Weblog de Joël Riou

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Gangâ à Sucy-en-Brie

2011-06-19 23:31+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Au bout de l'Allée des Berges, Sucy-en-Brie — 2011-06-19

Brigitte Chataignier, Hélène Marionneau, Mallika Thalak (Compagnie Prana), danse

Brigitte Chataignier, direction artistique et chorégraphique

Zéno Bianu, texte, voix

Alain Kremski, musique, piano et bols chantants

Denis Gambiez, réalisation sonore

Philippe Lacroix, scénographie

Joe Ikareth, costumes

Sylvain Labrosse, régie plateau

Brigitte Prost, aide dramaturgie

Gangâ

Je suis retourné au festival de l'Oh ce dimanche après-midi. Cette fois-ci, c'est à Sucy-en-Brie, à un kilomètre environ de la station de RER. J'arrive un peu avant une conférence-débat Les paysans indiens face aux techniques modernes avec Esha Shah, ingénieure environnementale et anthropologue, qui s'est intéressée au phénomène du suicide des paysans en Inde. Dans son exposé, elle a présenté quelques aspects de la Révolution verte en Inde, entreprise à partir du milieu des années 1960. Elle a expliqué que paradoxalement, ce ne sont pas les paysans les plus pauvres qui se suicident : ce sont plutôt ceux qui, ayant terrains, machines et main d'œuvre, n'arrivent plus à exporter du fait de la concurrence internationale et ne parviennent plus à rembourser leurs dettes. Des expérimentations prometteuses ont été faites pour retourner à une agriculture sans pesticides, mais cela reste encore très minoritaire.

La dernière représentation du spectacle Gangâ a lieu ensuite. Le décor s'inscrit dans le cadre naturel de ce bord de Marne. Avant la représentation, les danseuses balayent le praticable en bois avec des balais de brindilles typiquement indiens. Au piano électronique, Alain Kremski, dont j'avais tant aimé Melancolia créé à Pleyel il y a un mois, se dégourdit les doigts en jouant quelques mesures de la Première Gymnopédie (Satie).

Le spectacle commence. Il met en scène trois danseuses en kurta-pyjamas (jaune, bleu et rouge) et un récitant-poète. Le texte, quasiment chuchoté, est une poésie rimée évoquant la Gangâ dans un style dépouillé et hermétique. Il ne m'en reste presqu'aucun souvenir, si ce n'est une énumération de villes et villages où passe la Gangâ (ou certains de ses affluents, puisque Kedarnath apparaissait dans cette liste). À de nombreux moments, vu l'extrême lenteur des mouvements, on est vraiment à la limite de la danse. Il faut quand même noter la difficulté qu'il doit y avoir à maintenir certaines postures pendant de longues secondes, alors que le vent s'immisce dans cette représentation en plein air.

La chorégraphe Brigitte Chataignier (que j'avais trouvée plus convaincante en danseuse de mohiniattam) utilise dans sa chorégraphie contemporaine des éléments issus des danses indiennes : mouvements rythmiques des pieds, langage des mains et des bras (évocation des poissons, des éléphants, etc). Curieusement, quand elle prend une posture qui ne peut vraisemblablement être que celle de Shiva-Nataraja, son bras gauche est orienté vers le bas alors qu'usuellement, il serait être tourné vers la droite, quasi-flasque, faisant penser à une trompe d'éléphant. Dans une scène parlée (mais inaudible) dans une langue indéterminée, il semble que les danseuses reproduisent une scène de lavandières travaillant au bord de la rivière. Plus loin, on les verra danser de façon plus enjouée sur une musique enregistrée Bollywood, circa 1950 ; ce sera le seul passage que l'on pourrait qualifier de pas de trois.

Parmi les moments saisissants, celui où la danseuse en bleu Hélène Marionneau trempe sa longue chevelure dans un mini-bassin carré placé au fond de la scène, puis se dresse, projetant ses cheveux vers l'arrière, décochant de multiples gouttelettes. La troisième danseuse (en jaune) Mallika Thalak m'a semblé particulièrement à l'aise avec les éléments de la chorégraphie provenant du bharatanatyam, en commençant par un port de tête exquisement gracieux.

La réalisation sonore de Denis Gambiez reproduit l'ambiance de scènes réelles enregistrées au bord de la Gangâ. J'ai trouvé que cela avait une importance un peu trop grande par rapport à la musique interprétée par Alain Kremski. Celle-ci se termine tout en beauté par l'utilisation de bols chantants, des instruments à percussions tout en résonance.

Globalement, le spectacle m'a un peu plu, mais sans m'enthousiasmer au plus haut point.

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