Musique

Vidhya Subramanian au Théâtre du Soleil

2017-04-26 10:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Salle de répétitions du Théâtre du Soleil — 2017-03-23

Vidhya Subramanian, bharatanatyam

Bhavana Pradyumna, chant

“Jaya Jaya Devi” (Raga Valachi, Adi Tala, composition de Swati Tirunal)

“Jagadhodharana” (Raga Kapi, Adi Tala, composition de Purandaradasa)

“Nagendra Haraya” (Ragamalika, Khanda Chapu Tala, composition d'Adi Shankara)

Javali “Era Ra Ra” (Raga Kamas, Adi Tala, composition de Patnam Subramanya Iyer)

“Chikkavane Ivanu” (Ragamalika, Adi Tala, composition de Purandaradasa)

Javali “Indendu” (Raga Surutti, Mishra Chapu Tala, composition de Subbarama Dikshitar)

Ashtapadi “Kuru Yadu Nandana” (Raga Mishra Khamaz, Mishra Chapu, poème de Jayadeva)

“Rajarajeshwari Ashtaka Tillana” (Ragamalika, Talamalika, composition de Rajkumar Bharati sur un texte d'Adi Shankara)

“Dignified restraint is the hallmark of abhinaya. Even in the best of laughter there is a restraint on the mouth mouvement; even in the height of wonderment there is a limit to the opening of the eyes; even in the white heat of amourous sporting, the dancer has no use for movements of the torso but gestures only through the face and hands. It is this decency, decorum, and dignity that help to impart to bharata natyam its divine character... The divinie is divine only because of its suggestive, subtle quality. In abhinaya, though the artist and the audience have the direct inward experience of the divine, the outward expression which is responsible for creating that experience is only suggestively and subtly so.”

(Guhan, S. (comp. and ed.), Bala on Bharatanatyam, cité p. 101 de Balasaraswati, Her Art & Life de Douglas M. Knight Jr.)

Je n'avais jamais mis les pieds au Théâtre du Soleil avant la fin de l'année dernière. J'y suis retourné plusieurs fois depuis et il convient de noter que parmi toutes les salles de spectacle que j'aie fréquentées en Europe ou en Inde, il s'agit certainement de celle où les spectateurs sont le mieux accueillis. La dernière fois, la personne qui s'occupait de la buvette était un comédien qui avait autrefois participé à un stage avec Kalanidhi Narayanan ; plusieurs décennies plus tard, il en gardait toujours un souvenir émerveillé.

Ce soir, un peu plus d'un an après le décès de Kalanidhi-mami, célèbre enseignante de l'art de l'Abhinaya, sa disciple Vidhya Subramanian présentait un récital en son hommage. Si l'interprétation de Vidhya Subramanian a certainement beaucoup évolué depuis son apprentissage avec elle, il est dommage que le programme et la présentation des pièces n'aient pas précisé clairement quelles étaient les chorégraphies transmises par Kalanidhi.

Lors de ses précédents récitals à Paris, j'avais déjà eu l'occasion de voir danser Vidhya Subramanian au Musée Guimet. J'avais alors été particulièrement impressionné par son interprétation de l'Ashtapadi “Sakhi He”. J'attendais le meilleur de ce récital. Si certains moments ont été très beaux, d'autres m'ont laissé plus perplexe, notamment parce que le spectacle ne se passait pas que sur l'espace scénique, mais un peu aussi dans les gradins...

J'ai particulièrement apprécié les deux premières pièces du récital. La première est une invocation à la Déesse, précédée du Shloka “Saraswati Mahabhage” qui fait plus spécifiquement référence à Sarasvati. Elle est représentée jouant de la vina, apportant la connaissance. Elle a des yeux de lotus. Plus loin, pour évoquer ses grands yeux, la chorégraphie les compare semble-t-il à des yeux de poisson. L'interprétation de la danseuse comporte des pas intéressants comme des ronds de jambe à terre et utilise l'espace de façon assez créative puisque la danseuse est parfois de dos. Le Shloka s'enchaîne avec la composition de Swati Tirunal Jaya Jaya Devi (qui commence en ussi, le texte commençant après le premier temps). La danseuse adopte alors une pose caractéristique de la Déesse. Si la chorégraphie suggère les sept notes de la gamme indienne pour représenter Sarasvati, ce n'est alors qu'un des aspects de la Déesse. Les Dieux lui rendent hommage. Parmi eux, Padmanabha (Vishnu) revêt une importance particulière. Le serpent sur lequel il est couché est montré de façon très impressionnante. Vishnu est aussi représenté avec sa conque et son disque, ainsi qu'en Krishna, le jeune vacher, qui n'est autre que l'Être suprême.

La plus belle pièce du récital a été à mon avis Jagadhodharana, une composition de Purandaradasa. La danseuse interprète tour à tour le jeune Krishna et Yashoda, sa mère adoptive. L'expression de la danseuse se métamorphose de façon saisissante pour passer d'un personnage à l'autre. La première transformation de la danseuse de Krishna en Yashoda m'a semblé particulièrement extraordinaire. Comme la danseuse l'a expliqué en introduisant la pièce, la chorégraphie associe les exploits des différents avatars de Vishnu à des situations anodines entre Yashoda et l'enfant Krishna. L'avatar du poisson (Matsya) suggère une comparaison des yeux de Krishna à ceux d'un poisson. L'avatar de la Tortue (Kurma) porta une montagne pendant le barattage de la Mer de Lait tout comme Yashoda porte Krishna sur son dos. L'Homme-Lion (Narasimha) boit le sang du démon Hiranyakashipu tout comme Krishna se délecte de fromage blanc. La colère de Yashoda (ou de Krishna ?) est comparée à celle de Rama Jamadagnya (Parashurama). Ces séquences sont représentées du point de vue de Yashoda qui s'émerveille innocemment en pensant à Krishna. Plus loin, Krishna est celui que l'on ne peut pas décrire et dont on ne peut mesurer l'étendue. La danseuse développe aussi l'épisode mettant en scène Kaliya. Ce serpent qui infeste les eaux d'un étang ne fait pas peur à Krishna. Yashoda supplie son fils de ne pas y aller, mais Krishna y va quand même et attrape le serpent. Ensuite, pour évoquer sa grandeur, la démarche de Krishna est comparée à celle d'un éléphant. La chorégraphie revient à la situation de jeu entre Yashoda et Krishna. Ils jouent à la balle, ils se tapent les mains. Enfin, Krishna s'allonge sur le flanc de Yashoda qui, amoureusement, le voit fermer les yeux. Dans cette pièce et dans cette toute dernière séquence, l'art de l'Abhinaya de la danseuse m'a semblé magnifique. Ses mains étaient souvent animés de micro-mouvements. Les moindres parties de son corps participaient à l'évocation des sentiments de Yashoda. (Dans la dernière ligne du texte, j'ai été étonné d'entendre Vishnu évoqué sous le nom de Vittala, un nom que je n'ai vu utiliser que dans le Maharashtra, mais il semble que ce mot fasse ici partie de la signature “Purandara Vittala” du compositeur Purandaradasa.)

La pièce suivante est Nāgendra Hārāya. Le texte d'Adi Shankara fait l'éloge de Shiva en s'appuyant sur les cinq syllabes du mantra ॐ नमः शिवाय. Chacune des cinq strophes commence par une des syllabes nā-ma-śi-va-ya et se finit par une référence à cete syllabe. L'entrée en scène de la danseuse se fait sur un rythme à huit temps. La danseuse évoque Shiva qui boit le poison lors du barattage de la Mer de Lait, qui est orné de serpents et porte une peau de tigre. Des offrandes de fleur sont faites à sa forme abstraite du Shivalingam. Le rythme à cinq temps de la composition en Khanda Chapu s'installe ensuite. Chaque strophe est précédée d'une section de danse pure. Divers attributs de Shiva sont représentés comme les cendres sur son corps, son tambour Damaru, sa gorge bleue. Il est vénéré par des sages comme Vaśiṣṭha. Il porte la Lune. Le feu est dans son troisième œil. Ses cheveux sont défaits. Cette pièce est efficace. Dans sa présentation, la danseuse avait indiqué que chaque syllabe du mantra était associé à un des cinq éléments et que par exemple. Je ne suis pas absolument certain que cette référence ésotérique soit particulièrement éclairante pour apprécier la pièce, le lien entre chaque strophe et l'élément correspondant n'ayant rien d'évident...

La danseuse a ensuite interprété trois pièces d'Abhinaya accompagnée par l'excellente chanteuse Bhavana Pradyumna. Il est à mon goût dommage qu'il n'y ait pas eu un accompagnement rythmique, même discret, pendant ces pièces ; cela aurait permis de mettre davantage en valeur la musicalité de la danseuse. Pendant la présentation de ces pièces, j'ai été très étonné que la danseuse dise à propos des Javali : “no deep connotation”. Ces poèmes décrivent l'amour de façon plus explicite, mais il s'agit néanmoins d'un amour avec un dieu, et je lisais dans la biographie de la grande danseuse Balasaraswati qu'elle interprétait les poèmes érotiques avec la même ardente dévotion que dans des pièces purement dévotionnelles. Cette assertion “no deep connotation” de Vidhya Subramanian à propos des pièces qu'elle allait interpréter m'a quelque peu inquiété, mais j'avoue que je ne m'attendais pas au spectacle qui a été donné, en coproduction avec une partie du public.

Dans Era Ra Ra de Patnam Subramanya Iyer, l'héroïne est assise. Elle se pare de boucles d'oreilles, de colliers, bracelets... Quand elle voit l'homme passer, elle l'invite à la rejoindre. Kamadeva l'a transpercée de ses flèches. L'archer s'attaquera plus loin à l'homme (qui n'est autre que Vishnu), lui qui est beau et a des yeux de lotus. Finalement, le souhait de l'héroïne est exaucé.

Dans cette pièce et dans les deux suivantes, la danseuse a peut-être parfois été à la limite du surjeu, mais je ne dirais pas que son interprétation ait été vulgaire. Pourtant, une partie complètement désinhibée du public n'a cessé de rire bruyamment et de glousser bêtement à la moindre allusion érotique. J'ai trouvé cela particulièrement consternant et très irrespectueux envers l'artiste et le reste du public. C'est d'autant plus honteux si on tient compte des transformations sociales qui ont eu lieu au cours du siècle dernier dans le milieu de la danse bharatanatyam. Pour simplifier, le discours dominant a été que les danseuses appartenant à des familles traditionnelles étaient pour ainsi dire des prostituées et que leur danse était vulgaire ; il fallait assainir la danse, pour la rendre respectable et susceptible d'être dansée par des jeunes filles de bonne famille. Cette transformation sociale étant pour ainsi dire achevée (il ne reste aujourd'hui que très peu de gurus appartenant à des familles traditionnelles). Il est bien paradoxal qu'aujourd'hui, des spectateurs et spectatrices se comportent aussi vulgairement en assistant à un récital d'une danseuse indienne de haute caste.

La pièce suivante a donné lieu à de pareils débordements du public, qui cette fois-ci pouffe en assistant à la représentation de ce qui, s'il ne s'agissait du personnage divin de Krishna, serait qualifié d'agressions sexuelles. Dans ces conditions, il m'a été difficile de me concentrer sur l'espace scénique, tant la danse était occultée par le spectacle lamentable venant des gradins. (Je ne sais pas comment l'interprète a ressenti cela. Dans un texte, elle écrit : “The joy of performing sringara in a sensitive, intelligent and aesthetic manner is to be shared and experienced by an equally sensitive, intelligent and aesthetically nurtured spectator.”.)

Dans Chikkavane Ivanu, les gopis assemblées se plaignent des méfaits de Krishna, qui n'est qu'un enfant. L'une raconte qu'il lui a demandé comment on faisait les enfants. Une autre dit qu'alors qu'elle venait chercher de l'eau, il lui a bloqué la route pour l'enlacer et qu'il lui a cassé son pot d'eau. Une autre raconte qu'il lui a touché les seins tandis qu'elle barattait du beurre. La dernière avoue qu'elle a rêvé de lui, et qu'il est réellement venu, puisqu'elle l'a trouvé à ses côtés à son réveil.

La danseuse a ensuite interprété le Javali “Indendu”, qui est une des pièces les plus dansées du répertoire. Elle l'avait déjà dansé au Musée Guimet en 2014, je n'y reviens pas en détail. Je note simplement la belle musicalité de l'interprétation de la danseuse dont les pas marquaient régulièrement les temps forts du cycle rythmique à sept temps Mishra Chapu. Parmi les danseuses qui arrivent à exprimer de façon habitée les sentiments de l'héroïne dans une pièce d'Abhinaya, bien peu arrivent à concilier un abandon nécessaire à l'interprétation et une conscience profonde du cycle rythmique. C'est une qualité que j'ai très rarement observée chez les danseuses. C'était moins évident dans les deux pièces précédentes, mais dans celle-ci, c'était flagrant.

Des récitals de Vidhya Subramanian au Musée Guimet, je retenais surtout son interprétation magnifique de l'Ashtapadi “Sakhi He”. J'aurais aimé être autant ému par son interprétation de “Kuru Yadu Nandana”, le dernier Ashtapadi du Gita-Govinda, mais pour moi, la magie n'a pas opéré. Vu l'état d'esprit dans lequel j'étais, cela ne pouvait de toute façon pas fonctionner sur moi...

Le récital s'est conclu par Rajarajeshwari Ashtaka Tillana, une pièce utilisant une musique nouvelle associant un poème d'Adi Shankara dédié à la Déesse (Shri Rajarajeshwari, la Reine des Reines) et un Tillana. La composition musicale est due à Rajkumar Bharati. La pièce est assez impressionnante, mais elle souffre à mon goût d'une trop grande complexité rythmique. La structure est tellement complexe qu'il y a vraiment de quoi s'y perdre. La pièce est en Ragamalika, c'est-à-dire qu'elle utilise une guirlande de ragas : les différentes sections de la pièce sont dans des ragas différents. Cette pièce est aussi en Talamalika, ce qui en fait une rareté. En général, il existe au moins deux façons différentes d'entendre le mot Talamalika. Si on l'interprète de la même façon que dans Ragamalika, cela pourrait signifier que différentes sections de la pièce seraient dans des cycles rythmiques (talas) différents : je connais ainsi un Alarippu dont la première partie (debout) est en Tishra Ekam, la partie accroupie en Chatushra Ekam et dernière partie en Mishra Chapu. Dans une autre interprétation dont j'avais appris l'existence lors d'une magnifique lecture demonstration de T. S. Sathyavathi, il s'agit de créer un nouveau cycle rythmique de la façon suivante : un cycle rythmique (ou avartana) dans un tel Talamalika est constitué de la juxtaposition de cycles rythmiques appartenant à plusieurs talas. (Par exemple, si on appliquait ce principe en juxtaposent un cycle en Tishra Ekam (3 temps) et un cycle en Chatushra Ekam (4 temps) pour fabriquer un Talamalika, on obtiendrait globalement un cycle à sept temps, qui ressemblerait beaucoup à Tishra Triputa qui est un rythme à 7=3+2+2 temps.) Il me paraît plausible que ce Tillana utilise cette forme-là de Talamalika, mais je ne saurais dire exactement comment il est composé (si ce n'est qu'il y avait un peu de Khanda Chapu). Ce mélange de talas et l'alternance entre la danse pure et les passages évoquant Shri Rajarajeshwari relèvent d'une certaine innovation de la part du compositeur et de la danseuse. Je salue cette créativité, mais au-delà de la satisfaction immédiate apportée par certains instants de la chorégraphie, la complexité structurelle de cette pièce m'a malheureusement davantage tourmenté qu'émerveillé.

Ailleurs : Hiten Mistry.

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Deepa Chakravarthy au Musée Guimet

2016-11-27 13:15+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Auditorium du Musée Guimet — 2016-10-28

Deepa Chakravarthy, mohiniyattam

Murali Parthasarathy, chant

M. S. Sukhi, mridangam

Sunil Kumar, flûte

Isabelle Anna, voix off

Invocation “Pari Pari Ne Padame” (Raga Hamsadhvani, Adi Tala, composition de Balamuralikrishna)

Shloka समुद्रवसने देवि

Solkattu (Adi Tala, Raga Jog, composition de M. S. Sukhi)

Kamakshi Svarajati కామాక్షి అమ్బా అనుదినముమరవకనే (Raga Bhairavi, Mishra Chapu Tala, composition de Shyama Shastri)

Padam അലര്‍ശരപരിതാപം (Raga Surutti, Mishra Chapu Tala, composition de Swati Tirunal)

Tillana (Raga Dhanashri, Adi Tala, composition de Swati Tirunal et Lalgudi Jayaraman)

Après ses deux magnifiques récitals au Centre Mandapa en mai, je n'aurais raté pour rien au monde le récital de mohiniyattam de Deepa Chakravarthy au Musée Guimet le 28 octobre dernier.

Le programme a commencé par un Alap de la flûte suivi de l'invocation de Ganesh Pari Pari Ne Padame composée par Balamuralikrishna (qui est décédé le 22 novembre 2016 à Chennai...). Il est à mon avis dommage que la sonorisation de la flûte se soit accompagnée d'un écho (et même deux échos, puisque j'ai eu l'impression d'entendre trois fois chacune des phrases jouées par le flûtiste). Peut-être s'agit-il là d'une volonté du musicien de reproduire avec un seul instrument ce qui résulte habituellement de l'interaction entre deux musiciens : dans un récital de chant carnatique accompagné par un violon, les phrases improvisées par le chanteur sont répétées immédiatement par le violoniste. Cette sensation peut être simulée par un écho, mais le procédé me paraît artificiel et ne correspond pas à une esthétique que je voudrais valoriser.

Après cette introduction musicale, la danseuse est entrée en scène dans son costume blanc, vert et orange doré pour une invocation de la Déesse Terre. Cette invocation a commencé par l'allumage d'une lampe à l'avant-scène et par une salutation adressée aux quatre coins cardinaux. L'ampleur de la démarche de la danseuse est magnifiée par de majestueux relevés sur demi-pointe. L'invocation proprement dite à la Déesse Terre est interprétée sur le Shloka Samudravasane Devi, la Déesse, épouse de Vishnu, qui est ornée de l'Océan, et auprès de laquelle on veut se faire pardonner des blessures qu'on lui inflige en foulant le sol de ses pieds.

La danseuse interprète ensuite un Sollukattu, qui est un type de danse spécifique au Mohiniyattam. Il s'agit d'une pièce de danse pure accompagnée d'onomatopées comme “Ta dim jonotakadim” qui sont chantées mélodieusement par le chanteur (et non pas seulement récitées). Les mouvements sont relativement lents par rapport au bharatanatyam : chaque mouvement s'étend sur une durée plus longue, mais cela n'est en rien ennuyeux puisqu'à chaque instant, la danseuse est totalement investie dans son action. C'est particulièrement évident pour le haut du corps, mais si les mouvements des jambes prennent aussi un certain temps quand il s'agit de tendre/plier une jambe ou de monter sur demi-pointe, les instants où un pied touche le sol sont très nets, parfaitement en rythme.

La danseuse interprète ensuite la pièce principale de son récital, dédié à Kamakshi. Comme je l'indiquais dans le billet précédent, il s'agit de celui des trois Svarajati composés par Shyama Shastri (1762-1827) qui soit en Raga Bhairavi et Misra Chapu Tala. Dans le répertoire des danses du Sud de l'Inde, les Svarajati les plus connus suivent une structure très proche de celle des Varnam. Shyama Shastri a mis au point un autre type de composition, aussi appelé Svarajati, et qui d'après ce que je lis dans le livre A Southern Music de TM Krishna, pourrait avoir été inspiré par les Nirupanas qui sont des récitals sur un thème unique interprétés par une danseuse soliste à la cour des rois marathes de Thanjavur : dans le livre Korvayanche Sahityache Jinnas édité par la Sarasvati Mahal Library de Thanjavur, on trouve des compositions formant ces Nirupanas, certaines entre elles sont nommées Svarajati. Le Kamakshi Svarajati de Shyama Shastri suit effectivement la même structure. Il est formé d'un Pallavi qui est comme un refrain et de huit Charanams. Dans cette forme musicale, chaque Charanam est d'abord chanté sous forme de Svaras (c'est-à-dire que le chanteur chante en prononçant le nom des notes), puis après une répétition du Pallavi, le texte du Charanam est chanté en utilisant la même mélodie. À la fin d'un Charanam, on répète le Pallavi et on passe au Charanam suivant. Dans ce Svarajati, il y a huit Charanams de longueur croissante et ils ont la particularité de commencer successivement par les huit Svaras de la gamme ascendante : Sa, Ri, Ga, Ma, Pa, Dha, Ni, Sa.

Voici une tentative de traduction du texte de la pièce principale du récital de Deepa Chakravarthy :

(Pallavi) Déesse Kāmākṣi ! Me souvenant à jamais que Ton pied de lotus est mon seul refuge, je place ma foi en Toi, Déesse de Kanchi.

(Charanam 1) Mère, Tes dents sont comme des fleurs de jasmin et Tes yeux comme des lotus. Protège-moi.

(Charanam 2) Ton cou a la forme de la conque et tes tresses sont sombres comme des nuages annonçant la pluie.

(Charanam 3) Ton visage ressemble à la Lune. Tes seins ont une forme harmonieuse et Ta démarche est celle de l'éléphant. Ton pied est vénéré par Brahma, Vishnu et Shiva. Tu es l'auspicieuse Shankari. Veuille résoudre mes problèmes rapidement. Mère, écoute ma prière.

(Charanam 4) Tu es la plante qui exauce les vœux. Tu es un sanctuaire de compassion, Toi qui est bienveillante. Ô fille de la Montagne, protège-moi ! N'ai-je pas pris refuge en toi ? Exauce-mes vœux sans attendre.

(Charanam 5) Efface mes péchés et donne-moi la force de vénérer ton pied de lotus pour toujours. N'es-Tu pas la purificatrice ? N'entends-tu pas ma supplication ? Pourquoi es-Tu indifférente ? Écoute ma prière, Mère.

(Charanam 6) Tu détruis le Mal. Les Veda affirment que Tu exauces les désirs de la multitude de dévots qui se pressent à tes pieds pour Te supplier et que Tu fais preuve de bienveillance envers tous.

(Charanam 7) Entourée d'êtres célestes, Tu résides dans la forêt Kadamba. Tu tiens un lotus dans la main. Les arrogants démons Te craignent comme le lion craint l'éléphant en rut. Tu fais fondre l'affliction de Tes dévots. Tu accordes l'opulence à ceux qui méditent sur ta gloire infinie. Maintenant, donne-moi refuge !

(Charanam 8) Sœur de Shyamakrishna ! Tu enchantes Shiva ! Souveraine suprème ! Vishnu, Shiva et les autres sont-ils seulement capables de mesurer l'étendue infinie de ta gloire ? Je suis ton fils. N'éprouves-Tu pas d'affection pour moi ? Devi, pourquoi es-Tu indifférente ? Protège-moi maintenant, Shri Bhairavi !

(Traduction approximative d'après cette traduction anglaise.)

Le thème de cette pièce est purement dévotionnel. Le dévot implore la divinité, il n'y a pour ainsi dire aucun sous-entendu amoureux, contrairement à beaucoup de Varnam du répertoire. Lors d'autres récitals (par exemple celui-ci), j'ai souvent été gêné par l'absence de l'aspect amoureux dans la danse alors qu'il était présent dans le texte ; ici, il est absent du texte, donc je ne vais pas me plaindre du fait qu'il n'ait pas été ajouté dans la danse !

Fait rare, j'avais eu la possibilité de lire le texte du Svarajati avant d'assister à ce spectacle (Full-disclosure: La danseuse m'avait invité à déjeuner chez elle lors de mon dernier séjour à Chennai et elle m'avait parlé de son projet de danser cette composition à Paris.). Ce texte est très étoffé et est énoncé à une vitesse relativement rapide, ce qui peut poser des difficultés d'interprétation puisqu'il n'est pas possible de montrer dans la gestuelle chacun des mots du texte : dès la première occurrence du texte, il faut parfois interpréter ou synthétiser l'essence du message textuel. Ainsi, plutôt de multiplier les gestes pour respecter à tout prix le mot à mot au risque de paraître confuse à cause de la vitesse, Deepa Chakravarthy a heureusement préféré prendre un certain recul et cherché à illustrer le sens du texte de façon plus simple mais réfléchie.

La composition musicale a été interprétée pour ainsi dire de la même façon qu'elle le serait lors d'un concert vocal. Le Pallavi a été répété plusieurs fois (en raison de l'exploration de l'octave inférieure que le Pallavi contient, il est heureux que la composition ait été chantée par un homme). Le nom de la Déesse Kāmākṣi (dont les yeux inspirent l'amour) a été représenté en utilisant certaines caractéristiques de la gestuelle du style mohiniyattam (et des autres styles du Kerala). L'amour est en effet représenté par deux mains à plat qui se rejoignent l'une au dessus de l'autre devant le corps de la danseuse dans une combinaison qui rappelle celle qui est utilisée dans le bharatanatyam pour représenter un poisson. Ce mot est le seul sur lequel le sentiment amoureux ait été présent dans cette pièce, puisque sinon la pièce est entièrement dévotionnelle. Le seul refuge du dévot réside dans le pied de la Déesse. Le Pallavi alterne ensuite avec les différents Charanams présentés d'abord sous forme de Svara. Une exquise formule rythmique servait d'introduction à chaque Svara pendant lequel la danseuse interprétait de très belles séquences de danse pure de longueur croissante (la sixième séquence, celle qui commençait par la note Dha, m'a semblé particulièrement sublime). Chaque Svara était suivi d'une formule rythmique pendant que le chanteur reprenait le Pallavi. Sur le mot Amba de la composition, la danseuse posait le talon devant et se penchait vers l'avant en montrant ce pied, ce qui me semblait correspondre au souhait du dévot de prendre refuge au pied de la Déesse. La mélodie du Svara était ensuite réutilisée pour l'interprétation du texte du Charanam correspondant. Le texte était illustré une première fois par la danseuse, puis une deuxième fois en utilisant des Tattu Muttu, c'est-à-dire que pendant que le sens du texte est illustré par la gestuelle de l'interprète, les pieds exécutent des motifs rythmiques précis. Cette technique est comparable à celle du bharatanatyam, mais elle diffère dans la mesure où les pieds sont écartés. Ces mouvements de pieds sont moins rapides qu'en bharatanatyam, mais ils sont néanmoins exécutés avec précision et netteté. Chaque Charanam est ainsi chanté deux fois au total avant que le Pallavi soit repris et enchaîné avec le Svara suivant.

Comme je l'ai écrit plus haut, la densité du texte fait que l'interprète doit néanmoins prendre une légère distance avec son côté littéral, mais la structure que je viens de décrite laisse finalement peu de place à l'élaboration au delà du sens littéral du texte. Cependant, cela ne m'a pas gêné puisque c'était tellement bien et justement fait que l'interprétation de Deepa Chakravarthy m'a semblée passionnante à regarder pendant toute la pièce. La danseuse a parfois montré la Déesse, mais elle a aussi représenté des sentiments humains, comme la dévotion, et aussi l'émerveillement du dévot admirant les qualités physiques de la Déesse qui sont décrites dans les trois premiers Charanams. Dans les enregistrements de ce Svarajati que j'ai écoutés, les chanteurs utilisent le dernier Charanam pour montrer leurs qualités d'improvisation. Cela a aussi été le cas dans cette représentation dansée. Ainsi, par rapport au schéma que j'ai décrit précédemment, le dernier Charanam a fait exception puisque sa première ligne a été répétée de nombreuses fois et la danseuse l'a utilisée pour élaborer au delà du sens littéral du texte. Cette ligne contient la signature du compositeur Shyama Shastri. Cela a donné lieu d'une part à une représentation de Krishna (identifié à Vishnu, frère de Kāmākṣi) et d'autre part à celle du compositeur-poète auteur de cette composition. La danseuse a ensuite fait un développement à partir du mot Shivashankari du texte : en faisant preuve de quelque ruse, Parvati parvient à entourer le cou de Shiva d'une guirlande de fleurs. Après ce développement, le huitième Charanam a été chanté en entier et repris en Tattu Muttu avant que la pièce ne se termine avec la reprise du Pallavi mettant en scène le dévot de la Déesse qui est finalement représentée avec les deux mains dans le mudra Pataka.

Il y a un aspect très intéressant qu'il faut mentionner dans l'aspect théâtral de la danse de Deepa Chakravarthy. Chez beaucoup d'interprètes, quand il s'agit par exemple de suggérer l'émerveillement, le danseur regarde loin devant lui, comme si la chose à admirer se trouvait en dehors de l'espace scénique. Par son placement et son regard, Deepa Chakravarthy nous fait au contraire imaginer que l'objet de l'admiration de son personnage est placé en un endroit précis de la scène. Bien qu'il soit invisible, il semble bien davantage présent que lorsqu'il faut l'imaginer en dehors de l'espace scénique.

Lors des récitals parisiens de la danseuse en mai dernier, le sentiment amoureux avait été présent dans la pièce principale. Ici, au contraire, le sentiment amoureux a pour ainsi dire été absent du Svarajati. Il est heureux que Deepa Chakravarthy ait choisi d'interpréter ensuite le Padam “Alarśaraparitāpaṃ” composé par Swati Tirunal (1813-1846) qui aborde le thème amoureux de la séparation. Après un Alap du chanteur, l'entrée en scène se fait sur un rythme à quatre temps. L'héroïne cueille une fleur et est comme transportée par son parfum. Quand la composition sur un rythme à sept temps commence, l'héroïne souffre de la séparation et la chorégraphie développe les moments où Kama lui a lancé ses flèches. Le dieu de l'amour est reconnaissable à la combinaison de mudras qui lui est caractéristique dans le style mohiniyattam. On le voit choisir très méliculeusement les fleurs qui vont orner les flèches qu'il va lancer à l'héroïne alors qu'elle est en train de se rafraîchir le visage et d'arranger ses cheveux. La séquence suivante est une des plus belles de tout le récital. L'héroïne compare sa situation à celle d'une fleur de lotus dont le soleil se détourne parce qu'il s'est couché dans l'Océan. La lumière quoique faible donne quelque espoir à la fleur d'éclore. Les pétales s'ouvrent très lentement, mais la lumière s'avère insuffisante et la fleur fane. Plus loin, l'héroïne souffre de la séparation, elle croit entendre la flûte de son bien aimé (qui est sans doute Krishna), mais il ne s'agit que de chants d'oiseaux amoureux. Le butinement des abeilles lui est aussi insupportable. Dans un développement, la danseuse représente l'héroïne plongée dans un rêve. Elle imagine que son amoureux vient lui toucher le menton (la technique d'acteur utilisée pour suggérer cela est assez stupéfiante), mais quand elle se réveille, il a bien sûr disparu. Dans la dernière séquence, l'héroïne brûle de la seule lumière de la Lune. L'interprète a ensuite suivi le conseil que se refilent entre elles les danseuses indiennes avant de faire un récital en France : During your performance in Paris, you have to write a letter.. En effet, l'héroïne demande à son amie de transmettre une lettre à son amoureux. Le moment de l'écriture de la lettre a été d'une exquise espiéglerie et d'une rare intensité !

Le récital s'est terminé par le célébrissime Tillana en Raga Dhanashri et Adi Tala composé initialement par Swati Tirunal et dont la version connue actuellement est due à Lalgudi Jayaraman. La première partie de la composition semble faite uniquement d'onomatopées, mais il s'agit en réalité d'un texte autoréférentiel évoquant la danse accompagnée d'onomatopées ! La deuxième partie évoque Padmanabha (Vishnu), la divinité à laquelle la plupart des compositions de Swati Tirunal rend hommage. Ce Tillana fait aussi partie du répertoire de bharatanatyam. La composition était chantée ici dans un tempo délicieusement lent, très significativement plus lent qu'il n'est habituellement joué dans le contexte du bharatanatyam. Comme dans tout le récital, cette relative lenteur permet aux spectateurs d'apprécier encore davantage la perfection du mouvement dans l'interprétation très intense de Deepa Chakravarthy.

Deepa Chakravarthy
Deepa Chakravarthy

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Planning de fin octobre 2016

2016-10-27 19:30+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Théâtre — Culture indienne — Planning

Au cours du week-end de la Toussaint, il y aura à Paris (ou pas loin) deux événements exceptionnels liés aux danses classiques de l'Inde, et tout particulièrement du Kerala :

Deepa Chakravarthy (mohiniyattam) au Musée Guimet les 28 et 29 octobre 2016

Deepa Chakravarthy
Deepa Chakravarthy

En juin dernier, j'avais eu l'occasion de voir la danseuse Deepa Chakravarthy pour ses deux récitals au Centre Mandapa. Cela avait été pour moi une expérience de spectateurs absolument extraordinaire notamment grâce à sa capacité d'interpréter les moindres gestes avec une intensité extrême : de minuscules et lents gestes produisaient une impression énorme.

Entretemps, j'ai eu l'occasion de la rencontrer à Thiruvanmiyur (Sud de Chennai) où elle réside. Pour son programme au Musée Guimet les 28 et 29 novembre, elle va réintroduire dans le répertoire du mohiniyattam le Swarajati Kamakshi en Raga Bhairavi et Mishra Chapu Tala composé par Shyama Shastri (1762-1827), un des trois compositeurs de la Trinité carnatique (avec Tyagaraja et Muthuswamy Dikshitar). Neena Prasad, guru de Deepa Chakravarthy, a reconstruit la chorégraphie de Kalamandalam Krishnan Nair qui fut dansée exclusivement par Shanta Rao (1930-2007). Neena Prasad enseigne cette chorégraphie à ses élèves avancés, mais en raison de la complexité extrême de cette pièce, personne n'a encore jamais tenté de l'interpréter sur scène. Deepa Chakravarthy sera la première à essayer ! (Pour écouter cette composition interprétée par le chanteur TM Krishna, suivre ce lien. Une notation est disponible à cette adresse. Une traduction complète du texte vers l'anglais est disponible à cette autre adresse.)

Renseignements pratiques sur le site du Musée Guimet.

La Grande Nuit du Kutiyattam au Théâtre du Soleil du 31 octobre (18h) au 1er novembre (9h)

Kutiyattam

De grands épisodes inspirés des épopées indiennes seront présentés par la troupe d'acteurs-danseurs, chanteurs et musiciens de Kerala Kalamandalam. Je n'ai jamais eu l'occasion d'assister à une représentation de Kutiyattam, et mes expériences avec les formes voisines de théâtre-dansé originaires du Kerala comme le Kathakali sont très limitées. Cela peut intimider vue la durée du spectacle sur toute une nuit (avec un certain nombre d'entr'actes !), de la même façon qu'une représentation d'un opéra grand par sa longueur peut aussi intimider le mélomane.

Une des difficultés pour le spectateur de certaines danses indiennes comme le bharatanatyam est que le texte des compositions et les chorégraphies ne font bien souvent que de très subtiles et brèves allusions à des épisodes mythologiques (certaines pouvant se réduire à un unique geste). De ce que je crois comprendre, du fait de l'étirement dans le temps des représentations, les formes de théâtre du Kerala se donnent au contraire la possibilité de développer à l'extrême les détails des épisodes épiques, et donc de les voir à la loupe plutôt que sous forme d'esquisses. Cette Grande Nuit est une occasion unique de s'immerger dans cet univers théâtral.

Renseignements pratiques sur le site du Théâtre du Soleil.

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Vite-dit de Chennai (été 2016)

2016-08-25 20:14+0530 (दिल्ली) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Je suis maintenant à la fin de mon quinzième séjour en Inde. Après quelques jours à Delhi, je suis allé à Chennai où j'ai pris des cours de bharatanatyam avec Kuthalam M. Selvam (adavus et nattuvangam) et Arupa Lahiry (avec qui j'avais déjà pris des cours à Delhi et qui se trouvait aussi à Chennai pour répéter un spectacle de son guru Chitra Visweswaran). J'ai ensuite passé dix jours à Pune pour prendre des cours avec Sucheta Chapekar, et je finis mon séjour à Delhi pour pratiquer le chant dhrupad avec Nirmalya Dey.

Pendant les trois semaines passées à Chennai, j'ai vu des spectacles de qualité variable. Je vais commencer par rendre compte brièvement de certains d'entre eux, et reviendrai plus en détails sur quelques autres.

The Music Academy, T.T.K. Auditorium, Chennai — 2016-07-16

Sharmila Biswas, concept, chorégraphie, design, danse odissi

Srijan Chatterjee, composition musicale

Lakshmi Parthasarathy Atreya, danse bharatanatyam

Amrita Lahiri, danse kuchipudi

Shashwati Garai Ghosh, danse odissi

Monami Nandy, Tri Paul, Ankita Kulabhi, Rohini Banerjee, danse odissi

Dhaneswar Swain, Bijaya Kumar Barik, Guru Bharadwaj, composition rythmique

Antra-Yatra

Il s'agissait de la création d'une production Antar-Yatra censée évoquer le monde intérieur des danseuses. La production dirigée par Sharmila Biswas (odissi) met en scène trois danseuses solistes (bharatanatyam, kuchipudi, odissi), un corps de ballet de quatre danseuses, et bien sûr Sharmila Biswas. Le spectacle m'a semblé globalement raté. Les costumes (trois pour chacune des solistes !) et la scénographie sont les points forts de la production. Sinon, aucune émotion particulière ne parvient à s'exprimer.

La seule scène de groupe un peu réussie est interprétée par Sharmila Biswas et le corps de ballet : il s'agit du barratage de la mer de lait. L'avatar de la Tortue, le mont Mandara, ainsi que les dieux et démons y apparaissent. Parmi les fruits de ce barratage, on trouve les danseuses célestes (Apsaras), expertes dans tous les arts. Plus loin, il est fait référence aux auspicieuses devadasis (Nityasumangali...).

Les trois solistes se succèdent ensuite. Parmi elles, les danseuses de kuchipudi et de bharanatyam se distinguent particulièrement à mon goût. Amrita Lahiri (kuchipudi) apparaît dans une scène dans laquelle une jeune femme se prépare (bijoux, etc.) et joue avec Krishna au bord de la Yamuna. La séquence la plus intéressante intervient avec Lakshmi Parthasarathy Atreya (bharatanatyam) qui interprète une version déstructurée d'un Tillana. La musique est d'abord extrêmement dissonnante. Les mouvements de la danseuse sont hésitants, et puis la danse prend progressivement forme, évoquant la nature, tandis que la musique devient de plus en plus harmonieuse pour devenir un des Tillana (Adi Tala) du répertoire. La séquence de la soliste d'odissi et du corps de ballet m'a semblée absolument inintéressante, et surtout trop longue. Elle mettait en scène la poursuite de l'antilope dorée par Rama : absolument rien sur ce qui se passe avant (le caprice de Sita), pendant (Lakshmana laissant Sita toute seule, l'arrivée de Ravana) ou après (la colère de Rama quand il voit que Sita a disparu). Rama tient son arc et court après l'antilope dorée (mudra Mrigashirsha), et c'est tout...

Après un fort bel intermède musical par Srijan Chatterjee (dont j'ignore s'il était en playback, le reste de la musique étant enregistrée...), les trois danseuses reviennent pour massacrer l'ashtapadi “Sakhi He” extrait du Gita-Govinda de Jayadeva. La composition musicale n'était pas dans le tala ni le raga habituel, mais ce qui était le plus gênant était que les danseuses n'ont absolument pas suivi le texte du poème. Le pire a été un contre-sens sur le mot Keshi (un démon ennemi de Krishna) qui a été très-ostensiblement représenté comme s'il signifiait Keshava (le Chevelu, un des noms de Vishnu). Il faut imaginer toutes les danseuses et le corps de ballet tourner sur scène en montrant Krishna avec une énorme tignasse de cheveux...

La scénographie, la scène du barratage de la mer de lait et le Tillana mis à part, le seul attrait de la soirée a été son côté mondain, avec quelques remarques et questions très polies posées aux artistes par Anita Ratnam, C. V. Chandrashekhar ou Leela Venkataraman.

Ailleurs : Leela Venkataraman.

Narada Gana Sabha - Mini Hall, Chennai — 2016-07-17

Vidwan T. G. Murugavel, nagaswaram

Mallari

Magnifique lecture-demonstration sur le Mallari, la forme musicale utilisée lors les processions dans les temples ou ailleurs par des joueurs de nagaswarams (hautbois indien). Une impressionnante collection d'anches pendouille de l'instrument. Un des accompagnateurs a le rôle de marquer le tala avec ses talams (cymbales). Les rythmes étaient en effet très complexes. Certains Mallari étaient en Adi Tala (8 temps), mais d'autres étaient en Mishra Chapu (7 temps rapides), Sankirna Triputa (9+4=13 temps), Khanda Triputa (5+4=9 temps). À la demande du public (peu nombreux) de cette démonstration (prononcée en tamoul...), le musicien a interprété avec son instrument une célèbre composition : Bho Shambho (Adi Tala) ; cela avait de la gueule...

Brahma Gana Sabha, Sivagami Petachi Auditorium, Chennai — 2016-07-18 à 19:30

Prarthana Subhalakshmi, danse bharatanatyam

Padmini Krishnamurthy, nattuvangam

Easwar Ramakrishnan, violon

Radha Badri, chant

Devraj, flûte

Rammohan, mridangam

Ce récital par une très jeune danseuse a magnifiquement commencé par un sublime Alap du violoniste Easwar Ramakrishnan (et par le flûtiste). Le guru et la danseuse (style Pandanallur) viennent de Muscut (Oman). La danseuse s'embrouille un peu dans les pas de son Pushpanjali en Hansadhwani Raga et Misra Chapu ; elle a cependant le bon réflexe : elle met ses mains en Anjali devant elle en attendant que la mémoire lui revienne. Après un Shloka Gajanam, elle interprète un Varnam sur Ganesh (“Varanamukhava”, Raga Nattakurunji, composé par Golapakrishna), cela doit être la première fois que j'en vois un. Après un magnifique Alap du violoniste, la danseuse a dansé son Trikala Tirmanam qu'elle a conclu, comme les autres jatis, par une formule rythmique des pieds pendant laquelle, procédé rare, elle illustre le sens du poème évoquant notamment la tête de Ganesh. Parmi les passages narratifs développés dans ce Varnam, la danseuse a fort bien interprété l'épisode qui vaut à Ganesh d'avoir une tête d'éléphant : défendant à quiconque d'entrer chez sa mère Parvati, il a refusé le passage à Shiva, qui lui a coupé la tête, etc. Elle a aussi représenté l'amour maternel d'Uma (Parvati) pour Ganesh en évoquant la conception par la seule Parvati de son enfant. Le Javali (Adi Tala) évoque les espiégleries de Krishna, qui veut aller s'occuper des vaches, mais qui va aussi faire des misères aux gopis... Le récital s'est conclu par un Tillana en Raga Chandrakauns ayant une complexité rythmique inhabituelle puisqu'il utilisait un cycle rythmique en Adi Tala dont les huit temps étaient subdivisés en cinq (Khanda-nadai) ; le poème évoquait Ganesh et Shiva. La jeune danseuse sourit peut-être un peu trop dans les passages expressifs, mais, compte tenu de son âge, son Abhinaya m'a semblé assez bon.

Brahma Gana Sabha, Sivagami Petachi Auditorium, Chennai — 2016-07-20 à 19:30

Varshini Murali, danse bharatanatyam

Padmini Krishnamurthy, nattuvangam

Nandini Anand, chant

Easwar Ramakrishnan, violon

Deux jours plus tard, c'est encore une disciple de Padmini Krishnamurthy (elle-même disciple de Ranganayi Jayaraman). La danseuse est à peine plus âgée que la précédente. Elle semble un peu plus tendue. Après un Shloka dédié à Ganesh, elle commence son récital par un Pushpanjali en Adi Tala : la chorégraphie est magnifique et très inventive. Elle interprète ensuite un peu maladroitement le Vishnu Kavuthwam (Raga Nattai, Chatushra Ekam Tala). Dans cette version, chaque ligne de texte est d'abord récitée une première fois et pour la reprise, le texte est chanté et la danseuse exécute des mouvements rythmiques des pieds (Tattu-Muttu). Le Varnam est Sakhiye Indha Jalam (Adi Tala, Raga Shankarabharanam) de Dandayudhapani Pillai. L'héroïne offre des cadeaux à son amie pour la convaincre d'aller chercher Vishnu ; elle souffre, elle ne peut plus manger, etc. Dans la deuxième grande partie, la danseuse développe l'épisode dans lequel Vishnu vient sauver l'éléphant Gajendra qui était attaqué par un crocodile. La danseuse interprète ensuite un poème de Swati Tirunal (Adi Tala) Chaliye Kunjana mettant en scène Krishna et les gopis au bord de la Yamuna. Le récital s'est conclu par un Tillana dédié à Rama en Raga Desh et Adi Tala.

Brahma Gana Sabha, Sivagami Petachi Auditorium, Chennai — 2016-07-21 à 19:30

Gayathri Rajaji, bharatanatyam

Sri. K. Hariprasad, chant

Sri. R. Narayanan, nattuvangam

Sri. Nellai D. Kannan, mridangam

Easwar Ramakrishnan, violon

J'avais déjà eu l'occasion de voir danser Gayathri Rajaji quand elle avait participé à la tournée de la Chidambaram Dance Company de Chitra Visweswaran au Musée Guimet en 2013. Pour compléter l'effectif constitué par ses disciples, la chorégraphe avait alors fait appel à des danseurs formés dans un autre style. Gayathri Rajaji est en effet une disciple d'Adyar K. Lakshman (style Kalakshetra). Après le décès de celui-ci, elle se forme actuellement auprès de Leela Samson, qui était présente lors de ce récital, tout comme le maître C. V. Chandrasekar.

Le programme commence par une invocation de Ganesh “Bhajamanasa Vighneshwara” (Adi Tala) dans laquelle le chanteur a inséré de nombreux passages en Swaram. Le thème du récital est Krishna. La danseuse commence par le Shloka “Kasturitillakam”. Malgré un accompagnement musical superbe (chant de Hariprasad et Easwar Ramakrishnan au violon), le frissonomètre reste proche du zéro absolu. Le haut du corps de la danseuse est plus expressif que chez le plupart des danseurs Kalakshetra, mais elle se semble pas tout à fait à l'aise dans son corps. Sa position en demi-plié araimandi n'est pas très bien tenue ; lors de certaines frappes, le corps devient un peu instable, presqu'asymétrique. Dans le Jatiswaram du Thanjavur Quartet (Raga Kalyani, Sankirna Chapu), les mouvements de pieds semblent un peu mous ; il y a un manque de netteté.

Le Varnam Sakhiye Inda Velayil (Raga Anandabhairavi, Adi Tala) du Thanjavur Quartet est dédié à Krishna, celui qui porte la conque et le disque. La danseuse a manifestement des possibilités en Abhinaya, qui vont plus loin que ce que font habituellement les danseurs Kalakshetra, mais j'aimerais qu'elle s'y abandonne encore un peu plus. Les passages rythmiques sont correctement exécutés, mais le Varnam suit une structure étrange. Le premier long jati (à trois vitesses) mis à part, les jatis viennent par paires dans cette chorégraphie : le troisième jati vient immédiatement après le deuxième, le cinquième juste après le quatrième, etc. Je n'ai vu cette structure que chez quelques danseurs Kalakshetra. Une particularité de cette composition du Thanjavur Quartet est que le texte de la composition ne commence pas sur le premier temps ; ainsi, les jatis ne se finissent pas juste avant le premier temps comme c'est en général le cas, mais juste avant le deuxième temps du cycle rythmique. Le manque de développement dans l'Abhinaya est contrebalancé par une exégération du temps consacré à la danse pure, ce qui rend l'ensemble du Varnam complètement déséquilibré à mon goût. L'héroïne est impressionnée par la ville et le temple de Krishna, qui est représenté comme Vishnu-Padmanabha, en bouvier, ou avec la conque et le disque. La danseuse développe l'épisode dans lequel Vishnu sauve l'éléphant Gajendra d'un crocodile. Elle évoque aussi celui dans lequel Krishna soulève le mont Govardhana, mais c'est beaucoup trop bref pour être intéressant.

Le point culminant du récital a été l'interprétation du très classique Padam “Indendu” (Raga Suruti, Mishra Chapu) que la danseuse a travaillé avec Bragha Bessel. L'interprète m'y a semblé beaucoup à l'aise et convaincante. L'héroïne demande à Krishna de s'en aller : “Aurais-tu des yeux de poisson ? Tu ne vois pas que ma rue est bien plus étroite que celle de ma rivale ?”. Elle referme sa porte et se retire, en hésitant un peu, se retenant de changer d'avis. Si seulement Bragha Bessel pouvait étendre son influence pour que les danseurs Kalakshetra développent davantage l'Abhinaya tout au long du récital, et pas seulement dans les Padam...

Le récital s'est terminé par un Tillana en Adi Tala chorégraphié par Adyar K. Lakshman et se concluant par une évocation de Krishna et des gopis.

Dharma Paripalana Sabha, Sri Kanchi Mahaswamy Anantha Mandapam, Adyar — 2016-07-22 à 19:15

Gopika Varma, mohiniattam

Il y a quelques semaines à Paris, j'avais été émerveillé par les récitals de mohiniattam de Deepa Chakravarthy. J'ai eu le privilège de déjeuner chez elle lors de mon séjour à Chennai ; je lui disais que si je pouvais sans problème assister à un récital de bharatanatyam tous les jours, ce ne serait pas possible pour le mohiniattam : certains interprètes de ce style parviennent à atteindre une telle excellence et à procurer de telles émotions, qu'il me paraissait absolument nécessaire que les expériences de spectateur soient plus espacées dans le temps, d'une part pour pouvoir prendre à chaque fois pleinement conscience de ce caractère exceptionnel, et d'autre part pour que ne pas être totalement blasé en regardant après des spectacles d'autres styles...

Sachant que Gopika Varma a été un des gourous de Deepa Chakravarthy, je me suis rendu à Adyar pour assister à son récital dans une salle voisine d'un fort beau temple de Padmanabha. La salle était assez peu remplie ; pour expliquer cela, la danseuse a invoqué le Kabali effect, du nom du film tamoul qui envahissait alors les écrans de Chennai. L'orchestre est composé d'un chanteur, d'un flûtiste et de trois percussions : nattuvangam (cymbales), mridangam et un tambour joué par un homme debout et qui donnait une teinte particulière à la musique.

Je n'ai pas grand'chose à dire sur le récital, si ce n'est que le style mohiniattam, par sa lenteur, explore le mouvement comme aucune autre danse classique indienne ne le fait. La première pièce était en Rupaka Tala, une invocation de Ganesh dont la monture est la souris. Elle a interprété ensuite un Kirtana de Swati Tirunal (probablement Shri Kumara Nagaralaye en Adi Tala et Raga Atana) en relation avec l'histoire du temple de Kumaranaloor, qui devait être initialement un temple de Kumara, mais qui est un temple de la Déesse (cf. cette page Wikipedia). Le Dasa Varnam est dédié à Vishnu et évoque différents épisodes épiques dans lesquels le Bienheureux est devenu un serviteur (Dasa). Je ne les ai pas tous compris (et si je les ai compris, je n'ai pas forcément vu le lien avec le thème). Un épisode évoquait Shabari, qui avant de donner des baies à Rama, les avaient goûtées... Un autre évoquait l'avatar du Nain. Dans un autre, Krishna portait Radha et ainsi les marques de pieds qu'il laissait étaient plus profondes, attirant la suspicion des autres gopis... Le récital s'est terminé par un prière en Rupaka Tala.

Narada Gana Sabha - Mini Hall, Chennai — 2016-07-23

Namrata Venkatesan, bharatanatyam

Parvathi Ravi Ghantasala, nattuvangam

Smt. Nandini, chant

Sri. Hari Babu, mridangam

Sri. Srinivasan, flûte

Sri. Dorai, violon

Ce récital interprété par une danseuse au costume rose flashy est dédié à Vishnu. Il commence par une invocation chantée Balakrishna Padamala. Après un mini-Pushpanjali, la danseuse interprète une composition de Swati Tirunal “Gopala pahima” dédié au Maître des sept collines (Venkateshwar). La pièce comporte des passages de danse pure rythmiquement complexes. La danseuse évoque très brièvemenet l'épisode dans lequel Yashoda demande à Krishna d'ouvrir la bouche, parce qu'elle le soupçonne d'avoir mangé de la boue : l'Univers entier lui apparaît. Le programme se poursuit avec le même Varnam que celui que j'ai vu trois jours plus tôt : Sakhiye Indha Jalam (Adi Tala, Raga Shankarabharanam). Un des jatis utilise l'espace d'une façon qui me rappelle le style de M. Selvam. Vers la fin du Varnam, la danseuse développe magnifiquement bien l'épisode de l'éléphant Gajendra sauvé par Vishnu. Le texte mentionne l'intervention de Krishna pour protéger Draupadi et la défaite de Ravana par Rama, aidé de Hanuman, mais l'évocation dansée, bien réalisée, est malheureusement trop courte. La danseuse interprète ensuite une pièce sur le jeune Krishna Bhavayami Gopalabulam (Raga Yamuna Kalyani, Khanda Chapu). La pièce la plus intéressante du programme est peut-être “Kandai kandai Sitai” (Raga Bageshri, Tisra-nadai Adi Tala). Elle raconte le voyage en éclaireur de Hanuman à Lanka. Sita déprime dans le bois d'aśoka, elle pense même à se suicider. Hanuman l'en dissuade et lui montre l'anneau que Rama lui a donné. L'interprétation pose à mon avis quelques problèmes : les personnages ne sont pas suffisamment caractérisés, par exemple, quand la danseuse joue le rôle de Hanuman, seules ses mains indiquent qu'elle joue un singe ; si on se fiait uniquement à son expression, on pourrait penser qu'elle est toujours en train d'interpréter Sita. Le récit en flash-back a une structure un peu étrange ; on ne sait pas très bien à quel niveau du récit on se situe. Hanuman est-il en train de raconter son voyage à Rama ? Le climax est atteint quand Hanuman se grandit avant de s'élancer au-dessus de l'Océan (le chant se transforme alors en une répétition du nom Rām). Le programme se conclut avec “Bhaja Govinda” composé par Adi Shankara.

Sri Krishna Gana Sabha, Kamakoti Gana Mandir Hall, Chennai — 2016-07-27 à 19:00

Smrithi Chanjeevaram, danse bharatanatyam

Ce récital est sans doute le moins intéressant de ceux que j'ai vus pendant mon séjour à Chennai, la technique de la danseuse étant assez moyenne. Les musiques étaient enregistrées. Après un Pushpanjali en Adi Tala dans laquelle la danseuse explore les quatre directions (elle est parfois de dos), elle évoque l'histoire de Ganesh, le fils de la Déesse Gauri, dont Shiva coupera la tête, etc. Vient ensuite un poème sur la Déesse Lalita Bhubaneshwari..., dont la monture est le tigre. Le Varnam en Adi Tala et Raga Nilambari est dédié à Muruga, dont le paon est la monture. L'héroïne lui dit en substance : Viens, je suis comme une fleur sans soleil.. Le Javali en Adi Tala qui suit met en scène les espiègleries du jeune Krishna et le récital se conclut par un Tillana (Adi Tala, Raga Madhuvanti) qui est dédié à Krishna.

The Music Academy, Kasturi Srinivasan Hall, Chennai — 2016-08-02

Subashri Sashidharan, danse bharatanatyam

Smt. S. Divyasena, nattuvangam

Smt. K. P. Nandini Sai Giridhar, chant

Sri. G. Ram Shankar Babu, mridangam

Sri. K. Ganeshan, violon

Sri. J. B. Sruthi Sagar, flûte

Mallari (Raga Gambhira Nattai, Khanda Triputa, composé par B. P. Hari Babu)

Virutham (Ragamalika, texte de Kumaraguru Swami)

Pada Varnam “Mohamana” (Raga Bhairavi, Rupaka Tala), composé par Ponniah Pillai (Thanjavur Quartet)

Javali “Indendu” (Raga Suruti, Mishra Chapu)

Ododi Vanden (Raga Dharmavati, Adi Tala, composé par AMbujam Krishna)

Shankara Shrigiri Nathaprabhu (Raga Hamsanandi, Adi Tala, composé par Swati Tirunal)

Thillana (Raga Behag, Adi Tala, composé par Dr. Balamurali Krishna)

Entre le 1er et le 10 août se tenait à la Music Academy de Chennai le festival-concours Spirit of Youth (réservé à des interprètes de moins de 25 ans). L'an dernier, j'y avais vu l'extraordinaire Sudharma Vaithiyanathan. Cette année, je n'ai vu que trois récitals, qui sans être absolument époustouflants étaient tous de très bonne qualité.

La technique de la danseuse Subashri Sashidharan au costume rouge et blanc est assez impressionnante : son demi-plié est très bas, ses ginatoms sont magnifiques dans le Mallari, son travail sur le regard aussi. Son Abhinaya n'est pas tout-à-fait aussi convaincant ; ses gestes sont parfois un peu brusques. Le Viruttam (forme musique du Shloka, mais en langue tamoule) évoque diverses idées sans que je comprenne le sens global : Padmanabha, le protecteur de l'Univers, Brahma, les quatre Veda, le son, Saraswati à la vîna, etc. Au cours du récital, l'accompagnement musical est quelque peu déséquilibré. La chanteuse Nandini est magnifique, mais le mridanguiste attire beaucoup trop l'attention à lui. Le bien-nommé flûtiste Sruthi Sagar produit des sons qui parfois me paraissent sublimes et parfois me semblent affreux ; c'est vraiment étonnant. La progression thématique du Varnam composé par le Thanjavur Quartet et dédié à Brihadishwara est on ne peut plus traditionnelle. Un jati accompagné du seul mridangam (sans onomatopées rythmiques) développe un peu trop longuement l'intervention de Kama. Dans le Padam composé par Ambujam Krishna, l'héroïne est tout à son adoration de Krishna, mais le Shrinraga (Amour) est malheureusement complètement absent de l'interprétation de la danseuse. Le programme se poursuit avec le classique Indendu et une vive évocation de Shiva comme dieu dansant dans un poème de Swati Tirunal : chose rare, pour évoquer sa danse, l'interprète utilise des sauts avec réception en cinquième position (pieds croisés). Le récital s'est conclu par un Tillana composé par Balamurali Krishna magnifiquement introduit par un Alap du flûtiste.

The Music Academy, Kasturi Srinivasan Hall, Chennai — 2016-08-03

Sivasri Skandaprasad, danse bharatanatyam

Smt. Roja Kannan, nattuvangam

Sri. K. Hariprasad, chant

Sri. Nellai D. Kannan, mridangam

Easwar Ramakrishnan, violon

Bhajamanasa Vighneshwara Manisham (Adi Tala)

Shloka “Gajanam”

Alarippu (Tishra Dhruvam, composé par Adyar K. Lakshman)

Jatiswaram (Raga Hemavati, Misra Chapu, composition du Thanjavur Quartet)

Varnam “Manavi” (Raga Shankarabharanam, Adi Tala), composé par Ponniah Pillai (Thanjavur Quartet)

Azhaga Azhaga (Raga Suddha Dhanyasi, Khanda Chapu, composé par Ambujam Krishna)

Sogasu (Misra Chapu)

Thillana (Raga Behag, Tisra-nadai Adi Tala, composé par Lalgudi G. Jayaraman)

La guru de la danseuse a eu pour maîtres Adyar K. Lakshman et Kalanidhi Narayanan. Sivasri Skandaprasad avait 10 ans quand elle a fait son arangetram en 2007. Je n'ai pour ainsi dire pas pris de notes pendant ce récital. La danseuse a un Abhinaya plus mûr que celui de la danseuse du récital de la veille. L'accompagnement musical est parmi ce qui se fait de mieux (chant, violon, mridangam). Le chanteur K. Hariprasad est dans un bon jour (magnifiques Alap avant le Varnam et le premier Padam). L'accompagnement du mridangam est merveilleux de délicatesse. Il est heureux que je me sois souvenu de la structure du Tala Dhruvam pour comprendre que Tishra Dhruvam était le nom d'un cycle en 3+2+3+3=11 temps ; sinon, j'aurais moins apprécié l'Alarippu ! Le chorégraphie du Jatiswaram m'a semblé peu musicale. Dans le Varnam (le même que Lavanya Ananth avait dansé en août 2015), l'héroïne est tout à son émerveillement (adbhuta). Un épisode est particulièrement développé : alors qu'il était en route pour les noces de sa sœur Meenakshi à Madurai, Vishnu sauve l'éléphant Gajendra de la morsure d'un crocodile. Les Tattu Muttu de la danseuse sont particulièrement intéressants et virtuoses.

The Music Academy, Kasturi Srinivasan Hall, Chennai — 2016-08-04

Vidhun Kumar, danse bharatanatyam

Smt. V. Mythili, nattuvangam

Sri. K. Hariprasad, chant

Sri. Nellai D. Kannan, mridangam

Sri. T. Sasidhar, flûte

Shri Maha Ganapathe Surapathe (Raga Nattai, Adi Tala, composé par Mayooram Vishwanatha Shastri)

Alarippu avec Thiruppugazh (Misra)

Varnam “Konchum Sadangai” (Raga Latangi, Adi Tala, composé par Madurai R. Muralidharan)

Dhyaname Taruve (Raga Amritavarshini, Adi Tala, composé par Ambujam Krishna)

Kana Vendamo (Raga Sriranjani, Rupaka Tala, composé par Papanasam Sivan)

Thillana (Raga Valaji, Adi Tala, composé par Madurai R. Muralidharan)

Le danseur porte un dhoti jaune, et un affreux collier (je ne remercie pas ma voisine d'avoir attiré mon attention sur ce fait !). Dans sa pièce introductive, il impressionne par son regard porté au loin (peut-être un peu trop haut) et par les fentes qu'il exécute. Ce danseur ne cherche pas à imiter les danseuses ! Sa technique de pied est parfois un peu brouillone : certains pas rapides passent à la trappe. Son corps est quelque peu asymétrique : dans les positions qui devraient être symétriques, son bras gauche est souvent un peu plus bas que le bras droit. J'apprécie néanmoins beaucoup son Alarippu. Au cours de ce séjour, je me suis rendu compte qu'il y avait en réalité souvent bien plus de différences entre danseurs d'un même style (ou bani) qu'entre danseurs de styles différents. Ce danseur a été formé dans le style Thanjavur, et pourtant, j'ai eu l'impression de distinguer des détails caractéristiques du style Vazhuvoor, comme le fait de sauter avant le dernier tarikitatom d'une série.

La danse pure de ce danseur est très agréable à regarder, mais son Abhinaya ne parvient pas à me convaincre. Le danseur illustre très littéralement le sens du texte du Varnam dédié à la forme de Shiva résidant à Chidambaram. La seule émotion qu'il utilise est celle de l'émerveillement. Il évoque assez clairement certains des cinq éléments (Panchabhuta) associés à Shiva : l'air, l'eau, le feu... Rythmiquement parlant, la chorégraphie est étrange parce que l'arudi, la formule conclusive suivant les jatis qui se termine usuellement sur le cinquième ou le premier temps (dans le cas d'Adi Tala) se finisait ici sur le septième temps !? La fin du Varnam est quelque peu répétitive et je me surprends à remarquer des détails stylistiques, comme les marches en arrière à la Kalakshetra (sans épaulement, en laissant traîner le talon devant).

La composition d'Ambujam Krishna qui est jouée est Rama Stuti “Dhyaname Taruve”. Tous les sages et musiciens méditent sur Rama. La chorégraphie évoque brièvement le voyage de Hanuman à Lanka. Tout d'abord, il saute par dessus l'Océan. Fait prisonnier de Ravana, sa très longue queue s'enroule pour former un siège depuis lequel il est plus haut que Ravana. Plus loin, il met le feu à Lanka avec sa queue enflammée. Un autre épisode en rapport à Rama est évoqué, peut-être s'agit-il d'une référence au batelier Guha, considéré comme le premier dévot de Rama.

Le Padam “Kana Vendamo” est la seule pièce dans laquelle le danseur a tenté d'exprimer d'autres émotions que la dévotion et l'émerveillement. On comprend qu'il veut exprimer des choses, mais le sens global reste tout à fait mystérieux.

Le récital se conclut par un Tillana dédié à la Déesse sous le nom de Matangi.

Le spectacle était en partie gâché par l'attitude de la guru V. Mythili qui semblait se fichtre royalement de ce que faisait le danseur. Elle était complètement en mode automatique : à aucun moment elle ne le regardait, elle paraissait ne s'intéresser qu'aux onomatopées rythmiques qu'il fallait bien qu'elle récite.

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Mavin Khoo au Musée Guimet

2016-07-14 18:00+0530 (दिल्ली) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XV

Auditorium du Musée Guimet — 2016-05-20

Mavin Khoo, bharatanatyam

Bhavana Pradyumna, chant

Prathap Ramachandra, mridangam

Jyotsna Srikant, violon

Songs of the Blue Lord

Fin mai, Mavin Khoo, qui est aussi chorégraphe de danse contemporaine, s'est produit au Musée Guimet pour un programme de bharatanatyam. J'y suis allé par curiosité, n'appréciant guère le style de danse pure de son guru Adyar K. Lakshman (dont les chorégraphies me paraissent excessivement virtuoses). Comme il appartient à une lignée issue de l'école Kalakshetra dont je déteste joyeusement l'Abhinaya (art de l'expression), je me méfiais encore davantage.

J'avoue avoir été agréablement surpris. Mavin Khoo est assurément un grand artiste. Il a tenté beaucoup de choses au cours de son programme ; certaines audaces m'ont semblées un peu folles, certaines tentatives ont à mon avis échoué, mais il est agréable de voir un artiste essayer de se dépasser ainsi. Sa danse pure est euphorisante, son Abhinaya est très bon (un des meilleurs que j'aie eu l'occasion de voir chez des danseurs masculins), mais il ne parvient cependant pas à m'émouvoir.

J'étais également venu au Musée Guimet pour la musique. Après avoir chanté les notes Sa-Pa-Sa, la chanteuse Bhavana Pradyumna a débuté le programme en interprétant magnifiquement trois shlokas : वक्रतुण्ड (Vakratuṇḍa) en hommage à Ganesh, या देवी सर्वभुतेषु (Yā Devī Sarvabhuteṣu) dédié à la Déesse et कस्तूरीतिलकं ललाटपटले (Kastūritilakaṃ Lalāṭapaṭale) à Krishna. L'accompagnement du violon était aussi remarquable.

Le programme de danse proprement dit a commencé ensuite. Il ne suivait pas la forme habituelle. Il s'agissait en gros d'un Varnam (en Adi Tala) dans lequel étaient insérées diverses compositions dédiées à Krishna. Le cycle rythmique s'interrompait au début de chaque séquence pour permettre à la chanteuse de prononcer une traduction du texte poétique qui allait suivre. (Il s'agissait peut-être du Varnam “Vanajalakshi” en Raga Kalyani ?) Le danseur a les mains complètement peintes en rouge. Il commence par le Trikala Jati, le premier passage rythmique qui utilise les trois vitesses (et un passage en triolets), qu'il conclut avec une longue formule rythmique. Dans la première séquence, le texte évoque les yeux de lotus (de Krishna, d'après la présentation). Dès le début, je comprends que Mavin Khoo n'a pas les défauts de beaucoup de danseurs Kalakshetra qui répètent exactement les mêmes gestes à de nombreuses reprises sans même changer de placement. Ici, la première ligne du texte a été montrée trois fois, de face, vers la droite puis vers la gauche, avec des gestes différents à chaque fois. L'héroïne ne peut souffrir la séparation. Coquette, elle se prépare à le recevoir, mais elle s'endort. Dans son rêve, elle l'entend frapper, Krishna l'enlace. Quand elle se réveille, elle comprend sa déception. La séquence se termine par d'assez complexes Tattu Muttu (combinaison de frappes de pieds et d'expression par le haut du corps).

Après un passage rythmique très virtuose, le danseur évoque celui qui est le fils de Vasudeva et de Devaki. Il suscite l'émerveillement en soulevant le mont Govardhana afin de protéger les bouviers des pluies déclenchées par Indra.

La danse pure de Mavin Khoo est particulièrement euphorisante dans le passage technique suivant. La formule conclusive utilise de façon intéressante des séries de tarikitatom (mouvement ressemblant un peu au style de nage crawl...) ; ils étaient en effet interprétés en accelerando, une fois en vitesse lente, une fois en vitesse moyenne et une fois en vitesse rapide.

La première partie du Varnam se conclut avec l'émerveillement de l'héroïne et ses prières devant Krishna qui est porté en procession en palanquin, avec tambours, tampura, nagaswaram, lancers de fleurs, danseuses... Si Mavin Khoo n'a globalement pas eu de difficulté particulière à évoquer des personnages féminins au cours du récital, sa représentation des danseuses accompagnant la procession m'a semblé très sommaire, un peu prosaïque.

L'Ashtapadi Sakhi He est inséré ensuite dans le programme. J'ai été content d'y reconnaître le Raga Shuddha Sarang (et Tala Mishra Chapu) dans le chant de Bhavana Pradyumna. Mavin Khoo a choisi de rester assis pendant toute la durée de cette composition. C'est un choix très audacieux, agréable à voir parce que relativement rare, mais je pense que c'était trop audacieux de sa part. Je sais à quel point cette pièce peut être extraordinaire (cf. le récital de Vidhya Subramanian). Je sais aussi l'émotion intense que peuvent susciter certaines interprètes quand elles font de l'Abhinaya assises (je garde un souvenir émerveillé de Yashoda Thakore dans un tel “exercice”). Je dis que c'était bien tenté de la part de Mavin Khoo qui bénéficiait pourtant d'un grand soutien musical dans cet essai, mais il a malheureusement échoué à m'émouvoir.

On revient ensuite semble-t-il au Varnam, avec en tout cas un passage rythmique très compliqué en Adi Tala. La danse évoque la souffrance de l'héroïne. La lumière diffusée par la Lune la brûle comme si elle était directement touchée par les rayons du Soleil. Ses pleurs sont comme une rivière. Les flèches florales de Kamadeva la font souffrir. Mavin Khoo évoque très bien l'archer Kamadeva, qui prépare les fleurs qu'il va lancer. Cependant, l'épisode m'a semblé démesurément long et répétitif. Avec son arc, il fait des dizaines de fois le tour de la scène avec des formules rythmiques diverses (sans doute très largement improvisées : il n'y avait d'ailleurs pas de nattuvanar dans ce programme !). Au bout d'un temps qui m'a semblé interminable (et malheureusement accompagné uniquement par le violon : j'aurais globalement préféré que le chant soit un peu plus présent), comme c'est souvent le cas, Kamadeva ne tire pas de flèche avec son arc, mais il lance tout simplement la fleur sur sa victime. C'est magnifique quand c'est bien fait, mais il m'a semblé que c'était raté (entre autres parce que le danseur était à ce moment-là dans un coin mal éclairé de la scène...).

Ensuite, l'héroïne veut écrire une lettre à Krishna, mais son amie ne veut pas la lui porter.

Bhavana Pradyumna interprète ensuite une composition de son guru Chitravina Ravikiran en Misra Jhampa Tala (7+1+2=10 temps) dédié à celui qui est le maître des trois mondes dont le dévot demande la bénédiction. Cette composition est interprétée par Mavin Khoo qui reste cette fois-ci debout pendant toute son interprétation. Ce choix provoque en moi les mêmes réticences que plus haut : à mon avis, en utilisant tout son corps, l'interprète parviendrait à émouvoir bien davantage.

Deux autres compositions en Adi Tala et en Chatushra Ekam concluent le récital. Que peut-on bien Lui offrir ? Des fleurs, de l'eau, des gâteaux ? Non, ce n'est pas assez bon pour Lui ! La dernière composition représente Krishna comme bouvier, fils de Vasudeva et Devaki. Le récital s'achève par un accelerando, le danseur finissant à plat ventre.

Après avoir été beaucoup applaudi, le danseur explique qu'il a oublié une danse. Il interprète alors un passage rythmique utilisant progressivement les trois vitesses et qui est uniquement composé de Mandi Adavus (dans lesquels on fait des fentes ou pose un genou par terre). C'est impeccablement exécuté, à une vitesse frénétique. À l'image de tout le programme : c'est impressionnant, un tout petit peu show-off, mais cela ne m'émeut absolument pas.

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“Nrityaganga” par Sucheta Chapekar

2015-07-25 08:49+0530 (दिल्ली) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Sucheta Chapekar, le guru de ma prof de bharatanatyam a passé plusieurs semaines en France aux mois de mai et juin. J'avais déjà eu l'occasion de la rencontrer à Pune l'année dernière. Je n'oublierai pas les nombreux moments partagés avec elle au cours de son séjour. J'ai déjà évoqué dans un billet précédent le stage dans lequel elle nous enseigna un Abhinaya-Pada sur la destruction de Tripura par Shiva sur le cycle rythmique Khanda-jâtî Ata Tala. Je n'oublierai pas non plus les cours particuliers ou semi-particuliers, qui donneront lieu à quelques perplexités : Ah, this is Tishra-jati. ― No, this is Tishra-jâtî. — Tishra-jati ? — No, jati is a different word.. Trois événements publics ont rythmé son séjour à Paris au début du mois de juin : une conférence-dansée sur le Nrityaganga à l'École normale supérieure, une autre sur des fables du Panchatantra à l'Université Paris 8 et un récital de bharatanatyam au Centre Mandapa. Je ne commenterai pas en détail son interprétation de quelques fables animalières à Paris 8, mais je reviendrai dans un futur billet sur son récital au Centre Mandapa. Je vais me concentrer ici sur sa conférence-dansée sur le Nrityaganga.

Sucheta Chapekar
Sucheta Chapekar

Le premier juin avait donc lieu une conférence-dansée dans la salle d'expression artistique du Nouvel Immeuble Rataud (NIR) de l'École normale supérieure. Cette conférence était organisée par un groupe d'élèves et anciens élèves, Indias, l'Initiative Normalienne pour le Développement des études sur l'Inde et l'Asie du Sud.

Le thème de l'exposé de Sucheta Chapekar était “Nrityaganga”. Il s'agit du style de danse qu'elle a développé, associant la danse bharatanatyam (originaire du Sud de l'Inde) et la musique hindustani (la musique classique du Nord de l'Inde). Elle en a expliqué la genèse. Elle a ainsi commencé par raconter son travail avec son premier guru, Acharya Parvati Kumar. La musique carnatique est chantée habituellement dans des langues du Sud de l'Inde comme le télougou ou le tamoul, mais elle a expliqué, tout comme l'avait fait le chercheur Davesh Soneji dans une conférence récente à l'EHESS, que la langue marathi (parlée dans la région de Sucheta Chapekar) avait une place importante dans l'histoire de la musique carnatique. En effet, au XVIIe siècle au XIXe siècle, ce sont des rois marathes qui ont régné à Thanjavur et pendant cette période, les arts se sont développés, toutes les formes et langues entrant en confluence à Thanjavur (y compris la musique classique européenne dont on trouve des traces dans les compositions Nottuswaram du grand compositeur carnatique Muthuswamy Dikshitar). Selon Davesh Soneji, les formes musicales originaires de la région Marathe auraient beaucoup influencé la musique carnatique à cette époque. Sucheta Chapekar et son guru ont utilisé des compositions de danse bharatanatyam en langue marathi dans le style carnatique datant de cette époque et conservées à la Saraswati Mahal Library à Thanjavur. Les livres et les manuscrits ne contenaient a priori que le texte et le nom des talas et ragas. En utilisant ces sources, ils ont pu rendre vie à des compositions attribuées au roi Serfoji II (ou Sharabhoji) qui régna de 1798 à 1832.

Par la suite, en travaillant avec Kitappa Pillai, Sucheta Chapekar s'est intéressée au répertoire plus ancien du roi Shahaji (1684-1712) et l'idée lui est venue de créer de nouvelles de pièces de danse bharatanatyam utilisant les formes de musique du Nord de l'Inde et des textes en marathi, hindi ou sanskrit. Elle a commencé par chorégraphier des pièces d'Abhinaya parce qu'elles posaient moins de problèmes. D'autres interprètes avaient déjà commencé à intégrer des compositions du Nord comme des Bhajan de Mirabaï, mais elle a voulu constituer un format parallèle et alternatif au format habituel Margam des récitals de danse bharatanatyam. Par exemple, l'Alarippu est remplacé par Prastar, une pièce de danse pure dont la musique s'inspire de formes de musique rythmiques pratiquées par des joueurs de pakhawaj, l'instrument à percussion qui n'est pour ainsi dire plus utilisé que dans la musique dhrupad. Parmi les principes du bharatanatyam qu'elle a voulu conserver, il y a l'idée d'utiliser les diverses formes musicales existantes, mais dans le contexte de la musique classique du Nord. Parmi les autres principes du bharatanatyam qu'elle a retenus, elle compte aussi la position assise, l'équilibre entre la danse pure et la danse expressive, le fait que les mouvements de danse utilisent autant le haut que le bas du corps. Enfin, les compositions expressives doivent mettre en scène l'amour érotique, l'amour maternel et l'amour dévotionnel. Mises ensemble de façon cohérente, de telles pièces de danses constituent une alternative au Margam. Le nom qu'elle a retenu est Nrityaganga, en référence à la rivière Ganga, qui est considérée comme sacrée dans toute l'Inde.

Lors de sa démonstration, elle a interprété cinq pièces de Nrityaganga. La première a été Māta Sarasvatī, un hommage à Sarasvatī : elle est la déesse de la parole, de la connaissance, et joue de la vînâ. Cette pièce comporte quelques courtes sections de danse pure. Les deux pièces suivantes ont été des pièces d'Abhinaya. Dans Nāhī mī bolata nāthā, une jeune femme pudique du Maharashtra se prépare à accueillir son amoureux. Quand il arrive, il la flatte par ses mots doux, mais elle fait semblant de le repousser... Dans la pièce suivante Ao Pyare, une gopi s'émerveille des qualités du jeune Krishna. Elle tente de l'attirer maternellement à elle. Elle décrit sa belle allure. Quand elle vaque à ses tâches quotidiennes, que se soit la lessive ou la traite des vaches, elle est charmée par le son de sa flûte. Cependant, quand elle essaye de s'en approcher, il s'échappe. Elle ne parviendra à l'arrêter qu'en lui donnant à manger du beurre.

En voyant ces trois premières pièces, il m'a semblé que Sucheta Chapekar utilisait davantage de frappes de pieds dans ses chorégraphies de pièces d'Abhinaya qu'on ne l'observe habituellement. En outre, j'ai eu le sentiment qu'en général elle s'appuyait de façon quelque peu différente sur le rythme qu'on ne le fait dans le bharatanatyam quand il est dansé sur de la musique carnatique. Dans la musique carnatique, le premier temps du cycle est me semble-t-il vraiment vu comme un point de départ. Dans la danse, on verra souvent des formules conclusives comme didi-tai—didi-tai—didi-tai, mais le dernier tai n'est pas sur le premier temps, il est juste à la fin du cycle précédent, ce qui permet d'enchaîner immédiatement avec une autre série de mouvements au début du cycle qui suit. Dans les pièces de Nrityaganga que j'ai vues au cours de cette démonstration, le premier temps du cycle rythmique semble être conçu comme une conclusion de ce qui a précédé. On trouve souvent une frappe très appuyée sur ce premier temps et la pose est maintenue, comme une respiration. Il me semble qu'il y a là un point commun avec ce que l'on peut observer dans le style kathak (qui utilise aussi la musique hindustani). (Il ne s'agit pour l'instant que de conjectures de ma part, cela mériterait d'être approfondi à l'avenir...)

Avant d'interpréter la pièce suivante, Sucheta Chapekar a expliqué que la partie la plus difficile de son travail a été la chorégraphie de pièces de danse pure. Une idée lui est venue en lisant un passage du Natyashastra dans lequel le narrateur fait hommage aux gardiens des huit directions (les quatre points cardinaux et les directions intermédiaires). Elle a ainsi conçu une pièce Aṣṭamaṅgala qui rend hommage à ces huit divinités représentées dans beaucoup de temples hindous. Il s'agit d'une des plus belles merveilles de chorégraphie que j'aie eu le privilège d'observer. Au cours de cette pièce d'un peu moins d'une dizaine de minutes, la danseuse part du centre de la scène et se tourne successivement dans les huit directions en commençant par l'Est (de face). Pour chacun de ces huit gardiens (Ashtadikpala), elle exécute une section de danse pure et conclut cette partie en évoquant brièvement la divinité correspondante. Les divinités ne sont pas faciles à reconnaître puisqu'elles appartiennent peut-être davantage à la religion védique qu'à la religion hindoue qui en a émergé, mais la dernière divinité évoquée est le gardien du nord-est, Īśāna (Shiva), qui est représenté comme danseur.

La démonstration s'est conclue par un magnifique Bhajan du roi Shahaji en Raga Bhairavi. Le dévôt se demande ce qu'il peut offrir à la divinité. Une guirlande de fleurs ? Non, Tu portes déjà des serpents et une guirlande de crânes. Dois-je Te faire une offrande de feu ? Non, car Tu portes le feu dans Ta main. Dois-je danser pour toi ? Non, parce que Tu es le Seigneur de la danse.

De larges extraits de la conférence sont visibles sur la vidéo ci-dessus (je vous conseille de la lire depuis cette adresse puisque le chapitrage y est visible.)

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Première semaine à Delhi

2015-07-21 14:00+0530 (दिल्ली) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Dhrupad — Voyage en Inde XIV — Photographies

Je suis arrivé à Delhi il y a un peu plus d'une semaine. Pendant le vol Air India 142, j'ai regardé le film Chennai Express, qui n'est pas trop mauvais. L'aventure commence au moment de monter dans un taxi prépayé pour rejoindre l'appartement où je vais résider dans le quartier de Jangpura. Le chauffeur de taxi ne sait manifestement pas du tout où cela se trouve. Il n'a pas de GPS, mais il passe un certain nombre de coups de fils pour se diriger. Je suis le trajet sur mon téléphone grâce à la carte OpenStreetMap de l'Inde que j'ai téléchargée. Une fois arrivé dans le quartier de Jangpura (qui n'est pas couvert de façon détaillée par OpenStreetMap), j'ai dû utiliser une carte Google Maps que j'avais préalablement téléchargée pour jouer au co-pilote :

Photo 001

Même quand on est arrivé, il n'est pas forcément évident pour tout le monde de savoir qu'on y est :

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Quelqu'édile du quartier, Madame Darshana Jatav a en effet fait installer des panneaux indicateurs qui ne sont rédigés qu'en hindi. Dans d'autres rues, la fonction utilitaire a été délaissée au profit de la seule fonction promotionnelle de ces panneaux :

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En bas de la partie bleue du panneau, à côté de रोड का नाम (c'est-à-dire : Nom de la rue), il n'y a rien écrit du tout...

Voici la vue depuis le balcon de l'appartement où je loue une chambre et dont je peux aussi profiter du grand salon :

Photo 003

Les deux premières journées ont été très pluvieuses. La rue était inondée. L'année dernière, j'avais dû acheter en urgence des chaussures au retour de Champaner où les précédentes avaient été englouties par la boue. Les lanières de ces sandales que j'avais alors achetées n'ont pas tenu à cause d'une sorte d'effet ventouse qui s'est produit alors que je marchais dans les 10 centimètres d'eau qui recouvraient la rue.

Le lendemain de mon arrivée, je suis retourné à C.R. Park, non loin du temple du Lotus, pour prendre un premier cours avec Arupa Lahiry, une disciple de Chitra Visweswaran que j'avais eu l'occasion de voir à Paris et avec qui j'avais déjà pris des cours il y a un an. Elle me donne cours dans une petite salle à l'étage de l'association des femmes de l'Est (il s'agit d'un quartier bengali : la zone entière de C. R. Park a été donnée après la Partition de l'Inde à des réfugiés venant du Bengale oriental).

Chaque cours dure environ deux heures. Le cours commence par la pratique des adavus, les mouvements de base de la danse bharatanatyam. Ils sont classés par familles. J'avais déjà appris quatre séries complètes l'année dernière (Tatta, Natta, Marditha, Khudita Metti). Je peux maintenant les exécuter à peu près correctement à une plus grande vitesse. Comme je peux prendre un cours quotidiennement avec elle, j'ai déjà pu voir quelques autres séries entières : Ta tai ta ha (aussi appelés Tatta Kudicchi Metta), Tat tai tam (Shikhara), Tirmanam, Sharakau (à ne pas confondre avec les Sharakal que j'ai vus aussi), Panch Nadai (Tatti Metti), etc. Il y a des différences plus ou moins subtiles avec le style de Sucheta Chapekar que j'apprends. La plus confusogène réside dans l'orientation des mains dans les Tatta Kudicchi Metta : il n'est déjà pas évident de savoir comment les tourner quand on n'en pratique qu'une seule version, mais c'est encore plus perturbant quand il faut en apprendre une deuxième. Parmi les éléments subtilement originaux dans le style de Chitra Visweswaran, j'apprécie les petits mouvements courbes du haut du corps parfois couplés à des accents très marqués sur certaines frappes de pieds.

Je continue à noter ces exercices dans le système de notation du mouvement Benesh que je continue à apprendre (à distance) au Benesh Institute (je me suis inscrit dans le premier module du Certificate in Benesh Movement Notation).

Photo 004

Je souhaitais apprendre une pièce de danse pure, mais Arupa m'a proposé d'apprendre Vishnu Kavuthwam, une pièce qui ne contient que très peu de danse pure. La pose initiale est celle de Vishnu couché sur l'Océan cosmique et s'ensuit une évocation des dix avatars de Vishnu (ou plutôt neuf : Matsya, Kurma, Varaha, Narasimha, Vamana, Parashurama, Rama, Balarama, Krishna). Quelques exploits sont évoqués de façon un tout petit peu plus détaillée dans cette pièce de 4-5 minutes.

La fin du cours est agrémentée de la présence de Ganesh, un percussionniste (mridangam) qui accompagne très régulièrement Arupa. Après la pause-thé suivant mon cours, ils répètent des pièces ou en élaborent d'autres selon l'envie du moment. Je suis parfois resté plusieurs heures pour assister à ce travail et cela m'a procuré beaucoup de plaisir.

Un jour sur deux environ, je me rends à Mayur Vihar pour prendre un cours de dhrupad avec Pandit Nirmalya Dey. Je continue à travailler le raga qu'il m'avait enseigné l'année dernière (Todi), mais il s'agit maintenant de rentrer plus profondément dans l'Alap, la première partie d'un râga dans laquelle on présente progressivement les notes de la gamme. Il ne me demande pas seulement d'essayer de répéter les phrases qu'il fait (et dans lesquels je perçois davantage de détails qu'il y a un an), mais aussi d'essayer de faire mes propres phrases...

Dans l'appartement, il arrive qu'il y ait des coupures d'eau à certaines heures, ce qui peut être problématique si cela tombe quand la femme de ménage passe...

La plus grande rue du quartier (Central Road) est celle où la circulation est la moins fluide. Un grand marché y a lieu le mardi. On y trouve les choses les plus inattendues. Parmi les autres visions étonnantes, en rentrant en rickshaw de la station de métro alors qu'il faisait nuit, je me suis rendu compte que l'homme portait un polo sur lequel était inscrit Dracula...

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Jyotika Rao au Centre Mandapa

2015-05-18 15:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Centre Mandapa — 2015-05-07

Jyotika Rao, danse bharatanatyam, chorégraphie du Jatiswaram et du Tarana

Sucheta Chapekar, chorégraphies

Isabelle Bayard, mise en scène

Mallari (Raga Hamsadhwani, Mishra Tala)

Vinayak Dharu (Raga Hamsadhwani, Rupaka Tala)

Jatiswaram (Raga Bhairavi, Rupaka Tala)

Shiva Kautukam (Chatushra Ekam Tala)

Jakkini Dharu (Shankara Bharanam, Adi Tala)

Kone Kavada (Raga Kafi, Adi Tala)

Tarana (Raga Kedar, 8 temps)

Bhajan “Vishweswara Dharashana Kara” (Raga Sindhu Bhairavi, Rupaka Tala)

Hasard du calendier, il y avait en ce soir du 7 mai deux récitals intéressants de bharatanatyam programmés à Paris : Lavanya Ananth et Jyotika Rao. J'avais déjà eu de nombreuses occasions de voir Lavanya Ananth en récital (au Centre Mandapa, au Musée Guimet et au Bharatiya Vidya Bhavan) et lors du week-end du 8 mai j'ai participé à son stage de bharatanatyam dans lequel elle nous a transmis sa chorégraphie du Chidambaram Natesha Kavuthvam ; j'ai donc préféré aller voir ma prof Jyotika Rao au Centre Mandapa et je ne l'ai pas regretté. Ce récital n'a pas comporté de Varnam et je trouve dommage qu'il n'y ait eu qu'une seule pièce d'Abhinaya, mais ce récital a constitué une belle plongée dans le style de son guru Sucheta Chapekar et la mise en scène a été particulièrement originale ! Il faut signaler aussi que par rapport au récital précédent qu'elle avait donné au Centre Mandapa, le programme a été pour ainsi dire entièrement renouvelé. (Il va sans dire que je serai sans doute moins objectif dans ce billet que je ne pourrais l'être habituellement.)

L'aspect le plus étonnant de ce récital se trouve dans la mise en scène du spectacle. Au lieu de l'alternance habituelle entre l'introduction des pièces et les danses elles-mêmes, les pièces s'enchaînent ici continuellement. La danseuse reste en permanence en scène et les brèves présentations des pièces ne sont pas des parenthèses mais font partie du spectacle. Cette atmosphère s'est instaurée dès son entrée en scène dans le silence, suivie d'une salutation aux quatre directions diagonales avant l'interprétation de la première pièce Mallari. Comme pour un certain nombre d'autres pièces dansées au cours de ce récital, je connais la musique pour ainsi dire par cœur, soit parce que j'ai appris ces pièces, soit parce que j'ai vu d'autres élèves les danser ou les répéter. C'est le cas dans la pièce Vinayak Dharu, dont la première ligne de texte est Santosh Nritya Kari. Cette pièce développée comportant quatre séquences rythmiques utilisant des onomatopées évoque la danse de Ganesh. La première partie de la chorégraphie que j'ai apprise évoque notamment sa trompe, ses oreilles et sa défense cassée. Dans la suite, je découvre semble-t-il le miel qui s'écoule de ses tempes au clair de Lune et sur lequel les abeilles se ruent. Plus loin, on verra aussi sa ceinture en forme de serpent et la souris, sa délicieuse monture.

Après le Jatiswaram qui est une pièce de danse pure, le récital s'est poursuivi avec un ensemble de pièces dédiées à Shiva. Tout d'abord un Shloka enchaîné avec un Shiva Kautukam en marathi qui a été magnifiquement interprété ; la composition musicale porte la signature d'un des rois marathes de Thanjavur. Le Shloka évoque le contexte de la danse de Shiva pour laquelle les divinités et diverses créatures célestes se sont rassemblées et qu'elles accompagnent de leurs instruments de musique. Dans la pièce vive qu'est le Shiva Kautukam proprement dit, les quelques lignes de textes mettent en scène un dialogue dans lequel un dévôt de Shiva tente de convaincre son interlocuteur de la grandeur de Shiva. Cette pièce s'enchaîne avec Jakkini Dharu qui est un poème comportant quelques séquences rythmiques et qui évoque certains attributs de Shiva, comme son collier de crânes, son tambour Damaru, les cendres, la rivière Ganga, etc. Il m'a aussi semblé reconnaître une référence à son nom de Nilakantha lié à son rôle dans le barattage de la mer de lait.

Après cet enchaînement de pièces assez rythmées, l'unique pièce d'Abhinaya proprement dit est intervenue. Elle représente un malentendu entre deux personnages. La mise en scène joue de ce malentendu et la description des détails des situations montrées dans la chorégraphie ne sera donnée espièglement qu'à la fin de la pièce, et non pas au début ! N'ayant pas eu le temps de lire préalablement la feuille de programme, j'ai dû regarder le début de la pièce sans même savoir de quels personnages il allait s'agir. Certains mots dans le texte que j'entendais dans le texte me faisaient penser à Krishna. L'atmosphère joyeuse et résolument humaine de la situation allaient aussi dans ce sens. Une combinaison de gestes de mains suggérant que le personnage conduisait un bovin pouvait continuer à me le laisser croire, mais je me disais que cela pouvait aussi être Shiva. J'ai donc regardé le début de cette pièce sans trop savoir s'il était question d'un malentendu entre Krishna et une des gopis ou si c'étaient Shiva et Parvati qui étaient représentés. Assez rapidement, le doute ne fut plus permis et je compris que l'héroïne était Parvati, laquelle avait enfermé Shiva hors de sa maison pour plaisanter. Celui-ci venait plaider sa cause en lui rappelant ses divers exploits, mais en déformant ses propos elle faisant semblant de ne pas le reconnaître. J'ai rarement été aussi ravi de ne pas très bien saisir le sens d'une pièce d'Abhinaya...

Les deux pièces proposées en conclusion du récital sont une alternative au Tillana qui conclut habituellement les récitals de bharatanatyam. Le style Nrityaganga qu'a développé Sucheta Chapekar utilise la musique hindustani. L'équivalent du Tillana de la musique carnatique est le Tarana, mais ce dernier n'est constitué que d'onomatopées (comme l'est en général la première partie d'un Tillana). Le Tarana est donc une pièce de danse pure évocant la joie. La seconde partie (textuelle) du Tillana est ici remplacée par une autre composition musicale. Lors de ce récital, ce fut un Bhajan en l'honneur de Shiva. J'ai été ravi de voir des allusions à Vishnu dans la chorégraphie et dans le texte, sous le nom de Padmanabha.

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Alessandra, Fanny, Iran, Morgane et Kalpana au Centre Jemmapes

2015-04-22 23:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

J'assiste à des récitals de danses indiennes depuis presque dix ans, et ce qui m'a toujours intéressé principalement, ce sont les pièces narratives ou évocatrices d'une divinité : ces pièces-là sont d'un abord difficile pour les spectateurs (y compris en Inde), mais elles peuvent être bouleversantes, et c'est cela avant tout que je cherche en tant que spectateur de danse (ou rasika). Cependant, le travail sur l'incarnation de personnages et l'expression d'émotions ou de sentiments (Abhinaya), s'il est le plus important pour moi, n'est qu'un des aspects des danses indiennes. Une grande partie du répertoire est en effet constituée de pièces ou de passages dits de danse pure (nritta), lesquels ne visent essentiellement qu'à une certaine beauté du geste. Si ces pièces peuvent m'être agréables, elles me passionnent en général moins...

Cependant, parmi les chorégraphes dont j'ai eu l'occasion de voir le travail, les pièces chorégraphiées par Muthuswamy Pillai et son fils Kuthalam M. Selvam sont pour moi une exception. Ils ont développé un style propre extrêmement original et inventif à l'intérieur du bharatanatyam. J'ai déjà eu l'occasion de m'en émerveiller ici lors que j'ai vu Mallika Thalak ou Nancy Boissel, mais ce n'est que plus récemment, avec le recul permis par la confrontation en tant que spectateur avec des styles très variés, que j'ai pu véritablement mesurer à quel point ce style de danse pure était exceptionnel, lors d'un récital d'Ofra Hoffman, qui tout comme Mallika Thalak et Nancy Boissel est une disciple de Selvam.

La plupart des chorégraphies de danse pure que j'ai pu observer ou pratiquer s'appuyent sur une grammaire donnée par des petits enchaînements (adavus). Découpés, altérés et convenablement agencés, ils forment en quelque sorte la grammaire des pièces de danse pure. Si chaque école de bharatanatyam dispose de sa propre grammaire, une certaine façon d'exécuter tel ou tel type de mouvement, de nombreux points communs peuvent être observés. J'ignore dans quelle mesure leur style s'appuie également sur un système d'adavus, mais Muthuswamy Pillai et son fils Selvam ont intégré à leur style de danse des éléments qui, s'ils font indubitablement partie du bharatanatyam, ne sont pas autant développés dans les autres écoles.

Ainsi, dans leur style, j'apprécie particulèrement la présence de dégagés. En général, la jambe est tendue sur le côté, et contrairement à ce que l'on voit le plus souvent dans le bharatanatyam, ce n'est pas le talon qui touche le sol mais la pointe du pied (comme dans la danse classique européenne). Les dégagés sont exécutés en fondu, c'est-à-dire que la jambe d'appui est fléchie. Le mouvement est élégamment agrémenté d'une courbure du torse, ce qui donne au corps, vu de face, une sorte de forme en spirale. Un autre élément caractéristique est la présence de retirés. Contrairement, à la danse classique où cela est fait debout, l'interprète est ici en demi-plié sur une jambe où l'autre pied vient se poser au niveau du genou.

Dans leur style, certains adavus sont exécutés en mettant l'accent sur le mouvement d'une seule main. J'ai parfois senti une certaine parenté avec des adavus standards qui en principe utilisent les deux mains : les mouvements d'une main sont repris tandis que l'autre main reste immobile, sur le côté. Ceci donne peut-être un côté rustique ou rugueux à ces chorégraphies, mais pour compenser ce fait-là, il y a un remarquable travail chorégraphique pour que les enchaînements se suivent harmonieusement, et surtout, ces chorégraphes n'ont pas peur de la lenteur pour mettre en valeur le caractère gracieux des mouvements de bras, pour entrer dans le mouvement de la même façon que le style de musique dhrupad permet de rentrer dans le son... J'avais été particulièrement ému par cette magnifique lenteur en voyant le Jatiswaram en Ragamallika et Misra Chapu Tala dansé par Revanta Sarabhai dont la professeure avait appris cette chorégraphie auprès de Muthuswamy Pillai. Cette relative lenteur permet aussi de se concentrer sur le mouvement d'une seule main pendant d'assez longues séquences : ceci produit quelques moments de poésie (comme vers 2'15" sur cette vidéo de Mallika Thalak dans un Alarippu à sept temps).

Espace Jemmapes — 2015-04-15

Kalpana Métayer et ses élèves Alessandra, Fanny, Iran, Morgane, bharatanatyam

Mallari (Raga Gambheera Natai, Tala Tisra Triputa)

Shloka “Guru Brahma”

Natesha Kautwam (Raga Hamsadwani, Eka Talam)

Jatiswaram (Raga Vasanta, Rupaka Talam)

Natanam Adinar (Raga Vasanta, Ata Talam)

Padam “Sogasu” (Raga Sahana, Misra Chapu Talam)

Kirtana (Raga Karaharapriya, Adi Talam)

Javali “Marubari” (Raga Kamas, Adi Talam)

Padam “Eppadi manam” (Raga Huseni, Misra Chapu Talam/Raga Ananda Bhairavi et Sahana)

Tillana ‟Dhrupad” (Raga Purvi, Rupaka Talam)

Venons-en au spectacle de Kalpana (disciple de Muthuswamy Pillai) et de ses élèves les plus avancées (certaines ont aussi pratiqué directement auprès de Kuthalam M. Selvam). J'ai déjà fait ci-dessus l'éloge des chorégraphes. Les interprètes méritent aussi quelqu'éloge, puisque comme je le détaillerai ci-dessous, certaines pièces ont été exceptionnellement bien dansées. L'ensemble du spectacle a été à mon avis d'un niveau que l'on ne voit pas toujours dans certains récitals de danseuses très connues, y compris parmi celles qui sont réputées pour leur Abhinaya. Il faut bien sûr également louer le travail de leur professeur Kalpana qui a su les porter à ce niveau et qui, il faut le signaler aussi, a réalisé un important travail de mise en espace. Beaucoup des pièces présentées au cours du programme mettaient ainsi en scène plusieurs danseuses. Plutôt que les interprètes fassent de la danse synchronisée en rang d'Oignon comme on le voit malheureusement parfois, il est plus intéressant de travailler sur le placement, insérer des silences : une danseuse reste immobile pendant que l'autre se déplace. Par rapport à la quantité de travail fournie pour apprendre une chorégraphie, le surcoût est relativement marginal, et au-delà de la beauté esthétique des configurations qui en peuvent résulter pour les spectateurs, il y a plein de bonnes raisons de procéder ainsi. D'une part, c'est amusant à faire et crée une complicité entre les interprètes ; d'autre part, cela permet de développer le travail sur le rythme (si on doit rester immobile pendant un cycle rythmique et demi, il faut savoir être attentif à la musique et aux autres, comme dans un orchestre).

Le programme très étoffé a commencé par Mallari (chorégraphie de Kalpana). Elle avait déjà utilisé cette introduction (ou au moins une introduction semblable) au début de son programme lors du Festival “Mouvements émouvants”. Je retrouve d'étonnants ronds de jambes associés à une offrande de fleurs tandis que dans une délicieuse lenteur, la danseuse évoque Shiva en tant que danseur cosmique. Il porte une peau nouée à la taille, le tambour Damaru et se tient sur le buffle Nandi. De façon intéressante, la musique comporte des passages dans lesquels les temps ne sont plus subdivisés en deux ou quatre, mais en trois.

Guru Brahma ©Pierre Fabris
Iran, Morgane, Kalpana, Fanny et Alessandra dans Guru Brahma ©Pierre Fabris

Kalpana et ses quatre élèves interprètent ensuite Guru Brahma, un shloka très connu qui compare le guru aux trois dieux de la trinité hindoue (Brahma, Vishnu, Shiva) et même au Brahman (l'absolu). La présence de plusieurs danseuses permet d'évoquer simultanément plusieurs aspects des divinités. Ainsi, ci-dessus, il est représenté au premier plan, de gauche à droite, comme le danseur cosmique Nataraja, en Yogi et en guerrier. La pièce se conclut par la représentation de rites dévotionnels, comme l'offrande de fleurs.

La pièce suivante Natesha Kautwam est une pièce vive interprétée par Morgane et Fanny qui exécutent les mouvements de deux chorégraphies différentes dues respectivement à Muthuswamy Pillai et Selvam, et réorchestrées par Kalpana. Cette pièce contient un certain nombre d'éléments stylistiques parmi ceux décrits ci-dessus. Dans la chorégraphie interprétée par Fanny, on voit aussi d'impressionnants grands battements comme je n'en avais vu jusqu'à présent que dans la danse classique européenne, le pied se levant parfois jusqu'à la hauteur des épaules. Sur le fond, la pièce évoque Shiva armé du trident qui détruit les démons. Sa monture est Nandi, il porte le croissant de Lune, le tambour Damaru, le cordon sacré. C'est aussi un yogi au regard foudroyant...

Jatiswaram ©Pierre Fabris
Iran et Fanny dans Jatiswaram ©Pierre Fabris

Un des deux très grands moments de la soirée (et plus généralement de mon expérience de spectateur de bharatanatyam) est intervenu lorsque Fanny et Iran ont interprété un Jatiswaram, une pièce de danse pure dans laquelle le texte de la musique est constitué du nom des notes chantées. Les chorégraphies de Muthuswamy Pillai et Selvam sont génialissimes pour toutes les raisons que j'ai esquissées en préambule et elles sont magnifiquement interprétées par les deux superbes danseuses ! Dans la partie de Fanny, j'ai parfois remarqué une posture très proche de la position Tribhang du style odissi : le fait qu'un des pieds soit sur en demi-pointe sur le cou-de-pied crée une dissymétrie qui se propage vers le haut du corps, ainsi les hanches se penchent d'un côté, tandis que le torse se courbe dans l'autre sens.

La pièce suivante Natanam Adinar (chorégraphiée par Muthuswamy Pillai) fait quelque peu double emploi avec le Natesha Kautwam dansé précédemment. Il s'agit aussi d'une pièce sur Shiva comportant des passages de danse extrêmement vive accompagnée d'onomatopées qui me font penser à la forme du Kautwam. Cette pièce dansée par Morgane est précédée d'un Shloka (ou plutôt d'un Viruttam puisqu'il était semble-t-il chanté en tamoul et non pas en sanskrit). Il m'a semblé distinguer ce qui aurait pu être une élaboration autour du thème du regard de Shiva qui réduit en cendres un archer (Kama), mais en lisant après coup le texte du poème, il m'apparaît que cela illustrait plutôt la phrase Tes sourcils sont dessinés comme des arcs.... (C'était bien une histoire entre un œil et un arc, mais pas tout à fait la même...) D'autres détails sont évoquées dans la chorégraphie, comme sa bouche, sa chevelure ou les cendres qu'il s'est appliqué sur le corps et le front. Quand la musique s'est faite rythmique et que la composition Natanam Adinar proprement dire a commencé, la danseuse a évoqué des prières adressées à Shiva. Son tambour Damaru est représenté, mais l'image la plus marquante est celle de Shiva dans sa pose de danseur cosmique qui revenait comme un refrain. Cette pose apparaît très fréquemment dans la danse bharatanatyam, mais il est beaucoup plus rare que soient représentées en même temps quelques frappes du pied droit qui font trembler l'Univers (et qui écrasent la tête d'Apasmara, le démon de l'ignorance). Rien que pour cela, je suis content d'être venu. Le reste de la pièce évoquait le temple de Chidambaram (ou réside précisément Shiva dans cette forme appelée Nataraja). Je n'ai pas (encore) visité ce temple, mais il m'a semblé que la danse faisait référence à des sculptures d'Apsaras, des danseuses célestes. Plus loin, Shiva est représenté avec sa chevelure d'où s'écoule la rivière Ganga et il est aussi associé à des serpents.

La pièce suivante a été des deux grands points culminants de ce récital. Le superbe Jatiswaram était un sommet de danse pure ; le Padam Sogasu (chorégraphié par Sangeeta Isvaran) dansé par Fanny Wiard m'a semblé une merveille dans l'art de l'Abhinaya. L'héroïne est mariée. Son mari l'appelle, mais elle veut s'unir avec Krishna, le bouvier à la flûte (Venugopala comme il est dit dans le texte du poème), celui avec lequel, malgré son mariage avec un autre, elle se considère comme unie depuis son enfance (laquelle est évoquée par le nombre des années qu'elle avait à l'époque et aussi par un jeu de balle avec ses amies). Peut-être avait-elle secrètement noué ce lien alors qu'elle regardait fixement une image de Krishna ? Cet amour peut être assimilé à une forme de dévotion et comme souvent dans la danse bharatanatyam, les amants sont séparés. L'héroïne compare la situation à celle du Soleil et d'une fleur de lotus. Ils sont très distants l'un de l'autre, mais ils sont inséparables : bien que lointaine, c'est la lumière du Soleil qui permet à la fleur de s'épanouir. Elle le cherche. Elle entend le son de sa flûte. Elle croit le voir dans les pluies de la mousson. Elle veut s'unir à Lui, mais il n'est pas là. Rappelée à son triste sort par son mari, elle ne sait quel parti choisir, mais elle se tourne espièglement vers Krishna dont elle dérobe la plume de paon ! Bravo et merci à la danseuse pour toutes ces émotions !

La chorégraphie suivante (de Muthuswamy Pillai) dansée par Iran et Morgane est un Kirtana évoquant délicieusement Murugan. Choréographiquement, il s'agit d'une forme intermédiaire entre la danse pure (du Jatiswaram par exemple) et le pur Abhinaya du Padam précédent. Des pas complexes sont associés à des mouvements expressifs du haut du corps. Dans sa conférence lors du Festival “Mouvements émouvants”, Tiziana Leucci évoquait la notion de danseuse orchestre, le côté rythmique étant assuré par la moitié basse du corps tandis que la moitié haute est associée à la mélodie. Certaines pièces mettent en valeur l'un ou l'autre de ces aspects, ou les deux alternativement dans des sections bien délimitées, mais dans cette pièce-ci, si ces deux aspects ont parfois été présentés séparément, ils ont souvent paru simultanément. C'est particulièrement difficile à faire, mais les deux interprètes étaient très convaincantes, y compris dans la situation la plus extrême des Tattu Muttu dans lesquels les pieds répètent inlassablement la même suite de frappes très rapides tandis que le haut du corps exprime le sens du poème, souvent en forme de récapitulation avant d'enchaîner sur une autre section. Il était donc question de Murugan, de sa naissance extraordinaire à sa vieillesse. La tonalité de la pièce est résolument la dérision. Le poème moque joyeusement le folâtre Murugan ainsi que d'autres divinités. Murugan est le fils de la coquette Parvati qui l'a conçu en serrant dans ses bras six lotus. Le résultat est qu'il a six têtes. Je ne sais plus très bien quel sens cela avait dans le contexte, mais la chorégraphie a fait référence à Vishnu (portant la conque et le disque, et reconnaissable au mudra Tripataka) ; sous la forme de Krishna, il est représenté en bouvier qui conduit le troupeau. Le poème se moque aussi de Shiva, le père de Murugan, qui apparaissait en mendiant. La chorégraphie fait référence également à Ganesh, le frère de Murugan qui est non seulement le dieu de la guerre, mais aussi un sage dans sa vieillesse (délicieusement représentée par Iran). Après une très belle section de danse pure dont le texte est constituée du nom des notes (Swaram), cette pièce de danse se conclut dans la joie.

La pièce suivante est le Javali Marubari chorégraphié par Kalanidhi Narayanan et dansé par Iran. J'avais déjà vu cette magnifique danseuse interpréter cette pièce un an auparavant, et c'est un réel de la plaisir de la (re)voir dans une aussi belle pièce d'Abhinaya. L'interprétation est peut-être un peu moins polissonne qu'il y a un an, mais le ton reste résolument espiègle. C'est le printemps, suggéré par le butinement des abeilles, qui invite aux amours toutes les créatures, les oiseaux notamment. Une jeune femme est frappée par les cinq flèches de l'archer Kama, le dieu de l'Amour qui attaque ses sens. Elle ne peut boire le lait qui lui brûle les lèvres. Sa peau est ardente. Elle est prise d'une joyeuse ivresse. Elle dit en substance à son amoureux : Cesse de te jouer de moi. Viens, beau jeune homme. Faut-il que je te supplie ?. La pièce se conclut par un échange de regards passionné.

Kalpana a ensuite interprété le Padam Eppadi manam qu'elle avait déjà dansé lors du Festival “Mouvements émouvants”. Certains détails d'interprétation qui m'avaient semblé légèrement confus m'ont paru cette fois-ci plus clairs, cependant, bien qu'il s'agisse d'une pièce chorégraphiée par la très respectée Kalanidhi Narayanan, je n'aime pas la façon dont cette scène du Ramayana est évoquée dans ce poème et dans la danse. Même si l'interprétation était très convaincante dans l'esprit de ce poème, je n'y reconnais pas le personnage de Sita. Pour moi, ce n'est pas une pleurnicharde : elle réagit de façon bien plus forte à l'annonce de l'exil de Rama en forêt. Je ne l'ai reconnue qu'à la toute fin de la pièce quand on comprend qu'elle décide de suivre Rama dans la forêt. Ce détail apparaissant dans les toutes dernières secondes m'avait échappé la première fois ; j'y ai été très sensible cette fois-ci.

Ce magnifique récital s'est conclu par un Tillana que Kalpana a chorégraphié et fait répéter à ses élèves les plus avancées au cours des derniers mois. La structure musicale est tout à fait inhabituelle pour un Tillana. La pièce commence en effet par des notes solfiées, c'est-à-dire que la chanteuse prononce le nom des notes de la mélodie (que l'on peut entendre sur cette vidéo). Cette mélodie est très sommaire, puisqu'elle est quasiment entièrement basée sur les gammes ascendantes et descendantes du Raga Purvi : sur le moment, cela m'a fait penser à des exercices de Sargam que je pratique dans le style dhrupad, qui servent à se familiariser avec un Raga et qui comme les enchaînements ou adavus de la danse bharatanatyam peuvent être pratiqués à diverses vitesses. On entendra plus loin un texte ayant un sens, et me semble-t-il aussi des onomatopées. Le titre Dhrupad n'était pas présent sur la feuille de programme et il n'a pas été non plus prononcé lors des annonces. Cependant, Kalpana l'a indiqué en légende lorsqu'elle en a partagé une photographie, ce qui m'a intrigué. Elle aurait sans doute produit ce texte même si je n'avais pas posé la question, mais il est intéressant de lire sa réponse qui donne par ailleurs des indications sur le processus de création. Si je souscris pleinement à l'idée que le style de musique dhrupad est une recherche du son (dans la pratique matinale du Kharaj ou dans l'introduction mélodique improvisée appelée Alap) et si les exercices de Sargam basés sur la gamme font partie de l'apprentissage du chant ou de l'instrument, ils n'ont absolument pas vocation à être présentés en concert ! Les auditeurs qui auraient apprécié cette musique doivent savoir que ce n'est pas cela du tout ce qu'ils entendront s'ils vont assister à un concert de dhrupad...

Le Tillana de la musique carnatique a des cousins dans la musique hindustani sous le nom de Tarana. Ces derniers ont d'ailleurs été utilisés par Sucheta Chapekar dans le style bharatanatyam. J'ignore de quelle tradition musicale vient la composition utilisée dans le Tillana de Kalpana, mais comme elle le souligne dans son texte, il est effectivement intéressant qu'il ne soit pas dédié à une divinité, mais tout simplement à la musique. (Dans le style dhrupad, outre des compositions en l'honneur de divinités, je connais au moins deux compositions qui sont dédiées à la musique, un Tivratal en Raga Jog et un Chautal en Raga Todi ; j'en connais aussi une faisant l'éloge du vin...) Cela dit, ce n'est pas non plus unique, puisque j'ai déjà eu l'occasion d'apprécier un Tillana dansé dans le style bharatanatyam qui était dédié à la musique (cf. mon billet sur la Chidambaram Dance Company et cette vidéo dans laquelle on entend le chanteur prononcer le nom complet des notes de la gamme indienne : Shadja, Rishabh, Gandhar, Madhyam, Pancham, Dhaivat, Nishad).

Je n'ai pas grand'chose de plus à dire sur ce Tillana si ce n'est qu'il était réussi et comportait un important travail sur le placement des cinq danseuses qui partagaient une complicité évidente. Des animaux étaient évoqués dans la chorégraphie, j'ai au moins reconnu un éléphant, un buffle et des oiseaux. La chorégraphe s'est aussi inspirée des magnifiques sculptures du temple Hoysaleshwara de Halebid que j'ai eu l'occasion de visiter en 2011 et qui, s'il est consacré à Shiva, comporte des sculptures sur des thèmes mythologiques et épiques très variés, ainsi que des représentations de scènes de danse...

Photo 410
Shiva, Temple Hoysaleswara, Halebid

(Pour ma série complète de photos de ce temple à Halebid, suivez ce lien.)

Dans le texte de Kalpana signalé plus haut, elle fait aussi référence au contrepoint. Ce n'est sans doute pas un hasard si la pièce de danse contemporaine la plus bouleversante à laquelle j'aie assisté est The Fugue de Twyla Tharp...

Je ne pourrai malheureusement pas assister au spectacle de fin d'année de Kalpana et de ses élèves le 29 mai, mais n'hésitez pas à y aller. Les détails pratiques devraient apparaître sur le site de l'association Hamsasya.

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Le festival de danses indiennes “Mouvements émouvants”

2015-04-03 09:26+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Espace Jemmapes — 2015-03-28

Madolika, kuchipudi

Soazic Lelan, sattriya

Angela Sterzer, manipuri

Kali Chandrasegaram, kathak

Kalpana Métayer, bharatanatyam

Mahina Khanum, odissi

Kakoli Sengupta, chant

Denis Teste, sitar

Alexis Weisgerber, pakhawaj

La première édition du festival “Mouvements émouvants” s'est tenue ce week-end. Il faut saluer cette magnifique initiative de Mahina Khanum qui est parvenue à réunir à Paris des interprètes de six styles de danses classiques indiennes et à susciter un intérêt au-delà du public quelque peu cloisonné de chacun de ces différents styles. J'ai ainsi été très agréablement surpris qu'une participante des stages d'initiation du dimanche m'ait parlé du site Danses avec la plume ou des Balletonautes.

Le festival a commencé par une conférence malheureusement trop courte de Tiziana Leucci qui a présenté les danses indiennes classiques et leur histoire. J'ai eu le privilège d'être assis à côté d'elle pour lui poser des questions et former des problématiques qui invitaient à la comparaison avec la danse classique européenne (eh oui, je suis aussi balletomane...). Si l'écouter est toujours un plaisir pour moi, sur le fond, j'ai été très sensible à ses réponses, notamment sur les enjeux de transmission du répertoire comme processus vivant et dynamique dans lequel à chaque génération les maîtres de danse peuvent apporter des innovations et adapter les pièces au corps des interprètes comme le ferait un tailleur. Bref, on est à l'opposé d'autres conceptions fossilisées ou muséales...

Prière à Shiva
Prière à Shiva ©Gaëlle Devulder

(Merci à Gaëlle Devulder pour les photographies ! Cliquez sur les photos pour les voir dans une meilleure résolution.)

Le spectacle a commencé par une petite prière à Shiva réunissant les six interprètes et les trois musiciens. Il s'agit en quelque sorte d'une introduction sans chichis aux six styles qui se succéderont ensuite sous la forme de solos. Les six interprètes sont regroupés par paires. Au premier plan, Kalpana (bharatanatyam) et Madolika (kuchipudi) représentent notamment Shiva en ascète sous le nom de Yogeshwara ou soulignent la présence du croissant de Lune dans son chignon. Au deuxième plan apparaissent les danses plus sinueuses des états du Nord-Est avec Soazic Lelan (sattriya) et Angela Sterzer (manipuri). Chacune illustre avec son propre langage dansé des caractéristiques de Shiva comme le flot de la rivière Ganga. Au dernier plan, Kali Chandrasegaram (kathak) et Mahina Khanum (odissi) représentent le couple Shiva-Parvati. Elle évoque aussi très élégamment la peau enroulée autour des hanches de Shiva tandis qu'il représente Shiva en danseur cosmique avec quelques frappes de pieds et l'évocation du tambour Damaru.

Madolika (kuchipudi)
Madolika (kuchipudi) ©Gaëlle Devulder

La première à se présenter sur scène pour un solo est Madolika qui est une représentante du style kuchipudi de Vempati Chinna Satyam. (Presque toutes les autres interprètes de kuchipudi que j'ai vues appartiennent à cette lignée : Deepika Potarazu, Radha Prasanna, Shantala Shivalingappa (2007/2008, 2010, 2013) et Sandhya Raju.) Elle a interprété une des chorégraphies les plus connues de son maître : Krishna Shabdam. Dans la première partie (que je connaissais déjà pour avoir vu cette vidéo de Sandhya Raju), une jeune femme appelle son bien-aimé Krishna et se prépare à l'accueillir avec une guirlande de fleurs : Mon Cher, Viens, Toi qui est à la dynastie de Yadu ce que la Lune est à l'océan de nectar !. La structure rythmique est très particulière puisque ce vers qui passe en boucle pendant les premières minutes (Raa ra yadu vamsa sudha budhi chandra swami) n'apparaît pas à une position fixe dans le cycle rythmique Adi Tala (8 temps). La syllabe vam dans yadu vamsa est très marquée et suivant les répétitions, on l'entend sur le premier, le troisième, le cinquième ou le septième temps du cycle. Dans cette pièce très enjouée et espiègle comme doit l'être toute représentation de kuchipudi, une autre spécificité rythmique apparaît : si les temps sont le plus souvent subdivisés de façon binaire, des bouts de cycles contiennent parfois des subdivisions en trois (Tishra Nadai) marquées par des frappes de pieds, ce qui peut présenter une difficulté pour les danseurs comme me le dira le lendemain Madolika. Je n'ai pas pris de notes en assistant à cette pièce qui m'a ému. Parmi les détails que je retiens dans la deuxième partie, le combat de Krishna contre le roi Kamsa, un de ses exploits de jeunesse. La pièce se termine en accelerando et sur un passage de danse pure.

La danseuse a interprété ensuite Vande Mataram. L'enregistrement utilisé étant instrumental et dans une orchestration harmonisée à la façon européenne, je n'ai pas reconnu l'hymne patriotique indien, mais la chorégraphie ne laissait aucun doute, il s'agissait bien d'un hommage à la Déesse sous la forme de la Mère Patrie, à l'Inde en général. On y voit des lotus s'épanouir depuis la racine et il m'a semblé aussi voir une dévôte s'immerger rituellement dans le flot d'une rivière.

Soazic Lelan (sattriya)
Soazic Lelan (sattriya) ©Gaëlle Devulder

Le sattriya était le seul des huit styles de danses classiques de l'Inde que je n'avais jamais vu. Que cette danse est d'une suprême élégance ! Cela a été pour moi un des deux grands points culminants émotionnels au cours de la soirée. La pièce interprétée par Soazic Lelan a été chorégraphiée par son maître qui enseigne à Delhi.

Sur un texte contenant les mots Shri Krishna Namah la danseuse se déplace délicatement sur la scène ; les pieds étant très souvent en demi-pointe, elle pose à peine le talon, ce qui contribue sans doute à rendre encore plus harmonieuses ses majestueuses rotations. Elle évoque les fleurs de lotus et plus généralement la Nature. Parfois, on aperçoit des oiseaux s'envoler. Dans ce cadre pastoral, une prière à Krishna s'élabore. Le texte et la chorégraphie évoquent les parents biologiques et adoptifs de Krishna. On entend ainsi les noms de Vasudeva et Devaki, et plus loin celui de Nanda (et peut-être aussi celui de Yashoda). De Krishna dont la flûte est suggérée ici par les mains en mudra Simhamukha (plutôt que Mrigashirsha que j'ai vu plus souvent) sera représenté la victoire contre le roi démonique Kamsa.

S'ensuit un passage de danse pure utilisant principalement les mudras Hamsasya et Alapadma. La danse est alors un peu plus rythmée et ancrée dans le sol, mais elle conserve toute son élégance.

Paradoxalement, ce style de danse qui m'a semblé extrêmement féminin a longtemps été transmis uniquement entre moines vishnouïstes dans l'Assam.

Angela Sterzer (manipuri)
Angela Sterzer (manipuri) ©Gaëlle Devulder

La danseuse suivante a été Angela Sterzer qui a appris la danse manipuri à Imphal. Ma première expérience avec ce style avait été assez perturbante lors d'un double récital au NCPA Mumbai. La performance d'Angela Sterzer me réconcilie quelque peu avec ce style, mais il continue néanmoins de susciter ma perplexité.

La danseuse a commencé son intervention en chantant a capella une chanson sur l'état du Manipur. Ce chant aux notes légèrement ornementées m'a semblé très mélodieux.

La danse pure du manipuri est très élégante, très raffinée. Différentes parties du corps (mains, buste, yeux, etc.) ondulent harmonieusement dans des figures que certains décrivent comme serpentines ; la danseuse me les décrira le lendemain plutôt comme tournant autour de la figure du 8. Les mouvements de cous et d'yeux sont très élaborés et sans doute très difficiles à exécuter, mais ils ne sont pas très visibles, surtout à quelques mètres de distance ; le reste du visage m'a semblé moins mobile. Si du point de vue narratif ou expressif, la pièce de danse qui a été interprétée par Angela Sterzer m'a toutefois semblée plus convaincante que ce que j'avais vu à Mumbai, j'éprouve des difficultés à être ému par cet aspect de la danse qui me semblé moins développé par rapport à d'autres styles (ne serait-ce qu'en termes de la proportion du temps de la pièce qui y est consacrée par rapport à la danse pure).

Par rapport à d'autres styles de danses indiennes dans lesquels on voit immédiatement quand il y a quelque chose à comprendre, les gestes du manipuri paraissent tellement délicats qu'avant même de pouvoir comprendre l'intention, il n'est même pas tout à fait évident de saisir quels sont les moments qui vont posséder un contenu narratif. J'ai cependant réussi à en repérer quelques uns. Dans cette pièce sur l'enfance de Krishna, sa flûte est représentée par des positions de mains encore différentes de celle utilisée dans le sattriya. Les mains sont dans un mudra voisin de Hamsasya, mais dans lesquels les doigts seraient plus rapprochés. Quelques mouvements de bras suggèrent Yashoda en train de baratter le lait. Plus loin, une femme entend le son harmonieux de la flûte et son désir d'union avec Krishna sera représenté par les deux mains en Ardhapataka.

J'apprécie que cette danse ne soit pas excessivement démonstrative, puisque ce n'est pas du tout cet aspect qui m'intéresse en tant que spectateur. Si la danse a comporté des passages rapides, la relative lenteur permet d'apprécier le détail des mouvements, qui ont été extrêmement bien tenus du début à la fin. Cela dit, le contenu narratif et expressif n'est peut-être pas assez développé à mon goût pour que je puisse vraiment me passionner pour ce style, que je retournerai cependant voir volontiers.

Kali Chandrasegaram (kathak)
Kali Chandrasegaram (kathak) ©Gaëlle Devulder

S'il y a un style de danses indiennes que je n'apprécie pas, c'est le kathak. Ce style a certes une certaine élégance et très souvent une virtuosité qui affole le cœur de beaucoup de spectateurs, mais les aspects narratifs et expressifs que je privilégie m'ont toujours semblé insuffisamment élaborés pour pouvoir me bouleverser.

J'ai pourtant été sensible à la première chorégraphie utilisant un poème de Mirabai présentée par le danseur Kali Chandrasegaram. Nous sommes au printemps. Alors que la nature s'épanouit, Mirabai entend au loin le son de la flûte de Krishna. On entre alors dans une atmosphère de joyeuse dévotion religieuse (bhakti) à tous permise. Les pirouettes et les ports de bras associés, s'ils m'ennuyent en général, étaient ici on ne peut plus appropriés ! J'ai apprécié sa technique de spotting (le mouvement de cou consistant à fixer un point le plus longtemps possible pendant la pirouette).

Le danseur a enchaîné avec une pièce de danse pure chorégraphiée par Pandit Birju Maharaj, semble-t-il sur le cycle rythmique Jhaptal (10 temps). Beaucoup de frappes de pieds très rapides et de pirouettes. C'est plutôt agréable à regarder, cela ne me passionne pas particulièrement, mais pour beaucoup de spectateurs, il semble que cela ait été un des moments les plus exaltants de la soirée : il en faut pour tous les goûts !

Kalpana (bharatanatyam)
Kalpana (bharatanatyam) ©Gaëlle Devulder

Le style bharatanatyam est celui que je connais le mieux. C'est donc forcément celui pour lequel mes attentes sont les plus élevées. Si les danses de Kalpana m'ont semblé très bien et si j'eusse aimé en être bouleversé, il a manqué un petit quelque chose pour que je sois complètement convaincu.

La danseuse a commencé par une salutation et une élégante offrande de fleurs. Elle a ensuite enchaîné avec une pièce élaborée d'Abhinaya. Le poème en tamoul s'inspire du Ramayana. Rama vient d'être contraint à un exil dans la forêt et il se rend auprès de son épouse Sita pour lui annoncer la nouvelle. Du fait de ma lecture des épopées et d'autres textes mythologiques, je me suis fait une certaine image des personnages. Même si je suis quelque peu en train de revoir ma position sur la question de la fidélité aux épopées suite à des questions soulevées lors d'un exposé de Katia Légeret au Musée Guimet il y a quelques mois, je n'aime pas que l'on me représente les personnages d'une façon irréconciliable avec la conception que j'en ai : je ne reconnais plus le personnage, c'est un autre. Le personnage de Sita est souvent injustement rabaissé à celui d'une bonne épouse (dont un caprice sera à l'origine de son enlèvement et d'une guerre), mais s'il est vrai qu'elle n'est pas Draupadi, elle prouve à quelques reprises au cours de l'épopée qu'elle est capable d'une certaine détermination. Sa réaction à l'annonce de Rama est un de ses hauts faits : elle décide d'accompagner Rama dans son exil en forêt et reproche à Rama d'avoir pu ne serait-ce qu'imaginer qu'elle puisse rester sagement dans son palais à Ayodhya. Dans la version tamoule qui a été présentée, la réaction qu'a Sita en fait une femme futile, inconsciente des enjeux, capricieuse, reprochant à Rama le peu d'égards qu'il a pour elle. Bref, si j'ignore qu'elle est l'histoire de cette pièce dans le répertoire, la façon d'aborder le thème me déplaît assez franchement, et ce d'autant plus qu'elle va à rebours des approches féministes (cf. un précédent compte-tendu d'un récital de Meenakshi Srinivasan).

Ceci étant dit, la danse expressive de Kalpana est très convaincante. On voit le roi Dasharatha ordonner à Rama de s'en aller (avec son frère Lakshmana). La réaction de Sita à ces propos rapportés est de dire à Rama qu'il a un cœur de pierre et de faire référence à leur mariage (symbolisé semble-t-il par son collier). Elle lui dit en substance : À quoi bon avoir brisé l'arc de Shiva pour obtenir ma main si c'est pour que nous soyons maintenant séparés ?. La danse expressive était vraiment très bien, mais certains détails ont présenté à mon avis quelques imperfections qui sont de nature à brouiller légèrement le propos. Par exemple, le port de tête de Rama n'était peut-être pas tout à fait assez majestueux pour qu'il soit parfaitement reconnaissable quand la danse revient sur l'épisode de l'arc de Shiva. Certaines chorégraphies mettent en scène d'autres prétendants que Rama qui tous échouent. Ils sont tous très nettement caractérisés et on voit immédiatement de qui il s'agit. Dans cette pièce, un seul prétendant a semble-t-il été représenté, mais je n'ai eu la certitude que c'était Rama que lorsqu'il a réussi l'épreuve, alors qu'en principe cela aurait dû être évident, comme quand Gayatri Sriram avait développé cette scène. De même, le nom de Lakshmana est prononcé dans le texte de la composition, mais les personnages de Rama et Lakshmana n'étaient pas suffisamment caractérisés pour que je fusse certain que c'était Lakshmana ou Rama qui était représenté dans la danse à ce moment-là, alors que par exemple quand j'ai eu le privilège d'assister à des répétitions d'une pièce de groupe de disciples de Sucheta Chapekar à Pune, je voyais bien au premier coup d'œil que Yashoda incarnait Rama (merveilleusement bien !) et que c'était Mugdha qui interprétait le rôle de Lakshmana.

Ensuite, j'ai beaucoup aimé l'extrait de Tillana qui a été présenté. Il s'agissait de la partie de danse pure de cette pièce dont je ne crois pas avoir entendu précédemment la composition musicale. Le temps imparti ne permettait malheureusement pas de poursuivre avec la deuxième partie textuelle qui en principe conclut un Tillana.

(En suivant ce lien, vous trouverez des informations sur un récital qui aura lieu le 11 avril et dans lequel se produiront quatre des élèves les plus avancées de Kalpana.)

Mahina Khanum (odissi)
Mahina Khanum (odissi) ©Gaëlle Devulder

Le spectacle s'est conclu magnifiquement par une pièce d'odissi dansée par Mahina Khanum. Cela a été pour moi le point culminant émotionnel de ce festival. Comme elle l'explique dans l'interview qu'elle m'a accordée pour le site-forum Dansomanie, il s'agit d'une chorégraphie de Kelucharan Mohapatra que lui a transmise Madhavi Mudgal à Delhi. La pièce est le dix-septième Ashtapadi Yahi Madhava (करिहरि याहि माधव याहि केशव) extrait du Gîta-Govinda de Jayadeva. Mahina Khanum discute en détail de cette pièce dans la deuxième partie de l'interview citée ci-dessus. Il est extrêmement rare pour moi de connaître autant de détails sur une pièce avant de la voir représentée. J'ai pris beaucoup de plaisir à relire diverses traductions et versions. Dans mon empressement à réserver des livres lors d'une visite à la BnF, je me suis rendu compte en ouvrant l'édition de Henri Quellet que j'avais réservée qu'elle ne contenait que le texte sanskrit (et aussi une précieuse correspondance entre les diverses éditions). Le texte est tellement souple qu'il peut se prêter à de nombreuses interprétations suivant les vers qui sont inclus ou non.

La pièce commence par un long développement mélodique sans paroles. Radha se prépare à accueillir Krishna. Elle se regarde dans un miroir. Son corps est brûlant, elle cherche l'union. Elle dégage ses cheveux pour accrocher des boucles d'oreilles. Cependant, il n'est pas arrivé et quand le texte, Rajani janita... se fait entendre, elle s'endort. Quand elle se réveille, Krishna est là et elle le repousse : Va-t-en, Hari ! Va-t-en ! / Toi dont les yeux sont des lotus, / cours rejoindre la jouvencelle / qui sait si bien guérir / le mal qui Te consume ! (je cite ici la merveilleuse traduction de Jean Varenne aux éditions du Rocher/Unesco ; le texte correspondant à Toi dont les yeux sont des lotus est traduit par Ne me dis plus de paroles friponnes (resp. des mensonges) dans d'autres traductions, et c'est semble-t-il cette idée-là qui était exprimée dans la danse). Dans sa chorégraphie Kelucharan Mohapatra a ajouté une réponse de Krishna aux reproches de Radha. Quand elle observe qu'il a la bouche recouverte de khôl, il répond qu'il a mangé des baies. Quand elle remarque des griffures sur son corps, il prétend s'être écorché en tentant de cueillir une fleur pour orner le chignon de Radha. Tous ces détails étaient magnifiquement représentés dans la danse de Mahina Khanum.

J'ai beaucoup aimé le chant de Kakoli Sengupta et l'accompagnement au sitar par Denis Teste. Cela m'était d'autant plus agréable que le Raga Bhairavi est semble-t-il bien celui que je connais sous le même nom dans la musique dhrupad que je pratique ; il m'a semblé reconnaître des phrases caractéristiques dans le jeu du sitariste. J'ai particulièrement apprécié les moments dans lesquels la pulsation ne s'était pas encore insinuée. J'ai perçu le cycle rythmique utilisé (Yati ou Jati Tala) comme étant à sept temps (équivalent de Tivratal en musique hindustani ou Misra Chapu en musique musique carnatique), mais le percussionniste Alexis Weisgerber m'expliquera ensuite qu'il le concevait plutôt comme un cycle à quatorze temps parce que les phrases de la composition s'étendaient sur 14=7+7 temps.

J'avais déjà eu quelques bonnes expériences avec la danse odissi, notamment avec Arushi Mudgal au Musée Guimet, mais je n'avais jamais été autant ému par une pièce d'odissi avant de voir Mahina Khanum. (D'après mes notes, il semblerait qu'Arushi Mudgal avait alors interprété le même Ashtapadi... Dans le style bharatanatyam, Janaki Rangarajan l'avait aussi interprété il y a quelques mois au Centre Mandapa.)

Après les louanges que j'avais entendues à propos de Mahina Khanum avant de la rencontrer, et après avoir beaucoup apprécié ses réponses à mon interview, la seule chose que je redoutais était l'éventualité d'être déçu par sa danse, mais c'est tout le contraire qui s'est produit ! Ce très beau moment fait remonter singulièrement plus haut le style odissi dans mon estime.

Le lendemain étaient organisés des stages d'initiation d'une heure animés par chacun des interprètes du spectacle de la veille. Si je m'étais réveillé plus tôt, je serais volontiers allé au stage de sattriya, mais je me suis contenté des stages de kuchipudi et d'odissi. Si d'autres hommes étaient présents parmi les stagiaires, ils devaient être bien cachés, puisqu'il m'a semblé qu'il n'y avait que des femmes autour de moi. Certaines ont été très courageuses puisqu'elles ont enchaîné tous les stages (six heures avec une pause d'une heure).

Dans les deux stages auxquels j'ai participé, le cours n'avait sans doute pas la forme qu'aurait un tout premier cours débutant. Il s'est plutôt agi de montrer quelques exercices typiques dans leur diversité et de conclure par une petite esquisse de chorégraphie. Je suis étonné de l'ampleur de tout ce que l'on a pu voir pendant une heure ! Je vais essayer de rendre compte de quelques particularités stylistiques qui m'ont marqué.

Le premier stage auquel j'ai assisté a été celui de Madolika (kuchipudi). Comme un stage de bharatanatyam avait eu lieu précédemment (et dont le professeur Kalpana a fait une excellente impression sur les stagiaires avec qui j'ai discuté), elle a mis l'accent sur les pas qui sont différents de ce style voisin. La position de base est la même que dans le bharatanatyam. En demi-plié, contrairement à ce qu'il m'avait semblé observer chez certains interprètes de kuchipudi, les pieds se touchent presque. La façon de marcher n'est pas exactement celle du bharatanatyam : la manière de transférer le poids du corps vers l'avant est semble-t-il un peu différente.

Surtout, j'ai beaucoup apprécié que parmi les exercices montrés, il y en ait qui mettent en valeur les dégagés. En classique, le dégagé peut être devant, derrière ou à la seconde (sur le côté) ; en kuchipudi, la jambe tendue peut même s'en aller sur le côté opposé ! Pour m'exercer avec la notation Benesh, j'ai essayé de noter quelques uns des exercices montrés. Voici un exercice de dégagé en fondu à la seconde :

Kuchipudi
Exercice de kuchipudi en notation Benesh : dégagé en fondu à la seconde.

En araimandi (demi-plié), on commence par poser le pied droit en demi-pointe derrière l'autre pied, en cinquième (en gros, la pointe du pied droit n'est pas au centre derrière le talon gauche, mais proche du petit orteil gauche...). Sans changer de position, on fait ensuite un petit transfert du poids du corps pour frapper le pied gauche. On frappe de nouveau le pied droit derrière, mais cette fois-ci, le pied droit est derrière le talon gauche (en troisième). Enfin, et c'est là que cela devient intéressant, on effectue une frappe du pied droit en dégageant la jambe gauche sur le côté gauche (à la seconde donc). (Et on recommence la séquence de l'autre côté.)

Après quelques exercices, nous avons esquissé une petite chorégraphie comportant quelques pas, une petite offrande de fleurs et de feu.

J'ai assisté au dernier stage animé par Mahina Khanum qui m'a semblé être une formidable professeure. En tant que spectateur, je pouvais avoir l'impression que la danse odissi, utilisant des mouvements plus lents, était peut-être moins physique que le bharatanatyam, mais c'est peut-être tout le contraire !

Ce qui est particulièrement remarquable, c'est que toutes les positions sont dans une sorte d'entre deux. Mahina Khanum nous a enseigné les deux positions de base. Dans la position Chowk, la plus anguleuse des deux, les pieds sont dans une position intermédiaire entre la première et la seconde position : on est en demi-plié, et les pieds sont écartés, mais pas trop ! La jambe est rarement tendue. Quand on fait une frappe du talon, la jambe reste pliée contrairement à ce qui se pratique dans le bharatanatyam. Les bras sont aussi pliés à angles droits à la hauteur des épaules dans cette position Chowk. Un certain effort est nécessaire aussi pour rentrer les épaules. Cela n'a l'air de rien, mais rester en équilibre dans un demi-plié assez ouvert tout en gardant les bras horizontaux et en faisant travailler les épaules, cela fait dépenser de l'énergie...

L'autre position que nous avons vu est le Tribhang. Les pieds ne sont ni en troisième position ni en quatrième, mais entre les deux. Ils ne se touchent pas, mais ils ne sont pas autant éloignés qu'ils le seraient en quatrième position. Le poids du corps est sur le pied de derrière, l'autre pied étant dix-quinze centimètres devant, les deux talons étant alignés. On est toujours en demi-plié, mais le bassin est penché de façon à relever la hanche de la jambe d'appui. La courbure de la moitié haute du corps compense quelque peu celle du bassin. Partant de cette position, nous avons fait quelques exercices. Un d'entre eux se décrit très bien dans le langage de la danse classique. Supposons que le jambe d'appui soit la gauche. Le pied droit vient frapper derrière en cinquième position, puis monte en retiré tandis que le torse se tourne vers la gauche. Rond de jambe en l'air en dehors (avec la jambe en attitude : décidément, les membres sont toujours pliés !). Développé devant. Retour à la position de retiré et on pose le talon devant avant de recommencer de l'autre côté. (Le fait que le sol du studio de danse fût un peu mou et irrégulier n'aidait pas à rester en équilibre !)

(J'aime vraiment beaucoup la notation Benesh qui est très adaptée pour noter le ballet et le bharatanatyam, mais noter de l'odissi dans ce système me paraît mission impossible ! Je comprends maintenant pourquoi une doctorante sur la danse odissi à qui j'avais posé la question de la notation m'avait dit qu'il y avait eu au moins une tentative, non pas en notation Benesh, mais en notation Laban.)

Nous avons également vu une petite chorégraphie dans laquelle s'insérait certains mouvements techniques que nous avions vu.

Un grand bravo à Mahina Khanum et toutes les personnes qui ont permis à ce festival de voir le jour. J'ai trouvé ce week-end passionnant et très riche en discussions intéressantes !

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Sandhya Raju au Musée Guimet

2015-02-22 15:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Auditorium du Musée Guimet — 2015-02-20

Sandhya Raju, kuchipudi

Padma Bhushan Vempati Chinna Satyam, chorégraphies

Jaikishore Mosalikanti, nattuvangam, chant, chorégraphie du Saraswathi Stuthi

Muthukumar Balakrishnan, flûte

Guru Bharadwaaj Gongala Venkata, mridangam

Sylvie Le Secq, voix off

Prière chantée à Balatripurasundari

Saraswati Stuthi

Ramayana Shabdam (Adi Tala)

Kulukaga Nadavaru (Adi Tala), kirtan composé par Annamacharya

Govardhana Giridhara (Adi Tala), Tarangam composé par Narayana Tirtha

Le style de danse kuchipudi est très peu présent en France. La dernière fois que j'en avais vu à Paris remonte à 2010. J'étais donc particulièrement intéressé par le récital de Sandhya Raju programmé à l'auditorium du Musée Guimet. Le texte de présentation du Musée Guimet en fait étrangement une disciple de Vempati Pedda Satyam, lequel était déjà décédé quand elle est née. Comme toutes les autres grandes interprètes de kuchipudi que j'ai vues (Deepika Potarazu, Radha Prasanna et bien sûr Shantala Shivalingappa que j'ai vue danser du kuchipudi en 2007/2008, 2010, 2013), Sandhya Raju est une représentante du style de Vempati Chinna Satyam (1929-2012) dont elle a été la disciple directe avant de poursuivre son apprentissage auprès de Jaikishore Mosalikanti, un disciple plus avancé de Vempati Chinna Satyam.

Le récital qui a duré un peu moins d'une heure et demie m'a semblé excellent. L'atmosphère résolument joyeuse du style kuchipudi peut surprendre par rapport au bharatanatyam qui est plus introspectif, mais la danseuse me semble avoir de grandes qualités en danse pure et en mime.

Contrairement à ce qui était annoncé, le récital n'est pas centré sur Shiva. Plutôt que de présenter ses propres chorégraphies comme elle l'a fait cette année au festival de la Music Academy (cf. ce compte-rendu dans The Hindu), elle a interprété des chorégraphies de ses maîtres. Ainsi, toutes les pièces sauf la première étaient de Vempati Chinna Satyam.

Avant d'aborder le détail du programme, je voudrais décrire quelques aspects stylistiques observés dans le récital de Sandhya Raju qui me semblent distinguer le kuchipudi du style bharatanatyam ; n'ayant vu pour ainsi dire que des interprètes de la lignée de Vempati Chinna Satyam, ces remarques ne vallent peut-être pas pour les autres écoles. Les entrées en scène ne se font pas par le côté cour, mais par le côté jardin (le côté où s'installent les musiciens). À de nombreuses reprises, la danseuse fait du lip sync, bougeant ses lèvres comme si elle articulait le texte. Dans la position assise (demi-plié, ou araimandi), les pieds sont semble-t-il plus écartés que dans le bharatanatyam, mais en fait, dans les chorégraphies présentées dans ce récital, cette position (plus ou moins l'équivalent de la première position du ballet) est très fugitive : la danse ne s'appuie pas sur cette position puisqu'elle n'apparaît pour ainsi dire que comme un état transitoire dans des enchaînements.

Un élément plus visible est la présence de dégagés (ou tendus) : il s'agit de tendre une jambe vers l'avant, l'arrière ou le côté, la pointe du pied venant toucher le sol. Ces mouvements me semblent assez peu présents dans le bharatanatyam (à l'exception notable des chorégraphies de Selvam, fils de Muthuswamy Pillai, qui insère très élégamment ce type de mouvements dans la danse pure). De façon étonnamment intéressante, dans les chorégraphies de kuchipudi qu'elle a interprétées, Sandhya Raju a très souvent fait des tendus sur le côté opposé : si c'est la jambe droite qui est tendue, la pointe du pied droit ne s'en va pas du côté droit, mais à gauche, et pas qu'à moitié ! (Si ma description n'est pas claire, regardez le début de cette vidéo Krishna Shabdam.)

Aucune des pièces présentées n'était de danse pure. Toutes les pièces avaient un contenu mythologique ou épique et la danse pure alternait avec les passages narratifs ou évocateurs. La façon de traiter les thèmes était plus légère, moins introspective qu'on ne peut le voir dans certains récitals de bharatanatyam. Toutes les pièces étaient présentées avec une certaine fraîcheur et une joie évidente de danser. Certains aspects rythmiques soulignaient le côté espiègle de la danse pure. Ainsi, si dans le bharatanatyam, il est courant de voir des séquences semblables exécutées à différentes vitesses à l'échelle d'une pièce toute entière, certains passages de danse pure présentées par la danseuse ont comporté des séquences dans lesquelles les mêmes mouvements étaient répétés immédiatement en vitesse double ou quadruple, le tout tenant dans un seul cycle rythmique, l'unité chorégraphique ainsi constituée pouvant être répétée ensuite de l'autre côté. La façon de découper en petits morceaux des enchaînements (adavus) et de les réagencer pour constituer une chorégraphie me semble donc assez différente de ce que l'on peut observer dans le bharatanatyam. Par ailleurs, peut-être n'ai-je pas suffisamment fait attention à ce détail en assistant à ce récital, mais il m'a semblé que les chorégraphies ont comporté moins de sauts que d'ordinaire dans le kuchipudi.

Enfin, une des magnifiques caractéristiques du kuchipudi réside dans les majestueuses pirouettes accompagnées d'élégants ronds de jambe.

Venons-en maintenant au détail des pièces du récital qui a commencé par une prière chantée à Balatripurasundari par Jaikishore Mosalikanti. Le maître de danse est un excellent chanteur. Chacune des pièces a été précédée d'un Alap du flûtiste.

Le première pièce dansée est un Saraswathi Stuthi, en l'honneur de la déesse de la connaissance. Elle est me semble-t-il nommée Vani dans le texte de la composition (qui a comporté des jatis et un Swaram). La Déesse est représentée jouant de la vînâ et portant très gracieusement le sari. La chorégraphie représente également la connaissance et l'écriture ; la présence d'un paon à ses côtés est mise en valeur. Quand le texte évoque Brahma, Vishnu et Shiva, la danseuse représente Vishnu-Padmanabha (couché sur le serpent Shesha) ainsi que Shiva ; les répétitions du texte lui ont permis de proposer diverses variations.

La première pièce dansée était de Jaikishore Mosalikanti. Les trois autres seront de Vempati Chinna Satyam. Le première de ces trois autres pièces est le délicieux Ramayana Shabdam racontant l'épopée du Ramayana en moins d'une dizaine de minutes ! La première strophe du texte Dasharatha Vara Kumara (?)... évoque Rama comme étant le fils de Dasharatha. La chorégraphie s'attarde assez longuement sur cette première ligne, et puis tout s'accélère. Il est question de sa mère Kausalya, et puis très vite, on est dans la forêt, et on voit l'antilope magique à cause de qui Sita sera enlevée, puis le vautour Jatayu qui racontera ce qui s'est passé à Rama. Rama rencontre ensuite Hanuman, puis on le voit semble-t-il tuer le frère de Sugriva avec qui il vient de faire alliance, et puis les singes jettent des pierres pour construire un pont vers Lanka où la guerre s'annonce avec Ravana, le démon à dix têtes. (J'ai sans doute raté quelques épisodes tant ils défilent vite.) La fin de cette pièce très vive comporte un petit jeu de questions et réponses rythmiques entre les cymbales et la danseuse, qui vers la fin semble tenir entre ses doigts de pieds un plateau en laiton imaginaire...

La pièce suivante me semble représenter la quintessence du côté espiègle du kuchipudi. La pièce utilise une musique très ancienne d'Annamacharya (qui au XVe aurait été un des premiers compositeurs de kirtans, la forme musicale privilégiée dans la musique carnatique). La danseuse commence par faire plusieurs allers-retours d'un côté de la scène à l'autre en imitant la course des hommes portant en palanquin la déesse Padmavati. Ils font preuve de trop de zèle et leur course effrénée secoue quelque peu la déesse à bord du palanquin et ses parures se mettent à tomber. Une dévôte intervient en les suppliant de ralentir leur démarche.

La pièce se poursuit par l'évocation de la déesse Padmavati et des offrandes de fleurs qui lui sont adressées. (Point technique : la déesse est représentée ici avec les combinaisons suivantes de mudras : Alapadma-Kapitta.). Le nom Padmavati renvoie peut-être à l'épithète Padmanabha de Vishnu dont elle est l'épouse. Vishnu est en effet représenté couché sur le serpent Shesha et on voit Lakshmi lui masser les pieds. Le texte utilise le nom de Venkateshwar pour désigner Vishnu (c'est le nom de la divinité résidant à Tirupati) et la chorégraphie le représente aussi portant la conque et le disque. La pièce se finit délicieusement comme elle a commencé par la course du palanquin.

La pièce principale du récital à été un Tarangam intitulé Govardhana Giridhara composé par Narayana Tirtha (fin XVIIe-début XVIIIe). Les trois thèmes narratifs tirés du Bhagavata-Purana apparaissant dans ce Tarangam sont récurrents dans les danses classiques indiennes, mais ils ont pris dans cette pièce une forme très élaborée qui a comporté des détails que je n'avais jamais vus. Les thèmes illustrent tous l'espièglerie du jeune Krishna et beaucoup des détails d'interprétation renforcent encore davantage l'atmosphère délicieusement joyeuse et légère de ce récital de kuchipudi.

La toute première image de la pièce est celle du jeune Krishna devant sauter pour attraper le pot de beurre que sa mère adoptive Yashoda avait accroché en hauteur. La pièce développe ensuite ce thème narratif. Krishna accompagne Yashoda alors qu'elle va traire ses vaches. Elle lui dit de surveiller le récipient dans lequel elle verse le lait, mais évidemment, Krishna (qui est caractérisé par sa flûte) salive et boit tout le lait. Sa mère est colère, mais elle finit par pardonner l'enfant. Parmi les détails que je n'avais encore jamais vus, j'ai apprécié la façon de mettre en scène la traite des vaches par Yashoda. Ses gestes de haut en bas des deux mains utilisant la forme féminine du mudra Katakamukha imitaient les gestes de la traite, et ces gestes étaient délicieusement synchronisés avec le rythme de la musique.

Dans le deuxième épisode, des villageoises parties remplir des cruches d'eau ne résistent pas à l'idée de se baigner dans la rivière. La danseuse incarne alors une de ces villageoises qui enlève ses boucles d'oreilles, son collier, son bijou de nez, les bracelets qu'elle porte aux poignets et aux chevilles. Elle défait son sari, puis ses cheveux, s'enduit d'onguents, s'asperge prudemment d'eau avant de se jouer joyeusement dans l'eau avec ses amies. Krishna aperçoit la scène de loin et s'empare de leurs vêtements qu'il accroche à un arbre. Après son bain, la jeune femme se sèche les cheveux et entend le son de la flûte de Krishna. Humiliée, elle ne peut qu'accéder à la demande de Krishna et elle sort honteusement de l'eau en levant les bras au-dessus de sa tête. Enfin, elle peut remettre rapidement ses habits, ses bijoux, placer sa cruche d'eau sur sa tête et s'en aller.

La chorégraphie avait déjà fait des allusions au titre Govardhana Giridhara de la composition quand ce texte avait été prononcé, mais ce thème n'est développé que dans la troisième partie de ce Tarangam. Les dimensions de la narration de cet exploit de Krishna sont pour moi inédites. La chorégraphie commence par représenter Nanda, le père adoptif de Krishna, qui s'inquiète de la sécheresse qui fait des ravages dans les troupeaux et les cultures. Il est décidé que le village de Vrindavan adressera des prières ou sacrifices à Indra, le dieu responsable de la pluie. Krishna (toujours représenté en flûtiste) intervient et dit aux villageois qu'au lieu d'adresser leurs prières à Indra, ils devraient honorer le mont Govardhana. Indra arrive sur son char céleste (tiré semble-t-il par le cheval Uccaihshravas). Il observe les villageois et se met en colère quand il comprend que ce n'est pas à lui qu'ils rendent hommage. Le dieu des nuées déclenche un terrible orage qui plonge les villageois dans le désespoir. Ceux-ci semblent comprendre que Krishna est Vishnu (mudra Tripataka). Krishna enfonce ses deux mains sous le mont Govardhana qu'il soulève et qu'il dépose sur son petit doigt (la main représentant le mont est en Alapadma et la main soulevant le mont est dans un mudra dont j'ignore le nom, s'il en a un, mais qui semble dérivé de Katakamukha, l'annulaire venant rejoindre l'index et le majeur en face du pouce, le doigt restant, l'auriculaire, étant dressé). Cet exploit de Krishna provoque la joie des villageois qui peuvent s'abriter des pluies diluviennes. La chorégraphie met encore en valeur le fait que Krishna est Vishnu (à la conque et au disque), celui qui est couché sur le serpent Shesha.

À la fin du Tarangam, la danseuse a exécuté un numéro de danse pure sur un plateau en laiton. Il s'agit d'une des caractéristiques du kuchipudi. (Je n'en ai jamais été témoin directement, mais son côté rustique est parfois augmenté par l'ajout d'un pot rempli d'eau placé sur la tête de la danseuse !) La danseuse pince les bords du plateau avec ses doigts de pieds et en faisant des mouvements de pieds appropriés, elle peut se déplacer sur scène ou tourner sur elle-même. Un jeu de questions et réponses s'instaure entre le nattuvangam et la danseuse. (Il serait intéressant de savoir si cette section est 100% répétée ou s'il y a une part d'improvisation.) Le nattuvanar dicte une séquence que la danseuse exécute immédiatement ensuite avec des mouvements de pieds et des bras. Les premières séquences s'étendent sur deux cycles rythmiques. La danse se fait de plus en plus exaltée au fur et à mesure que la durée des séquences est réduite progressivement, et après un certain nombre de divisions par deux, cela ne dure plus qu'un seul temps d'Adi Tala. (J'apprécie particulièrement ce type de questions et réponses que l'on trouve aussi entre percusionnistes à la fin de récitals de musique carnatique.)

Il est à signaler que les annonces faites en voix off avant chacune des pièces étaient très pertinentes et à mon avis de nature à faire apprécier le récital au plus large public. Par son côté résolument joyeux, la forme du kuchipudi me semble plus facile d'accès que le bharatanatyam (pour lequel je garde personnellement une préférence). Il est dommage que ce style ne soit pas davantage représenté à Paris : sans introduire de rivalités entre les différents styles, cela pourrait peut-être contribuer au contraire à élargir l'audience des autres styles classiques du Sud de l'Inde.

(Pour découvrir quelques repères historiques à propos de la danse kuchipudi, je recommande vivement cet article de la critique de danse Marina Harss fait à l'occasion d'un portrait de Shantala Shivalingappa.)

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Pandit Nirmalya Dey et Ustad Mohi Bahauddin Dagar au Musée Guimet

2014-12-31 17:04+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne — Dhrupad

Auditorium du Musée Guimet — 2014-10-10

Pandit Nirmalya Dey, chant dhrupad

Ustad M. Bahauddin Dagar, rudra vînâ

Pandit Mohan Shyam Sharma, pakhawaj

Véronique Dupont, Marie-Thérèse Guay, tampura

Raga Puriya (Alap & Chautal)

Raga Bhairavi (Alap & Tivratal)

J'ai quelque peu délaissé les comptes-rendus de concerts ces derniers temps pendant lesquels je me suis concentré sur les nombreux spectacles de danses indiennes auxquels j'ai assisté. Je n'ai même pas pris le temps de revenir sur le magnifique ballet La Source que j'ai revu cinq fois ces derniers jours et que j'avais déjà vu quatre fois en 2011. L'année 2014 se terminant, il serait dommage que je ne revienne pas sur ce qui a été pour moi le concert de l'année.

Le style de musique dhrupad (que je pratique depuis bientôt trois ans) est très peu présent à Paris. Quand on peut l'entendre, ce sera en général dans un appartement en petit comité. Il était donc tout à fait exceptionnel de le voir représenté sur la scène du Musée Guimet devant une salle pleine. Je n'aurais manqué ce rendez-vous pour rien au monde (j'ai dû pour cela renoncer à d'autres concerts très intéressants programmés le même soir et à une rencontre littéraire avec l'auteur du livre le plus passionnant que j'aie lu au cours de l'année). La configuration des interprètes est encore plus rare. Il s'agit d'un jugalbandhi, c'est-à-dire un duo de solistes. Cette configuration est relativement courante (Dagar Brothers, Senior Dagar Brothers, Gundecha Brothers, Women in Dhrupad, etc.), mais ce qui est plus exceptionnel, c'est que soient associés un chanteur et la Rudra Vina. Dans la famille Dagar, un tel duo a ainsi associé par le passé le chanteur Ustad Zia Fariduddin Dagar et le vîniste (?) Ustad Zia Mohiuddin Dagar. Ce vendredi 10 octobre, le concert associe Pandit Nirmalya Dey, chanteur disciple de Fariduddin, et Ustad Mohi Bahauddin Dagar, fils et disciple de Mohiuddin. Ayant pris cet été des cours pendant trois semaines à Delhi avec Pandit Nirmalya Dey, je ne suis bien évidemment pas très objectif à son sujet, mais je tiens à préciser que j'avais déjà de lui la plus haute opinion avant de suivre son enseignement.

Les deux musiciens ont interprété le Raga Puriya. Ce Raga comporte six notes parmi lesquelles tivra Ma (M) et Re komal (R). Voici les gammes ascendantes et descendantes : ṆRGMDNṠ / ṠNDMGRS. Il s'agit d'un des Ragas que j'aie le plus pratiqués. Mon immense plaisir d'auditeur a donc été encore davantage rehaussé par le fait que dans le très méditatif Alap que les deux musiciens ont interprété, je sentais la plupart du temps quelle note ils jouaient ; cette sensation-là me procure un plaisir sans commune mesure avec le mode d'écoute plus intuitif que j'avais avant de commencer à pratiquer le dhrupad. Ils ont fait durer le plaisir très longtemps au point que la fin de l'Alap a été un peu écourtée après qu'un des musiciens a regardé sa montre. Les musiciens ont en effet étiré à l'extrême le travail sur certaines notes, en particulier la toute première note de la gamme ascendante : Ni, qui est la note la plus importante de ce Raga. Ils n'ont bien sûr pas joué continuellement cette note, mais ils l'ont ornementée. Parfois, après un long Ni tenu, une petite glissade faisait entendre légèrement le Dha, voisin du dessous. Parfois aussi, ils montaient du Ni sur le très faible Re komal, le faisant à peine entendre, mais suffisamment pour qu'on en perçoive la subtile saveur. Les chapitres suivants de l'Alap ont mis en valeur les notes successives de ce Raga, le dernier chapitre ayant été malheureusement un peu abrégé pour des raisons de temps. Les deux musiciens alternaient. Ustad Bahauddin Dagar est un musicien plus reconnu que ne l'est Pandit Nirmalya Dey. Si les deux musiciens composant un jugalbandhi sont en principe sur un pied d'égalité, j'ai apprécié que le vîniste se mette semble-t-il un peu en retrait pour laisser au chanteur un peu plus de place pour s'exprimer.

La pulsation est entrée en jeu dans les sections Jor et Jhala. La vitesse ne me permet alors plus de comprendre véritablement ce qui se passe et je suis davantage en mode intuitif. J'apprécie la façon dont le timbre de la voix du chanteur se marie avec celui de la Rudra Vina.

Le Raga se conclut par une composition que je connaissais. Évoquant Shiva, elle commence par le mot Parvati et utilise le cycle rythmique Chautal (12 temps). Le chanteur en a une première fois interprété les deux premières strophes de façon fidèle avant que les deux musiciens ne s'en servent comme matériau de base pour élaborer des improvisations.

Je n'aurais pas été mécontent que le concert s'achève là, mais ils ont interprété un nouveau Raga, plus léger que le précédent. Cette fois-ci, le nom du Raga n'a pas été annoncé préalablement. J'ai donc essayé de reconnaître les différentes notes utilisées. J'y étais à peu près arrivé pendant l'Alap, mais je n'ai véritablement compris qu'il s'agissait du Raga Bhairavi que lorsque j'ai reconnu la composition Jagata Janani en Tivratal (sept temps).

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Vidhya Subramanian au Musée Guimet

2014-12-14 15:40+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Auditorium du Musée Guimet — 2014-12-06

Vidhya Subramanian, bharatanatyam

Arun Gopinath, chant

Venkatakrishnan Mahalingam, nattuvangam

Karthikeyan Ramanathan, mridangam

Easwar Ramakrishnan, violon

Kalpana Métayer, voix off

Invocation de Ganesh “Giriraja Suta” (Adi Tala), composé par Tyagaraja

Pushpanjali (Adi Tala), composé par Madurai Muralidharan

Shambhu Natanam (Khanda Chapu Tala)

Varnam (Raga Karaharapriya, Adi Tala)

Ashtapadi (Raga Shuddha Sarang, Misra Chapu Tala)

Surdas Bhajan “मैया मोरी मैं नहिं माखन खायो (Adi Tala)

Tillana (Raga Amritavarshini, Adi Tala)

Shloka (Khanda Chapu Tala)

Pendant mon dernier voyage en Inde, j'ai beaucoup pratiqué le bharatanatyam à Kolkata, Delhi et enfin à Pune chez Sucheta Chapekar. La concentration du calendrier des spectacles de danses indiennes à Paris en cette saison a fait que depuis mon retour, j'ai assisté à une belle série de spectacles de danses indiennes (Camille, Janaki Rangarajan, Lingaraj & Sunjakta Pradhan, Meenakshi Srinivasan, Indira Kadambi, Ofra Hoffman, Gayatri Sriram), mais il n'y en aura sans doute plus beaucoup avant un certain temps. Cette série vient en effet de se terminer en feu d'artifice avec les deux récitals de Vidhya Subramanian au Musée Guimet. Si j'ai eu quelques réserves sur la représentation du vendredi, celle du samedi m'a transporté comme rarement : on était tout près des cimes que seule Rama Vaidyanathan m'avait fait connaître.

Musiciens lors du récital de Vidhya Subramanian
Karthikeyan Ramanathan (mridangam), Venkatakrishnan Mahalingam (nattuvangam), Arun Gopinath (chant), Easwar Ramakrishnan (violon)
(Merci à Morgane pour les photos et à Kalpana pour l'autorisation de les utiliser ici.)

Après être arrivés sur scène, les musiciens effectuent quelques rituels. Un d'entre eux semble prier intérieurement. Le chanteur se tourne vers ses voisins et touche les cymbales et le bois du violon. Les deux récitals ont commencé par un solo méditatif de l'excellent violoniste Easwar Ramakrishnan et après quelques vocalises dans les graves, Arun Gopinath a chanté une invocation de Ganesh, le fils de Parvati, intitulée Giriraja Suta et qui porte la signature du compositeur Tyagaraja. J'apprécie immédiatemnet la manière dont ce chanteur clappe très régulièrement le Tala (Adi). Plus loin dans le récital, dès que j'aurai un doute, il me suffira d'un coup d'œil dans sa direction pour savoir où l'on en est dans le cycle rythmique.

Il est à noter que pendant cette prière à Ganesh, il était possible d'entendre tinter les grelots de chevilles de la danseuse qui finissait de s'échauffer en coulisses ; cet accompagnement musical inattendu était d'autant plus délicieux que les frappes de pieds tombaient sur les temps du cycle rythmique.

La première pièce dansée Pushpanjali commence par une magnifique introduction mélodique du violoniste. Il gardera ce rôle lors des pièces suivantes du récital alors que cette fonction est en général partagée entre le chanteur et le violoniste. Si j'ai apprécié le chant d'Arun Gopinath, il n'a pas gratifié les auditeurs d'Alap méditatifs comme l'avait fait récemment K. Hariprasad. Toutefois, les musiciens m'ont semblé particulièrement inspirés lors de la deuxième représentation et ils manifestaient alors un plaisir évident à jouer ensemble pour accompagner la danseuse.

Venons-en maintenant à la danse interprétée par Vidhya Subramanian dans son costume orange. La première pièce Pushpanjali n'est à mon avis pas la plus intéressante du programme. La chorégraphie intègre quelques jeux de questions et réponses avec les percussions à l'échelle d'un cycle rythmique, ce qui à tout pour me plaire. Elle comporte aussi des enchaînements (adavus) très standards et on voit aussi de façon intéressante la danseuse délimiter l'espace scénique. La danseuse insère parfois des séquences de frappes de pieds extrêmement rapides. S'il s'agit essentiellement d'une pièce de danse pure, l'émotion exprimée est celle de la joie procurée par la prière.

Le Pushpanjali s'enchaîne avec une prière dédiée à Shiva utilisant très logiquement un cycle à cinq temps (Khanda Chapu). Le texte et la chorégraphie évoquent divers noms de Shiva : Rudra, Nilakantha, Mahadeva. J'apprécie tout particulièrement l'évocation du nom de Nilakantha, Shiva étant représenté en train de boire le poison. Il est aussi représenté avec la Lune dans les cheveux, les cendres, le tambour Damaru, le troisième œil, Ganga, le lingam, etc. Il est aussi semble-t-il montré en destructeur de Tripura, ce qui est plus rare. Le tempo de la pièce a été apparemment doublé subitement au cours de la pièce. Le rythme à cinq temps dont les premier, troisième et quatrième temps étaient marqués était lancé à un tempo raisonnable (×‒××‒) et puis on est passé en vitesse double avec seulement les premier et troisième temps marqués (×‒×‒‒). Vers la fin de la pièce, la danseuse prendra la pose Shiva-Nataraja tandis que le texte nomme la ville de Chidambaram où il réside.

On entre ensuite dans le vif du sujet avec un Varnam dédié à Shiva. La forme du Varnam suit très fidèlement la tradition. La danseuse s'est en effet concentrée sur les sentiments de l'héroïne contrairement à Gayatri Sriram et Meenakshi Srinivasan qui avaient récemment élaboré de longs passages narratifs dans leurs Varnam.

Lorsque les lumières éclairent la scène au début de ce Varnam, l'héroïne reconnaissable à sa posture féminine apparaît au fond de la scène. Alors que les transitions avec les passages rythmiques (jatis) me paraissent toujours incongrues, surtout au début des Varnam, je n'ai nullement été gêné ici puisque pendant les jatis de Vidhya Subramanian, la danse se fait certes plus libre, mais on ne perd jamais de vue les personnages et les sentiments de l'héroïne. Celle-ci désire s'unir au seigneur de la montagne, celui dont les cheveux sont emmêlés et qui porte une peau de tigre et une peau d'antilope. Le feu de l'amour brûle déjà en elle quand, après un premier jati un peu compliqué rythmiquement, le dieu de l'Amour, Kama intervient. Curieusement, il semble que Kama conduise un char tiré par un cheval alors que l'iconographie le représente habituellement sur un perroquet. La première flèche attaque le goût de l'héroïne qui ne peut plus apprécier la moindre nourriture. Kama ne semble pas utiliser son arc pour la deuxième flèche : il la jette avec la main et elle attaque les yeux de l'héroïne qui dormait et dont le sommeil sera troublé. La troisième attaque son sens du toucher et sa peau se met à brûler d'amour. Elle est sonnée, comme intoxiquée, par la quatrième. La cinquième flèche l'achève. Après une récapitulation de la scène qui vient d'être représentée, un nouveau passage rythmique intervient et celui-ci comporte des variations dans les subdivisions du cycle rythmique : une section avec trois subdivisions plutôt que quatre. Dans ce jati, l'héroïne est représentée heureuse de son amour pour Shiva et même un peu fière d'éprouver ce sentiment.

Cet amour prend ensuite une forme religieuse, l'héroïne se prosternant et effectuant une offrande de feu (aarti) devant la divinité. Le plateau utilisé dans ce rituel n'est pas représenté avec la main à plat (Pataka), mais en Alapadma (fleur de lotus épanouie). Une autre subtile variation avec les codes habituels apparaîtra plus loin quand sera semble-t-il représenté le lingam de Shiva : la main droite pouce tendu (Shikhara) étant posée sur une main gauche qui n'est pas à plat mais en Alapadma. (Pardon pour ces détails techniques, mais je rédige ces billets d'abord pour moi afin de garder une mémoire de ce que j'ai vu...)

Shiva paraît alors et se met à danser superbement en agitant le tambour Damaru. L'héroïne est très émue par cette vision. On arrive au point culminant de ce Varnam. Le sublime Jati qui suit représente alternativement les deux personnages : Shiva et l'héroïne.

L'héroïne veut s'unir à lui. Elle l'implore, elle veut qu'il lui parle. Alors qu'elle se maquille, elle pense à lui. Quand elle pose son tillaka sur le front, elle pense à son troisième œil. Quand elle passe ses bracelets qui tintent, elle pense aux serpents qui ornent le corps de Shiva et qui sont aussi susceptibles de les entourer tous les deux quand leurs corps sont enlacés.

La musique se fait alors plus légère et la joyeuse héroïne presque coquine. La frontière entre les passages narratifs et les passages rythmiques devient plus mince dans la mesure où les jatis sont désormais accompagnés par des notes solfiées (Swara) plutôt que par des onomatopées rythmiques. L'héroïne demande à son amie si elle doit craindre les commérages à propos de son aventure avec le Seigneur de la danse. Après une récapitulation des épisodes précédents, le Varnam se terminera espièglement par la décision de l'héroïne de ne pas avoir honte et d'enlever son voile.

Après le Varnam, la danseuse a interprété le Sixième Ashtapadi extrait du Gita-Govinda de Jayadeva exaltant l'amour entre Radha et Krishna. Il s'agit d'une pièce tout simplement extraordinaire, de celles que l'on oublie pas. Je ne pourrais la comparer à aucune autre que j'aie vue. Jamais au cours d'une pièce de bharatanatyam je n'avais eu un tel sentiment d'être plongé dans une rêverie, un temps suspendu. Radha est représentée alors qu'elle médite, revoyant en flash-back sa première rencontre amoureuse avec Krishna qu'elle raconte à son amie :

Vidhya SubramanianNotation Benesh
Vidhya Subramanian dans le Sixième Ashtapadi “Sakhi He”

(Comme je viens tout juste de commencer le cours à distance du Benesh Institute de la Royal Academy of Dance, je n'ai pas résisté à la tentation d'essayer de noter cette position en notation Benesh.)

Pour maintenir l'atmosphère poétique de rêverie, la danseuse a très judicieusement choisi de n'illustrer que les trois ou quatre premiers vers de l'Ashtapadi et plutôt que d'autres versions existantes qui auraient sans doute cassé l'atmosphère, le choix s'est porté sur une composition méditative utilisant le raga hindustani Shuddha Sarang et le cycle rythmique à sept temps Misra Chapu Tala (équivalent du Tivratal de la musique hindustani). Il n'est pas tout à fait évident de suivre les détails des gestes expressifs de la danseuse, le temps étant étiré à l'extrême et la pièce incitant à la contemplation plutôt qu'à l'analyse, mais la danseuse suit très fidèlement le texte. Par exemple, le nom utilisé pour désigner Krishna est le Meurtrier de Keśī. Dans le contexte, il aurait été envisageable d'occulter cet aspect de Krishna, mais la danseuse ne s'y soustrait pas, et si elle ne montre pas le démon en forme de cheval Keśī, elle représente néanmoins celui qui l'a envoyé, Kamsa. Il est difficile de décrire l'intensité de l'expression de la danseuse quand elle incarne le dernier vers Sur une couche de jeunes rameaux, je m'allonge et longtemps sur ma poitrine il demeure couché. Je le prends dans mes bras et le baise, et lui m'embrasse et boit mes lèves ; ô mon amie, obtiens du Meurtrier de Keçi qu'il s'ébatte avec moi ! (traduction de Gaston Courtillier). (Cet Ashtapadi peut être vu sur YouTube.)

Elle ne l'a pas interprété lors du récital de samedi, mais la veille Vidhya Subramanian a dansé après l'Ashtapadi le délicieux Javali “Indendu”. Une jeune femme amoureuse de Krishna est jalouse d'une autre. Elle vaque à ses occupations : on dirait qu'elle roule des feuilles de bétel pour mâcher du pân. Quand Krishna vient la voir, elle lui dit qu'il s'est trompé de rue et de maison. Sa rivale vit dans une plus grande rue. Comment a-t-il pu se tromper et aussi mal voir alors que c'est la pleine Lune ? La jeune femme est consciente du fait que Krishna est une incarnation de Vishnu et un de ses exploits est rappelé : celui qui lui vaut le nom de Giridhar. J'ai toutefois été étonné que Krishna soit montré en train de porter le mont Govardhan sur son dos (tel Obélix portant un menhir) plutôt qu'avec un doigt.

Une autre magnifique pièce d'Abhinaya a suivi. Le Bhajan de Surdas est intitulé Maiya mori ; il s'agit encore d'une pièce consacrée à Krishna. Cette fois-ci, il s'agit de représenter l'espiègle Krishna dans sa jeunesse. Bien que petit, il parvient avec quelqu'astuce à attraper un pot de beurre accroché en hauteur et il s'en régale avant de casser le pot. Quand sa mère Yashoda constate les dégâts, elle l'accuse. Lui, bien sûr, nie et bredouille des explications. Comme il ne parvient pas à la convaincre, il fait mine de s'en aller définitivement en emportant ses maigres possessions, mais Yashoda l'en empêche et donne l'impression de croire ses paroles. Finalement, Krishna avoue malicieusement qu'il était bien le coupable.

Le récital s'est conclu par un Tillana comportant de la très belle danse pure et une évocation des divinités sous les noms Shiva et Shakti. Il est apparemment question de la naissance d'un enfant, peut-être Muruga dans la mesure où vers la fin de la pièce la danseuse semble se métamorphoser en paon. Le Tillana s'enchaîne avec un majestueux Shloka en l'honneur de Shiva. Quelques uns de ses attributs sont évoqués, comme ses cheveux, le Croissant de Lune, son trident, etc. Après que la danseuse lui a adressé un Namaste, le récital s'est achevé dans l'apaisement. (Et quelques minutes plus tard, devant l'enthousiasme des spectateurs, les artistes se mettront à applaudir le public !)

Ailleurs : Bladsurb.

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Gayatri Sriram à la Maison de l'Inde

2014-12-01 19:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Maison de l'Inde, Cité universitaire — 2014-11-21

Gayatri Sriram, danse bharatanatyam

Minal Prabhu, nattuvangam

Balasubramanya Sharma, chant

G. Gurumurthy, mridangam

Jayaram Kikkeri, flûte

Invocation de Ganesh “Vakratunda”

Shiva Kautwam (Khandanadai Rupaka Tala)

Ardhanarishwara (Rupaka Tala)

Varnam (Adi Tala)

Padam (Adi Tala)

Mira Bhajan (Adi Tala)

Tillana (Khandachapu Triputa Tala/Adi Tala)

J'avais déjà vu la danseuse de bharatanatyam Gayatri Sriram à Mumbai en 2011 et plus récemment au Musée Guimet. Quand elle m'a dit qu'elle allait danser à la Maison de l'Inde à l'invitation de l'Ambassade de l'Inde à Paris, je n'ai pas hésité, mais je suis arrivé très en avance pour pouvoir m'installer au deuxième rang ; la salle n'étant pas en pente et la scène pas très haute, il y avait peu de bonnes places...

Le programme commence par une invocation de Ganesh (“Vakratunda...”). La scène étant exiguë, les musiciens ne sont pas sur le côté, mais entre la scène et les spectateurs. La main droite du chanteur n'étant pas dans mon champ de vision, ce n'est pas ce soir que j'améliorerai ma compréhension des cycles rythmiques (Tala) de la musique carnatique.

Le programme est intitulé Dwitiyam (Dualité). Diverses interprétations en seront proposées dans les différentes pièces. La première est un Shiva Kautwam dont le cycle rythmique utilise des subdivisions en 5 (autrement dit, des quintolets de doubles croches). La dualité explorée ici est celle entre les fonctions créatrice et destructrice de Shiva. (Dans la Trinité hindoue, Shiva est responsable de la destruction, Brahma de la création tandis que Vishnu est le protecteur. Dans le shivaïsme, toutes ces fonctions (et deux autres) sont assurées par Shiva.) Une intéressante image récurrence de ce Kautwam associe création et destruction, Shiva tenant le tambour Damaru dans sa main droite et le feu dans sa main gauche. La pièce avait commencé par une pose représentant Shiva en ascète. Il apparaîtra aussi sous la forme d'une colonne de lumière, ce que je n'avais encore jamais vu dans la danse bharatanatyam. D'autres éléments plus courants sont montrés comme le Trident, le troisième œil (exquisement mis en valeur par la danseuse), les cendres, la Lune, Ganga et peut-être sa marque au niveau du cou.

La pièce suivante Ardhanarishwara sur une musique de M. Dikshitar avait déjà été interprétée par la danseuse au Musée Guimet. Dans mon billet d'alors, j'avais surtout évoqué les trouvailles rythmiques remarquables de cette pièce. Le thème permet aux interprètes de mettre en valeur les contrastes entre la partie droite (Shiva) et la partie gauche (Parvati) de cette forme de la divinité. Dans l'interprétation de Gayatri Sriram, on voit ainsi s'opposer les serpents qui ornent le corps de Shiva aux bijoux de Parvati, la peau de tigre au sari, les cheveux hirsutes de Shiva à ceux bien lisses de Parvati, l'attitude masculine de l'un (mudra Shikhara) à la posture féminine de l'autre (mudra Katakamukha). La fin de la chorégraphie représente aussi des instruments de musique : vînâ, tampura.

La pièce du programme que j'attendais avec le plus grand intérêt était le Varnam centré sur le personnage de Sita. Ce Varnam est très différent de celui qu'a dansé récemment Meenakshi Srinivasan au Musée Guimet. En termes de la dualité énoncée dans le titre du programme, il s'agit ici d'opposer la séparation et la convivialité. Alors qu'elle est séquestrée à Lanka par Ravana, Sita se souvient des bons moments passés avec son époux Rama. Ce Varnam est sans doute un des Varnam les plus narratifs auxquels j'aie assisté, et sans doute un de ceux que j'aie le mieux compris et appréciés. Le seul autre Varnam avec lequel je le puisse comparer est celui de Srithika Kasturi Rangan en février 2010, aussi centré sur le Rāmāyaṇa, et qui avait constitué un tournant dans mon expérience de spectateur (j'ai eu le plaisir de prendre un cours avec cette danseuse en décembre 2013). Je me suis donc délecté sans retenue des épisodes narratifs de ce Varnam : il ne s'agit pas seulement de montrer des actions, mais aussi d'exprimer les sentiments des personnages, qu'ils soient actifs ou passifs, ce que la danseuse a fait avec une certaine subtilité.

Comme le veut la forme, ces épisodes alternent avec des passages rythmiques. Le premier d'entre eux est intervenu après la mise en place de la situation dramatique et a comporté quelques éléments expressifs et narratifs. S'ils ont été impeccablemnet exécutés, je les ai globalement trouvés trop compliqués rythmiquement, avec notamment beaucoup de changements dans le Tala Adi (à 8 temps) dont les temps le plus couramment subdivisés en quatre (Chatushra-nadai) passaient fréquemment en Tishra-nadai (subdivisions en trois). C'est indubitablement impressionnant et spectaculaire, mais contrairement à d'autres ce n'est pas du tout ce que je cherche en tant que spectateur. Cela dit, cette danse comportait d'amusants clins d'œils qui ont failli me faire glousser, comme certains déhanchements de tête placés en des endroits inattendus.

Passons maintenant aux aspects narratifs de ce Varnam. Avoir été enlevée par Ravana, qui comme les autres rakshasas est évoqué par le mudra Shakata (dérivé de Brahmara) qui représente ses dents, Sita est dans le bois d'aśoka à Lanka et se souvient de Rama qui comme dans l'iconographie est reconnaissable à son arc.

Le premier souvenir qui revient à la mémoire de Sita est celui de sa rencontre avec Rama. Elle joue à la balle avec ses amies et la balle s'en va un peu trop loin, près de Rama qui ne peut l'ignorer. Il rend très humblement la balle, mais un intense échange de regards s'opère entre Rama et Sita. Immédiatement Sita se met à brûler d'amour pour lui. Gayatri Sriram a magnifiquement bien interprété ce passage. Cette scène est totalement absente du Rāmāyaṇa de Vālmīki, mais comme j'en ai ensuite discuté avec la danseuse, la tradition du bharatanatyam est telle que tout le monde considère comme allant de soi que c'est ainsi que la rencontre s'est produite. Parmi les détails remarquables de la chorégraphie, j'ai apprécié l'humilité de Rama, ainsi que la comparaison poétique de celui-ci avec la brise fraîche qui apparaît au clair de Lune.

La grande scène de ce Varnam a été le svayamvar de Sita, la cérémonie pendant laquelle un époux lui sera donné. Si, en théorie, la future mariée choisit son époux au cours de cette cérémonie, les exemples épiques la présentent comme une épreuve pour les prétendants (Arjuna, qui doit faire preuve de son habileté à l'arc pour épouser Draupadi) ou pour la mariée (Damayanti qui doit déjouer les ruses des dieux pour reconnaître Nala). L'épreuve que doivent réussir les prétendants est de tendre l'arc de Shiva qui se trouve être en possession de Janaka, le père de Sita. Le concours est annoncé au son du tambour et Sita s'inquiète en voyant les prétendants d'avoir peut-être à épouser un autre que Rama. Le premier prétendant est un démon. Le second un roi. Le troisième est Ravana que la danseuse représente avec ses dix têtes. Surestimant ses capacités, il tente de lever l'arc avec le petit doigt, puis avec deux mains, avant d'échouer lamentablement en mettant à profit les multiples paires de bras qu'il semble posséder. Rama enfin se présente, salue respectueusement l'arc, adresse une prière à Shiva et non seulement tend l'arc, mais il le brise. Heureuse de ce dénouement, Sita entoure son cou d'une guirlande de fleurs. Dans son programme Panchakanya à Mumbai, Gayatri Sriram avait déjà représenté cette scène, mais j'avais alors été quelque peu frustré que seule la réussite de Rama fût représentée. En voyant cette si délicieuse scène prendre de telles proportions dans ce Varnam, mes vœux ont été exaucés !

Vient ensuite la scène dans laquelle Sita demande à Rama de lui rapporter l'antilope dorée. Plus loin, à Lanka, elle reçoit la visite du singe Hanuman (reconnaissable au mudra Mukula) qui avait été envoyé en éclaireur avec comme signe de reconnaissance auprès de Sita un bijou donné par Rama. Sita prie pour que Rama vienne la chercher. Je n'ai pas bien compris la scène suivante dans laquelle l'héroïne exprime une sentiment de rejet ; je n'ai pas saisi où cela s'insérait au juste dans l'épopée. Sita se souvient enfin d'un combat passé de Rama contre des démons avant que le Varnam se conclue sur une lamentation de Sita dans le bois d'aśoka.

Le Padam qui intervient ensuite évoque la dualité entre l'union physique et l'union spirituelle. Radha est nostalgique de son passé amoureux avec Krishna. Ce n'était alors qu'un bouvier qui ensorcelait les filles avec sa flûte et leur faisait quelques friponneries, comme d'accrocher à un arbre leurs vêtements alors qu'elles prenaient leur bain. Cette union physique est suggérée par l'éclosion des lotus et le butinement des abeilles. Maintenant que Krishna est devenu le roi et le cocher d'Arjuna dans la guerre du Kurukshetra, Radha se sent délaissée. La scène du Padam qui représente de la meilleure façon ce basculement vers l'union spirituelle met en scène Radha assise alors qu'elle semble maquiller un jeune homme devant elle. Ce n'est qu'à la fin de la scène qu'elle semble se rendre compte, ainsi que les spectateurs, qu'il ne s'agit que d'une image de Krishna.

La pièce suivante est une merveille. Il s'agit du Mira Bhajan que Gayatri Sriram avait déjà interprété en bis lors de son récital au Musée Guimet. La version présentée alors avait été un peu raccourcie ; cette fois-ci, ce Bhajan en l'honneur de Krishna a pris des proportions plus importantes. La pièce a une forme cyclique. Elle s'ouvre et se termine avec Mirabai assise, jouant d'un instrument à corde pour accompagner son chant faisant l'éloge de Krishna. Le nom de Krishna qui est utilisé ici est Giridhar, celui qui porte la montagne. La gestuelle de la danseuse suggère donc très logiquement cet exploit du jeune Krishna : détournant les bouviers du culte d'Indra, celui-ci s'était vengé en faisant tomber des pluies diluviennes et Krishna avait riposté en procurant un abri aux villageois en soulevant le mont Govardhana d'un seul doigt ! La chorégraphie représente Mirabai tout à son adoration de la petite statuette de Krishna qu'elle possède. Après cette adorable introduction, la danseuse a enchaîné avec la scène du jeu de dés du Mahābhārata que j'avais déjà racontée dans mon compte-rendu de son récital au Musée Guimet. Le moment le plus magique reste la représentation du moment-clef où Krishna intervient pour rallonger par enchantement le sari de Draupadi que Dushasana tente d'enlever. Le plus remarquable est que la danseuse ne représente Krishna qu'une seule fois, mais l'image de la radieuse tranquilité avec laquelle il allonge le sari persiste tellement longtemps que l'on a l'impression qu'il est toujours là !

Le récital s'est conclu par le même Tillana qu'au Musée Guimet. La dualité unit cette fois-ci deux cycles rythmiques. Le Khandachapu Triputa Tala (à 5+4=9 temps) utilisé dans la danse pure alternant avec le Chatushrachapu Triputa Tala (à 4+4=8 temps, autrement dit Adi Tala) utilisé dans les lignes de Sahitya. Je n'ai toujours pas bien saisi les détails évocateurs de ce Tillana, mais il devait aussi opposer Guerre et Paix, et c'est effectivement sur le sentiment de Paix (Shanta) que la pièce s'est terminée.

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Meenakshi Srinivasan au Musée Guimet

2014-10-30 13:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes

Auditorium du Musée Guimet — 2014-10-24

Meenakshi Srinivasan, bharatanatyam

Jayashree Ramanathan, nattuvangam

K. Hariprasad, chant

V. Vedakrishnaram, mridangam

Kodampalli Gopakumar, violon

Invocation “Mahedeva Suta” (Adi Tala)

Composition de Muthuswami Dikshitar (Mishra Chapu Tala)

Varnam (Raga Mallika, Adi Tala, composé par K. Hariprasad)

Padam “Kodi Koose” (Raga Saurashtram, Adi Tala, composé par Kshetrayya)

Padam (Rupaka Tala, composé par Swati Tirunal, chorégraphie de Bragha Bessell)

Tillana (Raga Sindhu Bhairavi)

Le programme présenté par Meenakshi Srinivasan au Musée Guimet le week-end dernier a été largement renouvelé par rapport au programme centré sur Krishna qu'elle y avait présenté en février 2012. Ce programme a cependant été essentiellement le même que celui qu'elle avait dansé à Bharat Kalachar (YGP Auditorium) à Chennai en décembre 2013. Je l'ai néanmoins revu avec un grand plaisir. Elle est accompagnée par la même nattuvanar (la formidable Jayashree Ramanathan) et le même chanteur K. Hariprasad qui a fait preuve de son grand talent, et ce tout particulièrement dans les Alap très élaborés qu'il a chantés entre les différentes pièces du programme. L'orchestre comprenait aussi un violoniste et un percussionniste qui recevaient souvent des instructions de la nattuvanar, qui semblait se délecter de la danse tout autant que le public tout en étant très concentrée quand il fallait l'être.

Meenakshi Srinivasan est sans doute la danseuse de bharatanatyam la plus gracieuse parmi toutes celles que j'ai vues ! Sa danse est extrêmement féminine, elle met davantage en avant la douceur que la force. Je ne saurais dire si elle dansait déjà comme cela en 2012 ou en 2013 ou s'il s'agit d'un apport récent à son style personnel, mais dans sa danse pure, elle prolonge souvent certains mouvements latéraux par une courbure du torse sur le côté qui est d'une suprême élégance ! À vrai dire, dans les enchaînements (adavus), les courbures ne sont pas seulement des ornementations : elles paraissent faire partie intégrante de l'ensemble, comme si elles constituaient une étape à part entière dans l'adavu. Ainsi, le dernier temps de tel ou tel adavu n'est pas vide : il est rempli par une courbure du torse. Il est à noter que sa danse comporte un nombre inhabituellement élevé de sauts, mais les réceptions en sont d'une grande légèreté.

Avant de revenir sur le détail de ce superbe programme, je voudrais toutefois signaler un petit grief contre le style de la danseuse. Quand j'ai appris la série des Marditha Adavus cet été à Delhi avec Arupa Lahiry, elle m'expliquait que pour un certain adavu dans lequel les mains alternent rapidement entre les mudras Katakamukha et Alapadma quand on exécute l'adavu aux deux premières vitesses, il convenait de garder les mains en Alapadma pour la troisième vitesse : la rapidité du tempo empêche de montrer une alternance de mudras bien nets et il est préférable de mettre en valeur le caractère gracieux du mouvement global de la main. Il m'a semblé que lors du récital de Meenakshi Srinivasan, on dépassait parfois le seuil de vitesse au-delà duquel quand bien même les mudras seraient proprement exécutés, ils défileraint trop vite pour ne pas paraître un peu flous au spectateur. Je trouve cela particulièrement perturbant dans les moments où la danseuse est face au public et exécute des mouvements synchronisés des deux bras tendus vers les côtés. Plutôt que de regarder alternativement à droite puis à gauche, la danseuse regarde droit devant, ce qui amoindrit sensiblement à mon goût l'exceptionnelle impression de grâce qu'elle inspire.

Venons-en au programme proprement dit. La première représentation (vendredi) a commencé par un Alap suivi d'une invocation de Ganesh (Mahadeva Suta) ; le texte sera différent le lendemain (Pariparime Padane ?).

La première pièce dansée est une composition de Muthuswami Dikshitar évoquant Shiva et plus spécifiquement le Seigneur de la danse qui réside à Chidambaram (je le précise parce que Chidambaram apparaît dans le texte de la composition). La danse est très gracieuse. Comme je l'avais remarqué à Chennai, la danseuse s'écarte de la pratique la plus courante consistant à souligner la virilité de Shiva : elle montre Shiva sous un jour extrêmement bienveillant. Il n'inspire aucun effroi quand la danseuse représente sa chevelure, son troisième œil ou sa peau de tigre. Dans sa danse pure, je me délecte des courbures du torse et du cou que j'ai signalées plus haut ; rien que pour cela, je retournerai voir cette danseuse avec un grand plaisir ! J'apprécie de nombreux détails de son évocation de Shiva : le flot de Ganga, la marque qu'il porte à son cou et qui lui vaut le nom de Nilakantha, l'évocation de la danse associée à la connaissance, au chant et au rythme. Le passage le plus délicieux de cette pièce a sans doute été celui dans lequel la danseuse mime le jeu d'un percussionniste en actionnant un mridangam invisible.

Vient ensuite la pièce principale du programme, le Varnam consacré à Sita que la danseuse a créé en 2013 et que j'avais déjà vu à Chennai (où je n'avais pas véritablement pu l'apprécier en raison d'une grande fatigue...). La musique en Raga Mallika est du chanteur K. Hariprasad sur un texte inspiré par le Rāmāyaṇa. Les épisodes ne sont pas tous tirés du Rāmāyaṇa de Vālmīki : certains d'entre eux sont issus de l'imagination d'un poète dont je n'ai pas retenu le nom, mais vu le message féministe de ce Varnam, il s'agit probablement d'un texte contemporain.

Le Varnam s'ouvre par un magnifique lever de Soleil en forêt. Après avoir été rejetée une première fois par Rama à la fin de la guerre contre Ravana, Sita s'était infligée l'épreuve du feu pour prouver sa chasteté, mais après leur retour à Ayodhya, Rama avait davantage fait confiance à la rumeur publique qu'à son propre jugement et l'avait très lâchement abandonnée en forêt alors qu'elle était enceinte de deux jumeaux. La critique féministe que fait ce Varnam porte non seulement sur l'attitude de Rama qui abandonne Sita comme un vieux chiffon, mais en mettant en valeur les exceptionnelles qualités de Sita, le Varnam ridiculise aussi l'héroïsme viril et la divinité de Rama. La chorégraphie a semble-t-il représenté furtivement la rencontre entre le singe Hanuman venu en éclaireur et Sita qui se lamentait dans le bois d'aśoka. Celui-ci aurait pu ramener directement Sita en la portant sur son dos, mais elle avait refusé pour que Rama puisse faire preuve de ses qualités de guerrier en venant la récupérer lui-même. Le poème et la chorégraphie du Varnam vont bien plus loin puisqu'ils suggèrent que Sita (la déesse née de la Terre) aurait pu tuer elle-même le démon Ravana, mais qu'elle ne l'avait pas fait par égard pour son mari. Parmi ces épisodes dont Sita se souvient, le plus marquant se passe pendant son enfance. Elle n'était pas encore mariée à Rama qui obtiendra sa main en cassant l'arc de Shiva qu'aucun autre homme ne pouvait soulever. L'épisode se passe alors que Sita joue à la balle avec ses amies. La balle s'en va au loin et semble se coincer entre l'arc de Shiva et son support. La seule façon de récupérer la balle est de soulever l'arc... Alors qu'elle n'est qu'une toute jeune fille, elle y parvient sans difficulté avant de repartir de plus belle avec sa balle. Cette espiègle scène a été pour moi le plus irrésistible moment de ce Varnam. Parmi les autres épisodes narratifs, je crois avoir aussi reconnu, sans certitude, la scène où Sita demande à Rama de lui rapporter l'antilope dorée (qui fait partie de la ruse de Ravana pour enlever Sita). Le Varnam comporte aussi des séquences plus poétiques, comme quand Sita compare son amour pour Rama au fait qu'une fleur est inséparable de son parfum, qu'une rivière est indissociable de ses rives et que les rayons du Soleil ne peuvent exister sans l'étoile. Les passages narratifs ou évocateurs alternaient avec des passages rythmiques. Ceux-ci m'ont semblés très variés, notamment en termes de vitesse, et ne pouvaient susciter que l'admiration quand la nattuvanar prononçait rapidement trois fois de suite les syllabes Tadim-Ginatom !

Comme la forme le veut (à ce qu'il me semble), le Varnam se concluait dans la joie, ce qui s'expliquait ici par le fait que Sita, qui en tant que fille de la Terre et ayant pour cette raison un rapport particulier à la nature, avait trouvé dans la forêt un refuge qui lui plût.

(Il est à noter que la pièce avait été introduite par Meenakshi Srinivasan elle-même en français, en utilisant un vocabulaire très raffiné. Lors de la représentation de vendredi, un incident s'est produit pendant ce Varnam : la fixation des grelots de chevilles attachés à sa cheville gauche s'est rompue alors qu'elle était en fond de scène. Il est courant qu'un ou deux grelots ou boucles d'oreilles tombent, mais je n'avais jamais vu ce cas-là. De même qu'il serait impensable d'interrompre un acte d'opéra de Wagner, plutôt que d'insérer une pause pour rattacher ses grelots, la danseuse a décidé de continuer en ne portant des grelots qu'à la cheville droite jusqu'à la fin du Varnam.)

La pièce suivante, la seule que je n'avais pas déjà vue, est un Padam de Kshetrayya. En termes d'expression, il s'agit sans doute de la pièce la plus convaincante du récital. Une jeune femme se plaint à son amie : alors qu'elle se préparait à accueillir au mieux son amant, un satané coq prétentieux s'est mis à chanter au plus mauvais moment, un vrai tue-l'amour. Cela a été un vrai plaisir de voir la danseuse alterner ses expressions entre la joie de l'attente et la déception, voire la colère d'entendre le coq intervenir. Elle aura tout tenté pour l'amadouer, mais il sera un casse-pieds jusqu'au bout, la danseuse suggérant ses apparitions délicieusement avec le mudra Tamracuda.

L'avant-dernière pièce du récital ne m'a pas complètement convaincu. J'en ai cependant apprécié davantage de détails que la dernière fois. Il s'agit d'une chorégraphie de Bragha Bessell sur un poème de Swati Tirunal. Deux femmes préparent des guirlandes de fleurs, mais elles sont perturbées par le bruit d'une procession. Elles se demandent de quel dieu il peut bien s'agir. Ce n'est pas Indra puisqu'il n'a pas le corps recouvert de mille yeux, ni la Lune (Chandra) parce qu'aucune imperfection ne gâche son visage. N'ayant pas de troisième œil, ce n'est pas non plus Shiva. Le sentiment de paix qu'il inspire exclut que ce soit le Soleil (Surya). Il ne s'agit pas non plus de Kubera, le difforme dieu des richesses (c'est le seul des cinq que je n'aie pas reconnu cette fois-ci dans la chorégraphie). Quand la divinité apparaît enfin, il est vraiment dommage que le dieu (Padmanabha-Vishnu) ne soit pas plus facilement identifiable. La première fois que j'avais vu cette pièce dansée par Meenakshi Srinivasan, j'avais pensé que c'était Ganesh : les tout premiers mouvements de la danseuse au début de la pièce suggèrent les oreilles d'un éléphant et sa démarche de pachyderme. Peut-être fallait-il simplement comprendre que le cortège comportait quelques éléphants ? Un peu plus loin, le chanteur semble dire très distinctement Ganapati. Vers la fin de la pièce, quand la divinité associée à la fleur de lotus Kamala et ornée de bijoux apparaît, debout et tranquille, deux de ses attributs sont suggérés, mais les mouvements de mains sont trop rapides pour que je sois certain qu'il s'agisse bien de la conque et du disque de Vishnu. Pour ne pas laisser un sentiment de frustration chez les spectateurs, peut-être faudrait faire comme Uma B. Ramesh que j'ai aussi vue interpréter cette pièce et qui la concluait par une pose caractéristique de Padmanabha. Parmi les détails que j'ai appréciés dans cette pièce décidément très riche, je me souviens de l'évocation joyeuse des hautbois indiens (nadaswaram) qui accompagnent la procession.

Lors du récital de samedi, ce Padam a été remplacé un Meera Bhajan que la danseuse avait déjà interprété au Musée Guimet en 2012. La pose initiale et finale représente Mirabaï jouant du tampura (mais elle n'en actionne pas les cordes, c'est dommage). Elle cherche l'union avec la divinité (Krishna). Elle imagine comment elle pourrait lui être agréable si elle était un poisson, un coucou ou une perle. Elle souhaiterait par exemple n'être qu'une des perles de son collier. (Je rappelle ici que l'histoire de Mirabaï est liée à la citadelle de Chittorgarh au Rajasthan, un des lieux que j'ai préférés en Inde.)

Le récital s'est conclu par le merveilleux Tillana en Raga Sindhu Bhairavi évoquant de façon élaborée l'amour entre une héroïne et Krishna. La fin en a toutefois été légèrement différente qu'à Chennai. Il s'était alors conclu par une extraordinairissime transformation continue du personnage masculin en le personnage féminin (à moins que ce ne soit le contraire). En n'ayant pas revu de transformation d'une telle intensité émotionnelle, je mesure le privilège que j'avais eu de la voir en Inde...

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Les Gundecha Brothers au NCPA Mumbai

2014-09-19 16:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne — Dhrupad — Voyage en Inde XIII

Experimental Theatre, National Centre for the Performing Arts, Mumbai — 2014-07-24

Gundecha Brothers

Ramakant, Umakant Gundecha, chant dhrupad

Raga Gujari Todi (Chautal, Sultal, Tivratal)

Raga Megh (Tala à 5 temps)

Raga Madamat Sarang (Sultal)

Le lendemain du double récital de manipuri, je retourne de bonne heure au NCPA pour écouter les Gundecha Brothers. De même que Pandit Nirmalya Dey avec qui j'ai pris des cours à Delhi, ce sont des disciples d'Ustad Zia Fariduddin Dagar. Je n'avais pas du tout accroché au concert qu'ils avaient donné en 2008 en clôture des vingt-quatre heures du Râga à la Cité de la Musique. Il m'avait fallu attendre 2001 et un concert d'Ustad Faiyaz Wasifuddin Dagar pour commencer à apprécier le style dhrupad.

Ce nouveau concert des Gundecha Brothers ne m'a apporté pratiquement aucune satisfaction. J'ai juste été content de comprendre pendant le concert la différence entre le Râga Todi que j'ai pratiqué à Delhi et le Râga Gujari Todi qu'ils ont interprété : la quinte (Pa) est absente de Gujari Todi. (Le tampura était accordé différemment aussi, la corde usuellement accordée sur Pa étant semble-t-il accordée en Ni.)

Sinon, ce concert ne m'a pas procuré de réel plaisir et m'a même souvent agacé. La voix des deux chanteurs commence à décliner. Leurs phrases d'Alap sont très loin d'être aussi belles que celles que j'ai pu entendre Nirmalya (ou d'autres) chanter. Ils se répètent beaucoup aussi. Ces griefs ne devraient toutefois pas m'empêcher d'apprécier le concert. Le véritable problème est que les Gundecha Brothers sont deux : ils n'arrêtent pas de se couper la parole. Un sentiment d'ennui peut s'insinuer en raison de l'absence de respiration entre les phrases qui en résulte. À chaque fois que j'avais l'impression qu'un des deux chanteurs allait peut-être chanter une belle phrase, l'atmosphère était ruinée par une intervention intempestive du frère. Si des interventions de ce genre ne sont pas complètement absentes d'autres duos de dhrupad — cela peut arriver accidentellement — les Gundecha semblent les avoir élevées au rang de système. Si encore la note jouée par l'importun était la même ou au moins formait un accord harmonieux avec la note finissant la phrase précédente, ils ne me casseraient pas les oreilles, mais il semble choisir systématiquement celle qui produira la plus vilaine dissonance.

Dans Gujari Todi, la montée vers le Sa (tonique) n'a pas été amenée de façon à créer une attente particulière. La partie Jor de ce Râga a été le seul moment du concert que j'aie trouvée agréable. La composition sur le Râga Megh utilisait un cycle rythmique à cinq temps que je ne connaissais pas.

Le tout dernier Râga m'a donné l'occasion de reconnaître le texte d'une composition que je connaissais (Tumha Rava Tumha Saheba), mais ils l'ont chantée dans un autre Râga : Madamat Sarang au lieu de Vrindavani Sarang. Leur interprétation a été beaucoup moins mélodieuse que celle d'Uday Bhawalkar quand celui-ci avait enseigné la composition lors d'un stage à Utrecht en mars dernier. Ils ont chanté la composition à trois tempi différents, tous très rapides. Si ce n'est l'accélération du tempo, je n'ai pas remarqué de variations particulières d'une vitesse à une autre. Cette accélération produit un certain effet, mais ce n'est vraiment pas de chance pour moi parce que ce n'est pas ce que je cherche dans la musique dhrupad... J'étais semble-t-il assez seul, le reste du public se levant pour faire aux musiciens une standing-ovation.

Bref, j'espérais mieux pour le dernier jour de mon séjour en Inde.

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Planning de septembre 2014

2014-09-06 13:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Planning

Après mon séjour en Inde, reprise des activités normales. Voici mon planning de septembre 2014 :

  • 2 septembre 2014 (Opéra Garnier) : Le Tanztheater Wuppertal a interprété Two Cigarettes in the Dark, plus Theater que Tanz.
  • 13 septembre 2014 (Mas Flores de Llum, Los Masos) : Avant de s'en aller très loin de la France pendant un an, l'élève la plus avancée de ma prof de bharatanatyam donne un récital dans le Sud de la France. Si je l'ai probablement déjà vu danser la plupart de ces pièces isolément lors de récitals collectifs, j'ai très hâte de les voir rassemblées dans un récital solo complet !
  • 17 septembre 2014 (Théâtre de l'ENS) : L'École normale supérieure organise une semaine indienne. Je recommande fortement aux cinéphiles d'assister à la projection de Charulata de Satyajit Ray qui aura lieu le 16 septembre. J'irai pour ma part à la soirée consacrée aux danses classiques indiennes le 17 septembre au Théâtre de l'ENS.
  • 18 septembre 2014 (Salle Pleyel) : Mon premier concert à Pleyel de la saison sera un concert de l'orchestre de Paris dirigé par Paavo Järvi, avec en soliste le magnifique violoncelliste Xavier Phillips.
  • 20 septembre 2014 (Opéra Garnier) : Défilé du Ballet de l'Opéra de Paris, suivi d'un programme Harald Lander/William Forsythe. J'ai déjà vu les pièces de Forsythe qui sont programmées, mais je découvrirai avec curiosité Études de Lander.
  • 23 septembre 2014 (Salle Gaveau) : Les trois jeunes chefs des Talents Adami dirigeront l'orchestre Colonne dans un programme assez enthousiasmant a priori (Prokofiev/Chostakovitch/Stavinsky).
  • 26 septembre 2014 (Centre Mandapa) : La superbe danseuse de bharatanatyam Janaki Rangarajan dansera son programme Antaryatra: The Journey Within.

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Sohini Koley & Sankumar Debnath à la ITC Sangeet Research Academy

2014-07-14 12:08+0530 (কলকাতা) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde XIII

Écouter du khyal quand on connaît un peu de dhrupad, c'est s'exposer à quelque déception. Vendredi après-midi, je me suis rendu à la station de métro Tollygunge (renommée en Mahanayak Uttam Kumar) pour assister à deux concerts. Étant arrivé en avance, j'ai moyennement apprécié que l'on me fasse patienter un quart d'heure dehors plutôt que de me permettre d'attendre à la réception climatisée. Cela m'a toufeois permis de voir arriver la grosse voiture blanche avec chauffeur de Pandit Ajoy Chakrabarty. Quand je suis entré dans la salle de concert, j'ai constaté que la disposition des lieux avait changé par rapport à la dernière fois. La scène n'est plus au fond, mais sur le côté gauche. Il y a cependant toujours une segrégation, les hommes étant d'un côté et les femmes de l'autre.

ITC Sangeet Research Academy, Kolkata — 2014-07-11

Sohini Koley, chant khyal

Sajoy Adhikary, tabla

Jyoti Goho, harmonium

Raga Bihag

Ayant pratiqué Raga Bihag, j'ai pu suivre ce que faisait la chanteuse pendant son Alap. J'ai beaucoup aimé cet Alap, mais il n'a duré que trois minutes ; elle a ensuite enchaîné immédiatement avec une composition accompagnée d'un percussionniste, et d'un harmoniumiste (qui avait déjà fait quelques interventions pendant l'Alap). Elle alterne lignes de la composition, improvisations et sargam, la vitesse augmentant progressivement. J'ai la désagréable impression que l'interaction entre la chanteuse et le percussionniste était quasi-nulle ; la chanteuse indique de temps en temps au percussionniste le tempo qu'elle souhaite. Sinon, chacun fait son truc dans son coin. Le guru de la chanteuse, Pandit Ajoy Chakrabarty, a fait une apparition vers la fin du récital. Même si je garde le meilleur des souvenirs d'un de ses concerts à la Salle Pleyel, la déférence à son égard m'a semblé quelque peu excessive.

ITC Sangeet Research Academy, Kolkata — 2014-07-11

Sankumar Debnath, chant khyal

Sajoy Adhikary, tabla

Jyoti Goho, harmonium

Raga Malkauns

Raga Bihag (Tarana en Jhaptal)

Le deuxième chanteur, Sankumar Debnath, relativement jeune lui aussi, commence son programme par Raga Malkauns. Il a davantage d'assurance que la chanteuse qui l'a précédé, et son Alap m'a semblé très bon, mais il n'a pas non plus duré plus de trois minutes... Il a exploré l'octave inférieure jusqu'au Ga (komal) et l'Alap s'est semble-t-il terminé quand il a chanté la note Ma de l'octave médiane. J'ai trouvé cela assez frustant. Il a chanté ensuite une composition en Jhaptal et une autre dans un Tala dont le nombre de temps était une puissance de deux (mais de là à dire laquelle). Après un deuxième raga, il a lui aussi interprété Raga Bihag (que tous semblent prononcer Behag ici), mais j'ai trouvé moins satisfaisant son Alap, un peu brouillon en comparaison de celui de Sohini Koley. La composition qu'il a chantée ensuite était plus enthousiasmante. C'était un Tarana, équivalent des Tillanas de la musique carnatique, dans un rapide Jhaptal dans lequel l'interaction avec le percussionniste a mieux fonctionné. Un quatrième raga a été interprété pour conclure ce programme d'une heure environ.

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Planning de juillet/août 2014

2014-07-09 19:25+0200 (Aéroport CDG 2) — Culture — Musique — Culture indienne — Dhrupad — Voyage en Inde XIII — Planning

À peu près tous les balletomanes parisiens sont en ce moment-même à l'Opéra Garnier pour les adieux de Nicolas Le Riche, mais de mon côté, je suis enregistré sur le vol 9W123 pour Mumbai. Je ne sais pas encore très bien ce que je verrai en Inde lors de ce treizième voyage, mais j'ai déjà noté trois spectacles :

  • 11 juillet 2014 à 18h (ITC Sangeet Research Academy, Kolkata) : Si le billet d'avion à une roupie que j'ai acheté le 1er avril dernier n'était pas une plaisanterie, je serai vendredi à Kolkata pour assister à ce récital de chant de Sohini Koley, disciple de Pandit Ajoy Chakrabarty.
  • 11 juillet 2014 à 19h (ITC Sangeet Research Academy, Kolkata) : À la suite du concert précédente, une autre chanteuse prendra le relais : Shatavisha Mukherjee, disciple de Pandit Ulhas Kashalkar.
  • 23 août 2014 (Experimental Theatre, NCPA Mumbai) : À la fin de mon voyage, peut-être aurais-je la possibilité d'assister à un programme de danse manipuri...

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Le vite dit de juin 2014

2014-07-09 14:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Photographies

Salle Pleyel — 2014-06-02

Les Talens Lyriques

Christophe Rousset, direction musicale

Gyula Orendt, Orfeo

Emöke Barath, Euridice

Carol Garcia, La Musica, La Messagiera, Speranza

Elena Galitskaya, Proserpina, Ninfa

Cyril Auvity, Pastore

Alexander Sprague, Pastore

Nicholas Spanos, Pastore

Daniel Grice, Pastore

Gianluca Buratto, Caronte, Plutone

Damian Thantrey, Apollo

Chœur de l'Opéra de Lorraine

Merion Powell, chef de chœur

Ludovic Lagarde, Sébastien Michaud, création lumières

Orfeo (Monteverdi)

Je regrette presque d'avoir assisté à cette version de concert d'Orfeo qui n'a pas atteint les sommets de la version scénique donnée à la Cité de la musique à l'automne. Il devrait être interdit de modifier les réglages des lumières de la Salle Pleyel pendant qu'un orchestre joue : il est lamentable que le bruit de la motorisation des luminaires gâche ainsi un concert. Du point de vue vocal, les plus grandes sensations sont venues d'Elena Galitskaya.

Barbican Hall — 2014-06-05

Bernard Haitink, direction

Chamber Orchestra of Europe

Manfred, ouverture (Schumann)

Isabelle Faust, violon

Concerto pour violon (Berg)

Symphonie nº6 Pastorale (Beethoven)

La complexité topologique du Barbican Hall me donne une préfiguration de ce que sera peut-être la future Philharmonie de Paris. Je doute cependant que la nourriture y sera aussi appétissante...

Je n'ai pas accroché au Schumann, j'ai apprécié le concerto pour violon de Berg (plus tonal que je ne l'aurais imaginé) et j'ai évidemment adoré la Symphonie Pastorale qui était la raison de mon déplacement à Londres pour le week-end. C'était tout autant exaltant que la première fois que j'avais entendu le Chamber Orchestra of Europe et Bernard Haitink interpréter cette œuvre.

Royal Academy of Music — 2014-06-06

Maria Włoszczowska, violon

Schubert, Elgar, Ysaÿe

Le lendemain matin, suivant la suggestion de la meilleure directrice marketing du Chamber Orchestra of Europe, je suis allé à la Royal Academy of Music. Des récitals ou plutôt examens de fin d'année d'étudiants très avancés avaient lieu. La matinée a commencé par un récital de violon de Maria Włoszczowska, magnifique dans Schubert, Elgar et surtout Ysaÿe ! (Il est possible d'écouter certaines de ses interprétations à cette adresse.)

Royal Academy of Music — 2014-06-06

Tahirah Osborne, soprano

Pawel Siwczak, clavecin

Alexander Rolton, violoncelle

Yi-Ru Hung, piano

Allor ch'io dissi addio (Händel)

An die Laute, An die Sonne, Du liebst mich nicht, An mein Herz (Schubert)

Trois poèmes de Louise de Vilmorin (Poulenc)

Quatre chansons pour enfants (nº1 et 3) (Poulenc)

There's none to soothe, Sweet Polly Oliver (Britten)

Music, when soft voices die, Love's Philosophy (Quilter)

Vient ensuite le récital de la soprano Tahirah Osborne. Je ne sais pas s'il s'agit d'une contrainte de ce type d'examen, mais elle a chanté dans quatre langues : italien, allemand, français, anglais. Certains passages des Lieder de Schubert étaient très émouvants. Sa diction du français, sans être parfaite, était plus que correcte ; il ne m'était ainsi pas nécessaire de lire le texte fourni pour comprendre les Chansons pour enfants de Poulenc.

Barbican Hall — 2014-06-06

Leonidas Kavakos, violon et direction

London Symphony Orchestra

The Creatures of Prometheus, overture (Beethoven)

Tim Hugh, violoncelle

Enrico Pace, piano

Triple concerto (Beethoven)

Symphonie nº3 en mi bémol majeur Héroïque (Beethoven)

Délicieux concert du London Symphony Orchestra dirigé par le violoniste Leonidas Kavakos. Je ne dirais pas que c'était un concert extraordinaire, mais j'ai pris beaucoup de plaisir à écouter ces œuvres de Beethoven. L'entente entre les trois solistes dans le Triple Concerto de Beethoven faisait plaisir à voir. Lors de ce concert, j'étais au tout premier rang du Barbican Hall ; certains premiers violons n'arrêtaient pas de me faire des sourires !

Royal Opera House — 2014-06-07

Robert Carsen, mise en scène

Michael Levine, décors

Falk Bauer, costumes

Jean Kalman, lumières

Philippe Giraudeau, mouvements

Royal Opera Chorus

Renato Balsadonna, chef de chœur

Stephen Westrop, chef de chœur (pour cette production)

Orchestra of the Royal Opera House

Vasko Vassilev, premier violon

Simon Rattle, direction musicale

Yann Beuron, Chevalier de la Force

Thomas Allen, Marquis de la Force, son père

Sally Matthews, Blanche de la Force, fille du marquis

Neil Gillespie, Thierry, Leur valet

Deborah Polaski, Madame de Croissy, prieure

Anna Prohaska, Sœur Constance de Saint Denis

Sophie Koch, Mère Marie de l'Incarnation, sous-prieure

John Bernays, Monsieur Javelinot, Médecin

Emma Bell, Madame Lidoine, La nouvelle prieure

Yvonne Barclay, Sœur Antoine

Katy Batho, Sœur Valentine

Tamsin Coombs, Sœur Gertrude

Eileen Hamilton, Sœur Martha

Anne Osborne, Sœur Anne de la Croix

Deborah Peake Jones, Sœur Saint Charles

Dialogues des Carmélites, Poulenc

Les places debout du Royal Opera House sont d'un rare rapport qualité-prix. On voit toute la scène, pour ainsi dire de face ! J'ai même eu la chance de me tenir au même endroit qu'une certaine Julie Jones, comme le montre cette plaque commémorative :

Photo 107
In Memory of Julie Jones Who Stood Here

J'assistais pour la première fois à une représentation de Dialogues des Carmélites. Je pense que ce n'est pas la dernière ! La mise en scène m'a semblée très réussie. Les lumières étaient remarquables. Du point de vue vocal, je retiens tout particulièrement la performance d'Anna Prohaska dans le joyeux rôle de Constance. Une faute de goût m'a un peu gêné dans l'émouvante scène finale : le son enregistré de la guillotine était un peu cracra...

Photo 109
Dialogues des Carmélites

Wigmore Hall — 2014-06-08

Atos Trio

Annette von Hehn, violon

Stephan Heinemeyer, violoncelle

Thomas Hoppe, piano

Trio pour piano en ré (Hob. XV:24), Haydn

Trio pour piano en mi mineur op. 90 “Dumky”, Dvořák

Allegro du Trio pour piano en la majeur (Hob. XV:18), Haydn

J'allais pour la première fois au Wigmore Hall pour un concert de musique de chambre. Je n'ai pas été particulièrement ému par ce concert. Le premier trio de Haydn que l'Atos Trio a interprété manquait un peu de mordant. S'ils l'avaient interprété comme ils ont joué le bis (de Haydn aussi), je pense que j'aurais passé un meilleur moment...

Le jour de mon départ, je me suis promené dans Londres, et je me suis retrouvé à proximité d'une manifestation de Sikhs pour l'indépendance du Khalistan... Trafalgar Square était orange de monde :

Photo 141

Photo 142

Je pense que la National Gallery voisine a rarement vu passer autant de visiteurs sikhs en une journée !

Les autres photographies que j'ai prises à Londres sont visibles là.

Mairie du troisième arrondissement — 2014-06-12

Jyotika Rao, nattuvangam, chant, danse

Matthias Labbe, mridangam

Joël Riou, tampura

Anjeli, Camille, Laure, bharatanatyam

Allaripu

Prastar (Camille/Anjeli)

Dashavatar (Anjeli)

Shiva Kautukam (Camille)

Jatisvaram (Jyotika/Anjeli)

Ranga Dwara (Camille)

Tillana (Jyotika/Laure)

Nritya Mangalam (Camille)

Je ne suis pas tout à fait objectif pour parler de ce spectacle puisque pendant la première moitié, je jouais du tampura pour accompagner ma professeure Jyotika Rao qui chantait et Matthias Labbe qui jouait du mridangam pour ce récital d'élèves avancées de bharatanatyam organisé à la mairie du troisième arrondissement. Les quatre cordes à vide du tampura sont censées être actionnées de façon indépendante du rythme de la musique, il n'est pas si facile d'en jouer pour accompagner la musique au rythme vif de la danse bharatanatyam, mais je ne m'en suis pas trop mal tiré. Bien que je n'aie vu le récital que de profil, le plus grand moment a été pour moi l'interprétation du Shiva Kautukam par celle-là même qui m'avait tant impressionné il y a un an et demi. J'ai vu cette danseuse interpréter beaucoup d'autres pièces depuis, mais il était particulièrement émouvant pour moi de la revoir tout en participant, très modestement, à la représentation de cette pièce. Je retiens aussi le très beau Dashavatar (avec une mention spéciale pour le nain Vamana) et le magnifique Tillana.

Salle Pleyel — 2014-06-16

Guy Braunstein, violon

Zvi Plesser, violoncelle

Sunwook Kim, piano

Sonate pour violon et piano en la majeur (Franck)

Trio pour violon, violoncelle et piano en la mineur (Ravel)

Trio pour violon, violoncelle et piano n°1 en si bémol majeur, op. 99 (Schubert)

Andante con moto du Trio pour violon, violoncelle et piano n°2 en mi bémol majeur, op. 100 (Schubert)

Merveilleux concert de musique de chambre ! Que l'on décide d'écouter ce qui paraît au premier plan ou que l'on tente de percevoir l'arrière-plan, tout semble magnifique... Les phrasés du violoncelliste Zvi Plesser étaient particulièrement beaux.

Opéra Garnier — 2014-06-23

Felix Krieger, direction musicale

Orchestre de l'Opéra National de Paris

Ballet de l'Opéra

Frédéric Chopin, musique (Mazurkas op. 6 nº2 et nº4, op. 7 nº4 et nº5, op. 24 nº2, op. 33 nº3, op. 56 nº2, op. 63 nº3 ; Valse op. 34 nº2, op. 69 nº2 ; Grandes valses brillantes op. 34 nº1 et op. 42 ; Études op. 25 nº4, nº5 et op. 10 nº2 ; Scherzo nº1 op. 20 ; Nocturne op. 15 nº1)

Jerome Robbins, chorégraphie (1969) réglée par Jean-Pierre Frohlich

Joe Eula, costumes

Jennifer Tipton, lumières

Vessela Pelovska, piano

Mathieu Ganio, en brun

Nolwenn Daniel, en jaune

Josua Hoffalt, en vert

Ludmila Pagliero, en rose

Karl Paquette, en violet

Charline Giezendanner, en bleu

Christophe Duquenne, en bleu

Amandine Albisson, en mauve

Aurélie Dupont, en vert

Emmanuel Thibault, en rogue brique

Dances at a gathering

César Franck, musique (1890)

Alexei Ratmansky, chorégraphie

Karen Kilimnik, décors

Adeline André, costumes

Madjid Hakimi, lumières

Accentus

Christophe Grapperon, chef du chœur

Laëtitia Pujol, Psyché

Marc Moreau, Eros

Alice Renavand, Vénus

Christelle Granier, Caroline Robert, Les deux Sœurs

Daniel Stokes, Simon Valastro, Adrien Couvez, Alexandre Labrot, Quatre Zéphirs

Psyché

Pas grand'chose à dire sur ce programme de danse du ballet de l'Opéra. S'il a comporté quelques beaux moments (dont le lancé de Nolwenn Daniel dans les airs magnifiquement rattrapée par Christophe Duquenne, une manœuvre spontanément applaudie par le public), j'ai trouvé Dances at a gathering de Robbins long, très long... Sinon, même avec de nouveaux costumes et la magnifique Laëtitia Pujol, Psyché de Ratmansky ne m'a pas convaincu. Par exemple, la chorégraphie du lancer de flèches par Eros est d'une très grande faiblesse par rapport à ce que je vois régulièrement dans la danse bharatanatyam quand Kama est représenté. Il reste néanmoins quelques photographies des saluts :

Photo 06
Charline Giezendanner, Christophe Duquenne

Photo 13
Psyché

Photo 16
Alice Renavand (Vénus)

Centre Jean Bosco — 2014-06-28

Élèves de Jyotika Rao, bharatanatyam

Alarippu

Shri Gana Natha

Jatiswaram

Varnam

Tillana

Récital de fin d'année des élèves de Jyotika Rao dont je fais partie. Diverses combinaisons d'élèves (duo, trio, quatuor) ont été présentées (la liste des pièces ci-dessus n'est pas exhaustive). Je dansais avec une autre élève Shri Gana Natha qui comporte une partie rythmique de danse pure et une partie évoquant Ganesh (Shloka) ; cela a dû durer à peine trois minutes en tout. Nous avons dansé tous les deux la partie rythmique, mais c'est moi qui ai dansé le Shloka et avais présenté les mouvements pour expliquer ce dont il allait s'agir au public. Cette explication était vraiment nécessaire parce que je pense que si j'avais vu cette pièce sans l'avoir travaillée, je n'y aurais pas compris grand'chose !

Si tout le programme s'est bien passé, deux pièces ont sans doute été plus remarquables que d'autres : le Varnam évoquant Muruga et dans lequel apparaît Kama, et le fabuleux Tillana qui a conclu le récital, deux pièces déjà dansées par Jyotika Rao au Centre Mandapa.

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Le vite dit de mai 2014

2014-07-08 22:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Pour le mois de mai, je ne suis pour le moment revenu que sur le récital de bharatanatyam de Jyotika Rao au Centre Mandapa. Voici mes brèves impressions sur les autres spectacles vus au cours de ce mois :

Salle Pleyel — 2014-05-03

Ballet royal du Cambodge

Son Altesse Royale la Princesse Norodom Buppha Devi, chorégraphie

Ombres et lumières

J'ai été moins enthousiasmé par ce spectacle du Ballet Royal du Cambodge que par celui que j'avais vu en 2010. Pourtant, il s'est agi d'une adaptation du Ramayana, un texte que j'apprécie beaucoup. Ce spectacle-ci m'a semblé beaucoup moins dansé que le précédent. Il associait pantomime et théâtre d'ombre. Pas de corps de ballet. Je suis resté sur ma faim. Je suis néanmoins fasciné par l'extrême concavité que peuvent adopter les mains des interprètes.

Théâtre du Châtelet — 2014-05-05

Jean-Yves Ossonce, direction musicale

Vishal Bhardwaj, mise en scène

Sudesh Adhana, scénographie et chorégraphie

Gunjan Arora & Rahul Jain, costumes

Dadi Pudumjee et The Ishara Puppet Theatre Trust, création des marionnettes

Renaud Corler, lumières

Orchestre Symphonique Région Centre-Tours

Chœur du Châtelet

Stephen Betteridge, chef de chœur et assistant du directeur musical

Paulina Pfeiffer, Kumudha

David Curry, Le Prince

Franco Pomponi, Le Narrateur

Ella Fiskum, danseuse soliste alter ego de Kumudha

Sudesh Adhana, danseur soliste alter ego du Prince

Dadi Pudumjee, Vivek Kumar, Simon T Rann, marionnettistes

A Flowering Tree, John Adams.

Il n'y a pas grand'chose à sauver de cette triste production de A Flowering Tree de John Adams, un opéra inspiré d'un conte indien : Kumudha, une jeune femme, possède le pouvoir de se métamorphoser en arbre en fleurs, ce qui la conduit à épouser un prince ; la sœur de celui-ci lui demande de se métamorphoser, mais ne se soucie pas de la faire reprendre son apparence initiale ; Kumudha devient difforme, et après une longue séparation, elle finit par retrouver son mari et son apparence. Le livret contient les rôles de Kumudha, du prince et un narrateur. Les personnages secondaires sont représentés par des marionnettes. C'est triste à dire, mais les passages les plus émouvants sont venus de ces marionnettes, ainsi que de la danseuse Ella Fiskum qui par ses mouvements suggérait la transformation en arbre. Il est manifeste qu'elle a intégré certains codes des danses indiennes dans son interprétation. Le chorégraphe Sudesh Adhana, qui dansait aussi, m'a semblé beaucoup moins convaincant...

Si certains (comme le critique Renaud Machart) ont trouvé le chœur remarquable d'un point de vue vocal, pour ce qui est des positions des mains empruntées aux danses indiennes, je trouve que cela manquait de travail. Il y avait essentiellement une seule position à retenir, Alapadma, qui évoque l'éclosion d'une fleur. Le moins que je puisse dire est que la plupart des fleurs évoquées par les choristes avaient triste mine, tout comme les affreux costumes...

Salle Pleyel — 2014-05-06

Orchestre Colonne

Laurent Petitgirard, direction

Mémoire du vent (Florent Motsch)

Juliana Steinbach, piano

Concerto pour piano et orchestre (Schumann)

Concerto pour orchestre (Bartók)

J'ai adoré l'œuvre contemporaine de Florent Motsch qui m'a fait penser au style spectral de Gérard Grisey. J'ai joyeusement détesté le concerto pour piano de Schumann ; bien qu'abhorrant ce compositeur, j'arrive en général à apprécier ce concerto espiègle, mais cette fois-ci je n'ai pas du tout aimé le jeu de la pianiste. En revanche, le concerto de Bartók était phénoménal !

Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2014-05-07

Ensemble De Caelis

Laurence Brisset, direction, chant

Alia Sellami, chant arabe traditionnel

Estelle Nadau, chant

Florence Limon, chant

Caroline Tarrit, chant

Marie-George Monet, chant

Monodies, conduits et motets des XIIIe et XIVe siècles

Déserts (Jonathan Bell)

J'ai passé un plutôt bon moment pendant ce concert de musique a capella. Je me suis quelque peu inquiété à l'écoute de la première pièce, une monodie. Les œuvres polyphoniques qui ont suivi m'ont davantage plu. Bien qu'elles soient semble-t-il assez peu variées, j'ai aimé les ornementations présentes dans cette musique ancienne. Les plus beaux moments du concert sont toutefois venus des improvisations de chant arabe traditionnel d'Alia Sellami qui se greffait tout d'abord au chœur puis prenait parfois son indépendance. La deuxième partie du concert constituée de la pièce Déserts de Jonathan Bell était moins exaltante que la première.

Opéra Bastille — 2014-05-10

Chœur et Orchestre de l'Opéra national de Paris

Ballet de l'Opéra

Philippe Jordan, direction musicale

Alessandro Di Stefano, chef du chœur

Georges Bizet, musique (Symphonie en ut majeur)

George Balanchine, chorégraphie

Christian Lacroix, costumes

Madjid Hakimi, réalisation des lumières

Colleen Heary, répétitions

Amandine Albisson, Mathieu Ganio

Marie-Agnès Gillot, Karl Paquette

Ludmila Pagliero, Emmanuel Thibault

Nolwenn Daniel, Pierre-Arthur Raveau

Le Palais de cristal

Maurice Ravel, musique (version intégrale, 1912)

Benjamin Millepied, chorégraphie

Daniel Buren, scénographie

Holly Hynes, costumes

Madjid Hakimi, lumières

Sébastien Marcovici, assistant du chorégraphe

Aurélie Dupont, Chloé

Hervé Moreau, Daphnis

Eleonora Abbagnato, Lycénion

Alessio Carbone, Dorcon

François Alu, Bryaxis

Daphnis et Chloé (création)

J'allais assister à cette représentation un peu à reculons, mais je dois avouer que ce programme m'a semblé être une grande réussite. Le corps de ballet et de nombreux solistes ont brillé dans Le Palais de cristal de Balanchine. Mention spéciale à Amandine Albisson et les élégants entrechats qu'elle a interprétés portée par son partenaire. Je me suis néanmoins ennuyé pendant le mouvement lent de la Symphonie de Bizet interprété par Karl Paquette et Marie-Agnès Gillot (laquelle était complètement à côté de sa ligne lors du finale quand les solistes sont tous rassemblés et en principe alignés...).

Si les aspects narratifs et expressifs étaient assez peu développés dans Daphnis et Chloé de Millepied au point de rendre presqu'anecdotiques les deux rôles principaux (pourtant interprétés par Aurélie Dupont et Hervé Moreau), le public s'est enthousiasmé lors de l'incroyable solo de François Alu (Bryaxis). On ne voyait que lui, ainsi que Léonore Baulac ! Je ne suis habituellement pas un grand admirateur de Philippe Jordan, mais je dois admettre que l'œuvre de Ravel m'a semblé magnifiquement interprétée. Sinon, je n'ai aucun commentaire à faire sur la scénographie de Daniel Buren parce que manifestement les personnes assises au parterre n'ont pas du tout vu la même chose que moi depuis un des coins du deuxième balcon.

Salle Pleyel — 2014-05-17

Philippe Aïche, violon solo

Orchestre de Paris

Andris Poga, direction

Jean Manifacier, mise en scène

Patrick Pleutin, décor

Vincent Malone, présentation

Sept danses d'après Les Malheurs de Sophie (Jean Françaix)

Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber (Scherzo), Hindemith

Sérénade pour cordes op. 48 (Pezzo in forma di sonatina), Tchaikovski

Carmen Suite (Boléro), Rodion Shchedrin

The Young Person's Guide to the Orchestra op. 34, Variations et fugue sur un thème de Purcell (Britten)

Candide, ouverture (Bernstein)

Sympathique concert pour jeune public de l'Orchestre de Paris auquel se sont joints des moins jeunes qui étaient venus écouter l'œuvre de Britten qui était programmée, très agréable à écouter, mais sans doute pas la plus géniale du compositeur.

Opéra de Massy — 2014-05-18

Orchestre de l'Opéra de Massy

Chœurs Les Cris de Paris

Compagnie Julien Lestel

Les Enfants de la Comédie

Dominique Rouits, direction musicale

Nadine Duffaut, mise en scène

Emmanuelle Favre, décors

Danièle Barraud, costumes

Jacques Benyeta, éclairages

Julien Lestel et Mallika Thalak, chorégraphies

Constantin Rouits, chef assistant

Mathieu Pordoy, chef de chant

Geoffroy Jourdain, chef de chœur

Vennina Santoni, Leïla

Julien Dran, Nadir

Alexandre Duhamel, Zurga

Jérôme Varnier, Nourabad

Mallika Thalak, danseuse soliste

Les Pêcheurs de perles

J'ai assisté à cette représentation des Pêcheurs de perles pour voir Mallika Thalak, une de mes danseuses de bharanatyam préférées. Le livret de l'opéra n'est pas très informé sur la culture hindoue : on y vénère très étrangement Brahma et la blanche Shiva... Une particularité de la musique est d'utiliser un leitmotif mélodique qui revient régulièrement dans la pièce, ce qui est d'autant plus agréable pour l'auditeur que cette mélodie est tirée du très beau C'est elle, c'est la déesse. Bref, cet opéra n'est pas un chef d'œuvre absolu, mais ce n'est pas si mal, pour un opéra français. La production est assez traditionnelle. Si on laisse de côté quelques affreux décors peints, c'est plutôt bien fait. J'ai particulièrement aimé les costumes, qui s'inspirent des costumes royaux moghols pour Zurga et qui utilisent toute la palette de couleurs pour les villageois, ce qui était du meilleur effet dans le dernier acte. Pour ce qui est des chanteurs, la seule réserve que j'ai eue, pendant le premier acte, concernait l'interprète de Leïla, qui ne m'a pas convaincu pendant les passages vocaux les plus acrobatiques ; une fois cette séquence passée, mes réserves se sont évanouies.

J'étais donc venu pour voir Mallika Thalak, et je ne l'ai pas regretté ! Le spectacle comportait des passages dansés. Il y avait du spectaculaire avec les danseurs et danseuses de la compagnie Julien Lestel, mais il y avait aussi des passages plus émouvants du fait de la présence de Mallika Thalak. C'est d'ailleurs elle qui ouvrait le spectacle en suggérant l'éclosion d'un lotus. Elle accompagnait les mouvements d'ensemble du chœur dont elle a supervisé la chorégraphie. Le moins que je puisse dire est que les choristes de cette production faisait beaucoup mieux le mudra Alapadma que ceux du Théâtre du Châtelet dans l'opéra A Flowering Tree mentionné plus haut ! (Il faut aussi mentionner les mouvements empruntés aux danses indiennes réalisés par les solistes : c'était très convaincant, et quand la prêtresse Leïla présentait symboliquement le feu à la divinité, ses mouvements étaient d'une justesse rare.) Dans certaines séquences, la danseuse Mallika Thalak apparaissait pour accompagner des passages chantés. Le plus beau de ces moments est intervenu avec l'air du ténor vers la fin du premier acte. Alors que le chanteur interprétait son air (en adoptant une posture assez statique), le sens des paroles était traduit en mouvement par la danseuse. C'était extrêmement émouvant ! et la vitesse modérée des mouvements permettait d'en apprécier encore davantage la beauté. L'Inde (ou plutôt le Sri Lanka) qui est représentée dans l'opéra est évidemment l'Inde phantasmée de l'époque de la composition, mais la danse présentée par Mallika Thalak m'a remarquablement semblée tout à fait respectueuse de la tradition.

(La moyenne d'âge des spectateurs de la représentation de ce dimanche après-midi devait être voisine ou supérieure à 60 ans. Avec la politique tarifaire de l'Opéra de Massy, ce n'est pas très étonnant. Certes, le modèle économique de l'opéra est fragile, mais que la griffe tarifaire se réduise à deux catégories (78€ en première catégorie, 72€ en deuxième) me semble relever d'une scandaleuse injustice sociale. Certes, c'est un tout petit peu moins hors de prix pour les habitants de Massy, mais sur le chemin du retour, je me suis dit qu'il ne devait pas y avoir beaucoup de lyricomanes parmi les personnes habitants entre la gare et l'opéra, puisqu'ils ont le malheur d'habiter la commune voisine d'Antony...)

Temple de Pentemont — 2014-05-23

Orchestre des Concerts Gais

Alexandre Korovitch, direction

Yannick Henri, piano

Concerto pour piano nº3 (Beethoven)

Marc Korovitch, direction

Symphonie nº35 (Mozart)

Pour ce concert gai, le temple de Pentemont avait une acoustique déplorable. J'ai beaucoup aimé le jeu du pianiste Yannick Henri dans le Concerto nº3 de Beethoven et j'ai adoré la Symphonie nº35 de Mozart dirigée par Marc Korovitch (qui reviendra une dernière fois diriger cet orchestre amateur fin novembre dans la Cinquième symphonie de Beethoven !).

Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2014-05-24

Isabelle Druet, mezzo-soprano

Vanessa Wagner, piano

Chansons de Bilitis (Debussy)

La Mort d'Ophélie (Berlioz)

Préludes pour piano (Dutilleux)

Chanson de la déportée (Dutilleux)

La Geôle (Dutilleux)

Gibet (Ravel)

Clair de lune (Fauré)

Plutôt un bon moment sur l'instant, ce concert ne me laisse pour ainsi dire aucun souvenir un mois et demi après.

Cité de la musique — 2014-05-24

Chamber Orchestra of Europe

Semyon Bychkov, direction musicale

Symphonie nº8 “Inachevée” (Schubert)

Renaud Capuçon, violon

Concerto pour violon nº2 (Mendelssohn)

Mélodie (Gluck)

Symphonie nº7 (Beethoven)

Je n'aime pas beaucoup le chef Semyon Bychkov. La symphonie nº7 de Beethoven qu'il a dirigée ne pouvait évidemment pas rivaliser avec celle que Yannick Nézet-Séguin avait obtenu avec ce même orchestre à Édimbourg, mais elle a toutefois comporté de très beaux moments (en particulier dans les deux derniers mouvements).

Cité de la musique — 2014-05-25

Quatuor Les Dissonances

David Grimal, Hans Peter Hofmann, violons

David Gaillard, alto

Xavier Phillips, violoncelle

Ainsi la nuit... (Dutilleux)

Les Dissonances

Mystère de l'instant (Dutilleux)

Symphonie nº1 (Brahms)

De ce week-end Dutilleux, je me souviens surtout avoir apprécié Mystère de l'instant, qui présente l'originalité d'associer aux instruments à cordes de l'orchestre un cymbalum, cet instrument que l'on n'entend plus guère que dans le métro.

Cité de la musique — 2014-05-26

Les Siècles

François-Xavier Roth, direction musicale

Symphonie nº5 (Beethoven)

Muss es sein? (Dutilleux)

Métaboles (Dutilleux)

Gautier Capuçon, violoncelle

Tout un monde lointain (Dutilleux)

L'Apprenti sorcier (Dukas)

Je n'ai aucun souvenir des œuvres de Dutilleux programmées ce soir-là, mais je retiens bien sûr L'Apprenti sorcier de Dukas que j'entendais pour la première fois en concert, et surtout la Symphonie nº5 de Beethoven phénoménale qu'ont interprété les musiciens des Siècles.

Espace Jemmapes — 2014-05-31

Élèves de Kalpana

Mallari

Kautwam (Ganapati)

Kautwam (Murugan)

Jatiswaram

Kautwam (Shiva)

Jatiswaram

Dashavatar

Javali

Kirtana

Javali

Ashtapadi

Récital de fin d'année des élèves de bharatanatyam de Kalpana. Je retiens quelques pièces spectaculaires (les Kautwams) et surtout quelques délicieux pièces et parmi elles tout particulièrement le Javali dédié à Kama.

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Le vite dit d'avril 2014

2014-07-07 14:56+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Théâtre

Salle Pleyel — 2014-04-01

Mariss Jansons, direction

Royal Concertgebouw Orchestra

Frank Peter Zimmermann, violon

Concerto pour violon et orchestre nº3 en sol majeur, KV 216 (Mozart)

Symphonie nº7 en mi majeur (Bruckner)

Trois mois après, je n'ai aucun souvenir de la septième de Bruckner, mais je retiens l'extraordinaire talent du violoniste Frank Peter Zimmermann !

Opéra Garnier — 2014-04-05

Élèves de l'école de danse de l'Opéra

Orchestre des Lauréats du Conservatoire

Marius Stieghorst, direction musicale

Johann Sebastian Bach, musique (Concerto pour clavier et orchestre en ré mineur, BWV 1052)

Claude Bessy, chorégraphie

Ellina Akimova, piano

Concerto en ré

Holger Simon Paulli, musique

August Bournonville, chorégraphie (1858) réglée par Jacques Namont et Francesca Zumbo

Barbara Creutz-Pachiaudi, décors

Anaïs Kovacsik, Chun Wing Lam

La Fête des fleurs à Genzano

Edvard Helsted, Holger Simon Paulli, musique

August Bournonville, chorégraphie (1842) réglée par Élisabeth Platel

Barbara Creutz-Pachiaudi, décors

Napoli (Pas de six et Tarentelle)

Darius Milhaud, musique (1937)

Camille Saint-Saëns, Piotr Ilyitch Tchaikovski, Ludwig Minkus, rythmes de Bulerías, musiques additionnelles

José Martinez, scénario, chorégraphie et scénographie

Agnès Letestu, costumes

Gaëlle Sadaune, Tristan Lofficial, pianos

Andrea Sarri, Scaramouche

Scaramouche

Stephen Collins Foster, musiques (Chansons populaires de l'Ouest américain (1844-1864) interprétées par Thomas Hampson)

John Neumeier, chorégraphie, costumes et lumières (1996) réglée par Marianne Kruuse et Yohan Stegli

Yondering

Comme chaque année, j'ai assisté au spectacle de l'école de danse de l'Opéra, un des plus délicieux moments de la saison de danse. De Scaramouche, je retiens le bref moment où la musique et la chorégraphie se sont mis à évoquer la descente des ombres de La Bayadère. À ma grande surprise, l'œuvre la plus passionnante a peut-être été pour moi Yondering de Neumeier. Je me suis aussi délecté des œuvres de Bournonville et de la première pièce Concerto en ré de Claude Bessy qui pourrait aussi bien s'appeler Alarippu tant la similitude formelle est grande entre cette chorégraphie et le type de pièces de bharatanatyam portant ce nom : elles évoquent l'éclosion de la danse par la mise en mouvement progressive des différentes parties du corps des danseurs.

Salle Pleyel — 2014-04-07

Le Concert des Nations

Manfredo Kraemer, premier violon

Jordi Savall, direction

Music for The Tempest (Matthew Locke)

Concerto en fa majeur La Tempesta di mare pour flûte solo et cordes RV 433 op. 10 nº1 (Vivaldi)

Les Élémens (Jean-Féry Rebel)

Alcione : Airs pour les Matelots et les Tritons (Marin Marais)

Le Quattro Stagione : Concerto pour nº4 en fa majeur pour violon solo et cordes L'Inverno RV 297 op. 8 nº4 (Vivaldi)

Orages, tonnerres et tremblemetns de terre : Les Indes Galantes, Les Boréades, Hippolyte et Aricie, Zoroastre (Rameau)

J'écoute toujours avec un très grand plaisir Le Concert des Nations. Cette fois-ci, j'ai particulièrement aimé le style de direction de Jordi Savall, très souple dans ses mouvements mais néanmoins très précis dans sa battue. Le programme présentait diverses scènes de tempête (ce qui était assez raccord avec la météo de ce jour-là si je me souviens bien). Si j'ai été admiratif de l'audace du violoniste Manfredo Kraemer dont j'ai trouvé l'interprétation très intéressante dans L'Hiver de Vivaldi, il m'a parfois semblé que la virtuosité de l'œuvre le poussait parfois un peu trop près de ses limites.

Théâtre des Champs-Élysées — 2014-04-08

Jonas Kaufmann, ténor

Helmut Deutsch, piano

Winterreise (Schubert)

Si j'avais été bouleversé par l'interprétation de Jonas Kaufmann de La Belle Meunière en 2010, j'ai été moins enthousiaste par ce Voyage d'hiver. C'était vraiment très bien, mais je n'ai pas subi le raz de marée émotionnel escompté. Mon placement à l'un des côté du deuxième balcon du TCE n'a sans doute pas aidé...

Salle Pleyel — 2014-04-10

Roland Daugareil, violon solo

Orchestre de Paris

Cornelius Meister, direction

Hans Heiling, ouverture (Marschner)

David Bismuth, Adam Laloum, Emmanuel Christien, pianos

Concerto nº7 pour trois pianos, en fa majeur, KV 242 (Mozart)

Symphonie nº3 Écossaise (Mendelssohn)

Je me souviens avoir pris beaucoup de plaisir à l'écoute de la Symphonie écossaise. A posteriori, la programmation du concerto nº7 pour trois pianos de Mozart ne paraissait pas indispensable.

Salle Pleyel — 2014-04-13

Quatuor Artemis

Vineta Sareika, Gregor Sigl, violons

Friedemann Weigle, alto

Eckart Runge, violoncelle

Quatuor nº14 en ré mineur D. 810 “La Jeune Fille et la Mort” (Schubert)

Officium breve In memoriam Andreae Szervánszky, op. 28 (György Kurtág)

Elisabeth Leonskaja, piano

Quintette pour piano et cordes en fa mineur op. 34 (Brahms)

Au cours de ce programme du quatuor Artemis, j'ai vécu un des plus beaux moments de musique de chambre de toute la saison avec le merveilleux Officium breve In memoriam Andreae Szervánszky de Kurtág.

Salle Pleyel — 2014-04-14

Russian National Orchestra

Mikhaïl Pletnev, direction

Roméo et Juliette, extraits (Prokofiev)

Nikolaï Lugansky, piano

Concerto pour piano nº3 (Prokofiev)

La Belle au bois dormant, suite, arranement de Mikhaïl Pletnev (Tchaikovski)

On est rarement décu par le Russian National Orchestra... surtout avec un programme pareil !

Théâtre des Champs-Élysées — 2014-04-26

Orchestre de chambre de Paris

Thomas Zehetmair, direction

Strange Ritual (Manoury)

François Leleux, hautbois

Concerto pour hautbois (Strauss)

Symphonie nº3 Rhénane (Schumann)

L'extraordinaire François Leleux a joué le concerto pour hautbois de Strauss avec l'Orchestre de Chambre de Paris. Je suis parti juste après pour être sûr de rentrer de très bonne humeur chez moi.

Théâtre des Bouffes du Nord — 2014-04-29

Kathryn Hunter, Marcello Magni, Jared McNeill

Raphaël Chambouvet, Toshi Tsuchitori, musiciens

Philippe Vialatte, lumières

Arthur Franc, réalisation des éléments scéniques et régie plateau

Alice François, assistante costumes

Pierre-Heli Monot, surtitrage

Peter Brook, Marie-Hélène Estienne, recherche théâtrale

The Valley of Astonishment (création)

J'apprécie énormément le travail de Peter Brook. Avec Marie-Hélène Estienne, il présentait ce jour-là la première d'une recherche théâtrale intitulée The Valley of Astonishment. Avec très peu de moyens (quelques chaises, une ou deux tables), trois comédiens et deux musiciens, ce spectacle a évoqué divers aspects étonnants du cerveau humain. Un personnage ne pouvait bouger ses membres normalement : il devait les voir pour les animer d'un mouvement. Un autre associait des couleurs à des émotions. Une autre enfin, le personnage le plus émouvant du spectacle interprété par Kathryn Hunter, disposait d'une mémoire colossale. Elle n'oubliait rien, pas le moindre détail : une telle faculté peut paraître intéressante dans certains contextes, mais elle peut aussi s'avérer envahissante...

Cité de la musique — 2014-04-30

Roland Daugareil, violon solo

Orchestre de Paris

Paavo Järvi, direction

Une nuit sur le mont Chauve (Moussorgsky)

Tatjana Vassiljeva, violoncelle

Concerto pour violoncelle nº1 (Chostakovitch)

Valses nobles et sentimentales, version pour orchestre (Ravel)

Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber (Hindemith)

Enthousiasmant concert de l'Orchestre de Paris dirigé par Paavo Järvi et de la violoncelliste Tatjana Vassiljeva. Les Valses nobles et sentimentales de Ravel m'ont paru quelque peu incrongrues entre Moussorgsky, Chostakovitch et Hindemith (lequel a inclus un délicieux mouvement utilisant une gamme chinoise dans ses Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber).

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Le vite dit de mars 2014

2014-07-07 10:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Culture indienne — Dhrupad

Pour le mois de mars, j'ai déjà eu l'occasion de revenir sur le récital de Gayatri Sriram au Musée Guimet et sur le Dhrupad Festival à Utrecht. Voici de brefs souvenirs des autres spectacles que j'ai vus au cours de ce mois :

Cité de la musique — 2014-03-01

Les Dissonances

David Grimal, violon

Concerto pour violon et orchestre nº4 en ré majeur, KV 218 (Mozart)

Vicent Alberola, clarinette

Concerto pour clarinette en la majeur, KV 622 (Mozart)

Concerto pour violon et orchestre nº5 en la majeur, KV 219 (Mozart)

Très beau concert des Dissonances. L'orchestre et le soliste David Grimal m'ont semblé particulièrement magnifiques dans le Cinquième concerto pour violon de Mozart. J'ai apprécié aussi le clarinettiste Vicent Alberola aux très subtils pianissimi dans le concerto pour clarinette en la majeur. (Cela n'efface cependant pas tout à fait de ma mémoire l'interprétation de Romain Guyot avec le Chamber Orchestra of Europe.)

Opéra Garnier — 2014-03-03

Ballet de l'Opéra

Orchestre Colonne

Horton Gould, musique

Agnès De Mille, chorégraphie (1948), réglée par Paul Sutherland

Oliver Smith, décors

Miles White, costumes

Pascal Mérat, lumières

Alice Renavand, L'Accusée

Vincent Chaillet, Le Pasteur

Laurence Laffon, La Mère de l'Accusée

Stéphanie Romberg, La Belle-mère de l'Accusée

Christophe Duquenne, Le Père de l'Accusée

Léonore Baulac, L'Accusée enfant

Sébastien Bertaud, Le Porte-parole du jury

Juliette Gernez, Hugo Marchand, Nocturne

Fall River Legend, ballet en un prologue et huit scènes

Ture Rangstrom, musique

Hans Grossman, arrangements musicaux et orchestration

Birgit Cullberg, chorégraphie (1948), réglée par Ana Laguna

Sven X:et Erikson, décors et costumes

Erik Berglund, lumières

Katrin Brannstrom, responsable technique pour les décors et costumes

Monika Mengarelli, Agneta Valcu, répétitions

Aurélie Dupont, Mademoiselle Julie

Nicolas Le Riche, Jean

Amélie Lamoureux, Kristin

Michaël Denard, Le Père de Julie

Alessio Carbone, Le Fiancé de Julie

Charlotte Ranson, Clara, La Fille du garde-forestier

Aurélien Houette, Anders

Takeru Coste, L'Ivrogne

Jean-Christophe Guerri, Andrey Klemm, Richard Wilk, Les trois vieilles Femmes

Mademoiselle Julie, ballet en quatre tableaux d'après la tragédie naturaliste en un acte d'August Strindberg

Pour ce programme de ballet, malgré un placement exceptionnel au parterre dû à des ventes promotionnelles, j'ai été globalement plus enthousiasmé par la musique que par la danse. Si je me souviens bien ma préférence allait à Fall River Legend, surtout pour la musique : j'avais ainsi été un peu déçu par l'expression d'Alice Renavand que j'ai connue plus bouleversante dans d'autres rôles. Je mesure cependant le privilège que cela a été de voir d'aussi près Nicolas Le Riche et Aurélie Dupont dans Mademoiselle Julie !

Salle Pleyel — 2014-03-07

Hélène Collerette, violon solo

Orchestre philharmonique de Radio France

Ádám Fischer, direction

Symphonie nº88 en sol majeur (Haydn)

Tedi Papavrami, violon

Concerto pour violon et orchestre nº1 (Bartók)

Symphonie nº5 en fa majeur op. 76 (Dvořák)

Ce fut un délicieux concert du Philharmonique de Radio France. Je garde en particulier un très bon souvenir de la Symphonie nº88 de Haydn dirigée par Ádám Fischer. Encore une fois, je me demande comment il est possible que les symphonies de Haydn ne soient pas remboursées par la sécu'.

Cité de la musique — 2014-03-15

Chamber Orchestra of Europe

Vladimir Jurowski, direction

Danses allemandes (Schubert, arrangement de Webern)

Christian Tetzlaff, violon

Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 61 (Beethoven)

Cinq Mouvements, op. 5, Anton Webern

Symphonie nº4 “Tragique” en ut mineur (Schubert)

Magnifique programme du Chamber Orchestra of Europe ! Le moment le plus exaltant pour moi a sans doute été l'interprération des Cinq Mouvements de Webern.

Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2014-03-18

Pierre Hantaï, clavecin

Suite anglaise nº4 en fa majeur, BWV 809

Suite anglaise nº5 en mi mineur, BWV 810

Suite anglaise nº6 en ré mineur, BWV 811

Le clavecin que jouait Pierre Hantaï était assez affreux d'un point de vue strictement visuel, mais j'ai pris beaucoup de plaisir à entendre dans de bonnes conditions ces Suites anglaises de Bach.

Ivry-sur-Seine — 2014-03-19

Céline Wadier, chant dhrupad

Gérard Hababou, pakhawaj

Raga Puriya (Alap, Jor, Jhala & Chautal)

Raga Jog (Alap & Tivratal)

Raga Bhinna Shadja (Alap & Sultal)

Avant de commencer son concert, Céline Wadier a demandé aux quelques débutants en dhrupad qui se trouvaient là quels ragas nous étudions. Une des élèves a opportunément dit Puriya. Ce fut manifestement une bonne idée parce que non seulement l'interprétation de ce raga m'a paru superbe, mais ayant pratiqué moi-même ce raga (c'est celui que je connais le mieux), c'est la première fois qu'en écoutant un concert de dhrupad, je sentais à chaque instant de l'Alap où on est était dans la gamme de ce Raga. Je peux ainsi dire en étant à peu près certain de ne pas me tromper que la chanteuse est descendue jusqu'au Ga de l'octave inférieure et est allé jusqu'au Ga de l'octave supérieure (soit deux octaves plus haut). Après ce Raga très développé, elle a chanté Raga Jog et Raga Bhinna Shadja. Seul regret, il y a eu moins d'interactions au cours de ce concert entre la chanteuse et le percussionniste que lors de leur concert d'octobre.

Salle Pleyel — 2014-03-21

Svetlin Roussev, violon solo

Orchestre philharmonique de Radio France

Myung-Whun Chung, direction

Antoine Tamestit, alto

Till l'Espiègle (Strauss)

Concerto pour alto (Bartók)

Une Vie de héros (Strauss)

La corde de do d'Antoine Tamestit ! Quelle sonorité incroyable ! Je suis extrêmement admiratif de l'interprétation qu'il a donné du concerto pour alto de Bartók, même si je dois avouer en toute subjectivité que j'avais été plus ému par l'interprétation de Daniel Vagner (qui se trouvait ce soir-là dans le Philharmonique de Radio France).

Salle Pleyel — 2014-03-27

Orchestre de Paris

Giovanni Antonini, direction

Chœur de l'Orchestre de Paris

Lionel Sow, chef de chœur

Olympia, ouverture (Joseph Martin Kraus)

Giorgio Mandolesi, basson

Concerto pour basson, KV 191, Mozart

Sol Gabetta, violoncelle

Concerto pour violoncelle nº2 (Haydn)

Messe de l'orphelinat, KV 139, Mozart

Camilla Tilling, soprano

Kate Lindsey, mezzo-soprano

Rainer Trost, ténor

Havard Stensvold, basse

Délicieux concert de l'Orchestre de Paris. Les habitués, et ils ont eu mille fois raison, étaient venus pour entendre Giorgio Mandolesi dans le concerto pour basson de Mozart et trinquer avec lui au café d'à côté :-) : je suis reparti avec un autographe en forme de basson. La déception de la soirée est cependant venue pour moi de l'interprétation du concerto pour violoncelle nº2 de Haydn par Sol Gabetta. De la place très proche de la scène où je me trouvais, j'entendais le bruit de ses doigts frappant violemment la touche comme des petits marteaux. Cela accentuait ma sensation de percevoir des suites de notes dont je ne pouvais saisir l'organisation en phrases. Son bis en revanche a été magnifique.

Opéra Comédie, Montpellier — 2014-03-29

Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon

Jérôme Pillement, direction musicale

Benoît Bénichou, mise en scène et adaptation du livret

Amélie Kiritzé-Topor, scénographie

Bruno Fatalot, costumes

Thomas Costerg, lumières

Anne Lopez, chorégraphie

Vincent Recolin, chef des chœurs

Valérie Blanvillain, Marie Arnaud, chefs de chant

Samy Camps, Le Roi Ouf 1er

Héloïse Mas, Lazuli

Solistes du Jeune Opéra

Chœurs du Jeune Opéra

L'Étoile (Chabrier)

Dans la salle presque vide (à part au parterre) de l'Opéra Comédie de Montpellier, j'ai assisté à une représentation de L'Étoile de Chabrier. Ce spectacle n'est pas particulièrement bouleversant, mais assurément agréable à regarder et écouter. Les chanteurs étaient tous jeunes. Parmi eux, je retiens l'excellente Héloïse Mas dans le rôle de Lazuli.

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Le Dhrupad Festival 2014 à Utrecht

2014-07-06 16:24+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne — Dhrupad

Il y a trois mois, je suis allé pour la première fois aux Pays-Bas pour assister au deuxième festival de Dhrupad organisé à Utrecht. Le premier train que j'ai pris à Paris allait à Amsterdam où je pensais rester quelques heures, mais la désespérante atmosphère amstelodamoise m'a fait fuir très rapidement cette ville pour rejoindre la paisible Utrecht :

Photo 031
Utrecht

Les concerts auront lieu dans la grande salle de RASA :

Photo 033
RASA, Utrecht

À l'intérieur, une sympathique buvette et quelques stands, dont un propose une copieuse collection de CD de musique hindustani. Je salue Uday Bhawalkar que je félicite pour le superbe Raga Hindol qu'il a chanté quelques jours plus tôt à Delhi lors du troisième jour d'un festival de dhrupad et que j'ai pu entendre grâce à la diffusion en direct sur le site d'IGNCA.

Lors des concerts de ce festival, la salle qui doit pouvoir accueillir environ 200 personnes est malheureusement très peu remplie. Une soixantaine de specteurs seulement seront présents.

RASA, Utrecht — 2014-03-08

Amelia Cuni, chant dhrupad

Nathanaël van Zuilen, pakhawaj

Sophia, Elias, tampura

Raga Bhup (Alap & Chautal)

Raga Kedar (Alap & Sultal)

Le premier concert a été donné par Amelia Cuni. Elle a interprété une composition de style traditionnel dûe à Vidur Mallick (Raga Bhup), mais a aussi chanté des vers en italien, un hommage à la Mère Nature dans son deuxième Raga avant de changer une de ses propres compositions en Sultal. Si j'apprécié ce concert, j'ai cependant trouvé que la note Sa du haut arrivait un peu vite dans ses Alap, comme inopinément ; j'apprécie davantage les interprètes qui créent une attente ou une tension, qui titillent cette note avant de la jouer franchement. Les motifs rythmiques de ses parties rapides (Jor/Jhala) étaient particulièrement intéressants, les accents étant placés en des endroits inhabituels. C'est la différence la plus notable que j'ai observée entre le style que je connais le mieux (Dagarvani) et ce que j'ai entendu dans ce concert ; la chanteuse m'expliquera le lendemain que c'est une des particularités du style des Mallick.

RASA, Utrecht — 2014-03-08

Pandit Ashok Pathak, surbahar

Rishab Dhar, pakhawaj

Raga Darbari Kanada (Alap & Jhaptal)

Raga Tilang (Alap & Sultal)

Plus tard dans la soirée intervenait le concert de Pandit Ashok Pathak. Il joue du surbahar. En voyant l'instrument, il y a de quoi se demander comment il est ne serait qu'imaginable de sortir un son correct. Pour créer certains effets de glissando, le musicien doit littéralement tirer sur les cordes, et pas qu'un peu... S'il fallait vraiment tendre l'oreille pour entendre quelque chose pendant les phrases de l'Alap explorant les graves, les parties rapides de ce concert étaient particulièrement exaltantes.

Le lendemain matin, j'ai participé à un cours collectif donné par Uday Bhawalkar, manifestement un excellent pédagogue. Quelques exercices sur la gamma indienne (sans jamais prononcer le nom des notes cela dit) dont un joli exercice sur le Raga Bhairav, un Alap un peu trop difficile sur le Raga Vrindavani Sarang et une sympathique composition Tumharava Tumhasaheba en Sultal (exceptionnellement lente pour ce Tala).

Avant le dernier concert, Amelia Cuni a prononcé une intéressante conférence sur son expérience dans la musique dhrupad, la danse kathak, le traumatisme de l'apprentissage du solfège en Italie, sa collaboration avec un ensemble de musique ancienne, etc.

RASA, Utrecht — 2014-03-09

Uday Bhawalkar, chant dhrupad

Nathanaël van Zuilen, pakhawaj

Sophia, Elias, tampura

Raga Bhimpalasi (Alap, Chautal & Sultal)

Très beau concert d'Uday Bhawalkar qui a interprété le Raga Bhimpalasi et deux compositions, dont une que je connaissais (en Chautal). Cela dit, je n'avais plus pratiqué ce Raga depuis un certain temps, donc je n'ai pas aussi bien suivi le développement de l'Alap aussi bien que je l'aurais voulu.

Globalement, si je suis très content d'avoir assisté à ce festival, mais j'en ressors un tout petit peu moins enthousiaste que je ne l'aurais imaginé a priori.

Avant de repartir depuis Rotterdam, j'ai passé une matinée dans la délicieuse ville de Delft :

Photo 055

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Photo 099

Les autres photographies que j'ai faites pendant ce week-end sont .

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Planning de juin 2014

2014-06-02 09:59+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

  • 2 juin 2014 (Salle Pleyel) : C'est la deuxième fois que je vais entendre Orfeo de Monteverdi cette saison après la version indianisante donnée à la Cité de la musique. Cette fois-ci, ce sera en version de concert avec Les Talens Lyriques dirigés par Christophe Rousset.
  • 5 juin 2014 (Barbican Hall, Londres) : Fin de semaine londonienne avec un concert très prometteur du Chamber Orchestra of Europe célébrant les 85 ans de Bernard Haitink avec notamment La Symphonie Pastorale de Beethoven, ce qui me donnera l'occasion de renouer avec l'une combinaisons œuvre/chef/orchestre les plus prodigieuses qu'il m'ait été donné de connaître (cf. ce précédent billet).
  • 6 juin 2014 (Barbican Hall, Londres) : Le lendemain, c'est le London Symphony Orchestra qui donne un programme Beethoven, joué et dirigé par Leonidas Kavakos...
  • 7 juin 2014 (Royal Opera House, Londres) : Plutôt que d'aller écouter le Chamber Orchestra of Europe jouer du Ravel, j'irai au Royal Opera House pour Dialogues des Carmélites.
  • 8 juin 2014 (Wigmore Hall, Londres) : Enfin, je découvrirai le Wigmore Hall pour un concert de musique de chambre Haydn/Dvořák de l'Atos Trio.
  • 12 juin 2014 (Mairie du 3e) : À 20h danseront des élèves très avancées de Jyotika Rao, ma prof de bharatanatyam qui jouera du nattuvangam et chantera, accompagnée par Matthias Labbe (mridangam).
  • 15 juin 2014 (Amphithéâtre de la Cité de la musique) : Le pianiste Stephanos Thomopoulos jouera des extraits de Mikrokosmos de Bartók et de Makrokosmos de George Crumb (dont j'ai eu le grand plaisir de découvrir le quatuor Black Angels récemment).
  • 16 juin 2014 (Salle Pleyel) : Musique de chambre par le trio Guy Braunstein (violon), Zvi Plesser (violoncelle), Sunwook Kim (piano).
  • 28 juin 2014 (Centre Social Jean-Bosco) : À 19h, spectacle de fin d'année des élèves de bharatanatyam de Jyotika Rao. Je ferai sans doute une petite apparition d'un peu plus de 2 minutes, mais il y aura aussi et surtout des élèves beaucoup plus avancées. Avant cela, à 18h, il y aura une projection d'un film sur l'Inde. Entrée : 6€.

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Le vite dit de février 2014

2014-05-26 10:55+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Avec trois mois de retard, voici le vite dit de février 2014...

Salle Pleyel — 2014-01-31

Orchestre philharmonique de Radio France

Svetlin Roussev, violon solo

Leonidas Kavakos, direction musicale et violon

Concerto pour violon et orchestre nº3 en sol majeur, KV 216 (Mozart)

Symphonie nº1 en ré majeur op. 25 dite Classique (Prokofiev)

Symphonie nº9 La Grande (Schubert)

Superbe concert du Philharmonique de Radio France dirigé par Leonidas Kavakos. Le programme est très semblable à celui qu'il avait dirigé avec le Chamber Orchestra of Europe. La Symphonie Classique de Prokofiev a été magnifiquement interprétée, tout comme la Symphonie La Grande de Schubert, que très exceptionnellement je n'ai pas trouvée longue ; j'ai particulièrement aimé la façon dont il a maintenu l'orchestre (et une partie du public) en suspension lors d'un point d'orgue dans le deuxième mouvement.

Cité de la musique — 2014-02-01

Patrick Davin, direction

Orchestre du Conservatoire de Paris

Bandar-log, poème symphonique op. 176 (Koechlin)

Nicholas Angelich, piano

Concerto pour la main gauche (Ravel)

Symphonie nº1 “Le Poème de la forêt” (Roussel)

J'ai été plutôt content d'entendre la symphonie nº1 de Roussel qui m'avait décidé d'assister à ce programme, mais j'avoue que ce programme de musique française m'a laissé indifférent. J'ai beaucoup de mal à comprendre l'enthousiasme que peut susciter le Concerto pour la main gauche de Ravel, que j'entendais pour la première (et sans doute dernière) fois...

Salle Pleyel — 2014-02-02

Wayang Wong, le Ramayana balinais, théâtre rituel de Bali

Troupe d'acteurs, danseurs et gamelan de Telepud (Bali)

I Wayan Gde Adhi Wijaya, direction artistique et musicale

Jacques Brunet et Jean-Luc Larguier, conception

Dewa Putra, conseiller scientifique

L'Enlèvement de Sita

J'ai beaucoup apprécié ce spectacle de théâtre de Bali racontant le Ramayana. Ce qui se passait sur scène était magnifique, mais la représentation a été à mon avis lamentablement gâchée par le surtitrage défaillant. C'est une chose qu'une phrase sur dix soit traduite, c'en est une autre que le texte affiché ne corresponde pas à la scène qui est représentée, mais à la précédente ou à la suivante... et quand le texte correspondait à la bonne scène, il ne fallait pas forcément l'entendre comme ayant été prononcé par le personnage qui s'exprimait sur scène. L'histoire suivant très fidèlement l'épopée indienne (cf. mon résumé), je n'ai eu aucune difficulté à suivre, mais comme cela a dû paraître hermétique à bien des spectateurs !

L'orchestre de percussions et les chanteurs-récitants ont pris place au fond de la scène. Entre deux interventions, les interprètes sont assis de part et d'autre de l'orchestre, à gauche le camp de Rama et à droite celui de Ravana. La seule véritable différence avec l'épopée sanskrite réside dans l'ajout de quatre personnages burlesques : deux serviteurs pour Rama et deux pour Ravana. Les interprètes sont vêtus de costumes richement ornés et de masques. Les seules parties du corps restant visibles étant les mains, on ne découvre que lors des saluts que les rôles de Rama et de son frère Lakshmana sont interprétés par des femmes. Leur gestuelle ainsi que celle de l'interprète de Sita n'est pas sans rappeler celle des danses indiennes. Les positions des mains ressemblent à certains mudras, mais les doigts sont très souvent animés d'une sorte d'oscillation qui me fait étrangement penser à des tentacules de poulpe. Si ces personnages à la démarche majestueuse ne sont pas très loin de danser, le spectacle est bien davantage du théâtre que de la danse. Les divers types de personnages (humains, démons, singes) se distinguent par leurs attitudes et les costumes recèlent de belles trouvailles, par exemple dans la représentation de l'antilope dorée dont un démon a pris l'apparence pour tromper Sita.

Le spectacle peut être visionné sur Cité de la musique live.

Salle Pleyel — 2014-02-05

Orchestre National du Capitole de Toulouse

José Antonio Sainz Alfaro, chef de choeur

Choeur Orfeón Donostiarra

Tugan Sokhiev, direction

Ferruccio Furlanetto, Boris Godounov

Anastasia Kalagina, Xénia

Ain Anger, Pimène

Vasily Efimov, Missaïl

Stanislav Mostovoi, L'Innocent

John Graham-Hall, Le Prince Chouïski

Garry Magee, Andrei Tchelkalov

Pavel Chervinsky, Nikitch, Mityukha

Alexander Teliga, Varlaam

Marian Talaba, Grigori

Svetlana Lifar, Fiodor

Sarah Jouffroy, La Nourrice de Xénia

Hélène Delalande, L'Aubergiste

Vladimir Kapshuk, Un Boyard

Magnifique représentation de Boris Godounov, un opéra que j'ai déjà vu à Munich. Je retiens la très belle prestation de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse (dirigé par Tugan Sokiev) que j'entendais pour la première fois. Du point de vue vocal, les plus grandes émotions sont venues de la basse Ain Anger dans le rôle de Pimène.

Salle Pleyel — 2014-02-07

Orchestre philharmonique de Radio France

Sergej Krylov, violon

Vasily Petrenko, direction

Concerto pour violon nº2 (Bartók)

Symphonie nº1 (Sibelius)

Je n'ai pas accroché à la virtuosité de Sergej Krylov qui m'a semblé un peu trop démonstrative dans Toccata et Fugue en ré mineur (BWV 565) de Bach qu'il a joué en bis ; autant j'ai pris plaisir à écouter la Toccata, autant il m'a semblé présomptueux de jouer cette fugue au violon. Cela ressemblait bien à une fugue, mais les limites de l'instrument étaient un peu trop souvent dépassées pour que je puisse réellement apprécier cette performance.

Le style de direction du chef Vasily Petrenko que j'avais moyennement apprécié dans Bartók s'est métamorphosé pour la deuxième partie du concert et j'ai beaucoup aimé l'interprétation de la Première Symphonie de Sibelius.

Salle Pleyel — 2014-02-13

Philippe Aïche, violon solo

Orchestre de Paris

Christoph Eschenbach, direction

Carnaval, ouverture, Dvorák

Tabea Zimmermann, alto

Concerto pour alto (Bartók)

Symphonie nº4 (Brahms)

Quelques mois après, je ne retiens de ce concert de l'Orchestre de Paris que le concerto pour alto de Bartók interprété par Tabea Zimmermann. Elle a été magnifique, et plus encore dans le troisième mouvement !

Salle Pleyel — 2014-02-19

Roland Daugareil, violon solo

Orchestre de Paris

James Gaffigan, direction

Kleine Dreigroschenmusik, suite pour orchestre de vents d'après l'Opéra de Quat'sous (Weill)

Gil Shaham, violon

Concerto pour violon en ré majeur, op. 35 (Korngold)

Gavotte en rondeau de la Partita nº3 en mi majeur, BWV 1006, Bach

Cendrillon, extraits (Prokofiev)

Très beau concert de l'Orchestre de Paris. J'ai apprécié la Fugue que l'on entend dans la musique de l'Opéra de Quat'sous. Gil Shaham et l'orchestre ont été excellents dans le concerto pour violon de Korngold, mais j'ai surtout adoré écouter la musique de Cendrillon de Prokofiev. Vus et entendus depuis l'arrière-scène, l'orchestre et le chef James Gaffigan semblaient particulièrement grandioses, notamment lors des coups de minuit.

Cité de la musique — 2014-02-21

MusicAeterna

Teodor Currentzis, direction

Dixit Dominus, HWV 232, Händel.

Anna Prohaska, Didon

Tobias Berndt, Énée

Nuria Rial, Belinda

Maria Forsström, Magicienne

Valeria Safonova, L'Esprit

Victor Shapovalov, Marin

Didon et Énée, Purcell

Merveilleux concert ! Si certains ensembles baroques ont tendance à procurer l'ennui (chez moi, en tout cas), cela ne saurait survenir lors d'un concert de MusicAeterna, l'ensemble le plus enthousiasmant que j'aie entendu en concert ! Les musiciens de MusicAeterna jouent debout et sont dirigés par l'extravagant chef Teodor Currentzis. Son seul défaut : quand il demande à ses musiciens de jouer moins fort, le bruit de son pied frappant l'estrade s'entend presque davantage que le reste de l'orchestre. Parmi les voix entendues lors de ce concert, je retiens la merveilleuse Nuria Rial dans le rôle de Belinda dans le génial Didon & Énée de Purcell. Des amis-spectateurs se moquaient de moi quand je soulignais le caractère indianisant d'un certain passage que nous avions entendus, juste avant que Didon se lamente Your counsel..., mais je maintiens que le solo improvisé de viole de gambe (accompagné d'un ersatz de tampura obtenu par une pédale des violoncelles) est ce qui ressemble le plus à un Alap de musique classique indienne dans tout ce qu'il m'a été donné d'entendre lors d'un concert de musique classique européenne... Si vous ne me croyez pas, allez écouter les 90 premières secondes de leur enregistrement sur CD. Lors du concert, ce moment magique à l'atmosphère irréelle, lumières éteintes, avait été plus développé. (Le concert s'est terminé par de superbes bis, dont un magnifiquement mis en scène.)

Cité de la musique — 2014-02-25

Orchestre philharmonique de Radio France

Svetlin Roussev, violon solo

Pascal Rophé, direction

Christa Schoenfeldinger, harmonica de verre

Armonica (Jörg Widmann)

Change pour orchestre (Johannes Boris Borowski)

Chœur de femmes de Radio France

Catherine Simonpietri, chef de chœur

Le Visage nuptial pour soprano, mezzo-soprano, chœur de femmes et orchestre (version définitive), Pierre Boulez

La première œuvre joué dans ce programme du festival Présences est Armonica de Jörg Widmann (que je ne connaissais que comme clarinettiste). J'ai trouvé véritablement magnifique cette œuvre orchestrale utilisant un harmonica de verre (et aussi un accordéon). J'ai rarement été autant émerveillé par une œuvre de musique contemporaine !

Change de Borowski m'a paru au contraire atroce (et sans doute véritablement dangereuse pour les oreilles de spectateurs en raison du volume sonore élévé demandé aux musiciens et en particulier des percussionnistes).

L'œuvre de Boulez jouée après l'entr'acte m'a indifféré. Le texte de René Char, qui n'est pas des plus aisés à entendre, était rendu tout à fait incompréhensible par le compositeur.

Cité de la musique — 2014-02-27

La Chambre Philharmonique

Andreas Staier, piano et direction

Symphonie nº1 en mi bémol majeur, KV 16 (Mozart)

Concerto pour piano nº1 en fa majeur, KV 37 (Mozart)

Symphonie nº49 en fa mineur (Haydn)

Concerto pour piano nº9 en mi bémol majeur, KV 271 “Jeunehomme” (Mozart)

Si j'ai apprécié l'orchestre La Chambre Philharmonique dans les Symphonies de Mozart et de Haydn qui ont été jouées, je n'ai pris aucun plaisir à l'écoute du concerto pour piano nº1 de Mozart. Le piano que jouait Andreas Staier était assez ancien (début XIXe ?) et devenait pour presque totalement inaudible quand l'orchestre jouait... Je suis parti à l'entr'acte pour m'épargner de souffrir pareillement pour le deuxième concerto programmé.

Opéra Garnier — 2014-02-28

John Cranko, chorégraphie, mise en scène (1965)

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique

Kurt-Heinz Stolze, arrangements et orchestration

Jürgen Rose, décors et costumes

Steen Bjarke, lumières

Reid Anderson, Jane Bourne, répétitions

James Tuggle, direction musicale

Hervé Moreau, Onéguine

Isabelle Ciaravola, Tatiana

Mathias Heymann, Lenski

Charline Giezendanner, Olga

Karl Paquette, Le Prince Grémine

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Onéguine, ballet en trois actes de John Cranko d'après Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine

Je n'ai jamais été un grand fan d'Isabelle Ciaravola. La seule fois où elle m'avait vraiment ému, c'était dans le rôle de Nouredda lors de la création de La Source. Quelques jours avant ses adieux, lors d'une autre représentation d'Onéguine, alors qu'elle interprétait le rôle Tatiana avec Evan McKie (Onéguine), j'avais trouvé que ce couple ne fonctionnait pas (alors que beaucoup de balletomanes se souviennent avec émotions du couple Dupont/McKie dans ce rôle). J'allais donc un peu à réculons à cette soirée d'adieux et je dois dire que je ne l'ai pas regretté. Isabelle Ciaravola était alors associée à Hervé Moreau, et cela fonctionnait beaucoup mieux ! Dans le rôle d'Olga, j'ai également été ravi de voir Charline Giezendanner, associée à Mathias Heymann (Lenski).

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Planning de mai 2014

2014-05-01 14:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Danses indiennes — Planning

Des billets rendant compte de concerts reviendront bientôt... En attendant, voici mon programme de spectacles pour le mois de mai :

  • 3 mai 2014 (Salle Pleyel) : Le Ballet Royal du Cambodge que j'ai déjà eu l'occasion de voir en 2010 dansera une pièce basée sur le Rāmāyaṇa.
  • 5 mai 2014 (Théâtre du Châtelet) : Même si j'apprécie son style, la façon qu'a John Adams de se répéter d'une œuvre à l'autre m'énerve un peu, mais je ne vais quand même pas rater une occasion de voir son opéra A Flowering Tree inspiré d'un conte indien.
  • 6 mai 2014 (Salle Pleyel) : L'Orchestre Colonne jouera notamment le Concerto pour orchestre de Bartók.
  • 7 mai 2014 (Cité de la musique) : J'irai écouter l'ensemble de chant a cappella De Caelis dans un programme comportant de la musique du XIVe siècle.
  • 10 mai 2014 (Opéra Bastille) : Le Palais de Cristal de Balanchine et création de Daphnis et Chloé par Benjamin Millepied, le futur nouveau directeur du ballet de l'Opéra.
  • 15 mai 2014 (Centre Mandapa) : Jyotika Rao, ma prof de bharatanatyam donnera un récital au Centre Mandapa. Les extraits du Varnam sur Muruga que j'ai pu voir font assez envie...
  • 16 mai 2014 (Salle Pleyel) : Reprise d'Orpheus und Euridike de Pina Bausch par le ballet de l'Opéra.
  • 17 mai 2014 (Salle Pleyel) : Top-chef : initiation à la cuisine orchestrale, voici le titre incongru de ce programme de concert matinal de l'Orchestre de Paris. J'y vais surtout pour The Young Person's Guide to the Orchestra de Benjamin Britten.
  • 18 mai 2014 (Opéra de Massy) : Les tarifs de l'Opéra de Massy sont prohibitifs, mais j'irai quand même voir Les Pêcheurs de perles de Bizet dans une production à laquelle participe la danseuse de bharatanatyam Mallika Thalak.
  • 23 mai 2014 (Espace de Pentemont) : Marc Korovitch dirigera l'Orchestre des concerts gais dans un programme Beethoven/Mozart.
  • 24 mai 2014 (Cité de la musique) : Récital de la mezzo-soprano Isabelle Druet.
  • 24 mai 2014 (Cité de la musique) : Programme Schubert/Mendelssohn/Beethoven pour le Chamber Orchestra of Europe.
  • 25 mai 2014 (Cité de la musique) : Ce qui m'attire le plus dans ce programme de l'ensemble Les Dissonances, c'est le quatuor à cordes Ainsi la nuit de Dutilleux par les quatre musiciens que j'avais entendus dans Janáček.
  • 26 mai 2014 (Cité de la musique) : Programme Dutilleux/Beethoven/Dukas pour l'orchestre Les Siècles (que je n'ai entendu pour le moment qu'une seule fois).
  • 31 mai 2014 (Espace Jemmapes) : Récital de fin d'année des élèves de bharatanatyam de Kalpana.

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Planning d'avril 2014

2014-04-04 16:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Planning

Voici mon programme de spectacles pour le mois d'avril :

  • 1er avril 2014 (Salle Pleyel) : Programme Mozart/Bruckner pour le Royal Concertgebouw Orchestra dirigé par Mariss Jansons avec le violoniste Frank Peter Zimmermann.
  • 5 avril 2014 (Opéra Garnier) : L'incontournable spectacle de l'école de danse de l'Opéra, qui est en général un des plus réjouissants moments de la saison de l'Opéra.
  • 7 avril 2014 (Salle Pleyel) : Je me souviens avec émotion d'un concert Rameau du Concert des Nations dirigé par Jordi Savall, je me réjouis donc d'aller réécouter cet ensemble.
  • 8 avril 2014 (Théâtre des Champs-Élysées) : J'avais été très ému quand Jonas Kaufmann avait interprété Die schöne Müllerin en 2010. Cette fois-ci, il va chanter Winterreise. C'est bien sûr un des concerts les plus attendus de l'année...
  • 10 avril 2014 (Salle Pleyel) : Un des tout premiers concerts que j'aie entendu à la Salle Pleyel quand j'ai commencé à y aller en octobre 2007 était dirigé par le jeune chef Cornelius Meister. Cette semaine, il dirigera l'Orchestre de Paris dans un programme comportant notamment la Symphonie nº3 “Écossaise” de Mendelssohn et le concerto pour trois pianos de Mozart.
  • 13 avril 2014 (Salle Pleyel) : Lors de ce concert, je découvrirai le Quatuor Artemis qui sera accompagné de la superbe pianiste Elisabeth Leonskaja dans le quintette de Brahms. Le quatuor jouera également le quatuor “La jeune fille et la mort” de Schubert ainsi que Officium breve In memoriam Andreae Szervánszky de Kurtág (une œuvre exceptionnellement longue de ce compositeur : 12 minutes).
  • 14 avril 2014 (Salle Pleyel) : Je me réjouis de réentendre le Russian National Orchestra que j'avais beaucoup apprécié en octobre.
  • 26 avril 2014 (Théâtre des Champs-Élysées) : Le Concerto pour hautbois de Richard Strauss par François Leleux !
  • 30 avril 2014 (Cité de la musique) : J'ai sélectionné ce concert de l'Orchestre de Paris pour pouvoir enfin entendre en concert Une nuit sur le mont Chauve de Moussorgsky.

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Gayatri Sriram au Musée Guimet

2014-03-27 10:42+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes

Auditorium du Musée Guimet — 2014-03-14

Gayatri Sriram, danse bharatanatyam

Minal Prabhu, nattuvangam

Balasubramanya Sharma, chant

G. Gurumurthy, mridangam

Jayaram Kikkeri, flûte

Prasanna, ganjira, percussions

Murugan Krishnan, lumières

Isabelle Anna, voix off

Surya Kautwam

Ardhanarishwara

Varnam

Ashtapadi

Tillana

Mira Bhajan

Le vendredi 14 mars, j'ai renoncé à aller écouter les Gurre-Lieder de Schönberg joués à la Salle Pleyel par un effectif pléthorique de musiciens pour me diriger vers le Musée Guimet où allait se tenir le récital de bharatanatyam de Gayatri Sriram dont j'avais pu apprécier les qualités dans la danse narrative au NCPA de Mumbai en juillet 2011. Je ne l'ai pas regretté !

(Full disclosure: La danseuse m'ayant contacté quelques semaines avant le récital pour me suggérer de venir, je lui avais demandé de m'indiquer les thèmes qui seraient évoqués dans les différentes pièces de ce programme. La danseuse m'ayant fait une réponse très détaillée, j'ai pu assister à ce programme dans de meilleures conditions que d'ordinaire ; habituellement, je ne découvre les pièces qu'au fur et à mesure qu'elles sont exécutées par les danseuses et je n'arrive pas toujours à bien déchiffrer la pantomime...)

Le programme est intitulé Mukti Marga ; il s'agit d'un ensemble de pièces explorant le thème de l'adoration de la divinité. La première pièce est un Surya Kautwam, un type de pièces dans lequel le rythme domine la musique dont le tempo est plutôt rapide. Cette pièce évoquant le Soleil (Surya) comporte des passages de danse pure exécutés à des vitesses variables. J'apprécie d'y reconnaître quelques enchaînements (adavus) que j'ai appris et je me délecte de voir la danseuse présenter des figures géométriques non seulement dans sa gestuelle, mais aussi dans son placement et par les quarts de tour qu'elle effectue sur elle-même. Dans cette pièce, les différentes heures du jour sont associées aux différents dieux de la Trinité hindoue. Si je n'ai pas reconnu Vishnu, il m'a bien semblé reconnaître Brahma et Shiva (dont était représenté le Lingam). L'image la plus marquante était celle de Surya représenté comme cocher d'un attelage de sept chevaux.

La pièce suivante Ardhanarishwara m'a paru particulièrement réussie. La danseuse évoque Shiva avec la moitié droite de son corps et son épouse Parvati avec sa moitié gauche. J'ai particulièrement apprécié le cycle rythmique utilisé dans cette pièce, Rupaka Tala. Ce cycle à trois temps était interprété de façon délicieusement lente, ce qui sied bien à une pièce comme Ardhanarishwara dans laquelle la danseuse se métamorphose continûment de Shiva à Parvati et réciproquement. L'alternance entre la voix du chanteur et les onomatopées rythmiques peuvent se jouer à diverses échelles dans le cadre d'un récital de bharatanatyam : à l'échelle du récital dans son ensemble par l'alternance entre pièces narratives et pièces de danses pure, à l'échelle d'une pièce par l'alternance entre passages narratifs et passages de danse pure. Cette alternance a pris dans cet Ardhanarishwara une forme qui m'a semblé inédite : vers la fin de la pièce, cette alternance pouvait s'entendre à l'échelle du cycle rythmique, deux des trois temps étant utilisés par le chanteur solfiant des notes tandis que le dernier temps l'était par les onomatopées rythmiques (à moins que ce ne soit le contraire).

Le Varnam, pièce principale du récital, est dédié à Krishna. Il est composé d'une alternance entre passages narratifs et passages de danse pure (jatis). Le premier de ces jatis m'a semblé particulièrement original dans la mesure où malgré la dominante rythmique et le tempo plutôt rapide de la musique, la danse était narrative : elle évoquait l'enfance de Krishna. Ce procédé est assez rare, je ne me souviens distinctement avoir vu que deux danseuses l'utiliser : Shantala Shivalingappa (kuchipudi) et Rukmini Vijayakumar. Les jatis qui suivront seront moins originaux dans leur forme que celui-ci, mais certains détails distinctifs me plairont particulièrement. Par exemple, dans l'un d'entre eux, j'apprécierai la façon de la guru Minal Prabhu d'utiliser un tempo très variable au cours des cycles rythmiques (Adi Tala) et dans un autre j'apprécierai le caractère étonnamment mélodique de la musique.

Je n'ai pas saisi absolument tous les aspects narratifs de ce très riche Varnam. Les premiers chapitres de cette pièce racontent l'enfance de Krishna et la séduction qu'il exerce sur les bouvières (gopis). Il danse avec elles après les avoir attirées avec sa flûte. La danseuse utilise ses capacités d'expression pour évoquer les sentiments éprouvés par une de ces femmes : alors qu'elle est séparée de la divinité avec laquelle elle cherche à s'unir, elle se désole et ne parvient même plus à manger. Certains exploits du jeune Krishna sont évoqués. Sauf erreur de ma part, on le voit tuer le démon Kamsa, soulever le mont Govardhana sur son petit doigt ou encore danser sur le serpent Kaliya. Cependant, le passage qui m'a fait la plus forte impression est celui qui raconte très en détail la naissance de Krishna. Celui-ci a été adopté par Yashoda qui est souvent mise en scène dans les chorégraphies de bharatanatyam, mais ce Varnam représente ses parents biologiques Vasudeva et Devaki. Le démonique roi Kamsa avait été frappé d'une malédiction : le huitième enfant de Vasudeva et Devaki le tuerait. À la naissance de Krishna, Vasudeva s'en va secrètement échanger Krishna avec la fille à laquelle Yashoda vient de donner naissance. En illustrant délicieusement l'amour filial, la danseuse représente le trajet de Vasudeva. Partant de sa demeure, il porte le bébé Krishna sur sa tête et se dirige vers la campagne où il vient déposer Krishna dans son nouveau berceau.

La fin du Varnam représente Krishna tel qu'il se manifeste dans le Mahabharata. La scène du jeu de dés dans laquelle il vient au secours de Draupadi est représentée très brièvement, ce qui m'a quelque peu frustré, temporairement... Je n'ai pas très bien compris sur le moment les dernières minutes du Varnam qui illustraient la Bhagavad-Gita, ce dialogue entre Arjuna et Krishna dans lequel Krishna parvient à convraincre à Arjuna de prendre les armes. À un moment, Arjuna demande à Krishna de se montrer dans sa forme universelle. Je présume que cela devait être le sens du passage le plus impressionnant (et assez indescriptible !) de ce Varnam, lequel se conclut par la majestueuse mise en mouvement du char d'Arjuna dont Krishna est le cocher (une des images classiques associées au Mahabharata dans l'iconographie hindoue). J'aurais aimé apprécier davantage ce passage, mais j'étais perturbé par la musique. À force de voir et d'entendre des Varnam, il me semble distinguer une règle générale énonçant que les dernières minutes de musique se doivent d'être joyeuses. Ce Varnam n'échappait pas à cette règle et je trouvais cela curieux dans le contexte de la Bhagavad-Gita qui est certes une révélation spirituelle mais aussi une harangue belliqueuse. Ainsi, quand une musique joyeuse accompagnait les mouvements d'un archer, je me suis réellement demandé s'il s'agissait d'Arjuna ou bien du dieu de l'Amour (Kama, qui lance des flèches florales), et ce d'autant plus qu'avant le début du Varnam la voix off avait comparé Krishna à Kama — je ne tiendrai pas rigueur à Isabelle Anna d'avoir ainsi contribué à ma confusion puisqu'il y a quelques mois une autre de ses très pertinentes interventions m'avait fait permis d'apprécier une magnifique scène d'un récital de Janaki Rangarajan que je n'aurais pas comprise sans cette explication préalable...

Il convient de signaler que pendant ce récital, l'orchestre incluait un musicien qui utilisait des percussions électroniques (et d'autres instruments, y compris le morsing, la guimbarde indienne). J'avoue avoir une certaine méfiance pour cette pratique, puisque j'estime que le mridangam et les instruments mélodiques (violon, flûte, vînâ, etc.) offrent déjà une large palette d'effets spéciaux pour accentuer certains moments dramatiques. En utilisant des effets électroniques ou des bruitages, le risque est à mon avis grand de polluer l'atmosphère pour virer au kitsch ridicule, ce que j'ai eu l'occasion de subir lors d'un récital du danseur Zakir Hussain. Heureusement, lors du récital de Gayatri Sriram, cet accompagnement a été sobre et de bon goût.

Le récital s'est poursuivi avec deux Ashtapadi extraits du Gita-Govinda. Il s'agissait des deux derniers de ces Ashtapadi (ou cantilènes), les vingt-trois- et vingt-quatrièmes cantilènes qui se trouvent dans le douzième (et dernier) chant de ce texte poétique de Jayadeva (dont j'ai particulièrement apprécié la traduction de Jean Varenne ; les extraits ci-dessous viennent de la traduction de Gaston Courtillier que j'ai sous la main). Ils exaltent l'amour entre Radha et Krishna. Dans ce type de pièce, la musique est extrêmement mélodique et la danseuse passe l'essentiel du temps assise dans une attitude lascive en exprimant par le regard et des gestes les sentiments des personnages. Dans le 23e Ashtapadi, Krishna invite Radha : Un temps, à présent, suis Nārāyaṇa, suis-moi, qui t'aie suivie, ma petite Rādhā.. Celle-ci n'a pas fait que le rejoindre quand on arrive au 24e Ashtapadi où Radha lui répond en lui demandant d'arranger ses divers ornements : “Mortification des essaims d'abeilles, le fard effacé par le baiser de tes lèvres, avive-le sur les yeux bien-aimés, qui décochent les flèches d'Amour.” Elle dit, et le fils de Yadu folâtrait, joie du cœur. Il est difficile de résumer l'impression visuelle faite par ces deux pièces, tant la tentation fut grande de se laisser emporter dans le flux continu de la danse. Je retiens cependant l'application de Krishna pour parer Radha à son réveil et lui jeter des fleurs.

Le récital admet une première fin avec un Tillana particulièrement technique. Je dois avouer l'avoir davantage écouté que regardé : j'étais très perturbé par le cycle rythmique particulièrement compliqué sur lequel il était composé... Cela fait un certain temps que j'arrive à clapper Adi Tala ou Rupaka Tala, mais d'autres types de cycles sont parfois utilisés et certains n'ont pas de petits noms, comme Adi Tala, qui est un diminutif de Chatusra-nadai Chatusra-jati Triputa Tala, qui signifie que ce cycle à huit temps (subdivisés en quatre) se clappe comme ceci ×‒‒‒×o×o (clap-rien-rien-rien-clap-ondulation-clap-ondulation), ondulation correspondant à un mouvement de rotation de la main vers le côté et rien indiquant des temps pendant lesquels on compte avec les doigts pour s'y retrouver. Je n'ai pas retenu le détail du nom technique du Tala utilisé pendant ce Tillana, mais cela ressemblait à un gigantesque nom à rallonge. J'ai eu l'impression que c'était un cycle à neuf temps (j'ai griffonné ×‒‒‒‒×o×o sur mon carnet), mais singulièrement plus compliqué qu'Adi Tala parce que les cinq premiers temps n'étaient semble-t-il pas subdivisés de la même manière que les quatre derniers. Que l'on puisse danser sur un tel rythme, cela semble relever du prodige...

Après une brève salutation traditionnelle, le public a beaucoup applaudi la danseuse qui est revenu danser sur un Mira Bhajan. Du fait des échanges que j'avais eus avec la danseuse, je savais qu'une pièce de ce nom figurait au programme, mais j'ignorais le thème précis. Bien sûr, le nom Mira Bhajan renvoie à la poétesse du XVIe siècle Mirabaï (qui est le personnage principal du roman La Princesse mendiante). Un temple a même été érigé en l'honneur de cette dévôte de Krishna à Chittorgarh (un endroit que j'ai beaucoup apprécié).

Photo 1212
Sortie du temple de Mirabai, Chittorgarh

Le thème général du poème était bien entendu Krishna, mais quand la pièce a commencé j'ignorais complètement quel aspect de cette divinité serait mis en valeur, et puis l'incroyable est arrivé : je reconnais Yudhishthira, l'aîné des Pandavas dans le Mahabharata, en train de perdre au jeu de dés contre Shakuni. Il perd sa couronne, se perd lui-même, puis son épouse Draupadi, laquelle est forcée, alors qu'elle a ses règles, tremblante comme un bananier dans la tempête, de rejoindre les hommes dans la salle où se tient la partie de dés. Dushasana la tire par les cheveux. Plus loin, Duryodhana se découvrira obscènement la cuisse en la regardant. Entretemps, après un débat sollicité par Draupadi pour savoir si Yudhishthira avait le droit de faire de Draupadi l'enjeu d'un pari après s'être perdu lui-même, Dushasana tente d'humilier davantage Draupadi en tirant sur son sari. Celle-ci ayant adressé une prière à Krishna, son sari se rallonge miraculeusement au fur et à mesure que Dushasana tire dessus. Cette scène est sans doute une des plus bouleversantes de l'épopée indienne... Si j'avais été un peu frustré par l'évocation très brève de cette scène dans le Varnam, j'ai été émerveillé par la forme développée qu'elle a prise dans cette dernière pièce. Le moment le plus extraordinaire de cette pièce a été celui pendant lequel la danseuse a représenté presque simultanément trois personnages : Draupadi, Dushasana tirant sur son sari et Krishna faisant apparaître d'un geste ondulatoire de nouvelles longueurs de tissu tout en arborant un visage d'une sereine tranquilité. C'était véritablement magnifique !

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Planning de mars 2014

2014-03-07 10:40+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Dhrupad — Planning

  • 1er mars 2014 (Cité de la musique) : Programme 100% Mozart de l'ensemble Les Dissonances.
  • 3 mars 2014 (Opéra Garnier) : Les ballets Fall River Legend d'Agnes de Mille et Mademoiselle Julie de Birgit Cullberg.
  • 7 mars 2014 (Salle Pleyel) : Ádám Fischer dirige le Philharmonique de Radio France pour un programme Haydn/Bartók/Dvořák.
  • 8 & 9 mars 2014 (RASA, Utrecht) : Week-end à Utrecht pour le festival de dhrupad. Trois concerts et un cours avec Uday Bhawalkar !
  • 13 mars 2014 (Salle Pleyel) : Programme 100% Strauss pour l'Orchestre de Paris dirigé par Marek Janowski. Ce concert me donnera l'occasion d'entendre la chanteuse Anja Harteros pour la première fois.
  • 14 mars 2014 (Musée Guimet) : Récital de bharatanatyam de Gayatri Sriram, que j'ai déjà eu l'occasion de voir à Mumbai en 2011.
  • 15 mars 2014 (Cité de la musique) : Je ne sais pas ce qui me fait le plus envie dans le programme de ce concert du Chamber Orchestra of Europe. Les Cinq mouvements de Webern me semblent aussi prometteurs que le Concerto pour violon de Beethoven et que les œuvres de Schubert programmées (Danses allemandes et Symphonie nº4).
  • 18 mars 2014 (Cité de la musique) : Je n'ai prévu d'aller qu'à un seul des nombreux concerts d'œuvres de Bach pour le clavecin programmés à la Cité de la musique et ce sera pour écouter Pierre Hantaï.
  • 19 mars 2014 (Salle Pleyel) : Le lendemain, La Passion selon Saint Jean dirigée par Masaaki Suzuki dont j'avais adoré La Messe en si mineur...
  • 21 mars 2014 (Salle Pleyel) : Avant la saison 2013-2014, je n'avais jamais eu l'occasion d'entendre le concerto pour alto de Bartók. Après les superbes interprétations de Daniel Vagner et Tabea Zimmermann, j'aurai cette fois-ci l'occasion d'entendre celle d'Antoine Tamestit.
  • 27 mars 2014 (Salle Pleyel) : Giorgio Mandolesi dans le concerto pour basson de Mozart !
  • 29 mars 2014 (Opéra Comédie, Montpellier) : L'Étoile de Chabrier à l'Opéra Comédie de Montpellier.

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La sixième biennale de quatuors à cordes à la Cité de la Musique

2014-01-29 12:20+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Après celles de 2010 et de 2012, j'ai assisté à la sixième biennale des quatuors à cordes à la Cité de la musique. Lors de la précédente édition, j'avais assisté à 5 concerts. Cette fois-ci, 12½ ! Le bilan est globalement très positif.

Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2014-01-18 à 15:00

Quatuor Béla

Frédéric Aurier, violon

Julien Dieudegard, violon

Julian Boutin, alto

Luc Dedreuil, violoncelle

Serge Lemouton, réalisation informatique musicale IRCAM

Black Angels (George Crumb)

Spirali (Marco Stroppa)

Quatuor nº1 “Métamorphoses nocturnes” (Ligeti)

Adagio pour glassharmonica, KV 356 (Mozart)

Spirali de Stroppa était interminable. J'ai beaucoup aimé le premier quatuor de Ligeti dans lequel l'influences de Bartók est assez évidente (ne serait-ce que pour les pizz. Bartók qui ont semble-t-il été fatals à une des cordes du violoncelliste...). Le point culminant du concert était néanmoins Black Angels de George Crumb. Quel plaisir de voir et entendre de la musique du XXe siècle interprétée avec un tel engagement ! J'ai particulièrement apprécié les passages où les musiciens faisaient sonner leurs instruments comme des violes en en jouant à l'envers.

Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2014-01-18 à 20:30

Quatuor Kuss

Jana Kuss, violon

Oliver Wille, violon

William Coleman, alto

Mikayel Hakhnazaryan, violoncelle

Quatuor op. 3 (Berg)

Introjections, Oliver Schneller (création)

Quatuor à cordes nº21 en ré majeur, KV 575 (Mozart)

Bon concert, sans plus.

Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2014-01-21 à 19:00

Cuarteto Casals

Vera Martinez-Mehner, Abel Tomás, violons

Jonathan Brown, alto

Arnau Tomás, violoncelle

Six Bagatelles, op. 9, pour quatuor à cordes (Webern)

Quatuor à cordes nº19 en do majeur KV 465 “Les Dissonances” (Mozart)

Quatuor à cordes nº4 en ré majeur, op. 83 (Chostakovitch)

Ce concert du Casals a été un de mes préférés de toute la biennale. Les quatre minutes de Webern ont été intenses. Le quatuor de Mozart “Les Dissonances” m'a semblé magnifiquement interprété, mieux que la dernière fois que je l'avais entendu. J'ai aussi apprécié le Quatuor nº4 de Chostakovitch. Ma proximité avec l'altiste ne me permet pas d'ignorer la pédale de ré du premier mouvement !

Cité de la musique — 2014-01-21 à 20:30

Quatuor Arditti

Irvine Arditti, violon

Ashot Sarkissjan, violon

Ralf Ehlers, alto

Lucas Fels, violoncelle

Quatuor nº3 Melencolia (Philippe Manoury)

Orchestre philharmonique de Radio France

Pascal Rophé, direction

Khôra, pour orchestre à cordes, Pascal Dusapin

Quatuor VI Hinterland, pour quatuor à cordes et orchestre, Pascal Dusapin

Je m'en doutais avant d'entrer dans la salle — j'avais d'ailleurs failli partir après le concert précédent — mais il est évident que 4' de Webern par le quatuor Casals vallent mieux qu'une demi-heure de Dusapin... Je n'ai pas détesté ce que j'ai entendu lors de ce concert Manoury/Dusapin dans lequel le quatuor Arditti était rejoint par l'Orchestre Philharmonique de Radio France, mais après un concert aussi magnifique que celui qui avait précédé, je n'étais pas très enthousiaste, forcément...

Cité de la musique — 2014-01-23 à 20:30

Quatuor Borodine

Ruben Aharonian, violon

Sergei Lomovsky, violon

Igor Naidin, alto

Vladimir Balshin, violoncelle

Quatuor à cordes nº15 en ré mineur KV 421 (Mozart)

Mouvement de quatuor (Tchaikovski)

Quatuor à cordes nº2 (Borodine)

Un Mozart assez sinistre, mais Borodine par les Borodine, cela vallait le déplacement ! De très beaux thèmes superbement inteprétés par le violoncelliste avant d'être repris par le quatuor.

Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2014-01-24 à 19:00

Quatuor Arditti

Irvine Arditti, violon

Ashot Sarkissjan, violon

Ralf Ehlers, alto

Lucas Fels, violoncelle

Quatuor à cordes nº5 (Georg Friedrich Hass)

not forgotten (Roger Reynolds)

Quatuor à cordes nº2 “Cuerdas del destino” (Hilda Paredes)

Quatuor à cordes nº2 (Christophe Bertrand)

Le Quatuor nº5 de Hass est une très belle découverte. La recherche sur le timbre des instruments est impressionnante. Pendant de longues séquences du quatuor, les musiciens qui étaient aussi éloignés que possible sur la scène jouaient chacun une note de façon prolongée, les seules variables étant les nuances et les techniques d'archet (plus ou moins con scratchy ou sul ponticello). Bref, une œuvre typiquement spectrale comme je les aime (cf. Grisey ou Lanza).

Les deux œuvres suivantes m'ont paru moins intéressantes. Le concert s'est terminé avec une œuvre très tourmentée de Christophe Bertrand qui ne laisse aucun répit aux musiciens qui ont été rejoint sur scène par deux tourneurs de pages !

Cité de la musique — 2014-01-24 à 20:30

Quatuor Ysaÿe

Guillaume Sutre, violon

Luc-Marie Aguera, violon

Miguel da Silva, alto

Yovan Markovitch, violoncelle

Quatuor à cordes en sol mineur (Debussy)

Quatuor à cordes nº16 en fa majeur (Beethoven)

Isabel Charisius, alto

Quintette à cordes en ut majeur KV 515 (Mozart)

Jean-Claude Pennetier, piano

Quintette pour piano et cordes nº1 (Fauré)

Valentin Erben, violoncelle

La Nuit transfigurée (Schönberg)

Le concert de musique classique le plus mortellement ennuyeux de ma vie ! S'il n'y avait pas eu La Nuit transfigurée que j'entendais pour la première fois dans la version originale pour sextuor, je me serais enfui bien avant la fin (à minuit passée...). Il s'agissait certes du concert d'adieu des Ysaÿe, mais les vives réactions d'enthousiasme du public m'ont quelque peu surpris.

Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2014-01-25 à 14:30

Quatuor Modigliani

Philippe Bernhard, violon

Loïc Rio, violon

Laurent Marfaing, alto

François Kieffer, violoncelle

Adagio et Fugue KV 546 (Mozart)

Quatuor à cordes en sol majeur opus 77 nº1 (Hob. III:81), Haydn

Quatuor à cordes nº7 en fa majeur (Beethoven)

Ces musiciens ont de beaux instruments très anciens, ils jouent de façon très engagée (presque trop) et cela fonctionne très bien !

Cité de la musique — 2014-01-25 à 17:00

Quatuor Pacifica

Simin Ganatra, violon

Sigurbjörn Bernhardsson, violon

Masumi Per Rostard, alto

Brandon Vamos, violoncelle

Quatuor à cordes nº23 en fa majeur KV 590 (Mozart)

Quatuor à cordes nº6, Sz. 114, Bartók

Quatuor à cordes (Ravel)

Un des meilleurs concerts de la Biennale ! Les musiciens du quatuor Pacifica ont interprété trois œuvres très différentes et ont su à chaque fois créer une atmosphère bien particulière, que ce soit pour Mozart, Bartók ou Ravel !

Cité de la musique — 2014-01-25 à 20:30

Quatuor Emerson

Eugene Drucker, violon

Philip Setzer, violon

Lawrence Dutton, alto

Paul Watkins, violoncelle

Quatuor à cordes nº16 en mi bémol majeur KV 428 (Mozart)

Quatuor à cordes nº15 en mi bémol majeur, op. 144 (Chostakovitch)

Quatuor à cordes nº9 “Razumovski” (Beethoven)

Je suis parti à l'entr'acte de ce concert pour gagner une heure de sommeil afin de me préparer au concert du lendemain matin. La couverture du classeur posé sur le pupitre de l'altiste était recouverte d'un drapeau américain... Debout comme les autres musiciens (à part le violoncelliste), le premier violon du quatuor Emerson me donnait l'impression de s'ennuyer à mourir en jouant. Certains détails d'interprétation du Mozart m'ont semblé très étranges, au point que j'ai dû réprimer des envies de glousser. Le Chostakovitch (pas très joyeux) était bien, mais je n'ai pas eu l'impression que le quatuor Emerson s'y mettait particulièrement en valeur.

Cité de la musique — 2014-01-26 à 11:00

Quatuor Arcanto

Antje Weithaas, violon

Daniel Sepec, violon

Tabea Zimmermann, alto

Jean-Guihen Queyras, violoncelle

Quatuor à cordes nº12 “Quartettsatz” (Schubert)

Quatuor à cordes nº18 en la majeur KV 464 (Mozart)

Olivier Marron, violoncelle

Quintette à deux violoncelles (Schubert)

Magnifique concert ! Les musiciens sont tous exceptionnels, mais ils jouent tous très collectif ! C'est particulièrement frappant dans les œuvres de Schubert. Cependant, dans le Mozart, la violoniste Antje Weithaas est bien obligée de se mettre un peu en valeur, ce qu'elle fait de façon très élégante !

Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2014-01-26 à 14:30

Quatuor Belcea

Corina Belcea, violon

Axel Schacher, violon

Krzstof Chorzelski, alto

Antoine Lederlin, violoncelle

Quatuor à cordes nº20 en ré majeur “Hoffmeister” KV 499 (Mozart)

Quatuor à cordes nº3, op. 94 (Britten)

La dernière journée de la Biennale se poursuit avec une autre superbe concert dont je retiens surtout l'insoutenablement beau Quatuor nº3 de Britten. Je ne me méfiais pas trop après avoir entendu les 2 premiers mouvements, mais à partir du troisième je n'ai pas pu retenir mes larmes de plaisir à l'écoute du violon de Corina Belcea.

(En bis, la très belle Cavatine du Quatuor nº13 opus 130 de Beethoven.)

Cité de la musique — 2014-01-26 à 14:30

Quatuor Jerusalem

Alexander Pavlovsky, violon

Sergei Bresler, violon

Ori Kam, alto

Kyril Zlotnikov, violoncelle

Quatuor à cordes nº22 en si bémol majeur KV 589 (Mozart)

Quatuor nº1 “Sonate à Kreutzer”, Janáček

Quatuor nº1 en mi mineur ”De ma vie”, Smetana

Mon état de fatigue ne m'a pas permis d'apprécier le Mozart. Le Quatuor nº1 “Sonate à Kreutzer” de Janáček m'a paru très bien joué, vraiment. Il faut remercier le Quatuor Jerusalem de l'avoir interprété, mais cette écoute n'efface pas de ma mémoire l'interprétation que David Grimal et al. en avaient donné aux Bouffes du Nord en 2012.

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Bilan 2013

2014-01-24 14:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

J'ai vu singulièrement plus de spectacles en 2013 qu'en 2012, à savoir plus de deux cents... Un certain nombre d'entre eux m'ont fait passer des moments exceptionnels. Si je ne devais retenir que l'exceptionnel parmi l'exceptionnel, je garderais les spectacles suivants (dans l'ordre chronologique) :

Voici quelques autres spectacles qui m'ont procuré beaucoup de plaisir. La sélection est évidemment très subjective. Je me suis limité à 10, mais beaucoup d'autres spectacles auraient pu figurer dans cette liste !

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Planning/Vite dit de janvier 2014

2014-01-19 14:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Planning

Il est un peu tard pour présenter un planning de spectacles de janvier, et un peu tôt pour faire le bilan du mois, mais ce billet tentera de faire les deux.

  • 1er janvier 2014 (Mylapore Fine Arts Club, Sri Krishna Gana Sabha, Chennai) : J'ai vu quatre spectacles lors de cette journée, le plus remarquable étant le récital de Sweta Prachande, disciple de Sucheta Chapekar et Priyadarshini Govind.
  • 2 janvier 2014 (Vidya Bharathi Kalyana Mandapam, Bharatiya Vidya Bhava, Chennai) : Cinq spectacles au cours de cette longue journée. Parmi eux, une remarquable lecture-demonstration sur le chant carnatique par T. S. Sathyavathi, un concert moyen et trois beaux récitals de danse bharatanatyam par M. Thamayanthi, Vaijayanthi Narendran et Janaki Rangarajan.
  • 3 janvier 2014 (Balamandir German Hall, The Music Academy, Chennai) : Pour conclure mon séjour à Chennai, un émouvant mini-concert matinal, un très beau récital de bharatanatyam d'Aishwarya Nityananda et un décevant ballet de danse odissi par la Sutra Dance Company de Ramli Ibrahim.

Opéra Garnier — 2014-01-08

Ballet du Théâtre du Bolchoï

Orchestre Colonne

Igor Dronov, direction musicale

Leonid Desyatnikov, musique

Alexeï Ratmansky, chorégraphie

Jérôme Kaplan, décors et costumes

Vincent Millet, lumières

Guillaume Gallienne, consultant dramaturgique

Lukas Geniusas, piano

Svetlana Shilova, Catherine Trottman, chant

Diana Vishneva, Coralie

Vladislav Lantratov, Lucien

Ekaterina Shipulina, Florine

Artem Ovcharenko, Premier danseur

Yegor Simachev, Camusot

Alexandr Fadeechev, Le Duc

Yan Godovsky, Le Maître de ballet

Illusions perdues, ballet en trois actes d'après le livret de Vladimir Dmitriev inspiré du roman éponyme d'Honoré de Balzac

J'ai apprécié certains aspects de la musique de ce ballet interprété par le Ballet du Théâtre Bolchoï. J'ai toutefois été étonné que la musique soit bien souvent une superposition entre une musique assez sérieuse et une musique moqueuse, comme si une partie de l'orchestre se mettait à caqueter. (Ceci n'est pas une critique de l'orchestre que j'ai trouvé excellent, mais de la curieuse composition de Leonid Desyatnikov.)

J'ai aimé voir les magnifiques danseurs Vladislav Lantratov et Diana Vishneva dans les rôles principaux (et revoir Ekaterina Shipulina exécuter une vingtaine de fouttés), mais je n'ai été aucunement ému par l'histoire.

Maison de l'Inde, Cité universitaire — 2014-01-11

Jérôme Cormier, chant dhrupad

Gérard Hababou, pakhawaj

Joël, chant dhrupad

Raga Gunkali

Le pakhawaj imposait d'accorder le tampura en la, ce qui me permit de chanter bien que ma gorge ne fût pas tout à fait remise de mon utilisation d'un encens anti-moustiques à la fin de mon séjour à Chennai... La dernière fois, nous étions quatre à accompagner notre professeur de chant dhrupad. Cette fois-ci, j'étais tout seul, et cela fait drôle de savoir que c'est sans filet...

Chez Malavika — 2014-01-11

Pauline Reibell, bharatanatyam

Kâmala

J'ai apprécié ce spectacle de danse bharatanatyam de Pauline Reibell (qui est comme ma prof disciple de Sucheta Chapekar). Le spectacle s'intitule Kâmala, qui est le nom de la fleur de lotus, dont l'éclosion sera évoquée de diverses manières au cours du spectacle. Celui-ci commence par le son originel Om, suivi de la note de référence Sa du solfège indien, bientôt rejointe par les autres notes de la gamme que la danseuse chante dos au public. Elle prononce ensuite en joignant le geste à la parole un vers essentiel de l'Abhinaya Darpanam sur les danses indiennes :

यतो हस्तस्ततो दृष्टिर्यतो दृष्टिस्ततो मनः ।
यतो मनस्ततो भावो यतो भावस्ततो रसः ॥

Ce qui se transcrit ainsi :

yato hastastato dṛṣṭiryato dṛṣṭistato manaḥ
yato manastato bhāvo yato bhāvastato rasaḥa

Là où va la main va le regard, etc. Après l'avoir prononcé en sanskrit, la danseuse en a proposé une traduction. La fin du vers est étonnamment traduite par Jaillit la joie. Le geste effectué par la danseuse évoque effectivement la joie, mais il me semble qu'il s'agit plus généralement de l'émotion esthétique (Rasa).

La bande-son alterne entre musique plutôt mélodique, silences, passages rythmiques et bruits urbains dans lesquels s'insèrent des réflexions sur divers sujets. La partie la plus développée du spectacle évoque Ardhanarishwara, la forme androgyne mi-Shiva mi-Parvati. Les deux divinités sont surtout représentées l'une par son attitude féminine et l'autre par l'action du tambour Damaru. Cette représentation se prolongeait peut-être dans deux passages rythmiques dans lesquels une seule de ses mains était animée d'un mouvement, le passage utilisant la main droite étant semble-t-il plus viril que celui utilisant la main gauche.

Dans la séquence suivante, la fleur de lotus semble éclore, attirée par le Soleil. La danseuse représente ensuite trois divinités associées au lotus : Lakshmi, Sarasvati, Govinda. Je suis alors ravi de la voir représenter Padmanabha. Plus loin, adoptant une pose demandant un certain sens de l'équilibre, la danseuse représente semble-t-il un poisson ; l'interprétation de cette pose par la danseuse est plus courbe que ce que j'ai pu voir récemment à Chennai.

Le récital est quelque peu austère, mais j'ai apprécié la beauté de certains mouvements convergeant vers des postures signifiantes et je me suis aussi délecté de la pièce narrative évoquant l'espiègle Krishna qui est intervenue avant le Tillana concluant le récital.

Salle Pleyel — 2014-01-16

Roland Daugareil, violon solo

Orchestre de Paris

Christoph von Dohnányi, direction

Le songe d'une nuit d'été (Ouverture), Mendelssohn

Martin Helmchen, piano

Concerto pour piano nº3 et ut mineur op 37 (Beethoven)

Symphonie nº9 La Grande (Schubert)

Superbe concert de l'Orchestre de Paris ! tout comme la dernière fois que j'avais vu Christoph von Dohnányi diriger cet orchestre, dans Le Château de Barbe-Bleue. Placé cette fois-ci à l'arrière-scène, je le vois diriger des épaules l'Ouverture du Songe d'une nuit d'été. Le grand moment du concert a été pour moi l'interprétation du Troisième concerto pour piano de Beethoven par le pianiste Martin Helmchen que j'avais déjà trouvé formidable comme accompagnateur de Juliane Banse lors d'un récital de Lieder. Comme beaucoup d'autres spectateurs, j'ai été captivé par son interprétation de ce concerto ! Beaucoup de rubato dans son jeu et dans celui de l'orchestre... Certains passages sont très virtuoses, mais je n'ai jamais l'impression d'être noyé dans un déluge de notes. Tout semble très clair !

Après l'entr'acte, j'ai beaucoup aimé l'interprétation de la symphonie “La Grande” de Schubert, notamment le deuxième mouvement, mais à chaque écoute, je trouve toujours cette symphonie un petit peu longue...

  • 18, 21, 23, 24, 25 & 26 janvier 2014 (Cité de la musique) : Voilà la sixième biennale de quatuors à cordes ! Si tout se passe bien, je devrais pouvoir assister à 14 des 16 concerts programmés lors de cet événement. Le compositeur classique mis en valeur est Mozart, et de nombreux autres compositeurs vivants ou morts seront représentés (Bartók, Beethoven, Britten, Haydn, Janáček, etc.).
  • 31 janvier 2014 (Salle Pleyel) : Après avoir joué et dirigé un programme similaire avec le Chamber Orchestra of Europa, Leonidas Kavakos revient avec un programme Mozart/Prokofiev/Schubert avec l'Orchestre philharmonique de Radio France. (J'ai vraiment l'impression d'écouter trop souvent la Symphonie nº9 “La Grande” de Schubert...)

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Bilan de la Saison de Décembre 2013 à Chennai

2014-01-12 17:40+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

Je reviens ravi de mon court à Chennai pour la Saison de décembre. Je ne saurais trop recommander à quiconque aime la danse bharatanatyam d'y aller (les autres styles indiens n'étant que très modestement représentés). Je n'y retournerai pas tous les ans, d'une part parce qu'un séjour aussi bref en Inde est quelque peu dispendieux et d'autre part parce que l'ensemble des artistes présents ne doit pas beaucoup changer d'une année sur l'autre. Cependant, je retenterai l'expérience dans quelques années, c'est certain.

La plupart de mes journées commençaient très tôt. Pendant les premiers jours, je n'avais aucun mal à m'endormir, mais une fois réveillé sans raison vers 5h du matin, je n'arrivais plus à me rendormir. Les jours suivants, j'ai été réveillé tous les matins vers 5h par le son des nadaswarams du temple jouxtant l'hôtel moins onéreux que j'avais préféré au premier. Je n'avais dès lors plus qu'à attendre 7h que le restaurant Saravana Bhavan le plus proche ouvre afin d'y déguster des Appams servis avec du lait de coco.

Les spectacles de danse n'ayant lieu que l'après-midi, il a bien fallu que j'assiste le matin à quelques concerts de musique carnatique (et à des conférences-démonstrations à la Music Academy ou au Sri Krishna Gana Sabha). Il m'est apparu au cours de ce voyage que je n'aimais pas véritablement la musique carnatique. Les raisons m'ont été révélées lors de l'intéressante conférence-démonstration des violonistes Ganesh & Kumaresh. J'apprécie que le chant soit ornementé, c'est ce qui m'a attiré vers le dhrupad, mais le chant carnatique est beaucoup trop ornementé à mon goût. Les Alap sont trop courts et ne font pas entendre les notes de la gamme de façon progressive, puisqu'au bout d'un quart de seconde, le chanteur aura eu le temps de les jouer toutes avec déjà d'infinies combinaisons d'ornementations. Certains interprètes arrivent néanmoins à donner un caractère méditatif à leur chant. Ce fut le cas de T. M. Krishna et plus encore de Dr M. Balamuralikrishna. Me donner une petite chance d'entendre Dr M. Balamuralikrishna en concert faisait partie des raisons principales de mon séjour. Je suis heureux de l'avoir entendu, même si cela n'a duré que 10 minutes. En dehors de ce moment exceptionnel, je retiendrai surtout le concert matinal de Padmavathy Ananthagopalan & Jayanthi Kumaresh qui ont interprété avec leurs Vînâs un Ragam Thanam Pallavi, la forme musicale la plus élaborée dans la musique carnatique et la plus proche de la forme que prennent les Ragas dans la musique dhrupad.

La raison principale de mon séjour à Chennai était bien sûr la danse. En tout, j'aurai assisté à plus d'une trentaine de spectacles de danse (sur 52 spectacles vus en 12 jours). Cela commençait souvent par un récital au Narada Gana Sabha à 14h après lequel je filais au Sri Krishna Gana Sabha pour les récitals de 16h et 17h30 dans la petite salle, après lesquels j'enchaînais avec le spectacle du soir dans la grande salle du Sri Krishna Gana Sabha, ou dans une autre salle. À l'issue du festival du Sri Krishna Gana Sabha, je me suis tourné vers le Bharatiya Vidya Bhavan.

Pour ce qui est de la danse, j'ai été heureux de prendre un cours avec Srithika Kasturirangan qui porte une lourde responsabilité dans mon intérêt pour le bharatanatyam. En assistant à des récitals, j'ai découvert des styles de bharatanatyam extrêmement variés, du plus austère (C. V. Chandrashekhar) au plus exubérant (Nivedita Gopinath) en passant par l'art de la narration la plus lisible qui soit de Bhavya Balasubramanian, la grâce de Meenakshi Srinivasan, le style tout à fait unique de Padma Subramanyam (dont le travail sur les karanas peut néanmoins être admiré chez Janaki Rangarajan). Parmi les expériences allant vers la danse contemporaine, si j'ai été sensible aux tentatives de Rukmini Vijayakumar, j'ai un peu moins accroché à celles de Leela Samson et je suis resté complètement réfractaire à la démarche d'Anita Ratnam. Ce spectacle d'Anita Ratnam est la seule véritable déconvenue subie au cours de ce séjour, et ce d'autant plus qu'en assistant à ce mauvais spectacle, j'ai perdu une occasion de revoir Alarmel Valli. Mon grand autre regret est de n'avoir pas vu Bragha Bessel dont tout le monde loue les qualités exceptionnelles en Abhinaya, mais ce n'est, je l'espère, que partie remise.

La trentaine de récitals de danse auxquels j'ai assisté m'ont donc à peu près tous apporté des satisfactions ; je ne peux pas toutes les citer ici. Les plus grandes émotions ne sont pas toujours venues des danseuses les plus connues : la qualité d'un spectacle ne se mesure pas au prix des places (qui est souvent de zéro roupie !). Cependant, s'il y avait un seul spectacle en lequel je fondais de grandes espérances, c'était bien celui de Rama Vaidyanathan. Jusque là, je ne l'avais vue qu'en vidéo. Je m'attendais à ce que soit extraordinaire et assister à son récital au Bharat Kalachar m'a comblé au delà de toutes mes espérances !

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Chennai, Jour 12/12 : Amirtha Vahini, M. V. Narasimhachari, Aishwarya Nityananda, Sutra Dance Company

2014-01-10 17:08+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

The Indian Fine Arts Society, Balamandir German Hall, Chennai — 2014-01-03 à 08:30

Ensemble Amirtha Vahini, chant

Il n'y avait pas beaucoup de spectacles programmés pendant cette matinée. La seule possibilité que j'aie trouvée était d'aller au Balamandir German Hall à 8h30. On était moins nombreux dans le public que sur scène où avaient pris place sept femmes et un homme qui chantaient sans accompagnement instrumental. Elles chantaient déjà avant que je fusse arrivé. Leurs chants sont semble-t-il en l'honneur de Krishna et sont pour la plupart en Adi Tala (les chanteuses ne le clappant pas toutes de façon synchronisées avec la leader). J'apprécie que les chants soient ornementés de façon beaucoup plus raisonnable que ne l'est le chant carnatique. Quelques délicieux glissandis exécutés entre certaines notes interprétées sur un tempo plutôt lent, cela me plaît davantage que les ornementations fractales de certains chanteurs ! Malgré leurs imperfections et leur absence totale de prétention, ces chants interprétés par un chœur m'ont beaucoup ému.

The Indian Fine Arts Society, Balamandir German Hall, Chennai — 2014-01-03 à 09:00

M.V. Narasimhachari, chant

Jayanthi Keshav, violon

Thiruvidaimarudur Radhakrishnan, mridangam

Quelques minutes après la fin du premier concert, le public n'est pas beaucoup plus nombreux pour le concert de M. V. Narasimhachari. La voix du chanteur âgé ne s'est pas tout à fait enfuie, lui permettant tout juste d'assurer le concert, ce qui me met assez mal à l'aise. La brièveté ou l'absence totale d'Alap dans l'interprétation des premières compositions m'a décidé à partir après un petit quart d'heure.

Pour la soirée, j'avais deux possibilités. La première était d'assister à un dance drama de Kalakshetra au Narada Gana Sabha. Après avoir vu une autre chorégraphie de Rukmini Devi dans le récital de C. V. Chandrashekhar, je me suis dit que je risquais de m'y ennuyer et ce d'autant plus que je ne connais pas bien le thème mythologique du dance drama Rukmini Kalyanam qui était programmé (pour cette raison, j'aurais bien aimé voir Sabari Moksham, mais c'était complet).

L'autre possibilité, c'était d'aller à l'ouverture du festival de danse de la Music Academy. Après avoir fui le concert mentionné ci-dessus, je suis passé vers 9h30 à la Music Academy pour acheter une bonne place. La vente commençait à 10h. J'étais le premier dans la file, bientôt rejoint par une japonaise, Naoko. Un agent de sécurité nous a dit de passer outre et d'aller sans attendre au bureau de la Music Academy où on nous a dit de rebrousser chemin parce qu'ils étaient débordés. J'ai finalement acheté mon billet et Naoko son abonnement (season ticket), comme quoi, c'est possible.

Le soir venu, je suis arrivé bien en avance à la Music Academy. Ayant payé ma place 850 roupies, je suis passé par l'entrée VIP et ai découvert que tout le petit monde ou presque du bharatanatyam à Chennai était déjà là ou en train d'arriver : Padma Subramanyam, Sudharani Raghupathy, les Dhananjayan, Shobana, les critiques Sunil Kothari et Leela Venkataraman, et bien d'autres non identifiés. J'aperçois aussi des membres de la Chidambaram Dance Company de Chitra Visweswaran. Si le public était invité à venir plus tôt, c'est parce que la Music Academy avait attribué à cette danseuse le prix Natya Kala Acharya qu'allait lui remettre C. V. Chandrashekhar après la cérémonie de l'allumage de la lampe. Parmi les discours faits à cette occasions, trois ont été remarqués. Tout d'abord, l'entrepreneur Sreedhar Potarazu, époux et père de danseuses, a expliqué qu'il finançait le festival de la Music Academy non pas par mécénat, mais par dévotion aux Arts. C. V. Chandrashekhar a de son côté exprimé son inquiétude sur la forme du récital de bharatanatyam Margam (structuré en Alarippu, Varnam, Padam, etc). Selon lui, de trop nombreuses danseuses utilisent leurs récitals pour raconter des histoires. Il veut bien que l'on raconte des histoires, mais il faudrait laisser cela aux chorégraphies de groupes (Dance Dramas). Si je me fie aux spectacles vus pendant la saison, ses inquiétudes me semblent assez largement infondées ; et ce n'est de toute façon pas moi qui reprocherait à une danseuse de raconter une histoire dans son récital... Les arguments qu'il a produits incluaient la défense de la poésie tamoule qui est utilisée dans certains types de pièces et il a aussi défendu l'importance de l'expression des sentiments de la nayika dans les Varnam alors que celle-ci suit un chemin spirituel vers la divinité.

Le discours d'acceptation de Chitra Visweswaran a été très émouvant. Elle a rendu hommage aux personnes grâce auxquelles elle est devenue ce qu'elle est. Elle a aussi exhorté à une prise de conscience des difficultés auxquelles sont confrontés les danseurs (pas de protection sociale, pas de retraite). Elle a appelé à une réflexion sur le rôle que l'État, les entreprises et la Music Academy pourraient jouer pour améliorer la situation.

La cérémonie s'est éternisée et la demi-heure prévue a été très vite dépassée. Le récital prévu ensuite a commencé avec 40 minutes de retard !

Ailleurs : The Hindu.

The Music Academy, T.T.K. Auditorium, Chennai — 2014-01-03 à 18:00

Aishwarya Nityananda, danse bharatanatyam

Pushpanjali

Varnam

Devanama

Padam

Tillana

Le récital d'Aishwarya Nityananda donné en ouverture du festival m'a semblé remarquable. Après une prière à Ganesh dont la danseuse a mis en valeur le gros ventre, elle a interprété un Varnam (Rupaka Tala) du Tanjore Quartet en l'honneur de Brihadeshwarar, la forme de Shiva qui réside à Tanjore.

La danse d'Aishwarya Nityananda semble appartenir à la plus pure tradition. Le thème de son Varnam (Rupaka Tala) a certainement fait plaisir à C. V. Chandrashekhar. Si les qualités expressives de la danseuse sont indéniables, son interprétation me paraît exceptionnelle pour une autre raison. Dans le bharatanatyam, il faut bien admettre que certains éléments de narration très courants finissent par devenir des lieux communs, mais dans ce Varnam la danseuse a repris certains de ces éléments pour les développer davantage que cela se fait habituellement, et élaborant des gestes nouveaux pour ces situations connues, elle renforce l'esthétisme et la poésie de ces scènes. Par exemple, après un premier jati ressemblant fortement à un Alarippu, l'héroïne adresse une prière à Shiva-Nataraja qui se laisse entrevoir et puis elle décide de confectionner une guirlande de fleurs. Au lieu de gestes vus et revus, la danseuse élabore sur ce thème. On la voit ainsi aller remplir des seaux d'eau au puits, puis arroser des fleurs et enfin seulement préparer les guirlandes de fleurs. Plus loin, entrant dans le temple, elle entend le son des tambours et des nadaswarams. Après son offrande de fleurs, Shiva lui apparaît sous une forme qui lui fait peur : certes Ganga coule de son chignon et il arbore le croissant de Lune, mais elle est effrayée par sa chevelure, les cendres et la peau de tigre. Quand il semble qu'il veuille lui prendre la main, elle s'enfuit. On retrouve ensuite l'héroïne dans une scène bucolique. Allongée au bord de l'eau, elle regarde une abeille butiner un lotus. Cette scène est extrêmement stylisée et la musique se fait presqu'impressionniste grâce au son de la flûte. L'héroïne voit aussi des couples d'oiseaux et d'antilopes. Elle refuse de continuer à voir ce qui la dégoûte. Elle cherche ensuite à s'unir à celui qui porte le tambour Damaru et dont la virilité quelque peu hautaine semble comporter une part de vantardise. L'héroïne est montrée en train de se faire belle. La scène est extrêmement riche en détails. Elle se regarde dans le miroir, se met un collier, des boucles d'oreilles, des bracelets. La danseuse portait évidemment des bracelets depuis le début de son récital, mais c'est tout comme s'ils n'avaient paru qu'au moment où l'héroïne qu'elle incarne les a mis ! L'héroïne enfile ensuite très soigneusement un sari, mais elle ne semble pas satisfaite. Elle jette tous ses ornements et supplie la divinité. Dans le dernier chapitre joyeux du Varnam, on voit l'héroïne s'émerveiller devant la vision de Shiva ascète réduisant Kama en cendres et semble-t-il aussi devant celle de l'épisode mythologique qui vaut à Shiva le nom de Nilakantha. Il me semble ainsi voir la danseuse évoquer le barattage de la Mer de Lait et montrer Shiva en train de boire le poison qui en a résulté, mais je n'en suis pas tout à fait certain, la chorégraphie n'incluant pas de geste spécifique pour signifier que Shiva en a conservé une marque à la gorge.

La danseuse a fait preuve d'une grande musicalité dans son interprétation et ses jatis étaient souvent assez complexes. Le Varnam a même comporté une scène assez vive dansée sur les genoux. La pièce suivante Devanama (composée par Purandara Dasa) évoquait Vishnu. La divinité est apparue plusieurs fois sous le nom de Rama dans le texte, et dans la chorégraphie, mais la pièce est surtout centrée sur l'avatar Krishna, et plus particulièrement sur l'épisode que constitue la Bhagavadgita. On voit ainsi Krishna en cocher. L'archer Arjuna refuse de combattre ceux avec qui il partage des liens familiaux. Krishna se montre à lui dans sa forme universelle. L'Univers tout entier apparaît. Arjuna en est émerveillé et repart au combat. La fin de la pièce comporte une très belle pose de Vishnu-Padmanabha sur le serpent Shesha.

Les deux dernières pièces m'ont paru bien moins passionnantes que les précédentes. L'avant-dernière était un Padam sur le même thème que celui présenté la veille par Janaki Rangarajan. L'interprétation d'Aishwarya Nityananda souffre beaucoup de la comparaison. Si elle n'avait pas annoncé préalablement le thème du Padam, je n'aurais sans doute rien compris à la pièce. Le Tillana n'était pas très enthousiasmant non plus. Il se réduisait à de la danse pure. Fait étonnant, le récital ne s'est pas terminé par la salutation traditionnelle.

The Music Academy, T.T.K. Auditorium, Chennai — 2014-01-03 à 19:45

Sutra Dance Company de Ramli Ibrahim, danse odissi

Krishna: Love Re-invented

À la lecture du programme du festival de danse de la Music Academy, il apparaît que les spectacles programmés en soirée sont des ensembles plutôt que des récitals solos. Le premier de ces spectacles est Krishna: Love re-invented dansé par la Sutra Dance Company de Ramli Ibrahim (Malaysie). Si les cinq premières minutes du spectacle m'ont paru réellement enthousiasmantes, l'ensemble me paraît consternant et je suis étonné qu'un aussi prestigieux festival programme un tel spectacle certes bien dansé mais dénué de substance. (Cela dit, j'ai déjà vu pire à l'Opéra de Paris !) La troupe est composée de quatre danseurs solistes : Ramli Ibrahim, un jeune homme interprétant Krishna et deux danseuses que les costumes ne distinguent pas des cinq autres danseuses du corps de ballet.

Le costume des danseuses comporte moins de tissu que le costume traditionnel de la danse odissi : elles n'ont que le corsage et le pantalon. Le sujet du ballet est on ne peut plus érotique. Pendant plus d'une heure, on nous montre Krishna en train de danser avec les gopis. Ce serait superbe si le ballet s'arrêtait à la fin du premier des cinq ou six tableaux, mais à force de revoir toujours la même chose tableau après tableau mon émerveillement a laissé la place à la lassitude.

Le premier tableau mettait en scène deux dévôts de Krishna : un homme (Ramli Ibrahim) et une femme (la prima ballerina). Les danseurs et danseuses de la compagnie dansent un style que l'on ne peut pas confondre avec un autre style que l'odissi. La cambrure des corps est tout à fait caractéristique. La lascivité des poses et des mouvements de transition met résolument en valeur l'aspect Lasya de la danse. Ce qui me plaît le plus, c'est le travail sur le placement du corps de ballet, très homogène : en danses indiennes, c'est la première fois que je vois ça (les danseuses de la Chidambaram Dance Company vues récemment développant davantage leur singularité).

Si le premier tableau était superbement travaillé, les suivants étaient très décevants, le sujet ayant été épuisé dès le premier tableau. Pour rendre le ballet plus substantiel, il aurait fallu par exemple explorer le Gita-Govinda ou narrer des exploits du jeune Krishna... Il faut néanmoins reconnaître une certaine audace dans les portés intégrés à la chorégraphie, sans doute à l'extrême limite de ce qui doit être acceptable en termes de pudeur sur une scène indienne.

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Chennai, Jour 11/12 : T. S. Sathyavathi, Kunnakudy M. Balamuralikrishna, M. Thamayanthi, Vaijayanthi Narendran, Janaki Rangarajan

2014-01-06 22:26+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

Sri Parthasarathy Swami Sabha, Vidya Bharathi Kalyana Mandapam, Chennai — 2014-01-02 à 08:30

Dr. T.S. Sathyavathi

Lecture Demonstration: An aesthetic approach to pallavi and its facets

Mon avant-dernière journée à Chennai a commencé par une remarquable lecture-demonstration au Vidya Bharati Kalyana Mandapam que les rickshaws qui le connaissent appellent simplement Vidya Bharatai et qu'il ne faut donc pas confondre avec Bharatiya Vidya Bhavan qui se trouve aussi à Mylapore. La conférence est intitulée An aesthetic approach to pallavi and its facets. Après avoir chanté une courte et intense prière à Bhagavata, T. S. Sathyavathi a illustré ce qu'il fallait faire (ou ne pas faire) selon elle dans la partie Pallavi d'un Ragam Thanam Pallavi. Parmi ses idées, celle d'apporter du plaisir (pleasure) à l'auditeur plutôt que de créer une tension (pressure). Tous les efforts de l'interprète doivent aller dans cette direction, mais il ne faut pas que ces efforts soient apparents. Elle a présenté de nombreux exemples d'une grande difficulté technique, mais a insisté pour que l'interprète ne soit pas trop démonstratif et que le battements du tala et de ses subdivisions ne soient pas trop forcés : allier souplesse et précision. Par exemple, la chanteuse est passée tout naturellement de temps divisés en quatre doubles croches à des quintolets et puis plus loin, elle rendra très naturel un redoutable Talamalika, une guirlande de talas dans lequel chaque cycle rythmique était obtenu en mettant bout à bout plusieurs talas (en l'occurrence quatre : 3+???+4+5).

Sri Parthasarathy Swami Sabha, Vidya Bharathi Kalyana Mandapam, Chennai — 2014-01-02 à 10:00

Kunnakudy M. Balamuralikrishna, chant

M.A. Sundareswaran, violon

Thiruvarur Bakthavathsalam, mridangam

K.V. Gopalakrishnan, kanjira

La matinée se poursuit dans la même salle avec un concert de Kunnakudy M. Balamuralikrishna. Alors que j'arrivais à clapper immédiatement des talas pas tout à fait évidents avec l'oratrice de la lecture-demonstration précédente, je suis perdu quand je regarde Kunnakudy M. Balamuralikrishna, même quand il chante une composition dans le tala le plus courant (Adi). Le chanteur ne suit manifestement pas la même recherche esthétique que T. S. Sathyavathi. C'est très divertissant, je ne regrette pas d'être resté jusqu'au Tillana conclusif, mais je n'ai pas trouvé très transcendant ce concert.

Le temps est venu de parler d'un sujet important : la nourriture. J'ai pris la plupart de mes repas dans des restaurants comme Saravana Bhavan et d'autres du même type. Je ne suis allé qu'une fois dans un restaurant de luxe (Benjarong, un restaurant thaïlandais qui me permet de me remémorer à chaque passage à Chennai ce que signifie véritablement l'adjectif piquant appliqué à la cuisine). En cas de petit creux, je prenais des petits cakes nature vendus à tous les coins de rue pour 5 roupies.

La plupart des salles de spectacle disposent d'une cafétéria. Il ne m'a pas semblé qu'il y en ait une à la Music Academy et celle du Narada Gana Sabha n'étant ouverte qu'en soirée, je ne l'ai pas testée. J'ai souvent pris des cafés au Sri Krishna Gana Sabha, mais leurs plats ne sont pas terribles. Parmi les meilleurs cuisines que j'ai testées, celle du Brahma Gana Sabha (Sivagami Petachi Auditorium) est très bonne, tout comme celle du Mylapore Fine Arts Club, dont je n'ai malheureusement pas eu le temps de goûter au thali. La meilleure cantine a été pour moi indiscutablement celle du Vidya Bharati Kalyana Mandapam. La salle est grande et les murs sont recouverts de portraits de chanteurs de musique carnatique comme M. S. Subbulakshmi, Dr. M. Balamuralikrishna ou Aruna Sairam. J'y ai pris des vadas en arrivant le matin et je n'ai eu alors aucune hésitation sur l'endroit où je prendrais mon déjeuner. Après le concert de Kunnakudy M. Balamuralikrishna, je me suis installé dans cette cantine où des feuilles bananier étaient alignées pour servir le thali à volonté (un peu plus de 200 roupies). Un des meilleurs que j'aie goûtés !

Kartik Fine Arts, Bharatiya Vidya Bhavan - Main Hall, Chennai — 2014-01-02 à 16:30

M. Thamayanthi, danse bharatanatyam

À 16h30, je suis allé au Bharatiya Vidya Bhavan. L'entrée étant gratuité ce jour-là, j'ai assisté aux trois récitals de danse qui y étaient programmés afin d'être sûr d'avoir une très bonne place pour le dernier récital (de Janaki Rangarajan). La première danseuse est M. Thamayanthi, disciple d'Urmila Satyanarayanan. J'ai aimé son style très esthétique comportant des équilibres et une gracieuse utilisation de positions assises ou allongées.

Les deux premières pièces (un Pushpanjali en l'honneur de Shiva et un Alarippu rythmiquement compliqué dont la musique utilisait un tala à sept temps). S'ensuit un Varnam en Adi Tala dont je n'ai pas saisi la cohérence globale. Le premier jati ressemble à un Alarippu. Les mouvements semblent complexes, les bras et les jambes allant souvent dans des directions opposées. La jeune femme brûle d'amour. Elle va à la rivière se laver les cheveux et les arranger en chignon. Elle brûle toujours et cherche l'union. Des épisodes mythologiques sont ensuite évoqués. Il me semble discerner que quelqu'un est réduit en cendres (Kama par Shiva ?) et plus loin j'ai l'impression de voir une évocation de certains ou peut-être de tous les avatars de Vishnu, ce qui me paraît étrange, mais les apparitions de Krishna en flûtiste et du mot Gopala dans le texte lèvent mes doutes. Après un jati très rapide, on voit les abeilles butiner des fleurs et alors que l'héroïne se réveille après son sommeil, le Varnam se termine de façon joyeuse.

Le récital se conclut par deux délicieuses pièces en Adi Tala. La première décrit l'émerveillement d'une mère en voyant son enfant ; elle ne peut faire aucune tâche ménagère, puisqu'elle revient toujours auprès de l'enfant, pour lui donner des fruits, par exemple. Le récital se conclut sur un Tillana composé par Dr M. Balamuralikrishna, pas celui en Behag entendu déjà plusieurs fois, mais plutôt semble-t-il celui en Kadanakuthoohalam. La pièce évoquait Krishna et comportait un très bel équilibre.

En allant me dégourdir les jambes, je salue une dernière fois le violoniste Kalaiarasan qui filait jouer dans une autre salle et qui m'a demandé mon numéro de téléphone !

Kartik Fine Arts, Bharatiya Vidya Bhavan - Main Hall, Chennai — 2014-01-02 à 18:00

Vaijayanthi Narendran, danse bharatanatyam

Comme l'avant-veille, j'ai assisté à un récital d'une disciple de Krishnakumari Narendran. Le récital de Nivedita Gopinath était centré sur Vishnu (via son avatar Rama). Celui de Vaijayanthi Narendran est consacré à Shiva. Les discours en tamoul de Krishnakumari Narendran sont toujours aussi interminables. Les chorégraphies présentées par Vaijayanthi Narendran sont un peu moins hors normes que celles dansées par Nivedita Narendran. La première pièce commence par un jati très long mettant en scène le tambour Damaru de Shiva. Après une évocation du tambour, de la vînâ, de la flûte et de l'écriture, la suite de la pièce montre de nombreux attributs de Shiva (chignon, troisième œil, trident, Ganga, Nataraja, Damaru).

La deuxième pièce commence par le mantra Om Namah Shivaya dans laquelle la danseuse évoque la danse de Shiva en montrant plus ou moins les mêmes attributs que dans la pièce précédente. La vélocité de la danseuse est impressionnante. Presque trop, on n'en a pour ainsi plus le temps de distinguer les éléments évocateurs ou narratifs de la chorégraphie... Comme dans le récital de Nivedita Gopinath, les conventions du bharatanatyam semblent exploser avec l'insertion d'un passage de divertissement champêtre sans paroles dans lequel le son de la vînâ prend le dessus.

La pièce suivante utilise une musique de Papanasam Sivan et évoque semble-t-il l'amour filial de Yashoda pour Krishna.

La dernière pièce avait un titre ressemblant à Pandheri-yatra et m'a semblé évoquer un voyage en bateau et exprimer une dévotion (bhakti) vishnouïste.

Malgré la vitesse extrême des mouvements qu'elle a exécutés, la danseuse n'a trahi aucun signe de fatigue.

Kartik Fine Arts, Bharatiya Vidya Bhavan - Main Hall, Chennai — 2014-01-02 à 19:30

Janaki Rangarajan, danse bharatanatyam

Margam

Un des récitals que j'attendais le plus en venant à Chennai était celui de Janaki Rangarajan, que j'avais déjà eu l'occasion de voir au Musée Guimet il y a quelques mois. Le chanteur est K. Hariprasad et le nattuvangam sera joué par Jaishri, ce qui à tout pour me plaire. L'orchestre ne comporte pas de violon, seulement une flûte (et bien sûr aussi un mridangam).

Après une prière au Tout Puissant, la danseuse qui porte un élégant costume associant blanc, vert et rose a interprété un Alarippu suivi d'une prière et d'une offrande de fleurs à Shiva. Le dieu était représenté avec son chignon, des cendres et la peau de tigre. Étrangement, pour représenter Shiva-Nataraja, après avoir fait prendre à ses deux mains leur position habituelle, elle a dirigé vers le côté opposé non pas sa jambe gauche mais sa jambe droite. La pièce de cette disciple de Padma Subramanyam s'est terminée par une superbe pose, qui est probablement un karana (le centième ?), qui ressemble un peu à la représentation iconographique d'un des pas du nain Vamana (incarnation de Vishnu). La danseuse se tient sur la jambe droite qui est tendue, tandis que la jambe gauche est parfaitement horizontale, pointée vers le côté et tenue par la main gauche, la main droite restant décontractée.

La pièce principale du récital est un Varnam. L'héroïne est éprise de Padmanabha (Vishnu). Les jatis comportent quelques mouvements très courbes et incorporent peut-être quelque(s) karanas. Au cours des trente-deux spectacles de danse que j'ai vus à Chennai, j'ai eu de très nombreuses occasions de voir Kama lancer ses flèches florales. La représentation qu'en a fait Janaki Rangarajan est sans doute la plus belle que j'aie vue. L'héroïne exécute des rites d'adoration d'une statue. Elle brûle de la séparation avec son bien-aimé. Par ses magnifiques mouvements d'yeux, la danseuse exprime la détresse de l'héroïne. Celle-ci se pare. Elle se coiffe les cheveux, se maquille, souligne le contour de ses paupières. Des couples d'oiseaux paraissent, des abeilles butinent, l'héroïne pense à celui aux yeux de lotus (Krishna flûtiste), ce qui donne à la danseuse l'opportunité d'exécuter des délicats mouvements de sourcils. Elle brûle toujours de cette détresse et puis Padmanabha apparaît enfin. L'héroïne le supplie, mais elle ne pourra semble-t-il adorer que son image.

Plus que par sa structure classique assez peu narrative, si j'ai trouvé remarquable ce Varnam (en Rupaka Tala), c'est par le travail exceptionnel de la danseuse dans l'expression de son visage et dans la beauté de sa gestuelle, que ce soit dans les passages rythmiques (jatis) ou dans les parties exprimant les sentiments de l'héroïne.

La pièce suivante est un Padam. Si je verrai par hasard une autre danseuse interpréter une pièce sur le même thème le lendemain, je pense que Janaki Rangarajan est la première danseuse que je voie à présenter le thème d'une héroïne (nayika) trahie par son amie (sakhi). L'amie sert d'intermédiaire entre l'héroïne et son amoureux (une divinité, qui était ici Muruga). On voit l'héroïne rédiger une lettre que la sakhi est censée transmettre à l'amoureux. Dans ce Padam, quand l'amie revient, l'héroïne remarque que son maquillage est ruiné, son rouge à lèvres dégouline de partout. Alors que la sakhi avait toujours été pour moi un personnage assez abstrait que je n'arrivais jamais à distinguer dans la chorégraphie, je l'ai vu pour la première fois dans ce Padam. Elle fallait voir la sakhi ayant perdu toute contenance, pleine de honte, peu fière d'avoir trahi la nayika. Cela n'a duré que deux ou trois secondes, mais c'était magnifique. La pièce se termine avec l'expression des regrets de la sakhi.

Le récital s'est terminé par un Tillana composé par Padma Subramanyam louant la beauté des créatures de Dieu. Les mouvements d'yeux de la danseuse sont encore éblouissants dans cette pièce qui se termine par un bel équilibre.

Alors que je m'apprête à aller féliciter la danseuse, je suis ravi de me retrouver nez à nez avec Jaishri à qui j'ai déjà eu l'occasion quelques jours plus tôt d'exprimer toute mon estime pour sa façon de jouer du nattuvangam. Arrivé à la loge, je suis accueilli par un Are you Joël?. Je ne suis pas sûr de m'en être complètement remis...

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Chennai, Jour 10/12 : Lalgudi G. J. R. Krishnan & Lalgudi Vijayalakshmi, M. S. Ananthashree, Sweta Prachande, Zakir Hussain

2014-01-03 16:10+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

The Mylapore Fine Arts Club, Chennai — 2014-01-01 à 09:30

Lalgudi G.J.R. Krishnan, violon

Lalgudi Vijayalakshmi, violon

Trichy B. Harikumar, mridangam

V. Suresh, ghatam

Pour ce premier concert de l'année, j'ai probablement entendu ce qui se fait de mieux en violon carnatique : les frère et sœur Lalgudi G. J. R. Krishnan et Lalgudi Vijayalakshmi, disciples de leur père Lalgudi Jayaraman. Le concert a été agréable, mais n'a pas atteint les sommets de celui des joueuses de vînâ Padmavathy Ananthagopalan & Jayanthi Kumaresh. Ils ont interprété de nombreuses compositions en Adi Tala (et Rupaka Tala) de grands compositeurs (Tyagaraja, Muthuswami Dikshitar et leur père). Leur concert a aussi comporté un Ragam Thanam Pallavi en Raga Desh sur un cycle rythmique à neuf temps (XxxxxXoXo). La première ligne du Pallavi a été chantée par Vijayalakshmi avant que les deux musiciens l'interprètent avec leurs violons. J'ai nettement préféré ses improvisations à celles de son frère, moins émouvantes. Le concert s'est conclu par un Tillana composé par leur guru.

Sri Krishna Gana Sabha, Kamakoti Gana Mandir Hall, Chennai — 2014-01-01 à 16:00

M.S. Ananthashree, danse bharatanatyam

J'ai passé l'après-midi et la soirée au Sri Krishna Gana Sabha. J'y ai d'abord vu M. S. Ananthashree qui si elle n'est pas la plus élégante des danseuses que j'aie vues a cependant une très bonne technique. Après une prière chantée à Ganesh, elle a interprété Sabai Anjali/Tirupavai (?) avec son costume qui ressemble davantage à une robe qu'aux costumes les plus courants qui comportent un pantalon. Elle y fait une offrande de fleurs à la sculpture de Nataraja présente sur scène puis en tant que jeune femme éprise de Krishna, elle adresse une prière à Narayana.

Son Varnam est en Rupaka Tala. Il met en scène l'héroïne et Thyagaraja Swamy (la forme de Shiva résidant à Tiruvottiyur, près de Chennai). Frappée par les flèches de Kama, elle brûle de la séparation alors qu'autour de la rivière, elle voit des couples d'oiseaux et d'antilopes, ainsi que des abeilles butinant des fleurs. Elle prépare soigneusement un collier de fleurs pour son bien aimé. La danseuse évoque ensuite les Arts en mentionnant le Dieu aux quatre visages, les quatre Vedas, le tambour, la parole, la beauté du son, le rythme (qu'elle bat avec les doigts). Les jatis de ce Varnam sont très complexes d'un point de vue rythmique.

La pièce suivante est un Padam (Rupaka tala) dans lequel une mère tente de détourner sa fille de Shiva dont elle est éprise. La raison est semble-t-il qu'elle veuille garder Shiva pour elle-même... Le récital s'est conclu avec un Tillana (Adi tala).

Sri Krishna Gana Sabha, Kamakoti Gana Mandir Hall, Chennai — 2014-01-01 à 17:30

Sweta Prachande, danse bharatanatyam

Le récital suivant a été merveilleux. La jeune danseuse Sweta Prachande a d'abord appris le bharatanatyam auprès de Sucheta Chapekar (la guru de ma prof) et comme elle me l'a dit après le spectacle elle s'est installée depuis plusieurs années à Chennai où elle continue sa formation avec Priyadarshini Govind.

Le chanteur souffre quelque peu de la comparaison avec la Dream Team de musiciens qui l'entourent. Au violon, mon ami Kalaiarasan, au mridangam, le maître G. Vijayaraghavan et K. S. Balakrishnan au nattuvangam. La première pièce est une magnifique évocation de Shiva. La souplesse et le petit gabarit de la danseuse lui permettent de rendre particulièrement impressionnante la pose de Shiva-Nataraja. Cette pièce a été une des toutes meilleurs pièces de bharatanatyam que j'aie vues au cours de ce séjour.

Le Varnam n'a pas été proportionnellement aussi riche en émotions que la première pièce, mais la danseuse y a très bien évoqué Shiva et la Déesse (dans son aspect guerrier), tandis que l'héroïne dévôte de Shiva cherchait à s'unir à lui. Pour accompagner cette danse, la musique était d'une rare beauté. Les jatis composés par G. Vijayaraghavan et dansés par Sweta Prachande étaient un régal autant pour les yeux que pour les oreilles. Dans les parties narratives, les frappes du mridangam étaient d'une rare pertinence. Une pause dans le Varnam a été rendue nécessaire pour que la danseuse puisse remettre un bijou d'oreille qui était tombé, ce qui a donné lieu à un délicieux petit solo rythmique. Après que l'on a vu l'héroïne se laver les cheveux à la rivière, le Varnam s'est conclu par une célébration joyeuse de la nature accompagnée de plusieurs jathis utilisant des notes solfiées (sargam).

Après un superbe solo du violoniste, la danseuse a interprété un Javali (Rupaka tala) dans laquelle l'héroïne est en colère contre un jeune homme au visage de lotus qui n'a pas été nommé. Le voit-elle aller avec une autre ? Plus loin, elle s'endort et rêve de s'unir avec lui dans un lieu rempli de fleurs, mais le rêve se transforme semble-t-il en cauchemar quand elle voit un serpent...

La danseuse interprète ensuite une pièce Tirakadi (?) sur une chanson tamoule en Adi Tala. Elle évoque l'amour maternel dans une atmosphère bucolique, alors que les abeilles butinent et que les oiseaux volent. Elle cueille des fruits pour son enfant, mais il pleure quand même. Il finit par s'endormir bercé par elle et la musique s'évanouit dans un superbe decrescendo.

Le récital se conclut par le Tillana évoquant Krishna en flûtiste composé en Raga Behag (Adi Tala) par Dr M. Balamuralikrishna. Ç'aurait été parfait si le chanteur ne s'était emmêlé les pinceaux dans les subtilités rythmiques de la composition et n'avait être recadré à plusieurs reprises par le nattuvanar.

(J'aurais bien aimé que la danseuse interprète une pièce chorégraphiée par Sucheta Chapekar...)

Sri Krishna Gana Sabha, Dr. Nalli Gana Vihar, Chennai — 2014-01-01 à 19:30

Zakir Hussain, danse bharatanatyam

Madhuram

Autant l'accompagnement musical du récital précédent était beau et pertinent, autant celui du récital du danseur Zakir Hussain a manqué de subtilité. Tous les détails narratifs étaient accompagnés de bruitages divers produits par le percussionniste. Par l'expression de son visage, le danseur avait un petit air de Charlie Chaplin. La scène était décorée d'élément vishnouïstes. La conque et le disque étaient figurés au fond de la scène où était aussi suspendue une flûte ornée d'une plume de paon. Des jarres (contenant du beurre) étaient suspendues côté jardin.

Une femme a annoncé ce programme Madhuram dans un discours en tamoul apparemment plein d'humour. Entre deux pièces, le danseur fera aussi un très long mais néanmoins éloquent discours en tamoul.

Après une offrande de fleurs, le danseur a développé des thèmes liés à l'enfrance de Krishna. On le voit soulever le mont Govardhana, manger du beurre en cachette, dompter le serpent Kaliya. On le voit aussi semble-t-il tuer Kamsa. Après une évocation de son rôle de cocher dans le Mahabharata, le programme se termine par une scène d'adoration joyeuse.

Une scène particulièrement comique peut-être comparée à un épisode de l'opéra Siegfried dans lequel Siegfried joue de la musique avec son cor après avoir lamentablement échoué à produire du beau son avec un roseau. De même, les premières tentatives de Krishna avec sa flûte n'étaient pas très concluantes, mais une fois qu'il est parvenu à en tirer de la musique, les créatures (oiseaux et antilopes) en sont tout émoustillés.

Agréable retour en rickshaw avec un chauffeur qui maîtrise mieux le hindi que l'anglais...

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Chennai, Jour 9/12 : G. Vijayaraghavan, Uma B. Ramesh, Nivedita Gopinath, A. Lakshman, Leela Samson & Spanda

2014-01-02 14:40+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

Sri Krishna Gana Sabha, Dr. Nalli Gana Vihar, Chennai — 2013-12-31 à 09:30

G. Vijayaraghavan, mridangam

K. S. Balakrishnan, nattuvangam

Lecture Demonstration: Rythms & vibrations in jathis

Comme l'avant-veille, je suis allé au Sri Krishna Gana Sabha pour assister à une lecture-demonstration. Celle-ci a été précédée du lancement d'un livre de Dr Kanak Rele sur le Mohiniyattam. C. V. Chandrashekhar a fait à cette occasion un discours d'éloge de la danseuse qu'il connaît depuis de nombreuses années.

La conférence a été magnifique. Le titre en était Rythms & vibrations in jathis. L'orateur est le maître du mridangam G. Vijayaraghavan, accompagné de K. S. Balakrishnan au nattuvangam. Après un discours en anglais qu'il avait fait l'effort de préparer, il a continué sa démonstration en tamoul. Il expliquait quelques notions, ce à quoi je ne comprenais rien, mais la démonstration qui suivait était suffisamment éloquente. Il commençait par faire une présentation orale d'un jathi (suite d'onomatopées rythmiques qui accompagnent des passages de danse pure dans un récital de bharatanatyam). Ensuite entraient en scène le danseur A. Lakshman et ses disciples (dans diverses configurations) qui exécutaient des pas de danse, le musicien utilisant son mridangam et les onomatopées rythmiques étant alors prononcées par son acolyte K. S. Balakrishnan qui utisaient aussi le nattuvangam. Concernant les syllabes utilisées, il a expliqué que l'on pouvait mélanger aux onomatopoées rythmiques le texte d'un vers, ou même n'utiliser que du texte, en particulier des mantras. De nombreux grands maîtres de danse ou danseurs étaient présents, il y avait notamment C. V. Chandrashekhar, Dr. Padma Subramanyam ou encore Anita Ratnam. Il y a eu quelques objections suivies d'un débat sur l'utilisation de mots ou de mantras dans les jathis. Les exemples qui ont suivi ont grandement mis en valeur la souplesse rythmique que s'autorise ce mridangiste. Les jathis qu'il interprète comportent des changements de tempos qui peuvent intervenir à divers endroits du cycle rythmique (les exemples donnés étant en Adi Tala ou sur un cycle voisin ne comportant que 7 temps, 3+4 au lieu de 4+4). Beaucoup d'accelerandos et de ritardandos ! Le temps paraît élastique quand il dirige ! Il est de l'avis que le mridangam doit avoir un rôle dans les émotions (bhava) que vont éprouver les spectateurs. Je crois bien qu'il y parvienne !

Priyadarshini Govind posera la question de la différence entre les anciens jathis et les nouveaux. Si j'ai bien compris le point-clef (dans les rares mots anglais qui surgissaient dans le flot de texte tamoul), la différence serait qu'autrefois on n'utilisait que des rythmes utilisant des nombres binaires. De nos jours, on s'autorise des découpages utilisant des nombres impairs. Le musicien reçoit un vibrant hommage de Padma Subramanyam qui explique aussi semble-t-il qu'elle a trouvé des inscriptions anciennes qui mentionnaient l'utilisation de nombres impairs et elle se félicitait que par sa recherche indépendante le musicien soit arrivé à la même conclusion !

Le programme ayant pris du retard à cause des embouteillages, je ne suis pas resté pour les démonstrations suivantes. Je me suis enfui en prenant bien garde à ne pas marcher sur les pieds des maîtres de danse...

Narada Gana Sabha, Sadguru Gnanananda Hall, Chennai — 2013-12-31 à 14:00

Uma B. Ramesh, danse bharatanatyam

J'aurais bien voulu revoir Radhica Giri que j'avais vue en 2009, mais quand le spectacle du Narada Gana Sabha a commencé, j'ai compris qu'il y avait eu un changement de programme puisque c'était Uma B. Ramesh qui dansait. Ce changement de programme était annoncé dans le journal The Hindu, mais je n'avais pas vérifié ce fait, et il ne faut pas se fier uniquement à ce journal pour se renseigner sur les spectacles, puisque certains des spectacles que j'ai vus n'y étaient pas référencés...

Le programme a comporté une prière chantée à Ganesh, suivi d'un Toreyamangalam évoquant Rama (reconnaissable à son arc) et Sita, Padmanabha (dans une pose étrangement pas fléchie du tout) et Krishna avec flûte et plume de paon. Les jathis sont superbes, puisque le mridangam et le nattuvangam sont joués par les conférenciers de la démonstration ci-dessus ! Cependant, je me lasse de l'expression de la danseuse, toujours identique.

Dans le Varnam, l'héroïne se languit de (Maha)Vishnu. S'il n'y avaient les merveilleux jathis, je me serais vraiment ennuyé. L'attitude de dévotion/admiration de l'héroïne est quasiment constante pendant tout le Varnam (probablement transmis par son guru C. V. Chandrashekhar). Je respecte la démarche, tout est exécuté de façon très propre, mais ce n'est vraiment pas le style de bharatanatyam que je cherche. Plutôt que de la danse, mon plaisir de spectateur vient bien davantage du magistral accompagnement musical non seulement du mridangam mais aussi du violon.

La pièce suivante en Khanda Chapu Talam (équivalent de Sultal) est un Padam évoquant les exploits du jeune Krishna (qui soulève le mont Govardhana et qui danse sur le serpent Kaliya) et ses bêtises (voler du beurre). Je retrouve cependant la même attitude qui me lasse dans ces chorégraphies, la danseuse ayant très souvent les bras dirigés vers l'avant.

La pièce suivante est un Kirtana (Rupakatala) de Bragha Bessell qu'a déjà dansé Meenakshi Srinivasan quelques jours plus tôt. La divinité qui était en procession était en fait Padmanabha (Vishnu). Je comprends les faux indices qui m'avaient fait penser qu'il s'agissait de Ganesh (une attitude particulière au début de la pièce et un bout de texte qui semble être Ganapati), mais je ne comprends comment j'aurai vu manquer de la voir la posture typique de Padmanabha que l'on voit à fin, c'est dire si je devais être fatigué à mon arrivée depuis l'Arabie Saoudite...

Le récital s'est conclu par deux pièces en l'honneur de Vishnu (le thème de ce récital, visiblement) : Javali (à 7 temps) évoquant une héroïne amoureuse de celui qui a des yeux de lotus et Tillana évoquant Mahalakshmi et Mahavishnu.

Kartik Fine Arts, Bharatiya Vidya Bhavan - Main Hall, Chennai — 2013-12-31 à 16:30

Nivedita Gopinath, danse bharatanatyam

Je me rends ensuite au Bharatiya Vidya Bhavan pour y assister à trois spectacles à la suite. Les annonces se font en tamoul uniquement et sont extrêmement longues. La guru s'excusera auprès de moi d'avoir utilisé le tamoul quand je la féliciterai dans le hall à l'issue du spectacle, mais je suis davantage surpris par l'usage quasi-généralisé de l'anglais dans les annonces. La guru (Krishnakumari Narendran) raconte donc en tamoul l'histoire du Ramayana que sa disciple Nivedita Gopinath va interpréter. (Je ne connais pas le tamoul, mais je reconnais les noms propres...) La première pièce évoque la naissance de Rama et de ses frères, l'épreuve de l'arc de Shiva réussie par Rama. S'ensuit un hommage aux arts (4 Vedas, parole, vîna, tambour) et la pièce se conclut semble-t-il par le mariage de Rama et Sita.

Le style de cette danseuse est tout simplement extraordinaire, et il est remarquable également qu'une personnalité comme Padma Subramanyam y ait assisté ! La pièce est très vive, très contrastée et interprétée avec une joie de danser assez incomparable ; une forme de rusticité tout à l'opposé de ce que j'ai vu dans le récital précédent s'y fait remarquer également.

S'ensuit une pièce sur un thème dans le prolongement du prédécent puisqu'il y sera question du Sundarakhanda, le livre des merveilles du Ramayana racontant la visite du singe Hanuman à Lanka, où il rencontre Sita et lui explique qu'il a sauté par dessus l'océan. Sita lui donne un anneau avec lequel elle s'était attaché les cheveux (je ne me souvenais plus de ce dernier détail).

Je n'ai en revanche rien compris à la dernière pièce dansée, elle aussi précédée d'un éloquent discours en tamoul.

Kartik Fine Arts, Bharatiya Vidya Bhavan - Main Hall, Chennai — 2013-12-31 à 18:00

A. Lakshman & disciples, danse bharatanatyam

Le récital d'une danseuse a été remplacé par ce programme Swati Maalika par le danseur A. Lakshman et huit danseuses au nombre de ses disciples. Le première pièce était un Pushpanjali suivi d'un shloka sur Padmanabha. La pose finale montrait le guru en Vishnu-Padmabha entouré de disciples dont deux figuraient les têtes du serpent et une autre Lakshmi lui massant les pieds. Les danseuses ont eu l'occasion de se mettre davantage en valeur dans les pièces suivantes, notamment le kriti Bhave Gopala très développé évoquant l'enfance de Krishna : les conditions complexes de sa naissance, son goût pour le beurre, ses talents de bouvier (et de dompteur de buffles ?), la danse sur le serpent Kaliya (à cinq têtes, représentées chacune par une danseuse). On le voit aussi voler les vêtements de jeunes filles se baignant à la rivière. Après une évocation du Rasalila, la pièce se termine avec Padmanabha accompagné de Lakshmi. La pièce suivante évoque la désse guerrière, puis A. Lakshman interprète un Javali dans lequel une fille demande à Krishna d'attendre qu'elle soit plus grande. Cet agréable programme se termine par un Tillana.

Kartik Fine Arts, Bharatiya Vidya Bhavan - Main Hall, Chennai — 2013-12-31 à 19:30

Leela Samson & Spanda, danse bharatanatyam

Disha

Si le programme de neo-bharatham d'Anita Ratnam m'avait profondément déplu, celui conçu par Leela Samson avec huit jeunes danseurs (autant d'hommes que de femmes) de son ensemble Spanda était plus convaincant. S'ils venaient danser ce programme au Théâtre de la Ville, ils y auraient certainement un certain succès. Les mouvements des danseurs font tous partie du vocabulaire de base du bharatanatyam. L'ancienne directrice de Kalakshetra les a utilisés pour présenter une recherche du mouvement originel développée sur trois pièces. Je crois que le seul élément non abstrait a été une courte évocation de Shiva-Nataraja. Tout le reste est de la danse pure utilisant la géométrie des diagonales de la scène du Bharatiya Vidya Bhavan. Les danseurs tournent lentement sur eux-mêmes sans changer de placement. Dans une autre pièce, ils utilisent beaucoup de suites de mouvements (adavus). Dans la dernière, j'ai l'impression de voir un serpent constitué par les danseurs se déplacer comme dans l'archéo jeu vidéo où on joue un serpent qui ne doit pas se mordre la queue. (Il est à noter que la musique n'utilisait pas de tala, comme s'il n'y avait qu'un seul temps, subdivisé en quatre doubles croches.)

S'ensuivent deux pièces d'Abhinaya, la première étant un solo de Leela Samson en hommage aux musiciens indiens morts au cours de la année 2013 finissante. La musique était un Thumri de Vasundhara Komkali. La deuxième était un Padam évoquant une jeune femme se languissant de Krishna.

Le programme s'est terminé par une vive pièce très rythmique de danse pure que j'ai trouvée un peu longue.

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Chennai, Jour 8/12 : Padmavathy Ananthagopalan & Jayanthi Kumaresh, Rasika Kumar, Hema Nandhini Raguraman, Lavanya Ananth

2014-01-01 14:25+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

Narada Gana Sabha, Narada Gana Sabha - Mini Hall, Chennai — 2013-12-30 à 08:30

Padmavathy Ananthagopalan, vînâ

Jayanthi Kumaresh, vînâ

R. Ramesh, mridangam

Trichy Krishnaswamy, ghatam

J'ai passé toute la nuit à combattre des moustiques. Presque tous ceux que j'ai massacrés étaient déjà imbibés de sang... Je me suis rendu très tôt à la petite salle du Narada Gana Sabha. Une cérémonie religieuse était en train de se terminer. Tout le monde s'en allait ; j'étais donc le premier arrivé pour le concert de 8h30 de Jayanthi Kumaresh (déjà appréciée deux fois à Paris en 2009 et en 2012) et de son octogénaire guru Padmavathy Ananthagopalan qui est aussi sa tante.

Elles ont commencé par interpréter deux compositions assez courtes en Adi Tala. Les derniers cycles rythmiques des compositions sont utilisées pour des improvisations des percussionnistes. La partie principale du concert a été consacrée à un Ragam Thanam Pallavi (un vrai raga on ne peut plus développé), le premier que j'entends en musique instrumentale et un des tout premiers que j'entends (le premier était d'Aruna Sairam, et j'en ai entendu un, enregistré, dans le programme de danse d'Anita Ratnam). Ce type de pièce en trois parties est assez semblable à ce qui se fait dans la musique hindoustanie et dhrupad en particulier. Il ne s'agit pas de Rudravina comme dans le dhrupad, mais de Saraswativina. Sinon, la structure est la même. Elles ont commencé par un Alap. Les configurations évoluent. L'une peut développer son Alap tandis que l'autre (la disciple) reproduit les fins de phrases. Elles peuvent aussi laisser entendre le silence entre les phrases ou encore jouer à un jeu de questions et réponses. Le même type de combinaisons se reproduisent dans le Thanam, l'équivalent de Jor/Jhala en dhrupad. La pulsation entre en scène, mais les percussionnistes n'ont pas encore commencé à jouer. Enfin, la composition (Pallavi) intervient. Celle-ci est d'abord chantée par Jayanthi Kumaresh avant que les deux musiciennes l'interprètent, puis développent des improvisations. Parmi ces improvisations, on a pu entendre un jeu de questions de réponses entre Jayanthi Kumaresh et les percussionnistes (ceux-ci tentant de reproduire autant que possible le phrasé), et les deux percussionnistes se sont également livrés à un duo avant le retour de la composition en conclusion.

À part peut-être la brève apparition de Balamuralikrishna il y a quelques jours, aucun concert de musique carnatique ne m'a autant ému que celui-ci et c'est très certainement le meilleur concert de musique indienne instrumentale auquel j'aie assisté ! Le reste du public a manifestement beaucoup apprécié le concert aussi, une bonne moitié de spectateurs clappant le tala de façon énergique !

Narada Gana Sabha, Sadguru Gnanananda Hall, Chennai — 2013-12-30 à 14:00

Rasika Kumar, danse bharatanatyam

Venant des États-Unis, disciple de Maithili Kumar et de C. V. Chandrashekhar, Rasika Kumar est une danseuse très grande par la taille. Après une prière, la danseuse a dansé une pièce intitulée Mallavi (?) suivie de Devistuti évoquant la Déesse sous plusieurs aspects : la connaissance via les 4 Vedas ou l'aspect guerrier (Mahishasuramardini). La pièce principale est un Varnam évoquant une femme qui est séparée de celui qu'elle a aimé dans le passé, Sundareshwara (la forme de Shiva résidant à Madurai). Les jatis sont très propres, très bien exécutés, la grande taille de la danseuse ne nuisant pas à la vitesse. Pourtant, je ne suis vraiment enthousiasmé par ce Varnam dont je crois pouvoir dire qu'il est dans le style Kalakshetra (comme celui interprété par C. V. Chandrashekhar). Les passages narratifs sont plutôt délicieux, comme lorsqu'elle repense aux moments où elle jouait de la musique avec son bien-aimé. La visite du temple de Madurai donne l'occasion à la danseuse de suggérer le hautbois indien (Nadaswaram), ce que je n'avais encore jamais vu faire. Ceci étant, les sentiments éprouvés par l'héroïne n'évoluent pas vraiment.

J'ai préféré le Padam chorégraphié par Bragha Bessell. Une jeune femme se pare pour accueillir Krishna, elle brûle d'amour, mais alors qu'elle l'invite chez elle, le chant du coq annonce le jour. Elle essaie bien de dire au coq de chanter un peu plus loin pour qu'on ne l'entende pas, mais il est trop tard.

Je garde du Tillana le souvenir de mouvements d'yeux très géométriques, assez semblables à ceux que l'on trouve dans les Alarippu.

Kartik Fine Arts, Bharatiya Vidya Bhavan - Main Hall, Chennai — 2013-12-30 à 16:30

Hema Nandhini Raguraman, danse bharatanatyam

Je me rends pour la première fois au Bharatiya Vidya Bhavan, près du temple de Mylapore. La salle a paraît-il été rénovée récemment, mais au parterre, personne n'a pensé à mettre les fauteuils en pente. Même au deuxième rang, la tête d'une personne assise devant peut perturber la vue des pieds de la danseuse. La danseuse Hema Nandhini Raguraman vivant Malaysie est très talenteuse, mais ses pièces ont été introduits de commentaires beaucoup trop brefs pour que des spectateurs même un peu habitués puissent vraiment comprendre où elle voulait en venir. Ce n'est que vers la fin de son Varnam centré sur Shiva et Meenakshi, quand le texte disait Adbhuta que j'ai compris que c'était un Navarasavarnam évoquant les neufs émotions classifiées. Après ce qui m'a semblé être une évocation de Nilakantha (Celui qui a la gorge bleue), il ne me restait plus qu'à apprécier le sentiment de Paix émanant de la Déesse. (Le violoniste Kalaiarasan, qui jouait déjà dans le spectacle mentionné précedemment, a été excellent !)

Après avoir interprété un Shringarapadam, la danseuse a dansé un Kirtana lui aussi consacré aux Navarasa (m'a-t-il semblé). Le placement de la danseuse sur scène était très géométrique comme si elle délimitait neuf cases. C'était très furtif, et sans une certaine habitude, vu l'absence d'annonce, je n'aurais vraiment rien compris. Le récital s'est conclu par un Tillana très technique et comportant quelques sauts (la longue tresse de cheveux de la danseuse vole dans toutes les directions...).

Kartik Fine Arts, Bharatiya Vidya Bhavan - Main Hall, Chennai — 2013-12-30 à 18:00

Lavanya Ananth, danse bharatanatyam

J'avais été émerveillé les deux premières fois que j'ai vu Lavanya Ananth (en 2011 et en 2012. Si l'artiste a indiscutablement une personnalité, une très grande musicalité, un engagement et une présence scéniques, je n'ai trouvé ce récital que bon, alors que je m'attendais à de l'inoubliable. La faute en revient à la pièce principale du récital évoquant la forme de Shiva séjournant à Tanjore (Brihadeshwara). Les jatis étaient tous très élégants, mais les sentiments exprimés par l'héroïne ne m'ont pas semblé évoluer beaucoup au cours de la pièce, la jeune femme regarde au loin dans une attitude toujours identique qui m'a malheureusement un peu lassé.

La pièce suivante est Jagadotarana. Elle montre de façon délicieusement convaicante Yashoda en train de s'occuper du très jeune Krishna. Celui-ci ouvre la bouche et elle y voit l'univers tout entier. Il est aussi celui qui porte le mont Govardhana et ce sera un cocher dans le Mahabharata.

Je n'ai pas saisi tous les détails annoncés dans la pièce suivante (Abhinaya) dans laquelle une femme demande à Krishna de l'épouser comme il le lui avait promis quand ils étaient enfants.

La dernière pièce est en l'honneur de Surya (le Soleil). Aux différentes heures du jours sont successivement associées les divinités Brahma, Vishnu et Shiva. (Je n'ai pas bien reconnu Shiva, mais Vishnu et Shiva se distinguaient très bien.)

Un des grands points forts de ce spectacle était la présence du violoniste Kalaiarasan qui en était comme moi à son troisième spectacle de danse du jour ! S'il avait été excellent dans les deux spectacles précédents, il a été tout simplement génial dans le récital de Lavanya Ananth !!!

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Chennai, Jour 7/12 : Sadanam Harikumar, Prashant Shah, Rukmini Vijayakumar, Bhavya Balasubramanian, Manasa Harini, Purushothaman, Jayalalitha, Padma Subramanyam

2014-01-01 13:04+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

Sri Krishna Gana Sabha, Dr. Nalli Gana Vihar, Chennai — 2013-12-29 à 09:30

Sadanam Harikumar

Lecture Demonstration: Melapadam

Je ne l'ai pas reconnue tout de suite, mais la session de conférences tenue au Sri Krishna Gana Sabha est dirigée par Priyadarshini Govind. Je suis allé à cette lecture-demonstration parce que Sadanam Harikumar était annoncé comme étant un danseur et que le titre Melapadam contenait Padam (un type de pièces de pur Abhinaya). J'ai eu tout faux puisque l'orateur accompagné de deux percussionnistes (mridangam et tambour frappé par des baguettes) a expliqué que dans la kathakali (Kerala), après les pièces principales, on peut interpréter un Melapadam dans lequel le chanteur chante sur le raga de son choix le vingt-troisième Ashtapadi du Gita-Govinda. Ce chant est un intermède purement musical (comme j'en ai demandé la confirmation lors du temps réservé aux questions). Personne ne sait au juste comment cette tradition s'est installée. L'orateur tente d'innover en utilisant d'autres Ashtapadis. Le chant étant très beau, mais je n'ai pas réussi à me repérer dans le cycle rythmique à 10 temps très particulier utilisé et ce malgré le schéma descriptif tracé à la craie sur un tableau.

Sri Krishna Gana Sabha, Dr. Nalli Gana Vihar, Chennai — 2013-12-29 à 10:25

Prashant Shah, danse kathak

Rukmini Vijayakumar, danse bharatanatyam et danse contemporaine

Lecture Demonstration

La deuxième lecture-demonstration était dansée. La danseuse Rukmini Vijayakumar a commencé par présenter un extrait d'une pièce de bharatanatyam dans le but de démontrer qu'il était possible d'inclure de l'Abhinaya dans les passages rythmiques (jatis) qui sont des intermèdes de danse pure dans les pièces narratives. J'ai troujours trouvé assez saugrenue l'interruption du flot narratif que constituent les jatis. Dans cette pièce dédiée à Shiva, la danseuse a présenté un bharatanatyam assez spectaculaire, comportant des sauts, des pas rotatifs exécutés sur les genoux, des karanas et dans deux de ses jatis, elle a fait la démonstration attendue, le premier montrant Shiva muni de ses attributs (trident, peau de tigre, etc) et sous la forme de Nataraja (écrasant le démon Apasmara avec son talon). Le deuxième jati évoquait l'aigle Garuda. La pièce montrait aussi la forme androgyne Ardhanarishwara, Parvati séduisant Shiva, ainsi que l'archer Kama lançant des flèches florales. L'intégration d'Abhinaya dans les jatis a évidemment tout pour me plaire (comme je l'ai apprécié chez Shantala Shivalingappa), mais les maîtres de danse présents dans la salle ont paru dubitatifs... La lecture-demonstration se poursuivait avec une interventon du danseur de kathak Prashant Shah qui a parlé de ses collaborations à l'étranger et il les a illustrées d'extraits vidéo. Le plus convaincant le montrait en train d'éxécuter des pas très rythmiques avec une danseuse de flamenco. Pendant que les problèmes techniques du vidéoprojecteur étaint résolus, le danseur a essayé de nous faire des dictées rythmiques avec des frappes de pieds. Tout le monde a été très vite largué...

Rukmini et Prashant ont ensuite interprété un duo mêlant kathak et danse contemporaine (la danseuse ayant appris plusieurs styles de danse). Les danseurs n'ayant répété que la veille, la pièce a été largement improvisée, mais elle m'a semblée extrêmement convaincante (davantage que certaines créations de l'Opéra de Paris, par exemple). Là encore, certains maîtres de danse sont perplexes, expriment la déception de n'avoir pas vu un duo kathak/bharatanatyam. Une question plus constructive sur la musique a été posée par C. V. Chandrashekhar. La musique était une piste d'un album d'Anoushka Shankar. La danseuse expliquait qu'il était très important de très bien connaître la musique pour avoir des repères et ainsi mener à bien le travail de préparation.

Narada Gana Sabha, Sadguru Gnanananda Hall, Chennai — 2013-12-29 à 14:00

Bhavya Balasubramanian, danse bharatanatyam

À défaut d'être bouleversant d'un point de vue émotionnel, ce récital de la danseuse Bhavya Balasubramanian Ramachandan (résidant au Botswana) est une merveille dans l'art de la narration. Est-il possible de raconter une histoire par des gestes de façon plus lisible qu'elle ne l'a fait ? Le style de la danseuse inclut aussi des poses assez prolongées très esthétiques.

La danseuse est très gracieuse et sa danse inclut souvent une sorte d'ondulation allant des épaules jusqu'aux hanches qui me fait penser à Padma Subramanyan (une de ses gurus). Après un Pushpanjali, elle a dansé un Varnam (Adi Tala) dans lequel l'héroïne est amoureuse de Shiva. Il a trois yeux, le croissant de Lune, le serpent, un collier de rudraksha, des cendres, la peau de tigre, le feu et il est aussi Nataraja, le Seigneur de la danse. Frappée par les flèches de Kama, l'héroïne brûle de la souffrance de la séparation. Rien n'y fait, même après s'être aspergée d'eau, elle brûle toujours. Elle ne peut manger. S'ensuit une évocation du printemps : des gouttes de rosée issues de la lune, des abeilles qui butinent, des couples d'oiseaux, d'antilopes et même des serpents (ce qui ne manque pas d'effrayer l'héroïne). De son côté, elle est seule, et demande à son amie d'aller chercher Shiva. Celui-ci apparaît et on le voit réduire en cendres Kama qui avait perturbé son ascèse. Dans tout ce qu'elle fait, l'héroïne est déconcentrée par l'attente, l'espoir de voir Shiva. Ceci se produit pendant ses rituels religieux ou ses tâches ménagères. Ainsi, par exemple, en rêvassant un peu trop longtemps, elle fait brûler la nourriture qu'elle faisait cuire dans une marmite. On assiste ensuite à une adoration du lingam de Shiva, puis homme et femme sont réunis dans la divinité androgyne Ardhanarishwara. S'ensuit une célébration joyeuse qui culmine en la récapitulation de ce qui a précédé et en une évocation des Arts (musique et écriture).

La pièce d'Abhinaya suivante évoque la Déesse sous le nom de Tripurasundari. Au cours de cette pièce, la danseuse a inséré une magnifique narration de la naissance de Ganesh. Il est né de la seule volonté de Parvati, qui lui demande de garder sa maison et de ne laisser entrer quiconque sous aucun prétexte. Obéissant, Ganesh refuse l'entrée à Shiva qui lui tranche la tête. Voyant la détresse de Parvati, Shiva prend conscience de son erreur et s'en va. La première créature qu'il voit est un éléphant. Il lui coupe la tête qu'il emporte avec lui afin de réaliser une greffe d'organe. Le jeune homme ressuscite et prend l'apparence bienveillante de Ganesh. La pièce se conclut par l'évocation de la Déesse de la parole à laquelle sont associés les quatre Vedas.

Dans la pièce suivante Om Namo Narayana, la danseuse évoque des incarnations de Vishnu. Outre Narayana sur le serpent Shesha, il m'a semblé distinguer le sanglier Varaha et Krishna est apparu à la fin en flûtiste. En fait, la pièce développe surtout le destin de Narasimha, et ce de façon élaborée. Il est descendu sur terre en créature mi-homme mi-lion pour tuer un arrogant démon. Enfin, la pièce célèbre Vishnu dans une joyeuse adoration (bhakti).

Le récital s'est conclu par un magnifique Tillana dans lequel le style de la chorégraphe Padma Subramanyam transparait. Cette pièce illustre un vers énonçant en substance qu'un peu de Lasya suffit à rendre Devi heureuse et qu'un peu de Tandava contente Shiva. Les aspects féminins et masculins de la danse étaient ainsi harmonieusement confrontés dans cette pièce.

Sri Krishna Gana Sabha, Kamakoti Gana Mandir Hall, Chennai — 2013-12-29 à 16:00

Manasa Harini, danse bharatanatyam

La danseuse Manasa Harini est très jeune et talentueuse. La première pièce est un Pushpanjali en l'honneur de Ganesh, suivie d'un Shiva Kautwam chorégraphié semble-t-il par Chitra Visweswaram (je ne garantis rien, les annonces ayant été faites en tamoul). Le Varnam est centré sur la Déesse sous le nom de Meenakshi. Son aspect guerrier est mis en valeur. Shiva fait aussi quelques apparitions en Nataraja ou pour réduite Kama en cendres. Après quelques épisodes narratifs que je n'ai pas tous bien compris, la pièce se termine sur le sentiment de paix. La pièce suivante est un Kirtana de Purandaradasa évoquant l'espiègle enfant Krishna. Il mange de la cendre et quand il ouvre la bouche, Yashoda voit Narayana sur le serpent Shesha et est presque horrifiée par cette vision. La dernière pièce est très bien dansée. Elle comporte des sauts et évoque très joyeusement les Arts avec les thèmes de l'écriture, du tambour, du tala, de la vînâ et du sargam, mais d'un point de vue musical, il m'a semblé que flûtiste et violoniste ont massacré le Tillana de Balamuralikrishna (en Raga Behag me semble-t-il).

Sri Krishna Gana Sabha, Kamakoti Gana Mandir Hall, Chennai — 2013-12-29 à 17:30

Purushothaman, Jayalalitha, danse bharatanatyam

Le jeune homme Purushothaman et la jeune femme Jayalalitha exécutent de pièces de leur guru. Les chorégraphies sont assez peu intéressantes. En particulier, dans le Varnam j'ai l'impression de voir et revoir toujours la même séquence, le personnage féminin dévoué à Shiva ne semblant nullement évoluer d'un point de vue émotionnel au cours de la pièce...

Sri Krishna Gana Sabha, Dr. Nalli Gana Vihar, Chennai — 2013-12-29 à 19:30

Dr. Padma Subramanyam, danse bharatanrityam

Padma Subramanyam a développé un style qui lui est propre appelé Bharatanrityam. Grâce à ce spectacle programmé en soirée par le Sri Krishna Gana Sabha, j'ai eu le privilège de la voir dans son style inimitable. Elle était accompagnée de six danseuses. La musique est on ne peut plus joyeuse, je n'imagine pas d'autre orchestration que la vînâ et surtout la flûte pour l'accompagner comme c'était le cas ce soir-là. La première pièce Sathgurudarshakham était semble-t-il un hommage au Sathguru (Gnanananda ?) qui donne son nom à la grande salle du Narada Gana Sabha. Le texte et la chorégraphie évoque la connaissance (Shruti, Smrithi, Purano), la démarche d'un renonçant, le bain, puis Shiva et semble-t-il Ganesh. Le style de Padma Subramanyam utilise peu de pas, l'essentiel se passe dans le haut du corps et surtout au niveau du visage, plein de bienveillance ou d'ironie.

La pièce suivante Gopalkumara évoque le jeune Krishna. Elle est dansée par trois jeunes disciples. La plus délicieuse image est celle de la représentantion de Krishna en bouvier, deux danseuses figurant les bœufs aux côtés de la troisième qui incarne Krishna...

La pièce principale, la plus d'eveloppée, évoquait Vishnu sous le nom de Padmanabha. Padma Subramanyam prend parfois cette position de Vishnu couché sur le serpent Shesha, mais ses jambes sont très peu fléchies. La conclusion de la pièce offre une superbe image représentant Padmanabha, une danseuse prenant la posture de Vishnu couché, une autre figurant Lakshmi tandis que quatre autres représentent différentes têtes du serpent Shesha.

La pièce suivante est un Ashtapadi dansé par Padma Subramanyam. Elle évoque l'amour de Radha pour Krishna.

La dernière pièce (dansée par toutes si je me souviens bien) utilise une traduction en tamoul du Bhaja Govindam d'Adi Shankara. La composition et la chorégraphie rendent la pièce bien plus joyeuse que les interprétations classiques de la version sanskrite. L'ironie est également plus apparente dans l'affirmation selon laquelle la connaissance est bien inutile en l'absence de l'amour pour Krishna.

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Chennai, Jour 6/12 : Subas Pani, T. V. Sankaranarayanan, Vidhya Dinakanam, Deepika Potarazu, Anita Ratnam

2013-12-30 12:55+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

Je commence à avoir mes petites habitudes à Chennai. Des Appams avec lait de coco au petit déjeuner, une Lec-Dem le matin, le programme de danse de 14h au Narada Gana Sabha à l'issue duquel je file pour assister à ceux du Sri Krishna Gana Sabha. J'arrive à ne même plus stresser quand j'ai à peine plus de vingt minutes devant moi pour aller d'une salle à une autre. Pourtant, monter dans un rickshaw ouvre la porte à l'imprévu. Cela peut être sordide : par exemple, je ne sais pas ce qui est le pire entre la vue de ce mendiant ayant une plaie ouverte au pied et la réaction du rickshaw-wallah réagissant par un cinglant Tricks!. Pour contourner les nombreux sens interdits, le chauffeur peut prendre les détours les plus invraisemblables qui soient. Je suis tombé plusieurs fois sur des chauffeurs qui ne connaissaient pas le Sri Krishna Gana Sabha. Ce fut ennuyeux la toute première fois que j'y suis allé... mais comme j'ai appris à connaître le chemin, je peux maintenant l'indiquer au chauffeur.

The Music Academy, Kasturi Srinivasan Hall, Chennai — 2013-12-28 à 08:05

Dr. Subas Pani

Lecture Demonstration: Music and mantras in Gita Govinda

Come les fois précédentes, le chairman de cette lecture-demonstration est Dr. Pappu Venugopalarao, mais cette fois-ci Sudha Ragunathan n'est pas présente. Le visage d'Archana qui chante la prière est resté caché derrière l'ecran de l'ordinateur portable du conférencier posé sur le pupitre. Il aura fallu qu'un spectateur signale le problème pour que l'on puisse enfin voir le visage de Subas Pani. Sa conférence sur le Gita-Govinda et la manière de le chanter est peu intéressante. Ses opinions se font d'ailleurs démolir quand la parole est donnée au public pour des questions et réponses. À ce jeu, le chairman n'est pas en reste... Une personne présente dans la salle a tenté de les réconcilier en disant que le chairman avait un point de vue de scholar tandis que l'orateur adoptait celui du devotee...

The Music Academy, T.T.K. Auditorium, Chennai — 2013-12-28 à 09:15

T.V. Sankaranarayanan, chant

Mysore M. Nagaraj, violon

Mannargudi A. Easwaran, mridangam

B. Shree Sundarkumar, kanjira

Après la conférence, je me dirige immédiatement vers la grande salle de la Music Academy pour le concert de T. V. Sankaranarayanan. Je ne suis pas certain d'avoir d'autre occasion d'assister à un concert à la Music Academy. J'ai choisi celui-ci parce que j'avais un trou dans mon emploi du temps et je pense avoir fait une bonne pioche !

Dans les compositions (utilisant des cycles rythmiques à 6, 7 ou 8 temps), le chant alterne entre T. V. Sankaranayanan et un autre chanteur, plus jeune, qui l'accompagne. Les improvisations en Sargam sont particulièrement enthousiasmantes. Les Alap le sont aussi. Comme Balamuralikrishna, ce chanteur n'utilise pas les syllabes habituellement utilisées par les chanteurs carnatiques, mais des mots ayant un sens. Sans utiliser un vers tout entier, T. V. Sankaranayanana utilise des mots qui trahissent certainement le courant religieux auquel il appartient : Hari, Narayana, Govinda, Rama. Il est impressionnant de voir la salle pleine malgré l'heure matinale se lever d'un seul mouvement pour consacrer au chanteur expérimenté une standing ovation !

En passant dans un quartier musulman, j'ai réussi à mettre la main sur un exemplaire du Musalman, le tout dernier journal au monde à être mis en forme à la main par des calligraphes ! J'ai bien eu peur que ce jounral en ourdou ait fermé puisqu'au 324 de la Triplicane High Road, il n'y avait rien qui ressemblât à un journal. J'ai suivi le sens des numéros décroissants qui correspond à l'ordre croissant de l'ancienne numérotation de la rue. Et là, autour du 324, je vois un marchant de journaux qui me dit que je suis habillé comme un nawab (ayant mis une sorte de sherwani). Il m'offre l'exemplaire du jour. Je passe devant le siège du journal que je prends en photo, mais ne sachant pas très bien ce que j'aurais pu dire si j'étais entré, j'en suis resté là.

Sri Krishna Gana Sabha, Kamakoti Gana Mandir Hall, Chennai — 2013-12-28 à 16:00

Vidhya Dinakanam, danse bharatanatyam

Excellent récital d'une jeune danseuse de bharatanatyam ! Les chorégraphies sont également magnifiques. La première pièce est un kirtana Ganesh Vandanam. Il s'agit d'une offrande de fleurs à Ganesh dont la danseuse met en valeur la trompe, les oreilles et le fait qu'il soit un scribe (selon certaines légendes, il aurait écrit le Mahabharata sous la dictée du sage Vyasa). Cette danse est très rythmée !

La pièce suivante est consacrée à la déesse Shakti, qui symbolise les quatre Vedas, qui est adorée par Brahma, Vishnu et Shiva. La pièce est extrêmement vive ! L'impression procurée par le trident et la peau de tigre n'en est que plus saisissante, et plus que tout, les yeux de la danseuse donnent à son regard une intensité sidérante.

La pièce principale du récital est un Varnam (chorégraphié le nattuvanar Sri Narendra Kumar) en l'honneur de Shiva (Om Namah Shivaya). Son chignon est très stylisé par ses deux mains que la danseuse maintient en hauteur de façon très prolongée ! Elle suggère aussi le serpent, Ganga, ses cheveux puissants, le tambour Damaru. La pièce met ensuite en scène la dévotion à Shiva par des offrande de fleurs, le fait de verser du lait sur le lingam et l'offrande de feu.

Le plus grand moment du Varnam est celui mettant en scène le jeune Markandeya, dévôt de Shiva. Il est attaqué par le dieu de la mort Yama qui est venu sur sa monture (un buffle assez rustique). Alors qu'il est sur le point d'être étranglé, Shiva intervient pour récompenser la dévotion de Markandeya. La divinité résidant à Chidambaram est ensuite montrée (Nataraja), ainsi que la rivière Ganga, et plus étrangement Vishnu sur le serpent Shesha (c'est tellement beau à voir que j'apprécie son apparition même si je ne comprends pas ce qu'il fait là !). Plus loin, Shiva est représenté assis, portant Damaru.

La séquence suivante évoque la nature : poissons, oiseaux, antilopes allant s'abreuver à la rivière. Le Varnam se conclut par une récapitulation de tout ce qui a été montré jusque là.

Intervient ensuit un Padam évoquant une héroïne séparée de Muruga. Si le travail de la danseuse sur les yeux était jusque là exceptionnel, on est passé dans une autre dimension quand je me suis rendu compte que d'authentiques larmes coulaient depuis l'œil droit de la danseuse...

Le récital continue avec une magnifique évocation d'Ardhanarishwara. Il me semble que la composition de Muthuswami Dikshitar est à six temps. Pendant certaines séquences de la pièce, la danseuse utilisait les trois premiers temps du cycle pour évoquer la composante masculine (Shiva) de la divinité androgyne et les trois derniers temps pour évoquer la composante féminine (Parvati).

Le récital s'est terminé par un éloge de Nandi (commençant par de la danse pure avant que n'intervienne le shloka).

Sri Krishna Gana Sabha, Kamakoti Gana Mandir Hall, Chennai — 2013-12-28 à 17:30

Deepika Potarazu, danse kuchipudi

La danseuse de kuchipudi Deepika Potarazu est disciple de Vempati Chinna Satyam et de Vempati Ravishankar (nattuvanar). Il ne m'a pas beaucoup ému, mais j'ai trouvé ce récital délicieux. La position du dos de cette danseuse de kuchipudi me semble plus courbée que dans le bharatanatyam où il est censé rester droit. La première pièce est un éloge de Ganesh. La pièce principale est un Tarangam incluant le traditionnel numéro de danse sur plateau de laiton, très bien exécuté. Cette pièce évoque l'espiègle Krishna qui vole du beurre et fait d'autres bêtises qui suscitent des réprimandes mais aussi de l'admiration de la part de Yashoda et des autres femmes de Vrindavan. La représentation de Krishna en flûtiste inclue des mouvements de doigts sur la flûte (la plupart des danseuses le représentent avec des doigts immobiles). Sa position décontractée est soulignée par de délicats mouvements de hanches.

Le magnifique Padam qui suit est sur un thème voisin : l'héroïne demande à son amie de lui ramener Krishna (sous le nom de Venugopalan).

Le Tillana final m'a semblé un peu long et répétitif, malheureusement.

(Je remarque que toutes les entrées de la danseuse se sont faites par le côté jardin, près de l'orchestre.)

(Dans le maquillage de cette danseuse de kuchipudi et d'autres danseuses de bharatanatyam vues ces derniers jours, je remarque la présence d'un point suggérant un grain de beauté sous la commissure gauche des lèvres.)

Sri Krishna Gana Sabha, Dr. Nalli Gana Vihar, Chennai — 2013-12-28 à 19:30

Anita Ratnam, danse neo-bharatam

Lamentable spectacle ! Comment une danseuse aussi talentueuse qu'Anita Ratnam peut elle se fourvoyer ainsi dans un programme intitulé Neelam et annoncé comme étant du Neo-bharatam. Je dirais plutôt Nullo-bharatam. La pièce (qui utilise de la musique enregistrée provenant de sources diverses) est centrée sur Vishnu et m'a semblé bien déprimante, alors que son avatar Krishna inspire plutôt une dévotion joyeuse, en principe. Je n'ai pas tellement envie de détailler mes impressions, mais le plus grand défaut de cette pièce est qu'il y avait très peu de danse, exécutée de façon très très lente. Je n'ai rien contre la lenteur ou même l'illusion de l'immobilité quand le regard exprime quelque chose, ce qui n'était pas le cas ici... En vitesse normale, il devait y avoir pour dix minutes de danse maximum. L'autre gros défaut résidait dans les atroces interludes de flûte (jouée en direct) entre les quatre parties de la pièce. Toutefois, je retiens une plutôt bonne impression de la dernière partie qui revenait sur des épisodes du Ramayana (arc de Shiva, exil en forêt de Rama et Sita, celle-ci devant enlever ses bijoux, la biche dorée, l'enlèvement, l'intervention de Jatayus, la construction du pont, la flèche lancée par Rama pour tuer Ravana). Cependant, on était davantage dans l'évocation plutôt que dans la narration. Bref, ce spectacle a été une énorme déception pour moi.

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Chennai, Jour 5/12 : Mohan Santhanam, Dr M. Balamuralikrishna, Oystein Badsvik, Rama Vaidyanathan

2013-12-29 13:41+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

Cette journée fut exceptionnelle ! Dès que j'ai eu l'idée de faire ce voyage il y a un an et demi, et plus tard quand j'ai réservé mes billets d'avion, j'ignorais qui chanterait ou danserait pendant les 12 jours que j'allais passer à Chennai. Pour ce qui est du chant, j'espérais avoir une chance d'entendre Dr M. Balamuralikrishna et en matière de danse, je rêvais de voir Rama Vaidyanathan. Tout est accompli.

Bharat Kalachar, Y.G.P. Auditorium, Chennai — 2013-12-27 à 10:30

Mohan Santhanam, chant

Mysore V. Srikanth, violon

Srimushnam Raja Rao, mridangam

S.V. Ramani, ghatam

Le matin, je suis allé écouter Mohan Santhanam parce qu'il fut le premier chanteur à me faire véritablement apprécier la musique carnatique (c'était en 2011). Ce concert ne m'a pas émerveillé, mais je l'ai trouvé réjouissant. Mohan Santhanam a chanté sept compositions précédées ou non d'un Alap. Elles utilisaient des cycles rythmiques variés que je reconnaîs et clappe de mieux en mieux : Adi Tala (8 temps, qui en paraît parfois 16 quand le tempo est lent), 5 temps (répartis comme dans le Sultal de la musique du Nord) et 7 temps (découpé en 2+5 contrairement à Tivratal). Un des ragas les plus développés (en Adi Tala) comportait une composition en l'honneur de Rama.

Je suis parti peu avant la fin du concert, après le duo rythmique entre le mridangam et le kanjira. Ceci, avant de me préparer pour le concert suivant pour lequel j'ai passé ma plus belle kurta.

Sri Krishna Gana Sabha, Dr. Nalli Gana Vihar, Chennai — 2013-12-27 à 16:30

Dr. M. Balamuralikrishna, chant

Il n'a chanté que pendant 10 minutes, de 16h39 à 16h49, mais elles furent magiques. Quand j'avais réservé des places pour des spectacles en soirée, on m'avait dit de venir vers 14h pour le concert gratuit de Dr M. Balamuralikrishna, programmé de 16h30 à 17h30. J'étais un des tout premiers à arriver et j'ai ainsi pu m'installer au onzième rang, les dix premiers étant réservés aux invités. À 16h, la salle était pleine à craquer, des dizaines de personnes étant debout sur les côtés et d'autres regardant la retransmission proposée sur un écran en dehors de la salle.

Jusque là, on s'activait beaucoup sur la scène pour préparer cette journée spéciale Classical to Global. En particulier, un ensemble de danseuses faisaient un petit raccord de leur performance un peu plus tard dans l'après-midi.

Vers 16h, quelques discours se sont tenus et la session a été inaugurée par Sa Sainteté Sri Kanchi Kamakoti Peetathipathi Jagadguru Jayendra Saraswathi Swamigal qui a prononcé un discours en tamoul depuis la chaise surélevée qu'occupait cette homme âgé et fatigué.

L'Alap du chanteur de 83 ans a commencé. Je ne saurais le décrire au-delà de la simple observation qu'il a utilisé les syllabes d'un vers dans son improvisation. Je n'ai été nullement frustré que son concert n'ait duré que dix minutes. Les spectateurs avaient été avertis du fait qu'il ne chanterait qu'un Alap. C'est un sentiment de contentement que j'ai ressenti en voyant le vieil homme s'en aller en marchant avec difficulté. Si la voix est intacte, le corps est usé et je mesure le privilège que j'ai d'avoir entendu ce chanteur.

Sri Krishna Gana Sabha, Dr. Nalli Gana Vihar, Chennai — 2013-12-27 à 17:00

Oystein Baadsvik, tuba

Numéro de cirque sans intérêt d'un tubiste norvégien repoussant les limites techniques du tuba. Si on voulait se moquer de la musique occidentale entre deux présentations des arts classiques indiens, on ne s'y prendrait pas autrement.

Bharat Kalachar, Y.G.P. Auditorium, Chennai — 2013-12-27 à 19:00

Rama Vaidyanathan, danse bharatanatyam

J'ai vu beaucoup de danseuses de bharatanatyam, mais rien ne peut préparer le spectateur à la merveille de perfection dans tous les aspects de la danse qu'atteint la danseuse Rama Vaidyanathan ! Elle est extraordinaire !

Le récital a commencé par un Ragam du violon suivi d'une prière en l'honneur de Ganesh.

La première pièce est originale pour plusieurs raisons. La musique est celle d'un Alarippu. C'est la précision du rythme qui est mis en valeur, et au lieu de mettre en mouvement progressivement son corps comme on le fait habituellement dans les pièces ainsi nommées, la danseuse utilise cette musique pour évoquer la très précise géométrie de l'architecture des temples hindous. Ses mouvements sont très géométriques, très carrés. Sur les vidéos que j'avais vus d'elle, la qualité première de la danseuse me semblait être son expression et sa gestuelle souple et élégante. Ici, elle fait preuve de qualités opposées ! Dans la suite de la pièce, la danseuse évoque la déesse qui se trouve dans le sanctuaire, la représentant en Mahishasuramardini avec le trident, en cavalière, sous la forme de Kali ou de Sarasvati. Les mouvements se font progressivement de plus en plus gracieux alors que la musique s'est fait mélodieuse avec le shloka. Le sentiment de Paix domine la fin de la pièce alors qu'une dévôte offre des fleurs à la divinité dans une position d'adoration qui me semble proche de l'arabesque (tout comme dans le récital de Narthaki Nataraj). L'équilibre de la danseuse dans cette position est magnifique et la lenteur avec laquelle elle a interprété ce mouvement était très émouvant. Vers la fin de la pièce, la danseuse exécute une sorte de récapitulation des mouvements évocateurs présentés jusque là.

Dans son Varnam, Rama Vaidyanathan incarne une jeune femme éprise de Srinivasa (Vishnu). Le premier jati (passage rythmique) utilise une agréable combinaison de postures féminines et de mouvements habituels et j'ai particulièrement apprécié la façon de la danseuse de se transformer pour passer d'une posture à une autre. Ensuite, à une certaine heure de la journée (je reconnais les mouvements qui précise l'heure qu'il est, mais je ne sais pas encore lire l'heure...), la jeune femme se prépare. Elle se pare de colliers, bagues, bracelets, fleurs. Ensuite, alors que les abeilles butinent et qu'elle pense aux yeux de lotus de Srinivasa magnifiquement montrés par la danseuse, le feu brûle dans le cœur de l'héroïne. Le jati suivant est extrêmement gracieux. Un personnage féminin (l'amie de l'héroïne sans doute) semble parler au beau jeune homme qu'est Srinivasa. Elle lui dit qu'elle l'aime, mais lui ne veut pas. Il l'embête ensuite en lui lançant de l'eau (semble-t-il), mais elle ne veut pas jouer à ça, et puis elle se ravise, peut-être que si, en fait. Touchée par les flèches florales de Kama magnifiquement stylisées par la danseuse, les mains de la danseuse suggèrent l'union des deux personnages. Plus tard, pensive alors qu'elle observe un couple d'oiseaux délicieusement évoqué par Rama Vaidyanathan, elle pleure du fait de la séparation. Assise dans une position lascive, elle dort, mais elle ne le sait pas. Elle pense que Srinivasa lui prend la main, mais ce n'est qu'un rêve. La dernière séquence comporte de nombreux jatis accompagnés de swaras (notes solfiées) et une récapitulation des épisodes précédents.

La pièce suivante est sur musique composée par Balamuralikrishna ! La gopika est très sarcastique. Elle se barricade chez elle, refusant les fleurs que le flûtiste Krishna voudrait lui donner. Elle lui dit non. Elle sait bien qu'il en offre à toutes les filles. Va chez elles, pas chez moi !

La pièce suivante est ravissante de poésie. Elle développe la comparaison entre les sentiments amoureux et les couples d'oiseaux, un thème classique de la poésie indienne ancienne qui apparaîssait déjà dans le Varnam. L'héroïne dit au coucou de ne pas chanter coucou trop près d'elle parce que cela lui rappelle qu'elle est séparée de son amoureux. Pour représenter le couple de coucous, la danseuse utilise le mudra approprié et montre aussi de façon très poétique leurs délicats mouvements de becs quand elle leur donne à manger. Cela pourrait paraître kitsch exécuté par d'autres danseuses, mais par elle, c'était merveilleux. La pièce se termine par un signe d'espoir. Comme la monture de son amoureux est l'aigle Garuda (que la danseuse a montré de façon majestueuse !), l'héroïne peut voir cet oiseau comme un intermédiaire pour aller vers Lui.

La dernière pièce Shivoham est une superbe évocation de Shiva composé par le nattuvanar Karaikuddi Sivakumar (qui a aussi composé les jatis du Varnam). Elle évoque Ganga, Nataraja, la danse très Tandava de Shiva avec le tambour Damaru. Elle montre aussi le feu, le tigre, l'antilope qu'il porte, etc. Après une récapitulation de ces attributs, la pièce se finit de façon apaisée.

Parmi les qualités de la danseuse que je ne soupçonnais pas et dont elle a fait preuve pendant tout le récital, je retiens la beauté des courbes dans sa façon de passer d'une position à une autre, souvent en équilibre sur un pied.

J'étais sur un petit nuage en sortant de l'auditorium alors que je venais d'entendre la douce voix de Rama Vaidyanathan que j'étais venu féliciter. Elle m'a demandé si j'étais un danseur !?

Vite, il est déjà temps de filer vers une autre salle de spectacle !

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Chennai, Jour 4/12 : Srikumar Karaikudi Subramanian, Srithika Kasturi Rangan, Narthaki Nataraj, Hyderabad Brothers, C. V. Chandrashekhar

2013-12-28 15:20+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

The Music Academy, Kasturi Srinivasan Hall, Chennai — 2013-12-26 à 08:05

Srikumar Karaikudi Subramanian

Lecture Demonstration: The structure and logic of gamakas - A computer synthesis approach

Jeudi matin, comme la veille, je suis allé assister à une Lec.-Dem. à la Music Academy. Le but de la conférence était d'expliquer comment synthétiser par ordinateur de la musique carnatique en respectant le système complexe d'ornementations (gamakas) qu'elle comporte. Plusieurs problèmes se présentent. Le premier est de savoir comment représenter conceptuellement ce qui se passe dans une ornementation. L'idée de l'orateur a été d'additionner deux composantes : une appelée Stage décrivant un mouvement mélodique global d'une note à une autre et une autre composante appelée Dance décrivant des oscillations de faible amplitude. L'autre problème est celui de déterminer une façon raisonnable d'ornementer une mélodie en s'appuyant sur un catalogue d'exemples pour un Raga donné. La réponse doit d'ailleurs dépendre de la vitesse à laquelle la musique est jouée.

Le public a été impressionné par les exemples de musique synthétique fournis (imitant le son de la vînâ). T. M. Krishna (entendu la veille) était impressionné pointait également les limites actuelles qu'il faudrait dépasser. Il y a eu une controverse amusante pour savoir si une mélodie particulière devait être notée Pa-ma-Ga-ma ou Pa-ma-Ga-Ga : le chant est tellement ornementé que l'on ne sait plus quelles notes on joue au juste !

Cela aurait peut-être pu arriver avec une autre danseuse, mais le fait est que mon intérêt pour la danse bharatanatyam a pris une autre dimension depuis le récital de Srithika Kasturi Rangan en février 2010. Je l'ai donc contactée il y a quelques jours afin de lui demander de me donner un cours, ce qu'elle a gentîment accepté. J'ai eu un peu de mal à trouver l'endroit parce que j'ai eu le malheur d'y aller en rickshaw. J'avais pourtant bien pensé à lui dire de ne pas prendre le flyover, mais je n'avais pas pensé aux sens interdits qui allaient nous bloquer. Si j'ai pu suivre jusqu'à un certain point où nous étions sur le plan que j'avais téléchargé sur mon portable, subitement à force de tourner dans tous les sens ni moi ni le chauffeur ne savions où aller... Arrivé sur place, les deux heures passées avec elle furent passionnantes.

Narada Gana Sabha, Sadguru Gnanananda Hall, Chennai — 2013-12-26 à 14:00

Narthaki Nataraj, danse bharatanatyam

Comme les jours précédents, j'ai assisté au programme de danse bharatanatyam du Narada Gana Sabha de 14h. Ce récital de Narthaki Nataraj a été superbe !

L'orchestre est composé du nattuvangam, du mridangam, du violon et de la flûte. Le chanteur ouvre le programme avec une prière chantée en l'honneur de Ganesh que j'entends pour la troisième fois de puis mon arrivée.

La première pièce dansée Suladhi est en trois parties. La première ressemble à une offrande de fleurs à Narayana (Vishnu) qui est superbement mis en valeur couché sur le serpent Shesha dans une longue pose qui est exécutée par la danseuse avec une souplesse que je n'ai ancore jamais vue et que pourraient lui envier des danseuses plus jeunes... La deuxième partie évoque Krishna-Keshava montré avec sa flûte, sa plume de paon dans les cheveux et jouant avec les gopis portant des jarres d'eau sur leur tête. La dernière partie narre de façon très fine le mariage de Sita et Rama après que ce dernier a brisé l'arc de Shiva.

Vient ensuite le Varnam. La structure de ces pièces élaborées m'apparaît de plus en plus claire à force d'assister à des récitals. En particulier, le chapitrage m'apparaît maintenant évident, chaque chapitre commençant par des grappes de pieds et des mouvements d'yeux exécutés au fond de la scène. Vient ensuite un jati (danse pure rythmique) qui est annoncé par l'invariable même suite d'onomatopées rythmiques (qui dépend sans doute du Tala cependant). Au cours du développement narratif qui suit, un deuxième jati est inséré, mais il est souvent exécuté sur des notes solfiées (Sargam) plutôt que sur des onomatopées rythmiques.

Ce Varnam évoquant Shiva sous sa forme résidant à Tanjore (Brihadeeswarar) est ainsi divisé en sept parties. La première évoque Shiva avec ses attributs habituels (chignon, peau de tigre, Ganga) et la danseuse prend aussi la pose du Seigneur de la danse. La deuxième montre semble-t-il Parvati tentant de séduire Shiva alors que celui-ci est en ascèse. Elle évoque aussi les Arts : l'écriture, la musique, le rythme, le tambour. La troisième est consacrée à la forme guerrière de la Déesse qui lui vaut le nom de Mahishasuramardini. Peut-être était-il question aussi du jeune Markandeya, mais ce fut trop furtif pour que j'en sois certain. La quatrième comporte un jati en 12/8, chacun des temps d'une suite de 4 étant subdivisé en trois. La partie narrative évoque la nature, des couples d'oiseaux, des poissons, ce qui donne lui à un magnifique équilibre prolongé de la danseuse dans une position qui n'est pas trop éloignée d'une arabesque, le haut du corps et une jambe tendue étant alignées pour former une ligne horizontale. La cinquième est centrée sur le plaisir esthétique procuré par la danse (Nataraja) et la musique (Sarasvati). La sixième évoque une femme désespérée par la séparation. La septième montre le butinement des abeilles, une dévôte du Shiva (la position des mains correspondant au lingam apparaît souvent) et curieusement il me semble aussi que Krishna fait quelques apparitions en joueur de flûte...

J'ai beaucoup apprécié ce Varnam, mais j'aurais aimé le comprendre davantage et surtout en mieux saisir la cohérence globale... Précédées l'une d'un solo de flûte et l'autre d'un solo de violon, deux pièces de pur Abhinaya ont ensuite été présentés par la danseuse. La première montre une héroïne en train de décrire les qualités de son amoureux et en particulier ses yeux en forme de lotus. On la voit aussi se parer pour lui. J'ai particulièrement aimé la façon de représenter la jeune femme se mirant dans un miroir. Dans l'autre Padam, une jeune femme est abandonnée par sa famille, celui qu'elle aime, Muruga, est devenu tout pour elle. La chorégraphie met particulièrement en valeur la monture de Muruga : le paon. Après l'avoir refusée, Muruga finit par l'accepter.

Le récital s'est terminé par un Tillana évoquant Krishna dansant avec les gopis à Vrindavan, ainsi que Vishnu-Padmanabha couché sur le serpent Shesha.

Narada Gana Sabha, Sadguru Gnanananda Hall, Chennai — 2013-12-26 à 16:00

Hyderabad Brothers, chant

H.N. Bhaskar, violon

Tanjore Murugabhoopathy, mridangam

S.V. Ramani, ghatam

Je suis parti après avoir écouté les Hyderabad Brothers pendant une demi-heure. Ils sont très avares en Alap, et le chant n'étant pas très enthousiasmant (à part à la rigueur dans les sections de Sargam), j'ai fui. Avant de fuir, je m'étais éloigné d'une spectatrice qui clappant le tala faisait aussi tinter ses bracelets...

Brahma Gana Sabha, Sivagami Petachi Auditorium, Chennai — 2013-12-26 à 19:00

C.V. Chandrashekhar, danse bharatanatyam

Dans la soirée, je me dirige vers le Brahma Gana Sabha pour le récital de C. V. Chandrashekhar. Depuis ma place au balcon, je remarque la présence de Chitra Visweswaram dans le public. Peu avant, à la cantine (fameuse) de cette salle, je me retrouve par hasard nez à nez avec Jaishri que j'ai vue jouer admirablement bien du nattuvangam deux fois ces derniers jours et je m'empresse de la féliciter.

Après une prière, la première pièce dansée est une offrande de fleurs à Sri Ganapati (kriti de Thyagaraja) dont le danseur évoque du bras gauche la trompe et du droit les oreilles. Il met aussi très bien en valeur sa démarche de pachyderme. Il évoque ensuite les arts avec la vînâ et le tambour. (Je ne suis pas fan du violoniste portant des lunettes de soleil dont le violon sonne comme un hautbois indien !)

La pièce principale du récital est un Varnam chorégraphié par Rukmini Devi, fondatrice de l'institution Kalakshetra. Comme ce style est austère ! L'ensemble me semble très aride, et donc difficilement intelligible. Le Varnam est centré sur Shiva. Au début, on voit une femme portant un plateau préparer des rituels en l'honneur de Shiva (dont le chignon est suggéré). Plus loin, on verra semble-t-il Rati l'épouse de Kama supplier Shiva de ressusciter son époux que Shiva avait réduit en cendres. Le texte chanté semble rarement en rapport avec ce qui est montré, puis que le chanteur chante en boucle pendant de longues minutes Thyagaraja Swami alors que la danse de Shiva est évoquée. Après un retour à la prière initiale, il me semble que la prière de Rati est exaucée puisque l'on voit un beau jeune homme portant un arc... (Si cela se trouve, ce Varnam n'avait aucun rapport avec Kama et Rati, mais ce que j'ai vu me semble cohérent avec cette histoire.)

Si la chorégraphie est austère, l'expression du visage du danseur était très convaincante. Je n'ai pas parlé des jatis, mais ils étaient parfaitement exécutés, ce qui est impressionnant compte tenu de l'âge du danseur (78 ans !).

Deux Padam ont suivi. Le premier évoquait (sur un rythme à cinq temps) l'amour filial pour Muruga qui commence à marcher et faire des bêtises (comme voler le croissant de Lune de son père, etc). Le deuxième était sur un kriti de Purandaradasa : Yashoda demandait à Krishna de ne pas aller au-delà du seuil de la maison.

Le Tillana conclusif évoquait la déesse Annapurna de Varanasi. Lors de la salutation finale, le danseur s'est couché à plat ventre sur la scène !

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Chennai, Jour 3/12 : Ganesh & Kumaresh, T. M. Krishna, Vyshnavie Sainath, Begum Parveen Sultana, Shobana

2013-12-26 18:16+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

Étant sorti au milieu d'un concert ennuyeux au possible, je trouve le temps de finir ce billet sur les spectacles vus hier :

The Music Academy, Kasturi Srinivasan Hall, Chennai — 2013-12-25 à 08:05

Ganesh & Kumaresh, violon

Lecture Demonstration: Creative possibilities in ragas with special focus on instruments

Après des appams en guise de petit-déjeuner, ma journée a commencé avec une Lec.-Dem. à la Music Academy. Tous les matins y ont lieu des conférences-démonstrations. À mon grand étonnement, la salle était pleine et les enfants ont même été invités à monter sur scène autour du duo de violonistes formé par Ganesh et Kumaresh. Le chairman qui dirige la session est accompagné de la chanteuse Sudha Ragunathan (qui n'a pas pu chanter la veille...). Après une prière chantée par une apprentie chanteuse carnatique, la conférence a commencé. La langue utilisée est un curieux mélange d'anglais et de tamoul. Une des conclusions des conférenciers est que la musique indienne a cette particularité d'être non visuelle : elle n'est que pur son et se transmet par voie orale. Une de leurs opinions a déclenché une vive controverse. Ils affirment que la musique pure a sa place en musique carnatique et qu'on peut composer de la musique sans que ce soit la mise en musique d'un poème. Ils s'opposent à l'idée que l'auditeur qui entend la musique instrumentale éprouverait les sentiments exprimés dans le texte (même s'il n'est pas chanté !). Ils donnent des exemples de mélodies sur lesquelles des poèmes différents sont chantés et expliquent qu'ils ont eux-mêmes écrit des compositions volontairement semblables à des compositions chantées préexistantes, mais néanmoins différentes. Pour eux si une émotion est transmise par la musique instrumentale, c'est seulement la vertu du Raga (mode musical), pas celle du texte. Ayant l'honneur de conclure ces sessions, Sudha Ragunathan s'opposera à eux, expliquant qu'il y aurait bien un jour un poète pour mettre en texte sur leur musique. Ils réclament de leur côté une plus grande considération de la part des chanteurs qui concentrent sur eux 99.99% de l'attention en matière de musique carnatique. Le sage chairman leur a gentîment suggéré d'agree to disagree...

Une partie de leur conférence était dédiée à la façon d'innover en musique carnatique en utilisant les possibilités spécifiques de chaque instrument. Ils en ont fait la démonstration avec leurs violons et dans leur explications ils suggéraient de façon amusante Pourquoi ne pas jouer (à deux) simultanément des notes différentes sur un rythme identique ?. Ils ne vont pas jusqu'à suggérer de la polyphonie ou de l'harmonie à l'occidentale, mais tout en restant dans le raga, une note et un de ses harmoniques seront ressentis comme une seule note par les auditeurs.

Je sais beaucoup de gré aux conférenciers d'avoir expliqué très clairement un point qui me confirme dans ma préférence pour la musique hindustani (et dhrupad en particulier) plutôt que pour la musique carnatique. Les instruments utilisés dans le Nord (sarod, sitar, sarangi, etc.) permettent de maintenir les cordes en vibration de façon prolongée, alors que les instruments du Sud (vînâ, flûte, etc) émettent des sons très brefs (comme le clavecin par rapport au piano). Ils pensent que cela a influencé la musique vocale du Nord et du Sud. (Ainsi, dans un Alap de musique carnatique, les notes défilent à toute vitesse alors que dans le chant dhrupad, on prend davantage son temps...)

Narada Gana Sabha, Sadguru Gnanananda Hall, Chennai — 2013-12-25 à 10:15

T.M. Krishna, chant

H.N. Bhaskar, violon

Karaikudi Mani, mridangam

Bangalore N. Amrit, kanjira

Alors que j'allais réserver un billet au Narada Gana Sabha, je me suis rendu compte du fait qu'allait y avoir lieu un concert du chanteur T. M. Krishna, un des plus connus. J'avais a priori prévu autre chose, mais j'ai préféré tenter ma chance dans la file d'attente des derniers minutards pour ce concert gratuit (comme le sont tous ceux de ce chanteur). Les spectateurs ayant retiré un passe gratuit sont entrés et à l'heure du début du concert, les autres ont pu s'installer aux rares places vacantes. Des spectateurs étaient même assis sur le tapis de scène autour de l'estrade.

J'ai apprécié ce concert de T. M. Krishna qui n'a pas chanté de courtes compositions (l'exact contraire du saxophoniste Kadri Gopalnath...). Les (cinq) ragas ont été assez développés et le Ragam (équivalent de l'Alap) avait toujours un caractère méditatif. Pas de course à la virtuosité gratuite. On a le temps d'entendre les ornementations (gamakas). Le chanteur utilise le silence de façon pertinente et il laisse régulièrement le violoniste tenir une note évanescente, ce qui est du meilleur effet. Le chanteur a la particularité de s'exclamer très souvent comme quelques spectateurs indiens le font parfois pour marquer leur appréciation. Il gratifie ainsi parfois le violoniste ou les percussionnistes de Shabash! mais aussi et surtout de Ah-Ah!, qu'il s'accorde souvent à lui même, ou peut-être simplement à la beauté de la musique...

Concernant la forme prise par ses ragas, il commençait par un Ragam (complété par un Ragam du violon dans le quatrième raga). Les chanteurs carnatiques utilisent habituellement des syllabes spécifiques pour leurs improvisations (comme dans le dhrupad), mais dans certains ragas, T. M. Krishna a systématiquement utilisé le texte d'un poème. Il a en revanche omis la partie Thanam qui s'insère parfois entre le Ragam et la composition (Pallavi).

La troisième composition était semble-t-il dédiée à Shiva qui était nommé Chandrashekaran. Les notes solfiées (Sargam) interprétées dans ce raga ont donné lieu à un des points culminants de ce concert, le chanteur créant puis libérant une certaine tension musicale par un vertigineux crescendo étendu sur plusieurs cycles rythmiques.

Dans le quatrième raga, le cycle rythmique était un Adi Tala lent qui paraissent donc avoir 16 temps plutôt que 8. C'est dans ce raga que les deux percussionnistes, mridangam et kanjira (tambourin) se sont livrés à un duo rythmique. Ce très beau concert s'est conclu par un raga commençant par un Alap utilisant quelques syllabes du Gayatrimantra suivi d'une composition commençant par Vaishnabhajan.

Narada Gana Sabha, Sadguru Gnanananda Hall, Chennai — 2013-12-25 à 14:00

Vyshnavie Sainath, danse bharatanatyam

En début d'après-midi, je suis allé au Narada Gana Sabha pour assister à un récital de bharatanatyam de Vyshnavie Sainath, fille et disciple de Rajeswari Sainath. Ce programme est très original dans sa structure : il est entièrement consacré à la dévotion envers Vittala (un des noms de Vishnu répandu dans le Maharashtra) et la musique est composée de six Abhhangs, des chants dévotionnels spécifiques à la culture marathi (et que des chanteurs carnatiques comme Aruna Sairam ont introduit dans les concerts de musique carnatique). Outre un chanteur, l'orchestre comporte nattuvangam, mridangam, tabla, flûte et violon (Kalaiarasan !).

Je ne possède pas les repères culturels propres à la culture marathi pour apprécier tous les détails et la poésie de ce programme qui évoque le parcours spirituel d'une dévôte jusqu'au Moksha. La première partie était dansée sur une estrade au fond de la scène et était très lente, ce qui permettait d'apprécier le détail des mouvements. Dans la seconde partie, la dévôte pense au dieu résidant à Pandharippur. Non loin du temple passe une rivière. (Un magnifique karana exigeant une certaine souplesse a accompagné la fin de cette partie.) Dans une autre séquence, pensive au clair de lune, elle brûle de son absence. Plus loin, dans la forêt, alors que des oiseaux passent, elle guette des signes pouvant l'encourager dans son chemin vers Vittala. Arrivée à Vrindavan, elle entend la flûte de Krishna, mais elle ne le voit pas et pour l'atteindre, il lui faut traverser la rivière Yamuna. Après avoir traversé la rivière, Vittala apparaît enfin (la danseuse étant sortie un instant de la scène pour se parer d'un signe distinctif sans ambiguïté au niveau du front).

Si je ne suis pas resté concentré pendant tout le récital à cause de la fatigue, j'ai trouvé magnifique la toute dernière séquence (même si elle a été carrément hors style). Cette sixième partie évoque l'adoration (bhakti) vishnouïste de façon très impressionnante ! Cela commence par une offrande de fleurs (authentiques) sur toute la surface de la scène dans des mouvements joyeux faisant penser à ceux que l'on trouve dans les Tillana. De façon tout-à-fait exceptionnelle, des mouvements de hanches étaient incorporés à cette danse. Dans la partie centrale de cette partie, il y avait même une séquence qui étant ni plus ni moins de la danse kathak ! Les mouvements de hanches et la dévotion reprenaient ensuite de plus belle et progressivement la danse s'abandonnait complètement dans le rythme de plus en plus entraînant de la musique ! Épatant !

Chennaiyil Thiruvaiyaru, Kamaraj Memorial Hall, Chennai — 2013-12-25 à 16:45

Begum Parveen Sultana, chant hindustani

Begum Parveen Sultana, chanteuse originaire de l'Assam, chantait au Kamaraj Memorial Hall, accompagnée d'un tabla et d'un harmonium. Plutôt que de laisser cette tâche à la jeune femme assise près d'elle, elle a joué elle-même du tampura. Le premier raga interprété a été Madhuvanti. Elle a commencé par un Alap, puis une sorte de continuation d'Alap accompagnée par le tabla (mais cela ne correspondait pas vraiment à l'idée que je me fais des sections Jor ou Jhala). J'ai été très content de reconnaître les notes du raga, en particulier le Ga Komal (très oscillant) et le Tivra Ma. Vinrent ensuite Raga Puriya Dhanashree, un Mira Bhajan, Raga Rajeshwari et un Bhajan sur le Raga Mishra Bhairavi. Je n'ai pas détesté ce concert, mais il ne m'a pas non plus passionné. Par exemple, dans le Raga Rajeshwari, j'ai aimé le bel Alap, tout comme la composition, mais celle-ci étant vraiment très courte, la litanie de l'harmonium qui la répétait sans cesse m'a passablement ennuyé et dans son improvisation sous la forme de Sargam, la chanteuse faisait à mon avis preuve d'une virtuosité excessive. Si on n'entend plus le nom des notes et si mon oreille ne me donne même pas une vague idée d'où elles sont situées, c'est que cela va peut-être un peu trop vite pour moi... (Il faut aussi souligner que la sonorisation mal réglée ne mettait pas vraiment en valeur le timbre de la voix de la chanteuse.)

Chennaiyil Thiruvaiyaru, Kamaraj Memorial Hall, Chennai — 2013-12-25 à 19:30

Shobana, danse bharatanatyam

Spectacle consternant ! Tout d'abord, les spectateurs qui faisaient pourtant la queue bien avant l'ouverture des portes n'ont pas tous pu entrer avant le début du spectacle, non seulement dans la prière chantée mais aussi dans le premier numéro dansé. Si de mon côté j'ai pu rejoindre ma place rapidement, le passage incessant d'autres spectateurs dans mon champ de vision était très gênant. La première partie de ce spectacle ressemblait à un numéro de cirque, l'entrée en scène de l'actrice-danseuse Shobana déclenchant des applaudissements hystériques (bon, ok, à Paris, on fait pareil lors de l'entrée en scène des étoiles dans les grands ballets classiques). Elle interprète un numéro de danse pure. Une autre danseuse plus jeune et plus convaincante à mes yeux représente la danse de Krishna sur le serpent Kaliya et le jeu de sa flûte qui ensorcelle les gopis. Le Varnam interprété par Shobana ensuite est consternant. Je ne sais dans quelle friperie elle a dégoté son sari négligé ! Pour ce qui est de la danse, les mouvements expressifs étaient exagérés et la danseuse apparaissait trop souvent en lieu et place du personnage qu'elle devait interpréter, et ce pas uniquement quand elle s'arrêtait complètement de danser pour faire signe à des spectateurs de ne pas la filmer... Les jatis (mouvements rythmiques rapides) étaient beaucoup trop compliqués (et pas du tout musicaux, à se demander si le son et l'image étaient synchronisés). La sonorisation était affreuse. Le son des percussions couvrait complètement la voix de la chanteuse, ce qui m'empêchait de saisir quelques mots au passage pour essayer de comprendre l'histoire que ce fichu Varnam était censé raconter... Le pire était lors des fins systématiquement en crescendo des jatis. Ce mridangam me cassait littéralement les oreilles. Affreux...

Vînt ensuite Ashtapadi, une danse de groupe de six danseuses. Cinq d'entre d'elles figuraient les gopis qui entouraient la dernière, kitchissimement déguisée en Krishna avec une authentique plume de paon dans les cheveux... La première partie de cette pièce représentait la Rasa-danse, dans laquelle Krishna danse avec les gopis, chacune ayant l'impression de danser seule avec lui, toutes étant rendues amoureuses par l'intervention de l'archer Kama. La deuxième partie évoquait joliment la rivière Yamuna.

Après un intermède musical, Shobana est revenue interpréter un nouveau Varnam, nettement plus convaincant que le premier. Le costume bleu était plus chic que le premier (qui était plus ou moins beige), mais il n'était pas mis tout à fait correctement... Dans cette pièce, la danseuse a raconté plusieurs épisodes du Ramayana, mais comme je le disais ce matin à Srithika Kasturi Rangan, Shobana danse beaucoup moins bien qu'elle ! Parmi les épisodes, il y avait celui où Rama casse l'arc de Shiva pour épouser Sita (après que d'autres ont lamentalement échoué). Dans un autre, Lakshmana se moque de la démone Shurpanakha. On voit ensuite Sita réclamer qu'on lui rapporte l'antilope dorée qu'elle a aperçu ; il s'agissait d'une ruse de Ravana pour qu'il puisse enlever Sita alors que Rama et Lakshmana se sont éloignés d'elle. Captive, Sita donne son anneau à Hanuman pour que celui-ci puisse prouver à Rama qu'il a bien vu Sita. Enfin, Rama tue Ravana. C'était bien beau, cela a manifestement dû demander beaucoup de travail à la danseuse, mais après quelques minutes, j'ai compris pourquoi je ressentais un malaise en voyant Shobana rendre grotesques tous les personnages par son expression : cela peut paraître incroyable, mais c'est vraiment tout comme si les personnages étaient interprétés par Mr. Bean !

Le récital s'est conclu par un Tillana exécuté par Shobana et quelques autres danseuses.

Bref, amis rasikas, évitez à tout prix d'assister à des spectacles organisés par Chennaiyil Thiruvaiyaru ! (Je me rends compte que j'ai oublié de préciser que le fond de la scène comportait des écrans géants sur lesquels défilaient des signes publicitaires !)

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Chennai, Jour 2/12 : Namasankirthanam, Priya Venkatraman, Disciples de Smt. Anita Guha

2013-12-25 13:37+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

Hier, je crois avoir faire l'expérience autant du meilleur que du pire de la Saison de Décembre...

Sri Krishna Gana Sabha, Dr. Nalli Gana Vihar, Chennai — 2013-12-24 à 07:00

Sengalipuram Brahmasri Vittaldas Jayakrishna Dikshithar Maharaj, Namasankirthanam

La journée commence plutôt bin avec du Namasankirthanam. Quelques brâhmanes torses nus ont pris place sur la scène de la grande et confortable salle du Sri Krishna Gana Sabha qui est très bien remplie malgré l'heure matinale. Les musiciens incluent cinq percussionnistes (un tabla, quatre mridangam, un ghatam), deux harmoniums, une vingtaine de chanteurs dont le rôle sera d'accompagner le meilleur d'entre eux dans cette cérémonie vishnouïste. Le maître est enguirlandé de fleurs plusieurs fois et un ventilateur est placé juste derrière lui ! Des effigies grandeur nature de quelques maîtres spirituels ont été placées sur le côté de la scène. La première partie de ce programme qui durera environ deux heures est chantée. Les vers évoquant quelques divinités sont prononcés par le maître, puis repris par le chœur tandis que le public bat des mains en rythme. Le chant est plutôt beau, et carrément sublime à un moment particulier ayant suivi une prière à Ganesh : tous prononçaient le nom Ram de façon continue.

La deuxième partie avait l'air d'être une sorte de conférence illustrée de chant ou de chant commenté. Les commentaires étant en tamoul uniquement, j'ai trouvé le temps un peu long...

Je me suis ensuite dirigé vers la station de trains de Mylapore pour descendre à Thiruvanmiyur afin d'acheter un billet pour un dance-drama à Kalakshetra. Je voulais voir Sabari Moksham qui raconte le troisième livre du Ramayana, mais tous les billets avaient déjà été vendus. En me promenant dans l'enclave de cette école de danse, j'aurai au moins pu apercevoir quelques classes de danse bharatanatyam. Je me demande comment les professeurs et élèves font pour s'y retrouver dans la mesure où la vigoureuse battue rythmique des professeurs frappant un morceau de bois s'entend depuis une distance plus grande que celle qui sépare les différents bungalows.

Narada Gana Sabha, Sadguru Gnanananda Hall, Chennai — 2013-12-24 à 14:00

Priya Venkatraman, danse bharatanatyam

J'avais déjà vu Priya Venkataraman à Paris dans le cadre d'un récital de danse bharatanatyam synchronisée. Dans la grande salle peu remplie du Narada Gana Sabha, elle donnait en début d'après-midi un récital solo. Le chanteur Sri K. Hariprasad est le même que lors du récital de Meenakshi Srinivasan de la veille (et le percussionniste est le même que lors du récital de Sanjana Prasad, le monde des musiciens de Chennai est petit !). La sonorisation étant mieux réglée, j'apprécie bien davantage son chant. Il a commencé par la même prière à Ganesh, puis a interprété un Pushpanjali qu'il a composé lui-même en l'honneur de Ganesh. La danseuse ne m'enthousiasme pas. Tout est exécuté très proprement, mais il y a quelque chose qui manque pour que je sois complètement séduit. Le regard de la danseuse et son sourire manquent de concentration. Je m'ennuie beaucoup pendant le Varnam qui évoque le jeune Krishna. Dans l'évocation de jeux d'eau, j'ai toutefois aimé la façon de représenter une jeune femme en train de se baigner dans la Yamuna (pendant que Krishna lui chippe ses vêtements...).

Le chanteur interprète maqgnifiquement Ashtapadi (je présume qu'il s'agit du texte de Jayadeva). Radha souffre de la séparation et ne peut s'empêcher de penser à Lui : tout ce qu'elle voit lui rappelle Krishna.

Le récital s'est conclu par un Tillana dans lequel la danseuse évoquait un personnage féminin puis Shiva et Parvati.

Sri Krishna Gana Sabha, Kamakoti Gana Mandir Hall, Chennai — 2013-12-24 à 16:00

Janane Sethunarayanan, danse bharatanatyam

Sinitha Purushothaman, danse bharatanatyam

Smrithi Krishnamurthy, danse bharatanatyam

Le grand frisson de la journée est venu d'un récital de trois disciples d'Anita Guha. Le nattuvanar est la même Jaishri (Ramanathan) que lors du récital de Meenakshi Srinivasan. Outre une chanteuse, l'orchestre comporte aussi un violon, une flûte et un mridangam.

Le récital commence par un Alarippu mettant en scène les trois danseuses. Leurs mouvements s'accélèrent progressivement alors qu'elles vont évoquer des thèmes shivaïtes. La belle image de fin pourrait être celle de Muruga accompagné de ses deux épouses, mais il ne s'agit que d'une conjecture de ma part.

Les trois danseuses ont ensuite interprété un magnifique Varnam. La première partie évoquait le jeu de séduction entre Shiva et Parvati, cette dernière obtenant les faveurs de Shiva par l'ascèse. Le dieu Kama est curieusement absent de cette chorégraphie. La deuxième partie évoquait la Déesse. Shakti a ainsi été représentée de façon très picturale par les trois danseuses alignées (chacune montrant des attributs particuliers), et fait original, elles se déplaçaient latéralement en formation ! L'aspect guerrier de la Déesse (Mahishasuramardini) était mis en valeur, mais la partie la plus magique du Varnam est venue de l'évocation de Sarasvati et surtout des Arts en général, via l'évocation de la beauté du son, la vînâ, le tambour, etc. Le plus beau moment a été l'évocation du Tala, que les danseuses suggéraient par des claps et surtout un magnifique Jati qui n'était accompagné que par le mridangam (et occasionnellement par les cymbales). Ni onomatopées rythmiques, ni chant ni violon ni flûte ! C'est un des jati les plus délicieux que j'aie vus ! Enfin, toujours dans l'évocation des Arts, les danseuses montraient les Navarasa, les neuf saveurs ou émotions classifiées. Au lieu de mettre en valeur chacune d'entre elles dans des épisodes successifs d'un Varnam comme cela se fait usuellement, les Rasa étaient montrés par les différentes danseuses dans une succession rapide. Par exemple, une danseuse prenait la forme de Shiva pour suggérer la Colère.

(Il est à noter que des bijoux ornant les cheveux d'une danseuse sont tombés sur la scène, la rendant quelque peu dangereuse à cause des parties pointues de ces bijoux. Les danseuses ont néanmoins réussi à éviter de se faire mal.)

Une autre merveilleuse pièce a suivi. La texte chanté était un Bhajan de Tulsidas. Les trois danseuses jouaient le rôle des trois épouses Kaushalya, Sumitra et Kaikeyi de Dasharata, père de Rama. S'il est relativement courant en bharatanatyam de représenter l'amour maternel de Yashoda pour Krishna, j'ai trouvé intéressant que l'objet de cet amour soit Rama.

Le récital s'est conclu par un Tillana évoquant un peu sommairement Vishnu sous le nom de Padmanabha.

Chennaiyil Thiruvaiyaru, Kamaraj Memorial Hall, Chennai — 2013-12-24 à 19:30

Sudha Ragunathan, chant

Lakshman Shruti Orchestra

Imaginez que vous allez voir Parsifal et qu'une fois installé à votre siège on vous dit que le Parsifal est malade et qu'on jouera des chansons d'Annie Cordy en remplacement. C'est à peu près ce qui m'est arrivé avec les dangereux escrocs de Chennaiyil Thiruvaiyaru. Avant d'arriver, je me méfiais déjà de ce Sabha qui laisse à penser que c'est tout comme si on avait confié la programmation d'une salle de musique classique occidentale à TF1. Quand le rideau de scène s'est levé (très en retard), des chaises étaient disposées pour un orchestre et pas vraiment pour un concert de musique carnatique. Certes, Sudha Ragunathan, malade, ne pouvait pas chanter, mais le minimum aurait été de rembourser les spectateurs (surtout que l'entrée était à 500 roupies minimum). On a enguirlandé la chanteuse qui s'excusait de ne pas chanter et le réalisateur K. Balachander dont je me demande bien ce qu'il faisait là, et puis des chanteuses sont venus interpréter des chansons insipides. Je suis parti après un peu plus de vingt minutes de supplice.

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Chennai, Jour 1/12 : Sanjana Prasad, Meenakshi Srinivasan

2013-12-24 13:07+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII

Je suis arrivé à Chennai lundi midi après un long trajet en avion via Riyadh en Arabie Saoudite. Bien qu'ayant eu plus de 7 heures de correspondance, j'ai failli rater le deuxième avion puisque la porte d'embarquement ne s'est jamais affichée sur les écrans et qu'elle ne correspondait pas à celle donnée lors de la correspondance. À bord, la nourriture est indienne et singulièrement plus épicée au départ de Riyadh que de Paris.

Sorti de l'aéroport, je n'ai vu aucun panneau indiquant la station de trains locaux Tirusulam. Après avoir marché un peu, j'ai demandé mon chemin. J'ai craint un moment que l'homme à qui je l'ai demandé ne m'aiguille vers un taxi, mais il allait aussi prendre un train pour rentrer chez lui et a été très sympathique, merci Kartik. Pour 5 roupies, je me suis donc retrouvé au centre-ville de Chennai en à peine un quart d'heure. Il m'a fallu davantage de temps pour m'extraire de la station Mambalam et me diriger vers mon hôtel en rickshaw. Cela peut sembler extravagant, mais il semble qu'il ne soit plus nécessaire de négocier le prix des courses : sans qu'on le leur demande, les chauffeurs mettent le compteur (numérique) en route !

Après être passé rapidement à la Music Academy et au Narada Gana Sabha pour prendre des renseignements, je me suis dirigé vers Bharat Kalachar pour acheter des billets. Cela a été un peu compliqué, le guichet qui devait ouvrir à 14 heures était fermé parce que la pause déjeuner n'etait pas encore finie. Je suis revenu une demi-heure plus tard, et toujours personne. Chaque personne que je voyais me disait que ce n'était pas possible, et, me voyant insister, elle me disait d'aller vers le portail bleu, où en insistant encore, on m'a dit de monter au troisième étage, etc, pour enfin revenir au point de départ, où après quelques minutes supplémentaires d'attente j'ai pu obtenir mes billets pour voir Meenakshi Srinivasan le soir-même ainsi que Rama Vaidyanathan (ouf, s'il y avait une raison pour mon voyage, la voir en faisait partie !).

Sri Krishna Gana Sabha, Kamakoti Gana Mandir Hall, Chennai — 2013-12-23 à 16:00

Sanjana Prasad, danse bharatanatyam

Après être tombé sur un rickshaw-wallah qui ne connaissait pas le Sri Krishna Gana Sabha, j'arrive enfin à cette salle. Même si le guichet n'était pas censé être ouvert (on m'avait dit au téléphone qu'il ouvrait à 16h30), j'arrive à obtenir des billets pour voir Padma Subramanyam (!) et Anita Ratnam. Le concert de Dr. M. Balamuralikrishna prévu quelques jours plus tard est Free (comme j'aime la manière de cet homme de prononcer ce mot), mais il faudra venir tôt...

Pas de problème en revanche pour entrer au Kamakoti Gana Mandir Hall du Krishna Gana Sabha où va danser Sanjana Prasad, disciple de Padmapriya Prakash (Dubaï). Le guru est au nattuvangam et l'orchestre composé d'une chanteuse (excellente), d'un mridangam et du meilleur violoniste accompagnateur de danse que le bharatanatyam connaisse : Kalaiarasan Ramanathan. Si je ne l'avais pas reconnu à son visage, j'aurais certainement reconnu son jeu singulier, comportant de nombreuses doubles cordes (comme je l'avais remarqué quand il accompagnait Lavanya Ananth). Le fait de l'avoir reconnu montre mon niveau d'addiction au bharatanatyam, mais ce qui est encore plus étonnant, c'est que le violoniste assurait avoir l'impression de m'avoir déjà vu quelque part quand nous avons échangé quelques mots à l'issue du récital !

Le récital a commencé par une introduction chantée. Les pièces de danse seront ensuite introduites en tamoul. Le première pièce peut être considérée comme un Pushpanjali. Elle commence par de la danse pure accompagnée d'onomatopées rythmiques. Même si au cours du récital, la très jeune danseuse (pas plus de 15 ans à mon avis) n'exécutera pas parfaitement les mouvements de danse pure (les bras ne sont pas toujours bien tendus, par exemple), j'apprécie la vivacité de ces jatis et elle s'avère étonnamment douée pour son âge pour l'Abhinaya. Elle évoque ainsi une offrande de fleurs à Ganesh (aux grandes oreilles), fils d'Uma. Des rituels de dévotion sont montrés, comme l'offrande de prasad et l'aarti. Elle a aussi comme il se doit salué son guru et la salle (qui était plutôt bien remplie).

La pièce principale du récital d'une heure était un Varnam en l'honneur de la Déesse. Elle est présentée sous la forme de la déesse guerrière Meenakshi, compagne de Shiva au regard foudroyant. Elle la représente en train de tuer le démon Mahishasura. Les jatis (passages rythmiques) insérés dans la pièce sont applaudis par le public. La danseuse à également rendu hommage à la déesse des arts en évoquant l'écriture, la pensée, le chant, la flûte et la vina. J'extrapole peut-être, mais il m'a semblé qu'elle évoquait également la syllabe Om vers la fin du Varnam qui prenait l'apparence d'un Tillana.

Après un Ragam du violon, la danseuse a interprété une adorable pièce d'hommage à Shiva, le texte chanté commençant par Karunarasa Kamakoti... Chandrashekara.

Shivastuti, une autre pièce dédiée à Shiva a suivi, évoquant Ganga, son chignon, la lune, le serpent (très impressionnant), le tigre. Les jatis prenaient une intéressante forme de jeu de questions et réponses entre le nattuvangam et la danseuse.

Le récital se terminait par un Tillana en l'honneur de Krishna (et Bhubaneshvari ?).

Bharat Kalachar, Y.G.P. Auditorium, Chennai — 2013-12-23 à 19:00

Meenakshi Srinivasan, danse bharatanatyam

Après avoir dîné rapidement, je me suis dirigé vers Bharat Kalachar pour assister à la fin d'un récital de chant de Gayathri Venkatraghavan qui se concluait par le même Tillana (pas vraiment mieux chanté). J'étais là bien sûr plutôt pour assister au récital de danse bharatanatyam de Meenakshi Srinivasan (déjà appréciée lors de son passage au Musée Guimet). Elle était accompagnée d'un chanteur nommé Hariprasad, d'une violoniste (Shrilakshmi ?), de Jaishri (nattuvangam) et de Vedakrishnaran (mridangam).

La première pièce dansée après la prière à Ganesh est une magnifique évocation de Shiva. Est-il possible de danser le bharatanatyam plus gracieusement que ne le fait Meenakshi Srinivasan ? Une certaine dureté n'aurait pas nui dans l'évocation de la peau de tigre ou la virilité de la danse de Shiva, mais je ne vais pas bouder mon plaisir de la voir aller chercher sa main très loin derrière avec autant de grâce. La danseuse évoque merveilleusement bien le tambour Damaru ou encore la descente de la rivière Ganga. Il m'a semblé qu'elle a pris pendant quelques instants la forme androgyne d'Ardhanarishwara, ou encore celle du dévôt Markandeya attaqué par Yama. Elle a enfin évoqué les arts en suggérant le chant et le jeu du tambour.

J'aurais aimé adorer le Varnam féministe qu'elle a dansé, puisqu'il était centré sur le personnage de Sita, épouse modèle et pourtant rejetée par Rama à cause de l'influence de la rumeur publique (Sita ayant été captive du démon Ravana). Enceinte de jumeaux, elle se réfugie dans la forêt et se souvient des bons moments passés avec Rama. Il l'avait conquise en brisant larc de Shiva. S'il était très beau à regarder, je n'ai pas trouvé ce passage très convaincant. Ensuite, un jeu de balle était semble-t-il suggéré entre Sita et Rama (j'aimerais la référence au texte de Valmiki parce que je n'en ai aucun souvenir...). Mon manque de sommeil a eu raison de ma concentration pendant le reste de la pièce qui ne m'a pas donné l'impression de progresser d'un point de vue narratif. Les jatis étaient beaux, cependant.

La pièce suivante, chorégraphiée par Bragha Bessel, était semble-t-il un Padam. Deux jeunes femmes voient passer une procession au loin. Elles ne reconnaissent pas la divinité. Ce n'est pas Indra couvert de mille yeux, ni la Lune (Chandran), ni Shiva au troisième œil, ni Surya, ni le difforme Kubera. (L'énumération vient de la présentation, je ne les ai pas tous identifiés en observant la danse, et sans la présentation, je n'aurais reconnu que Shiva.) Sans préciser de qui il s'agissait, la présentation se concluait en disant qu'à la fin, elles reconnaissaient la divinité. En fait, à sa démarche de pachyderme et à ses grandes oreilles, il était évident pour moi dès le début que c'était Ganesh ! ce qui était confirmé à la fin. (En fait, pas du tout, cf. cette autre entrée.)

Le récital s'est conclu par un merveilleux Tillana en Raga Sindhu Bhairavi, et il s'agit semble-t-il du même que celui qui avait conclu son récital à Paris, cf. mon billet. Je ne vais pas répéter les louanges que j'avais faites alors. L'image que je regarde est celle de la façon qu'a eu la danseuse de se métamorphoser pour évoquer successivement Krishna et son amante : magnifique !

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Le vite dit de décembre 2013

2013-12-22 05:19+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde XII

Avant de filer à l'aéroport pour partir en Inde, voici le vite dit de décembre 2013 !

Théâtre du Châtelet — 2013-12-01

Orchestre national d'Île de France

Kaspar Zehnder, direction

L'Enlèvement au sérail, ouverture, KV 384 (Mozart)

Symphonie nº100 en sol majeur (Haydn)

Amjad Ali Khan, sarod

Anubrata Chatterjee, tabla

Raga Zila Kafi

Alexis Cardenas, violon supersoliste

Bernard Le Monnier, violon solo

Renaud Stahl, alto solo

Bernard Vandenbroucque, violoncelle

Hélène Giraud, flûte solo

Myriam Carrier, clarinette co-soliste

Frédéric Bouteille, basson co-soliste

Samaagam, concerto pour sarod et orchestre (Amjad Ali Khan)

Très beau concert de l'Orchestre national d'Île-de-France ! La réjouissante première partie Mozart/Haydn aurait été pleinement satisfaisante pour moi si je n'avais pas eu à supporter une famille de tousseurs placée à côté de moi. Pour la deuxième partie, je me suis replacé au siège le plus excentré de la corbeille du côté où allait prendre place Ustad Amjad Ali Khan. Il a d'abord interprété avec le percussionniste une composition sur le Raga Zila Kafi. Accompagné de l'orchestre, il a ensuite interprété son concerto Samaagam. Le titre ne renvoie pas aux notes Sa-Ma-Ga, mais au mot sanskrit समागम qui a semble-t-il à peu près le même sens que संगम, à savoir confluence (ce titre a aussi été utilisé par Shantala Shivalingappa). Au début, j'ai trouvé l'œuvre un peu artificielle dans la mesure où elle utilise plusieurs ragas et qu'on passe de l'un à l'autre sans transition. (Je dis ça, mais parmi les ragas apparaissant dans ce concerto je n'ai pas reconnu ceux que j'ai pourtant pratiqués comme Bhupali.) Ustad Amjad Ali Khan (qui n'a pas seulement utilisé son sarod mais aussi un peu chanté) n'est pas le seul soliste de ce concerto. Quelques musiciens de l'orchestre ont également un rôle soliste et ils ont même eu la possibilité d'improviser. Le violoncelliste m'a semblé particulièrement inspiré dans cet exercice. La fin en apothéose du concerto m'a beaucoup plu !

Ce concert est disponible à la réécoute sur Arte Live Web.

Temple des Batignolles — 2013-12-06

Orchestre des Concerts Gais

Marc Korovitch, direction

Pierre Hamel, violon

Symphonie espagnole en ré mineur (Lalo)

Symphonie nº3 Rhénane (Schumann)

Magnifique concert de l'ensemble des Concerts gais. La Symphonie espagnole (en fait concerto pour violon) de Lalo a été une très belle découverte pour moi. J'en ai tout particulièrement apprécié le quatrième mouvement (lent). En deuxième partie, l'orchestre a interprété la Symphonie nº3 “Rhénane” de Schumann. Le deuxième mouvement Scherzo : Sehr mässig m'a semblé tout particulièrement délicieux.

Salle Pleyel — 2013-12-07 à 16:00

Quatuor Hagen

Lukas Hagen, Rainer Schmidt, violons

Veronika Hagen, alto

Clemens Hagen, violoncelle

Quatuor à cordes nº1 (Beethoven)

Quatuor à cordes nº16 (Beethoven)

Quatuor à cordes nº7 “Razumovski” (Beethoven)

Salle Pleyel — 2013-12-07 à 20:00

Quatuor Hagen

Lukas Hagen, Rainer Schmidt, violons

Veronika Hagen, alto

Clemens Hagen, violoncelle

Quatuor à cordes nº3 (Beethoven)

Quatuor à cordes nº5 (Beethoven)

Quatuor à cordes nº12 (Beethoven)

Salle Pleyel — 2013-12-08 à 16:00

Quatuor Hagen

Lukas Hagen, Rainer Schmidt, violons

Veronika Hagen, alto

Clemens Hagen, violoncelle

Quatuor à cordes nº2 (Beethoven)

Quatuor à cordes nº4 (Beethoven)

Quatuor à cordes nº14 (Beethoven)

Ces trois concerts concluaient l'intégrale des quatuors à cordes de Beethoven par le quatuor Hagen (cf. le vite dit d'avril). L'ensemble est très engagé et la musique manifestement toujours très bien jouée. Parfois, on atteint une autre dimension, un miracle semble se produire ; c'est en tout cas le sentiment que j'ai eu en écoutant le Quatuor nº2 au début du dernier concert.

Salle Pleyel — 2013-12-10

Orchestre Colonne

Laurent Petitgirard, direction

4... ou les saisons d'une vie (Dominique Probst)

Claire Désert, piano

Concerto pour piano en ut mineur, nº24, KV 491

Symphonie nº3 en mi bémol majeur Héroïque (Beethoven)

J'ai aimé la pièce contemporaine de Dominique Probst évoquant les saisons et dédiée à sa mère âgée de 99 ans. J'ai apprécié le jeu de la pianiste Claire Désert (surtout dans son bis), mais le concerto mettait à mon avis surtout en valeur l'orchestre. (Un des thèmes du troisième mouvement me rappelait curieusement un des airs de La Flûte enchantée.) Après l'entr'acte, l'orchestre a donné une très belle interprétation de la Symphonie nº3 “Héroïque” de Beethoven. J'ai néanmoins eu une réserve sur le choix d'un tempo dangereusement lent peu avant la fin du quatrième mouvement.

Opéra Garnier — 2013-12-11

Angelin Preljocaj, chorégraphie

Wolfgang Amadeus Mozart, musique (KV. 425, 546, 571, 449, 525, 251, 522, 425, 137, 250, 488)

Goran Vejvoda, création sonore

Thierry Leproust, décors

Hervé Pierre, costumes

Jacques Chatelet, lumières

Noémie Perloy, assistante du chorégraphe

Koen Kessels, direction musicale

Nicolas Le Riche, Aurélie Dupont

Simon Valastro, Adrien Bodet, Mallory Gaudion, Adrien Couvez, Jardiniers

Caroline Bance, Christelle Granier, Myriam Kamionka, Caroline Robert, Séverine Westermann, Laurène Levy, Charlotte Ranson, Miho Fuji

Guillaume Charlot, Alexis Renaud, Yann Saïz, Sébastien Berthaud, Yvon Demol, Alexandre Gasse, Erwan Leroux

Ballet de l'Opéra

Orchestre de chambre de Paris

Vessela Pelovska, piano

Le Parc

Je ne me suis pas enthousiasmé pour ce ballet de Preljocaj. Il s'agit néanmoins de la meilleure production de lui que j'aie vue. J'ai aimé le pastiche de manières françaises anciennes qui s'insinue dans la chorégaphie et plus encore l'adorable jeu de chaises musicales qui se déroule dans la première partie du ballet. Cette œuvre met aussi en valeur des danseurs qui sont habituellement cachés dans le corps de ballet. Toutefois, l'ensemble manque à mon goût de narration, de liant, de continuité. Heureusement, le pas de deux (quasi-)final entre Nicolas Le Riche et Aurélie Dupont procure le seul moment quelque peu émouvant du ballet, et ce notamment grâce au fameux porté tout en abandon qu'il contient. Globalement, ce ballet n'est pas très exaltant, malgré la bonne prestation de l'Orchestre de chambre de Paris dans la fosse.

La bonne nouvelle néanmoins, c'est que lors de sa prise de rôle quelques jours plus tard Alice Renavand a été nommée danseuse étoile, ce qui me semble tout-à-fait mérité.

Salle Pleyel — 2013-12-12

Orchestre de Paris

Eiichi Chijiwa, violon solo

Philippe Aïche, direction

Alexander Toradze, piano

Concerto pour piano nº3 en ut majeur, op. 26 (Prokofiev)

Philippe Aïche, violon solo

Andris Poga, direction

Symphonie nº7 “Leningrad” en ut majeur, op. 60 (Chostakovitch)

Magnifique concert de l'Orchestre de Paris. Le chef Mikko Franck a été remplacé en première partie par le violon solo Philippe Aïche que j'ai aimé regarder depuis ma place à l'arrière-scène. Le chef assistant Andris Poga a dirigé avec enthousiasme la symphonie nº7 “Leningrad” de Chostakovitch. Cette symphonie, moins dépressive que d'autres symphonies du même compositeur, comporte un premier mouvement assez extravagant en termes d'orchestration. Dans sa partie centrale, un motif à cinq notes échangé initialement entre le basson (Giorgio Mandolesi !) et le hautbois se propage progressivement à tout l'orchestre comme dans le Boléro de Ravel tandis que la pulsation est maintenue par la caisse claire. J'ai été un peu moins passionné par la suite, et en particulier par le dernier mouvement, qui n'est pas sans quelques longueurs...

Studio Sacha Guitry, Maison de Radio France — 2013-12-14

Maîtrise de Radio France

Daniel Hill, David Alexander, piano

Sofi Jeannin, direction

Three Carols pour voix élevées (Britten)

Chansons de bord — Tome I (extraits), Dutilleux

Three two-part songs (extrait) : The Ship of Rio (Britten)

A Dream of Snow (Peter Maxwell Davies)

Four Sea Interludes, op. 33a (Britten, arrangement d'Edwin Stein)

The Golden Vanity, op. 78 (Britten)

Très réjouissant concert de la maîtrise de Radio France à la salle Sacha Guitry de la maison ronde, autour des thèmes de Noël et de la mer. J'y ai découvert avec un grand plaisir The Golden Vanity, une histoire cruelle de marins anglais confronté à des pirates turcs (interprétée dans une traduction française). Que j'aime la façon de Britten de composer pour la voix humaine et d'ornementer le chant ! J'ai particulièrement aimé les glissandis du capitaine du Golden Vanity.

Théâtre de l'Hôpital Bretonneau — 2013-12-14

Jyotika Rao, nattuvangam, chant

Matthias Labbe, mridangam, tabla

Sucheta Chapekar, chorégraphies

Anjeli, bharatanatyam

Pushpanjali (en l'honneur de Ganesh)

Camille, Anjeli, Christine, bharatanatyam

Alarippu

Christine, bharatanatyam (Sarasvati)

Anjeli, bharatanatyam (Lakshmi)

Camille, bharatanatyam (Durga)

Prastar (hommage à la Déesse)

Christine, Anjeli, bharatanatyam

Dashavatar

Solo de tabla

Camille, bharatanatyam

Mate Sarasvati

Marjorie, bharatanatyam (shloka)

Anjeli, Camille, bharatanatyam (jati)

Kasturitillakam

Christine, bharatanatyam

Abhinaya

Anjali, ?, Camille, Christine, bharatanatyam

Tillana

Jyotika, bharatanatyam

Abhinaya (adoration de Krishna)

Ma prof de danse bharatanatyam et ses élèves les plus avancées ont donné ce récital. Je ne vais pas revenir en détail sur chacune des pièces. J'en connaissais déjà certaines ; quelques unes prévues pour une seule danseuse ont été retravaillées pour plusieurs. J'ai ainsi aimé le placement des trois danseuses dans l'Alarippu ou encore l'attribution d'un aspect de la Déesse à chaque d'entre elles dans la pièce suivante.

J'avais déjà vu la pièce Dashavatar. En la revoyant, j'en ai beaucoup mieux compris les détails. Les incarnations de Vishnu étaient évoquées alternativement par une des deux danseuses. Chaque évocation était très brève, centrée sur une caractéristique propre à chacun des avatars. L'avatar le plus mis en valeur était Krishna. Il était en effet omis dans l'énumération et célébré en conclusion de la pièce de façon plus approfondie.

J'ai été extrêmement convaincu par la pièce d'Abhinaya interprétée avant le Tillana. L'héroïne jalouse a chassé son amoureux. Reviendra-t-il ? Il m'a semblé que la chorégraphie suggérait que cet amoureux pouvait être Krishna.

Dans le Tillana, j'ai été saisi d'émotion quand une des danseuses a représenté Vishnu sur le serpent Shesha, une des images que je préfère dans toute l'iconographie hindoue.

Le récital s'est terminé par une pièce de pure Abhinaya par Jyotika. Il était question de l'adoration de Krishna, Celui en lequel on aspire à se fondre. Le passage le plus émouvant à mon goût a été celui évoquant le rôle de Krishna dans la terrible scène du Mahābhārata dans laquelle Dushasana tente d'enlever le sari de Draupadi. Celle-ci ayant pris refuge en Krishna, son sari se rallonge miraculeusement au fur et à mesure que Dushasana tire dessus...

Cité de la musique — 2013-12-19

Les Dissonances

Anna Göckel, violon

Julia Gallego, flûte

David Gaillard, alto

Louis Rodde, violoncelle

Vincent Alberola, clarinette

Florent Boffard, piano

Vortex Temporum, pour piano et cinq instruments (Grisey)

David Grimal, direction artistique, violon solo

Symphonie nº8 “Inachevée” (Schubert)

Allegretto de la Symphonie nº7 en la majeur (Beethoven)

J'avais manqué le concert Espaces acoustiques de l'Intercontemporain quelques jours plus tôt afin de me rendre au récital de bharatanatyam mentionné ci-dessus. Je savais alors qu'une autre opportunité d'entendre la musique de Grisey allait se présenter. J'ai saisi cette dernière et je ne l'ai pas regretté. J'avais en effet adoré Modulations en février dernier. Lors de ce concert des Dissonances, j'ai découvert Vortex Temporum. J'ai aimé le rythme joyeux instauré par les vents au début de l'œuvre. Ce qui m'a le plus exalté, ce fut le deuxième mouvement (censé évoquer les baleines ?). J'adore Haydn, mais pour ce qui est de les évoquer, je crois que je préfère Grisey !

Ah oui, après l'entr'acte, il y avait un deuxième demi-concert. J'entendais pour la première fois en concert la Symphonie nº8 “Inachevée” de Schubert dont je ne connaissais que le premier mouvement. Ce fut magnifique ! J'ai toutefois eu du mal à me concentrer au début du premier mouvement ; il m'a fallu attendre qu'une spectatrice ayant fait un malaise soit évacuée (c'est la troisième fois que cela m'arrive en quelques semaines...). Mention spéciale aux vents (et en particulier au clarinettiste), particulièrement beaux dans le deuxième mouvement. Après avoir interprété les premières mesures du troisième mouvement inachevé, l'orchestre a joué en bis l'Allegretto de la Septième symphonie de Beethoven ! (Ce que j'ai trouvé incongru, notamment parce qu'après mon équipée édimbourgeoise, j'ai du mal à entendre ce mouvement autrement qu'enchaîné au premier mouvement sans même un instant pour respirer...)

Ailleurs : Zvezdo.

Concert à réécouter sur Cité de la musique live.

Opéra Bastille — 2013-12-20

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Ballet de l'Opéra

Fayçal Karoui, direction musicale

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique

Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène d'après Marius Petipa

Ezio Frigerio, décors

Franca Squarciapino, costumes

Vinicio Cheli, lumières

Myriam Ould-Braham, La Princess Aurore

Mathias Heymann, Le Prince Désiré

Nicolas Paul, Le Roi Florestan XIV

Christine Peltzer, La Reine

Marie-Solène Boulet, Le Fée des Lilas

Nolwenn Daniel, Carabosse

Pascal Aubin, Catalabutte

Fanny Gorse, Première variation

Sae Eun Park, Lydie Vareilhes, Deuxième variation

Laura Hecquet, Troisième variation

Charline Giezendanner, Quatrième variation

Sabrina Mallem, Cinquième variation

Pascal Aubin, Sixième variation

Héloïse Bourdon, Pierre-Arthur Raveau, Marie-Solène Boulet, Laura Hecquet, Hannah O'Neill, Pas de cinq des “Pierres précieuses”

Valentine Colasante, François Alu, Pas de deux de “L'Oiseau bleu”

Aubane Philbert, Daniel Stokes, Pas de deux du “Chat botté et de la Chatte blanche”

La Belle au bois dormant, ballet en un prologue et trois actes d'après le conte de Charles Perrault

Une très grande soirée de ballet ! Quelle merveille que cette Belle au bois dormant ! Le premier acte est absolument génial ! Je ne regrette pas d'avoir payé le prix fort pour pouvoir voir Myriam Ould-Braham dans le rôle d'Aurore. Elle était superbe dans cet acte, mettant en valeur la juvénilité de son personnage. Cet acte aussi narratif que divertissant donnait aussi à voir un réjouissant corps de ballet. Dans la série de six variations, je fus ravi de voir Charline Giezendanner dans une version réduite en temps de l'espièglerie qu'elle exprimait si bien à l'école de danse dans la captation de Coppélia de Pierre Lacotte.

Globalement, le deuxième acte est moins exaltant, mais il me renforce dans mon impression que ce ballet est comme un condensé de tout ce qui s'est fait de mieux dans le ballet classique puisqu'on y retrouve les dryades. Le moment le plus marquant de ce deuxième acte est la très longue variation du Prince Désiré interprété par Mathias Heymann. C'est très beau à regarder, mais il manque un petit quelque chose pour que le temps ne semble pas un peu long et que l'on reste tout-à-fait captivé.

Le troisième acte est un pur divertissement, mettant en valeur divers ensembles. Tous ont été magnifiques, que ce soit Héloïse Bourdon et Pierre-Arthur Raveau, ou encore Valentine Colasante et François Alu (ce dernier déclenchant de très vifs applaudissements), ou encore l'espiègle couple de chats (Aubane Philbert, Daniel Stokes). Pour moi, les plus grandes émotions sont toutefois venues de l'adage, des variations et la coda du couple principal !

Il faut aussi signaler l'excellentissime prestation de l'Orchestre de l'Opéra dirigé par Fayçal Karoui (qui avait déjà été superbe dans La Bayadère). Les solos du premier violon (s'agissait-il de Karin Ato ?) étaient tout simplement merveilleux !

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Le vite dit de novembre 2013

2013-12-20 12:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Dhrupad

J'ai déjà eu l'occasion de revenir sur le spectacle Sangama de Shantala Shivalingappa ainsi que sur le passage à Paris de la Chidambaram Dance Company. Voici un bref récapitulatif des autres spectacles vus au cours du mois de novembre :

Cité de la musique — 2013-11-08

Ensemble Intercontemporain

Matthias Pintscher, direction musicale

Hidéki Nagano, piano

L'Asie d'après Tiepolo pour ensemble (Hugues Dufourt)

L'Origine du monde pour piano et ensemble (Hugues Dufourt)

Le Palais du silence, drammaturgia d'après Claude Debussy, Lucia Ronchetti (création)

Grégoire Simon, alto

Les Chardons d'après van Gogh pour alto et orchestre de chambre (Hugues Dufourt)

La musique de Hugues Dufourt m'a bien plu, mais je me serai bien contenté d'entendre une seule de ses œuvres, ce qui aurait évité que son style déclenche en moi une certaine lassitude. Sans m'émerveiller, la création de Lucia Ronchetti m'a semblé plutôt plaisante à écouter et si en musique contemporaine mon regard tend à prendre parfois le dessus sur mes oreilles, ce qu'il était donné à voir était plutôt esthétique, comme quand les musiciens à cordes ont recouvert leurs instruments d'un voile et ont frotté les cordes avec leur archet à travers ce voile. Les vents ont aussi soufflé dans des bouteilles. Trois percussionnistes s'activaient autour du piano. Un d'entre eux était même allongé sous l'instrument qu'il tapotait avec des baguettes. À la fin de l'œuvre, de façon tout à fait inattendue, le chef d'orchestre a utilisé les touches du piano !

Si la musique ne m'a pas déplu, je dois avouer que ce qui m'a le plus ému dans ce concert, ce fut le ballet des machinistes chargés des changements de configuration de chaises, pupitres, instruments, etc.

Auditorium du Musée d'Orsay — 2013-11-14

Quatuor Takács

Edward Dusinberre, Károly Schranz, violons

Geraldine Walther, alto

András Fejér, violoncelle

Quatuor à cordes nº3, Sz. 85, Bartók

Quatuor nº2 “Lettres intimes”, Janáček

Quatuor nº1 en mi mineur ”De ma vie”, Smetana

Concert plutôt décevant. J'ai aimé le troisième quatuor de Bartók et au cours du concert j'ai particulièrement aimé le jeu du second violon, mais si l'interprétation du Quatuor “Lettres intimes” de Janáček a comporté quelques très beaux moments, je n'ai pas eu le même sentiment de miracle musical permanent que lorsque j'avais découvert cette œuvre avec David Grimal et quelques autres au Théâtre des Bouffes du Nord.

Salle Pleyel — 2013-11-15

Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano

Robert Getchell, ténor

David Lefort, ténor

Jean-Christophe Jacques, baryton

Geoffroy Buffière, basse

Orchestre philharmonique de Radio France

HK Gruber, direction

Les sept péchés capitaux (Weill)

Petite musique de Quat'sous (Weill)

Surabaya Johnny (Weill)

I am a stranger here myself (Weill)

Speak low (Weill)

The Saga of Jenny (Weill)

Très beau concert 100% Weill du Philharmonique de Radio France ! Je retiens surtout de ce concert l'irrésistible chant d'Anne-Sophie von Otter dans la partie la plus légère du programme. Alors que je m'étais replacé au tout premier rang après l'entr'acte, je ne m'attendais pas à ressentir un tel émerveillement quand la chanteuse est venue interpréter Surabaya Johnny et d'autres chansons. Son attitude scénique est en phase avec les personnages qu'elle joue, mais elle me convainc surtout par la beauté de son chant, magnifiquement ornementé.

Ailleurs : Bladsurb, Paris — Broadway, Palpatine.

Mairie du vingtième arrondissement — 2013-11-17

Camille, élève de Jyotika Rao, bharatanatyam

Prestar (hommage à la Déesse)

Kasturitillakam

Au cours du festival du livre de l'Inde, quelques animations étaient proposées. Cela m'a permis de découvrir le style de Sucheta Chapekar, la guru de ma prof de bharatanatyam. Une de ses élèves les plus avancées présentait une pièce dans son style propre, Prestar, un hommage à la Déesse (sous trois formes : Sarasvati, Lakshmi, Durga). D'un point de vue musical, la particularité de ce style est d'utiliser non pas la musique carnatique mais la musique hindustani. Le tala utilisé était assez original (9 temps). Je retiens surtout la beauté des mouvements dans les shlokas.

Mairie du vingtième arrondissement — 2013-11-17

Jérôme Cormier, chant dhrupad

Gérard Hababou, pakhawaj

Anne-Marie, Joël, Leïla, Michèle, chant dhrupad

Raga Bhupali

Un peu plus tard, j'ai participé avec d'autres élèves du cours de dhrupad de Jérôme Cormier à une présentation de ce style de chant, ou plutôt de la façon dont nous le pratiquons en cours. Nous avons chanté un Alap dans le Raga Bhupali, puis du Sargam ; nous essayions de reproduire les phrases qu'il chantait. Enfin, nous avons chanté une composition en Chautal (dont le premier des trois vers est Tane Talevare Tare), Jérôme Cormier improvisant seul pendant certains cycles rythmiques. (Sur la vidéo ci-dessous, on entend Ustad H. Sayeeduddin Dagar chanter le premier vers de cette composition.)

Chez Malavika — 2013-11-22

Bithika Mistry, odissi

Mangalacharan (en l'honneur de Ganesh)

Mangalacharan (en l'honneur de Sarasvati)

Pallavi (Shringararasa)

Abhinaya (Gita-Govinda)

Megh-Pallavi

Dashavatar

Salutation à Ganesh

Récital de danse odissi en petit comité. La musique enregistrée sur CD a posé problème. D'une part, j'en ai trouvé l'orchestration un peu surchargée. D'autre part, au début du récital, au lieu de la musique d'un Mangalacharan en l'honneur de Sarasvati, c'est un Mangalacharan en l'honneur de Ganesh qui a retenti. La configuration des lieux ne permettant pas vraiment à la danseuse de couper court à la confusion, elle n'a pas eu d'autre choix que d'interpréter une pièce qu'elle n'avait pas prévu de danser ! De même, la piste Moksham n'était pas disponible ; le récital ne s'est donc pas conclu comme l'usage le veut. Mon impression sur ce récital est globalement assez mitigée. Si la jeune danseuse a d'indéniables qualités, je n'ai pas été très ému par ce récital, qui n'a pas laissé beaucoup de place au travail sur l'expression du visage. J'ai néanmoins apprécié la pièce Dashavatar qui évoque les incarnations de Vishnu.

Salle Pleyel — 2013-11-24

Gidon Kremer, violon

Martha Argerich, piano

Sonate pour violon et piano nº5 (Mieczysław Weinberg)

Sonate pour violon et piano nº10 (Beethoven)

Sonate pour violon nº3 (Mieczysław Weinberg)

Sonate pour violon et piano nº8 (Beethoven)

J'ai beaucoup aimé le jeu de la pianiste Martha Argerich, que je voyais pour la première fois sur scène. J'ai un peu moins apprécié la prestation du violoniste Gidon Kremer dans la première partie du concert, mais la seconde a été magnifique. La sonate pour violon nº3 de Weinberg a été pour moi une très belle découverte.

Salle Gaveau — 2013-11-26

Orchestre Colonne

Krystof Maratka, direction

Drupopisy, atelier d'instruments de musique populaire des pays Tchèques, Krystof Maratka (création)

Laurent Petitgirard, direction

Daniel Vagner, alto

Concerto pour alto (Bartók)

Récitatif de la Fantaisie chromatique (Bach, arrangement de Kodály)

Symphonie nº4 (Beethoven)

La création de Drupopisy de Maratka a beaucoup plu. Cette œuvre évoquant les pays tchèques de façons aussi variées qu'amusantes grâce à des mélodies d'apparences paysannes et de combinaisons inattendues d'instruments et de techniques non standard. Les musiciens des sections de cordes ont presqu'autant tapé du pied et des mains qu'utilisé leur archet !

Le concert pour alto de Bartók a été merveilleusement bien interprété par l'alto solo de l'orchestre, Daniel Vagner. Le deuxième mouvement était particulièrement émouvant. Tous mes efforts pour sécher mes larmes ont été ruiné par son interprétation en bis d'un arrangement de Bach par Kodály.

Si le périlleux troisième mouvement ne m'a pas tout à fait convaincu, j'ai toutefois été enthousiasmé par l'interprétation de la Quatrième symphonie de Beethoven par l'orchestre après l'entr'acte.

Conservatoire de Paris, Salle d'art lyrique — 2013-11-27

Peter Lanckweerdt, Roméo

Jeanne Baudrier, Juliette

Pierre-Emmanuel Lauwers, Mercutio

François Aulibé, Tybalt

Fanny Alton, Audrey Boccara, Alice Cocagne, Hélène Davière, Marie Jolly, Dan Kim, Fatoumata Niang, Soa Ratsifandrihana, Julia Sanz, Nicole Stroh, Mathieu Durand, Sungyeop Kim, Gaëtan Lhirondelle, Damien Sengulen, danseurs comédiens

Naruko Tsuji, piano

Raphaël Pagnon, Julie Le Gac, altos

Junior Ballet

Musiciens du Conservatoire

Sergueï Prokofiev, musique

Vadim Borisovsky, arrangement pour piano et deux altos

Paul Chalmer, chorégraphie

Roméo et Juliette

J'ai été séduit par cette version de Roméo et Juliette réduite pour durer un peu plus d'une heure. Certains spectateurs semblaient déçus de n'avoir pas vu plus de danse. Il est vrai que la musique de Prokofiev (redoutablement réduite pour alto(s) et piano) a souvent servi d'interludes. Cela ne m'a pas gêné puisque j'étais venu en grande partie pour entendre cette musique. En dehors des solistes, les comédiens-danseurs du CNSMDP ne dansent pas (ou très très peu). Ils étaient néanmoins très convaincants dans leur expression et leur interprétation du texte. Si ce Roméo et Juliette est réduit en durée, l'histoire est présentée de façon cohérente. La danse est essentiellement réservée aux quatre solistes. J'ai particulièrement apprécié les interprètes des rôles de Juliette et de Mercutio. Les moments les plus remarquables à mon goûts sont intervenus lors des très beaux adages mettant en scène Roméo et Juliette.

Auditorium du Musée d'Orsay — 2013-11-28

Quatuor Pražák

Pavel Hůla, violon, direction

Vlastimil Holek, violon

Josef Klusoň, alto

Michal Kaňka, violoncelle

Sérénade pour trio à cordes en do majeur, op. 10 (Ernö Dohnányi)

Quatuor à cordes nº6, Sz. 114, Bartók

Quatuor à cordes nº3 en si bémol majeur, op. 67 (Brahms)

Valse en ré majeur, op. 54 (Dvořák)

Je crois me souvenir que j'ai beaucoup apprécié ce concert. Parmi les musiciensi du quatuor Pražák j'ai particulièrement aimé le jeu de l'altiste Josef Klusoň. L'engagement des musiciens, notamment dans le Sixième quatuor de Bartók m'a plu. Cependant, l'image que je retiens de ce concert est l'atmosphère joyeuse du bis qu'ils ont donné : la Valse en ré majeur op. 54 de Dvořák. À cause du thème très envahissant de cette valse, comment peut-on se souvenir de ce qui a précédé ?

Cité de la musique — 2013-11-30

Orchestre de chambre de Paris

Accentus

Toby Spence, ténor

Thomas Zehetmair, direction

Offertorium “Intende voci” (Schubert)

Julia Bauer, soprano

Alain Buet, basse

Le Christ au mont des Oliviers (Beethoven)

Si je suis content d'avoir découvert l'oratorio de Beethoven, je n'ai pas pris beaucoup de plaisir en assistant à ce concert. En particulier, je me suis longtemps demandé dans quelle langue chantait le ténor Toby Spence...

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Le vite dit d'octobre 2013

2013-12-18 10:30+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Culture indienne — Dhrupad

À propos des spectacles d'octobre 2013, j'ai déjà eu l'occasion de revenir sur Orfeo à la Cité de la musique et le récital de Vaibhav Arekar et Anuya Rane au Musée Guimet. Pour les autres spectacles, voici mon vite dit :

Salle Pleyel — 2013-10-01

Orchestre Colonne

Laurent Petitgirard, direction

Philippe Graffin, violon

Concerto pour violon et orchestre Le Violon rouge, John Corigliano

Marie-Claude Bantigny, violoncelle

Daniel Vagner, alto

Don Quichotte, variations fantastiques sur un thème à caractère chevaleresque (Strauss)

J'étais venu à ce concert pour entendre la violoncelliste Marie-Claude Bantigny dans Don Quichotte de Strauss. Elle a été magnifique, mais à l'alto, un certain Daniel Vagner, que j'entendais pour la première fois, tenait le rôle de Sancho Panza, et c'était tout simplement incroyable !

Les 3 arts — 2013-10-02

Céline Wadier, chant dhrupad

Gérard Hababou, pakhawaj

Raga Todi

Raga Bhinna Shadja

J'assiste pour la première fois à un récital de chant dhrupad de ma prof, qui a interprété le Raga Todi en finissant par la composition Samhara Chalate (Dhamar) que j'ai déjà pratiquée avec elle et quelques autres. Les difficultés de ce raga font qu'il m'est pour le moment beaucoup plus plaisant de l'écouter en concert que d'essayer de le pratiquer ! Si j'ai apprécié la première partie de ce concert, la deuxième était a été merveilleusement belle. Trop pour que mes glandes lacrymales puissent le supporter... Quel plaisir de l'entendre dans ce très lumineux Raga Bhinna Shadja et deux compositions en Chautal puis en Sultal !

Salle Colonne — 2013-10-06

Michel Bernier, clarinette

Marie-Claude Bantigny, violoncelle

Carole Villiaumey, piano

Trio pour clarinette, violoncelle et piano en la mineur, op. 114 (Brahms)

Pierre Hamel, violon

Nachtgesang pour piano clarinette, violon et violoncelle (Hersant)

Ching Yun Tu, violon

Mathieu Rolland, alto

Quintette pour clarinette et cordes en si mineur, op. 115 (Brahms)

Magnifique interprétation du Quintette pour clarinette et cordes de Brahms !

Opéra Garnier — 2013-10-10

Frédéric Chopin, musique

John Neumeier, chorégraphie et mise en scène (1978)

Jürgen Rose, décors et costumes

Rolf Warter, lumières

Victor Hughes, assistant du chorégraphe

Claude de Vulpian, répétitions

James Tuggle, direction musicale

Emmanuel Strosser, piano

Frédéric Vaysse-Knitter, piano

Agnès Letestu, Marguerite Gautier

Stéphane Bullion, Armand Duval

Michaël Denard, Monsieur Duval

Nolwenn Daniel, Prudence Duverney

Laurent Novis, Le Duc

Christine Peltzer, Nanine, la servante de Marguerite

Simon Valastro, Le Comte de N

Frédéric Vaysse-Knitter, Un pianiste

Eve Grinsztajn, Manon Lescaut

Christophe Duquenne, Des Grieux

Léonore Baulac, Olympia

Nicolas Paul, Gaston Rieux

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

La dame aux camélias, ballet en un prologue et trois actes d'après le roman d'Alexandre Dumas fils

J'ai vu trois représentation de cette série de représentations de La Dame aux camélias de Neumeier (déjà vu en 2010). La scénographie est plus classique que dans mon souvenir et la musique de Chopin, à force d'être répétée, me paraît presqu'insupportable. Dans les rôles principaux, le couple Eleonora Abbagnato/Benjamin Pech n'était vraiment pas exaltant. Celui formé par Hervé Moreau et Aurélie Dupont au regard captivant d'autorité était au contraire bouleversant ! S'il m'a un peu moins touché, j'ai aussi apprécié celui formé par Agnès Letestu et Stéphane Bullion. Ce dernier était absolument déchaîné. Le temps d'un solo, j'ai eu l'impression que c'était Ivan Vasiliev qui virevoltait sur scène. J'ai eu malheureusement trop peu d'occasions de voir Agnès Letestu dans de grands ballets pour retenir d'elle de grands souvenirs et de grandes émotions alors qu'elle faisait ses adieux. Les saluts furent néanmoins émouvants, notamment du fait de la présence de José Martinez.

Salle Pleyel — 2013-10-15

Russian National Orchestra

Mikhaïl Pletnev, direction

Le Retour de Lemminkäinen (Sibelius)

Gidon Kremer, violon

Concerto pour violon en ré mineur, op. 47 (Sibelius)

Symphonie nº2, Rachmaninov

Vocalise, Rachmaninov

Je ne suis vraiment pas fan du violoniste Gidon Kremer. Par contre, j'ai beaucoup aimé le Russian National Orchestra et dans le concerto pour violon de Sibelius, j'avoue avoir souvent préféré concentrer mon attention sur l'arrière-plan orchestral que sur le jeu du soliste.

Salle Pleyel — 2013-10-26

Gewandhausorchester Leipzig

Riccardo Chailly, direction

Julian Rachlin, violon

Enrico Dindo, violoncelle

Double concerto pour violon et violoncelle, Brahms

Symphonie nº1, Brahms

Le programme de la Salle Pleyel de ce mois d'octobre permettait d'entendre de grands orchestres étrangers. Quelques jours plus tôt, j'ai entendu le Russian National Orchestra et plus tard j'entendrai le Budapest Festival Orchestra. Intercalé entre les deux, j'ai découvert le Gewandhausorchester Leipzig, dirigé par Riccardo Chailly. Je n'ai pas très bien compris les quelques huées qui furent semble-t-il destinées au violoniste Julian Rachlin, qui remplaçait Leonidas Kavakos, souffrant. J'ai pour ma part bien aimé le double concerto pour violon et violoncelle (Enrico Dindo), mais la partie la plus mémorable du concert est intervenue après l'entr'acte, avec une interprétation de la Première symphonie de Brahms qui m'a mis d'un rare état d'exaltation...

Salle Pleyel — 2013-10-29

Budapest Festival Orchestra

Iván Fischer, direction

Threnos in memoriam Béla Bartók (Sándor Veress)

Maria João Pires, piano

Concerto pour piano nº4 (Beethoven)

Impromptu op. 142 nº2 (Schubert)

Symphonie nº8 (Dvořák)

Valse (Takemitsu)

Danse hongroise nº1 (Brahms)

Magnifique concert du Budapest Festival Orchestra. Le plus grand frisson de la soirée est venu avec l'interprétation de la Symphonie nº8 de Dvořák !

Cité de la musique — 2013-10-30

Chamber Orchestra of Europe

Jaap van Zweden, direction

La Nuit transfigurée, op. 4, version pour orchestre à cordes (Schönberg)

Hilary Hahn, violon

Concerto pour violon, op. 14 (Barber)

Symphonie nº9 en mi bémol majeur, op. 70 (Chostakovitch)

Avec le Chamber Orchestra of Europe, on s'attend à de l'inoubliable (cf. ici ou ). Ce soir-là, ce ne fut que bon. Je n'ai pas aimé la direction de Jaap van Zweden dans La Nuit transfigurée. Aucun frisson autour de la mesure 100. Des nuances parfois excessivement piano. En effet, comme malheureusement presque toutes les salles de concert parisiennes, la Cité de la musique présente le défaut d'émettre un petit bruit de fond, même en l'absence de son émis par les musiciens ou les spectateurs. À partir du jour où je l'ai remarqué, j'ai commencé à le trouver insupportable pendant les silences orchestraux. C'est une chose que l'on entende un bruit de fond pendant les silences, mais c'en est une autre que ce bruit de fond couvre la musique des instruments à cordes comme ce fut le cas par moments.

Après avoir entendu récemment une autre interprétation de La Nuit transfigurée par les Berliner Philharmoniker dirigés par Simon Rattle, je mesure rétrospectivement le privilège que j'ai eu d'avoir découvert cette œuvre avec Pierre Boulez.

Le concerto pour violon de Barber interprété par l'orchestre et Hilary Hahn m'a paru plus convaincant et après l'entr'acte, la Symphonie nº9 de Chostakovitch le fut plus encore !

Opéra Garnier — 2013-10-31

Saburo Teshigawara, chorégraphie, musique, scénographie, costumes et lumières

Tim Wright, Akira Oishi, éléments sonores

Daniel Burke / Illusion of Safety, musique additionnelle (Dissenting Voices, extrait de Water Seeks Its Own Level, Finite Material Context / Silent Record, 1994)

Rihoko Sato, assistante du chorégraphe

Sergio Pessanha, assistant lumières

Kazuomi Kurosawa, assistant technique

Aurélie Dupont, Jérémie Bélingard, Nicolas Le Riche

Darkness is hiding black horses (création)

Trisha Brown, chorégraphie (1979)

Robert Rauschenberg, photographies, scénographie et costumes

Beverly Emmons, lumières

Lisa Kraus, Carolyn Lucas, assistantes de la chorégraphe

Laurence Laffon, Caroline Robert

Letizia Galloni, Juliette Hilaire, Miho Fuji

Glacial Decoy

Chant traditionnel géorgien et madrigaux de Carlo Gesualdo (IV et XVII du livre VI), Claudio Monteverdi (extraits du IIe et IIIe livres)

Jiří Kylián, chorégraphie

Michael Simon, scénographie et lumières

Joke Visser, costumes

Patrick Delcroix, assistant du chorégraphe

Kees Tjebbes, assistant technique et réalisation lmières

Images en direct réalisées par le Service vidéo de l'Opéra

Maud Gnidzaz, soprano

Hannah Morrison, soprano

Lucile Richardot, contralto

Sean Clayton, ténor

Lisandro Abadie, baryton basse

Stéphanie Leclerq, contralto (chant grégorien)

Marcio Soares Holanda, ténor (chant grégorien)

Julien Neyer, baryton basse (chant grégorien)

Les Arts Florissants

Paul Agnew, direction musicale

Eleonora Abbagnato, Vincent Chaillet

Alice Renavand, Stéphane Bullion

Doux mensonges

Je me suis beaucoup ennuyé en regardant les deux premiers ballets. Certes, Nicolas Le Riche a dansé dans le ballet de Teshigawara, mais ce n'est pas en soi suffisant pour rendre une chorégraphie intéressante. La création de ce ballet a été très froidement accueillie par le public. Je n'ai pas du tout accroché à Glacial Decoy de Trisha Brown, mais pour sauver ce programme de ballet, il y avait heureusement Doux mensonges de Jiří Kylián dans lequel deux couples évoluent entre la scène et les sous-sols de Garnier, tandis que des chanteurs des Arts Florissants interprètent de magnifiques madrigaux.

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La Chidambaram Dance Company à Paris

2013-12-12 10:30+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

La compagnie de danse “Chidambaram”, basée à Chennai, a passé quelques jours à Paris au mois de novembre. Cela m'a donné l'occasion de voir un programme pour un ensemble de six danseurs au musée Guimet et deux récitals au Centre Mandapa par une des danseuses de la compagnie (Arupa Lahiry) et sa directrice (Chitra Visweswaram).

Auditorium du Musée Guimet — 2013-11-16

Chidambaram Dance Company

Arupa Lahiry, Sai Santosh Radhakrishnan, Sharma Viswanath, Jai Quehaeni Reddy, Gayathri Rajaji, Divya Shruti, bharatanatyam

Chitra Visweswaram, chorégraphies

R. Visweswaram, G. N. Balasubramaniam, musique

Sukanya Ravindhar, nattuvangam

B. Srikanth, chant

Venkatasubramaniam, mridangam

R. Thiagarajan, flûte

Anubhuti

Trimurti — anjali

Keertanam — Saama Gaana Lole

Navarasa varnam

Abhinaya — Dasar Kreeti

Thillana

Ce programme intitulé Anubhuti était pour moi une première, parce que je n'avais jamais vu de pièces de bharatanatyam véritablement conçues pour un ensemble de danseurs. Après une introduction musicale mettant en valeur le flûtiste et le chanteur, la première pièce Anjali a commencé par un Ragam interprété par le flûtiste. Les danseurs (cinq danseuses et un danseur) sont ensuite entrés en scène. Ils ont commencé par un passage de danse pure synchronisée. L'originalité de la chorégraphie m'a semblé plus flagrante dans les passages évoquant les divinités de la Trimurti. Je n'ai pas reconnu celui consacré à Brahma, mais j'ai bien reconnu Vishnu couché sur le serpent Shesha et ai particulièrement apprécié le passage consacré à Shiva. Il apparaissait sous sa forme de Seigneur de la danse (Nataraja). Le danseur de la compagnie jouait son rôle tandis que les autres danseuses s'organisaient autour de lui de façon à créer une image saisissante. Une des danseuses était ainsi au sol et jouait le rôle du démon de l'ignorance Apasmara qui est écrasé par le pied droit de Nataraja. Une autre danseuse était située à la gauche de Shiva et représentait vraisemblablement Parvati.

La deuxième pièce était consacrée à la forme androgyne Ardhanarishwara (mi-Shiva mi-Parvati). Elle était conçue de façon cyclique, s'ouvrant et se refermant sur l'image de Sarasvati jouant de sa vînâ. La chorégraphie rend hommage à la musique en louant la beauté du son et en évoquant plusieurs instruments de musique comme la vînâ, la flûte et aussi semble-t-il le violon. Le cœur de la pièce évoque les aspects féminins et masculins d'Ardhanarishwara, évoqués respectivement par une danseuse et un danseur. Les attributs usuels de Shiva sont évoqués comme le serpent, le tambour Damaru et surtout la chevelure que la chorégraphe Chitra Visweswaram a une façon bien particulière de représenter par de vifs mouvements dyssymétriques.

La pièce principale du programme est un Navarasa varnam dont le thème principal est celui de la Déesse. Le titre Navarasa renvoie aux neuf saveurs ou sentiments mis en valeur dans les différents épisodes constituant ce Varnam : courage, amour, émerveillement, rire, dégoût, colère, peur, compassion, paix. Je suis particulièrement saisi pendant le premier passage de danse pure par la vigueur des frappes de pieds synchronisées des cinq danseurs présents sur scène à ce moment. La première partie narrative représente la courageuse déesse Meenakshi sous la forme d'une guerrière qui sait monter à cheval et décocher des flèches avec son arc. La deuxième évoque une femme (Parvati) brûlant d'amour pour Shiva dont la chorégraphie évoque son chignon tressé, les cendres dont il est couvert, ses marques horizontales sur le front ainsi que son tambour Damaru. Plus loin, alors que Parvati se comporte comme une servante auprès de lui, l'ascèse de Shiva est perturbée par une flèche d'amour lancée par Kama et il le réduit en cendres. Plus loin, le dieu de la mort tente d'étouffer le jeune Markandeya, lequel est sauvé par Shiva en récompense de sa dévotion (un épisode que j'avais déjà vu dans le récital de Janaki Rangarajan). Ces passages étaient particulièrement saisissants et l'utilisation de plusieurs danseurs pour représenter chacun des rôles était très convaincante. Je n'ai pas identifié tous les épisodes narratifs suivants, mais dans la suite j'ai particulièrement aimé l'évocation de Shiva sous le nom de Nilakantha (qui boit du poison pendant le barattage de la mer de lait), la représentation de l'adoration de la déesse et la fin apaisée de cette pièce.

La pièce principale de ce récital Navarasa varnam m'a semblé particulièrement réussie dans la mesure où l'impression produite par l'ensemble des danseurs était sans doute supérieure à celle qu'aurait pu produire chaque danseur individuellement. La pièce suivante mettait davantage en valeur les qualités individuelles de quatre danseuses. Des danseuses qui pouvaient paraître assez discrètes dans les ensembles précédents m'ont paru étonnamment à l'aise dans les solos narratifs constituant cette pièce. Le thème de cette pièce est Krishna. La musique de Purandara Dasa est connue, je suis certain d'avoir déjà entendu le refrain qui se transcrit plus ou moins en Shikavane Ivanu. Chacune des danseuses incarnait une femme confrontée à la nature divine de Krishna rendue malicieusement innocente dans la personne d'un enfant espiègle. La première le grondait parce qu'il lui demandait comment naissent les enfants. La deuxième se fait enlacer par lui alors qu'elle portait des jarres pleines d'eau. Une troisième se fait chiper du beurre qu'elle vient de baratter. La quatrième (interprétée par Arupa Lahiry) couche l'enfant, s'endort, rêve qu'elle passe la nuit avec lui et comprend à son réveil que son rêve a été influencé par Krishna dont elle tenait la main. À la fin de son solo, chaque danseuse venait se joindre aux précédentes sur la droite de la scène dans des postures suggérant la dévotion et l'émerveillement devant les qualités du jeune enfant Krishna.

Le récital s'est conclu par un Thillana interprété par les six danseurs de la compagnie. La délicieuse musique de cette pièce a été composée par le chanteur R. Visweswaram dont Chitra Visweswaram est la veuve. La présentation de la pièce évoque une fusion de la musique et de la danse. J'ai particulièrement apprécié le moment où il est fait hommage aux notes (Swaras) de la gamme, qui m'ont semblé comme incarnées par les différents danseurs.

Lors des saluts, Chitra Visweswaram qui avait assisté au spectacle depuis le premier rang est montée sur scène. Il fallait vraiment la voir lancer des fleurs à ses danseurs pour les féliciter. Les fleurs n'étaient pas réelles, elle utilisait le mudra Alapadma, mais d'une façon tellement énergique que l'illusion était parfaite.

Centre Mandapa — 2013-11-18

Arupa Lahiry, bharatanatyam

Chitra Visweswaram, chorégraphies

Descente de Ganga

Varnam (Raga Charukesi) (composé par Lalgudi Jayaraman)

Padam

Tillana (Raga Rasikapriya) (composé par R. Visweswaram)

Une des danseuses qui m'avaient particulièrement impressionné lors du programme de la Chidambaram Dance Company dansait deux jours plus tard au Centre Mandapa. J'avais bien envie d'y aller, mais j'avais déjà prévu d'aller écouter Written on Skin à l'Opéra Comique. Quand je suis arrivé dans la salle, à une place aveugle sans l'opportunité de replacement qui s'était fait habituelle dans cette salle, j'ai passé un coup de fil au Centre Mandapa pour me réserver une place et j'ai filé.

Après une introduction musicale, la danseuse est venue interpréter une première pièce. C'est celle qui m'a le plus marqué. Je l'avais d'ailleurs déjà vue sur cette vidéo :

Grâce au texte chanté et à la chorégraphie, j'avais reconnu qu'il était question des trois dieux de la Trimurti (à partir de 4') : Brahma (Pitamaha : l'Aïeul, dont la chorégraphie dit qu'il a quatre têtes), Vishnu (sur le serpent Shesha) et Shiva. La chorégraphie évoque ensuite la rivière Ganga, mais j'ignorais la raison pour laquelle ces trois dieux lui étaient associés ici. C'est devenu plus clair quand la danseuse a introduit la pièce avant de l'interpréter. Brahma est celui qui verse l'eau de la Ganga, laquelle tombe sur le pied de Vishnu avant de se perdre dans la chevelure de Shiva. Elle paraît alors sous la forme d'une jeune femme qui prend le nom de Bhagirathi suite à l'ascèse de Bhagiratha (qui réclamait que les cendres des 60000 fils de Sagara soient purifiées). J'ignorais que parmi les légendes liées à la descente de Ganga sur terre, ils s'en trouvaient qui fissent intervenir non seulement Shiva, mais aussi Brahma et Vishnu. Cela fut pour moi une belle découverte.

La pièce principale du récital était un Varnam évoquant une jeune femme se languissant de Krishna aux yeux de lotus. Elle lui est dévouée, exécutant des rites d'adoration d'une statue le représentant qu'elle orne d'une guirlande de fleurs. Cependant, elle lui reproche de ne pas venir la voir. Elle brûle d'amour pour lui. Elle aime le son de sa flûte. La pièce semble se terminer par une évocation de la danse Rasalila dans laquelle les bouvières (gopis) dansent avec Krishna.

La pièce suivante a été un magnifique Padam, un des types de pièces de bharatanatyam que j'affectionne le plus. Comme le sentiment d'amour (Shringara rasa) a été magnifiquement mis en valeur dans cette pièce par la danseuse ! La jeune femme se souvient du moment où, autrefois, le jeune Muruga (Kartikeya) l'avait enlacée. Ayant épousé Valli et Deivayani, l'aurait-il oubliée ? La pièce de forme cyclique se termine comme elle avait commencée par l'image de la jeune femme rêvassant.

Ce très beau récital s'est terminé par le même Tillana que deux jours plus tôt, interprété par la seule Arupa Lahiry. La musique étant enregistrée, je soupçonne que la voix était celle du défunt R. Visweswaram, ce qui n'était pas pour me déplaire.

Centre Mandapa — 2013-11-19

Chitra Visweswaram, bharatanatyam

Sukanya Ravindhar, nattuvangam

B. Srikanth, chant

Venkatasubramaniam, mridangam

R. Thiagarajan, flûte

Prière chantée

Ardhanarishwara

Theruvil Varanu

Ashtapati

(Scène de jalousie)

Jagadotarana

Le lendemain, un colis suspect bloque la station de RER B Orsay-Ville. Je me dirige à pieds vers la station suivante (Le Guichet) où j'entends que le trafic est coupé jusqu'à Lozère. Je continue jusqu'à cette station où je dois encore attendre assez longtemps avant de pouvoir monter dans un RER. Un collègue arrivera juste à temps pour le coup d'envoi du match France-Ukraine au Stade de France et de mon côté, grâce à la bonne heure de marge que j'avais prévu, je suis arrivé tout juste à 20h30 au Centre Mandapa après avoir couru depuis le métro, et le temps de saluer une de mes danseuses préférées dans le hall, puis Arupa Lahiry (qui avait dansé la veille), j'entrai dans la salle bien pleine. Je choisis donc de me déchausser et de m'asseoir sur le dernier coussin disponible tout devant.

Le spectacle commence par une prière chantée (à Ganesh ?). Malgré l'exiguïté de la scène, les musiciens de la Chidambaram Dance Company ont pris place sur la gauche de la scène. Je n'ai pas vu de micro, cela devait donc être une des premières fois que j'aie entendu de la musique carnatique non amplifiée.

Le programme de danse est entièrement constitué de pièces de pur Abhinaya : les pièces sont narratives et ne laissent aucune place à la danse pure ou à la virtuosité. Le costume de Chitra Visweswaram est un peu négligé (pas très bien repassé). Peu importe, ce qui compte, ce sont les émotions qu'elle va exprimer dans son programme.

La première pièce est centrée sur Ardhanarishwara, la forme androgyne mi-Shiva mi-Parvati. La danseuse évoque le tambour Damaru, le serpent, etc, pour la moitié Shiva et pour l'autre moitié, elle met surtout en valeur la féminité en utilisant l'attitude typique correspondante. La pièce met aussi en scène la déesse Sarasvati et des rites d'adoration des divinités.

Dans la deuxième pièce Theruvil varanu, une jeune femme est amoureuse de Shiva. Elle attend, elle pense qu'il va venir...

Pour moi, le moment le plus intense du récital est intervenu avec la troisième pièce intitulée Ashtapadi. Elle mettait en scène différentes phases que peut prendre l'amour d'une jeune femme (pour Krishna). La chorégraphie évoque le printemps, les abeilles qui butinent, des offrances de fleurs, l'ivresse procurée par le sentiment amoureux, mais aussi le désespoir de la séparation, le dégoût qu'elle engendre, et enfin d'heureuses retrouvailles avec Krishna, représenté en flûtiste. Cela a été une des pièces de bharatanatyam les plus émouvantes que j'aie eu l'occasion de voir.

La pièce suivante évoquait le sentiment de jalousie d'une femme qui observe avec mépris sa rivale qui aurait reçu de beaux vêtements de son amant.

Le récital s'est conclu avec Jagadotarana que Chitra Visweswaram a dansé assise sur un tabouret. Il m'est difficile de résumer cette pièce exaltant les sentiments maternels de Yashoda pour l'espiègle Krishna. Elle commençait par le sommeil de Krishna bercé par Yashoda. Divers épisodes de la vie du jeune garçon étaient ensuite évoqués, mais j'y ai été globalement moins réceptif, la narration n'étant pas assez lisible pour que je puisse la bien comprendre.

Le public n'a pas réussi à obtenir un bis de la danseuse, celle-ci expliquant qu'on ne pouvait plus rien danser après Jagadotarana...

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Le vite dit de septembre 2013

2013-12-09 09:57+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Culture indienne — Dhrupad

Il n'arrive pas vraiment en avance, mais voici le vite dit de septembre, un mois au cours duquel outre les spectacles mentionnés ci-dessous j'ai aussi eu l'occasion de voir la magnifique danseuse Janaki Rangarajan :

Salle Pleyel — 2013-09-01

Berliner Philharmoniker

Sir Simon Rattle, direction

La Nuit transfigurée, op 4, version pour orchestre à cordes de 1943 (Schönberg)

Barbara Hannigan, soprano

Trois Fragments de Wozzeck, pour voix et orchestre (Berg)

Le Sacre du Printemps, édition révisée de 1947 (Stravinski)

Formidable concert ! Grâce à un ami, j'ai pu assister à ce concert de l'Orchestre Philharmonique de Berlin. Les solos des musiciens de l'orchestre étaient magnifiques, mais collectivement, l'ensemble n'était qu'excellent, alors qu'avec un orchestre de cette réputation, je m'attendais à ce que ce soit inoubliable. Je n'ai pas autant vibré pendant La Nuit transfigurée que lorsque j'avais vu Pierre Boulez la diriger. Tel moment palpitant (autour de la mesure 100) sous la direction de Boulez me paraissait tout plat avec Simon Rattle, comme s'il n'avait pas lu le Molto rit.. En revanche, quel plaisir d'entendre Barbara Hannigan interpréter Berg avec une telle beauté de chant, une aussi remarquable technique et une si grande conviction !

Salle Pleyel — 2013-09-12

Philippe Aïche, violon solo

Orchestre de Paris

Paavo Järvi, direction

Orages, ouverture de concert pour orchestre, op. 93, Bechara El-Khoury

Janine Jansen, violon

Concerto pour violon nº2 (Prokofiev)

Mélodie (Tchaikovski)

Mari Eriksmoen, soprano

Max Emanuel Cencic, contre-ténor

Ludovic Tézier, baryton

Chœur de l'Orchestre de Paris

Lionel Sow, chef de chœur

Maîtrise de Paris

Patrick Marco, chef de chœur

Carmina Burana, “Cantiones profanae” pour soprano, ténor, baryton, chœur mixte, chœur d'enfants et orchestre, Carl Orff.

Comme je m'étais rendu compte du fait que je n'aurais sans doute pas d'autre occasion d'entendre Janine Jansen cette année, j'avais réservé une place pour ce concert un peu au dernier moment, et une opportunité d'assister à ce concert depuis le tout premier rang s'est présentée. Je n'ai pas été déçu ! Je ne saurais dire si je l'ai préférée à Lisa Batiashvili. Elles ont toutes les deux été magnifiques dans ce concerto nº2 de Prokofiev ! A priori, je me serais bien dispensé d'écouter Carmina Burana, mais j'ai bien fait de ne pas partir à l'entr'acte. L'orchestre et le chœur étaient en très bonne forme, mais mon plus grand plaisir est venu des solistes, Max Emanuel Cencic, Ludovic Tézier et surtout Mari Eriksmoen dont le chant d'extase, cette redoutable acrobatie vocale, m'a paru superbe.

Opéra Garnier — 2013-09-19

Yann Beuron, Admète

Sophie Koch, Alceste

Jean-François Lapointe, Le Grand Prêtre d'Apollon

Franck Ferrari, Hercule

Stanislas de Barbeyrac, Evandre/Coryphée ténor

Marie-Adeline Henry, Coryphée soprano

Florian Sempey, Apollon/Un Héraut/Coryphée basse

François Lis, Une Divinité Infernale/L'Oracle

Manuel Nunez-Camelino, Coryphée Alto

Marc Minkowski, direction musicale

Olivier Py, mise en scène

Pierre-André Weitz, décors et costumes

Bertrand Killy, lumières

Pierre Dumoussaud, chef de chœur

Chœur et Orchestre des Musiciens du Louvre-Grenoble

Alceste, Gluck

Mise en scène sobre d'Olivier Py avec décors et costumes en noir et blanc. Les décors sont dessinés en direct à la craie par des artistes dont les noms ne sont scandaleusement pas mentionnés dans la feuille de distribution. Quelques très beaux moments choraux. Des musiciens du Louvre-Grenoble plutôt inspirés. De très bons chanteurs (notamment les quatre coryphées). Alors que ma place ne me permet pas d'apercevoir les surtitres, je m'étonne de comprendre presque tout le texte (racontant le mythe assez peu exaltant d'Alceste). Le point noir de la distribution est Sophie Koch, dont le français chanté est incompréhensible. (Même en me contorsionnant pour voir les surtitres, ce que je lis ne semble pas correspondre à ce que j'entends.)

Cité de la musique — 2013-09-20

Alexandre Astier, écriture et interprétation

Jean-Christophe Hembert, mise en scène

Seymour Laval, scénographie, lumières

Anne-Gaëlle Daval, costumes

François Vatin, création son

Jean-Charles Simon, voix

Rémi Vander-Heym, régie lumières

François Vatin, régie son

Yannick Bourdelle, régie plateau

Thierry Cabecas, régie

Que Ma Joie Demeure !

J'ai été content d'assister à ce charmant spectacle musical d'Alexandre Astier autour de la vie de Bach. Malheureusement, j'avais eu l'occasion de visionner quelques extraits du spectacle et connaissais donc déjà pas mal de gags, ce qui gâche un peu le plaisir...

Cité de la musique — 2013-09-27

Ensemble Intercontemporain

Matthias Pintscher, direction musicale

Fuga (ricercata) a 6 voci, extrait de L'Offrande musicale, BWV 1079, Johann Sebastian Bach/Anton Webern

Claire Booth, soprano

Gordon Gietz, ténor

Gilbert Nouno, Carl Faia, réalisation informatique musicale IRCAM

Franck Rossi, ingénieur du son IRCAM

Two Interludes and a Scene for an Opera (Jonathan Harvey)

Pierre Strauch, violoncelle

Sonate pour violoncelle seul (Bernd Alois Zimmermann)

Bereshit (Matthias Pintscher)

Je garde deux souvenirs de ce concert. Le premier concerne les extraits d'un opéra de Jonathan Harvey intitulé Wagner Dream et inspiré par le projet de Wagner de composer un opéra Vainqueurs sur un thème bouddhiste. À la scène peu exaltante faisant intervenir Prakriti et Ananda j'ai nettement préféré les interludes orchestraux qui l'entouraient. L'autre souvenir est celle de la Sonate pour violoncelle seul de B. A. Zimmermann. J'y ai rencontré une des limites de mes possibilités d'écoute de la musique contemporaine. En la voyant, j'ai eu l'impression d'assister à une séance de torture de violoncelle par Pierre Strauch (qui n'utilisait pas son instrument design habituel). Mon écoute était complètement perturbée par cette vision. Quand j'ai écouté l'enregistrement sonore lors d'une diffusion sur France Musique, l'œuvre et l'interprétation m'ont paru bien plus agréable à écouter...

Ailleurs : Bladsurb.

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-09-29

Emmanuel Pahud, flûte

Maja Avramovic, violon

Joaquín Riquelme García, alto

Stefan Koncz, violoncelle

Quatuor avec flûte en ut majeur, KV 285B, Mozart

Sonata a quattro nº2 en la majeur, Rossini

Quatuor avec flûte en sol majeur, KV 285A, Mozart

Sonata a quattro nº1 en sol majeur, Rossini

Quatuor avec flûte en ré majeur, KV 285, Mozart

Ravissant concert de musiciens berlinois autour du flûtiste Emmanuel Pahud ! La grande découverte de ce concert a été pour moi celle du violoncelliste Stefan Koncz (qui a fait l'objet d'une chouchouscopie du Klariscope). Avec ses merveilleux et variés pizz. et son entente avec les autres musiciens, il a contribué à faire de la Sonata a quattro nº2 de Rossini le point culminant de ce concert.

Chez Véronique — 2013-09-29

Nirmalya Dey, chant dhrupad

Céline Wadier, tampura, chant dhrupad

Gérard Hababou, pakhawaj

Raga Multani

Raga Malkauns

Nirmalya Dey, un des tout meilleurs chanteurs de dhrupad était présent à Paris pour un concert donné dans un appartement où une foule de spectateurs s'étaient rassemblés (soit une petite cinquantaine). Quelques jours avant, j'ai eu la chance de pouvoir prendre un cours particulier avec lui sur le Raga Puriya (et ce ne sera sans doute pas le dernier...). J'ai tout particulièrement aimé ses Alap. Quand j'écoute de la musique classique occidentale, même sans avoir une connaissance préalable de l'œuvre jouée, il m'arrive très souvent de m'attendre à ce qui se passe quelque chose d'assez précis, comme la reprise d'une phrase, une montée ou une baisse de tension ou plus simplement la fin d'un morceau ; dans les secondes qui suivent, je suis soit flatté quand la prédiction s'avère juste soit surpris quand le compositeur avait prévu autre chose. Je commence à avoir entendu et pratiqué assez le chant dhrupad pour commencer à avoir de telles attentes, même dans les sections improvisées qui constituent un Alap. J'ai ainsi eu le sentiment que Nirmalya Dey cherchait parfois à créer une attente chez l'auditeur, notamment dans sa façon de jouer les notes proches des notes très stables comme Sa (tonique) ou Pa (dominante). Le premier Raga (Multani) comportait un Tivra Ma et un Shuddh Ni (respectivement un demi-ton en dessous du Pa et du Sa). Dans son exploration du Raga, le chanteur est resté plusieurs fois de façon prolongée sur ces notes qui ne sont pas les plus consonnantes, créant une tension qu'il pouvait libérer en finissant sa phrase avec la note très consonnante voisine ou au contraire prolonger en redescendant sur des notes plus basses avant de prochains assauts. J'ai pris un certain plaisir à voir mes attentes surprises ou au contraire contrariées.

Je crois me souvenir que la composition sur la Raga Multani était en Chautal (12 temps). Ce même Tala était utilisé dans la première composition sur le Raga Malkauns, que je n'ai pas reconnu avant que le chanteur ne commence une deuxième composition Shankara Girija Pati (Sultal, 5 ou 10 temps suivant comment on compte...) que je connaissais pour l'avoir un tout petit peu pratiquée.

Opéra Bastille — 2013-09-30

Ricarda Merbeth, Emilia Marty

Atilla Kiss-B, Albert Gregor

Vincent Le Texier, Jaroslav Prus

Jochen Schmeckenbecher, Dr Kolenaty

Andreas Conrad, Vitek

Andrea Hill, Krista

Ladislav Elgr, Janek

Ryland Davies, Hauk-Sendorf

Susanna Mälkki, direction musicale

Krzyzstof Warlikowski, mise en scène

Małgorzata Szczęśniak, décors et costumes

Denis Guéguin, vidéo

Felice Ross, lumières

Miron Hakenbeck, dramaturgie

Alessandro Di Stefano, chef du chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Věc Makropoulos, Janáček

Le livret de cette Affaire Makropoulos m'a paru assez confus. La belle mise en scène de Krzyzstof Warlikowski qui transpose ce cas dans le monde du cinéma n'aide pas vraiment à caractériser les différents personnages secondaires. Je m'attendais à apprécier la musique puisqu'il s'agit d'un opéra de Janáček, mais je ne pensais pas prendre un tel plaisir à l'écoute de l'Orchestre de l'Opéra. Mille mercis à Susanna Mälkki pour son exaltante direction musicale !

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Planning de décembre 2013 (Paris et Chennai...)

2013-12-01 11:18+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne — Voyage en Inde XII — Planning

  • 1er décembre 2013 (Théâtre du Châtelet) : Je n'ai encore jamais entendu Amjad Ali Khan en concert. Il jouera ce dimanche son concerto pour sarod avec l'Orchestre National d'Île-de-France dans un programme retransmis en direct sur ArteLiveWeb et qui incluera aussi notamment la Symphonie nº100 “Militaire” de Haydn.
  • 6 décembre 2013 (Temple des Batignolles) : L'Orchestre des concerts gais sera dirigé par Marc Korovitch pour ce programme Lalo/Schumann.
  • 7 et 8 décembre 2013 (Salle Pleyel) : Suite et fin de l'intégrale des quatuors à cordes de Beethoven par le quatuor Hagen.
  • 10 décembre 2013 (Salle Pleyel) : Les derniers concerts de l'Orchestre Colonne ont été excellents, je retournerai donc avec plaisir les écouter dans un programme comportant notamment la Symphonie nº3 “Héroïque” de Beethoven.
  • 11 décembre 2013 (Opéra Garnier) : Tout le monde a vu cette publicité Air France, mais je n'ai pas encore jamais vu le ballet Le Parc de Preljocaj qui est programmé à l'Opéra Garnier.
  • 12 décembre 2013 (Salle Pleyel) : Prokofiev, Mikko Franck, Alexander Toradze, voilà déjà trois raisons d'assister à ce concert de l'Orchestre de Paris.
  • 14 décembre 2013 (Cité de la musique) : S'il existe un seul genre de musique contemporaine que j'apprécie, c'est la musique spectrale. Au cours de ce concert, l'Ensemble Intercontemporain interprétera le cycle complet Espaces acoustiques de Gérard Grisey dont je n'ai pour le moment entendu que Modulations qui est une des six pièces de ce cycle.Bien que j'aurai beaucoup aimé assister à ce concert, je vais sans doute lui préférer un récital de bharatanatyam...
  • 17 décembre 2013 (Musée d'Orsay) : Autour de l'exposition Allegro Barbaro, le Musée d'Orsay organise une série de concerts comportant notamment une intégrale des quatuors de Bartók. Ce soir-là, j'entendrai le Philharmonique de Radio France dans Le Prince de bois de Bartók.
  • 19 décembre 2013 (Cité de la musique) : Je reprendrai volontiers un peu de Grisey (cf. le concert de l'Ensemble Intercontemporain mentionné ci-dessus), interprété cette-fois ci par des musiciens de l'ensemble Les Dissonances.
  • 20 décembre 2013 (Opéra Bastille) : J'ai cassé ma tire-lire pour voir Myriam Ould-Braham dans La Belle au bois dormant...

Et puis, le 22 décembre, j'embarque sur un avion pour Riyadh (Arabie saoudite) puis un autre qui devrait arriver à Chennai (Inde) au cours de la matinée du lundi 23. Ce n'est pas pour faire du tourisme que j'entreprend ce douzième voyage en Inde, mais pour assister à des spectacles ayant lieu dans le cadre de la December Season.

La December Season est un des deux plus grands festivals artistiques au monde. Avant d'aller à Edinburgh cet été, je pensais que c'était le plus grand. À mon avis, il y a débat parce que le festival “Fringe” d'Edinburgh aurait abrité 2695 spectacles en 2012, alors que sur le site Kutcheris, au moment où j'écris ce message, plus de 2800 spectacles sont recensés !

La Saison de Chennai est un festival de musique et de danse consacré quasi-exclusivement aux styles du Sud de l'Inde : danse bharatanatyam et musique carnatique (chant principalement). Quand j'ai réservé mes billets d'avion et mon hôtel près de la stratégique T.T.K. Road (entre T. Nagar et Mylapore), je n'avais aucune idée des artistes qui chanteraient ou danseraient pendant mon séjour. J'avais néanmoins deux grands espoirs. Le premier et le plus urgent est d'entendre Dr M. Balamuralikrishna (83 ans), un des plus importants chanteurs carnatiques ; il est l'inventeur de nouveaux ragas, comme on peut le voir sur cette vidéo dans laquelle il chante un raga à trois notes (Sa-Ga-Pa) !

Parmi les danseuses de bharatanatyam que je n'ai pas encore vues, s'il n'y en a qu'une seule dont je rêve de voir un récital, c'est Rama Vaidyanathan :

Les principaux organisateurs de spectacles (sabhas) ont annoncé leurs programmes ces derniers jours. Je me retrouve ainsi avec une liste de 1138 spectacles devant se tenir pendant les 12 jours de mon séjour à Chennai ; en effet, plusieurs sabhas, comme Bharat Kalachar, Krishna Gana Sabha, Narada Gana Sabha, Music Academy ou Chennaiyil Thiruvaiyaru, proposent des programmes de musique et de danse s'étendant souvent du matin au soir ! Je n'ai pas encore fini de me perdre dans l'exploration de ces programmes, mais je sais par avance que je vais me régaler, puisque si je me débrouille bien, je devrais pouvoir entendre Dr M. Balamuralikrishna, Mohan Santhanam, Sudha Raghunathan, Jayanthi Kumaresh, etc, et voir danser Rama Vaidyanathan, Meenakshi Srinivasan, C. V. Chandrashekhar, Alarmel Valli, Padma Subramanyam, etc. Peut-être ferai-je une expédition à Thiruvanmiyur au Sud de Chennai pour voir un Dance Drama par les danseurs de la fondation Kalakshetra ?

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Planning de novembre 2013

2013-11-07 12:25+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Culture indienne — Planning

Voici mon programme de spectacles pour le mois de novembre :

  • 8 novembre 2013 (Cité de la musique) : Je me réjouis de voir l'altiste Grégoire Simon dans un rôle soliste pour une des œuvres programmées, quoique que je ne connaisse rien des compositeurs au programme de ce concert de l'Ensemble Intercontemporain...
  • 9 novembre 2013 (Onyx, Nantes) : Cela fait plus de trois ans que je n'ai pas vu Shantala Shivalingappa. Je me réjouis donc beaucoup de la voir danser dans ce programme mêlant danse contemporaine et kuchipudi. Ce n'était pas très raisonnable, mais je vais faire l'aller-retour à Nantes rien que pour ce spectacle.
  • 14 novembre 2013 (Musée d'Orsay) : En marge de l'exposition Allegro Barbaro, le Musée d'Orsay organise des concerts de musique de chambre. Le quatuor Takács interprétera notamment le quatuor nº3 de Bartók et le quatuor nº2 “Lettres intimes” de Janáček, ce dont je me réjouis beaucoup.
  • 15 novembre 2013 (Salle Pleyel) : J'ai trop peu l'occasion d'entendre la musique de Kurl Weill ou le chant d'Anne Sophie von Otter. J'assisterai donc à ce concert du Philharmonique de Radio France.
  • 16 novembre 2013 (Musée Guimet) : Je suis très curieux de découvrir la forme que peut prendre le bharatanatyam quand il est dansé par une compagnie de ballet, en l'occurrence la Chidambaram Dance Company de Chitra Visweswaram. Il m'est souvent arrivé de voir plusieurs danseurs associés dans un même programme, mais ils n'étaient jamais utilisés de façon élaborée dans des pièces narratives. J'espère que ce programme sera bien plus convaincant de ce point de vue-là
  • 16 & 17 novembre 2013 (Mairie du XXe) : L'Association Les Comptoirs de l'Inde dont je suis membre organise le troisième salon L'Inde des livres. Parmi les animations proposées, il y aura notamment du bharanatyam par les élèves de Jyotika Rao, de la danse odissi par la danseuse-écrivaine Radhika Jha et du chant dhrupad par Jérôme Cormier (qui sera accompagné par ses élèves, dimanche à 17h30...).
  • 18 novembre 2013 (Opéra Comique) : La magnifique Barbara Hannigan chantera dans cet opéra récent de George Benjamin intitulé Written on Skin.
  • 19 novembre 2013 (Centre Mandapa) : La guru de la Chidambaram Dance Company, Chitra Visweswaram, interprètera des pièces narratives et expressives (abhinaya) dans un récital solo. (La veille, le centre accueillera un récital solo de son élève Arupa Lahiry.)
  • 22 novembre 2013 (Chez Malavika) : Récital de danse odissi par Bithika Misry.
  • 24 novembre 2013 (Salle Pleyel) : Je n'ai pour le moment jamais entendu la pianiste Martha Argerich en concert. Ceci sera réparé à l'occasion de ce récital en duo avec le violoniste Gidon Kremer.
  • 26 novembre 2013 (Salle Gaveau) : Daniel Vagner, le fabuleux altiste solo de l'Orchestre Colonne interprètera le concerto de Bartók !
  • 27 novembre 2013 (Conservatoire de Paris) : Toutes les occasions sont bonnes d'entendre la musique de Prokofiev. Ce sera pour une version réduite de Roméo et Juliette pour un piano, deux altos et des élèves-danseurs du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.
  • 28 novembre 2013 (Musée d'Orsay) : Dans la série de musique de chambre du Musée d'Orsay, j'assisterai aussi au concert Bartók/Dohnányi/Brahms du Quatuor Prážak.
  • 30 novembre 2013 (Cité de la musique) : L'Orchestre de chambre de Paris jouera des œuvres vocales dans une salle davantage à la mesure de son effectif que ne l'est le Théâtre des Champs-Élysées où il se produit habituellement.

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Vaibhav Arekar et Anuya Rane au Musée Guimet

2013-11-01 06:30+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Auditorium du Musée Guimet — 2013-10-19

Vaibhav Arekar, Anuya Rane, bharatanatyam, nattuvangam

Arun Gopinath, chant

Kiran Gopinath, mridangam

Smt. Kamala, violon

Shankara Shiva Shankara

Danse de Shiva

Bhakti

Shakti

Narmade Hara Hara

Ce spectacle de bharatanatyam a commencé par une intervention du chanteur qui a interprété une composition sur le Tala Adi (8 temps) précédée du Ragam (une brève introduction au mode musical). La première pièce de danse (introduite cette fois-ci par un Ragam du violon) était intitulée Shankara Shiva Shankara et mettait en scène les deux danseurs qui ont évoqué certaines aspects de Shiva. On observe des éléments très classique (le croissant de Lune, la déesse Ganga jaillissant de son chignon) et des épithètes un peu plus rares sont aussi illustrés : Nilakantha (la gorge bleue), Pashupati (le gardien du troupeau). Cette évocation est suivie d'un moment de danse pure assez élaboré, dont la vitesse s'est progressivement accélérée et qui a comporté une offrande de fleurs d'autant plus symbolique que la divinité n'était pas représentée sur scène par une sculpture. J'ai beaucoup apprécié cette pièce qui associait de façon intelligente les deux danseurs. Dans les passages de danse pure, s'il est essentiellement agi de danse synchronisée, il m'a semblé déceler une certaine originalité dans le placement des deux danseurs.

Cette première pièce m'a mis dans de très bonnes dispositions pour la suite, je pensais même que j'étais sur le point de faire l'expérience d'une conception du bharatanatyam qui réponde à mes envies, mais mes espoirs de voir ces deux danseurs interpréter ensemble des pièces narratives élaborées ont été vains puisque la danse n'a plus comporté que des solos...

Vaibhav Arekar s'installe à sa place avec les musiciens pour diriger la suite du récital avec les cymbales (nattuvangam) tandis qu'Anuya Rane, s'exprimant dans un délicieux français, présente les pièces qu'elle va interpréter. Sa première pièce est une Danse de Shiva. C'est un type de pièce que j'affectionne tout particulièrement. Elle met en valeur l'aspect viril de la danse, la danseuse étant comme possédée par le Seigneur de la danse Nataraja. De tout le récital, c'est la pièce qui m'a le plus marqué. La danseuse a évoqué le serpent enroulé autour du cou de Shiva, son croissant de Lune, son tambour Damaru, la déesse Ganga. La danseuse a bien sûr utilisé la pose caractéristique du Seigneur de danse Nataraja. Vers la fin de la pièce, elle a également évoqué les arts en suggérant une vînâ et un tambour, ainsi que Vishnu et Brahma qui sont associés dans la représentation classique de Vishnu-Padmanabha, magnifiquement mise en valeur par la danseuse.

La pièce suivante est aussi dédiée à Shiva. Elle est résolument narrative. Dans ce type de pièce appelé Nindastuti, la dévôte n'est pas représentée comme étant amoureuse de la divinité, mais elle apparaît comme une amie de la divinité et elle en fait l'éloge d'une façon ironique. Placée devant une image du dieu pour lequel elle accomplit quelques rites (aarti), elle raille son indifférence, se moque du fait que sa monture soit un taureau (Nandi) plutôt qu'un char tiré par des chevaux. Il ne possède pas la Lune toute entière, mais seulement un croissant. Dans sa pose Nataraja, il ne trouve même pas d'endroit pour poser son deuxième pied ! J'ai apprécié cette délicieuse pièce qui a mis en valeur les qualités d'expression de la danseuse.

La dernière pièce interprétée par Anuya Rane était consacrée à Shakti, le principe féminin qui peut prendre plusieurs formes, dont Uma/Parvati, Sarasvati, Lakshmi, Durga/Kali. Je retiens notamment la forme terrifiante de Kali et l'évocation de la victoire de Durga sur Mahishasur qui lui vaut le nom de Mahishasuramardini, une scène qui est représentée dans les grottes sculptées de Mahabalipuram :

Photo 064

Le moment le plus intense de la narration de cet exploit de Durga est celui où elle utilise son trident pour venir à bout du démon. Ce fut d'autant plus impressionnant pour moi que j'étais assis au premier rang et qu'elle a maintenu les yeux grand ouverts pendant de longues secondes en regardant précisément dans ma direction.

Après ces trois solos dansés par Anuya Rane, le chanteur et le percussionniste se sont livrés à un délicieux jeu de questions et réponses sur un cycle rythmique à 8 temps (Adi Tala). Les deux danseurs ont ensuite échangé leurs rôles et Vaibhav Arekar a interprété la pièce principale de ce récital : Narmade Hara Hara. Elle évoque la longue circumambulation des pèlerins autour de la rivière Narmada : ils commencent du côté de Bharuch au Gujarat sur la rive Nord, puis remontent jusqu'aux sources de la rivière, et progressant en laissant toujours la rivière sur leur droite, ils peuvent redescendre jusqu'à son embouchure, revenant ainsi à leur point de départ (mais sur l'autre rive). Les différentes séquences de cette pièce racontent diverses histoires liées à la rivière et au parcours des pèlerins. Cela commence tout naturellement par le mythe de la naissance de la rivière, fruit des gouttes de sueur du danseur cosmique Shiva-Nataraja (qui est donc évoqué pour la troisième fois au cours de ce programme !). Cette évocation fut un véritable régal ! Vaibhav Arekar ne fait pas ses frappes de pieds à moitié ! On voit ensuite les pèlerins effectuer des rites en l'honneur de la rivière au début de leur pèlerinage. En remontant aux sources de la Narmada, ils seront plus tard témoins d'un miracle : les chutes d'eau font prendre aux rochers la forme de lingams. J'ai oublié le lien de la légende suivante avec la Narmada, mais le danseur a évoqué le démon Bhasmasura qui avait obtenu par ses austérités le privilège de transformer en cendres quiconque il toucherait. Les dieux utilisèrent une ruse pour l'éliminer. Ainsi, l'enchanteresse Mohini intervint et lui demanda de reproduire les mouvements de danse qu'elle ferait, ce qu'il accepta sans se méfier, mais il mourut quand, reproduisant la chorégraphie de Mohini, il dut toucher son propre front. Quand les pèlerins passent près de l'hermitage d'Anasuya, la légende de cette femme est évoquée : les trois dieux de la Trinité hindoue vinrent lui demander de leur servir un repas toute nue, ce qu'elle ne put qu'accepter, mais elle les transforma préalablement en de très jeunes enfants. La fin de la pièce comportait un message politique déplorant la construction du grand barrage venant troubler le cours naturel de la Narmada. J'ai trouvé très intéressante cette pièce au sujet tout à fait original. Cependant, si le danseur a été exceptionnel dans certains passages narratifs ou évocateurs, d'autres m'ont moins convaincu (parfois, il n'était même pas évident pour moi de savoir s'il représentait un personnage féminin ou masculin). J'ai aussi été troublé par une certaine perplexité à propos de la structure de la pièce. Celle-ci était constituée d'une alternance entre récitatifs et passages dansés. Pendant ces récitatifs, le danseur exécutait des mouvements plus proches du théâtre que de la danse tandis qu'Anuya Rane racontait l'histoire correspondant à ce que nous montrait le danseur. La fonction de ces récitatifs n'était pas très claire. Parfois, il s'agissait d'une explication de ce qui allait être développé dans la danse, et parfois, et à vrai dire le plus souvent, la narration était concentrée dans ces récitatifs et la danse perdait son caractère narratif et se transformait en surplace émotionnel à la manière des airs d'opéra baroque... Néanmoins, ce fut une très belle pièce de bharatanatyam !

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Orfeo, par-delà le Gange à la Cité de la musique

2013-10-31 14:15+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Cité de la musique — 2013-10-05

Françoise Lasserre, direction musicale et conception du projet

François Rancillac, mise en scène

Sabine Siegwalt, dramaturgie, scénographie et costumes avec la collaboration de Parvesh & Jai

Charlotte Delaporte, assistanat de la mise en scène et travail du mouvement

Dominique Fortin, lumière

Baptiste Chapelot, direction technique

Madhup Mudgal, composition du prélude

Arushi Mudgal, danse odissi

Dávid Szigetvári, Orfeo

Claire Lefilliâtre, Musica, Messagiera

Nitya Urbanna Vaz, Euridice

Dagmar Saskova, Ninfa

Aude Priya, Proserpina

Jean-Christophe Clair, Speranza, Pastore, Spirito

Jan Van Elsacker, Pastore, Spirito

Johannes Weiss, Pastore, Spirito

Hugo Oliveira, Caronte, Pastore, Spirito

Geoffroy Buffière, Plutone

Akadémia

Laurent Stewart, clavecin

Emmanuel Mandrin, orgue

Thomas Dunford, archiluth, guitare

Quito Gato, théorbe, guitare

Flora Papadopoulos, harpe triple

Lucas Peres, lirone

Sylvia Abramowicz, ténor de viole

Sylvie Moquet, basse de viole

Yuka Saïto, basse de viole

Matthieu Lusson, violone

Flavio Losco, Jose Manuel Navarro, violons

Etienne Mangot, violoncelle

Frithjof Smith, Josue Melendez, cornets

Claire Michon, Michel Quagliozzi, flûtes

Thierry Gomar, percussion

Murad Ali, sarangi

Sanjeev & Ashwani Shankar, shehnai

Mithilesh Jha, tabla

Mohan Shyam Sharma, pakhawaj

Michel & Marie-Thérèse Guay, tanpura

Neemrana Vocal Ensemble

Nadya Balyan, chef de chœur

Sparsh Bajpal, Priyanka Mukherjee, Ashwani Parameshwar, Ramya Roy, sopranos

Nadya Balyan, Isabelle Faure Jaitly, altos

Prabhat Chandola, ténor

Bhanu Sharma, basse

Antoine Redon, producteur exécutif pour la Fondation Neemrana

Valérie Déal, régie surtitrage

Orfeo par-delà le Gange (Monteverdi)

Depuis son passage au Musée Guimet il y a un an, j'avais bien retenu le nom de la danseuse Arushi Mudgal. Ainsi, lors de la sortie de la brochure 2013/2014 de la Cité de la musique, quand je vis qu'elle participerait avec d'autres artistes indiens à une production de l'opéra Orfeo de Monterverdi, j'incluai immédiatement ce spectacle à mon abonnement.

Le spectacle a commencé par un prélude magnifiquement dansé par Arushi Mudgal sur une musique de son père Madhup Mudgal. Sa danse était au début très lente, comme souvent dans le style odissi, ce qui permet de bien apprécier les moindres mouvements de mains, et puis elle s'est accélérée tandis que la danseuse se transformait en Shiva-Nataraja, le danseur cosmique dont les pas sont rythmés par son tambour Damaru. Cette danse très virile valait à elle seule le déplacement ! La raison de cette évocation de Shiva dans ce spectacle intitulé Orfeo par-delà le Gange était évidemment qu'il joue un rôle majeur dans la descente de la déesse Ganga sur terre, puisqu'après avoir été emprisonnée dans la chevelure de Shiva, Ganga peut finalement jaillir. Après que la danseuse a représenté cette descente de Ganga, l'action s'est déplacée au bord de la rivière. La danseuse évoque alors des rites effectués par les dévôts comme l'offrande de feu (aarti). Après avoir évoqué les divers personnages impliqués, la danseuse prend résolument la forme d'un personnage féminin, celui qu'elle incarnera jusqu'à la fin du spectacle. La fin de ce prélude (dont la danse est très étrangement influencée par la danse kathak) est marquée par l'intrusion du personnage d'Orfeo, qui, habillé en costume européen, comme venu d'un autre univers, enlace impulsivement cette Eurydice indienne sans son consentement.

La musique indienne laisse alors la place à la musique de Monteverdi (sans la fanfare qui aurait quelque peu cassé l'ambiance). Je suis alors très impressionné par l'ensemble Akadémia dirigé par Françoise Lasserre, et plus encore par la chanteuse Claire Lefilliâtre qui incarne le rôle de la Musique. Que son chant est beau et délicieusement ornementé...

J'ai trouvé la mise en scène sans artifice très bien menée. Le projet prend tout son sens dans la deuxième partie du spectacle quand Orphée descend aux Enfers. Sur sa route, il rencontre Charon, qui est habillé en brâhmane et porte les marques sectaires shivaïtes. Les spectateurs des premiers rangs peuvent humer d'abondantes vapeurs d'encens. L'entrée au royaume de Pluton se fait sur une musique rituelle des temples d'Inde (jouée par deux shehnai, la variante nord-indienne du nadaswaram). Orphée entre en fait dans un temple de Shiva et la divinité est conforme à l'iconographie traditionnelle : il porte bien sûr un chignon tressé, un serpent est enroulé autour de son cou et son apparence est aussi conforme à l'épithète de Nilakantha (celui qui a la gorge bleue, référence au mythe du barattage de la mer de lait). De façon plus étrange, ses mains sont aussi peintes en bleu et il semble qu'il porte un cordon sacré réservé aux deux fois nés (comme les brâhmanes).

Ne connaissant pas très bien l'œuvre de Monteverdi, j'ai été très étonné par le caractère secondaire du rôle d'Eurydice. Elle doit avoir au plus deux ou trois répliques ! Alors que dans la version de Gluck, elle est en quelque sorte co-responsable avec Orphée de l'issue fatale (dans la version sans happy ending), puisqu'en disant à Orphée à quel point elle est désespérée de ne pas le voir tourner son regard vers elle, elle l'incite à enfreindre la condition qu'il devait respecter pour retrouver Eurydice. Chez Monteverdi, Eurydice est muette et Orphée est seul responsable de sa triste fin, emporté par les furies, avant que les musiciens de l'ensemble Akadémia ne soient rejoints par le son des tampuras indiens.

Du point de vue vocal, ma plus forte impression est venue comme je l'ai dit plus haut de Claire Lefilliâtre, et aussi de l'interprète du rôle d'Orfeo (Dávid Szigetvári), mais les autres chanteurs (qu'ils soient solistes ou du Neemrana Vocal Ensemble) ont également fait de très belles prestations.

Ailleurs : Bladsurb.

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Le vite dit de juin/juillet 2013

2013-10-19 13:30+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

J'ai déjà eu l'occasion de revenir sur des spectacles de juin et juillet vus à Budapest (Blanche Neige, Hámos Júlia, Isabelle Druet, Parsifal, Die Meistersinger von Nürnberg), à Montpellier, Salzburg ou München, mais quelques autres n'avaient pas encore fait l'objet d'un compte-rendu, fût-il succint. Il n'est jamais trop tard...

Salle Pleyel — 2013-06-02

Orchestre Colonne

Laurent Petitgirard, direction

Der Freischütz, ouverture (Weber)

Le Chasseur Maudit (Franck)

Guillaume Tell, ouverture (Rossini), extraits

Un charmant et court concert dans lequel de très jeunes spectateurs furent invités à diriger des extraits de l'ouverture de Guillaume Tell de Rossini. Cela valait surtout le déplacement pour Le Chasseur Maudit de César Franck ; sinon, je ne me serais pas levé aussi tôt un dimanche matin !

59 Rivoli — 2013-06-02

Célinn et l'Arbre des Songes

Ce concert avait lieu dans un endroit inattendu, le 59 Rivoli, un squat d'artistes légalisé. J'y étais allé pour écouter l'octuor Célinn et l'Arbre des Songes dont fait partie ma prof de chant dhrupad. Le programme était entièrement constitué de compositions de chant dhrupad arrangées par Pierre Tereygeol. L'écoute fut aussi plaisante qu'étonnante. Le plus surprenant fut pour moi l'utilisation des instruments à vents dans la composition Paravati en Raga Puriya (cf. les extraits chantés Nirmalya Dey).

Opéra Garnier — 2013-06-03

Vello Pähn, direction musicale

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Ballet de l'Opéra

Igor Stravinski, musique (Suite pour orchestre, 1919)

Maurice Béjart, chorégraphie

Costumes d'après les maquettes de Joëlle Roustan

Roger Bernard, lumières

Mathias Heymann, L'Oiseau de feu

Allister Madin, L'Oiseau Phenix

L'Oiseau de feu

Claude Debussy, musique (Prélude à l'Après-midi d'un faune, 1894)

Vaslav Nijinski, chorégraphie (1912) réglée par Ghislaine Thesmar

Léon Bakst, décors et costumes

Jérémie Bélingard, Le faune

Eve Grinsztajn, La nymphe

L'Après-midi d'un faune

Claude Debussy, musique (Prélude à l'Après-midi d'un faune)

Jerome Robbins, chorégraphie (1953) réglée par Jean-Pierre Frohlich

Jean Rosenthal, décor et lumières

Irene Sharaff, costumes

Perry Silvey, réalisation lumières

Myriam Ould-Braham, Mathias Heymann

Afternoon of a Faun

Maurice Ravel, musique (1928)

Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet, Marina Abramovič, conception

Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet, chorégraphie

Marina Abramovič, scénographie

Riccardo Tisci, costumes

Urs Schonebaum, lumières

James O'Hara, Emilios Arapoglu, assistants des chorégraphes

Aurélie Dupont, Marie-Agnès Gillot, Alice Renavand, Muriel Zusperreguy, Letizia Galloni

James O'Hara, Vincent Chaillet, Marc Moreau, Alexandre Gasse, Daniel Stokes, Adrien Couvez

Boléro

Il aura fallu que je voie trois fois ce programme de ballets pour trouver la distribution idéale. Les conditions idéales sont réunies le soir de la dernière. Tout d'abord, l'orchestre est en très grande forme, ce qui n'a pas été le cas tous les soirs. Dans L'Oiseau de feu de Béjart, Mathias Heymann a été tout simplement extraordinaire le soir de cette dernière représentation. Dans le corps de ballet, François Alu se distinguait aussi, comme à chacune de ses apparitions...

Jérémie Bélingard dansait dans L'Après-midi d'un faune de Nijinski. Son interprétation fut sans doute plus terre à terre que celle de Nicolas Le Riche, mais je l'ai préférée.

Alors qu'Afternoon of a Faun de Jerome Robbins m'avait paru inintéressant et ennuyeux au possible avec d'autres interprètes, Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann en ont livré une interprétation passionnante ! Myriam Ould-Braham utilise ses cheveux d'une façon très sensuelle et certaines ondulations de pieds suggèrent un décor aquatique au jeu du faune et de la nymphe.

Pour finir, je n'ai pas été passionné par le Boléro de Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet. Les costumes et le maquillage transformaient les danseurs en des créatures indifférenciées, anonymes. Aucune progression dans la tension à l'approche de la fin de la musique. C'était cela dit assez joli à regarder, surtout grâce à la scénographie de Marina Abramovič comportant un grand miroir permettant d'avoir une vue de dessus de la scène et ainsi d'apprécier les mouvements de rotation. Lors de cette dernière cependant, beaucoup de balletomanes présents n'ont eu d'yeux que pour James O'Hara (qui remplaçait Jérémie Bélingard dans ce ballet). Alors que les autres danseurs pouvaient parfois donner l'impression de retenir leurs mouvements, James O'Hara semblait s'abandonner complètement dans la danse, rendant la chorégraphie bien plus convaincante !

Salle Pleyel — 2013-06-06

Philippe Aïche, violon solo

Orchestre de Paris

Yutaka Sado, direction

Divertissement pour orchestre de chambre (Ibert)

Boris Berezovsky, piano

Variations sur un thème de Paganini, pour piano et orchestre, op. 43 (Rachmaninov)

Chœur de l'Orchestre de Paris

Lionel Sow, chef de chœur

Luisa Miller (Ouverture), Verdi

I Lombardi alla Prima Crociata (Gerusalem!, O Signore, dal tetto natio), Verdi

Ernani (Esultiamo), Verdi

Il Trovatore (Le fosche notturne spoglie), Verdi

Nabucco (Ouverture, Gli arredi festivi, Va, pensiaro, sull'ali dorate), Verdi

Aida (Marche des trompettes), Verdi

Ce fut un très beau concert ! Un chef survolté (Yutaka Sado), un pianiste superlatif (Boris Berezovsky), de très beaux chœurs de Verdi, et pour conclure le concert, un renfort de six trompettes (à la forme inhabituelle) pour le bis attendu : la Marche des Trompettes d'Aïda.

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-06-08

Erin Wall, soprano

Mark Padmore, ténor

Hanno Müller-Brachmann , baryton

Maîtrise de Radio France

Sofi Jeannin, chef de chœur

Chœur Symphonique de Birmingham

Simon Halsey, chef de chœur

Orchestre Symphonique de Birmingham

Andris Nelsons, direction

War Requiem, Britten

J'ai pris un énorme plaisir à découvrir ce War Requiem de Britten, dirigé par Andris Nelsons, un chef dont j'avais déjà eu l'occasion d'apprécier le travail dans Tristan et Isolde. J'ai apprécié les délicieuses dissonances présentes dans cette œuvre qui me donnait l'impression d'être parfois modale, parfois chromatique. La qualité du texte (et de ses interprètes, notamment Mark Padmore) est aussi à souligner...

Salle Pleyel — 2013-06-18

Jerusalem Quartet

Alexander Pavlovsky, violon

Sergei Bresler, violon

Ori Kam, alto

Kyril Zlotnikov, violoncelle

Quatuor à cordes nº1 en ut mineur, op. 51 nº1 (Brahms)

Amihai Grosz, alto

Quintette à cordes nº1 en fa majeur, op. 88 (Brahms)

Quatuor à cordes nº3 en si bémol majeur, op. 67 (Brahms)

Salle Pleyel — 2013-06-19

Jerusalem Quartet

Alexander Pavlovsky, violon

Sergei Bresler, violon

Ori Kam, alto

Kyril Zlotnikov, violoncelle

Quatuor à cordes nº2 en la mineur, op. 51 nº2 (Brahms)

Amihai Grosz, alto

Ohad Ben Ari, piano

Sonate pour alto et piano nº1 en fa mineur, op. 120 nº1 (Brahms)

Quintette à cordes nº2 en sol majeur, op. 111 (Brahms)

Ces deux concerts du Jerusalem Quartet concluaient une série de huit concerts de musique de chambre de Brahms (cf. épisodes précédents #1/#2 #3/#4 et #5/#6). De ces deux concerts, je retiens surtout sa magnifique conclusion avec le quintette à cordes nº2. Je retiens également l'indécence quasi-pornographique que peut revêtir l'interprétation d'une corde à vide par un violoncelliste.

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-06-20

Anna Caterina Antonacci, Pénélope

Roberto Alagna, Ulysse

Vincent Le Texier, Eumée

Edwin Crossley-Mercer, Eurymaque

Marina de Liso, Euryclée

Julien Behr, Antinoüs

Sophie Pondjiclis, Cléone

Jérémy Duffau, Léodès

Khatouna Gadelia, Mélantho

Marc Labonette, Ctésippe

Antonin Rondepierre, Le Pâtre

Chœur Lamoureux

Patrick Marco, chef de chœur

Orchestre Lamoureux

Fayçal Karoui, direction

Pénélope, Fauré

Effet Alagna oblige, le Théâtre des Champs-Élysées était très plein. Cependant, si Roberto Alagna (Ulysse) m'a fait une très bonne impression dans cette œuvre très wagnérienne de Fauré, l'héroïne de la soirée a indiscutablement été Anna Caterina Antonacci (Pénélope).

Gare au Théâtre, Vitry-sur-Seine — 2013-06-22

Chœur et orchestre du Balkansambl

Sophie Ménissier, chorégraphie

Khizim (Danses d'inspirations tsiganes)

Elise Kusmeruck, violon

À un jet de pierre de la gare de Vitry-sur-Seine se trouve une salle de spectacle où se tenait ce jour-là une journée tzigane. J'ai ainsi pu entendre avec plaisir le Chœur et orchestre du Balkansambl interpréter des chansons dans des langues qui ne sont pas vues d'un très bon œil en ce pays par les gouvernements récents... Un groupe de danseuses se sont jointes par la suite à l'ensemble pour interpréter Khizim, un ballet que j'ai trouvé extrêmement bien conçu et interprété. La mise en scène était remarquable. Je n'avais vraiment pas l'impression d'assister à un spectacle amateur ! Le ballet comportait des ensembles dans lesquels étaient insérés des solos de danseuses évoquant des destins individuels de femmes. Le récital de la violoniste Elise Kusmeruck m'a un peu moins intéressé dans la mesure où la plupart des morceaux joués avec quelques autres musiciens, s'ils étaient très rapides et indéniablement virtuoses, étaient aussi un peu trop répétitifs à mon goût.

Centre Jean Bosco — 2013-06-30

Élèves de Jyotika Rao, bharatanatyam

Invocation de Saraswati, Durga et Lakshmi

Alarippu

Saraswati Kautwam

Shiva Kautwam

Shabdam

Rangadwara

Toreyamangalam (?)

Tillana

J'ai assisté au spectacle de fin d'année des élèves de la prof de bharatanatyam de l'association où je prends des cours de dhrupad (et où je prends aussi des cours de bharatanatyam depuis la semaine dernière...). Le programme avait la structure formelle d'un récital. Avant chaque pièce, pour permettre aux spectateurs d'en comprendre le sens, une danseuse montrait les mouvements les plus significatifs. La plupart des chorégraphies étaient exécutées de façon synchronisées par deux danseuses. Le programme comportait aussi un Alarippu en l'honneur de Ganesh exécuté par trois très jeunes danseuses, et deux solos : un Saraswati Kautwam qui était dansé sur un rythme particulièrement vif et une pièce narrative élaborée apparemment intitulée Shabnam évoquant les espiègleries de Krishna. Dans cette pièce, j'ai particulièrement apprécié la façon de représenter Vishnu sous le nom de Padmanabha, c'est-à-dire qu'alors qu'il est couché, de son nombril émerge un lotus sur lequel Brahma est assis. Même si elle n'a pas dansé de pièce narrative, j'ai revu avec grand plaisir l'élève la plus avancée qui m'avait tant impressionné il y a quelques mois. Que j'ai hâte qu'il lui soit donné la possibilité de donner un récital !

Opéra Bastille — 2013-07-04

Carolyn Carlson, chorégraphie

Olivier Debré, décors et costumes

René Aubry, musique

Patrice Besombes, lumières

Colette Malye, assistante de la chorégraphe

Ballet de l'Opéra

Émilie Cozette, Hervé Moreau

Signes

Assister à ce ballet à été un supplice pour moi. La musique et la chorégraphie répétitives m'ont beaucoup ennuyé. Même le tableau Les couleurs de Maduraï m'a déplu... Je n'ai pas vraiment vu le rapport avec cette ville d'Inde.

Centre d'animation de la Place des Fêtes — 2013-07-05

Élèves de l'association Triloka, bharatanatyam

Kalaimmamani MK Saroja, chorégraphies

Smt. Lavanya Ananth, chorégraphies

Subramanyam Kautwam (chorégraphie de MK Saroja)

Nritanjali (chorégraphie de Lavanya Ananth)

Shiva Kirtanam (chorégraphie de Lavanya Ananth)

Varnam (chorégraphie de MK Saroja)

Madhura Ashtakam (chorégraphie de Lavanya Ananth)

Ambashtuti (chorégraphie de Lavanya Ananth)

Tillana (chorégraphie de MK Saroja)

Il s'agissait du spectacle de fin d'année des élèves de bharatanatyam de Shalini (association Triloka). Les chorégraphies étaient de Smt. MK Saroja ou de Lavanya Ananth. Presque toutes les pièces étaient dansées de façon synchronisée par un ensemble de danseuses d'effectif variable. Beaucoup de pièces de danse pure, mais aussi quelques pièces évoquant certaines divinités. La multiplicité des danseuses n'est exploitée d'un point narrative que dans certains passages du Varnam et en particulier dans sa fin qui m'a beaucoup ému : l'union de Shiva et Meenakshi est célébrée tandis que Vishnu, placé en retrait avec deux spectateurs assiste à la scène. Le niveau des danseuses était globalement bon, voire très bon, mais dans les ensembles, une d'entre elles m'a sidéré par la beauté, l'exactitude et la vérité de ses mouvements. Quand elle mimait les mouvements de prêtres lors de l'aarti (offrande du feu), j'avais vraiment l'impression d'y être !

Place Stalingrad — 2013-07-07

Vasantha, “bharatanatyam”

Sharmila Sharma, kathak

Tulika Srivatsava, odissi

Revati, odissi

La société internationale pour la conscience de Krishna organisait un simulacre de la fête de Rath Yatra (qui se déroule à Puri, dans l'état indien d'Odisha). Place Stalingrad, en attendant que le char arrive, une petite scène était installée. La partie “bharatanatyam” ne méritait pas ce nom, puisque c'était plutôt du Bollywood... La danse kathak était plus convaincante. Des deux danseuses d'odissi, j'ai préféré la deuxième interprète, Revati, extrêmement gracieuse dans cette danse dont la lenteur permet d'apprécier les moindres détails des mouvements.

Opéra Garnier — 2013-07-15

Pierre Lacotte, adaptation et chorégraphie

Jean-Madeleine Schneitzhoeffer, musique

Ludwig Wilhelm Maurer, musique du pas de trois de l'acte I

Adolphe Nourrit, livret

Marie-Claire Musson, décors d'après Pierre Ciceri

Michel Fresnay, costumes d'après Eugène Lami

Philippe Hui, direction musicale

Amandine Albisson, La Sylphide

Florian Magnenet, James

Valentine Colasante, Effie

Stéphane Phavorin, La Sorcière

Mickaël Lafon, Gurn

Natacha Gilles, La Mère d'Effie

Laurène Levy, Marc Moreau, Pas de deux des Écossais

Laurène Lévy, Laura Hecquet, Marie-Solène Boulet, Trois Sylphides

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

La Sylphide, ballet en deux actes d'après Philippe Taglioni

Pour moi, la Sylphide, c'est Amandine Albisson. Bien sûr, j'ai été très impressionné par Evgenia Obraztsova (et moins par Mélanie Hurel et Ludmila Pagliero). Le premier acte de ce ballet me plait toujours autant (j'aurai assisté au total à cinq représentations de la série !). Avec d'autres interprètes qu'elle, le deuxième acte (blanc) a eu tendance à m'ennuyer du fait de se narration plus ténue, mais Amandine Albisson, par ses qualités d'expression m'a autant passionné dans ce deuxième acte.

La représentation du 15 juin était la dernière de Stéphane Phavorin en tant que premier danseur de l'Opéra. Il a encore une fois été magnifique dans le rôle de la Sorcière. Ayant eu la possibilité de prendre une place dans la loge de l'Impératrice, je lui lancé un bouquet lors des saluts enthousiastes du public à son égard. J'avoue que je ne suis pas mécontent qu'il ait donné ce bouquet à Amandine Albisson...

Stéphane Phavorin ©Isabelle Aubert
Stéphane Phavorin ©Isabelle Aubert

Amandine Albisson, Stéphane Phavorin, Florian Magnenet ©Isabelle Aubert
Amandine Albisson, Stéphane Phavorin, Florian Magnenet ©Isabelle Aubert

Merci à la photographe !

Ailleurs : Les Balletonautes.

Centre Mandapa — 2013-07-18

Hakilée Tula, kathak

Magali-Uma, bharatanatyam

Guruvandana (chorégraphie de Jai Kishan Maharaj)

Nritta Tintal Vilambit

Louange à Murugan (chorégraphie de MK Saroja)

Alarippu (chorégraphie de Vidya et MK Saroja)

Ardhanarishwara

Ambashtuti (chorégraphie de MK Saroja)

Thumri

Nritta Tintal

Ce programme associait de façon curieuse deux danseuses de styles très différents : bharatanatyam et kathak. De la partie bharatanatyam, je retiens surtout un passage extrêmement impressionnant dans le premier jati d'Ambashtuti (une telle vigueur est du jamais vu pour moi) ; le deuxième jati était au contraire dans un genre plus gracieux. De la partie kathak, je retiens le Tumri évoquant le réveil de Radha ayant le sentiment d'être délaissée par Krishna, un thème souvent traité dans le bharatanatyam et que je voyais pour la première fois mis en scène dans la danse kathak.

Théâtre des Bouffes du Nord — 2013-07-24

Vincent Planès, piano

Roger Padullès, Tamino

Dima Bawab, Pamina

Malia Bendi Merad, La Reine de la Nuit

Betsabée Haas, Papagena

Thomas Dolié, Papageno

Vincet Pavesi, Sarastro

Alex Mansoori, Monostatos

Abdou Ouologuem, magicien

Jean Dauriac, figuration

Peter Brook, mise en scène

Peter Brook, Franck Krawczyk, Marie-Hélène Estienne, adaptation

Christophe Capacci, conseiller artistique

Philippe Vialatte, lumières

Une Flûte Enchantée, librement adaptée d'après la partition de Mozart et le livret de Emanuel Schikaneder

J'avais été émerveillé par le travail de Peter Brook quand j'avais assisté à la création de sa Flûte enchantée en 2010. En en faisant l'expérience à nouveau avec une distribution différente, j'ai passé un très bon moment, mais je n'ai pas été autant ému que lors de la première. La surprise engendrée par certains choix du metteur en scène ne fonctionne plus aussi bien avec moi, malheureusement, et ce indépendamment de la qualité des interprètes.

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Planning d'octobre 2013

2013-10-03 12:47+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Culture indienne — Planning

Voici mon programme de spectacles pour le mois d'octobre :

  • 1er octobre 2013 (Salle Pleyel) : L'Orchestre Colonne a notamment joué Don Quichotte de Richard Strauss...
  • 2 octobre 2013 (Les 3 arts) : Ma prof de dhrupad (Céline Wadier) a chanté deux ragas (Todi et Bhinna Shadja).
  • 3 octobre 2013 (Opéra Garnier) : Je retourne voir La Dame aux camélias, qui sera cette fois dansé par Aurélie Dupont et Hervé Moreau. J'espère que la représentation sera plus enthousiasmante que la précédente que j'ai vue...
  • 5 octobre 2013 (Salle Pleyel) : Combien que lyricomanes baroqueux venus écouter Orfeo de Monteverdi vont tomber sous le charme de la danse odissi ? Combien de rasikas venus pour la danseuse Arushi Mudgal (et la musique odissi composée par Madhup Mudgal) vont se mettre à aimer l'opéra ? Pour ma part, je viens pour ces deux composantes de ce spectacle Orfeo, par-delà le Gange.
  • 6 octobre 2013 (Salle Colonne) : Marie-Claude Bantigny, la violoncelliste solo de l'Orchestre Colonne qui m'avait éblouie lors d'un concerto pour violoncelle (dont elle n'était pas la soliste !) et qui a joué magnifiquement bien Don Quichotte il y a quelques jours participera a ce concert de musique de chambre Brahms/Hersant avec d'autres musiciens de l'Orchestre Colonne.
  • 10 octobre 2013 (Opéra Garnier) : Dernière de La Dame aux camélias. Adieux d'Agnès Letestu !
  • 11 octobre 2013 (Cité de la musique) : Un concert Rameau, c'est trop rare pour pouvoir être ignoré...
  • 15 octobre 2013 (Salle Pleyel) : Si Gidon Kremer interprétera le concerto pour violon de Sibelius, c'est davantage la curiosité d'entendre le Russian National Orchestra qui m'a décidé à venir écouter ce concert.
  • 19 octobre 2013 (Musée Guimet) : J'irai voir le duo de bharatanatyam composé d'un danseur (Vaibhav Arekar) et d'une danseuse (Anuya Rane). J'espère que ce récital satisfera mes attentes (pour l'instant jamais totalement satisfaites) concernant les possibilités de développements narratifs permis par la présence de plusieurs danseurs ! (Au passage, j'ai une place à 17€ à revendre pour ce spectacle.)
  • 26 octobre 2013 (Salle Pleyel) : J'entendrai pour la première fois le Gewandhausorchestrer Leipzig, dirigé par Riccardo Chailly. Au programme de ce concert Brahms, le double concerto pour violon (Leonidas Kavakos) et violoncelle (Enrico Dindo), et la Symphonie nº1.
  • 29 octobre 2013 (Salle Pleyel) : N'étant pas sûr d'aller écouter des orchestres hongrois en Hongrie cette année, je ne manquerai pas une occasion d'entendre le Budafest Festival Orchestra à l'occasion de son passage annuel Salle Pleyel, et ce d'autant plus que Maria-João Pires y interprétera le joyeux Concerto pour piano nº4 de Beethoven.
  • 30 octobre 2013 (Cité de la musique) : J'adore La Nuit transfigurée de Schönberg ; je ne vais donc pas manquer une occasion de l'entendre interprétée par le Chamber Orchestra of Europe (dont je ne me suis toujours pas remis des concerts édimbourgeois de cet été).

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Janaki Rangarajan au Musée Guimet

2013-09-22 16:51+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Auditorium du Musée Guimet — 2013-09-21

Janaki Rangarajan, bharatanatyam, chorégraphies

Smt. Nandini Sharma Narayanan, chant

Vedakrishnaram, mridangam

Prasanna Kumar, nattuvangam

Kandadevi Vijay Raghavan, violon

Samviksana — une exploration

Alarippu

Shivoham

Varnam

Kuruyadunandana

Tillana

Samedi, pendant que les balletomanes parisiens assistaient à la première de la reprise de La Dame aux camélias à l'Opéra de Paris, j'allais à l'auditorium du Musée Guimet pour la deuxième représentation du récital de bharatanatyam de Janaki Rangarajan, intitulé Samviksana — une exploration. En visionnant des extraits du DVD Rasaanubhavan, je me disais que si elle dansait comme sur la vidéo, elle entrerait certainement dans le club très fermé de mes danseuses de bharatanatyam préférées. Cela n'a pas loupé, bien qu'elle ait dansé des pièces toutes différentes.

Le récital a commencé par un Alarippu, une pièce de danse pure dans laquelle les mouvements de la danseuse se sont faits progressivement de plus en plus rapides, suivie de Shivoham, une chorégraphie accompagnant un texte philosophique non-dualiste d'Adi Shankara ; si le sens du texte ne m'est pas complètement étranger, son expression chorégraphique m'a quelque peu échappé.

Je n'ai en revanche pas eu de problème pour comprendre le sens du Varnam, la pièce principale du récital. La musique est de Ponnayya Pillai (XIXe siècle) et la chorégraphie est de la danseuse. Comme beaucoup de Varnam, celui-ci représente une héroïne (nayika) qui se languit d'une divinité, en l'occurrence Shiva, sous le nom de Brihadesvara, lequel réside dans le grand temple de Tanjore :

Photo 145
Grand temple de Thanjavur

Le Varnam est divisé en plusieurs séquences. Au début de chacune d'entre elles, la danseuse règle son tempo avec des frappes de pieds et des mouvements d'yeux. Ceci est la préparation pour un jati, une suite de pas de danse pure accompagnée ici soit par des onomatopées rythmiques soit par des swaras, c'est-à-dire des notes dont le nom (Sa, Re, Ga, Ma, Pa, Dha, Ni) est prononcé par la chanteuse. J'apprécie tout particulièrement la transition intervenant à la fin des jatis où le rythme s'efface en faveur de la mélodie. En Inde, le public applaudit souvent les jatis, ce qui gâche le plaisir musical que devrait me procurer cette transition. Quand la mélodie du violon et du chant reprend le dessus, on passe de la danse pure à la danse narrative, la composante de la danse que je préfère (qu'il s'agisse de danses indiennes ou non...).

Les parties narratives étaient de deux sortes. Les plus nombreuses évoquaient les sentiments de la nayika. Tantôt dévôte, elle éxecute des rituels shivaïtes (magnifiquement accompagnés par le son du violon), tantôt amoureuse, elle supplie Shiva de la rejoindre. L'amour est évoqué par l'éclosion de lotus, le butinement des abeilles, et semble-t-il l'évocation de couples d'oiseaux. Les qualités d'expression de la danseuse sont un véritable délice (et ce d'autant plus que j'avais pu prendre place au premier rang). Totalement submergée par ses sentiments, ardente, elle souffre de l'absence de Shiva. Sa nourriture perd tout son goût et lui paraît insupportable. Plus tard, on la voit se faire belle puis être exaucée. Dans les dernières scènes, à nouveau seule, sa tristesse relative sera associée à l'expression d'un certain contentement.

Les quelques scènes qui n'étaient pas centrées sur les sentiments de l'héroïne évoquaient des exploits de Shiva. Le plus impressionnant racontait une légende associant le sage Markandeya, le dieu de la mort Yama et Shiva. La littérature sanskrite évoque Yama comme étant armé d'un lacet dont il se sert pour retirer la vie. La danseuse a ainsi représenté Yama arrivant par la droite de la scène, elle a mis en valeur son terrifiant lacet qu'il a lancé vers le côté opposé, où le jeune Markandeya a été représenté en train de se débattre avec le lacet fermement enroulé autour du cou. Shiva est alors intervenu pour le sauver en récompense de sa dévotion. (Il faut remercier la voix-off Isabelle Anna d'avoir dit quelques mots à ce propos dans sa présentation du Varnam : ce qui m'a semblé limpide m'aurait sans doute paru incompréhensible sans cette explication préalable.) Dans une autre scène, il m'a semblé (mais je peux me tromper) que la danseuse évoquait le rôle de Shiva dans le mythe du barratage de la mer de lait qui lui vaut le nom de Nilakantha (celui qui a la gorge bleue) : quand il avale le poison qui allait détruive l'univers, celui-ci s'arrête au niveau du cou et lui laisse une marque bleue. D'autres attributs de Shiva ont aussi été représentés, comme la peau de tigre ou le troisième œil pouvant réduire ses ennemis en cendres.

Je n'ai pas compté le nombre de passages narratifs dans ce Varnam très élaboré : il y en a eu tellement ! Bien que centré sur la situation classique de la nayika se languissant d'une divinité, la palette de couleurs émotionnelle (rasas) utilisée dans ce Varnam est très riche ! Les jatis ont également été très nombreux. Ces passages rythmiques ont été très variés et exécutés avec une grande musicalité. Leur virtuosité, réelle, n'était pas écrasante puisque chacun de ces jatis était plutôt bref. L'ensemble m'a paru très harmonieux, entre la vivacité des mouvements des bras et des frappes de pieds (particulièrement appuyées dans les postures plus masculines) et l'insertion tout en fluidité de poses très courbes. Rarement un Varnam ne m'aura autant émerveillé et ému...

La pièce suivante Kuruyadunandana est narrative. Le texte est tiré du dernier chant du Gîta-Govinda de Jayadeva évoquant les amours Radha et Krishna. Pendant presque toute la durée de la pièce, Radha est assise ou allongée de façon lascive sur la scène. Le travail de la danseuse dans l'expression, jusque dans les moindres détails, est superbe, comme lorsqu'un sourcil de Krishna est animé d'un mouvement quand il aide Radha à se maquiller, à tresser ses cheveux ou à les arranger en chignon.

Le récital se termine avec un Tillana qui m'a semblé assez original. D'une part, les syllabes utilisées par la chanteuse sont les noms des notes de la gamme indienne, ce qui est inhabituel dans ce type de pièces, et d'autre part, la gestuelle de la danseuse et ses mouvements dans l'espèce scénique me semblent aussi sortir de l'ordinaire. La pièce se conclut sur un mantra suivi de la syllabe Om.

L'accueil du public ayant été très chaleureux, la danseuse a prononcé quelques mots, exprimant à quel point elle aimait Paris et son public. La prochaine fois, elle essaierait de le dire en français, même si elle ne se sent pas assez intelligente pour cela (elle est pourtant docteure en génétique moléculaire). Enfin, elle a dansé une pièce supplémentaire de danse pure accompagnée des onomatopées rythmiques du nattuvanar.

Ailleurs : Danzine.

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Planning de septembre 2013

2013-09-12 12:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Culture indienne — Planning

Voici mon programme de spectacles pour ce début de saison 2013/2014 :

  • 1er septembre 2013 (Salle Pleyel) : Je pensais attendre de visiter Berlin un de ces jours pour entendre les Berliner Philharmoniker, mais une place à 10€ m'a été proposée pour ce remarquable concert Schönberg/Berg/Stravinski.
  • 12 septembre 2013 (Salle Pleyel) : Je me suis décidé à prendre une place pour ce programme de rentrée de l'Orchestre de Paris, plutôt pour Janine Jansen dans le concerto pour violon nº2 de Prokofiev que pour Carmina Burana...
  • 15 septembre 2013 (Salle des Fêtes, Mairie du 13e) : Le Ballet Classique Khmer (qui est établi en France, contrairement au Ballet Royal du Cambodge) interprétera un ballet adapté de l'épopée indienne du Rāmāyaṇa.
  • 19 septembre 2013 (Opéra Garnier) : Alceste de Gluck à Garnier.
  • 20 septembre 2013 (Cité de la musique) : Que ma joie demeure ! d'Alexandre Astier.
  • 21 septembre 2013 (Musée Guimet) : J'ai hâte d'assister à ce récital de bharatanatyam de Janaki Rangarajan, disciple de Padma Subhramanyam.
  • 24 septembre 2013 (Opéra Garnier) : La première fois que je verrai La Dame aux camélias au cours de cette série de représentations sera sans doute avec Eleonora Abbagnato dans le rôle de Marguerite et Benjamin Pech dans celui d'Armand Duval.
  • 27 septembre 2013 (Cité de la musique) : Je ne sais plus à quoi je pensais que j'ai réservé ce concert de l'Ensemble Intercontemporain, mais j'écouterai avec plaisir la Sonate pour violoncelle de Bernd Aloïs Zimmermann, un compositeur que j'ai découvert il y a quelques mois à Dijon.
  • 29 septembre 2013 (Théâtre des Champs-Élysées) : Quelques quatuors avec flûte avec des musiciens berlinois autour d'Emmanuel Pahud, ça ne se refuse pas...
  • 29 septembre 2013 : Nirmalya Dey sera de passage à Paris à la fin du mois et il devrait donner un concert de chant dhrupad (Inde). (N'hésitez-pas à me demander des infos plus précises si cela vous intéresse.)
  • 30 septembre 2013 (Opéra Bastille) : J'irai sans doute un peu plus souvent écouter des opéras à Bastille cette année que l'année dernière. Cela commencera avec L'Affaire Makropoulos de Janáček, si le RER B le veut bien.

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Édimbourg

2013-08-31 21:55+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Thé — Photographies

De toutes les villes que j'ai visitées cet été pour des festivals, Édimbourg est celle que j'ai préférée, et pas seulement parce que j'y ai assisté au plus beau concert de ma vie et à une belle sélection de ballets. Certes, il faut souvent y supporter un léger crachin, mais le soleil parvient régulièrement à se glisser entre deux nuages :

Photo 40
Scott Monument, Edinburgh

La ville se déploie autour d'une citadelle :

Photo 49

La présence d'un tel relief induit alentour de fortes pentes qui font d'Édimbourg un dédale véritablement tridimensionnel comportant un nombre invraisemblable de ponts, tunnels, passages, chemins escarpés, escaliers, etc. La latitude et la longitude d'un point sont des informations insuffisantes pour s'y rendre, encore faut-il savoir à quelle altitude on souhaite aller. Voici par exemple la vue quasi-eschérienne que j'avais depuis la cuisine de l'appartement de cité universitaire où je louais une chambre :

Photo 25

Si l'idée de retrouver dix ans après l'exiguïté des chambres d'étudiants ne me réjouissait pas follement, j'ai eu des raisons de ne pas regretter ce choix. L'accueil de la résidence dépendant de l'université était en effet des plus agréables. En moins de deux, on me réglait un problème de WiFi ; en France, je n'ose imaginer le nombre de règles qui auraient fait obstacle à la résolution de ce problème. La cuisine de l'appartement m'a permis de faire de petites économies sur la nourriture. Si j'avais déjà pris un Strawberry Gâteau chez Patisserie Valerie pendant l'après-midi, pour le dîner, je pouvais bien me contenter d'un yaourt acheté chez le penjabi ou pakistanais du coin (où j'ai aussi acheté des journaux en ourdou), précédé d'une tarte à £1.10 de chez Piemaker, n'est-ce pas ? et ce d'autant plus que mes déjeuners ont eu tendance à être copieux, que ce soit avec le biryani de la Mosque Kitchen, le buffet du restaurant Red Fort ou les nouilles à la sauce de curry thaï rouge du Red-Box Noodle Bar. (J'ai évidemment testé aussi les produits locaux, comme la panse de brebis farcie, le fameux haggis.)

Avant de venir en Écosse, j'avais noté l'adresse d'une bonne boutique de thé, et j'ai profité d'avoir une cuisine à disposition pour m'en préparer :

Photo 21 Photo 22
Photo 23 Photo 24
Ceci n'est pas un zhong.

L'idéal pour préparer un tel thé wulong torréfié serait a priori d'utiliser une petite théière, mais je n'avais ni théière ni zhong. Toutefois, j'ai découvert dans ma cuisine à Édimbourg qu'avec deux tasses et une cuiller à soupe, on pouvait faire aussi bien. Pour préparer mon thé, je plaçais quelques feuilles dans une tasse, puis versais de l'eau chaude. Si j'avais eu un zhong, j'aurais rémué les feuilles avec le couvercle. J'ai ici tout simplement utilisé une cuiller à soupe, et quand le thé a infusé, j'ai versé le liquide dans une deuxième tasse en faisant jouer à la cuiller le rôle d'un filtre. Après avoir bu cette première infusion, je pouvais recommencer l'opération plusieurs fois. (Il était nécessaire de transvaser le thé dans un deuxième récipient, car en raison de l'utilisation d'eau bouillante le thé serait devenu trop fort et certainement amer s'il avait infusé jusqu'à ce que le liquide atteignît une température permettant de le boire. Dans le cas d'un thé vert, j'aurais utilisé de l'eau moins chaude ; il n'aurait alors pas été absolument nécessaire de transvaser le thé, mais l'opération de filtrage de l'eau grâce au couvercle d'un zhong aurait été bien plus délicate à réaliser avec une simple cuiller !)

Photo 11

Dans la rue règne une certaine effervescence. Le soir, des feux d'artifices éclatent au-dessus du château. En journée, plein de jeunes gens se promènent avec des looks tout-à-fait improbables. La seule explication que j'aie trouvé est qu'il s'agissait de comédiens de petites productions qui s'étaient habillés et maquillés dans leur chambre avant d'aller se produire sur une des très nombreuses scènes du festival off (Fringe) dont le numéro d'inscription est inscrit sur les enseignes (Fringe Venue #123). Dans leurs costumes, ils abordent les passants pour leur suggérer d'aller les voir. Des flyers sont distribués. Toutes sortes de manières de retenir l'attention sont utilisées. Parfois, le spectacle consiste simplement en ces petites animations de rue. À l'exception d'un charmant petit concert de musique de chambre (voir ci-dessous), je n'ai pas eu le temps d'assister à des spectacles du Fringe. J'ai pourtant essayé. Je me suis retrouvé sur le seuil d'une arrière-salle d'un bar dans la cour duquel les clients regardaient un match (de rugby ?) sur grand écran. La salle avait l'air de faire 10-15 m² tout au plus. C'était manifestement un one-man-show. La salle était pleine, mais je n'ai pas réussi à savoir si la comédie pour laquelle on m'avait donné un flyer était déjà commencée quand je suis arrivé, ou si le show précédent était en train de faire des prolongations. (D'après cette page, treize spectacles se succédaient pendant toute la jounée et une partie de la nuit ! Celui que j'avais la possibilité de voir s'intitulait The Other Half of Next Year's Show et façon amusante le flyer ne montrait que la moitié gauche du titre The Other Half...)

Grand Gallery, National Museum of Scotland, Edinburgh — 2013-08-18

Arunda Trio

Sarah Cruickshank, hautbois

Jenny Stephenson, clarinette

Anna Mary Lynch, basson

Divertimento (Mozart)

Extraits de Carmen (Aragonaise, Seguedille, Danse bohême), Bizet

Largo al factotum, extrait du Barbier de Séville, Rossini

La Petite Pâtisserie (La Tarte aux Pommes, Trois croissants au beurre), Jacques Leclair

Valse de mariage (Shin-Itchiro Yokoyama)

Libiamo, extrait de La Traviata, (Verdi)

Ce moment musical avec le trio d'instruments à vent Arunda Trio a eu lieu dans la Grand Gallery du Musée national d'Écosse. Il me fut assez agréable d'écouter certains transcriptions (pas inintéressantes, même pour les extraits de Carmen !) et de découvrir l'existence d'œuvres étrangement intitulées La Tarte aux Pommes ou Trois croissants au beurre (Jacques Leclair). Malgré les conditions d'écoute assez peu favorables, j'ai tout particulièrement aimé le son de la hautboïste.

The Queen's Hall, Edinburgh — 2013-08-19

Dorothea Röschmann, soprano

Malcolm Martineau, piano

Liederkreis, op. 39, Schumann

Mörike Lieder (Gesang Weylas, An eine Äolsharfe, Erstes Liebeslied eines Mädchens, Denk es, O Seele, Im Frühling, Begegnung), Wolf

Sieben früher Lieder (Nacht, Schilflied, Die Nachtigall, Traumgekrönt, Im Zimmer, Liebesode, Sommertage), Berg

Nur wer die Sehnsucht kennt, Schubert

Le dernier spectacle que j'aie vue à Édimbourg a été un concert. La soprano Dorothea Röschmann que j'avais déjà entendue à Salzburg dans Les Saisons chante des Lieder accompagnée par le pianiste Malcolm Martineau. Le public a ovationné la chanteuse, mais je n'ai pour ma part pas vraiment été passionné par ce concert. Je l'avais choisi en raison de la présence de Lieder de Wolf. Ceux-ci m'ont semblé bien plus vivants que les délétères Lieder du cycle Liederkreis de Schumann. La soprano a curieusement interprété le dernier vers Hüte dich, sei wach und munter! de Zwielicht. Au lieu de chanter cette phrase qui plonge dans les graves, elle l'a parlée (et même plutôt criée), ce qui n'est pas vraiment une esthétique que j'aurais envie de privilégier en tant qu'auditeur. Si j'ai aimé le jeu du pianiste Malcolm Martineau dans les Lieder de Wolf et Berg, la voix assez peu articulée de la chanteuse ne m'a pas convaincu. Je me suis réconcilié avec elle dans le bis Nur wer die Sehnsucht kennt de Schubert, mais c'était déjà la fin du concert.

Après ce concert, avant de prendre un bus pour l'aéroport, je suis allé visiter une exposition à la Talbot Rice Gallery (cf. la fin de ce billet sur les concerts du Chamber Orchestra of Europe), à laquelle on peut accéder depuis la cour de l'Université d'Édimbourg :

Photo 55
University of Edinburgh

On ne saurait faire un billet sur l'Écosse sans mentionner la présence de quelques kilts et cornemuses :

Photo 36

Je ne sais pas si j'irai à des festivals de musique pendant l'été 2014, mais le cas échéant, ce sera plutôt Édimbourg que Salzbourg.

Mes autres photos d'Édimbourg sont .

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Dance Odysseys au Festival Theatre à Édimbourg

2013-08-22 21:34+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Le Scottish Ballet a présenté un ensemble de programmes intitulé Dance Odysseys dans le cadre du festival d'Edinburgh. J'ai assisté à quelques uns de ces spectacles (tous ceux programmés le samedi 17 août). Si la compagnie a à son répertoire des ballets classiques, l'accent était résolument mis sur la dance contemporaine et plus particulièrement sur des ballets nécessitant peu de moyens scénographiques et peu de danseurs. Le nouveau directeur artistique de la compagnie Christopher Hampson a été très présent, et ce de façon autant utile qu'agréable.

On Stage Studio, Festival Theatre, Edinburgh — 2013-08-17 à 12:00

“Contemporary Classics”

Scottish Ballet

Christophe Bruce, chorégraphie et costumes

Kenji Bunch, musique (Swing Shift)

Shift

Twyla Tharp, chorégraphie

Gabrielle Malone, Andrew Robinson, mise en scène

Kermit Love, costumes

Jennifer Tipton, lumières

The Fugue

Jiří Kylián, chorégraphie, décor

Natasa Novotna, mise en scène

Dirk Haubrich, musique

Joke Visser, constumes

Kees Tjebbes, lumières

14'20"

James Cousins, chorégraphie

Ben Frost, musique (O God Protect Me)

Jealousy

Luke Ahmet, Daniel Davidson, Constance Devernay, Laura Kinross, Sophie Laplane, Andrew Peasgood, Owen Thorne, Katie Webb

Ce programme, comme presque tous les autres, avait lieu sur le On Stage Studio. Ceci signifie que les spectateurs ont eu l'occasion de visiter les coulisses du théâtre avant de s'asseoir sur les gradins provisoires installés à l'arrière de la grande scène du Festival Theatre. L'espace scénique utilisé par les danseurs s'étend du rideau de scène (baissé) jusqu'à ces gradins. Étant arrivé parmi les premiers, j'ai pu m'installer dans les tout premiers rangs et bénéficier ainsi d'une proximité rare avec des danseurs. Le public édimbourgeois est d'ailleurs tout-à-fait charmant. On se sent immédiatement à l'aise.

Le programme est intitulé Contemporary Classics. Y sont donc présentés des ballets contemporains qui sont devenus des classiques. Le duo de Kylián intitulé 27'52" (déjà vu au TCE) était présenté ici sous une forme réduite 14'20" qui m'a moins enthousiasmé que le film Silent cries qui a été projeté et qui montrait Sabine Kupferberg danser sur le Prélude à l'après-midi d'un faune de Debussy dirigé par Bernard Haitink. Le programme avait commencé par Shift de Christophe Bruce. En le voyant, j'ignorais que ce mot pouvait renvoyer à l'organisation du travail en trois huit, comme cela fut discuté pendant de l'après-midi au cours d'une conversation entre Chistopher Hampson et Jane Pritchard. Le ballet représente trois couples de danseurs que l'on voit exécuter des mouvements assez répétitifs et mécaniques. Sont-ils en train de tourner des poignées, des robinets ou de serrer des boulons ? C'est en tout cas très dynamique, constitue une bonne entrée en matière, et la danseuse Katie Webb s'y distingue particulièrement. (Le programme assez mal fichu du Scottish Ballet présente néanmoins l'intérêt de comporter un trombinoscope des danseurs de la compagnie !)

Au cours de la journée, le ballet qui m'a le plus ému a certainement été The Fugue de Twyla Tharp (une femme, comme 50% des chorégraphes programmés ce jour-là !). Ce ballet est une merveille ! Il est pourtant situé à l'extrême inverse de mes goûts puisqu'il ne raconte absolument pas d'histoire : il s'agit de danse pure. Le ballet met en scène trois danseurs (ici deux femmes et un homme), portant tous le même costume constitué d'un pantalon gris et d'une chemise blanchâtre. Avant de voir ce ballet, je ne connaissais que le titre The Fugue dont j'ignorais qu'il n'avait d'autre sens en anglais que le sens qu'on lui donne en musique. Il m'est pourtant apparu comme évident dès le début du ballet que la chorégraphe faisait jouer aux danseurs le rôle de chacune des voix d'une fugue. Ce ballet se joue sans musique : les seuls sons que l'on entend viennent des frappes de pieds des danseurs et de leurs bruits corporels, la scène étant amplifiée par la présence de quelques micros placés au bord. Les mouvements d'un danseur trouvent ainsi écho dans ceux d'un deuxième puis d'un troisième et certaines variations et transformations s'opèrent, comme par exemple des retards d'une voix sur une autre qui produisent des effets rythmiques assez intéressants. Certains mouvements peuvent également s'inverser. Les danseurs ne se touchent pas, sauf lors d'un contact du bout du doigt entre deux interprètes qui apparaît alors extrêmement intense. Rien que pour ce ballet, je suis très heureux d'avoir assisté cette journée marathon au Festival Theatre !

Alors que la représentation était en principe terminée, une voix a annoncé que nous pourrions suivre les indications du personnel du théâtre pour nous rendre à l'endroit où le spectacle allait continuer. J'aime bien ce genre de surprise ! Après un détour par les coulisses, les spectateurs peuvent s'asseoir sur la moquette du Foyer du thêatre pour voir une représentation du duo Jealousy de James Cousins. J'y reviendrai plus bas parce que ce ballet a aussi été représenté dans le programme Duets.

En début d'après-midi, j'ai assisté au même endroit à une projection du ballet The Green Table créé en 1932. Le film (noir et blanc) tourné dans les années 1960 montre le Folkwang Ballet interpréter cette œuvre de Kurt Jooss. Dans la première scène, des hommes sont autour d'une table. Ils portent des masques qui suggèrent qu'ils appartiennent à des pays différents. Leurs relations d'abord obséquieusement cordiales se tendent très sérieusement. Les scènes suivantes représentent diverses étapes d'une guerre. Un danseur y représente l'allégorie de la Mort. (Et parmi les danseuses, on peut reconnaître la jeune Pina Bausch.)

Si j'ai été content de voir cette Table verte, j'ai dû lutter pour rester éveillé pendant la projection du Portrait of Mary Wigman, étourdi que j'étais par la mauvaise qualité des images et l'absence de commentaire pertinent sur l'apport de Mary Wigman.

On Stage Studio, Festival Theatre, Edinburgh — 2013-08-17 à 17:00

“Duets”

Scottish Ballet

Peter Darrell, chorégraphie

Cheri & David Earl, musique (Brian Prentice, piano)

Philip Prowse, costumes

Cheri

James Cousins, chorégraphie

Ben Frost, musique (O God Protect Me)

Jealousy

Peter Darrell, chorégraphie, costumes

Gustav Mahler, musique (Fünf Rückert-Lieder)

Fünf Rückert-Lieder (Ich atmet'einen linden Duft, Ich bin der Welt abhanden gekommen)

Sophie Laplane, chorégraphie

Susumu Yokota, musique (Circular, extrait de Magic Thread)

Oxymore

Helen Pickett, chorégraphie

Rachmaninov, musique (Prélude, op. 23 nº4)

Trace

James Cousins, chorégraphie

Ben Frost, musique (O God Protect Me)

Kristen McNally, chorégraphie

Jonny Greenwood, musique (Split Sabre, Sweetness of Freddy, extraits de The Master)

Ennio Morricone, musique (March of the Beggars extrait de Film Music)

Nick Cave, musique (Martha's Dream extrait de The Proposition)

Foibles

Daniel Davidson, Bethany Kingsley-Garner, Brenda Lee Grech, Sophie Martin, Luciana Ravizzi, Nicholas Shoesmith, Owen Thorne, Katie Webb, Victor Zarallo

Après un bon café, j'étais prêt pour les duos programmés au On Stage Studio. Si Peter Darrell a été à l'origine de la création de la compagnie de danse qu'est le Scottish Ballet, je ne sais pas si c'était une bonne idée de programmer ses ballets, surtout à l'état de courts extraits présentés en dehors de tout contexte narratif. Certes, ces extraits se distinguent de la plupart des autres ballets de la journée puisque la technique est classique (danseuses sur pointes ou demi-pointes), mais je n'ai absolument pas été ému pendant le court pas de deux Cheri (dans lequel les danseurs ont frôlé l'accident), et ce d'autant plus que la musique enregistrée était jouée sur un piano manifestement désaccordé. Les deux extraits des Five Rückert Songs m'ont paru très ennuyeux. Le deuxième (nº4), qui n'était d'ailleurs pas un duo, tenait à la rigueur la route grâce à la conviction de la danseuse.

Entre ces deux pièces était présenté Jealousy de James Cousins. Dans ce duo, un homme est obsédé par une femme qu'il porte littéralement pendant toute la durée du ballet. La danseuse ne touche absolument jamais le sol ! Quand elle se tient sur ses pieds, ceux-ci sont posés d'une manière ou d'une autre sur le corps du danseur. La musique ou plutôt l'accompagnement sonore de la pièce peut suggérer que le danseur est en train d'être soumis à des appareils d'imagerie médicale en trois dimensions qui révèlent la présence féminine dans son esprit. Ce ballet a été une très bonne surprise pour moi, et ce d'autant plus que je l'ai vu deux fois. J'ai été légèrement plus convaincu par les interprètes vus en bonus à la fin du programme Contemporary Classics. Le rôle féminin était alors me semble-t-il interprété par Brenda Lee Grech.

C'est cette même danseuse qui fait des étincelles dans Oxymore de Sophie Laplane ; elle éclipse complètement son partenaire qui exécute des mouvements semblables. L'atmosphère me fait penser à celle de In the middle, somewhat elevated de William Forsythe et les mouvements me rappellent Signes de Carolyn Carlson. Cependant, contrairement à Signes, Oxymore est suffisamment court et drôle pour que je ne m'ennuie pas.

La chorégraphie de Trace de Helen Pickett m'a plutôt plu. Le bas du corps des danseurs adopte des mouvements et positions classiques, mais le haut du corps est animé de mouvements plus contemporains. Cependant, le costume ridicule de la très convaincante danseuse Katie Webb gâche un peu tout...

La représentation se termine par le ballet Foibles de Kristen McNally interprété par quelques danseurs dans le foyer du théâtre. Le ballet a semble-t-il été commandé tout spécialement pour le festival. Si le voir n'a en rien été désagréable, et ce d'autant plus que la formidable danseuse Brenda Lee Grech avait le rôle le plus important, l'ensemble incohérent ne m'a semblé être qu'un délire surréaliste.

Festival Theatre, Edinburgh — 2013-08-17 à 20:00

Scottish Ballet

Glen Tetley, chorégraphie

Bronwen Curry, mise en scène

Arnold Schönberg, musique

Rouben Ter-Arutunian, décors et costumes

John B. Read, lumières

Allison Bell, soprano

RCS MusicLab

Mieko Kanno, violon, alto

David Sloan, violoncelle

Isabelle Hübener, flûte, piccolo

Calum Robertson, clarinette basse

Kristi Kapten, piano

Gordon Bragg, direction musicale

Luke Ahmet, Pierrot

Bethany Kingsley-Garner, Columbine

Owen Thorne, Brighella

Pierrot Lunaire

Cela s'est joué à peu de choses, mais mon placement m'a permis de voir les pieds des danseurs :

Photo 27

Je connais trop mal Pierrot lunaire pour apprécier l'adéquation entre le texte et la chorégraphie de ce ballet de Glen Tetley qui était remonté pour cette unique soirée. Le décor est constitué d'un échafaudage blanc qui est placé au centre de la scène et sur lequel les trois personnages (Pierrot, Columbine, Brighella) peuvent grimper (à leurs risques et périls : j'espère qu'aucun danseur n'a été blessé en interprétant ou en répétant ce ballet...). Drôle par moments, la chorégraphie ne m'a pas ennuyé, mais elle ne m'a pas excessivement passionné non plus. Ce qui m'a semblé magnifique en revanche, c'est l'interprétation musicale de l'œuvre de Schönberg par le RCS MusicLab. C'est assurément le plus beau Pierrot lunaire que j'aie entendu ! (J'ai d'ailleurs saisi une opportunité de le dire aux jeunes musiciens qui étaient rassemblé dans le hall un peu plus tard dans la soirée.) La pianiste était fantastique, tout comme la flûtiste. Je n'imaginais pas qu'il était possible de faire sonner un piccolo comme elle le faisait ! Le violoncelliste était merveilleux aussi... Bref, ils étaient tous excellents et défendaient cette musique avec une très grande conviction. La soprano Allison Bell a aussi beaucoup contribué à cette réussite. Son Sprechtgesang était résolument plus chanté que parlé, et je crois que c'est ainsi que je préfère entendre ce cycle ! Quelle beauté !

On Stage Studio, Festival Theatre, Edinburgh — 2013-08-17 à 21:45

Scottish Dance Theatre

Fleur Darkin, chorégraphie

Plastikman, musique (In Side, Locomotion)

Moritz von Oswald Trio, musique (Pattern 3)

Four Tet, musique (Wing Body Wing)

Ricardo Villalobos, musique (Easy Lee)

Hayley Scanlan, costumes

Lucy Carter, lumières

Glyn Perrin, conception sonore

Eve Ganneau, Fhunyue Gao, Manon Greiner, Jori Kerremans, Frank Koenen, Matthew Robinson, Audrey Rogero, Natalie Trewinnard, Quang Kien Van, Lewis Wilkins

SisGO

Pour ce dernier programme de la soirée, les danseurs ne sont pas du Scottish Ballet mais du Scottish Dance Theater, une compagnie spécialisée dans la danse contemporaine. Comme pour les autres spectacles programmés au On Stage Studio, avant de se diriger en file indienne vers les coulisses pour monter sur la scène, les spectateurs doivent se rassembler près d'une porte dans un coin de la salle. Avant le début de ce spectacle de Fleur Darkin intitulé SisGo (et qui ressemble étrangement à un précédent intitulé DisGo), on nous a demandé d'y laisser nos affaires et d'enlever nos chaussettes pour en mettre d'autre de couleur blanche.

Après le passage par les coulisses, nous ne sommes pas dirigés vers les gradins, mais vers la scène qui est délimitée par des néons. Les danseurs se mettent en mouvement entre les spectateurs, qui étaient parfois invités à réagir. Un peu sceptique au début, j'ai progressivement apprécié cette expérience. Cela dit, l'interaction danseurs-spectateurs a ses limites qu'un spectateur louche n'a pas vraiment saisi : il s'est fait vider assez rapidement... Ce spectacle est aussi un exercice de manipulation de foule. À certains moments, la chorégraphie prévoit que les spectateurs initialement placés sans ordre s'organisent dans des configurations particulières. Pour cela, quelques indications implicites venant des danseurs et de l'utilisation de quelques accessoires comme du scotch ou des cordes aidaient, mais auraient été insuffisantes sans l'aide d'un certain nombre de spectateurs complices qui participaient aussi à quelques chorégraphies d'ensemble. Bref, il ne suffisait pas de regarder qui portait des chaussettes blanches pour distinguer les spectateurs des autres. Au début, j'ai eu le sentiment que le ratio spectateurs/danseurs était un peu trop grand, mais quand la pièce s'est développée, j'ai eu l'impression qu'il se passait toujours quelque chose où qu'on soit. En tout cas, je ne me suis pour ma part pas du tout ennuyé. L'expérience était amusante et parfois exaltante tant il est impressionnant de voir des danseurs exécuter certaines figures à quelques centimètres de distance !

Quand ce spectacle participatif s'est terminé, le rideau de scène s'est relevé, ce qui a donné aux spectateurs une très belle vue sur la salle depuis la scène. J'ai découvert plus tard que cela ne faisait pas partie du spectacle : c'était une intervention des pompiers suite à une fausse-alerte incendie...

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Le Chamber Orchestra of Europe et Yannick Nézet-Séguin à Édimbourg

2013-08-21 15:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Expositions

Je viens de passer quelques jours à Édimbourg et j'en reviens enchanté ! Je reviendrai plus tard sur certains aspects de cette ville qui m'a beaucoup plu ; je me contenterai ici d'évoquer la raison première de mon séjour en Écosse : les deux concerts du Chamber Orchestra of Europe au Usher Hall.

Photo 26
Usher Hall, Edinburgh

A priori, les deux concerts avaient un très haut potentiel. J'en attendais évidemment beaucoup ! Bien sûr, j'attendais ces opportunités d'entendre la violoniste Lorenza Borrani en soliste comme un concert dijonnais m'en avait donné l'envie. Je concevais que dirigées par Yannick Nézet-Séguin, les Métamorphoses de Strauss auraient plus de relief que lorsque Semyon Bychkov avait dirigé le COE dans cette œuvre il y a quelques mois. Je me réjouissais aussi d'entendre les troisième et septième symphonies de Beethoven. Mes attentes n'étaient-elles pas trop hautes au point que je risquais d'être déçu ?

Ce fut tout le contraire. Ces deux concerts m'ont satisfait au-delà de toutes mes espérances ! En termes d'émotions fortes, si j'osais faire une comparaison inspirée de la haute densité de restaurants indo-pakistains et asiatiques à Édimbourg, je dirais que cela a été du même niveau d'intensité que peut l'être la dégustation d'un thai red curry. Au déluge de larmes qui s'écoulait de mes yeux et aux palpatitations et tremblements extatiques dont j'étais saisi parfois, un observateur aurait pu penser que je me trouvais mal, mais au contraire, je ne m'étais jamais senti aussi bien... En termes d'expériences préalables de concerts, je ne peux comparer ce plaisir qu'à celui ressenti lors de l'écoute de la Symphonie Pastorale par le COE dirigé par Bernard Haitink (et tout particulièrement le deuxième mouvement au bord du ruisseau). À Édimbourg, ce plaisir d'auditeur a été plus intense encore et s'est étendu sur la quasi-totalité des deux fois deux heures de programme.

Usher Hall, Edinburgh — 2013-08-16

Chamber Orchestra of Europe

Yannick Nézet-Séguin, direction

Métamorphoses, Richard Strauss

Kay Frömbgen, hautbois

Matthew Wilkie, basson

Lorenza Borrani, violon

William Conway, violoncelle

Symphonie concertante en si bémol majeur pour hautbois, basson, violon et violoncelle, Hob.I/105 (Haydn)

Symphonie nº3 en mi bémol majeur Héroïque (Beethoven)

Je suis confortablement installé au deuxième rang au centre du parterre du Usher Hall pour assister au premier concert. Le programme commence par les Métamorphoses de Strauss, que j'entends pour la troisième fois en concert. Les deux auditions précédentes ne m'avaient pas complètement convaincu, mais cette fois-ci, j'ai été captivé par ce que j'entendais. Dans le détail, j'aime l'introduction du thème du deuxième mouvement de la Troisième Symphonie de Beethoven par les altos. Je me régale aussi avec les pizz. de la première contrebasse (Enno Senft) et des phrasés de la deuxième (Lutz Schumacher). Davantage que des individualités, j'ai adoré la musique produite par tous les musiciens ensemble. J'avais déjà connu une telle sensation d'entendre des musiciens comme chantant ensemble avec les solistes des Berliner Philharmoniker, mais au lieu de six parties, il y en avait là vingt-trois ! Je n'entendais bien sûr pas vingt-trois voix dans ma tête, mais j'avais bien souvent le sentiment d'en distinguer au moins quatre sans effort particulier, tout naturellement. Les interactions entre toutes ces voix m'ont procuré beaucoup de plaisir. Je retiens particulièrement celles entre Lorenza Borrani (violon 1) et Tomas Djupsjöbacka (violoncelle 4) qui se répondaient très harmonieusement, tandis que j'admirais la conviction et la vigueur des coups d'archets de Jérôme Fruchart (violoncelle 5). Cette interprétation a pour moi relevé du prodige !

Parmi les œuvres présentées au cours des deux concerts, celle que j'attendais le plus était la Symphonie concertante de Haydn pour hautbois, basson, violon et violoncelle (comme pour toutes les œuvres concertantes présentées dans ces deux concerts, les solistes étaient issus de l'orchestre). Le lendemain, avant un spectacle de danse, je discutais avec un Écossais qui avait assisté au concert et la première phrase qu'il me dit visait à souligner le seul défaut de ce concert. Quand je lui expliquais que cela avait été le meilleur concert de ma vie, il admettait volontiers I thought it was excellent!. Mon interlocuteur n'avait pas tort, il est indéniable que le violoncelliste William Conway a eu par moments des soucis avec une de ses cordes les plus aiguës, comme si le son s'éteignait et perdait toute brillance. Cependant, cela ne m'a nullement empêché d'apprécier l'écoute de ce chef-d'œuvre de Haydn. J'ai aimé l'humour du compositeur qui s'exprime notamment dans certaines interventions du basson (Matthew Wilkie). La façon dont Lorenza Borrani interprète certains points d'orgue est tout autant délicieuse. J'ai aimé les interactions entre les quatre solistes entre eux, notamment entre le hautbois (Kay Frömbgen) et le violon (Lorenza Borrani). Dans la cadence située dans le premier mouvement, le chef Yannick Nézet-Séguin s'efface, accordant une entière confiance aux musiciens. Dans le deuxième mouvement, je suis ému par le jeu du violoncelliste William Conway. Je trouve presqu'indécent d'avoir le privilège d'entendre le son délicieusement gras de sa corde de do (la plus grave). Le troisième mouvement me réjouit énormément. Les timbales et les cors s'y rappellent au bon souvenir des spectateurs. Les cordes (dont Lily Francis occupe pendant cette œuvre le rôle de premier violon) produisent le son vrlach caractéristique du COE. Les solistes, et parmi eux Lorenza Borrani tout particulièrement, font preuve d'une éclatante virtuosité !

Pour interpréter la Symphonie nº3 “Héroïque” de Beethoven, les seconds violons ont échangé leur place à côté des premiers avec les violoncelles pour se retrouver à droite du chef d'orchestre, et cela s'entend ! Au début du deuxième mouvement, alors que les violoncelles jouent le thème déjà entendu plus tôt dans les Métamorphoses de Strauss, sans les voir, je me rends compte du fait que les contrebasses sont placées derrière violoncelles, ce qui rend plus impressionnant encore ce passage mettant en valeur les instruments à cordes les plus graves. Les deux derniers mouvements me mettent dans un rare état d'euphorie. Le placement des violons à gauche et à droite du chef signalé plus haut se révèle particulièrement judicieux dans le troisième mouvement (Scherzo) dans lequel le somptueux son du cor se fait entendre. Le moment le plus exaltant de l'interprétation de cette œuvre (et même des deux concerts) sera pour moi un certain passage vers le milieu du quatrième mouvement dans lequel le chef a fait jouer l'orchestre à un tempo de fou furieux et avec des accents tels que ce passage prenait un merveilleux air de musique populaire. Irrésistible !

L'accueil du public édimbourgeois a été très chaleureux ; certains musiciens étaient manifestement très émus... En sortant, j'entends des spectatrices s'exclamer Oh gosh, it was sooo good!.

Ailleurs : Seen and Heard, Hilde Metzger.

Usher Hall, Edinburgh — 2013-08-18

Chamber Orchestra of Europe

Yannick Nézet-Séguin, direction

Romain Guyot, clarinette

Matthew Wilkie, basson

Duett-Concertino, Richard Strauss

Lorenza Borrani, violon

Pascal Siffert, alto

Symphonie concertante en mi bémol majeur pour violon et alto, KV 364 (Mozart)

Symphonie nº7 en la majeur (Beethoven)

J'avais choisi un placement à l'arrière-scène pour ce concert afin de profiter au maximum de la Septième symphonie de Beethoven. En réservant ma place, j'ignorais que le rang F serait en fait le premier rang. Voici ce que je voyais depuis ma place :

Photo 51
Usher Hall, Edinburgh

La salle est pour ainsi dire pleine. Les spectateurs réservent un très bon accueil aux musiciens, qui sont applaudis jusqu'à ce que le dernier se soit assis. Ceci vaudra une entrée un peu gaguesque à une second violon arrivée un tout petit peu après les autres et qui aura ainsi le privilège de recevoir des applaudissements qui lui furent tout spécialement destinés.

Lors de l'écoute du Duett-Concertino de Strauss, j'ai adoré le début de l'œuvre qui met en scène un sextuor à cordes (composé sauf erreur de ma part de deux violons, deux altos, un violoncelle et une contrebasse). S'y insère la ma-gni-fique clarinette de Romain Guyot. Plus tard, ce sera le basson de Matthew Wilkie. Bien que je ne l'aie alors vu que de dos, ses solos m'ont beaucoup impressionné, surtout dans le deuxième mouvement de l'œuvre. Cependant, l'œuvre est celle qui m'a le moins passionné dans ces deux concerts du COE. Elle est indéniablement très agréable à écouter, mais elle a davantage le goût d'une bonne friandise que d'un curry thaïlandais.

La Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart a été pour moi un merveilleux moment ! Le placement des premiers et seconds violons de part et d'autre du chef se révèle encore une fois très opportun. Depuis ma place, je peux apprécier la gestuelle de Yannick Nézet-Séguin, qui ne se limite d'ailleurs pas à des mouvements de bras. Son expression faciale est assez étonnante, aussi ; aurait-il fait du kathakali dans une vie antérieure ? Il dirige parfois en n'utilisant que ses sourcils ! Cela fonctionne très bien en tout cas. Au cours du premier mouvement, je le vois à un moment donné esquisser la battue d'une mesure 4/4 avec un micro-geste de la main à peine perceptible. Je me cramponne alors à mon siège parce que je devine qu'il prépare quelque chose... à savoir un crescendo fulgurant ! L'orchestre a bien sûr été formidable. Les cordes avaient bien entendu le son ©COE. Le hautbois et les cors n'étaient pas au premier plan de l'action dans les deux premiers mouvements, mais ils devaient néanmoins faire preuve d'une endurante présence en arrière-plan (pédale). Dans le troisième mouvement, ils étaient davantage mis en valeur et le public les a beaucoup applaudis. Toutefois, les héros de cette œuvre étaient bien sûr Lorenza Borrani (violon) et Pascal Siffert (alto) dont l'entente a été parfaite. J'ai été vraiment très impressionné par l'altiste Pascal Siffert que j'entendais pour la première fois comme soliste.

La série de concerts s'est achevée avec la Septième Symphonie de Beethoven. Comme la veille, Yannick Nézet-Séguin dirige Beethoven sans partition. Si son style de direction est toujours très physique, par rapport à mes souvenirs de concerts passés (Ravel, Schumann), j'ai le sentiment qu'il tend vers une certaine économie de gestes. Sans doute très en confiance avec les musiciens du COE, il se dispense très souvent de battre la mesure. Si les gestes sont moins nombreux, ils sont néanmoins affûtés et intenses, sauf quand il s'amuse à prendre des poses maniérées en se dirigeant vers les vents lors de certaines phrases.

Dans cette interprétation magnifique de la Symphonie nº7, le moment le plus intense vint pour moi de l'idée de génie du chef d'enchaîner les deux premiers mouvements. Dans l'Allegretto, j'ai bien sûr aimé le début mettant en scène les instruments à cordes, mais je me suis encore davantage régalé quand Romain Guyot est entré avec sa clarinette tandis que la pulsation des cordes passait à l'arrière-plan. Dans le troisième mouvement, comme lors d'une écoute précédente, j'ai aimé le passage qui me rappelle toujours le motif de la Fonte de l'Acier de Siegfried. Si l'orchestre était bien entendu déchaîné dans les deux derniers mouvements, j'ai été tout particulièrement impressionné par le timbalier et par le flûtiste Pirmin Grehl (que je n'avais encore jamais vu avec le COE).

Le public a réservé un véritable triomphe à l'orchestre. Ce n'est pas la première fois que j'assiste à une standing ovation, mais je pense que c'est la première fois que j'en vois une qui est manifestement destinée à un orchestre dans son ensemble. Comme la veille, Yannick Nézet-Séguin met un terme au concert en faisant ostensiblement le geste qu'il est temps d'aller boire un coup.

Ailleurs : The Scotsman, The Telegraph, Hilde Metzger.

Je n'ai pris d'alcool ce soir-là, j'ai pourtant bien essayé à l'entr'acte, mais alors que je commandais un verre de blanc, la serveuse du Usher Hall me répondit dans un français parfait que la cloche sonnait et que je n'aurais pas le temps de le boire avant le début de la deuxième partie.

La fin théorique du concert était de 21h20, ce qui me laissait en principe largement le temps de rejoindre The Hub pour le concert suivant, mais comme il était 21h41, il me fallait me presser. L'accès à l'arrière-scène se faisant par un escalier donnant sur les coulisses, en filant, j'ai surpris une violoniste séchant les larmes nées de l'émotion de ce merveilleux accomplissement artistique et de l'accueil du public.

The Hub, Edinburgh — 2013-08-18

Pierre-Laurent Aimard, piano

Játékok (extraits), Kurtág

Marco Stroppa, électronique

Traiettoria (Traiettoria... deviata, Dialoghi, Contrastri), Marco Stroppa

En venant à Usher Hall, j'étais passé par The Hub pour estimer la distance entre les deux salles. Sans traîner, j'avais mis 10' pour faire la descente. Si je voulais arriver à l'heure, il me fallait presser le pas pour faire la montée. J'ai même couru, et au bout de 5'58", j'étais arrivé au Hub à 21h47, largement à temps pour assister au concert de Pierre-Laurent Aimard. Ce concert a eu lieu dans une salle carrée à l'étage du Hub :

Photo 02
The Hub, Edinburgh

La centaine de spectateurs est installée tout autour de l'estrade où se trouve le piano. J'avais décidé d'aller à ce concert en raison de la présence des Játékok de Kurtág. S'il m'a semblé réussir à entrer dans certaines des miniatures, je n'y ai pas ressenti la même émotion que lors du récital de Márta et György Kurtág à la Cité de la musique ou à l'écoute du simple Perpetuum mobile (objet trouvé) par la jeune Hámos Júlia à Budapest. Encore sous le choc émotionnel du concert de COE, j'avoue avoir écouté Kurtág comme s'il s'agissait d'une agréable musique de relaxation... La transition entre Kurtág et Stroppa m'a semblé toute naturelle, ce que je n'aurais pas imaginé a priori. J'avais assisté avec un certain plaisir à la création de l'opéra Re Orso de ce compositeur. Le piano de Pierre-Laurent Aimard se fait très souvent très percussif. Depuis une console, Marco Stroppa transforme le son qui est spatialisé grâce à un ensemble d'enceintes placées en hauteur le long des murs de la salle carrée. Alors que l'obscurité est presque totale, c'est à un voyage dans un univers psychélique que le compositeur et le pianiste invitent les auditeurs. Cela me fait penser à ce que Varèse aurait peut-être fait s'il avait disposé d'une technologie plus avancée.

Ce concert trouvera en moi un certain écho avec l'exposition Transmitted Live: Nam June Paik Resounds que je verrai le lendemain à la Talbot Rice Gallery. L'artiste coréen semble comme Varèse un précurseur dans son domaine, ici l'art vidéo. Vues quelques décennies plus tard, certaines œuvres expérimentales peuvent donner l'impression d'avoir dépassé la date limite de consommation. Cependant, l'accent particulier mis sur le lien entre Nam June Paik et d'autres arts m'a rendu l'exposition intéressante, notamment par le lien avec John Cage, Merce Cunningham ou Beethoven.

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Quelques jours à Munich

2013-08-13 21:03+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

La solution la plus économique pour me rendre à Salzburg était de prendre l'avion pour Munich puis le train. La ville m'a beaucoup plu. On y trouve des hôtels et des restaurants à des prix tout à fait raisonnables. Je ne suis pas allé dans des grands restaurants, mais vu la qualité de ce que j'ai mangé dans certaines échoppes, je crois pouvoir dire qu'on mange bien dans cette ville. La gare de Munich (Hauptbahnhof), avec ses nombreux petits restaurants et stands, est particulièrement impressionnante de ce point de vue là.

Pour ce qui est du tourisme, la perspective d'assister à des opéras depuis des places debout ne m'a pas incité à faire de longues marches. Je me suis contenté de la Maximiliamstraße :

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Regierung von Oberbayern, Munich

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Maximilianeum, Munich

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Résidence de Munich

Le seul monument pour lequel j'aie pris un billet payant a été la Résidence de Munich, située tout près de l'Opéra d'État de Bavière. Je n'ai pas pu visiter qu'un nombre limité des salles, sans que je comprenne très bien si les autres étaient en travaux ou si leur accès était fermé en fin de journée (j'étais pourtant entré deux heures avant la fermeture). L'endroit est sidérant de beauté. J'avais hésité à prendre un billet combiné pour le Trésor, mais je ne l'ai pas regretté, parce que je n'ai jamais vu autant d'objets aussi richement ouvragés, même dans les palais et temples les plus extravagants de l'Inde !

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Trésor de Munich

Bayerische Staatsoper, Munich — 2013-07-26

Alexander Tsymbalyuk, Boris Godunow

Yulia Sokolik, Fjodor

Anna Virovlansky, Xenia

Heike Grötzinger, Xenias Amme

Gerhard Siegel, Fürst Schuiskij

Igor Golovatenko, Andrej Schtschelkalow

Anatoli Kotscherga, Pimen

Sergey Skorokhodov, Grigorij Otrepjew

Vladimir Matorin, Warlaam

Ulrich Reß, Missaïl

Margarita Nekrasova, Schenkwirtin

Kevin Conners, Gottesnarr

Goran Jurić, Nikititsch

Joshua Stewart, Leibbojar

Tareq Nazmi, Mitjucha

Christian Rieger, Hauptmann der Streifenwache

Kent Nagano, direction musicale

Calixto Bieito, mise en scène

Rebecca Ringst, décors

Ingo Krügler, costumes

Michael Bauer, lumières

Sören Eckhoff, chef des chœurs

Andrea Schönhofer, dramaturgie

Bayerisches Staatsorchester

Chor, Extrachor der Bayerischen Staatsorchester

Kinderchor der Bayerischen Staatsorchester

Statisterie der Bayerischen Staatsorchester

Boris Godunow, Oper in vier Teilen (7 Bilder), Erste Fassung „Ur-Boris“, Moussorgsky.

Quelques jours avant de venir à Munich, j'avais revu avec plaisir La Flûte enchantée mise en scène par Peter Brook, une production que j'avais beaucoup aimée en 2010 et dont les décors se réduisent à quelques tiges de bambous. Le lendemain, je verrai à Salzburg une production très traditionnelle de Lucio Silla, puis une production un peu moins traditionnelle de Falstaff. Ces mises en scènes représentent des styles très variés, mais pour le lyricomane parisien, le travail de Calixto Bieito est encore au-delà, en dehors du monde connu. Visuellement, ça décoiffe, mais la production ne m'a pas franchement convaincu.

De même que La Khovantchina programmée au début de l'année 2013 à l'Opéra Bastille, Boris Godounov est un opéra de Moussorgsky sur un sujet historique. Comme l'a expliqué la dramaturge Andrea Schönhofer dans la présentation de l'opéra qui a été faite quelques dizaines de minutes avant le début de la réprésentation, on jouait la version d'origine „Ur-Boris“, en sept scènes, resserrée autour du personnage de Boris Godounov (mais dans laquelle l'usurpateur Grigori apparaît dans deux scènes consécutives pour ne plus revenir, me donnant une impression de l'ensemble comme étant une suite de tableaux dans lesquels je ne saisis pas la cohérence). Le synopsis de l'opéra a été rappelé lors de cette présentation. Je l'avais parcouru avant de venir (sans saisir complètement quelles scènes seraient omises dans cette version). Pendant la représentation, un placement pas idéal à une place debout, la fatigue de cette station, la difficulté à apercevoir les surtitres (et à les comprendre, le cas échéant), toutes ces conditions d'écoute ne favorisaient pas ma compréhension de ce qui se passait. Le moins que je puisse dire est que la mise en scène n'était pas de nature à m'aider. C'est anecdotique, mais par exemple un personnage de garçon a été doublement travesti (rôle masculin interprété par une femme portant des vêtements féminins) et l'interprête du rôle principal change radicalement de coiffure pour la scène finale (et du coup, avec le cerveau ramolli par la chaleur, je ne l'ai pas reconnu ; enfin, si, j'ai bien compris que c'était Boris Godounov, mais je me demandais rétrospectivement où il s'était caché dans les scènes précédentes). Parmi les images intéressantes, je retiens néanmoins la représentation de la manipulation de la foule, qui après avoir brandi des panneaux à l'effigie de Poutine, Sarkozy et d'autres se met à soutenir Godounov.

Alors que j'avais beaucoup aimé La Khovantchina, principalement en raison des magnifiques chœurs, je n'ai pas été émerveillé par la musique. Si certains passages et quelques thèmes récurrents sont saisissants ou beaux (comme le solo introductif du cor anglais), la musique m'a paru assez statique, comme une atmosphère se développant dans un lent surplace. Dans cet opéra, si l'on fait exception de quelques moments fugitifs, le chant en russe m'a paru assez peu gracieux.

J'ai presque regretté d'avoir pris une place payante pour cet opéra que j'ai vu dans de mauvaises conditions, puisque j'aurais pu y assister peut-être pas confortablement, mais néanmoins assis sur la Max-Joseph-Platz où la représentation était diffusée sur grand écran dans le cadre de l'opération Oper für alle. Ceci dit, rien ne remplace le spectacle vivant...

Photo 026

Les chanteurs et le chef sont venus saluer ce public nombreux en descendant sur les marches de l'Opéra :

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Il est possible de visionner cette production sur le site de la Radio bavaroise.

Cuviliés-Theater, Munich — 2013-07-30

Schumann Quartett (München)

Barbara Burgdorf, violon

Traudi Pauer, violon

Stephan Finkentey, alto

Olivier Göske, violoncelle

Quatuor à cordes nº9 en ré mineur, op. 34 nº2 (Dvořák)

Quatuor à cordes nº1 en ré majeur, op. 25 (Britten)

Quatuor à cordes nº3 en si bémol majeur, op. 67 (Brahms)

Ce concert de musique de chambre avait lieu dans le Cuviliés-Theater, qui appartient au vaste ensemble de bâtiments constituant la Résidence. Il peut d'ailleurs se visiter pendant la journée. Cela dit, la meilleure façon de visiter une salle de spectacles est d'aller, justement, y assister à un spectacle. J'ignore pourquoi le site Internet de l'Opéra de Bavière ne m'a pas proposé d'imprimer moi-même mon billet. Je ne savais pas très bien où le récupérer, alors je suis allé à tout hasard à la billeterie de l'Opéra. Habitué aux habitudes françaises, en demandant à la guichetière si je pouvais retirer mon billet, je m'attendais à me faire réprimander, mais j'entendis quelque chose comme Ja, natürlich!. J'en profitais pour lui demander par où on entrait au Cuviliés-Theater. En passant par l'Odeonplatz, après avoir marché dans une grande allée, devant le plus grand trompe-l'œil que j'aie vue, puis contourné l'entrée vers une grande cour où aurait lieu simultanément un concert en plein air, j'ai pu accéder à un couloir donnant accès au foyer du Théâtre, apparemment plus grand que la salle elle-même ! C'est un charmant petit théâtre à l'italienne :

Photo 161

Bien qu'excentré, mon placement me permet de voir tous les musiciens alors que la japonaise assise en première partie à côté de moi ne voyait strictement rien (elle est partie à l'entr'acte, alors qu'elle prétendait préférer sa place just for hearing à la place vacante au premier rang de la loge que je lui suggérais d'occuper...).

Photo 162

Tous les musiciens de ce quatuor Schumann (München) à l'exception du violoncelliste appartiennent à l'Orchestre de l'Opéra d'État de Bavière et sont chefs de pupitres des premiers violons, des seconds et des altos. Je n'ai été que moyennement convaincu par l'interprétation du quatuor de Dvořák, notamment à cause des pizz. tous pareils du violoncelliste dans le troisième mouvement. Après l'entr'acte, j'ai apprécié le quatuor de Brahms (avec une très belle présence de l'alto dans les deux derniers mouvements), mais c'était sans commune mesure avec le plaisir que m'a procuré le quatuor nº1 de Britten, joué avec beaucoup d'engagement par les musiciens. C'est la présence de ce compositeur au programme qui m'avait décidé à acheter une place pour ce concert. Je m'attendais à ce que cela soit bien, mais pas que mon plaisir fût à ce point élevé que la petite demi-heure aura été pour moi très largement le point culminant émotionnel de l'ensemble des concerts auxquels j'ai assisté pendant cette semaine à Munich et Salzburg.

Bayerische Staatsoper, Munich — 2013-07-31

Thomas Hampson, Amfortas

Ante Jerkunica, Titurel

Kwangchul Youn, Gurnemanz

Christopher Ventris, Parsifal

Evgeny Nikitin, Klingsor

Petra Lang, Kundry

Kevin Conners, Erster Gralsritter

Tareq Nazmi, Zweiter Gralsritter

Solist der Tölzer Knabenchors, Erster Knappe

Solist der Tölzer Knabenchors, Zweiter Knappe

Ulrich Reß, Dritter Knappe

Kenneth Roberson, Vierter Knappe

Anna Virovlansky, Golda Schultz, Tara Erraught, Evgeniya Sotnikova, Angela Brower, Heike Grötzinger, Klingsors Zaubermädchen

Kent Nagano, direction musicale

Peter Konwitschny, mise en scène

Johannes Leiacker, décors et costumes

Peter Halbsgrut, lumières

Werner Hintze, dramaturgie

Sören Eckhoff, chef des chœurs

Bayerisches Staatsorchester

Chor und Kinderchor der Bayerischen Staatsorchester

Parsifal, Wagner

On pourra voir sur la photographie ci-dessous que je ne voyais vraiment pas grand'chose de la scène depuis ma place debout, même si quelques abandons de spectateurs au premier entr'acte m'ont permis de me recentrer un peu :

Photo 163

À part quelques détails parmi lesquels la mutilation visible de Klingsor ou la scène des filles-fleurs, c'est donc comme si je n'avais rien vu de ce Parsifal ! L'orchestre m'a plu, comme il y a deux ans, surtout dans les deux derniers actes, mais mon plaisir d'auditeur n'a pas été aussi grand qu'avec l'Orchestre de la Radio hongroise et ses extraordinaires contrebasses entendues un mois plus tôt à Budapest. À part un Amfortas pas au meilleur de sa forme (Thomas Hampson), la distribution est très solide. Dans le rôle de Gurnemanz dans lequel Matti Salminen était un peu limite à Budapest, Kwangchul Youn est absolument ma-gni-fique.

Mon placement ne m'a pas permis d'apprécier véritablement la mise en scène de Peter Konwitschny, mais j'ai été néanmoins ému par l'image de colombe blanche descendue des cintres à la fin de l'opéra. Le moment le plus émouvant de cette représentation fut toutefois l'adieu très chaleureux du public munichois à Kent Nagano, qui quitte son poste de chef d'orchestre principal.

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Planning d'août 2013

2013-08-07 13:02+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Cinéma — Planning

Après Budapest en juin, Montpellier, Salzburg et Munich en juillet, je vais me diriger en août vers Édimbourg pour assister à un nouveau festival de musique.

La raison première de ce séjour réside dans les deux concerts donnés par le Chamber Orchestra of Europe (COE) qui sera dirigé par Yannick Nézet-Séguin :

  • 16 août 2013 (20h) (Usher Hall) : Les Métamorphoses de Strauss intelligemment associées à la Troisième symphonie de Beethoven. Si l'interprétation des Métamorphoses par le COE dirigées par Semyon Bychkov ne m'avait qu'à moitié convaincu, je ne doute pas qu'avec Yannick Nézet-Séguin, ce sera mieux (il a déjà réussi l'exploit de me faire aimer le mauvais Schu-). Concernant l'Héroïque, je ne l'ai pas entendue par le COE/Haitink (cf. le billet hilarant de Klari), mais je l'ai entendue récemment par l'Orchestre national de France dirigé par Haitink. (Si Yannick Nézet-Séguin dirige un jour l'ONF dans cette œuvre, je ne manquerai évidemment pas d'y aller car je pourrai alors réaliser la somme amalgamée de COE/Nézet-Séguin et ONF/Haitink le long de ONF/Nézet-Séguin pour obtenir COE/Haitink et compléter le diagramme ?) Entre les Métamorphoses et l'Héroïque s'insère dans le programme la véritable raison de ma venue à Edinburgh : la Symphonie concertante de Haydn pour violon, violoncelle, hautbois et basson. Je n'ai jamais entendu le COE dans Haydn, mais je crois que c'est une combinaison orchestre/compositeur/chef qui peut faire monter le frissonomètre très haut, et ce d'autant plus que les quatre solistes sont issus de l'orchestre : comme un concert à Dijon en mars m'en avait donné l'envie, je pourrai entendre la violoniste Lorenza Borrani en soliste !
  • 18 août 2013 (19h30) (Usher Hall) : Avant d'interpréter la Septième Symphonie de Beethoven, le COE interprètera deux œuvres concertantes : Romain Guyot (clarinette) et Matthew Wilkie (basson) joueront le Duet-Concertino de Strauss, puis Lorenza Borrani (violon) et Pascal Siefert (alto) la Symphonie concertante de Mozart.

J'avais déjà acheté ces deux places quand je me suis rendu compte que le Festival d'Edinburgh était en quelque sorte pluridisciplinaire : arts visuels, théâtre, danse, musique, opéra. Après avoir longtemps tergiversé, j'ai choisi d'intercaler entre les deux concerts du COE un marathon de danse (contemporaine) proposé par le Scottish Ballet :

  • 17 août 2013 (12h) (Festival Theatre) : Triple bill intitulée Contemporary Classics avec le duo 14'20" de Jirí Kylián (un extrait de 27'52"), Shift de Christopher Bruce et The Fugue de Twyla Tharp.
  • 17 août 2013 (14h30) (Festival Theatre) : Projection de deux films sur la danse moderne : La Table verte de Kurt Jooss et un portrait de Mary Wigman.
  • 17 août 2013 (16h) (Festival Theatre) : Une discussion à propos de la Triple bill ci-dessus.
  • 17 août 2013 (17h) (Festival Theatre) : Des duos extraits de Chéri et Five Rückert Songs de Peter Darrell, Jealousy de James Cousins et Trace de Helen Pickett.
  • 17 août 2013 (20h) (Festival Theatre) : Pierrot lunaire de Glen Tetley.
  • 17 août 2013 (21h45) (Festival Theatre) : Le Scottish Dance Theatre, spécialisé en dance contemporaine, interprétera SisGo de Fleur Darkin.

(Il est à noter qu'une proportion significative des ballets programmés ont été chorégraphiés par des femmes, ce qui change de Paris...)

  • 18 août 2013 (12h45) (Grand Gallery, National Museum of Scotland) : Puisqu'il convient de faire un peu de tourisme à Édimbourg, mais que l'entrée du Château est hors de prix (£16, seriously?), je vais sans doute me rabattre sur le Musée national d'Écosse. Non seulement, l'entrée y est gratuite, mais je pourrai y entendre un charmant trio d'instruments à vents, Arunda Trio (qui peut aussi venir jouer de la musique à votre mariage).
  • 19 août 2013 (11h) (Queen's Hall) : J'espère que l'obscurité sera faite dans la salle pour ce récital de Lieder de Dorothea Röschmann parce que le mélange de bleu et de rouge constituant la décoration du Queen's Hall me paraît d'assez mauvais goût, comme j'ai eu le malheur de le constater en faisant la visite virtuelle (qui me permet d'espérer que ma place derrière un pilier ne devrait pas trop gêner ma vue).

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Trois jours au festival de Salzburg

2013-08-04 12:43+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la ville de Salzburg n'est pas hors de prix. Il est vrai que lorsque l'on pénètre dans le Großes Festspielhaus ou le Haus für Mozart, on a l'impression de faire la montée des marches au festival de Cannes, les hommes ayant presque tous veste et nœud papillon ou cravate et les dames des robes de soirée, qui en comparaison font d'une soirée de gala à l'Opéra de Paris une petite fête paysanne. Ce qui est vrai en revanche, c'est que la ville est obsédée par le jeune prodige Mozart qui y est né ; le physicien Christian Doppler aussi, mais cela se voit moins quand on parcourt les ruelles de la vieille ville. Il serait intéressant de connaître la proportion des visiteurs estivaux de Salzburg qui fréquentent le festival. La veille ville est en effet infestée de touristes, et à supposer que le commerce y soit prospère, ceux-ci semblent plus intéressés par les chocolats Mozart et autres produits dérivés que par la musique de Mozart. Cela dit, j'ai aussi mangé ma dose de ces chocolats et pus opportunément acheter juste avant qu'il pleuve un parapluie décoré de partitions.

Photo 073
Salzburg

Haus für Mozart, Salzburg — 2013-07-27

Rolando Villazón, Lucio Silla

Olga Peretyatko, Giunia

Marianne Crebassa, Cecilio

Inga Kalna, Lucio Cinna

Eva Liebau, Celia

Francesco Corti, clavecin

Marie McDunnough, Julia Sedwick, Cynthia Smithers, Magdalena Vasko, Jones Henry, Kevin Kong, Jeremy Nasmith, Jack Rennie, Edward Tracz, danseurs

Marc Minkowski, direction musicale

Marshall Pynkoski, mise en scène

Antoine Fontaine, décors et costumes

Jeannette Zingg, chorégraphie

Hervé Gary, lumières

Aloïs Glaßner, chef de chœur

Les Musiciens du Louvre-Grenoble

Salzburger Bachchor

Lucio Silla, KV 135 (Mozart)

La plus grande satisfaction de ce festival, aussi haute qu'inattendue a été pour moi cette représentation de Lucio Silla, la première de la reprise de cette production déjà jouée lors de la Mozartwoche en février 2013.

La production est traditionnelle. Le décor unique représente une sorte d'atrium me semble être un décor générique qui pourrait servir à représenter n'importe quel opéra. Les costumes sont d'époque, ce qui ne signifie pas que les chanteurs portent des costumes plaçant l'action à Rome au premier siècle avant Jésus-Christ (comme le fait timidement le décor), mais plutôt en Europe il y a quelques siècles de cela (peut-être du temps de Mozart ?). La dizaine de danseurs apporte une décoration supplémentaire à ce tableau. Au milieu de l'avant-scène est disposée une petite rallonge de scène souvent utilisée par les chanteurs ; ils peuvent ainsi être certains d'être bien au milieu de la scène pour chanter leurs airs. Malgré tous les aspects traditionnels de cette production, je trouve qu'elle est réussie. En effet, les sonorités produites par l'orchestre sont merveilleuses. Le caractère très engagé des Musiciens du Louvre-Grenoble dirigés par Marc Minkowski assorti à la bonne acoustique de la salle rend tellement vivante cette musique. Je n'imaginais pas prendre autant de plaisir à l'écoute d'un opéra de jeunesse de Mozart (disons avant Idomeneo), et ce d'autant plus que l'histoire se finit par un happy ending invraisemblable comme souvent chez le jeune Mozart : pour laisser une trace heureuse dans l'Histoire, Lucio Silla fait volte-face en décidant de rendre tout le monde heureux. Par ailleurs, j'ignore si le livret y fait référence, mais la mise en scène suggère une relation incestueuse entre Lucio Silla et sa sœur Celia.

La distribution vocale est sans faille ! Des quatre chanteuses (dont deux travesties), celle qui remporte le plus de suffrage est évidemment Marianne Crebassa dans le rôle de Cecilio. Elle fait d'ailleurs une forte impression dans la scène d'escrime magnifiquement chorégraphiée, et j'ai particulièrement aimé l'air qu'elle a chanté accompagnée de seulement quatre musiciens constituant un quatuor à cordes. Si Rollando Villazón ne m'a semblé qu'à moitié convaincant dans les deux premiers actes, il a fait des merveilles dans le troisième !

Ailleurs : il tenero momento.

Mozarteum, Salzburg — 2013-07-28

Gereon Kleiner, orgue

Mozarteumorchester Salzburg

Ádám Fischer, direction

Sonate d'église pour orchestre et orgue en do majeur, KV 278 (Mozart)

Jörg Widmann, clarinette

Concerto pour clarinette en la majeur, KV 622 (Mozart)

Sonate d'église pour orgue et orchestre en do majeur, KV 329 (Mozart)

Symphonie nº6 Pastorale (Beethoven)

Le dimanche matin avait lieu une Mozart-Matinee au Mozarteum. En première partie, entre deux sonates d'église anecdotiques de Mozart (avec un orgue inaudible dans la première), le programme comportait le concerto pour clarinette en la majeur. Si l'orchestre m'a paru très convaincant et très engagé, le clarinettiste Jörg Widmann ne m'a pas autant plu que Romain Guyot dont l'interprétation à Dijon m'avait semblée plus incarnée. Le musicien a fait le choix de jouer peu d'ornementations (voire pas du tout) et ses notes aiguës passaient souvent difficilement. Bref, si l'écoute de cette œuvre ne m'a pas paru désagréable, elle ne m'a pas mis en transe.

Après l'entr'acte, l'orchestre a joué tout autre chose : la Symphonie Pastorale de Beethoven. On n'a à mon avis pas atteint les sommets de l'interprétation du Chamber Orchestra of Europe dirigé par Bernard Haitink, pourtant quelle belle interprétation que celle qu'ont donné ces musiciens déchaînés sous la direction d'Ádám Fischer (qui dirige cette œuvre de mémoire) ! Mon placement dans la salle ne me permettait de voir que la moitié droite de l'orchestre, mais fort heureusement le timbalier était en plein milieu de mon champ de vision. Dans le quatrième mouvement, je n'ai regardé que lui. Après avoir mis ses lunettes précautionneusement, il a paisiblement attendu le moment de son entrée pour déclencher un orage inouï !

Großes Festspielhaus, Salzburg — 2013-07-28

Dorothea Röschmann, soprano

Michael Schade, soprano

Florian Boesch, basse

Wiener Philharmoniker

Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor

Nikolaus Harnoncourt, direction

Ernst Raffelsberger, chef de chœur

Die Jahreszeiten, Joseph Haydn

La raison de ma venue à Salzburg était ce concert dans lequel Nikolaus Harnoncourt allait diriger les Wiener Philharmoniker dans Les Saisons de Haydn. Je m'attendais à ce que de concert salzbourgeois fût très bon, voire extraordinaire, mais je n'imaginais pas un seul instant en ressortir avec un sentiment d'amère déception. Heureusement, j'aimais déjà Haydn avant d'entrer dans le Großes Festspielhaus, et tout particulièrement Les Saisons dont je garde un souvenir émerveillé de l'interprétation de John Elliot Gardiner à Pleyel il y a quatre ans. En effet, sinon, ce concert m'aurait dégoûté de Haydn...

Les problèmes sont apparus dès la toute première mesure de l'œuvre. Les musiciens ne jouaient tout simplement pas ensemble. Les violents coups de timbales étaient un bon gros quart de seconde en avance sur les cordes. Ensuite, le volume sonore des Wiener Philharmoniker a pratiquement toujours été très faible. Dans ces conditions, les si délicieux passages dans lesquels Haydn fait imiter les sons des animaux par l'orchestre ne pouvaient guère se distinguer. Le seul passage de ce genre dont je me souvienne est celui évoquant le son des abeilles. Quand le volume sonore augmentait, comme dans l'orage intervenant dans l'Été, c'était avec une brusquerie assez déplaisante. Dans l'accompagnement des récitatifs, si j'ai apprécié le musicien jouant du pianoforte, celui qui officiait au violoncelle m'a paru produire des sons insipides, alors que j'ai souvent eu l'occasion de m'extasier devant le talent des violoncellistes ou gambistes accompagnant des récitatifs (Nils Wiebolt et Atsushi Sakaï sont les premiers noms qui me viennent à l'esprit). Ce n'était pas du tout, mais alors pas du tout baroquisant. Si les chanteurs n'ont globalement pas démérité, comme les musiciens des Wiener Philharmoniker, ils ont exécuté l'œuvre de façon très austère, complètement désincarnée, sans vie. Les trois rôles ont pourtant des noms ! Ils s'appellent Hanne, Lukas et Simon...

Si certains musiciens de l'orchestre se sont parfois brillamment distingués (les cornistes semblent appartenir à un autre monde !), mon unique satisfaction est venue du chœur de l'Opéra d'État de Vienne. La seule des quatre parties de l'œuvre qui m'aient un peu plu a en effet été l'Automne, et cela tient surtout au chœur qui a égaillé l'ambiance par son interprétation de la chanson à boire à la fin de cette partie.

Haus für Mozart, Salzburg — 2013-07-29

Ambrogio Maestri, Sir John Falstaff

Fiorenza Cedolins, Mrs. Alice Ford

Massimo Cavalletti, Ford

Eleonora Buratto, Nannetta

Elisabeth Kulman, Mrs. Quickly

Stephanie Houtzeel, Mrs. Meg Page

Javier Camarena, Fenton

Luca Casalin, Dott. Cajus

Gianluca Sorrentino, Bardolfo

Davide Fersini, Pistola

Zubin Mehta, direction musicale

Damiano Michieletto, mise en scène

Paolo Fantin, décors

Carla Teti, costumes

Alessandro Carletti, lumières

rocafilm, vidéo

Christian Arseni, chef de chœur

Walter Zeh, chef de chœur

Wiener Philharmoniker

Philharmonia Chor Wien

Falstaff (Verdi)

Cette représentation de Falstaff m'a paru fort agréable. Sans être éblouissants collectivement, les Wiener Philharmoniker sonnent bien mieux que la veille ! Les solos des musiciens de l'orchestre sont très souvent délicieux. Dans les ensembles, les qualités individuelles des musiciens ont toutefois tendance à se perdre, notamment quand à la fin de certains passages le chef Zubin Mehta lâche les décibels...

La production, sans être géniale, est tout à fait plaisante. Le concept est semble-t-il de représenter le compositeur Verdi vieillissant, écrivant son dernier opéra comme si c'était pour lui un cauchemar dans lequel il est identifié au personnage de Shakespeare. Ce personnage prenant le temps de ce rêve la place de Falstaff pourrait aussi bien être plus simplement un musicien retraité anonyme hanté par Verdi, ce n'est pas tout à fait clair pour moi.

Tandis que les spectateurs prennent place dans la salle, des images de la Casa Verdi contemporaine sont montrées en plan fixe comme pour en souligner la monotonie. Au lever du rideau, on entre dans l'institution, qui est une maison de retraite pour musiciens. Alors qu'en principe cet opéra de Verdi commence sans préambule, on voit ici un pianiste jouer pour les pensionnaires des morceaux de musique dans lesquels on peut reconnaître des extraits d'opéra de Verdi. Cette musique va en quelque sorte infuser dans l'esprit du personnage, qui va, selon l'interprétation, revivre l'histoire de Falstaff ou composer l'opéra que l'on est en train de voir. Le côté onirique de cette vision permet de ne pas traiter de façon littérale certaines scènes, en particulier dans la fameuse scène où le panier dans lequel Falstaff s'est caché est en principe jeté dans la Tamise.

Sans être éblouissants, les chanteurs m'ont paru plutôt bons. Toutefois, je garde un meilleur souvenir des interprètes des rôles féminins de la seule autre représentation de Falstaff à laquelle j'aie assisté (au TCE en 2008). J'ai beaucoup aimé le ténor Javier Camarena dans le rôle de Fenton, et dans celui de Falstaff, Ambrogio Maestri m'a paru meilleur chanteur qu'Alessandro Corbelli que j'avais vu dans ce rôle en 2008.

Ailleurs : Paris — Broadway.

Photo 099
Mirabellgarten, Salzburg

Les autres photographies que j'ai faites à Salzburg et à Munich sont ici.

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Quelques jours au Festival de Radio France à Montpellier

2013-07-25 15:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique

J'ai passé le week-end dernier à Montpellier pour assister à quelques concerts du Festival de Radio France. J'en ressors très satisfait du déplacement.

idZinc, Paris-Montpellier — 2013-07-20

Sacha Pillois

De façon inattendue, mon premier concert du week-end a été dans le train Paris-Montpellier. Le chanteur Sacha Pillois et quelques musiciens l'accompagnant jouaient en effet au bar du train (idZinc). Malgré les coupures de jus de la sonorisation (eh oui, même dans un espace aussi exigu, il faut de la sonorisation, sinon la basse et la guitare ne produisent aucun son), le moment fut agréable, notamment grâce aux solos du trompettiste.

Salle Pasteur, Le Corum, Montpellier — 2013-07-20

Michael Barenboim, violon

Natalia Pegarkova, piano

Sonate pour violon et piano en la bémol mineur, Janáček

Duo conternant pour violon et piano, Stravinski

Sonate pour violon et piano en mi mineur, op. 82, Elgar

Salut d'amour, Elgar

Mon deuxième concert de samedi était un concert de musique de chambre ayant lieu dans la salle Pasteur du Corum. Les sièges, que dis-je, les fauteuils de cette salle sont extrêmement confortables. Alors que la jauge est d'environ 750 places, la salle est presque pleine. Certes, le concert était gratuit, mais je ne m'attendais pas à ce que le public montpelliérain vînt aussi nombreux à un concert de musique de chambre. D'ailleurs, ce public est semble-t-il plus attentif que le public parisien... Il est aussi à noter qu'il n'y eut aucun applaudissement intempestif entre les mouvements des œuvres.

Les deux jeunes musiciens sont le violoniste Michael Barenboim (fils de Daniel Barenboim) et son épouse, la pianiste Natalia Pegarkova. La première œuvre au programme est la sonate pour violon et piano de Janáček que j'avais déjà entendue en 2012 par David Grimal et Alain Planès au cours d'un mémorable concert. J'ai joyeusement détesté leur interprétation du premier mouvement. Et puis, dans les trois mouvements suivants, les musiciens, plus à l'aise, m'ont paru bien plus convaincants.

L'œuvre suivante, le Duo concertant de Stravinski, fut pour moi une très belle découverte. Pourtant, mon a priori était plutôt négatif puisque le compositeur se réfère à l'Antiquité dans les titres de certains mouvements (Églogue) et le programme du concert le cite ainsi : Le thème que je m'étais proposé évolue au long de cinq mouvements qui forment un tout intégral et, pour ainsi dire, un parallèle musical de l'antique poésie pastorale. À l'écoute, je n'ai pas vraiment eu l'impression d'encore une œuvre archaïsante, bien au contraire !

En revanche, pendant la sonate d'Elgar, le confort douillet de mon fauteuil a complètement éclipsé mon intérêt musical...

Cathédrale Saint-Pierre, Montpellier — 2013-07-20

Maîtrise de Radio France

Les Musiciens de Saint-Julien

François Lazarevitch, direction, flûtes, cornemuses

Simone Sorini, ténor et luth

Angélique Mauillon, harpe

Nicolas Sansarlat, vièle à archet, rebec, bombarde à clef

François Joubert-Caillet, vièle à archet

Enea Sorini, baryton et percussions

Sofi Jeannin, direction

Le Livre Vermeil de Montserrat / Cantigas de Santa Maria

O virgo splendens

Stella splendens

Laudemus Virginem

Cantiga 302 : A Madre de Jhesu-Cristo

Cantiga 113 : Por razon tenuo d'abedecer

Imperayritz de la ciutat joyosa

Cuncti simus concanentes

Mariam, matrem birginem, attolite

Cantiga 57 : Mui grandes noit e dia

Los set gotxs

Cantiga 48 : Tanto son da Groriosa

Polorum Regina

Ad mortem festinamus

Mon troisième concert du dimanche a eu lieu dans la cathédrale Saint-Pierre. La musique chantée par la Maîtrise de Radio France dirigée par Sofi Jeannin est centrée sur Le Livre Vermeil de Montserrat, un ouvrage du XIVe siècle contenant quelques compositions musicales. À ces morceaux ont été associés des Cantigas mariaux.

Les premières minutes du concert m'ont paru merveilleuses. Les jeunes chanteurs précédés de la chef sont arrivés par l'arrière de la cathédrale et se sont placés dans les allées, tout près de l'endroit reculé où je me trouvais. Ils ont commencé à chanter O virgo splendens (sans accompagnement instrumental). La superposition des voix alors toutes proches de mes oreilles était vraiment ma-gni-fique. Quand les chanteurs se sont avancés vers la scène et ont chanté les autres chœurs (accompagnés ou non des musiciens), mon plaisir a beaucoup baissé. Ce n'est pas la faute des interprètes, mais l'acoustique de la salle qui était somptueuse pendant le premier chœur est devenue nettement moins favorable quand les chanteurs ont pris place à l'autre extrémité de l'église... Sans être insupportable, l'acoustique réverbérante a comme passé au mixeur le délicieux mille-feuille vocal. Le problème se posait aussi avec les instruments tous plus originaux les uns que les autres qui étaient utilisés (une mention spéciale pour la double flûte utilisée par François Lazarevitch).

Bref, ce ne fut qu'un plutôt bon moment à passer alors cela aurait pu être pour moi un concert extraordinaire si mes sensations pendant le O virgo splendens s'étaient maintenues jusqu'au bout. Parmi les numéros musicaux, malgré les conditions d'écoute peu favorables, je retiens néanmoins le très beau Polorum Regina.

Opéra Berlioz, Le Corum, Montpellier — 2013-07-21

Orchestre national de France

Bernard Haitink, direction

Concerto pour orchestre, BB 123 (Bartók)

Symphonie nº3 Héroïque (Beethoven)

Ce concert de l'Orchestre national de France dirigé par Bernard Haitink était la raison principale de ma venue à Montpellier. J'avais réservé pour la modique somme de 10€ une place dans une sixième loge de face de l'Opéra Berlioz, la grande salle du Corum. Ce type de places est à déconseiller aux personnes sujettes aux vertiges.

Le Concerto pour orchestre de Bartók joué en première partie de concert n'a pas été aussi fantastique que celui de l'orchestre symphonique des chemins de fers hongrois, mais il n'a en rien manqué de fougue. Dans ce domaine, une musicienne se distingue, même vue depuis mon haut poste d'observation : la contrebassiste solo, déjà repérée lors d'un précédent concert. Les passages faisant penser à la musique populaire étaient aussi très convaincants.

Après l'entr'acte, l'orchestre a joué superbement la Troisième symphonie “Héroïque” de Beethoven que j'avais pas entendue en concert depuis cinq ans. L'interprétation du premier mouvement m'a immédiatement paru particulièrement remarquable. Les cordes assumant parfaitement de jouer avec un son un peu rugueux, les musiciens avaient conservé la même fougue qu'ils avaient dans le finale du Concerto de Bartók. Je n'ai plus quitté ce petit nuage sur lequel m'a transporté cette musique et parmi d'autres réjouissances, je me suis délecté des crescendos parfaitement négociés et de détails insoupçonnés de cette symphonie.

Salle Pasteur, Le Corum, Montpellier — 2013-07-22

Narek Hakhnazaryan, violoncelle

Marianna Shirinyan, piano

Fantasiestücke pour violoncelle et piano, op. 73, Schumann

Élégie pour violoncelle et piano en ut mineur, op. 24, Fauré

Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur, op. 24, Chostakovitch

Lamentatio pour violoncelle solo, Giovanni Sollima

Nocturne pour violoncelle et piano en ut dièse mineur, op. 19 nº4, Tchaikovski

Pezzo capriccioso pour violoncelle et piano en si mineur, op. 63, Tchaikovski

Variations sur une seule corde sur un thème de Rossini (Dal tuo stellato soglio, extrait de Mosè in Egitto), Paganini

Vocalise, Rachmaninov

Quel magnifique musicien que ce jeune violoncelliste Narek Hakhnazaryan ! Schumann n'était peut-être pas le meilleur choix de compositeur pour commencer le programme. En tout cas, après cet échauffement, il a fait preuve de l'étendue de son talent dans le reste du programme, au point de déclencher une standing ovation à l'issue du concert. L'œuvre la plus enthousiasmante, s'il ne devait y en avoir qu'une, a été pour moi la Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur de Chostakovitch dans laquelle j'ai autant aimé le jeu de la pianiste Marianna Shirinyan que celui du violoncelliste, dont la partie comportait des glissandos et des harmoniques, en particulier dans l'impressionnant deuxième mouvement !

La Lamentatio pour violoncelle solo du compositeur vivant Giovanni Sollima alternait des passages lents de lamentation accompagnés de la voix du musicien et des passages d'une virtosité extrême (beaucoup de pizz. de la main gauche).

J'ai beaucoup aimé aussi les variations pour une corde de Paganini sur un thème de Rossini. Dans cette transcription pour violoncelle jouée en bis, le musicien n'utilisait que la corde de la !

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La Sylphide à l'Opéra Garnier

2013-07-14 18:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2013-07-02

Pierre Lacotte, adaptation et chorégraphie

Jean-Madeleine Schneitzhoeffer, musique

Ludwig Wilhelm Maurer, musique du pas de trois de l'acte I

Adolphe Nourrit, livret

Marie-Claire Musson, décors d'après Pierre Ciceri

Michel Fresnay, costumes d'après Eugène Lami

Philippe Hui, direction musicale

Evgenia Obraztsova, La Sylphide

Mathias Heymann, James

Muriel Zusperreguy, Effie

Stéphane Phavorin, La Sorcière

Alexandre Gasse, Gurn

Natacha Gilles, La Mère d'Effie

Éléonore Guérineau, Allister Madin, Pas de deux des Écossais

Caroline Robert, Séverine Westermann, Lydie Vareilhes, Trois Sylphides

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

La Sylphide, ballet en deux actes d'après Philippe Taglioni

Avant cette série de représentations de La Sylphide à l'Opéra Garnier, je n'avais jamais vu ce ballet. J'avais cependant un a priori positif sur le travail du chorégraphe Pierre Lacotte grâce aux excellents souvenirs de sa version de Coppélia.

Le premier acte de sa Sylphide est le parfait représentant de ce que j'apprécie le plus dans la danse classique, et dans la danse en général ! Quel délicieux acte ! Cet acte est résolument narratif. La narration est extrêmement lisible. Plutôt que de s'y insérer sans transition, les danses du corps de ballet participent pleinement à cette narration. À la fin de cet acte, James poursuit dans la forêt la Sylphide qui vient de lui chiper sa bague de fiançailles. Il s'est laissé séduire par cette créature aux ailes décorées d'une plume de paon alors qu'il était sur le point de se marier avec Effie. La part narrative du deuxième acte est beaucoup plus réduite. James offre à la Sylphide un voile qui a été préparé par la sorcière. Comme l'indiquait la pantomime de la sorcière, ce voile est censé faire perdre ses ailes à la Sylphide, ce qui doit la rapprocher de James. Ce qu'il ne sait pas, c'est que ce voile lui fera aussi perdre la vie. Pour le reste, il s'agit essentiellement d'un acte blanc évoquant sans réelle narration les sylphides en train de se divertir joyeusement avec James jusqu'à ce qu'il commette l'irréparable. Malgré la belle scénographie qui fait voler les sylphides dans les airs, les qualités du corps de ballet et les variations virtuoses de James et de la Sylphide, j'avoue m'être parfois ennuyé. J'ai eu l'occasion de voir danser quatre interprètes différentes du rôle-titre (Evgenia Obraztsova, Ludmila Pagliero, Amandine Albisson, Mélanie Hurel). Une seule de ces quatre interprètes m'a ôté toute sensation d'ennui dans cet acte : c'est Amandine Albisson, dont j'ai trouvé remarquable le travail sur l'expression dans ce deuxième acte, autant dans les passages tendres et amoureux avec James que dans la scène de sa mort, magnifiquement interprétée.

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Evgenia Obraztsova, Mathias Heymann

Dans le premier acte, comment ne pas être ébloui par la danseuse Evgenia Obraztsova ! L'espiègle séduction de son personnage se traduit jusque dans les moindres mouvements de la ballerine du Bolchoï. Depuis son retour en avril dernier après une lourde blessure, Mathias Heymann semble avoir pris une autre dimension. Bien sûr, il est toujours aussi impressionnant dans ses sauts, mais il m'a aussi semblé très convaincant dans l'expression. Ils étaient associés dans l'émouvant pas de trois du premier acte à Muriel Zusperreguy (Effie), que j'ai trouvée formidable dans ce rôle. J'aimerais que cette première danseuse ait davantage de possibilité d'incarner de plus grands rôles... Un autre soir où elle était associée à Emmanuel Thibault, ils étaient tous les deux irrésistibles dans le pas de deux des Écossais !

Une partie importante de la narration repose sur le talent de l'interprète de la sorcière. Dans ce rôle, Stéphane Phavorin a encore une fois montré ses qualités dans la pantomime. Il a rendu la narration tellement claire que c'est comme s'il parlait. Il fera apparemment ses adieux à la scène de l'Opéra ce lundi 15 juillet...

Photo 05
Stéphane Phavorin

S'agissant enfin de la musique de Jean Schneitzhoeffer, un compositeur dont je n'avais jamais entendu parler, j'avoue avoir pris un certain plaisir à l'écouter, et ce tout particulièrement le 11 juillet, un soir où le premier violon de l'orchestre dirigé par Philippe Hui était semble-t-il Éric Lacrouts. Certes, il y eut quelques couacs, mais à certains moments, les nuances de l'interprétation semblaient parfaitement en phase avec les interventions des personnages. Le cor et les vents (notamment la clarinette) étaient magnifiques. Si le prélude de La Sylphide m'a fait penser à un passage de la Symphonie pastorale de Beethoven, j'ai aussi aimé les numéros musicaux rappelant parfois le style de Rameau et plus souvent celui de Rossini.

Voici un lien vers mes autres photographies des saluts de la représentation du 2 juillet.

Ailleurs : Blog à petits pas, Danses avec la plume, Bella Figura.

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Die Meistersinger von Nürnberg à Budapest

2013-07-11 12:20+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Budapest

Bartók Béla Nemzeti Hangversenyterem, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-06-15

James Rutherford, Hans Sachs

Eric F. Halfvarson, Veit Pogner

William Saetre, Kunz Vogelgesang

Domonkos Blazsó, Konrad Nachtigall

Bo Skovhus, Sixtus Beckmesser

Miklós Sebestyén, Fritz Kothner

István Horváth, Balthasar Zorn

Csapó József, Ulrich Esslinger

Lars-Olivier Rühl, Augustin Moser

Piotr Prochera, Hermann Ortel

Ferenc Cserhalmi, Hans Schwarz

Zoltán Nagy, Hans Foltz

Kaus Florian Vogt, Walther von Stolzing

Uwe Stickert, David

Annette Dasch, Eva

Gudrun Pelker, Magdalena

Dömötör Pintér, Un veilleur de nuit

Ádám Fischer, direction musicale

Michael Schulz, mise en scène

Dirk Becker, décors

Renée Listerdal, costumes

Sylvie Gabor, assistant à la mise en scène

Magyar Rádió Szimfonikusok és Énekkar

Csaba Somos, chef de chœur

Nemzeti Énekkar

Mátyás Antal, chef de chœur

Die Meistersinger von Nürnberg, Wagner

J'ai du mal à concevoir comment cette représentation des Maîtres chanteurs de Nuremberg aurait pu être meilleure ! Que l'opéra soit donné dans une salle de concert plutôt qu'un théâtre impose certes des restrictions sur la scénographie, mais la qualité musicale a été telle qu'on se contente bien volontiers d'une plate-forme carrée occupant le tiers central de la scène dont le fond représente au début de l'ouvrage un retable qui est découvert alors que l'on célèbre une messe dans l'église Sainte-Catherine. Une réunion des Maîtres chanteurs y a lieu ensuite. Walther échoue à se faire admettre parmi les Maîtres, ce qui devait lui permettre de participer au concours du lendemain dont le gagnant remportera la main d'Eva, la jeune femme dont il vient de tomber amoureux et que convoite aussi le ridicule Beckmesser. L'opéra se finissant bien, il parviendra néanmoins à gagner le concours. Il sera en cela aidé par le cordonnier Hans Sachs qui lui apprendra comment concilier l'originalité de son chant et le respect de la tradition musicale dont les Maîtres sont les gardiens.

Au début de la représentation, une voix avait annoncé en hongrois et en allemand que l'interprète de Beckmesser (Bo Skovhus) était handicapé en raison d'une opération chirurgicale récente. Il a ainsi joué son rôle avec une béquille. Si cette béquille n'avait pas été prévue par la mise en scène, il aurait fallu de toute évidence l'ajouter tant le chanteur en a fait un usage à mourir de rire ; même un mois plus tard, je ne m'en suis toujours pas remis. La mise en scène comportait une mise en abyme dans la mesure où le thème musical de l'opéra était illustré sur scène par des pupitres et des partitions vocales que les chanteurs tenaient parfois entre leurs mains. Dans son numéro comique, Beckmesser moquait parfois la musique de Wagner, au point qu'il arracha de façon provocante quelques pages de la partition sur laquelle on pouvait lire Wagner...

Les prestations vocales de tous les chanteurs ont été superbes. Pendant le premier acte, j'ai bien eu quelques réserves sur la voix de Klaus Florian Vogt (Walther) en raison de son timbre (une pure question de goût, cohérente avec une impression passée), mais il a tellement bien chanté dans les actes suivants qu'à la fin de la représentation, j'étais conquis par ce chanteur ! J'ai aussi aimé Annette Dasch (Eva). James Rutherford a été relativement endurant dans le rôle très exigeant de Hans Sachs. Le reste de la distribution était excellent, et ce jusqu'au rôle plus modeste du veilleur de nuit dans lequel Dömötör Pintér a fait des merveilles (et il joue aussi du trombone !).

C'était la première fois que j'entendais cet opéra, joyeux et drôle. Les cordes de l'orchestre de la Radio hongroise jouent de façon très différente, beaucoup plus en douceur que lorsqu'ils jouent le Ring ou Parsifal. Je me suis particulièrement délecté par les changements d'atmosphères musicales qui se sont succédées lorsqu'un des personnages fait à Walther le catalogue des modes musicaux reconnus par les Maîtres chanteurs. Les noms quelques peu ridicules de ces modes se retrouvent immédiatement suggérés par la musique. Cependant, les actes qui m'ont fait la plus grande impression sont les deuxième et troisième. Je ne m'attendais pas à un tel echantement ! Toutefois, si les chœurs étaient magnifiques, j'ai malheureusement quelques notions d'allemand et je n'ai pu m'empêcher d'éprouver un léger sentiment de malaise lors du finale exaltant l'Art allemand.

Ailleurs : Paris — Broadway.

Saluts des Maîtres chanteurs

Fanfare

Avant chaque acte, les cuivres de l'orchestre interprétaient un motif extrait de l'opéra pour rappeler aux spectateurs de reprendre place. Ils le font en général depuis une terrasse puis de la passerelle ci-dessus. Avant le dernier acte des Maîtres chanteurs, ces musiciens se font fait remarquer de façon amusante en jouant la fanfare depuis un escalator en marche !

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Le vite dit de mai 2013

2013-07-05 17:42+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Culture indienne

Cité de la musique — 2013-05-13

Akiko Suwanai, violon

Henri Demarquette, violoncelle

Michel Portal, clarinette

Michel Dalberto , piano C. Bechstein

Nocturne, pour violoncelle et piano (André Jolivet)

Noël nouvelet, Crudelis Herodes, pour piano (Daniel-Lesur)

Comme un souvenir, pour clarinette, Michel Portal

Les Chants de Kervéléan nº3 et nº6, pour piano (Charles Koechlin)

Sonate op. 50, pour violon et violoncelle (Marcel Mihalovici)

Quatuor pour la fin du Temps, Olivier Messiaen

Des œuvres composées pendant la deuxième guerre mondiale étaient au programme de ce concert réunissant de grands interprètes de musique de chambre. J'ai aimé le Nocturne d'André Jolivet qui m'a permis d'entendre pour la première fois le violoncelliste Henri Demarquette. Le son cristallin du piano utilisé par Michel Dalberto m'a beaucoup plu dans les œuvres de Daniel-Lesur qu'il a jouées ensuite. Le clarinettiste Michel Portal, que je n'avais jusque là jamais entendu, a ensuite improvisé en intégrant des souvenirs de jeunesse dans lesquels on pouvait reconnaître un peu de Bach. Je me suis désespérement ennuyé à l'écoute des Chants de Kervéléan de Koechlin. Le point culminant de cette première partie de concert a été atteinte avec la sonate pour violon et violoncelle de Marcel Mihalovici.

Avant la reprise du concert après l'entr'acte, François Henrot, fils d'un codétenu d'Olivier Messiaen à Görlitz, a sobrement évoqué les conditions de la création du Quatuor pour la fin du Temps dans le camp de prisonniers. L'œuvre en huit mouvements utilise diverses configurations de musiciens. Les mouvements se suivent et me procurent des émotions diverses. Michel Portal interprète d'une façon assez sombre l'Abîme des oiseaux. Plus loin, certaines notes du piano au milieu de la Danse de la fureur, pour les sept trompettes me rappellent très étrangement le thème de Darth Vader. Le pianiste ne joue d'ailleurs pas à moitié les passages les plus percussifs de l'œuvre ! L'atmosphère fut toute différente pendant le dernier mouvement. Le temps s'est comme suspendu à l'écoute de la violoniste Akiko Suwanai et du pianiste Michel Dalberto. Quel plaisir intense ce fut d'écouter cette Louange à l'Immortalité de Jésus !

Ailleurs : Bladsurb.

Cité de la musique — 2013-05-14

Chamber Orchestra of Europe

Semyon Bychkov, direction musicale

Métamorphoses, Richard Strauss

Lisa Batiashvili, violon

Concerto pour violon nº2 (Prokofiev)

Valse (Chostakovitch)

Symphonie nº41 en ut majeur “Jupiter”, KV 551 (Mozart)

Ce n'est pas le meilleur concert du Chamber Orchestra of Europe auquel j'aie assisté. Contrairement à ma première audition de cette œuvre, cette interprération des Métamorphoses de Richard Strauss m'a procuré un certain plaisir, mais j'ai le sentiment que cela aurait pu être mieux, l'engagement habituel du COE ne semblant présent que par moments. (J'espère que ce sera mieux à Edimbourg quand cette œuvre, associée de façon intéressante à la Troisième Symphonie de Beethoven, sera dirigée par Yannick Nézet-Séguin.) En revanche, je n'ai aucune réserve sur le Concerto pour violon nº2 de Prokofiev interprété par Lisa Batiashvili ! Absolument magnifique ! Après l'entr'acte, je me suis malheureusement ennuyé à l'écoute de la 41e symphonie de Mozart “Jupiter”. Dirigeant sans partition, le chef Semyon Bychkov me donnait parfois curieusement l'impression d'être en retard sur l'orchestre. J'admire cependant le professionnalisme d'un des violonistes de l'orchestre qui après que sa partition se fut volatilisée suite à une tourne périlleuse parvint néanmoins à jouer de mémoire la fugue placée à la fin de la symphonie !

Auditorium du Musée Guimet — 2013-05-17

Shahid Parvez Khan, sitar

Nihar Mehta, tabla

Ce concert de Shahid Parvez Khan fut très différent de celui qu'il avait donné au Théâtre de la Ville en 2011. Celui-ci a été en quelque sorte plus extraverti. Sans prendre beaucoup de temps pour développer le raga (dont il n'a d'ailleurs pas annoncé le nom), il s'est lancé très rapidement dans de très virtuoses improvisations. J'aime moins, mais cela a néanmoins été un concert très agréable.

Opéra Bastille — 2013-05-18

Torsten Kerl, Siegfried

Evgeny Nikitin, Gunther

Peter Sidhom, Alberich

Hans-Peter König, Hagen

Petra Lang, Brünnhilde

Edith Haller, Gutrune, Dritte Norn

Sophie Koch, Waltraute, Zweiter Norn

Wiebke Lehmkuhl, Erste Norn, Flosshilde

Caroline Stein, Woglinde

Louise Callinan, Wellgunde

Philippe Jordan, direction musicale

Günter Krämer, mise en scène

Jürgen Bäckmann, décors

Falk Bauer, costumes

Diego Leetz, lumières

Otto Pichler, chorégraphie

Stefan Bischoff, création images vidéo

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Götterdämmerung, Wagner (répétition générale)

Grâce à Olivier, j'ai pu assister à la répétition générale du Crépuscule des Dieux à l'Opéra Bastille dans la production que je n'avais pas vraiment aimée il y a deux ans. Si quelques couacs se faisaient entendre dans l'orchestre (ce n'était qu'une répétition), j'ai passé un moment plutôt agréable. Cela dit, il n'y a désespérement pas de théâtre dans cette mise en scène. Je n'en ai vu que dans le deuxième acte, et ce uniquement dans le personnage de Brünnhilde auquel Petra Lang est parvenue à donner vie.

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-05-21

Orchestre de chambre de Paris

François Leleux, direction, hautbois

Music of Gaity dal "Fitzwilliam Virginal Book" (Maderna)

Deborah Nemtanu, violon et direction

Concerto pour violon nº5 en la majeur, KV 219 (Mozart)

Introduction, thème et variations pour hautbois et orchestre op. 102 (Hummel)

Symphonie nº4 “Tragique” en ut mineur (Schubert)

Plus d'un mois après ce concert, j'en retiens deux choses. Premièrement, comme les Parisiens sont chanceux de pouvoir entendre à quelques jours d'intervalle des violonistes aussi incroyables que Leonidas Kavakos, Lisa Batiashvili ou Akiko Suwanai ; ce soir-là, il fallait si j'ose dire se contenter de Deborah Nemtanu, dont j'ai aimé l'interprétation du Concerto pour violon nº5 de Mozart. Deuxièmement, si François Leleux est un fabuleux hautboïste, c'est également un superbe chef d'orchestre. Suivant les chefs invités à diriger l'Orchestre de chambre de Paris, j'ai eu des impressions toutes différentes, parfois très négatives, parfois très positives. Pendant la Symphonie nº4 de Schubert, c'était pour le meilleur que le chef et l'orchestre étaient réunis.

Cité de la musique — 2013-05-23

Les Dissonances

Xavier Phillips, violoncelle

Trois strophes sur le nom de Sacher pour violoncelle solo (Dutilleux)

David Grimal, direction artistique, violon solo

David Gaillard, alto solo

Variations on a Theme of Frank Bridge op. 10 (Britten)

Lachrymae, Réflexions sur un chant de Dowland op. 48a (Britten)

Adagio pour cordes op. 11 (Barber)

Sérénade pour violon, cordes, harpe et percussions (Bernstein)

Si j'ai été heureux d'entendre l'altiste David Gaillard jouer Britten et de voir l'orchestre des Dissonances dans la Sérénade pour violon, cordes, harpe et percussions de Bernstein, je retiens surtout le souvenir de l'émerveillement procuré par le violoncelliste Xavier Phillips qui a fabuleusement défendu les Trois strophes sur le nom de Sacher de Dutilleux, une œuvre insérée au programme pour rendre hommage au compositeur décédé la veille.

Ailleurs : Bladsurb.

Centre Mandapa — 2013-05-24

Nancy Boissel, Estelle Guihard

Sowri Rajan/David Ramsamy, ghatam, morsing

Estelle Guihard, mise en scène

Marie de La Bellière, accessoires, régie

L'Homme Semence, d'après le texte de Violette Ailhaud

Après la répression faisant suite au soulèvement républicain contre le coup d'état de Napoléon III, tous les hommes d'un village du Sud de la France ont disparu. Les femmes se retrouvent seules. Elles décident d'un pacte : le prochain homme qui entrera au village serait le mari de toutes, l'homme semence. Au bout de deux ans, un homme s'approche. Violette Aillhaud est la femme qu'il a regardée en premier.

Cette pièce de théâtre met en scène la narratrice, jouée par Estelle Guihard. Certains actes et émotions du personnage sont illustrés par les mouvements de Nancy Boissel (dont j'ai déjà pu apprécier les qualités de danseuse de bharatanatyam). Une musique utilisant des instruments du Sud de l'Inde fournit une atmosphère sonore à cette pièce : le ghatam (une sorte de cruche) et le morsing (guimbarde).

Je vais très rarement au théâtre, mais j'ai beaucoup aimé cette pièce. Les accessoires et costumes sont sobres, mais sont utilisés d'une façon très juste. Le moment qui m'a le plus passionné fut le solo de danse de Nancy Boissel sur le thème de l'Amour au moment où la narratrice et l'homme sont unis. Ce passage empruntait à la danse bharatanatyam non seulement des gestes mais aussi une manière d'aborder ce thème, et pourtant les mouvements utilisés étaient parmi les plus universellement compréhensibles qui soient. Ce solo fut pour moi un superbe moment de danse, aussi émouvant qu'intéressant.

Opéra Comique — 2013-05-28

Ensemble Ictus

Georges-Elie Octors, direction musicale

Prélude à l'après-midi d'un faune (Debussy, arrangement de Benno Sachs pour douze instruments, accompagné du film de Thierry De Mey, Prélude à la Mer, avec Cynthia Loemij et Mark Lorimer, dans une chorégraphie d'Anne Teresa De Keersmaeker)

Valse³, une cour impérale vers 1885, d'après La Valse de Maurice Ravel (Frédéric Verrières)

Marianne Pousseur, soprano

François Deppe, direction musicale

Pierrot lunaire, pour voix et cinq instruments, op. 21, Schönberg

Ce concert a été pour moi une déception. Le Prélude à l'après-midi d'un faune m'a procuré moins de plaisir que ne l'a fait un orchestre amateur, et ce alors-même que l'interprétation de l'ensemble Ictus était associée à la projection d'un film montrant la chorégraphie d'Anna Teresa De Keersmaeker (qui ne m'a pas du tout passionné). Si j'avais aimé The Second Woman de Frédéric Verrières, j'ai vraiment eu l'impression que sa Valse³ d'après Ravel était une vaste plaisanterie... En deuxième partie, j'ai cependant apprécié Marianne Pousseur dans Pierrot lunaire de Schönberg (et cela aurait été encore mieux si le concert avait été surtitré).

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-05-30

Ballet et Orchestre du Théâtre Mariinsky

Valery Gergiev, direction musicale

Vaslav Nijinsky, chorégraphie (1913)

Millicent Hodson, Kenneth Archer, reconstitution de la chorégraphie, des décors et des costumes

Le Sacre du Printemps, Stravinski

Sasha Waltz, chorégraphie (2013)

Bernd Skodzig, costumes

Pia Maier Schriever, Sasha Waltz, décors

Thilo Reuther, lumières

Le Sacre du Printemps, Stravinski

Ce spectacle du Ballet du Théâtre Mariinsky comportait deux versions du Sacre de Printemps. La première est une tentative de reconstitution de la version d'origine de Nijinsky par Millicent Hodson et Kenneth Archer. L'animateur du Forum Dansomanie, Haydn signalait sur Twitter que lors d'une conférence au Théâtre des Champs-Élysées, les chorégraphes expliquaient qu'il ne restait rien de la chorégraphie de Nijinsky et qu'ils revendiquaient l'entière paternité de la chorégraphie présentée... En tout cas, je dois avouer m'être ennuyé pendant la réprésentation de ce ballet. J'ai été bien davantage intéressé par la version de Sasha Waltz présentée après l'entr'acte, quoiqu'en la visionnant on ne peut s'empêcher de remarquer les références à la version de Pina Bausch.

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Planning de juillet 2013

2013-07-01 14:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Culture indienne — Planning

Cet été, très exceptionnellement, je ne voyagerai pas en Inde. À la place, je visiterai quelques villes où se déroulent des festivals de musique. J'ai d'ailleurs déjà commencé en juin avec les journées Wagner à Budapest. J'irai ainsi à Montpellier pour le festival de Radio France, puis à Salzbourg en passant par Munich, et enfin à Edimbourg, mais ce sera déjà le mois d'août. Voici donc le programme inhabituellement chargé de mon mois de juillet :

  • 2 juillet 2013 (Opéra Garnier) : Suite à la loterie puis à la valse des distributions, il semblerait que ce sont Evgenia Obraztsova et Mathias Heymann que je verrai à l'Opéra Garnier dans les rôles principaux de La Sylphide, un ballet reconstitué par Pierre Lacotte (dont j'avais beaucoup aimé la Coppélia). D'après les échos des premières représentations, ce serait plutôt une très bonne pioche...
  • 4 juillet 2013 (Opéra Bastille) : Je n'ai encore jamais vu de ballet de Carolyn Carlson. Signes sera le premier.
  • 7 juillet 2013 (Centre Mandapa) : Il est possible que j'assiste au récital de bharatanatyam de Virginie et Marianne, élèves de Vidya, mais peut-être irai-je plutôt assister aux spectacles de danse Place Stalingrad dans le cadre des festivités du Ratha Yatra, organisé semble-t-il par l'ISKCON à Paris. Le vrai Ratha Yatra a lieu à Puri (Odisha)...
  • 18 juillet 2013 (Centre Mandapa) : Deux danseuses de styles différents, Ujjaini Sharma (bharatanatyam) et Hakilée Tula (kathak) partagent l'affiche de ce récital.
  • 20 juillet 2013 (Corum, Montpellier) : Au programme de ce premier concert montpelliérain, il y aura notamment la sonate pour violon et piano en la bémol mineur de Janáček interprétée par la pianiste Natalia Pegarkova et le violoniste Michael Barenboim.
  • 20 juillet 2013 (Cathédrale de Montpellier) : Malgré des visites régulières à Montpellier, je n'ai jamais visité la cathédrale. J'y assisterai à un concert de musique médiévale de la Maîtrise de Radio France dirigée par Sofi Jeannin : Le Livre Vermeil de Montserrat.
  • 21 juillet 2013 (Corum, Montpellier) : La raison de ma visite à ce festival est ce concert au Corum de l'Orchestre National de France dirigé par Bernard Haitink. J'y entendrai le Concerto pour orchestre de Bartók et la Troisième Symphonie de Beethoven ! J'espère que Maria Chorokoliyska, ma contrebassiste préférée, sera présente !
  • 22 juillet 2013 (Corum, Montpellier) : Avant de reprendre le train, un dernier concert de musique de chambre avec le violoncelliste Narek Hakhnazaryan et la pianiste Marianna Shirinyan.
  • 24 juillet 2013 (Théâtre des Bouffes du Nord) : Je me réjouis de revoir Une flûte enchantée de Peter Brook aux Bouffes du Nord à l'occasion de la reprise de cette production créée en 2010.
  • 26 juillet 2013 (National Theater, Munich) : Avant d'aller à Salzbourg, je passerai une journée à Munich où je découvrirai l'Opéra d'État de Bavière à l'occasion d'une représentation de Boris Godounov, mis en scène par Calixto Bieito.
  • 27 juillet 2013 (Haus für Mozart, Salzbourg) : J'avais complètement oublié que Rolando Villazón était dans la distribution de ce Lucio Silla au Festival de Salzbourg. J'espère qu'il sera en bonne forme vocale. J'y vais surtout pour entendre Les Musiciens du Louvre-Grenoble dirigés par Marc Minkowski.
  • 28 juillet 2013 (Mozarteum Großer Saal, Salzbourg) : Quel drôle de programme (matinal) que celui-ci qui juxtapose des œuvres de Mozart et la symphonie Pastorale de Beethoven. J'espère que le chef hongrois Ádám Fischer fera un aussi bon travail qu'avec l'orchestre de la radio hongroise lors du festival Wagner à Budapest... (Non, je ne l'espère pas vraiment : je souhaite simplement ne pas être trop déçu par ce concert...)
  • 28 juillet 2013 (Großes Festspielhaus, Salzbourg) : Voici le concert qui justifie le déplacement à Salzbourg. Je crois n'avoir entendu qu'une seule fois Les Saisons de Haydn en concert, mais j'en garde un souvenir émerveillé. Il est permis de penser a priori que cette version sera encore plus merveilleuse puisque ce sera pour moi l'occasion d'entendre pour la première fois les Wiener Philharmoniker, qui seront dirigés par Nikolaus Harnoncourt !
  • 29 juillet 2013 (Haus für Mozart, Salzbourg) : Je l'avoue, si je vais à cette représentation de Falstaff (Verdi), c'est pour pouvoir dire que j'ai assisté à un concert dirigé par un chef d'orchestre indien, en l'occurence Zubin Mehta. Et aussi, pour rire un peu de cette joyeuse farce...
  • 30 juillet 2013 (Cuvilliéstheater, Munich) : Récemment, le quatuor Schumann a remporté le premier prix du concours de Bordeaux. Manque de chance, c'est pour le Schumann Quartett München que j'avais réservé une place, et celui-là a semble-t-il choisi son nom en référence au compositeur abhorré plutôt qu'en référence au nom de famille des musiciens comme celui-ci. Heureusement, lors de ce concert faisant partie d'un festival de musique de chambre à Munich, ils joueront Dvorák, Britten et Brahms !
  • 31 juillet 2013 (National Theater, Munich) : Pour terminer le mois de juillet, j'assisterai à la toute dernière représentation de Parsifal dirigée par Kent Nagano en tant que chef de l'orchestre de l'Opéra d'État de Bavière. J'y retrouverai Petra Lang que j'ai déjà entendue à Budapest dans le rôle de Kundry. (Cette représentation sera un peu sportive pour moi puisque ce n'est qu'après avoir payé 17€50 que je me rendis compte que j'avais réservé une Stehplatz...)

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Parsifal à Budapest

2013-06-20 17:59+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Budapest

Bartók Béla Nemzeti Hangversenyterem, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-06-14

Lauri Vasar, Amfortas

Kolos Kováts, Titurel

Matti Salminen, Gurnemanz

Christian Franz, Parsifal

Hartmut Welker, Klingsor

Petra Lang, Kundry

Péter Kiss, Premier chevalier

Ákos Ambrus, Second chevalier

Solistes du Chœur de garçons de Tölz, Premier et deuxième écuyer

István Horváth, Troisième écuyer

Zoltán Megyesi, Quatrième écuyer

Zita Váradi, Cecilia Lloyd, Krisztina Simon, Mónika González, Eszter Wierdl, Éva Várhelyi, Filles-fleurs

Atala Schöck, Une voix du ciel

Bálint Krúdy, Parsifal enfant

Fischer Ádám, direction musicale

Alexandra Szemerédy, Magdolna Parditka, mise en scène, décors et costumes

Károly Györgyfalvay, lumières

Magyar Rádió Szimfonikus Zenekar és Énekkar

Csaba Somos, chef de chœur

Magyar Rádió Gyermekkórus

Dr. Lászlo Matos, chef de chœur

Sándor Kabdebó, co-chef de chœur

Nemzeti Énekkar

Mátyás Antal, chef de chœur

Parsifal, Wagner

Quel plaisir de retrouver l'Orchestre de la Radio hongroise ! Le premier contact a lieu avec les cuivres, qui comme à Bayreuth interprètent quelques minutes avant chaque acte un motif de l'opéra représenté pour rappeler aux spectateurs de se diriger vers leurs places. Une fois installé à ma place, je reconnais quelques uns des musiciens aperçus il y a un an : le corniste, quelques contrebassistes, quelques violoncelles parmi lesquels le soliste barbu, etc. Dirigées par Ádám Fischer, les cordes et plus particulièrement les contrebasses et les violoncelles ont conservé leur inimitable son ! Avec quelle férocité ceux-ci poussent ou tirent sur leur archet, à tel point que certains doivent remettre régulièrement de la colophane pendant les actes ! Certains motifs joués en arrière-plan par les instruments à cordes les plus graves qui auraient sinon risqué d'être occultés dans les ensembles n'en ressortent que mieux. Les vents, et plus particulièrement la clarinette et le hautbois, m'ont paru sublimes dans le troisième acte !

La mise en scène de Alexandra Szemerédy et Magdolna Parditka est d'une sobriété extrême. La scène est initialement toute noire, puis après l'arrivée de Parsifal, la moitié droite deviendra blanche quand le tissu noir qui couvrait cette partie de la scène sera ingénieusement tiré depuis les coulisses. Le blanc règnera sur toute la scène quand Gurnemanz aura pris conscience que Parsifal est le nouveau roi. La duplicité du rôle de Kundry est soulignée par son costume blanc dans les premier et troisième actes tandis qu'elle sera en noir puis en rouge quand, sous l'emprise de Klingsor, elle tentera de séduire Parsifal au deuxième acte. En dehors de la scène des filles-fleurs fort bien réglée, la mise en scène a été assez statique, mais ce ne fut guère un problème compte tenu des merveilles qui sortent de la fosse. Si les solistes ont globalement plus que bien chanté, j'ai été particulièrement saisi dans les premier et troisième actes par les magnifiques chœurs qui avaient pris place sur scène et aux deux étages d'arrière-scène ! L'ensemble était très impressionnant !

Ailleurs : Paris — Broadway.

Saluts de Parsifal

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Deux concerts matinaux à Budapest

2013-06-19 10:24+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Budapest

Liszt Ferenc Kamaterem Concert Hall, Budapest — 2013-06-15

Hámos Júlia, piano

Toccata en ut mineur, BWV 911 (Bach)

Variations pour piano seul en fa mineur, Hob.XVII/6 (Haydn)

Humoresque, op. 20 (Schumann)

Sonate nº9 (Scriabine)

Perpetuum mobile (objet trouvé), Kurtág

Samedi matin, je me suis rendu au musée-mémorial Franz Liszt où j'avais déjà eu l'occasion d'assister à un concert mémorable il y a un an. Une des pièces ouvertes au public héberge actuellement une petite exposition sur Wagner. Avant de la visiter, j'ai assisté à un récital de piano dans la salle de musique de chambre.

La jeune Júlia Hámos a commencé son programme par un Bach trop violent et fougueux pour me plaire. Ses variations en fa mineur de Haydn étaient meilleurs, mais elles ne sauraient évidemment rivaliser avec l'interprétation d'Emanuel Ax l'année dernière. La suite du programme était plus convaincante : Schumann, et surtout Scriabine. Avant de jouer son bis, la pianiste a parlé un moment de György Kurtág en hongrois, expliquant, semble-t-il, l'importance de ses pièces pédagogiques. L'interprétation de ce Perpetuum mobile (objet trouvé) fut, comme toujours avec Kurtág, très brève (moins de deux minutes), mais ce fut pour moi indiscutablement le sommet émotionnel de mon week-end de concerts, pourtant bien rempli ! Rien que pour ces glissandis de piano, je suis content d'être venu à Budapest. Ce qui est amusant, c'est que l'avant-veille de ce concert, j'avais acheté le premier volume des Játékok dans lequel figure la partition de ce bis !

Júlia Hámos au Liszt Ferenc Kamaterem Concert Hall

Fesztivál Színház, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-06-16

Isabelle Druet, mezzo-soprano

Anne Le Bozec, piano

Shakespeare-dalok

Ophelia halála, op. 18/2 (Berlioz)

Ophélia-dalok, WoO 22 (Brahms)

Ophélia halála, op. 9 (Saint-Saëns)

Shakespeare-dalok, op. 24 - 4 dal (Castelnuovo-Tedesco)

Szerenád (Schubert)

Szilviához (Schubert)

A bolond búcsúdala, op. 127/5 (Schumann)

Zuboly dala (Wolf)

Vízkereszt, op. 60 - 2 dal (Sibelius)

Shakespeare-dalok, op. 28/1-3 (Chausson)

A bohóc dala, op. 29/1 (Korngold)

Erzsébet-kori dalok (nº3, nº1), Ivor Gurney

Shakespeare-dalok, op. 31/4 (Korngold)

Fancy (Poulenc)

Chanson de Shylock (Fauré)

Dimanche, je suis retourné au Palais des Arts pour assister à un récital de mélodies franco-germano-anglo-finlandaises de la mezzo-soprano Isabelle Druet qui était accompagnée de la pianiste Anne Le Bozec. Le concert a eu lieu dans le Fesztivál Színház, le petit amphithéâtre du Palais des Arts, qui était très clairsemé (à peine une quarantaine de spectateurs). Néanmoins, cela n'a pas nui à la qualité de ce concert. Le point culminant a été atteint lors de la toute première mélodie de Berlioz sur Ophélie (le thème du concert était Shakespeare). Quelle diction ! Je n'ai jamais entendu un français chanté aussi intelligible ! Le sens du poème d'Ernest Legouvé d'après Shakespeare était tout à fait limpide. Les mêmes vers étaient d'ailleurs utilisés dans la mélodie de Saint-Saëns chantée quelques minutes plus tard. Je ne ferai pas l'inventaire de mes impressions chacune des mélodies au programme, je retiendrai seulement le nom de Castelnuovo-Tedesco, dont les parties de piano des quatre chansons au programme m'ont particulièrement plu.

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Hófehérke és a 7 törpe

2013-06-18 09:59+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Budapest

Magyar Állami Operaház, Budapest — 2013-06-13

Boros Ildikó, Hófehérke

Pazár Krisztina, Mostoha

Oláh Zoltán, Királyfi

Cserta József, Vadász

Bajári Levente, Banya

Balogh Béla, Tudor

Nagyszentpéteri Miklós, Vidor

Katona Bálint, Szende

Hommer Csaba, Szundi

Várkonyi Zoltán, Hapci

Solti Csaba, Morgó

Szegő András, Kuka

Bedő Dorisz, Riedl Ágnes, Vdovicheva Tatjana, Szörnyecskék

Csányi Valária, direction musicale

Kocsák Tibor, musique

Ifj. Harangozó Gyula, adaptation du conte des frères Grimm, chorégraphie et mise en scène

Rujsz Edit, assistante de la chorégraphe

Rujsz Edit, Fajth Blanka, maîtres de ballet, répétitions

Kemény Gábor, Bíró Rudolf, orchestration

Kentaur, décors

Rita Velich, costumes

Hófehérke és a 7 törpe, Táncjáték két felvonásban.

J'étais tellement pressé de sortir de l'aéroport de Budapest pour rejoindre la ville que j'ai oublié de récupérer ma valise sur le tapis roulant. On m'a heureusement permis de rebrousser chemin très rapidement, et arrivé à l'appartement que je louais, j'ai eu le temps de faire des provisions pour le week-end, acheter un CD Bartók de l'extraordinaire chœur Cantemus et le premier volume des Játekok de György Kurtág avant de me rendre au Magyar Állami Operaház pour assister à une représentation du ballet Hófehérke és a 7 törpe (Blanche-Neige et les Sept Nains). Je suis ressorti assez enchanté par ce programme de ballet, particulièrement bien pensé pour les enfants, jusques aux figurines autocollantes des personnages du ballet apparaissant dans le programme vendu pour la modique somme de 700 forints (moins de 3€). Faisant penser à Prokofiev (en moins bien), la musique de Tibor Kocsák est plutôt plaisante à l'écoute et comporte quelques moments spectaculaires. Elle inclut des motifs très reconnaissables comme celui des Sept Nains, dont le public, à force de l'entendre, marque le rythme en battant des mains. Certains passages me donnent une étrange impression de déja entendu, sans que je puisse identifier les thèmes d'origine dont le compositeur s'est inspiré pour élaborer ses propres développements. L'orchestre dirigé par Valária Csányi m'a fait une bonne impression.

La chorégraphie de Gyula Harangozó n'est pas très exaltante : la danse est pour ainsi dire réservée aux personnages féminins, tous les deux interprétés de façon convaincante : Blanche-Neige (Ildikó Boros) et la marâtre (Krisztina Pazár). Le Prince (Zoltán Oláh) danse bien un peu avec elles, mais le rôle est assez décoratif. Le Chasseur (József Cserta) danse beaucoup, mais ses pas et sauts sont peu variés et les sentiments ambigus du personnages me resteront assez obscurs jusqu'au bout. Un danseur fait cependant des étincelles, c'est András Szegő qui interprète le rôle de Kuka (Simplet), le seul des nains dont le rôle ne se réduise pas à de la pantomime. Le moment le plus délicieux du ballet est sans doute celui où le Prince, alors qu'il danse avec la marâtre, aperçoit Blanche-Neige et ne regarde plus qu'elle tout en évitant d'éveiller les soupçons de la marâtre.

La grande qualité de ce ballet réside dans sa composante narrative, magnifiée par une extraordinaire scénographie utilisant de nombreux décors !

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Musique française pour l'Orchestre des Concerts gais

2013-06-09 15:20+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Temple des Batignolles — 2013-05-31

Orchestre des Concerts Gais

Julien Vanhoutte, direction

Ouverture de La Fiancée du Tsar (Rimski-Korsakov)

Pelléas et Mélisande, suite pour orchestre (Prélude, Fileuse, Sicilienne, Mort de Mélisande), Fauré

Prélude à l'après-midi d'un faune (Debussy)

Marlène Rivière, violoncelle

Concerto pour violoncelle nº1 en la mineur, op. 33 (Saint-Saëns)

Sarabande de la Suite nº2 en ré mineur pour violoncelle, BWV 1008

Finlandia (Sibelius)

Dans mon premier billet sur l'Orchestre des Concerts gais, je soulignais que l'on allait pas écouter un orchestre amateur dans le même état d'esprit que l'on va assister à un concert d'un orchestre professionnel. Que quelques membres de l'orchestre ne me soient pas inconnus ne fait évidement qu'augmenter la sympathie qu'il m'inspire, mais cette bienveillance a priori ne saurait expliquer à elle seule le plaisir que j'ai eu à écouter cet orchestre quand il m'a fait découvrir Bruckner ou m'a émerveillé avec Tchaikovski et Haydn.

Il faut en effet se rendre à l'évidence. Pour une œuvre donnée, cet orchestre peut me procurer plus de plaisir que certains orchestre professionnels... La première étude de cas a été fournie par la Symphonie nº104 de Haydn. J'ai entendu il y a quelques semaines un orchestre professionnel la jouer d'une façon juste assez satisfaisante pour que je ne me retrouve pas dans un état de désolation avancé à l'issue d'un concert jusque là soporifique. Cette même symphonie avait été jouée par l'Orchestre des Concerts gais de façon très enthousiasmante il y a six mois dans un concert remarquable du début à la fin.

Mai a été pour moi le mois Prélude à l'après-midi d'un faune. Entre mai et début juin, j'ai ainsi vu trois fois le programme de ballet donné à l'Opéra Garnier, un programme comprenant deux chorégraphies sur cette œuvre de Debussy. Cela fait six auditions du Prélude auxquelles il faut ajouter une version réduite pour douze instruments interprétée par l'ensemble Ictus à l'Opéra Comique. Dans cette œuvre, l'Orchestre de l'Opéra peut être magique certains soirs, mais d'autres fois cela peut être moins bien. Le flûtiste de l'Orchestre des Concerts gais m'a procuré bien davantage de plaisir que l'un des deux flûtistes de l'Opéra ! Pour ce qui est de l'Orchestre des Concerts gais dans son ensemble, son interprétation du Prélude m'a semblé bien plus habitée que ce que j'ai entendu à l'Opéra Comique (dans une version certes réduite). Je m'attendais à ce que ce soit bien, mais ce fut tout simplement fabuleux ! Bravo aux musiciens et à leur chef Julien Vanhoutte !

Avant le Prélude à l'après-midi d'un faune, le concert avait commencé par la redoutable Ouverture de La Fiancée du Tsar de Rimski-Korsakov, fort bien négociée. Avait suivi la suite pour orchestre Pelléas et Mélisande de Fauré, une œuvre dont seules mes archives me rappellent que je l'avais déjà entendue en 2009 dans le ballet Émeraudes de Balanchine. Cela a donc été tout comme si je découvrais cette suite de Fauré, que j'ai trouvée très belle et qui m'a beaucoup ému. Étrangement, ce qui m'a le plus émerveillé dans cette œuvre, ce fut la présence de la clarinette, qui est bien sûr parfois à l'avant-plan comme à la fin du premier mouvement, mais qui, à l'arrière-plan, contribue à l'atmosphère sonore d'une façon tout aussi importante.

Le programme se poursuivait avec le concerto pour violoncelle nº1 de Saint-Saëns. J'ai apprécié la complémentarité entre le violoncelle et l'orchestre. Soit horizontalement, en se refilant un thème tourbillonnant comme dans le début, soit verticalement en jouant des parties très différentes comme dans la partie centrale où les cordes semblent faire des pas de danse en sautillant dans l'herbe tandis que le son du violoncelle fait parfois penser au bourdonnement d'une abeille. J'ai aimé entendre la violoncelliste Marlène Rivière aussi bien dans les passages les plus virtuoses que dans les moments les plus expressifs.

Le concert s'est terminé par deux bis : un beau Bach par la violoncelliste et une impressionnante Finlandia de Sibelius, que quelques spectateurs descendant la rue de Rome en sortant du concert avaient quelque mal à se sortir de la tête...

Ailleurs : Bladsurb, Klari.

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Planning de juin 2013

2013-06-01 08:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Mathématiques — Planning

Voici mon programme pour le mois de juin :

  • 2 juin 2013 (Salle Pleyel) : Rediffusion partielle d'un concert de l'Orchestre Colonne que j'avais beaucoup apprécié.
  • 2 juin 2013 (59 Rivoli) : Ma prof de chant dhrupad chante dans l'octuor Célinn et l'Arbre des Songes dans un programme qui comportera d'authentiques compositions de dhrupad.
  • 3 juin 2013 (Opéra Garnier) : Je retourne voir une troisième fois ce programme Béjart/Nijinski/Robbins/Jalet/Cherkaoui afin de voir Myriam Ould Braham dans le rôle de la nymphe d'Afternoon of a Faun de Robbins...
  • 6 juin 2013 (Salle Pleyel) : J'ai hâte de revoir le chef Yutaka Sado, et d'entendre pour la première fois le pianiste Boris Berezovsky dans ce programme de l'Orchestre de Paris et du chœur qui lui est associé.
  • 8 juin 2013 (Théâtre des Champs-Élysées) : Le War Requiem Britten dirigé par Andris Nelsons !
  • 13 juin 2013 (Magyar Állami Operaház) : Direction Budapest. Avant le week-end wagnérien, le ballet Hófehérke és a 7 törpe (Blanche-Neige et les Sept Nains) à l'Opéra National Hongrois. (À 20€ le troisième rang du parterre plein centre, il serait dommage de s'en priver...)
  • 14 juin 2013 (Művészetek Palotája, Budapest) : Parsifal avec un belle distribution de chanteurs, l'orchestre symphonique de la radio hongroise dirigé par Fischer Ádám tout comme lors du superbe Ring auquel j'avais assisté en 2012.
  • 15 juin 2013 (Művészetek Palotája, Budapest) : Le lendemain, la même équipe jouera Les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg que j'entendrai pour la première fois.
  • 18 et 19 juin 2013 (Salle Pleyel) : Les deux derniers concerts de la superbe série de musique de chambre de Brahms à Pleyel se termine avec le quatuor Jerusalem, l'altiste Amihai Grosz et le pianiste Ohad Ben Ari.
  • 20 juin 2013 (Théâtre des Champs-Élysées) : J'irai voir Anna Caterina Antonacci dans le rôle-titre de Pénélope de Fauré. Il y aura aussi Roberto Alagna dans le rôle d'Ulysse : je me réjouis donc du fait qu'il s'agisse d'une version de concert de cet opéra.
  • 22 juin 2013 (14h30) (Amphithéâtre Hermite, Institut Henri Poincaré) : Début janvier, j'ai reçu un message de Nicolas Bourbaki m'invitant à faire un exposé sur la conjecture de Bloch-Kato, d'après M. Rost et V. Voevodsky (qui a obtenu la médaille Fields en 2002 pour des travaux antérieurs sur un cas particulier de cette conjecture). Les vingt premières minutes de mon exposé devraient être à peu près compréhensibles... par des mathématiciens professionnels (et encore, dès la deux- ou troisième phrase, il y aura des groupes de Galois, ce qui exclura assez rapidement les non-algébristes...).

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Le vite dit d'avril 2013

2013-04-08 23:38+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Culture indienne

J'ai déjà eu l'occasion de revenir sur les concerts des Solistes des Berliner Philharmoniker. Les fabuleux concerts de l'Orchestre de Paris avec Leonidas Kavakos (concerto de Sibelius) feront l'objet d'un prochain billet. En attendant, voici le vite dit d'avril, récapitulant mes impressions sur les autres spectacles vus au cours du mois :

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-04-04

Luc Héry, violon solo

Orchestre national de France

David Afkham, direction

Atmosphères, György Ligeti

Till Fellner, piano

Concerto pour piano nº3 et ut mineur op 37 (Beethoven)

Roméo et Juliette, extraits (Prokofiev)

Mes dernières expériences de spectateur avec l'Orchestre National de France dataient d'il y a deux ans et étaient très contrastées. Ce concert m'a réconcilié avec cet orchestre et permis d'entendre Maria Chorokoliyska, la merveilleuse contrebassiste solo de l'orchestre dont l'engagement est impressionnant. Elle me consolerait presque de la retraite prise par Bernard Cazauran de l'Orchestre de Paris. Si j'ai pu la voir, c'est en raison des bruyants scolaires qui m'ont gâché l'audition de Atmosphères de Ligeti : entre deux œuvres, le temps que le piano soit installé, je me suis replacé du côté opposé ce qui me permit de voir les contrebasses, et de ne pas en détourner mon regard, mon cou douloureux étant immobilisé par un torticolis...

Je me suis amusé de ce que le troisième concerto pour piano de Beeethoven commence par les trois mêmes notes que le thème de l'Offrande musicale (do-mi♭-sol). L'orchestre était tellement agréable à écouter que j'ai été surpris par l'entrée du piano... Les extraits de Roméo et Juliette de Prokofiev furent irrésistible ! Le chef David Afkham s'est même offert la fantaisie de se recoiffer pendant La Mort de Tybalt.

Le concert était précédée d'une Appoggiature animée par Clément Lebrun et agrémentée d'extraits musicaux joués par les musiciens de l'orchestre. Il est suffisamment rare que l'on parle de musique (et pas uniquement des musiciens) pendant les exposés musicologiques précédant certains concerts pour que ce soit signalé.

Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2013-04-06

Blandine Rannou, clavecin

Variations Goldberg, BWV 988, Johann Sebastian Bach.

J'ai été très déçu par ce concert. L'Aria des Variations Goldberg m'a paru tellement interminable que je me demandais si l'interprète cherchait à battre un record de lenteur. L'interprétation de Blandine Rannou a en effet duré un peu moins d'une heure quarante (à comparer aux 1h18 de Pierre Hantaï, 1h24 d'Evgeni Koroliov et aux 37 minutes de Glenn Gould en 1959). D'une part, la lenteur n'aide pas à maintenir l'attention des spectateurs (j'ai faibli autour de la vingtième des trente variations) ; d'autre part, plus on joue lentement plus les couacs se font entendre distinctement. Il y en a eu un certain nombre... Le plus frappant est intervenu au début de la 14e variation : après une ou deux mesures, l'interprète est tout simplement revenue au début. Si j'ai pris assez peu de plaisir pendant ce concert, j'ai toutefois trouvé que la 23e variation avait été jouée de façon vraiment remarquable. Étrangement, un spectateur a lancé un Bravo à la fin de la 25e ; pensait-il que le concert était terminé ? À partir de ce moment-là, des spectateurs inquiets de la durée imprévue du concert ont commencé à s'enfuir un peu bruyamment pour rejoindre l'autre salle de la Cité de la musique où le concert suivant du Marathon Bach allait commencer...

Centre Mandapa — 2013-04-11

Aurélie Oudiette, danse kathak

Pandit Jaikishan Maharaj, Isabelle Anna, chorégraphies

J'ai décidé au dernier moment d'aller voir ce récital d'Aurélie Oudiette et je ne l'ai pas regretté ! Depuis un récital d'Isabelle Anna et Anuj Mishra, j'espérais voir un récital de kathak résolument tourné vers la narration, une composante de la danse privilégiée par les interprètes féminines. Cet espoir a été exaucé. La première pièce Vandaran Shantha Vishnu représentait Vishnu et Lakshmi et comportait certainement le plus beau visuel du récital avec la représentation de Vishnu couché sur le serpent Shesha, l'accent était particulièrement mis sur l'épithète Padmanabha indiquant que de son nombril émerge un lotus (sur lequel se tient Brahma). Les mouvements ondulatoires des mains qui semblent assez utilisés dans la danse pure en kathak trouvent ici une merveilleuse expression quand il s'agit d'évoquer le cordon ombilical ou la tige de ce lotus. Cette pièce comme la plupart des autres était enchaînée à des passages de danse pure sur une musique rythmique (parfois solfiée) sur des cycles variés (Tîntal, Japtal, Chautal). La pièce suivante a évoqué Krishna (tenant le mont Govardhana à la force d'un seul doigt ou portant le disque). Un changement de costume est intervenu avant la deuxième partie du récital d'inspiration moghole, plus tournée vers la séduction que les thèmes sacrés. Une pièce mettra ainsi en scène une courtisane, une autre évoquera les amours de Krishna et Radha et enfin une troisième évoquera une femme espiègle et séductrice qui insupporte son mari en faisant tinter ses bracelets. Le récital s'est terminé avec une pièce de danse pure dans laquelle Isabelle Anna prononçait les syllabes rythmiques sur lesquelles les mouvements de la danseuse s'appuyaient. Le cycle rythmique était Chautal (12 temps). Si les temps forts étaient au début marqués de façon très nette, avec une virtuosité d'autant plus grande que l'on s'approchait de la fin des cycles rythmiques, les développements successifs ont mis en lumière des variations très complexes et nettement moins évidentes à suivre !

Salle Pleyel — 2013-04-13

Quatuor Hagen

Lukas Hagen, Rainer Schmidt, violons

Veronika Hagen, alto

Clemens Hagen, violoncelle

Quatuor à cordes nº15 (Beethoven)

Quatuor à cordes nº8 “Razumovski” (Beethoven)

Salle Pleyel — 2013-04-14

Quatuor Hagen

Lukas Hagen, Rainer Schmidt, violons

Veronika Hagen, alto

Clemens Hagen, violoncelle

Quatuor à cordes nº11 “Quartetto serioso” (Beethoven)

Quatuor à cordes nº10 “Les Harpes” (Beethoven)

Quatuor à cordes nº6 (Beethoven)

Salle Pleyel — 2013-04-14

Quatuor Hagen

Lukas Hagen, Rainer Schmidt, violons

Veronika Hagen, alto

Clemens Hagen, violoncelle

Quatuor à cordes nº9 “Razumovski” (Beethoven)

Quatuor à cordes nº13 (Beethoven)

Grande Fugue, op. 133 (Beethoven)

J'ai assisté à ces trois premiers concerts de l'intégrale Beethoven par le quatuor Hagen. J'en ressors émerveillé par la variété de la production du compositeur en la matière. Le quatuor Hagen m'a tout particulèrement ému pendant les mouvements lents, comme la première moitié Adagio du quatrième mouvement du Quatuor nº6 ou le Molto Adagio du Quatuor nº8 “Razumovski”. Lors du premier concert, j'ai été bluffé par l'unité du quatuor que je n'ai plus vraiment regardé, mais seulement écouté comme s'il s'agissait d'un unique instrument.

Une partie public s'est montré particulèrement grossière lors du concert du samedi soir. Les tousseurs sont une plaie. On peut presque s'estimer heureux quand les toux se concentrent entre les mouvements ; c'est un moindre mal. Cependant, il est inacceptable qu'à la fin d'un mouvement lent les hordes de toux se déclenchent sur le silence de fin alors que les archets des musiciens sont encore en contact avec les cordes... Le concert du dimanche matin s'est passé dans de bonnes conditions, mais la première moitié de celui de l'après-midi m'a été rendue insupportable par les ronflements du spectateur situé derrière moi, et ce pendant toute la durée du quatuor nº9 “Razumovski”. Replacé à l'arrière-scène pour le quatuor nº13, j'ai pour la première fois entendu le bruit de fond de la salle Pleyel. C'est un bruit irrégulier assez déplaisant (ventilation, canalisations, appareils électronico-mécaniques ?). D'après mes expérimentations plus récentes en Salle Pleyel, cela ne s'entend que depuis l'arrière-scène pendant les passages les plus doux.

Opéra Garnier — 2013-04-14

Jochen Schmeckenbecher, Peter

Irmgard Vilsmaier, Gertrud

Daniela Sindram, Hänsel

Anne-Catherine Gillet, Gretel

Anja Silja, Die Knusperhexe

Elodie Hache, Sandmännchen

Olga Seliverstova, Taumännchen

Claus Peter Flor, direction musicale

Mariame Clément, mise en scène

Julia Hansen, décors et costumes

Philippe Berthomé, éclairages

Mathieu Guilhaumon, chorégraphie

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Hänsel und Gretel, Humperdinck

La musique de Humperdinck sauve cette soirée. Le compositeur a manifestement bien écouté Wagner dont quelques effets orchestraux sont réutilisés dans Hänsel et Gretel. Parfois, j'ai presque eu l'impression d'entendre des citations de Wagner. Le problème de cette production est que les conceptrices du spectacle n'ont pas tenu du compte du fait que l'Opéra Garnier était un théâtre à l'italienne. N'ayant vu que les deux-tiers de gauche de la scène, il m'a néanmoins semblé que la mise en scène de Mariame Clément fait des aventures des deux enfants un rêve dans lequel leur mère (ou belle-mère ?) apparaît en sorcière. Pourquoi pas, mais visuellement sans être affreux, tout est assez laid et la réalisation n'est pas très convaincante. Les chanteurs, comédiens et figurants (doublant ou triplant les personnages) sont comme enfermés dans les compartiments du décor à deux étages. La seule scène que j'ai trouvée assez bien faite a été celle où Hänsel et Gretel commencent à manger la maison en pain d'épices de la sorcière, mais j'ai ressenti comme un décalage entre l'intellectualisation de l'histoire sous forme de rêve et le style un peu naïf de certains décors ou costumes. Bref, tout cela n'est pas très enthousiasmant...

Salle Pleyel — 2013-04-16

Orchestre Colonne

Laurent Petitgirard, direction

Traverses (Prodromidès)

Viktoria Kogan, direction

Variations sur un thème de Paganini (Rachmaninov)

Symphonie nº5 (Tchaikovski)

Encore un magnifique concert de l'Orchestre Colonne. L'œuvre contemporaine, choisie avec goût comme toujours avec cet orchestre, était de Prodrominès. Elle alterne passages de tension et passages de relâchement. J'apprécie ensuite l'étendue du talent de la pianiste Viktoria Kogan dans les Variations sur un thème de Paganini de Rachmaninov. Après l'entr'acte, l'orchestre s'est déchaîné dans la Cinquième symphonie de Tchaikovski dont j'ai particulièrement apprécié les trois derniers mouvements. Pendant tout le concert, un musicien de l'orchestre m'a sidéré : un grand bravo au clarinettiste !

Opéra Garnier — 2013-04-17

Élèves de l'école de danse de l'Opéra

Orchestre des Lauréats du Conservatoire

Marius Stieghorst, direction musicale

Jean-Philippe Rameau, musique (extrait des Indes Galantes, 1735)

Béatrice Massin, Nicolas Paul, chorégraphie

Olivier Bériot, costumes

Madjid Hakimi, lumières

Valentin Chou

D'ores et déjà

Charles Gounod, musique (extrait de l'acte V de Faust, 1859)

Claude Bessy, chorégraphie d'après Léo Staats

Madjid Hakimi, lumières

Roxane Stojanov, Hélène

Nine Seropian, Cléopâtre

Awa Joannais, Phrynée

Camille Bon, Aspasie

Clara Spitz, Laïs

La Nuit de Walpurgis

Maurice Pacher, musique

Jacques Garnier, chorégraphie (1979) réglée par Wilfried Romoli

Christian Pacher, accordéon diatonique

Gérard Baraton, accordéon chromatique

Marin Delavaud, Julien Guillemard, Pablo Legasa

Aunis

Gioacchino Rossini, musique (Sonate nº1 en sol majeur, extraits des Sonates nº3 en do majeur, nº4 en si bémol majeur, nº5 en mi bémol majeur pour cordes, 1804)

Jean-Guillaume Bart, chorégraphie (2000)

Philippe Binot, costumes

François-Éric Valentin, lumières

Péchés de jeunesse

Plutôt que des ballets narratifs comme Coppélia ou Piège de lumière présentés ces dernières années par les élèves de l'école de danse dans des programmes comportant aussi des pièces moins classiques ou néo-classiques, on n'aura vu dans ce programme que des pièces de danse pure, certes fort bien exécutées, mais qui me laissent globalement assez indifférent. D'ores et déjà est une pièce pour garçons : comme exercice d'appropriation du langage de la danse baroque pour les élèves, elle est intéressante, mais en tant que ballet présenté dans un spectacle, elle manque singulièrement de consistance... Les filles s'illustrent par le placement et quelques variations dans La Nuit de Walpurgis. Seul Aunis me convainc par l'engagement des trois danseurs et des deux accordéonistes dans cette pièce très vive. Malgré tout le bien que je pense de Jean-Guillaume Bart en tant que chorégraphe pour la La Source, je n'ai pas été excessivement enthousiasmé par les balanchiniens Péchés de jeunesse. On y voit des couples de danseurs, qui s'illustrent dans des pas de deux comportant des portés, mais il ne suffit pas qu'un homme et une femme se rencontrent pour qu'un ballet raconte une histoire...

Salle Pleyel — 2013-04-18

Académie du Chœur de l'Orchestre de Paris

Lionel Sow, direction

Margot Modier, piano

Pauline Amar, Charlotte Bozzi, Sterenn Gourlaouen, Lauriane Launay, Anne-Sophie Petit, Juliette Rennuit, Marion Trigo, Louise Vanderlynden, sopranos

Lola Dauthieux, Julie Nemer, Sarah-Léna Winterberg, altos

Maxence Douez, ténor

Timothée Sonnier, basse

Spanisches Liederspiel, op. 74, nº1, nº3, nº8(Schumann)

Drei sweistimmige Lieder, op. 43 (Schumann)

Zwölf Gedichte aus “Liebesfrühling” (Rückert) (Schumann)

Lieder-Album für die Jugend, op. 79, nº9, nº15, nº18, nº20, nº24 (Schumann)

Drei Lieder, op. 114, nº2 (Schumann)

Sommerruh, WoO7 (Schumann)

Mädchenlieder, op. 103 (Schumann)

Drei Gedichte nach Emanuel Geibel, op. 29, nº1, nº2 (Schumann)

En prélude au concert de l'Orchestre de Paris avait lieu le premier concert de l'Académie du Chœur de l'Orchestre de Paris dirigé par Lionel Sow. Bien que le programme fût 100% Schumann, une publicité plus importante n'aurait pas été superflue puisqu'à peine une cinquantaine de spectateurs ont assisté à ce beau concert de 12 chanteuses et 2 chanteurs.

Salle Pleyel — 2013-04-18

Philippe Aïche, violon solo

Orchestre de Paris

Alondra de la Parra, direction

Capriccio espagnol, suite pour orchestre, op. 34 (Rimski-Korsakov)

Nikolaï Lugansky, piano

Concerto pour piano nº2 en fa mineur, op. 21 (Chopin)

Le Tricorne, suites orchestrales nº1 et nº2 (Manuel de Falla)

Danzón nº2 (Arturo Márquez)

Quelle idée saugrenue d'insérer un concerto de Chopin dans un tel programme ! Si j'ai aimé le deuxième mouvement du concerto, par le jeu varié de Lugansky et le doux accompagnement de l'orchestre, l'intérêt principal du concert venait des œuvres hispanisantes ou mexicaines. L'orchestre est dirigé par la jeune chef Alondra de la Parra. S'il n'y a rien de remarquable à ce que sa main droite batte régulièrement la mesure, il est plus singulier pour un chef que l'ensemble de son être paraisse à ce point animé par la musique que ses manifestations extérieures ne semblent qu'un prolongement d'une animation plus intérieure. La chef danse sur son estrade ! Si elle faisait du bharatanatyam, je dirais qu'elle est aussi douée en danse pure qu'en abhinaya, l'art de l'expression (dans lequel excelle aussi le chef Andris Nelsons). Quel regard ! Dans la deuxième partie du programme, l'orchestre se déchaîne, d'abord dans Le Tricorne, et surtout dans l'irrésistible Danzón nº2 d'Arturo Márquez.

Ailleurs : Paris — Broadway, Andante con anima, Palpatine.

Opéra Bastille — 2013-04-19

Gustav Mahler, musique

John Neumeier, chorégraphie, décor et lumières (1975)

Kevin Haigen, Victor Hughes, assistants du chorégraphe

Madjid Hakimi, réalisation lumières

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Simon Hewett, direction musicale

Aline Martin, mezzo soprano

Alessandro Di Stefano, chef de chœur

Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Mathieu Ganio, Laëtitia Pujol

Vincent Chaillet, Alessio Carbone, Cyril Mitilian, Fabien Révillion, Florian Magnenet, Vincent Cordier

Charline Giezendanner, Muriel Zusperreguy, Eve Grinsztajn, Laura Hecquet, Nolwenn Daniel

Troisième Symphonie de Gustav Mahler

Il a fallu attendre le dernier tableau Ce que me conte l'amour pour j'apprécie véritablement ce spectacle grâce au superbe pas de deux entre Mathieu Ganio et Laëtitia Pujol. Alors que j'étais installé au fond du deuxième balcon, j'ai vu vers 19h29 un groupe de scolaires entrer. La très intelligente régie de l'Opéra a bien sûr coupé les lumières pour les empêcher de trouver leur place. Cela a complètement pourri les premières minutes du premier mouvement de la Troisième symphonie de Mahler, lequel a des proportions inquiétantes. Je n'ai pas accroché à cette musique. Je suis en effet écartelé entre diverses sensations contradictoires et simultanées : une oreille me signale une danse joyeuse, une autre des gloussements des instruments à vents, tandis qu'une marche militaire tente d'entraîner le corps entier dans une agitation martiale. Je n'avais pas vu l'entrée au répertoire de ce ballet de Neumeier en 2009, mais si je n'ai pas été émerveillé par ce ballet, j'ai trouvé que l'œuvre était bien montée, avec des danseurs qui semblent totalement investi dans leurs rôles abstraits. Parmi eux, Charline Giezendanner m'a paru particulièrement convaincante.

On dit parfois que le silence à la fin de Mozart est aussi de Mozart. Ce soir, le silence à la fin de Mahler n'était pas de Mahler. Même l'accord final ne lui appartenait plus. Je ne comprends pas qu'une proportion aussi importante du public soit aussi peu respectueuse de la musique pour applaudir un rideau en train de descendre...

Salle Pleyel — 2013-04-24

Académie de l'Orchestre de Paris

Ambroisine Bré, mezzo-soprano

Chloé Dufossez, flûte

Olivier Marger ou Aurélien Pascal, violoncelle

Mayoko Surayya Salloum, piano

Trois chansons madécasses pour flûte, mezzo, violoncelle et piano (Ravel)

Khoa-Nam Nguyen, Lev Bogino, violons

Issey Nadaud, alto

Rémi Carlon, violoncelle

Quatuor à cordes en la mineur, 1889 (Sibelius)

Salle Pleyel — 2013-04-25

Académie de l'Orchestre de Paris

Quatuor Tosca

Constance Ronzatti, Marc Desjardins, violons

Marine Gandon, alto

Armance Quéro, violoncelle

Quatuor à cordes en la mineur, op. 51 nº2 (Brahms)

Avant d'assister aux deux représentations du programme Ravel/Sibelius/Brahms de l'Orchestre de Paris, je suis allé aux deux courts concerts donnés en prélude mercredi et jeudi. J'ai été très convaincu de l'interprétation des chansons madécasses de Ravel dont le texte, à défaut d'être complètement intelligible, l'était davantage que lorsque j'avais entendu pour la première fois cette œuvre il y a quelques mois. Le violoncelliste m'a beaucoup plu, mais son nom me restera inconnu, puisque comme la semaine précédente, il y a des coquilles dans la fiche de distribution. Les jeunes musiciens interprétant le quatuor de Sibelius étaient convaincants, mais dans l'ensemble j'avais l'impression d'entendre trop le premier violon et le violoncelle au détriment du second violon et de l'alto qui avaient un très beau son. Le quatuor Tosca (qui n'était exceptionnellement féminin qu'aux trois quarts) est plus avancé et m'a fait passer un très bon moment, en particulier dans les premier et quatrième mouvements du quatuor à cordes op. 51 nº2 de Brahms.

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-04-26

Orchestre de chambre de Paris

Ivor Bolton, direction

Divertissement en fa majeur nº10 (Mozart)

Gidon Kremer, violon

Polonaise pour violon et orchestre en si bémol majeur (Schubert)

Konzertstück pour violon et orchestre en ré majeur (Schubert)

Maria Fedotova, flûte

Impromptu pour flûte, violon et orchestre à cordes (Sofia Gubaidulina/Schubert)

Andante et Rondo pour flûte et orchestre en ut majeur (Mozart)

Symphonie nº104 en ré majeur (Haydn)

Ce concert aurait été épouvantablement ennuyeux s'il n'y avait eu avant l'entr'acte l'adaptation pour flûte, violon et orchestre à cordes par la compositrice Sofia Gubaidulina de l'Impromptu en la bémol mineur op. 90 nº4 de Schubert et en fin de programme la symphonie nº104 de Haydn. J'ai beaucoup aimé la flûtiste Maria Fedotova qui passait parfois à la flûte alto dans l'œuvre de Gubaidulina/Schubert. La transcription de la première phrase pour la flûte plutôt que tout autre instrument me rappelait de façon amusante la Badinerie de Bach. Dans la symphonie nº104 de Haydn, j'ai aimé retrouver certains détails auxquels j'avais déjà goûté, mais d'autres ont été un peu noyés dans le volume orchestral. L'orchestre jusque là apathique jouait vraiment. J'eusse aimé qu'ils jouassent comme ça pendant tout le concert et de façon plus engagée encore dans cette symphonie, puisque cette nouvelle audition ne m'a pas procuré un plaisir plus grand qu'avec l'Orchestre des Concerts Gais. Cela faisait quatre ans que je n'avais pas vu le chef Ivor Bolton. Je vais sans doute attendre encore quelques années avant de retenter l'expérience...

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Planning de mai 2013

2013-05-03 21:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Planning

Voici mon programme de spectacles pour le mois de mai :

  • 4 et 25 mai 2013 (Opéra Garnier) : Je me souviens que lorsque j'avais visité l'exposition sur les Ballets russes à Garnier en 2010, j'avais remarqué parmi les objets montrés un petit bronze ayant appartenu à Leon Bakst représentant l'aigle Garuda, la monture de Vishnu. J'ignore si de l'intérêt pour l'Inde du décorateur de la première production de L'Oiseau de feu il subsiste quelque chose dans la version de Béjart. Trois autres courts ballets sont programmés dans cette soirée (que je verrai trois fois) : deux versions de L'Après-midi d'un Faune (Nijinski et Balanchine) et une nouvelle chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet pour le Boléro de Ravel.
  • 13 mai 2013 (Cité de la musique) : Voilà une soirée de musique de chambre très prometteuse... J'ai déjà eu l'occasion d'entendre la violoniste Akiko Suwanai. Je n'ai pour le moment entendu ni le clarinettiste Michel Portal ni le violoncelliste Henri Demarquette ni le pianiste Michel Dalberto, mais je me réjouis de les entendre tous dans diverses configurations culminant dans le Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen.
  • 14 mai 2013 (Cité de la musique) : Je n'avais pas beaucoup accroché aux Métamorphoses de Strauss la première fois que je les avais entendues. J'espère que ce programme du Chamber Orchestra of Europe pourra me faire changer d'avis. En revanche, je n'ai aucune raison de ne pas me délecter par avance du concerto pour violon nº2 de Prokofiev avec Lisa Batiashvili et de la 41e symphonie de Mozart !
  • 17 mai 2013 (Auditorium du Musée Guimet) : Serai-je autant émerveillé par le sitariste Shahid Parvez qu'il y a un an et demi ?
  • 18 mai 2013 (Salle Pleyel) : N'ayant exceptionnellement pas prévu de voyager en Inde cet été, ce Voyage express en Orient de l'Orchestre de Paris me servira de consolation.
  • 21 mai 2013 (Théâtre des Champs-Élysées) : Après un concert décevant de l'Orchestre de chambre de Paris dirigé par Ivor Bolton il y a quelques jours, j'espère retrouver cet orchestre en meilleure forme dans le répertoire dans lequel il est le plus convaincant, et ce avec des solistes enthousiasmants, Deborah Nemtanu (violon) et François Leleux (hautbois) !
  • 23 mai 2013 (Cité de la musique) : Les Dissonances joueront trois compositeurs en B (Britten, Barber, Bernstein) du XXe siècle.
  • 24 mai 2013 (Centre Mandapa) : L'Homme Semence, une pièce de théâtre à laquelle participe une de mes danseuses de bharatanatyam préférées.
  • 28 mai 2013 (Opéra Comique) : Sauf erreur de comptage, j'aurai en ce mois de mai 6 fois l'occasion d'entendre le Prélude à l'après-midi d'un faune de Debussy en concert. Bref, le thème du concert Faune n'est pas très original, mais j'espère être séduit par le film projeté pendant l'interprétation de cette œuvre et par les autres pièces musicales au programme (Pierrot lunaire de Schönberg, La Valse de Ravel revue par Frédéric Verrières).
  • 30 mai 2013 (Théâtre des Champs-Élysées) : Centenaire oblige, j'assisterai à la deuxième représentation parisienne du Ballet et Orchestre du Théâtre Mariinsky avec deux chorégraphies du Sacre du printemps de Stravinsky (Nijinski et Sasha Waltz). J'espère que le chef Valery Gergiev sera dans un bon jour...
  • 31 mai 2013 (Temple des Batignolles) : La dernière fois, l'Orchestre des concerts gais m'avait enthousiasmé dans le concerto pour violon de Tchaikovsky, et dans la Symphonie nº104 de Haydn il m'avait fait une meilleure impression qu'un orchestre professionnel ne l'a fait récemment dans cette même œuvre. Cette fois-ci, le programme sera constitué de musique française (Debussy, Fauré, Saint-Saëns), avec en outre l'Ouverture de La Fiancée du Tsar de Rimski-Korsakov.

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Brahms par les Solistes des Berliner Philharmoniker #5 et #6

2013-04-28 21:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Salle Pleyel — 2013-04-20

Solistes des Berliner Philharmoniker

Olaf Maninger, violoncelle

Sunwook Kim, piano

Sonate pour violoncelle et piano nº1 en mi bémol, op. 38 (Brahms)

Guy Braunstein, violon

Amihai Grosz, alto

Zvi Plesser, violoncelle

Sunwook Kim, piano

Quatuor pour piano et cordes nº3 en ut mineur, op. 60 (Brahms)

Guy Braunstein, violon

Christoph Streuli, violon

Amihai Grosz, alto

Zvi Plesser, violoncelle

Wenzel Fuchs, clarinette

Quintette pour clarinette et cordes en si mineur, op. 115 (Brahms)

Salle Pleyel — 2013-04-21

Solistes des Berliner Philharmoniker

Wenzel Fuchs, clarinette

Zvi Plesser, violoncelle

Alexei Volodin, piano

Trio pour clarinette, violoncelle et piano en la mineur, op. 114 (Brahms)

Guy Braunstein, violon

Alexei Volodin, piano

Sonate pour violon et piano nº2 en la majeur, op. 100 (Brahms)

Guy Braunstein, violon

Amihai Grosz, alto

Olaf Maninger, violoncelle

Alexei Volodin, piano

Quatuor pour piano et cordes nº2 en la majeur, op. 26 (Brahms)

Ces deux concerts faisant partie de l'intégrale berlinoise de la musique de chambre de Brahms étaient les derniers bénéficiant de la participation du violoniste Guy Braunstein (cf. mes billets sur les épisodes #1 & #2 et #3 & #4).

Dans ces deux concerts, je retiens deux moments forts. Le premier a été l'interprétation du quintette pour clarinette et cordes à la fin du premier concert. Cette interprétation m'a semblé avoir plus de relief que celle entendue il y a quelques semaines à la Cité de la musique. Cette fois-ci, j'ai été passionné parce que j'entendais depuis le tout début (et la première intervention du clarinettiste Wenzel Fuchs...) jusqu'à la fin. J'ai particulièrement apprécié la façon qu'ont eu les musiciens très engagés d'accentuer un passage du quatrième mouvement Con moto en assumant complètement ses airs de musique populaire, et donc en frappant assez franchement leurs pieds contre le sol.

L'autre grand moment a été pour moi l'interprétation du quatuor avec piano nº2 joué à la fin du deuxième concert du week-end. Pour écouter cette œuvre, j'avais fui l'arrière-scène et la proximité d'une chaussure féminine qui se frottait trop souvent au plancher pour rejoindre le tout premier rang à peu près au niveau de l'ourlet du pantalon du violoniste. L'audition de cette œuvre me procura un immense plaisir ! Le deuxième mouvement Poco adagio fut pour moi et mes glandes lacrymales d'une beauté insoutenable. Dans le quatrième, j'ai aimé le duo amoureux auquel se livraient le violoniste Guy Braunstein et l'altiste Amihai Grosz qui se faisaient face, un duo arbitré par le regard bienveillant du violoncelliste Olaf Maninger qui était au centre, entre eux et l'excellent pianiste Alexei Volodin.

Ailleurs : Paris — Broadway.

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Surya et Vanishree au Centre d'animation de la Place des Fêtes

2013-04-07 16:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Centre d'animation de la Place des Fêtes — 2013-04-05

Surya & Vanishree, bharatanatyam

Kalaimmamani MK Saroja, chorégraphies

Muthuswamy Pillai, chorégraphie de Jatiswaram Mallika

Sangeeta Isvaran, chorégraphie de Bho Shambho

Vidya, adaptation des chorégraphies pour duo

Geneviève Motard, lecture des textes

Subramanyam Kautwam

Mathura Mathura

Jatiswaram Mallika

Netrandi Neretille

Bho Shambho

Yen Palli Kondir

Tillana Mohana

N'étant pas disponible pour la deuxième représentation de ce programme prévue au Centre Mandapa le 20 avril, j'ai fait la connaissance des escalators géants de la Place des Fêtes pour voir ce duo de bharatanatyam au Centre d'animation voisin. La présentation de ce spectacle est très soignée. Chaque pièce est introduite par une lecture convaincante des textes poétiques qui seront illustrés sur scène. Le nom des chorégraphe est aussi donné. Toutes ces informations sont d'ailleurs dans la feuille distribuée à l'entrée. Sur le papier, le programme était vraiment très alléchant. Je m'attendais à être bouleversé, mais je n'ai trouvé ce spectacle que bon. En effet, comme pour le spectacle de Priya Venkataraman vu il y a quelques jours, les deux danseuses Surya et Vanishree ne dansent ensemble pour ainsi dire que dans les pièces de danse pure ; le duo introductif Subramanyam Kautwam était le seul duo comportant une part narrative. Les chorégraphies prévues pour une danseuse soliste ont été adaptées pour un duo par Vidya. Ce travail d'adaptation est néanmoins assez intéressant. Le plus souvent, les deux danseuses exécutent les mêmes mouvements, mais le duo explore diverses combinaisons de symétries. Parfois, elles sont côte à côte et exécutent exactement les mêmes mouvements, parfois c'est comme s'il y avait un miroir au milieu de la scène. D'autres fois, l'une est de face tandis que l'autre est de dos. Les symétries sont parfois pensées dans le temps plutôt que dans l'espace, une danseuse exécutant les mêmes mouvements que l'autre avec un retard volontaire, comme en écho. Ces pièces de danse pure sont rafraîchissantes et les mouvements des bras et des mains, très affutés, sont parfaitement synchronisés avec la musique.

Je n'ai pas été totalement convaincu par les pièces ayant une composante narrative. Les chorégraphies font davantage allusion à des épithètes caractérisant les divinités qu'elles ne racontent une histoire ayant une certaine unité. Les strophes choisies évoquent en un nombre réduit de mots de nombreux faits associés à une divinité. D'une part certains vers sont répétées ce qui induit des répétitions (avec des variations) dans la chorégraphie, et d'autre part il est difficile à la danseuse de représenter tout ce que dit le texte de façon convaincante. J'ai eu le sentiment que beaucoup d'éléments narratifs étaient présents de façon trop furtive dans les chorégraphies. Alors que je connais très bien les histoires qui étaient racontées, bien souvent je n'étais pas tout à fait sûr de savoir où on en était... Ces difficultés, qui viennent à mon avis davantage des chorégraphies que des interprètes, se posaient moins dans les pièces dansées par Vanishree que dans celles dansées par Surya (Netrandi Neretille mettant en scène les amours de Murugan et Yen Palli Kondir évoquant Vishnu par l'image du dieu couché sur le serpent Ananta et par les exploits de son avatar Rama). Dans Mathura Mathura dansé par Vanishree, j'ai aimé l'apparition de l'archer Kama, le dieu de l'amour qui était nommé Madana dans le texte chanté. J'ai été tout étonné de reconnaître les gestes de mains qui signifient que les yeux de Krishna sont la soleil et la lune. Parmi les originalités de la chorégraphie ou de son interprétation, j'ai apprécié que la danseuse approfondisse la pose traditionnelle représentant Krishna comme flûtiste. Je crois en effet que c'est la première fois que je vois une danseuse agiter délicatement ses doigts pour mieux signifier que Krishna joue d'une flûte.

La pièce la plus convaincante du récital était à mon avis Bho Shambho, dansée par Vanishree. Je suis toujours ravi d'entendre cette musique en hommage à Shiva dans un récital de bharatanatyam. Je pense avoir déjà vu des chorégraphies et interprétations illustrant de façon plus frappante l'aspect viril de cette divinité. Toutefois, je me suis délecté des passages évoquant son tambour Damaru, son œil foudroyant, la descente de la déesse fluviale Ganga, etc. La fin de la pièce dans laquelle la danseuse tourne rapidement sur elle-même en récapitulant les divers aspects de Shiva était très impressionnante.

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Planning d'avril 2013

2013-04-04 00:07+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Planning

Voici mon programme de spectacles pour le mois d'avril :

  • 4 avril 2013 (Théâtre des Champs-Élysées) : Trois bonnes raisons d'aller à ce concert : le pianiste Till Fellner que j'avais adoré dans le Quatrième concerto de Beethoven jouera le troisième après que l'Orchestre National de France aura exécuté Atmosphères de Ligeti et avant qu'il ne joue la suite de Roméo de Juliette de Prokofiev.
  • 5 avril 2013 (Centre d'animation de la place des fêtes) : Je verrai pour la première fois un duo de bharatanatyam, par Surya et Vanishree, qui se produiront également le 20 avril au Centre Mandapa.
  • 6 avril 2013 (Cité de la musique) : De peur de toujours écouter les mêmes choses, j'ai évité les Variations Goldberg depuis un certain temps, à tel point que je ne les ai pas entendues lors d'un concert de clavecin depuis 2006... Elles seront interprétées par Blandine Rannou. Si j'écoute souvent ses disques Rameau, je ne l'ai pas non plus entendue en concert depuis 2006.
  • 13 et 14 avril 2013 (Salle Pleyel) : Lors de ce week-end, le quatuor Hagen fera les trois premiers concerts d'une série de six étalés sur deux saisons dans le cadre d'une intégrale des quatuors à cordes de Beethoven...
  • 14 avril 2013 (Opéra Garnier) : J'assisterai pour la première fois à une représentation de l'opéra Hänsel et Gretel de Humperdinck. J'espère que cette nouvelle production de l'Opéra de Paris sera réussie..
  • 16 avril 2013 (Salle Pleyel) : J'ai été enchanté par l'Orchestre Colonne les dernières fois que je l'ai entendu, j'espère qu'il en ira de même dans ce programme de musique russe (Rachmaninov, Tchaikovski) qui commencera par une œuvre d'un membre de l'Académie des Beaux-Arts qui ne soit pas Laurent Petitgirard.
  • 17 avril 2013 (Opéra Garnier) : Comme tous les ans, j'assisterai au spectacle de l'école de danse de l'Opéra.
  • 18 avril 2013 (Salle Pleyel) : Dans ce programme hispanisant de l'Orchestre de Paris (Le Tricorne de Falla, notamment) s'est étrangement inséré le concerto pour piano nº2 de Chopin par Nikolaï Lugansky...
  • 19 avril 2013 (Opéra Bastille) : Avec cette Troisième Symphonie de Mahler chorégraphiée par John Neumeier, j'irai à Bastille autant pour la musique que pour la danse.
  • 20 et 21 avril 2013 (Salle Pleyel) : Guy Braunstein et les solistes des Berliner Philharmoniker sont retour pour les cinquième et sixième concerts de leur série consacrée à la musique de chambre de Brahms.
  • 23 avril 2013 (Salle Pleyel) : Je me méfie de Stravinski quand il est dirigé par Gardiner. Si j'ai acheté ce billet, c'est parce qu'il était dans la série de concerts du London Symphony Orchestra...
  • 24 et/ou 25 avril 2013 (Salle Pleyel) : Le concerto pour violon de Sibelius par Leonidas Kavakos. J'espère que les réunions prévues ces jours-là ne seront pas trop interminables...
  • 26 avril 2013 (Théâtre des Champs-Élysées) : Un programme Mozart/Haydn et Schubert pour l'Orchestre de chambre de Paris. Je suis moins convaincu a priori par la programmation des œuvres de Schubert, mais ce sera néanmoins l'occasion pour moi d'entendre pour la première fois le violoniste Gidon Kremer.

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Le vite dit de mars 2013

2013-04-01 16:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Au cours du mois de mars j'ai déjà eu l'occasion de développer mes impressions sur le concert de Romain Guyot et du Chamber Orchestra of Europe, sur leur Don Giovanni et sur le programme de bharatanatyam de Priya Venkataraman. Pour les autres spectacles vus au cours du mois, voici le vite dit de mars :

Opéra Garnier — 2013-03-06

Hommage à Rudolf Noureev

Orchestre Colonne

Fayçal Karoui, direction musicale

Polonaise, extraite de l'acte I du Lac des cygnes (Tchaikovsky)

Ballet de l'Opéra

Les Élèves de l'École de Danse

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique

Rudolf Noureev, chorégraphie (1985)

Nicholas Georgiadis, costumes

Myriam Ould-Braham, Christophe Duquenne

Casse-Noisette (La marche des enfatns, extrait de l'acte I, deuxième tableau, Pas de deux extrait de l'acte I, cinquième tableau)

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique

Rudolf Noureev, chorégraphie (1989) d'après Marius Petipa

Franca Squarciapino, costumes

Aurélie Dupont, Audric Bezard, Vincent Chaillet, Stéphane Phavorin, Yann Saïz

La Belle au Bois dormant (Adage à la Rose, Pas de cinq extrait de l'acte I)

Sergueï Prokofiev, musique

Rudolf Noureev, adaptation et chorégraphie (1986) d'après Marius Petipa

Hanae Mori, costumes

Marie-Agnès Gillot, Florian Magnenet

Cendrillon (Pas de deux extrait de l'acte II)

Ludwig Minkus, musique

John Lanchberry, arrangements

Rudolf Noureev, chorégraphie (1981)

Elena Rivkina, costumes

Ève Grinsztajn, Vincent Chaillet (Fandango)

Ludmila Pagliero, Karl Paquette (Pas de deux)

Don Quichotte

Alexandre Glazounov, musique

Rudolf Noureev, chorégraphie (1983) d'après Marius Petipa

Nicholas Georgiadis, costume

Isabelle Ciaravola

Raymonda (Variation de Raymonda extrait de l'acte III)

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique

Rudolf Noureev, chorégraphie (1984) d'après Marius Petipa et Lev Ivanov

Franca Squarciapino, costumes

Émilie Cozette, Hervé Moreau (Adage du pas de deux extrait de l'acte II)

Dorothée Gilbert, Mathieu Ganio, Benjamin Pech (Pas de trois)

Le Lac des Cygnes

Sergueï Prokofiev, musique

Rudolf Noureev, chorégraphie (1984)

Ezio Frigerio, Mauro Pagano, costumes

Laëtitia Pujol, Nicolas Le Riche

Roméo et Juliette (Pas de deux extrait de l'acte I)

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique

Rudolf Noureev, chorégraphie (1979)

Nicholas Georgiadis, costume

Mathias Heymann

Manfred (Variation du Poète extrait du quatrième tableau)

Ludwig Minkus, musique

John Lanchberry, arrangements

Rudolf Noureev, chorégraphie (1992) d'après Marius Petipa

Franca Squarciapino, costumes

Agnès Letestu, Stéphane Bullion

La Bayadère (Les Ombres, extraits de l'acte III)

Il m'est difficile de commenter ce spectacle de danse puisque mon placement ne me permettait de voir qu'une petite moitié de la scène. Ce que j'ai vu m'a peu enthousiasmé. Je crois que j'aime trop la danse narrative pour être intéressé par ces extraits sortis de tout contexte dramatique. Avant l'entr'acte, je ne suis guère intéressé que par les extraits de Don Quichotte, qui à défaut d'émouvoir émerveillent par la vivacité des danseurs, notamment Ève Grinsztajn, et Ludmila Pagliero. Après l'entr'acte, il faudra que Nicolas Le Riche (Roméo) et Laëtitia Pujol (Juliette) entrent en scène pour que je me passionne pour ce qui se passait sur scène. Une ovation méritée pour eux, tout comme pour Mathias Heymann que le public était heureux de revoir, enfin ! La présence de l'acte des Ombres de La Bayadère au programme m'avait fait adopter une tenue toute indienne pour cette soirée de gala. Vu de biais, la descente des trente-deux ballerines perd quelque peu de ses vertus géométriques, mais ce fut un passage émouvant tout comme le pas de deux entre Agnès Letestu et Stéphane Bullion.

Dans l'Orchestre Colonne, j'ai particulièrement aimé les interventions conjointes des harpes et des flûtes. J'ai aussi entendu un superbe solo de violoncelle. L'interprète n'étant pas dans mon chant de vision, je me suis mis sur la pointe des pieds pour l'apercevoir, et bien sûr il s'agissait de la violoncelliste que j'avais tant appréciée lors d'un précédent concert Colonne.

Salle Pleyel — 2013-03-15

London Symphony Orchestra

Frank Strobel, direction

Jurassic Park (Thème) (John Williams)

Les Dents de la mer (Suite) : Thème du requin, En mer et Fugue de la cage du requin (John Williams)

La Liste de Schindler : Nº2 Ville juive, Nº1 Thème (John Williams)

Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal (Suite) : Extraits nº1, 3, 4 (John Williams)

Les Aventuriers de l'arche perdue : La Marche des aventuriers (John Williams)

Hook : Vol vers le Pays imaginaire (John Williams)

La Guerre des mondes : La Fuite de la ville, Épilogue (John Williams)

Rencontres du troisième type (Extraits) (John Williams)

L'Empire du soleil : La nouvelle vie de Jim (John Williams)

Le Terminal : L'Histoire de Viktor Navorski (John Williams)

E. T. : Aventures sur terre (John Williams)

Munich (John Williams)

1941 (John Williams)

Star Wars Theme (John Williams)

Les musiques de films de John Williams de la première partie de ce concert du London Symphony Orchestra m'étaient familières, et m'ont procuré le sentiment de retomber en enfance. Le Thème du requin des Dents de la mer était particulièrement impressionnant, et la fugue particulièrement délectable, tout comme, plus loin les apparitions d'abord fugitives puis indiscutablement spectaculaires du thème d'Indiana Jones. Avec la deuxième partie, je découvre des titres de films de Spielberg que je ne connaissais pas. Si tous les extraits vidéo montrés pendant le concert ne m'incitent pas à visionner ces films (surtout 1941, joué en bis), les musiques m'ont toutes beaucoup plu. Je n'osais trop y croire puisque le thème du concert était Williams/Spielberg et non Williams/Lucas, mais en troisième bis, l'orchestre a joué la musique de Star Wars pour le plus grand plaisir de tous les auditeurs !

Opéra Comique — 2013-03-17

Pascal Rophé, direction musicale

Ludovic Lagarde, mise en scène

Antoine Vasseur, décors

Fanny Brouste, costumes

Sébastien Michaud, lumières

Lidwine Prolonge, vidéo

Élodie Dauguet, assistante décors

Julian Janeczko, assistant vidéo

Christophe Manien, assistant chef d'orchestre

Anna Caterina Antonacci, Contessa Susanna, Elle

Vittorio Prato, Conte Gil

Bruno Danjoux, Sante

Orchestre Philharmonique du Luxembourg

Il Segreto di Susanna, Ermanno Wolf-Ferrari

La Voix humaine, Francis Poulenc

À l'écoute de l'ouverture du Secret de Susanne, je me suis dit : Non, ce n'est pas possible, Minkus a écrit un opéra. Au secours !. Par la suite, la façon de mettre le texte en musique me fait davantage penser à Puccini. À défaut d'être bouleversante, la musique me semble luxueusement bien jouée par l'Orchestre Philharmonique du Luxembourg dont j'ai tout particulièrement apprécié les instruments à vents. L'histoire de cet opéra est inintéressante au possible. Un opéra de boulevard... Le secret de Susanne est qu'elle fume, son mari s'imagine qu'elle le trompe avec un homme, car seul un homme pourrait fumer, pense-t-il. Toutefois, autant le texte que la mise en scène laissent une part de doute sur le rôle du valet, ne partage-t-il avec Susanna que son addiction pour le tabac ? Le rôle du mari est très bien chanté par le baryton Vittorio Prato.

Anna Caterina Antonacci est l'artiste lyrique que j'ai vue le plus souvent en concert. Quatorze fois ! La première fois était il y a presque dix ans dans Agrippina de Händel au Théâtre des Champs-Élysées. Ces dernières années, mes expériences d'auditeurs la concernant ont été contrastées (pour le meilleur et pour le pire). Mes dernières impressions sur Les Troyens était mitigées. Dans la salle à taille plus humaine de l'Opéra Comique, j'ai l'impression de la retrouver en pleine possession de ses moyens ! Quand la chanteuse bascule en français pour La Voix humaine de Poulenc après l'entr'acte, elle achève de me convaincre. Jamais je ne l'ai entendue chanter un texte français de façon aussi intelligible. Il n'était plus nécessaire de lire surtitres pour se laisser émouvoir par l'évolution du drame jusqu'à sa conclusion avec la terminaison de la conversation téléphonique de l'héroïne.

Tout comme dans la production d'Orphée et Eurydice que j'avais vue à la MC93 Bobigny, le décor représente un appartement moderne dont on peut voir l'héroïne parcourir les différentes pièces puisque le décor peut tourner sur lui-même. Voilà à peu près l'unique idée que j'aie distinguée dans la mise en scène...

Salle Pleyel — 2013-03-18

Klangforum Wien

Neue Vocalsolisten Stuttgart

Tito Ceccherini, direction

Daniele Pollini, piano

Carnaval nº10 Lascia vibrare (Salvatore Sciarrino)

Carnaval nº11 Stanze della pioggia (Salvatore Sciarrino)

Carnaval nº12 Liuto senza corde (Salvatore Sciarrino)

Maurizio Pollini, piano

Sonate pour piano nº30 en mi majeur op. 109 (Beethoven)

Sonate pour piano nº31 en la bémol majeur op. 110 (Beethoven)

Sonate pour piano nº32 en ut mineur op. 111 (Beethoven)

Ne raffolant pas des récitals pour piano, j'ai trouvé bienvenue la forme de ce concert. En première partie, un orchestre a joué trois œuvres de musique de chambre contemporaines de Salvatore Sciarrino. La première m'a beaucoup plu du fait de l'utilisation d'un chœur de quelques chanteurs solistes dont les voix se mêlent très harmonieusement. Quelle justesse ! La musique repose sur l'utilisation de glissandi par les instruments qui le permettent (les violoncelles, les trombones, les voix). Quoique le matériau musical y soit un peu trop délayé à mon goût, j'apprécie les idées développées dans le deuxième morceau, purement instrumental. Un thème très reconnaissable de quatre notes (dont les deux dernières sont liées dans un glissando) revient fréquemment au violoncelle. J'aime la direction très claire de Tito Ceccherini (dont la tête me disait quelque chose, et pour cause : il dirigeait Reigen il y a quelques semaines de cela). Toutefois, le volume sonore produit par l'effectif orchestral très réduit aurait pu trouver meilleur écrin que la volumineuse Salle Pleyel. Les petits bruits des spectateurs (sans même parler des toux) perturbent quelque peu l'audition de cette œuvre.

La deuxième partie du concert m'a donné à entendre le pianiste Maurizio Pollini dans les sonates nº30, 31 et 32 de Beethoven. Je n'avais jamais entendu de sonates de Beethoven en concert. Ce fut pour moi une expérience très réjouissante. Que j'aime la façon dont ce pianiste fait ressortir la pulsation de cette musique !

Salle Pleyel — 2013-03-19

Orchestre Philharmonique de l'Oural

Dmitri Liss, direction

Suite pour orchestre nº3 (Tchaikovski)

Chœur Symphonique de l'Oural

Yana Ivanilova, soprano

Alexander Timchenko, ténor

Pavel Baransky, basse

Les Cloches, op. 35 (Rachmaninov)

J'avais choisi ce concert de l'Orchestre Philharmonique de l'Oural parce que La Nuit sur le mont Chauve de Moussorgsky était programmée. Le programme du concert a été chamboulé. Je découvre la Suite pour orchestre nº3 de Tchaikovski, qui à défaut de me bouleverser maintient mon intérêt du fait de sa forme très variée : une atmosphère pastorale au tout début, la mise en valeur des altos et du cor anglais, une superbe fugue et une fin hydravionesque très bien amenée (un mix entre l'Arlésienne de Bizet et la Polonaise d'Eugène Onéguine du même Tchaikovski).

Le concert n'était pas surtitré, j'ignore le sens du texte russe (traduit d'une œuvre d'Edgar Allan Poe) que le chœur et les solistes ont chanté après l'entr'acte. Cela n'a pas nui à mon plaisir d'écouter la musique des Cloches de Rachmaninov comme s'il s'agissait d'une mystérieuse féerie musicale. Cela valait le déplacement ne serait-ce que pour les interventions du cor anglais en arrière-plan dans la partie chantée par la basse.

Salle Pleyel — 2013-03-21

Philippe Aïche, violon solo

Orchestre de Paris

Paavo Järvi, direction

Symphonie nº1 (Dutilleux)

Concerto pour violon nº2 (Bartók)

Gil Shaham, violon

Gavotte en rondeau de la Partita nº3 en mi majeur, BWV 1006, Bach

Symphonie nº1 en ut majeur, opus 21 (Beethoven)

Je ne m'attendais pas à ce que la Première Symphonie de Beethoven soit le point culminant de ce concert ! Pourtant, le chef Paavo Järvi (exceptionnellement sans partition) et l'orchestre de Paris étaient réjouissants comme jamais. L'enthousiasme unanime de tous les musiciens ne faisait nullement obstacle à l'appréciation des joyeux détails d'orchestration de cette œuvre. Avant cela, le concert avait déjà fort bien commencé avec la Première Symphonie de Dutilleux. Les partitions que j'apercevais depuis ma place comportaient de nombreuses ratures, corrections et annotations, comme un REGARDEZ Cymb manuscrit écrit en gros sur celles des percussionnistes. Dans le concerto pour violon nº2 de Bartók, dans lequel j'ai quelques difficultés à percevoir une structure, le violoniste Gil Shaham a été très convaincant...

Opéra Comique — 2013-03-22

Kate McGarry, Desdémone

Bunny Sigler, Othello

Jacques Bonnaffé, Iago

Uri Caine, piano

Achille Succi, clarinette

Darryl Hall, basse

Nguyên Lê, guitare

Alain Venkenhove, trompette

Nicolas Geremus, violon

Sangoma Everett, batterie

Le Syndrome d'Othello

Après avoir assisté à cette représentation du Syndrome d'Othello, je crois pouvoir dire que le jazz n'est pas exactement fait pour moi... Du point de vue narratif, ce spectacle inspiré par Otello de Verdi est très décevant. Le texte chanté par Bunny Sigler (Othello) et Kate McGarry (Desdémone) semble sans rapport évident avec l'histoire qui ne semble qu'un prétexte. Je dis semble parce que le concert n'était pas surtitré. Le texte parlé ou slammé en français par Jacques Bonnaffé (Iago), s'il était parfois assez drôle et décalé, était trop souvent complètement incompréhensible, sa voix étant couverte par le petit orchestre qui produisait un son du tonnerre (pourquoi donc amplifier les musiciens ? pendant les premières minutes du spectacle j'ai cru que mes oreilles allaient exploser !). Comme spectacle dénué de sens, ce Syndrome d'Othello est toutefois loin d'être déplaisant, les musiciens semblant très bons, le pianiste Uri Caine, le trompettiste Alain Venkenhove et le guitariste Nguyên Lê étant particulièrement impressionnants. Je n'ai pas perçu toutes les références dans la musique, mais j'aurai au moins reconnu une référence incongrue à En passant par la Lorraine (avec mes sabots...). Un passage particulièrement beau utilisait une musique arabisante comportant quelques glissandi jouée par le violoniste Nicolas Geremus. On trouve même un morceau atonal pendant la scène du meurtre, au cours de laquelle les protagonistes ne sont pas sur scène. En revanche, le public des premiers rangs dont je faisais partie aura eu tout le loisir d'admirer l'interminable suicide d'Othello, pour lequel le showman Bunny Sigler a curieusement passé un achkan (dans les mêmes style et coloris que ce que je portais pour le Gala Noureev...).

Opéra Garnier — 2013-03-27

Yannis Pouspourikas, direction musicale

Orchestre Colonne

Ballet de l'Opéra

Jacques Prévert, argument

Joseph Kosma, musique originale

Roland Petit, chorégraphie (1945) réglée par Luigi Bonino

Pablo Picasso, rideau de scène

Brassaï, décors

Mayo, costumes

Jean-Michel Désiré, lumières

Jan Broeckx, assistant du chorégraphe

Amandine Albisson, La plus belle fille du monde

Alexandre Gasse, Le jeune homme

Stéphane Phavorin, Le destin

Hugo Vigliotti, Le bossu

Peggy Dursort, La fleuriste

Claire Gandolfi, Jennifer Visocchi, Les filles

Samuel Murez, Le lanceur de tracts

Sophie Mayoux, Antonio Conforti, Carola Puddu, Milo Avêque, Les enfants qui s'aiment

Florent Mélac, Alexis Saramite, Axel Alvarez, Niccolo Balossini, Les garçons

Pascal Aubin, Le chanteur

Anthony Millet, L'accordéoniste

Le Rendez-vous

Jean Anouilh, Georges Neveux, argument

Henri Dutilleux, musique originale

Roland Petit, chorégraphie (1953)

Carzou, décors et costumes

Jean-Michel Désiré, lumières

Jean-Philippe Halnaut, répétitions

Émilie Cozette, La jeune fille

Stéphane Bullion, Le loup

Sabrina Mallem, La Bohémienne

Christophe Duquenne, La jeune homme

Alexis Saramite, Le montreur de bêtes

Natacha Gilles, La mère

Le Loup

D'après la nouvelle de Prosper Mérimée

Georges Bizet, musique arrangée par G. Tommy Desserre

Roland Petit, chorégraphie (1946) réglée par Luigi BOnino

Antoni Clavé, décors et costumes

Jean-Michel Désiré, lumières

Jean-Philippe Halnaut, répétitions

Eleonora Abbagnato, Carmen

Nicolas Le Riche, Don José

Audric Bezard, Escamillo

Valentine Colasante, François Alu, Mathieu Botto, Les Chefs des brigands

Carmen

Les héros de la soirée sont l'Orchestre Colonne et Eleonora Abbagnato, merveilleuse interprète du rôle de Carmen, nommée étoile à l'issue de la représentation. Le ballet Le Rendez-vous est tellement insipide que mon attention est totalement concentrée sur la fosse d'orchestre. Au cours de la soirée, les musiciens ont paru très engagés et les solistes se sont brillamment illustrés (notamment les vents, la trompette et le superbe premier violon, Sébastien Surel, identifié par Klari). Dans Le Loup, entre deux coups d'œil vers la fosse d'orchestre, je regardais ce qui se passait sur scène (et cela piquait un peu les yeux). On passe un bon moment grâce à Sabrina Mallem (La Bohémienne) et Sébastien Bullion (Le Loup). Je sais que le pas de deux entre le Loup et la jeune fille peut être plus émouvant, je me rappelle avoir vu Laëtitia Pujol dans ce rôle... mais j'avoue avoir été presqu'ému par Émilie Cozette.

J'ai adoré le ballet Carmen que je n'avais pas encore vu. Pour ce qui est de la danse, il est très supérieur à mon goût aux deux ballets présentés avant l'entr'acte. Si Nicolas Le Riche (Don José) et Audric Bezard (Escamillo) ont été superbes dans les rôles masculins, c'est bien sûr Eleonora Abbagnato (Carmen) qui m'a fait apprécier ce ballet ! Quelle présence ! Je ne retiens pas le bruit de ses pointes frappant le sol, plutôt le râle qui se fait entendre dans ses pas de deux avec Nicolas Le Riche. Pour une argumentation plus construite, il faut lire le billet chez Impression danse. J'ai rarement été autant ému par la représentation d'un ballet à l'Opéra ! J'ai été très heureux qu'Eleonora Abbagnato soit nommée danseuse étoile à l'issue de la représentation.

Salle Pleyel — 2013-03-30

Orchestre national d'Île de France

Ann-Estelle Médouze, violon supersoliste

Enrique Mazzola, direction

Nicolas Southon, présentation

Ouverture des Maîtres chanteurs de Nuremberg (Wagner)

Murmures de la forêt (extrait de Siegfried) (Wagner)

Nora Gubisch, mezzo-soprano

Wesendonck Lieder (Wagner)

Voyage de Siegfried sur le Rhin (extrait du Crépuscule des Dieux (Wagner)

Prélude de Tristan et Isolde (Wagner)

Ouverture de Tannhäuser (Wagner)

Ce n'est pas vraiment le meilleur Wagner que j'aie entendu, mais cela n'a pas excessivement gâché mon plaisir d'auditeur, n'ayant pas plus d'une ou deux occasions par an d'entendre ce type de programmes. L'Orchestre national d'Île de France était très beau dans les passages délicats (superbes oiseaux dans les murmures de la forêt), mais nettement moins clair dans les fortissimi, notamment vers la fin de l'ouverture de Tannhäuser qui semblait assez délicate à négocier pour les cordes. Dans cette ouverture, je retiens toutefois une belle superposition entre le chœur des pélerins par les cuivres et le Vénusberg par les cordes. (Était-il vraiment nécessaire d'inclure des mini-conférences sur Wagner pendant ce concert ? Surtout si c'était pour entendre des bêtises à propos de la création parisienne de Tannhäuser...) Je n'ai pas été très ému par Nora Gubisch dans les Wesendonck Lieder ; il est difficile de me faire oublier Nina Stemme...

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Priya Venkataraman à l'Espace Reuilly

2013-03-31 21:41+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Espace Reuilly — 2013-03-31

Priya Venkataram et ses danseurs, bharatanatyam

Malari

Vidyadhara

Ashtapati

Anandanatanaprakash

Tillana

J'ai assisté pour la première fois à un spectacle de ballet de danse bharatanatyam, organisé par l'Ambassade de l'Inde, qui a réussi à rassembler plus de deux cents personnes à l'Espace Reuilly. Le nombre de saris et de shalwar-kameez dans le public donnerait presque l'illusion que le spectacle a lieu en Inde.

Habituellement, un spectacle de bharatanatyam est le récital d'une danseuse unique. Idéalement, la présence de plusieurs interprètes devrait permettre de faire incarner chaque personnage par un interprète différent, au lieu qu'une unique danseuse passe d'un personnage à un autre en permanence. J'ai une méfiance a priori pour les spectacles de danse indienne mettant en scène plusieurs danseurs ou danseuses en raison de la difficulté de réunir des danseurs et danseuses dont le talent soit aussi homogène qu'excellent, et non seulement dans la danse pure comme ce sera le cas dans le programme de cet après-midi mais aussi dans l'art de l'expression et de la narration...

Le spectacle présenté par le groupe de trois danseurs et quatre danseuses (parmi lesquelles Priya Venkataraman) m'a à la fois satisfait et déçu. La seule pièce véritablement narrative a été la troisième Ashtapati qui présente la coquette Radha éprise de Krishna, mais c'est un solo ! Mes espoirs de voir la multiplicité des interprètes utilisée pour soutenir la narration sont décus. À peine entrée en scène dans une pose typiquement féminine, Priya Venkataraman se métamorphose en Krishna...

Dans les autres pièces, les danseurs font essentiellement ce que l'on appelle de la danse pure, sur une musique essentiellement rythmique. La première pièce Malari et la quatrième Anandanatanaprakash évoquent des thèmes shivaïtes sans être tout à fait narratives. Les mouvements des danseurs et danseuses sont synchronisés ou asymétriques et leur placement sur scène est précis. Cela me rappelle parfois des scènes du corps de ballet de l'Opéra de Paris... Les danseuses mettent l'accent sur les poses typiquement féminines, ce que ne font pas les danseurs dont la danse aurait sans doute pu être plus masculine pour la représentation de Shiva.

Dans ce qu'ils font, les sept danseurs et danseuses sont très convaincants, quoique cela reste de la danse pure et que les mudras ne soient pas toujours exécutés de la même façon par les différents interprètes, tel doigt étant tendu chez l'une et replié chez l'autre. La fin de la première pièce est particulièrement saisissante : sur une musique dont la partie vocale est un shloka, un danseur et une danseuse représentent de très belle façon le couple Shiva-Parvati.

À mon avis, la plus belle pièce de ce programme a été la quatrième intitulée Anandanatanaprakash (?). Il y est encore question de Shiva, mais d'une façon un peu plus approfondie. J'ai l'habitude de voir les divers attributs de Shiva représentés par une seule danseuse. Dans ce programme, les différents aspects (le chignon tressé, son regard foudroyant, son tambour, sa danse, le croissant de lune, etc) peuvent prendre la forme de tableaux humains élaborés. Le plus beau à mon goût est celui qui représente la descente de la rivière Ganga. Trois danseuses sont sur scène. La première représente Ganga sautant du chignon de Shiva, tandis que les deux autres représentent l'écoulement de la rivière depuis les montagnes jusqu'à la plaine. Le texte chanté de la musique enregistrée et les interprètes ont également montré Shiva comme Seigneur des Arts : la poésie, la musique, la danse, la sculpture. Je me serais presque cru dans Apollon musagète.

Comme la deuxième pièce Vidyadhara qui comportait de la danse pure par différentes combinaisons de danseurs sur des musiques aux cycles rythmiques différents, la dernière pièce est un Tillana assez développé mettant en valeur les qualités individuelles et collectives des danseurs dans des mouvements rythmiques sans sens apparent. Il a fallu attendre la fin de ce Tillana pour voir une brève évocation de Krishna sur une musique mélodique dans laquelle le chanteur prononçait le nom des notes (Sargam).

Ce fut un fort beau spectacle (un peu court, à peine plus d'une heure et demie, entr'acte compris), mais j'attends davantage d'émotions d'un programme de bharatanatyam...

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Don Giovanni à Dijon

2013-03-27 15:08+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Auditorium de Dijon — 2013-03-24

Edwin Crossley-Mercer, Don Giovanni

Josef Wagner, Leporello

Diana Higbee, Donna Anna

Michael Smallwood, Don Ottavio

Timo Riihonen, Le Commandeur

Ruxandra Donose, Donna Elvira

Camille Poul, Zerlina

Damien Pass, Masetto

Marie Buffet, Suivante de Donna Elvira

Bertille Lucarain, Charlotte Mignot, Figurantes

Élèves du Pôle d'Enseignement Supérieur de la Musique de Bourgogne, bandas

Élèves du Conservatoire à Rayonnement Régional de Dijon, danseurs

Gérard Korsten, direction musicale

Jean-Yves Ruf, mise en scène

Anaïs de Courson, collaboration à la mise en scène

Laure Pichat, scénographie

Claudia Jenatsch, costumes

Christian Dubet, lumières

Caroline Marcadé, chorégraphie

Cécile Kretschmar, maquillage, masques et coiffures

Lucie Hermand, assistanat aux costumes

Yvon Repérant, chef de chant, claveciniste continuiste

Mihály Zeke, chef de chœur

Maurizio Prosperi, pianiste répétiteur

Thierry Aveline, CUTFX, vidéo

Atelier Prelud, Ateliers de l'Opéra de Dijon, réalisation des décors

Atelier Caraco Canezou, Ateliers de l'Opéra de Dijon, réalisation des costumes

Thomas and Neel, création des surtitres

Bärenreiter, éditeur des partitions

Chamber Orchestra of Europe

Chœur de l'Opéra de Dijon

Don Giovanni (version de Prague), Mozart

J'ai assisté dimanche à mon quatrième Don Giovanni. J'avais adoré cette œuvre lorsque je l'avais découverte au TCE en 2010. En 2012 à l'Opéra Bastille, j'avais apprécié la mise en scène de Michael Haneke malgré la pesanteur de l'interprétation musicale. Il y a quelques semaines à Budapest, mon plaisir est davantage venu de ma visite du Magyar Állami Operaház que de la représentation de cet opéra, quoiqu'il me parût alors très bien chanté.

Dimanche après-midi avait lieu à Dijon la deuxième représentation d'une nouvelle production de Don Giovanni. Dès l'ouverture, on sent que c'est le Chamber Orchestra of Europe qui est dans la fosse, dirigé par Gérard Korsten. Néanmoins, il est à noter qu'il y avait un travail sur le son des cordes pour que cela sonne un peu baroque. Bien souvent, je me surprenais à entendre des détails de phrasés très finement ciselés !

Tous les chanteurs m'ont paru très bons. J'ai a-do-ré Edwin Crossley-Mercer en Don Giovanni. Les autres chanteurs masculins m'ont tous semblé très convaincants. Michael Smallwood dont le rôle de Don Ottavio reste assez discret pendant le premier acte se révèle au deuxième acte dans le magnifique air Il mio tesoro infanto ! Du côté des dames, mes plus grandes émotions sont venues de Diana Higbee (Donna Anna), dont les airs m'ont beaucoup ému. J'ai aimé Camille Poul dans l'adorable rôle de Zerlina. Il y avait une sorte de fragilité dans la voix de Ruxandra Donose, mais plutôt qu'elles soient dissimulées, il n'était à mon avis pas malvenu que les fêlures du personnage d'Elvira se manifestent ainsi. Voilà une très belle équipe de chanteurs assez jeunes : Damien Pass (Masetto) était à l'Atelier Lyrique de l'Opéra de Paris il y a à peine deux ans...

À part les premières minutes