprétation sont différents, et qu'on pourrait attribuer à une faute ou une faiblesse ce qui n'est qu'un choix, pas forcément moins pertinent). Lina Tetriani, qui a été annoncée souffrante à l'entr'acte, s'en est très bien sortie. Dans ses airs, Nikolai Schukoff montre ses talents de bel cantiste. La première scène du deuxième acte met en scène un superbe duo entre Norma et Adalgisa, cette dernière étant prête à sacrifier son amour de Pollione pour son aînée.

Une partie du public a lancé des huées à la fin du premier acte et lors des saluts. Je ne sais pas si cela visait Spinosi ou bien le metteur en scène qui n'était pas là pour saluer. Pour ma part, j'ai trouvé que cette production était réussie.

PS: L'utilisation de toute la profondeur du plateau fait qu'il vaut mieux être au centre pour bien profiter de cette mise en scène, ce qui était mon cas vu que j'étais au premier balcon, plein centre, avec néanmoins devant moi un pilier, qui n'est pas très gênant : à un moment, Norma et Adalgisa étaient toutes les deux côté cour dans l'axe du pilier, mais par vision stéréoscopique, Adalgisa de l'œil gauche, Norma de l'œil droit (à moins que ce ne soit le contraire), je les voyais toutes les deux simultanément (cela marche bien sûr aussi derrière des jumelles).

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The Fairy Queen à l'Opéra Comique

2010-01-22 02:05+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures

Les spectacles à l'Opéra Comique qu'il m'a été donné de voir rivalisent d'adresse à m'enthousiasmer. Le dernier en date est The Fairy Queen, semi-opéra de Purcell, dont la partition a été perdue pendant deux siècles ! Je ne m'étais pas renseigné sur cette œuvre. Je découvre ainsi qu'un semi-opéra est un spectacle intermédiaire entre le théâtre et l'opéra. À vrai dire, les musiciens, les comédiens et les chanteurs ne sont pas les seuls à rassasier les sens du spectateur puisqu'on verra aussi évoluer des danseurs !

Le livret est inspiré (vaguement nous dit le metteur en scène Jonathan Kent) de la pièce de Shakespeare Le songe d'une nuit d'été. Tout se passe dans un décor unique mais multiforme. Il commence par figurer l'intérieur du duc Theseus, puis il se déstructure pour représenter la forêt où les amoureux Lysander et Hermia ont promis de se rejoindre, suivis de près par Helena qui n'est point aimée de Demetrius en retour. La reine des fées et Oberon se disputent. Puck, le serviteur d'Oberon, se trompe de destinataire pour les charmes que lui suggère son maître, ce qui fait que la reine des fées se trouvera en amour avec le tisserand Bottom transformé en âne et que Lysander et Demetrius vont fuir Hermia pour se disputer Helena. Quand le jour paraîtra, tout sera rentré dans l'ordre et les personnages auront eu l'impression de faire un songe.

Tout ce spectacle est so British. Par exemple, les artisans jouent une pièce de théâtre inspirée de la légende de Pyrame et Thisbé racontée par Ovide. Les artisans jouent tellement mal leur pièce à l'intérieur de la pièce que c'en est à hurler de rire. Le comédien qui interprète Bottom (Desmond Barrit) est très impressionnant.

Le décor est unique, mais cela bouge beaucoup. Une trappe permet de rapides et multiples apparitions-disparitions de personnages. On a presque peur pour les danseurs qui arrivent à ne pas tomber dans le trou. Certains, comme Phoebus et Juno sont suspendus dans les cieux.

Le spectacle est très long : cela commence à 20h et finit peu avant minuit, avec un seul entr'acte d'une demi-heure. Bref, il ne s'en ai pas fallu de beaucoup pour que j'arrive à prendre le dernier RER B (qui, n'étant omnibus qu'à partir de Massy-Palaiseau, est plus rapide que ceux qui précèdent). Long, mais en rien ennuyeux.

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