Musique

Manoj et Manisha Murali Nair à Rabindra Sadan

2010-08-06 12:18+0530 (চন্দননগর) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde IX

Avant-hier, je suis allé visiter le palais de marbre. J'ai perdu du temps pour le trouver en sortant de la station M. G. Road puisque les indications du guide Lonely Planet étaient erronées (inversion entre la gauche et la droite). Comme l'indique Sébastien Ortiz dans son livre, il y a maintenant un panneau qui en donne la direction au bord de la route. Sa description du lieu est très juste (cependant, certaines pièces ont sans doute été déplacées depuis 2005). Le palais aux sols de marbres colorés d'Italie renferme une grande collection d'objets d'arts, principalement venus d'Europe. Beaucoup de statues de style grec, des sculptures représentant Napoléon, des lustres de Belgique, etc.

Je me suis ensuite baladé dans les rues voisines. Le tramway a beaucoup de mal à avancer dans ces lieux bondés.

Hier, je suis allé au jardin botanique. Il est situé au bord de l'autre rive de la Hooghly. J'ai donc marché depuis Chandni Chowk jusqu'à la jetée où pour 4 roupies, j'ai pu rejoindre la gare de Howrah, située de l'autre côté. De là, j'ai pris un taxi prépayé. Le jardin est très étendu. Tout y est très mal indiqué. On trouve en effet de nombreux panneaux indicateurs, mais les concepteurs ont réussi à peindre des flèches ambigues... On y trouve des plantes originaires de nombreuses régions du monde. Une serre abrite des cactus de toutes les tailles. Au bout du chemin, un gigantesque banyan de plus de 250 ans, apparemment le plus étendu d'Inde. Pour rentrer, un minibus au prix modique me ramènera, mais le trajet sera très long.

Dans la soirée, je suis allé à Rabindra Sadan pour écouter un concert de Rabindrasangeet, ce style de chansons inventé par Rabindranath Tagore. Je suis arrivé un peu en avance. À l'entrée du complexe où se trouvent d'autres institutions culturelles, les indications ne sont pas très claires. Après un essai infructueux, j'essaie d'entrer dans un bâtiment où tout est écrit en bengali et où un grand portrait de Tagore trône à l'entrée. On me dit juste d'attendre. Au bout d'un moment, un des responsables s'enquiert de mon cas et très vite, on se retrouve dans les coulisses du théâtre et on trouve quelqu'un pour me vendre un ticket et me faire rentrer. (Il aurait quand même été plus simple de me dire de faire le tour du bâtiment pour passer par l'entrée normalement utilisée par les spectateurs...)

Le parterre de la salle (environ 500 places) est plein ; quelques spectateurs se sont installés au balcon. Le concert des frère et sœur Manoj et Manisha Murali Nair (issus du Kerala mais ayant étudié à Shantiniketan) va durer environ deux heures et demie. Ils chantent tous les deux, Manoj joue aussi de l'harmonium, dont le son est recouvert par les autres instruments : trois percussionnistes (deux jouant sur instruments indiens traditionnels, un troisième sur une batterie électronique), un instrument à cordes et archet non identifié, une guitare et un synthétiseur. La trentaine de chansons vont m'inspirer un ennui quasi-total...

J'ai pris ce matin un train local à la gare de Howrah pour visiter Chandernagor où je vais passer une partie de l'après-midi.

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Gaayatri Kaundiya au Weavers Studio Centre for the Arts

2010-08-04 12:57+0530 (কলকাতা) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde IX

Hier soir, je suis allé assister à un concert de musique classique de l'Inde du Nord. Cela se passait dans une galerie d'art à Ballygunge, au Sud de Kolkata.

J'ai bien cru ne jamais réussir à m'y rendre. Je pensais d'abord qu'il serait facile de localiser l'adresse 94, Ballygunge en rejoignant cette rue à pieds depuis une station de métro, puis marcher dans le sens des numéros croissants. En fait, dans ce quartier, la numérotation, c'est véritablement n'importe quoi. À un peu moins d'une heure du début du concert, j'ai demandé à un auto-rickshaw de m'y conduire. Ni lui ni les gens du quartier n'avaient l'air de savoir par où aller. On n'a pas arrêté de tourner en rond le long d'une marche aléatoire. À sa méconnaissance des lieux s'ajoute l'incompétence du conducteur de rickshaw. Alors que je lui demandais de faire demi-tour après avoir repéré des numéros approchants, il a continué beaucoup plus que de raison et après avoir réussi à tourner, il est reparti à toute allure dans des directions aléatoires, ce qui nous a fait perdre encore une bonne dizaine de minutes. Maintenant, je comprends pourquoi Ballygunge est seulement représentée comme une tâche de couleur sur une des cartes de la ville en ma possession.

Je ne suis arrivé sur les lieux que cinq minutes avant le début du concert. La petite salle, presque pleine, accueille une petite trentaine de spectateurs. La chanteuse, Gaayatri Kaundiya, a seulement 19 ans et déjà une petite marque de sindoor dans la raie des cheveux. On annonce qu'elle apprend le chant depuis presque quinze ans. Son gourou (maintenant décédé) est un certain Baba. Elle est accompagnée par un harmonium (Moinak Das) et un tabla (Goutam Chakraborty). La chanteuse et son jeune frère Ram jouent du tampura.

Le Raga de ce soir est Maru Bihag. Son interprétation durera environ une heure et quart et sera comme le veut la tradition divisée en trois parties. Dans la première, la chanteuse et le joueur d'harmonium installent progressivement le raga. Dans la deuxième, le rythme des percussions commence à battre régulièrement. Quelques phrases musicales s'installent. La chanteuse, d'une voix claire, émet des notes dont elle fait varier très légèrement la hauteur. C'est parfaitement contrôlé, puisqu'après plusieurs passages, le motif s'est installé dans les esprits. Enfin, vient la troisième partie et ses rythmes changeants. On assiste alors à un déluge de techniques d'improvisation constituant des variations de ce qui avait été esquissé avant. Dans une de ces formes d'improvisations, les syllabes prononcées par la chanteuse sont les noms des notes (dans la gamme indienne) qu'elle chante.

Je ne connais pas grand'chose à cette musique, mais j'ai eu l'impression que c'était réussi. En tout cas, j'ai apprécié ce raga. Il y avait une complicité et un plaisir de jouer ensemble évident avec le joueur d'harmonium. Le percussionniste était apparemment un peu plus en mode automatique. Sa façon d'interpeler la chanteuse avec ses changements de rythmes était souvent un peu brutale et dans les morceaux qui ont suivi, elle a dû lui souffler le nom du motif rythmique de base pour qu'il puisse commencer à jouer.

Après la composition principale, trois morceaux plus courts ont conclu le récital. Le premier était basé sur une chanson du célèbre musicien Miyan Tansen, apparemment appelée Bhaje Damaru. Après l'entrée de chacun des quatre vers (qui, si j'ai bien identifié le point commun entre les mots que j'y ai compris constitueraient une invocation de Shiva), on entend la chanteuse improviser de toutes les façons possibles sur cette base : modification du rythme, répétition de mots, remplacements de syllabes par les noms des notes, etc.

Pour finir, deux chansons qui tendent vers le style des bhajans écris par son guru.

Pour rentrer, je me suis rapproché de l'axe Nord-Sud du métro et pensant à tort que j'arriverais trop tard, je suis monté dans un bus (identifié parce que c'était le premier dont la liste des arrêts défilait à l'avant en anglais et non en bengali). Il a été facile de monter ; descendre fut plus difficile. Les chauffeurs de bus de Kolkata et leurs chefs sont apparemment de vrais fous-furieux. Ceux de Mumbai qui ont la réputation d'être assez rudes paraissent presque raisonnables en comparaison.

Quand je suis rentré un peu avant 22h, presque tout est fermé ; je ne trouve pour dîner qu'un restaurant thai (allergiques au piment s'abstenir) où entre le serveur et moi, aucun n'arrive à entendre ce que dit l'autre.

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La Petite Renarde rusée à Bastille

2010-07-12 23:34+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens de la dernière représentation de La Petite Renarde rusée (Příhody Lišky Bystroušky) de Janáček à l'Opéra Bastille. J'avais déjà vu cette production d'opéra l'année dernière, dans une distribution légèrement différente.

Cela raconte l'histoire d'une renarde qui est capturée par un garde-chasse et qui lui joue des tours. Elle veut semer la zizanie dans le poulailler contre le pouvoir du coq. Les prolétaires poules étant trop bêtes, elle décide de les massacrer. Plus tard, elle rencontre un renard. À leur mariage, toutes sortes d'animaux viennent les féliciter. Au dernier acte, on découvre leur progéniture. La renarde qui pensait être plus rusée qu'un braconnier se fera tuer d'un coup de fusil. À la fin, un cycle de la nature s'est écoulé : c'est une descendante de la renarde qui vient se chamailler avec le garde-chasse. (J'ai simplifié au peu, il y a d'autres personnages humains et une multitude de personnages animaliers.)

Cette production d'opéra est très belle. Il est dommage que cela ne soit pas davantage connu : un vendeur de programmes m'a confié qu'il resterait 1400 places de libres. S'il est vrai que je ne pratique pas ce sport très souvent, je n'ai pas hésité une seule seconde à l'idée de me replacer au centre du parterre (ma place au deuxième balcon étant très excentrée). Les décors (notamment le rideau de scène), les costumes, les lumières sont magnifiques. La musique est superbe (et parfois amusante quand elle imite le bruit des animaux). Le jeu des chanteurs-comédiens (dont un certain nombre d'enfants) est très bon. Cependant, la faiblesse des voix est une très grosse déception, comme l'année dernière. Il ne s'agit que d'un problème de volume sonore. Alors que l'orchestre ne joue pas particulièrement fort, les voix des chanteurs sont le plus souvent tout à fait inaudibles. Le problème se pose autant avec Adriana Kucerova (La Renarde) cette année que l'année dernière avec Elena Tsallagova (qui m'avait aussi semblé meilleure comédienne). Jean-Philippe Lafont (Le Garde-chasse), appréciable aussi par sa présence scénique, est un des rares à arriver à se faire entendre.

Pour moi, c'était le dernier spectacle avant les vacances. Cette année, l'Opéra de Paris aura été mon plus grand pourvoyeur de divertissement : trente-huit spectacles !

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Kaguyahime (suite)

2010-07-11 18:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Cet après-midi, je suis retourné assister à une représentation de Kaguyahime à l'Opéra Bastille afin d'y voir Alice Renavand dans le rôle de la princesse Kaguyahime. Je ne regrette pas d'être venu, puisqu'elle m'a fait meilleure impression que ne l'avait fait Agnès Letestu. J'ai aussi pu voir la nouvelle étoile Stéphane Bullion dans le rôle du premier prétendant, tout comme Mathias Heymann en villageois, et quelques autres.

La salle était à moitié vide. Pour le premier acte, je suis resté au premier balcon, mais en me replaçant dans des conditions a priori idéales : au milieu du dernier rang qui était déserté. Pour le deuxième acte, comme le parterre était très loin d'être rempli, je suis descendu et ai trouvé une place dans les premiers rangs qui ne soit pas trop excentrée. Bizaremment, le volume sonore et l'effet visuel est moins impressionnant depuis le parterre que d'en haut. L'effet de surprise de la première fois y était peut-être aussi pour quelque chose.

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La Donna del lago à Garnier (dernière)

2010-07-11 00:40+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Avant la représentation précédente de La Donna del lago, j'étais passé à la billeterie afin de m'acheter une place à 7€ pour la dernière représentation. Le billet comportait la mention Scène non visible, ce qui était heureusement inexact. Depuis la plus mauvaise place de cette première loge 14, je voyais un petit coin de la scène, entre les têtes de devant et d'en biais. J'ai donc passé l'essentiel du premier acte en position debout, une alternative à la chaise qui me permettait de voir bien.

À l'entr'acte, je rencontre une amie de files d'attente qui m'informe qu'il reste un peu de place à la loge impératrice... J'ai pu m'y installer confortablement sur un coin de banquette. On y est invraisemblablement proche des chanteurs. Dans le champ de vision, j'avais aussi un peu des coulisses, ce qui m'a permis d'éclaircir le mystère de la musique jouée des coulisses. Ce qui m'avait surpris était que le chef arrêtait ses mouvements quand elle se faisait entendre. Depuis ma place, j'ai pu observer furtivement un groupe de musiciens qui semblait obéir aux mouvements d'une autre personne physique. Pendant les chœurs, je voyais aussi des bras s'agiter dans un coin...

Lors de cette dernière représentation, un petit groupe de fans de Karine Deshayes était dans cette loge impératrice. Lors des saluts, l'un d'entre eux lui a même jeté un bouquet de fleurs !

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La petite danseuse de Degas à Garnier

2010-07-10 00:50+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Dernier ballet de la saison à l'Opéra de Paris : La petite danseuse de Degas de Patrice Bart. Cela raconte la vie de La petite danseuse de quatorze ans, qui s'appelait Marie Van Goethem. Le ballet mêle en fait des éléments de la vie de la danseuse et de ses deux sœurs. Au début du ballet, la petite danseuse (Dorothée Gilbert) descend de la vitrine où la statue est exposée. On voit ensuite différents épisodes de sa vie : elle va à son cours de danse (le maître de ballet est interprété par Mathieu Ganio), elle admire la danseuse étoile (Ludmila Pagliero) dont elle essaie de suivre les pas, elle pose pour un peintre, elle tombe amoureuse d'un abonné lors d'un bal à l'Opéra (Karl Paquette). C'est difficilement compréhensible aujourd'hui, mais la mère de la petite danseuse (Mélanie Hurel), habillée de noir, la suit partout. Dans la deuxième partie, celle-ci se voit dans un miroir changée en femme prête pour aller danser, ce qu'elle va faire avec sa fille au caf'conc' où une autre danseuse (Sabrina Mallem) tient l'affiche. Déçue par le comportement de l'abonné, la petite danseuse vole son portefeuille, ce qui lui vaut de finir en prison où elle voit paraître la danseuse étoile. Finalement, déchue, elle se retrouve parmi les blanchisseuses. Pendant tous ces épisodes, un homme en noir (Yann Bridard) suit la petite danseuse de façon quelque peu menaçante. Il finit par la remettre dans la vitrine.

Pour l'œil, ce spectacle est superbe. Les lumières sont très bien pensées. Grâce à elles, les transformations d'un tableau à un autre s'opèrent comme par magie : un personnage est éclairé, le reste de la scène est dans l'obscurité et tout à coup, le voile est levé sur un nouveau décor. Les costumes sont aussi très beaux. Si les lumières créent des effets saisissants, la manière dont les décors sont conçus y contribue aussi. Pour partie, ce sont de hauts panneaux faits de plusieurs larges bandes d'une sorte de toile épaisse dont certaines peuvent être enroulées ou déroulées. Comme ces panneaux peuvent être déplacés, le décor représentant une rue peut se transformer très rapidement en une salle de répétition pour le ballet. Évidemment, on joue de l'Opéra à l'intérieur de l'Opéra. Pendant la scène du bal, le fond du décor reproduit le rideau de scène du Palais Garnier. Quand des danseuses viennent saluer sous les applaudissements de la salle, ce sont autant les danseuses que les personnages qu'elles interprètent qui viennent saluer.

Ce qui est gênant avec ce ballet et me fait avoir pourtant un avis mitigé, c'est qu'on a l'impression de voir un clip (d'un peu moins de deux heures). C'est très bien dansé (même quand la petite danseuse doit danser gauchement quand elle essaie de reproduire les pas de l'étoile !), c'est très beau à voir, c'est censé être narratif, mais je n'y ai vu qu'une succession de tableaux. La musique de Denis Levaillant m'a aussi un peu gêné. Là encore, même s'il est vrai que la reprise de certaines phrases musicales donne une cohérence à l'ensemble, des styles très différents de musique se succèdent, comme les tableaux. Dans l'ensemble, on dirait de la musique écrite pour le cinéma (il y a d'ailleurs des passages qui ne sont pas loin de ressembler à des parodies de musiques de films ou de séries). L'instrumentation et les techniques de jeu exigées des musiciens sont inhabituelles pour l'Opéra. Dans la fosse, on trouve ainsi un accordéon, un saxophone, des xylophones (et un piano). Les cordes ont un certain nombre de passages pizzicato et un assez impressionnnant numéro où les cordes sont frappées par le bois de l'archet. Cela dit, quand on accepte de regarder ce ballet comme un film ou une suite de clips, l'ensemble n'a rien de désagréable. Un autre élément déroutant de ce ballet est qu'à certains moments, la scène est un peu trop remplie : plusieurs choses se passent en même temps.

Le ballet comporte quelques moments de grâce. Celui que j'ai préféré intervient lors du tableau des blanchisseuses, où la petite danseuse et dix-huit autres blanchisseuses s'activent pour nettoyer des draps blancs. À un moment donné, les blanchisseuses tiennent deux par deux des draps blancs disposés en cercle (vu d'en haut, les draps forment les rayons d'une roue). Et là, Dorothée Gilbert entre dans la roue, tourne autour de l'axe, se jette successivement dans tous les draps jusqu'à devenir invisible.

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La donna del lago à Garnier (troisième)

2010-07-08 01:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Neuvième représentation de La Dame du lac à l'Opéra Garnier. J'y suis allé une troisième fois après les représentations des 14 et 21 juin, non pas pour apprécier encore davantage la mise en scène, mais pour entendre Karine Deshayes et Javier Camarena dans les rôles d'Elena et Giacomo/Uberto.

Cette fois-ci, j'ai un deuxième rang de troisièmes loges de côté impair. C'est un peu excentré, mais pas trop. Je vois la moitié droite de la scène.

Je retrouve les lumières vraiment lamentables de ce spectacle. On n'y voit rien. J'avais noté la non-différentiation visuelle de Rodrigo du personnage secondaire Serano. Comme Javier Camarena apparaît barbu comme les deux autres dans cette deuxième série de représentations, il y a en fait trois personnages (Giacomo, Rodrigo et Serano) que ni les costumes ni la pilosité ne distinguent clairement (Giacomo porte souvent une cape bleuâtre, mais ce critère n'est pas infaillible).

J'ai été très content de réentendre Javier Camarena (déjà entendu dans le rôle d'Elvino dans La Sonnambula et dans celui du conte d'Almaviva dans Il Barbiere di Siviglia). Par ailleurs, c'était la première fois que j'entendais Karine Deshayes, qui si elle ne m'a pas autant impressionné que Joyce DiDonato, m'a cependant fait une excellente impression. Je n'ai pas regretté de m'être levé pour mieux voir la dernière scène qui se passe à la cour du roi Giacomo. Le trio du deuxième acte entre Javier Camarena, Karine Deshayes et Colin Lee a été un autre moment fort de la soirée, de même que l'air de Daniela Barcellona au deuxième acte.

À part ça, je ne sais pas ce qui s'est passé, mais au cours du premier acte (1h40), la loge où je me trouvais (j'étais au deuxième rang, avec deux néerlandophones devant) a vu paraître trois fois des personnes seules ou accompagnées venues voir si on y voyait quelque chose. J'aimerais bien qu'on m'explique pourquoi on laisse rentrer ainsi des gens n'importe quand et n'importe comment. Si je trouve un peu pénible qu'il faille se faire ouvrir sa loge avant le spectacle, qu'elles soient fermées de l'extérieur, cela devrait au moins permettre de n'être plus dérangé une fois le spectacle commencé. Apparemment, je me trompais.

Il y a un dernier mystère à propos de cette production. Au cours du deuxième acte, arrivée au palais du roi, Elena s'écrie Quel beau concert tandis qu'elle entend de la musique, et en particulier la voix de Giacomo, qui vient des coulisses. Ce que je me demande, c'est si la musique que l'on entend est pré-enregistrée. En effet, lors des saluts, on ne voit pas de musiciens de scène paraître, et surtout, pendant ces phrases musicales, le chef d'orchestre s'arrête de diriger, alors qu'il pourrait très bien diriger des musiciens cachés via un écran de contrôle.

Pendant l'entr'acte, il m'a semblé que plusieurs portes qui sont d'ordinaires fermées étaient ouvertes. J'ai pu déambuler dans une zone dont j'avais remarqué la forme arrondie depuis l'extérieur, côté rue Halévy, mais sans jamais pouvoir y entrer : la rotonde du Glacier, qui abrite notamment des bustes et des tapisseries.

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Semele au TCE

2010-07-01 03:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens de la première de la reprise de Semele de Händel au TCE. Ce n'est que le deuxième opéra de ce compositeur que je voie après Agrippina en 2003. De ce compositeur, je suis en effet plus accoutumé aux oratorios et œuvres assimilées : Messiah (5 fois), Israel in Egypt, Athalia, Ode for Saint Cecilia's Day, Dixit Dominus, Acis and Galatea, Solomon. À vrai dire, le programme annonce qu'il s'agit d'un opéra en trois actes à la manière d'un oratorio. Cela se fait très lourdement sentir pendant le premier acte où il ne se passe essentiellement rien. Le contexte de l'opéra est que Sémélé (Danielle de Niese) est forcée par son père Cadmus (Peter Rose) à épouser Athamas (Stephen Wallace) qui est convoité par sa sœur Ino (Vivica Genaux). La cérémonie est interrompue. On apprend que Jupiter (Richard Croft) a pris l'apparence d'un aigle pour enlever Sémélé. Jusque là, les personnages se sont comportés comme des autistes, en particulier Athamas qui mésinterprète les réactions de Sémélé et Ino. Ils s'écoutent chanter et restent impassibles aux paroles des autres. C'est déroutant. À ce stade, je me demande bien pourquoi on appelle ça opéra !

Jusque là, j'aurais été assez déçu s'il n'y avait pas eu le plaisir de l'oreille (et aussi des yeux, il faut bien le dire) pour l'air The morning lark to mine accords his note interprété par Danielle de Niese seule devant un rideau et mimant de ses mains les mouvements d'une alouette. Viendra ensuite le superbe récitatif accompagné de Peter Rose Wing'd with our fears and pious haste.

Je commence à me dire que l'on entre véritablement dans l'opéra à la toute fin du premier acte quand Claire Debono chante dans son air Endless pleasure, endless love les plaisirs célestes de Sémélé.

Viendront ensuite les deuxième et troisième acte, toujours dans le même décors, dont le rond central a été incliné et dont l'éclairage a changé la couleur. Junon (Vivica Genaux, qui interprète deux rôles) et Iris (Jaël Azzaretti) conspirent contre Sémélé. Pour rejoindre ses appartements, il faut endormir ses gardes. C'est là qu'intervient Somnus, le Sommeil, superbement interprété par la basse Peter Rose (qui joue aussi deux rôles), qui s'endormirait bien tout en chantant ses airs si Iris et Junon baissaient leur vigilance. Ayant pris l'apparence d'Ino (l'illusion est parfaite vu que Vivica Genaux joue les deux rôles, quoiqu'avec des maquillages différents), Junon flatte les envies de Sémélé qui se verrait bien immortelle. Qu'elle se mire dans un miroir embellissant (Myself I shall adore, voir une interprétation par Carolyn Sampson du tube de cet opéra) et qu'elle demande à Jupiter de se montrer sous sa forme divine. Ce que Sémélé découvrira trop tard, c'est qu'elle ne peut être que réduite en cendres dans l'opération.

De retour au monde humain, Ino apprend aux autres que par la volonté de Jupiter, c'est elle qui doit épouser Athamas tandis qu'Apollon (Sébastien Droy) descend annoncer que des cendres de Sémélé et de la cuisse de Jupiter naîtra Bacchus. Le chœur du TCE qui s'est montré excellent se lance alors dans une bacchanale...

Du côté des voix, ma seule déception vient du contre-ténor Stephen Wallace, dont la voix ne monte guère jusqu'au dernier rang du deuxième balcon et qui n'est pas très convaincant scéniquement parlant. On ne l'entend que pendant le premier acte et à la fin du troisième. Les autres m'ont tous fait une très bonne impression. Même si elle ne chante pas beaucoup, Claire Debono est beaucoup présente sur scène depuis la fin du premier acte jusqu'au bout : elle tient une canne et avance à tâtons, et quand Sémélé s'abstente un moment, Jupiter en profite pour l'assaillir...

Du point de vue de la mise en scène, en dehors du premier acte, le seul passage qui m'a un peu déplu ou en tout cas beaucoup étonné est la mort de Sémélé ou plutôt l'apparition que j'imaginais indiscutablement spectaculaire de Jupiter. Les éclairs interrompant le mariage au premier acte étaient beaucoup plus impressionnants. Là, on le voit dans le même habit de nuit quelque peu ridicule et Sémélé descend dans une trappe dont on voit sortir des vapeurs.

Globalement, je suis assez enthousiasmé par ce spectacle, qui doit aussi beaucoup à la musique interprétée par Les Talens Lyriques dirigés par Christophe Rousset. Le public a d'ailleurs applaudi chaleureusement tous les artistes, y compris le metteur en scène David McVicar (la dernière fois que je l'avais vu, en 2004, sa mise en scène du Couronnement de Poppée avait reçu un accueil assez houleux).

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Pelléas et Mélisande à l'Opéra Comique

2010-06-28 11:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Dernier passage à l'Opéra Comique de la saison et avant longtemps. Il fait horriblement chaud à l'intérieur de la salle. Des éventails en plastique sont cependant gracieusement mis à la disposition du public par le cabinat d'avocats Orrick Rambaud Martel.

Les sur-titres ne sont pas visibles de ma place en loge de face ; regarder les écrans latéraux impose de détourner le regard de la scène. Ce n'est sans doute pas seulement que j'aie visionné un Pelléas et Mélisande en DVD au cours de la semaine si je n'éprouve aucun besoin de lire le texte au fur et à mesure qu'il est prononcé par les chanteurs. Quel choc ! Il s'agit du premier opéra à l'écoute duquel on n'a aucun effort à faire pour entendre ce que disent les interprètes (auquel le compositeur, Debussy, demandait lors de la création d'oublier qu'ils étaient chanteurs). C'est en effet véritablement à du théâtre mis en musique que l'on assiste.

En très court, Golaud (Marc Barrard) épouse Mélisande (Karen Vourc'h) après l'avoir rencontrée dans une forêt où ils se sont tous les deux perdus. Quand ils sont arrivés chez Arkel (Markus Hollop), le grand-père de Golaud, un amour naît entre Mélisande et Pelléas (Phillip Addis), le demi-frère de Golaud. Mais, ils mourront tous les deux : Pelléas au quatrième acte quand Golaud les aura surpris, Mélisande au cinquième après qu'elle aura mis au monde une fille dont la paternité est douteuse.

Les décors existent en deux versions : en grand format, et en petit format, façon jouet pour le petit Yniold. Ils sont constitués de sortes d'anneaux de Saturne en pente et excentrés. Au centre est inséré soit un phare soit rien. C'est très cohérent avec le livret qui évoque la lampe au sommet de la tour qui regarde la mer que Golaud demande dans une lettre, lue par Geneviève (Nathalie Stutzmann), qu'on allume pour lui afin qu'il sache s'il est bienvenu ou non (il a désobéi en épousant Mélisande). La tour apparaît ensuite plusieurs fois dans le livret. C'est aussi à travers une fenêtre de ce phare qu'à la fin du troisième acte, Yniold (Dima Bawab), installé(e) sur les épaules de Golaud, espionnera à sa demande ce que font Pelléas et Mélisande à l'intérieur de la chambre. C'est avec une grande surprise qu'on découvre au deuxième acte, dans la scène de la fontaine (où en jouant avec Pelléas, Mélisande égare son anneau de mariage), que cette fontaine est un trou au milieu de ce même dispositif scénique en pente. Golaud, qui s'est blessé à la chasse pendant ce temps, se retrouve impuissant, les bras bandés au torse, quand il remarque que Mélisande a perdu son anneau. Quelques accessoires (fauteuil roulant, perfusion, couveuse) conformes à l'environnement hospitalier contemporain sont utilisés pour représenter cette blessure de Golaud, mais aussi l'infirmité d'Arkel et plus tard la maternité de Mélisande. Par ailleurs, le fond et les côtés de la scène sont constitués de grands volets, dont une des rares ouvertures possibles est très en hauteur. Cela appuie le sentiment de claustration et de manque de lumière qu'éprouve Mélisande. Les lumières de ce spectacle (Marion Hewlett) sont d'ailleurs excellentes (alors même que l'univers est sombre, on a trouvé le moyen de varier l'éclairage avec cette contrainte tout en faisant en sorte que je distingue toujours très bien les chanteurs, alors même que j'ai oublié de prendre mes jumelles).

Tout est fait dans cette mise en scène de Stéphane Braunschweig pour rendre l'histoire intelligible ; c'est très réussi. Le seul aspect qui m'ait un peu déplu est l'utilisation peut-être excessive du procédé théâtral consistant à faire regarder les personnages vers des objets fictifs qui ne sont pas dans le décor (il doit y avoir un mot grec savant pour dire ça, mais je ne m'en souviens plus). C'est d'ailleurs ainsi que commence l'opéra, alors que Mélisande et Golaud se rencontrent devant le rideau de scène baissé. Golaud remarque un objet qui brille ainsi au fond de l'eau. Il s'agit de la couronne de Mélisande. On n'en saura pas plus. Les deux personnages regardent alors vers la fosse d'orchestre. C'est à la limite de me faire un peu peur pour la suite dans le sens d'une mise en image conceptuelle, mais pour ce passage-là, c'est une idée très bien trouvée. À d'autres moments, je serai un peu moins convaincu. Cela dit, alors même que cette production respecte presqu'autant que possible le texte, il est raisonnable de considérer que l'on peut se passer de quelques éléments de décor que le texte ne mentionne qu'une seule fois.

Cet opéra est tellement différent de tous les autres qu'il est difficile d'avoir une opinion sur les voix. Le fait que les sur-titres m'aient semblé tout à fait superflus et que je ne me sois pas du tout ennuyé est le signe que cela devait être plus que bien. Je dirai juste que Philip Addis (Pelléas) était étincelant et que Karen Vourc'h rendait bien la fragilité juvénile de Mélisande.

D'après le programme, cela devait durer 2h50 entr'acte comprise. Compter plutôt 3h30. Si la musique ne s'arrête jamais à l'intérieur d'un acte, les coupures entre les cinq actes étaient un peu interminables. Peut-être que les instruments de l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique de John Eliot Gardiner devaient absolument être réaccordés toutes les demi-heures ? En tout cas, je n'ai pas été frappé par la continuité scénique qui était annoncée. Si le découpage des trois premiers actes correspond sans doute à celui de la pièce de Maurice Maeterlinck, les nombreux changements de décors à l'intérieur de chaque acte font que s'il n'y avait pas de pause à la fin du premier et du deuxième acte, on ne se rendrait pas compte de ce découpage interne et la continuité serait plus frappante.

Ailleurs : Zvezdo, David.

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La donna del lago à Garnier (suite)

2010-06-22 02:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Troisième représentation de La donna del lago à Garnier, la deuxième à laquelle j'assiste après la première.

Au guichet, la semaine dernière, un panneau annonçait que toutes les dates de ce spectacle étaient complètes. C'était pour décourager ceux qui n'étaient pas venus à Opéra exprès pour tenter le coup, les autres auront essayé d'amadouer le guichetier Il ne vous reste vraiment plus rien pour La Dame du lac. Il s'avèra que tiens, donc, curieusement, on en a encore, et même qu'il y avait l'embarras du choix sur les dates possibles. (Lors de la représentation, je n'ai pas pensé à regarder si les stalles sans visibilité avaient trouvé preneurs.)

En arrivant à la station Auber, j'entends une voix chanter, plutôt pas mal du tout, l'air de Violetta Attendo, attendo du troisième acte de La Traviata. Je pense à sortir exceptionnellement une pièce quand je me rends compte qu'il n'y a pas de sébile et que c'est aujourd'hui la Fête de la Musique.

Ma place à 21€ en fond de premières loges (de trois-quarts) a vu sa valeur augmenter de 233% quand à 19h31, je me suis dit que le premier rang de la loge semblait rester vacant et qu'il convenait que j'invitasse les deux spectatrices qui n'osaient pas le faire d'elles-mêmes d'avancer d'un rang, afin que je pusse faire de même. Une balletomane japonaise nous a rejoint et a été ravie de voir la qualité de sa place enfler dans les mêmes proportions que la mienne.

Je n'ai pas grand'chose à ajouter à ce que j'ai déjà dit sur cette production. Cela fait peut être un peu moins mal à voir la deuxième fois. Placé côté jardin (impair) plutôt que côté cour, je peux observer ce que je n'avais pas pu voir :

Du côté des voix, je suis toujours enchanté par les trois mêmes : Joyce DiDonato, Juan Diego Flórez, Daniela Barcellona. Dans le rôle de Rodrigo, Colin Lee se donne manifestement à fond, mais sa voix est vraiment trop distordue quand il monte dans les aigus pour que ce soit agréable à écouter (cela ressemble alors plus à de la vocalise qu'à du chant, je ne sais pas ce que la partition dit que cela doit être).

Contrairement à ceux de la première, et paraît-il de la deuxième, les spectateurs de cette troisième représentation n'ont hué personne.

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Anna Caterina Antonacci à l'Opéra Comique

2010-06-20 01:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Fin d'une série de sept spectacles en huit jours. Après les Tambours sacrés de l'Inde au Théâtre de la Ville, Amitabh Bachchan au TCE, La Donna del lago, Joyce DiDonato au TCE, Another Sleepy Dusty Delta Day (Jan Fabre Troubleyn) au Théâtre de la Ville (Abbesses) et Kaguyahime, c'était ce soir le temps d'écouter le récital d'Anna Caterina Antonacci à l'Opéra Comique.

Comme elle est une des chanteuses que j'apprécie le plus (et que j'ai entendue le plus souvent : huit fois, à égalité avec Natalie Dessay), j'avais choisi une place de première catégorie (troisième rang de l'orchestre, au centre).

Je ne suis pas un habitué des récitals de chant accompagnés au piano. Ce n'est que la troisième fois que je vais à concert présentant cette configuration : les deux fois précédentes étaient avec Waltraud Meier et Joyce DiDonato. Ce soir, le pianiste était Donald Sulzen.

Au programme de ce récital, des airs et mélodies de la Belle Époque. La première partie est consacrée à la musique française : Fauré, Hahn, Bachelet. Je ne suis pas surpris de comprendre les vers qu'elle chante, si ce n'est quand elle augmente le volume de sa voix : cela devient alors trop difficile. J'ai particulièrement aimé Tyndaris (Hahn) et Chère nuit (Bachelet). La deuxième partie commence par des chansons en anglais de Paolo Tosti. Viendront ensuite des chansons en italien et l'air Paolo, date mi pace! de Francesca da Rimini de Riccardo Zandonai.

Le public a applaudi avec enthousiasme la chanteuse à la fin de chaque cycle de chansons, et encore davantage à la fin, jusqu'à une standing-ovation. Expérience inouïe pour moi : quatre bis seront ajoutés en sus du programme préétabli : trois chansons en italien et Moon River. Le directeur du théâtre Jérôme Deschamps est venu lui-même lui remettre un bouquet de fleurs.

Ailleurs : Palpatine.

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Kaguyahime à Bastille

2010-06-18 23:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Je viens de voir le ballet Kaguyahime de Jiří Kylián. C'est un spectacle épatant ! (Et sans doute le plus court spectacle que j'aie vu à l'Opéra Bastille : j'étais arrivé à Orsay à 22h !) La princesse Kaguyahime (Agnès Letestu), venue de la Lune, descend sur Terre. Cinq hommes la courtisent ; elle les repousse en leur donnant à passer des épreuves impossibles. On fête son accession à la majorité. Sa beauté attire encore du monde. Les blancs se battent contre les noirs. Finalement, l'Empereur (Vincent Chaillet) se montre aussi intéressé. Mais, Kaguyahime doit retourner sur la Lune et on ne veut pas la laisser partir. Les gardes ayant été éblouis par l'éclat de l'astre, elle arrive à s'en aller.

La première chose qui surprenne dans ce ballet est la musique de Maki Ishii. L'orchestre n'a pas une forme traditionnelle. Il comprend en effet trois parties : un ensemble de percussions occidentales, un ensemble de tambours japonais (Kodō) et un trio d'instruments à vents (Gagaku). Les instruments mélodiques apparaissent principalement pendant les solos de la princesse Kaguyahime, très contemplatifs, faits d'immobiles mouvements. Quand les autres forces sont en présence, les percussions font un bruit démentiel à un rythme effréné, que les danseurs arrivent à suivre tout en faisant des dérapages contrôlés, des figures très rapides à deux ou à trois danseurs. Dans les scènes de combats au début de la deuxième partie, on trouve toutes les configurations : des hommes combattant entre eux, un homme et une femme, deux femmes, etc. C'est très impressionnant, surtout quand la scène est éclairée par un stroboscope.

Visuellement, c'est aussi très esthétique, le plus éblouissant étant la scène entre la princesse et l'Empereur, sur grand fond doré. Superbe !

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Joyce DiDonato au TCE

2010-06-17 00:47+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Cette Joyce DiDonato, quel phénomène ! En sortant de La Dame du lac, lundi, j'avais vu qu'il restait encore des places pour le récital de ce soir au TCE. Ce n'était pas du tout raisonnable, mais j'ai pris une place en fond de loge de face, un placement que je n'avais pas encore eu au TCE.

Une robe bleue en première partie. Une robe noirâtre pour la suite. De très brillants bijoux. Au programme, des chansons d'amour en italien. J'ai découvert au passage que Beethoven en avait écrit ! toute la musique vocale que je connaissais de ce compositeur, à savoir son opéra Fidelio et le dernier mouvement de sa neuvième symphonie, est en allemand. Je ne connaissais absolument aucune de toutes ces chansons à part Assisa a' piè d'un salice d'Otello (Rossini).

Les chansons choisies (du XVIe au XXe) ne sont pas des tubes, qui eussent été choisis dans le seul but de flatter les goûts du public. Je trouve ces choix audacieux et intéressants, et l'impression faite est très bonne. Le demande visant à faire respecter l'intégrité du découpage de la soirée en cycles a été essentiellement respectée par le public, si ce n'est à la fin de Amor, amor, che langue il cor (Lolita : Serenata spagnola) d'Arturo Buzzi-Peccia où il n'était vraiment pas possible de se retenir d'applaudir. Vers la fin, j'ai aussi beaucoup apprécié le chant arabe Su la mia fronte la tua fresca mano de Barbara Giuranna.

Le public a très généreusement applaudi la chanteuse et le pianiste David Zobel qui l'accompagnait, et il y eut même une standing ovation, chose que je n'avais jamais vu avant dans cette salle pour de la musique classique (mais il est vrai que je ne suis pas un habitué des soirées Grandes voix).

Le premier bis a été Voi che sapete des Noces de Figaro. Le deuxième, je n'osais l'espérer, mais je m'y attendais un peu, a été le final de La Dame du Lac, dans le même staging qu'à l'Opéra, précisera-t-elle avec humour. Les spectateurs de la première ne furent apparemment donc pas les seuls à penser qu'ils avaient assisté à une version de concert. Peu importent ces péripéties : elle était aussi sensationnelle ce soir que lundi. Ceux dont elle savait qu'ils avaient du mal à trouver des places auront sans doute été ravis !

Profitant de mon placement très près de la sortie, j'ai pu me trouver en très bonne position dans la queue pour pouvoir féliciter l'artiste, qui dédicaçait aussi ses dernières parutions.

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La donna del lago à Garnier

2010-06-15 03:08+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

La Dame du lac était avec La Somnambule un des spectacles d'opéra de la saison que j'attendais le plus. Par chance, je me suis vu attribuer un ticket pour la première, le jour où cet opéra de Rossini entre au répertoire de l'Opéra de Paris. Ma place est cependant excentrée : troisième loge nº6, juste à côté d'un pilier, vue plongeante sur la fosse d'orchestre. Les places sans visibilité de derrière sont occupées par des touristes japonaises, dont les contorsions pour essayer d'y voir quelque chose font un peu de bruit. Puis, plongé dans l'opéra, je n'y fait plus attention. En fait, elles se sont éclipsées au cours du premier acte. Grave erreur, car c'était bien un spectacle d'opéra où les voix étaient tellement belles qu'il n'y aurait pas grand dommage à se contenter d'entendre le spectacle, sa partie visuelle étant par ailleurs assez ringarde...

Le décor principal représente une porte avec une voûte étroite donnant sur des marches descendant sur ce qu'on imagine être le lac Katrine. (La vue d'ensemble ressemble très vaguement à celle de la porte Tilon-ki-Pol à Jaisalmer qui donne sur un lac de bien moindre étendue que celui du poème de Walter Scott.) Le décor en deux parties peut s'ouvrir par le milieu. Il renferme des galeries sur plusieurs étages, des escaliers. Au niveau le plus bas, des portes permettant au chœur d'entrer. Mon point de vue ne me permettait pas de voir le décor du fond de la scène. Les costumes des protagonistes principaux ont l'air recouverts de dorures, on dirait des brocarts.

Voilà pour les côtés positifs du visuel. Le reste fait assez mal à voir. Des projections vidéo sur l'ovale délimité par les marches figurent les eaux ondulantes du lac. Une trappe située au centre de la scène permet de faire monter et descendre des accessoires et des protagonistes. On verra ainsi ce qui est censé représenter la vue de face d'une barque apparaître. Pourquoi pas, mais très vite, on comprend que le but n'est pas de créer l'illusion d'une action réaliste vu qu'un personnage s'éloignera sans hésitation de la barque pour marcher sur l'eau. Cette trappe sera beaucoup utilisée, à des fins donc essentiellement symboliques, telle une apparition mystérieuse d'une harpe vers la fin du deuxième acte. Ce n'était pas un signe que l'action se passait en Irlande (on est en Écosse), mais cela annonçeait un numéro musical où la harpe aurait une grande importance (la place de la harpiste était restée vide jusque là), et était probablement aussi une référence au premier mot harp du poème.

Avant d'aller plus loin, un bref aperçu de l'histoire. Le roi James V d'Écosse se perd lors d'une partie de chasse. Enfin, c'est ce qu'il feint lorsqu'il aperçoit Elena, la fille de Douglas, dont il est immédiatement épris. Incognito, il prend le nom d'Uberto. Il ignore qu'il a deux rivaux : Roderick, qui mène une rébellion contre le roi et qui s'est fait promettre la main d'Elena par son père, et Malcolm qui a l'avantage d'être aimé d'Elena en retour. À la fin du premier acte, Elena ne semble pas très enthousiaste à l'idée de se marier avec Roderick, alors qu'une bataille se prépare contre les troupes royale. Au deuxième acte, alors qu'Elena est réfugiée dans un lieu isolé pendant les combats, le roi, toujours déguisé, vient déclarer son amour. Elle lui répond qu'elle en aime un autre. Alors, Roderick débarque et se montre très jaloux. Un duel entre Roderick et Uberto aura lieu ; Roderick sera tué. Pendant ce temps, Douglas a été vaincu. Elena vient retrouver Uberto pour lui demander de l'introduire auprès du roi pourqu'elle obtienne la grâce de son père. Elle est évidemment très surprise quand elle comprend qu'Uberto est le roi et très heureuse quand il pardonne tout le monde pour la rébellion et accorde à Malcolm d'épouser Elena.

Si aucun des chanteurs n'a démérité, trois d'entre eux ont été absolument magnifiques : Joyce DiDonato (Elena), Juan Diego Flórez (Giacomo V/Uberto), Daniela Barcellona (Malcolm). Dans tous les opéras que j'ai vus avec Joyce DiDonato, il y a toujours un rôle travesti (Romeo, Idamante). Pour une fois, elle avait un rôle féminin, et quel rôle ! Elle a de nombreux passages très virtuoses tout au long de l'opéra, et le final est absolument incroyable, effervescent. Pendant une bonne partie du premier acte, il y a des échanges de virtuosités avec Juan Diego Flórez que j'entendais pour la première fois et dont j'ai aimé la voix chaleureuse. Dans le rôle travesti, Daniela Barcellona montre un timbre de voix vraiment agréable. J'ai cru que les applaudissements après son air au premier acte ne s'arrêteraient jamais !

Enfin, quelques mots sur la mise en scène de Lluís Pasqual. J'ai trouvé que c'était principalement de l'opéra à l'ancienne, avec des chanteurs faisant face au parterre, également répartis sur la largeur de la scène. Cela ressemble un peu trop à un opéra en version de concert. D'ailleurs, les membres masculins du chœur étaient en smoking... alors qu'a priori, ce sont des guerriers. Il y avait bien une poignée de figurants muets en habits de guerre au premier plan, mais c'était essentiellement décoratif. De même, on verra quelques danseurs mettre un peu d'animation là-dedans, mais on se demande bien pourquoi. Autre curiosité, en regardant le spectacle d'un œil distrait, on pourrait penser que Joyce DiDonato a des dons d'ubiquité ou de téléportation. On voit en effet à plusieurs reprises apparaître sur scène, en particulier dans les galeries, une femme portant un costume très-semblable au sien et ce, un instant après que la chanteuse a descendu par la trappe, ou alors même qu'elle est aussi sur scène. Il me semble qu'Uberto avait aussi un double, mais je ne suis pas très sûr. La façon dont se termine le duo entre Roderick et Uberto (arbitré par Elena qui défaille) n'est pas non plus convaincante. Ils se défient en duel. On donne une épée à Uberto pour qu'il puisse se défendre, et à la fin de l'air, ils courent tous les deux vers le fond de la scène pour se mettre à l'abri de nos regards, peut-être par souci de bienséance ? Je n'ai pas très bien vu ce qui se passait ensuite au fond de la scène quand les guerriers de Douglas est mise en déroute. Une dernière source d'amusement : quand les bardes chantent à la fin du premier acte Un rayon annonciateur d'une immense splendeur montre déjà le chemin..., on voit un lustre descendre des cintres. Ce lustre, et d'autres, reparaîtront dans la scène finale dans le palais du roi.

Bref, je ne suis pas du tout convaincu par cette mise en scène, qui s'est fait huer lors des saluts. Néanmoins, à part les quelques curiosités susceptibles d'engendrer quelque distraction, rien n'empêche vraiment de ce concentrer sur le chant et la musique, et de les apprécier. C'est déjà ça.

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Amitabh Bachchan au TCE

2010-06-14 01:43+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne

Ce soir, le public clairsemé du TCE était assez différent d'ordinaire : on y voyait beaucoup plus de personnes d'origine indienne que d'habitude. Le spectacle était intitulé Amitabh Bachchan lit et chante Harivansh Rai Bachchan. A priori, on est plutôt venu voir la star du cinéma bollywoodien (standing-ovation immédiate lors de son entrée en scène) qu'entendre les poèmes de Harivansh Rai Bachchan, le père du comédien.

Je ne connaissais qu'un seul de ces poèmes : मधुशाला (Madhushala : Au Cabaret). C'est celui qu'Amitabh Bachchan a chanté en premier, accompagné de musiciens (constituant un effectif inhabituellement élevé pour de la musique indienne : sept). Il y est assez impieusement question d'un lieu où l'on consomme du vin.

La plupart des poèmes qui suivront seront lus sans accompagnement musical. Les sur-titres ont manifestement quelque mal à défiler à la bonne vitesse. Ils sont écrits dans une fonte inhabituellement petite pour ce lieu : les mots défilent plus vite que dans un spectacle d'opéra... En fait, presque systématiquement, Amitabh Bachchan explique en anglais au fur et à mesure le sens des strophes. Comme les vers ne sont pas dénués d'humour, les rires tombent à retardement : une première salve au moment où les mots sont prononcés par ceux qui comprennent le hindi et ceux qui arrivent à lire les sur-titres, une autre fuse quand le sens est expliqué en anglais. Le public applaudit de temps en temps un vers particulièrement édifiant, un peu intempestivement à mon goût.

Parmi les poèmes particulièrement remarquables, ख़ुन के छपे (Traces de sang) où le poète raconte que sa femme a fait un rêve terrifiant dans lequel un fantôme vient apposer sur des portes de maisons l'empreinte de sa main trempée dans un seau de sang. Il se demande à qui se sang appartient : यह बेगुनाह खून किनकी है ?. Les strophes qui suivent commencent aussi par ce vers, dans lequel l'adjectif बेगुनाह (innocent) aura été remplacé par un autre. Elles évoquent différents aspects de la domination de l'Angleterre sur l'Inde.

Celui que j'ai préféré est बुद्ध और नाचघर (Bouddha et le bal) où les religions (le bouddhisme en particulier) sont ridiculisées. Comme pour d'autres poèmes, Amitabh Bachchan explique le contexte. Ici, le poète est en Angleterre à une soirée dansante. Alors que l'on danse et flirte, il aperçoit dans un coin une statue de Bouddha. Le poète pense alors à la contradiction entre la doctrine de Bouddha, son évolution et sa réduction au statut d'objet décoratif :

Il était contre les idoles
Le monde l'a érigé en idole,
Il s'opposait à toute adoration,
Et le monde l'a fait objet d'adoration,
[...]
Sa tête était dénudée,
On lui a mis une belle chevelure bouclée ;
[...]
(Traduction d'Annie Montaut)

Suivront d'autres poèmes, dont certains seront chantés dans un style folklorique. L'avant dernier est intitulé रुस की गुड़िया (La Poupée russe). Il est dans l'ordre d'idées du fragment littéraire gratuit Divagations métaphysiques redux de David Madore. Une petite poupée russe à qui on demande dans combien de poupées elle est imbriquée explique qu'il doit y avoir un monde au-dessus, puis un autre monde encore au-dessus, etc.

Dans le dernier qu'Amitabh Bachchan présente comme une réponse du poète à une altercation dans laquelle il lui disait en substance : Je suis certes un bon à rien, mais c'est de ta faute, vu que tu porte la responsabilité de ma naissance.. Il lui répond en appliquant récursivement ce reproche à son propre père, puis au père de celui-ci, etc, qui ne lui ont pas non plus demandé son avis avant de le concevoir.

Le spectacle s'est terminé par une reprise de Madhushala.

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Don Giovanni au TCE

2010-06-08 02:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens du TCE où se jouait la première de la reprise de la production de Don Giovanni de Pierre Constant, décor unique de Roberto Platé, direction musicale par Jean-Claude Malgoire de La Grande Écurie et la Chambre du Roy, avec l'Ensemble vocal de l'Atelier Lyrique de Tourcoing et quelques solistes enthousiasmants.

N'étant pas un très grand admirateur de Mozart, je ne vais que très-occasionnellement voir ses opéras. Don Giovanni n'est que le troisième après Die Zauberflöte et Idomeneo.

Je profite pour l'avant-dernière fois du placement que j'ai eu la plupart du temps au TCE cette année : au dernier rang du deuxième balcon, plein centre. Le décor unique, qui est apparemment utilisé pour les trois opéras de la trilogie Da Ponte présentée ces jours-ci, est multi-usages. Une porte escamotable au fond, des ouvertures sur les côtés, une fenêtre, un dalle au centre de la scène permettant d'accueillir la tombe d'Il Commendatore (François Lis). L'opéra est situé à Séville. Les costumes y font penser, sans pour autant que ce fait passe écrase tout.

À part ça, l'action est rondement bien menée dans cet opéra... Don Giovanni (Nicolas Rivenq) veut toutes les femmes. Il en convoite au moins quatre : Donna Anna (Sandrine Piau) et sa servante, Donna Elvira (Véronique Gens), Zerlina (Ingrid Perruche). Leporello (Laurent Naouri) participe, quelque peu désabusé, aux intrigues ourdies par son maître.

Hormis Laurent Naouri et François Lis que j'avais déjà vus dans ces conditions, c'est la première fois que je voyais les autres dans un opéra en version scénique. Si j'ai aimé les prestations de tous ces chanteurs, j'ai été tout particulièrement été impressionné par les qualités de Véronique Gens, son chant, son attitude (malgré l'austère robe noire qu'elle porte à la fin, peu pratique pour venir saluer...). Elle joue vraiment bien celle qui, malgré toutes les tromperies, voudra toujours croire que Don Giovanni peut l'aimer sincèrement. Sandrine Piau me fait aussi une très bonne impression, notamment dans son grand air au deuxième acte. Ingrid Perruche incarne la belle paysanne pas si naïve que ça et qui pourtant échangerait bien des faveurs contre une promotion sociale.

Le duo de comédiens-chanteurs de Laurent Naouri et Nicolas Rivenq est très vivant. En vérité, leurs personnages conduisent l'action de tous les autres et ces artistes-là le font très bien, et parfois de façon très spectaculaire.

Ce ne peut-être pas mon spectacle lyrique préféré de la saison (c'est qu'il y a de la concurrence avec notamment La Bohème, Platée, The Fairy Queen, Norma, La Sonnambula, La Cenerentola, Les Contes d'Hoffmann), mais je trouve qu'il est quand même sacrément bien...

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Die Walküre à Bastille

2010-06-06 02:33+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Avant de passer à Bastille (où les forces de l'ordre occupent les marches de l'Opéra, les sans-papiers étant sur le trottoir), je suis allé faire un dernier tour à l'exposition Miniatures et peintures indiennes à la BnF (dernier jour : ce dimanche).

À 18h, début de la deuxième représentation de La Walkyrie dans la nouvelle production de Günter Krämer. Les commentaires sur la mise en scène à propos de la première étaient très-unanimement négatifs. La mise en scène et les décors ne m'ont pas du tout plu. Il faut attendre la toute fin de l'opéra pour voir une belle image, encore qu'elle soit gâchée par un dernier soubresaut de la mise en scène...

Sieglinde a été contrainte d'épouser Hunding. Un jour, elle accueille un homme, qu'elle va aimer et qui va s'avérer être son frère jumeau Siegmund. Hunding est le premier à remarquer la ressemblance entre les deux. Il défie l'importun en duel. Les règles de l'hospitalité exigent que les hostilités ne commencent que le lendemain. À la fin du premier acte se trouve mon passage préféré de cet opéra : le long duo entre Sieglinde et Siegmund. Elle lui révèle l'existence d'une épée (qui sera nommée Nothung), durablement plantée dans un arbre, mais que personne n'a jusques à maintenant réussi à enlever. Cette arme est celle qui devrait permettre à Siegmund de vaincre Hunding.

Au Walhalla, Wotan confie à la Walkyrie Brünnhilde la mission d'aider Siegmund dans ce combat, mais son épouse Fricka le force à changer son ordre : Siegmund et Sieglinde ont bafoué le lien sacré du mariage dont elle est la protectrice (que Wotan, qui tel Jupiter ou Zeus est le premier à enfreindre). En expliquant sa nouvelle mission à Brünnhilde, il fait au passage un résumé du prologue (L'Or du Rhin). Brünnhilde vient expliquer à Siegmund qu'il va mourir parce que Wotan a désenchanté l'épée. Abasourdie par son attachement à Sieglinde, elle décide de les aider (respectant ainsi l'ordre que lui avait donné Wotan avant qu'il ne change d'avis). Siegmund sera effectivement tué au combat contre Hunding (Wotan étant intervenu pour briser l'épée), mais Brünnhilde s'en est allée avec Sieglinde.

Le troisième acte commence avec la Chevauchée des Walkyries. Dans cette production, les Walkyries purifient et raniment des guerriers morts au combat (ils sont nus et ensanglantés). Brünnhilde les rejoint avec Sieglinde. Elle demande de l'aide pour que Sieglinde puisse s'enfuir. Comme il s'agit d'aller contre les volontés du père (Wotan), aucune ne veut donner son cheval. Quand Brünnhilde annonce que Sieglinde est enceinte, l'opposition se fait un tout petit peu moins forte : on indique à Sieglinde dans quelle direction elle doit s'en aller, vite avant que Wotan n'arrive. Celui-ci maudit Brünnhilde. Elle est déchue de son statut de Walkyrie. Il va l'endormir et elle devra épouser et obéir à celui qui la découvrira. En insistant beaucoup, Brünnhilde arrive à obtenir que celui-là ne soit pas un lâche : son sommeil sera gardé par les flammes.

J'ai particulièrement aimé les prestations vocales de Ricarda Merbeth (Sieglinde) et Robert Dean Smith (Siegmund), notamment à la fin du premier acte. Dans les autres rôles principaux, j'ai été impressionné par Katarina Dalayman (Brünnhilde) et Thomas Johannes Mayer (Wotan). Il y avait aussi Yvonne Naef (Fricka), Günther Groissböck (Hunding) et huit Walkyries. Le chef d'orchestre Philippe Jordan et l'orchestre de l'Opéra de Paris ont été applaudis comme jamais (en fait, des Bravo se sont fait entendre avant-même que la musique ait commencé).

Si musicalement, c'était très beau, visuellement, cela l'était beaucoup moins. Cela commence par une scène de massacre (où des guerriers s'acharnent particulièrement sur une femme) pendant l'ouverture. Les morts vont rester là pendant tout le premier acte. Autant je peux comprendre qu'on ait envie d'évoquer la violence passée entre les différents clans qui s'affrontent, autant cela fait bizarre de voir par exemple Sieglinde enjamber des cadavres. En outre, à titre d'exemple d'une des manières les plus grossières qui se puissent concevoir pour desservir la musique, on verra, et surtout on entendra, dans la deuxième moitié de ce premier acte de l'eau ruisseler sur une surface faisant toute la largeur du plateau de scène.

Au deuxième acte, on se goinfre de pommes au Walhalla. On est loin de la délicatesse avec laquelle Freia les amassait dans l'Or du Rhin. Dans son long duo avec Siegmund, Brünnhilde aligne des pommes au sol pour faire un grand cercle... La façon dont Siegmund (et Hunding) meurt est très confuse. Il se fait entourer par les hommes de Hunding en habits militaires. Wotan vient toucher sa lance qui est plantée à l'avant-scène. Les militaires desserrent les rangs. On voit Siegmund allongé avec ce qui pourrait être un fusil à baïonnette planté dans le ventre. Ce n'est vraiment pas convaincant. En effet, on ne voit pas Hunding combattre et l'intervention de Wotan n'est suggérée que par un contact avec sa lance à l'écart de l'action.

À propos du troisième acte, je n'ai rien contre la séance de remise en état de marche des guerriers par les walkyries. Néanmoins, à l'arrière de la scène, derrière un rideau semi-transparent (où l'on verra quelques lignes d'une écriture manuscrite indéchiffrable par moi), on aperçoit des figurants portant des masques évoquant apparemment des chevaux en train d'exécuter des mouvements chorégraphiques un peu ridicules (je pense qu'on n'en aurait pas voulu au metteur en scène de ne pas rappeler qu'il s'agissait d'une chevauchée). Plus tard, on voit Wotan poser un corps entouré d'une couverture sur une table. Qui est-ce ? Siegmund ? Mystère. Passons. De façon incompréhensible, le rideau est baissé pour un interlude musical au terme duquel on retrouve en scène les mêmes protagonistes : Wotan, Brünnhilde et la table. À la fin de l'opéra, Brünnhilde s'allonge sur la table et semble s'endormir. Le lieu difficile d'accès où elle va reposer se dévoile progressivement dans un tableau vraiment superbe, mais, alors qu'en principe, tout est accompli, Brünnhilde descend de la table et finalement, se dit que c'est mieux de s'allonger dessous.

Cela dure 3h45 sans compter les deux entr'actes de 45 et 30 minutes. Vu que le spectacle commence à 18h, on sort presque à une heure raisonnable.

PS: Il ne s'agit là que de mon avis subjectif sur cette représentation. Je découvre les opéras de la tétralogie au fur et à mesure (je vais essayer d'intercaler quelques lectures avant de voir Siegfried l'année prochaine) et n'ai pas beaucoup d'éléments de comparaison. D'autres plus expérimentés ont vraiment aimé. Pour ma part, peut-être ai-je été tellement déçu par la mise en scène du premier acte que je n'ai ensuite plus vu que les défauts. (À propos de cet premier acte, le décor me semble difficile à lire depuis le deuxième balcon : peut-être ma vue baisse-t-elle, mais même avec les jumelles, je ne parvenais pas à bien voir les empilements façon trophée de chasse du décor qui se passe chez Hunding. A posteriori, il me semble évident qu'il s'agissait de casques de guerriers tués lors de conflits précédents.).

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De l'opacité de la mise en vente des places de spectacles...

2010-06-02 12:35+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Ou pourquoi on ne trouvera guère ici de comptes-rendus de spectacles de l'Opéra Comique l'an prochain...

La vente de places de spectacles est un jeu qui peut parfois être un peu compliqué, plus sophistiqué que le principe du premier arrivé, premier servi.

Dans mon expérience, la palme du système le plus compliqué est remportée haut la main par l'Opéra de Paris. En simplifiant un peu, les différentes manières d'y réserver une place sont, dans un ordre correspondant essentiellement à la chronologie et aux priorités :

L'avantage que je tire de ce système est que si je n'inclus pas un spectacle dans mon abonnement, je sais que j'aurai encore la possibilité d'acheter des places plus tard. Si je n'ai pas envie de payer trop cher (par exemple, parce qu'il ne restera plus de places dans la catégorie la moins chère vendue sur Internet), il me reste encore la possibilité d'aller faire la queue au guichet le jour de la mise en vente.

Le jeu est très compliqué, mais pourtant, ses règles sont compréhensibles pour le lecteur attentif de la brochure de l'Opéra de Paris (toutes les informations ne sont pas sur le site Internet, voyez ici pour le calendrier de mise en vente sur Internet et aux guichets pour la saison 2010/2011). Bien sûr, on ne vous dira pas dans la brochure que si la vente aux guichets commence bien à 10h30, les portes auront ouvert à 9h30 et que des fous auront attendu dans le froid depuis 6h ou bien avant...

Les systèmes de vente du Théâtre des Champs-Élysées, de la Salle Pleyel et du Théâtre du Châtelet sont apparemment moins compliqués. En gros, il y a les abonnements (qui ne donnent droit qu'à un certain sous-ensemble des catégories de places), et puis il y a une date de mise en vente des places de toutes les catégories : premier arrivé, premier servi.

Il me semble que jusques à l'année dernière, l'Opéra Comique rentrait dans ce groupe de maisons qui à partir d'une certaine date (vers juin) mettent en vente leurs billets à l'unité, notamment sur Internet. C'est par ce moyen que j'ai acheté toutes mes places à l'Opéra Comique. À la lecture de la brochure de cette année (très alléchante : j'étais presque tenté par un abonnement Tutti 8 pour voir tous les opéras programmés, quitte à ce que ce soit dans une catégorie de prix supérieure à celle que je pratique habituellement, hausse de prix en partie compensée par les réductions accordées), il me semble que rien ne laissait présager que cela changerait. Or, hier, à 11h, la réservation n'était pas proposée pour tous les opéras et rumeurs, quand cela a été possible, il y a eu des messages d'erreurs, et quand ceux-ci se sont dissipés, il apparut clairement que seules les trois premières catégories de places étaient proposées à la vente sur Internet. Bref, les règles du jeu ont été modifiées sans avis préalable (et a posteriori, on ne trouve aucun message sur le site Internet de l'Opéra Comique disant que les places de catégories 4, 5, 6, ce n'est pas sur Internet qu'on les trouve). Si cela avait été annoncé, et clairement, je n'aurais rien trouvé à redire : je n'aurais juste pas pu aller à faire la queue hier à l'Opéra Comique, j'aurais peut-être trouvé une autre solution, ou je me serais tout simplement résolu à payer plus cher. Je veux bien que le système de vente soit complexe, pourvu que la règle du jeu soit publique. Cette année, cela n'a pas été le cas, et je trouve que c'est une attitude tout à fait méprisable de la part de cette institution que je trouvais jusque là des plus sympathiques (bonne programmation, accueil bienveillant, un beau design et un contenu intéressant pour les brochures de programme, un site Internet non bridé).

J'aurais sans doute boycotté totalement l'Opéra Comique l'année prochaine pour cette raison s'ils n'avaient pas programmé Le Freischütz, mais j'ai tellement envie d'entendre cet opéra (même chanté en français et avec des passages parlés dans la tradition française de l'Opéra Comique plutôt qu'avec des récitatifs) que je ferai une petite exception (ajout du 29 juin : un tout petit peu plus, ayant découvert par hasard que le site avait été débridé).

Du coup, cela me libère un peu de budget pour les Concerts Philippe Maillard (que j'ai un peu délaissés ces dernières années puisque leur brochure est une des dernières à sortir), dont la programmation vient d'être annoncée.

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La Bayadère à Garnier

2010-05-26 01:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Cette année, s'il y a un spectacle du Ballet de l'Opéra que je ne voulais pas manquer — en fait, je suis bien parti pour n'en manquer aucun — c'est bien La Bayadère, dans la version de Rudolf Noureev (1992) d'après Marius Petipa.

La bayadère Nikiya (Agnès Letestu) est aimée du kshatriya Solor (José Martinez), et du grand brâhmane (Yann Saïz). Le rajah de Golconde (Stéphane Phavorin) veut marier sa fille Gamzatti (Émilie Cozette) au-même Solor. Ceci pose problème à Nikiya, ainsi qu'à tout le monde vu qu'avec Solor, ils se sont juré fidélité. On complote contre la bayadère. Alors qu'elle danse pour les fiançailles de Solor et Gamzatti, on lui offre un panier qui contient un serpent venimeux... Plus tard, les deux amants se retrouvent au royaume des ombres.

C'est du grand spectacle. Les décors et costumes sont superbes. Bien sûr, il s'agit plus de montrer une Inde phantasmée, encore plus irréelle que la vision bollywoodienne qu'en donne par exemple Devdas (voir notamment une scène avec Madhuri Dixit Maar Dala pour une idée de ce que cela peut donner), que de présenter une vision conforme à la réalité. En effet, même le temple indien le plus tarabiscoté ne ressemble pas à celui du décorateur. Les femmes indiennes portent tout à fait autrement leur sari. On a jamais vu un grand brâhmane aussi richement paré, etc, etc. Mais, qu'est-ce que ça brille !

On en prend donc plein les yeux, surtout au deuxième acte, avec l'arrivée de Gamzatti en palanquin, celle de Solor sur un éléphant (quoique faux, contrairement à celui de la mise en scène de Padmâvatî par Sanjay Leela Bhansali au Châtelet), et des danses nombreuses et variées, comme celle des perroquets ou celle de l'Idole dorée (Marc Moreau) ; il y a aussi une danse indienne qui fait penser à des danses du Penjab.

L'ambiance de fête se suspend brutalement quand la bayadère Nikiya entame sa danse langoureuse au son des violoncelles. Un moment magique.

Au cours du troisième acte, on peut apprécier le défilé et les alignements d'un groupe de trente deux danseuses lors de la fameuse Entrée des ombres. Ce troisième acte fait bien sûr penser au deuxième de Giselle. Ensemble ou séparément, José Martinez et Agnès Letestu effectuent de nouvelles prouesses, et les trois danseuses Sabrina Mallem, Mathilde Froustey et Marie-Solène Boulet dansent de belles variations.

La musique de Minkus semble présenter en soi moins d'intérêt que d'autres musiques de ballet. Il paraît que c'est la faute des photocopieuses soviétiques : la partition ramenée par Noureev était incomplète.

Ailleurs : Klari.

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John Malkovich à Garnier

2010-05-14 19:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Théâtre

Il est des spectacles de l'Opéra qui sont bien cachés dans le programme. Les aurait-on repérés dans la brochure que, la campagne d'abonnements passée, il faudrait encore s'en souvenir le moment venu pour faire une réservation. Ce n'était pas mon cas en ce qui concerne le spectacle La comédie infernale, confessions d'un serial killer. Lors d'une visite récente sur le site de l'Opéra, le titre aura sans doute paru dans la liste des spectacles pour lesquels des billets étaient mis en vente et par curiosité, j'aurai cliqué et saisi ainsi l'occasion de voir depuis les premières loges John Malkovich sur la scène du Palais Garnier.

Il s'agit d'un spectacle de théâtre musical inspiré par la vie et la mort de Jack Unterweger, un serial-killer autrichien ayant été condamné vers 1974, qui fut gracié et relâché en 1990 à la suite de pétitions en faveur d'un homme qui était devenu écrivain en prison. Quand des meurtres semblables aux précédents — prostituées étranglées dans leurs soutiens-gorge — surviendront, il sera à nouveau condamné en 1994. S'étant suicidé avant d'avoir pu faire un éventuel appel de cette condamnation, il jouit de la présomption d'innocence...

Alors qu'il a menti toute sa vie et qu'il est aux Enfers depuis une quinzaine d'année, Jack Unterweger décide d'écrire la vérité dans un livre Confessions d'un serial-killer et, suivant la recommandation de ses éditeurs, il se donne en spectacle pour vanter les mérites de son livre. Différentes femmes ayant gravité autour de lui s'incarnent sur scène à ses côtés en interprétant des airs d'opéra de Gluck, Boccherini, Vivalvi, Mozart, Beethoven, Haydn et Weber correspondant à la situation dramatique. La partie musicale est assurée par l'Orchester Wiener Akademie dirigé par Martin Haselböck (qui a une drôle de manière de diriger ses cuivres : il lance très-ostensiblement sa main dans la direction de celui qui doit jouer) et les deux sopranos Bernarda Bobro et Aleksandra Zamojska. Si la voix de la deuxième m'a paru manquer un peu de puissance dans son premier air, l'autre m'a bien plu, notamment dans la scène de Bérénice Berenice, che fai de Haydn.

Le personnage qu'interprète John Malkovich est drôle, dans un genre très cynique. Les rires sont parfois un peu à contretemps, vu que le texte parlé de Michael Sturminger est en anglais the international language of love, surtitré en français. À un moment donné, il s'énerve contre son ordinateur (un Mac donné par son éditeur ; il préférerait un PC) alors qu'il va lire des extraits de la page Wikipédia le concernant et ironiser à propos des erreurs qu'elle contiendrait. Je ne suis pas mécontent d'avoir assisté à ce spectacle de théâtre lyrique d'un peu moins de deux heures.

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Les Contes d'Hoffmann à Bastille

2010-05-08 02:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je n'avais encore jamais vu la production du dernier opéra d'Offenbach qui repasse ce mois-ci à l'Opéra Bastille. La mise en scène de Robert Carsen des Contes d'Hoffmann est absolument superbe. C'est assurément un des tout meilleurs spectacles d'opéra que j'aie vu.

L'opéra se passe pendant une représentation de Don Giovanni dans laquelle chante Stella, la femme dont est éprise Hoffmann. Ainsi, tout naturellement, les décors font de l'opéra dans l'opéra. Durant le prologue, on voit ainsi le décor de l'opéra de Mozart faire un travelling latéral. Quand il en sort, on voit les coulisses, ainsi que Hoffmann et ses amis en train de bien boire. Alors qu'il leur raconte l'histoire de Kleinzach à la cour d'Eisenach, son esprit se fixe sur trois femmes qu'il a aimées : Olympia, Antonia, Giulietta. Chacune est évoquée pendant un acte. Pour nous accompagner ainsi qu'Hoffmann dans ce retour en arrière, la Muse d'Hoffmann a pris l'apparence de Nicklausse, un ami d'Hoffmann.

Dans l'acte d'Olympia, le monde de l'opéra sera présent via des musiciens et un chef côté cour tandis que les invités de Spalanzani dansent dans de riches costumes. Hoffmann tombe amoureux de l'automate Olympia, une authentique poupée.

Dans celui d'Antonia, les personnages évoluent dans un décor de fosse d'orchestre et de scène d'opéra. La défunte mère d'Antonia était cantatrice : sa voix se fera entendre depuis cette scène alors qu'elle porte une robe à crinoline. Comme elle, Antonia mourra d'avoir trop chanté.

Enfin, dans celui de la vénale Giulietta, nous voyons la scène par l'arrière, avec des rangées de fauteuils dans le fond. Ces rangées peuvent osciller latéralement de façon à faire penser aux gondoles de Venise. À un moment, les chanteurs chantent pour nous, puis ils se tournent pour saluer les faux spectateurs. Les fauteuils étant de couleur rouge, on se croirait presque à un concert Salle Pleyel.

L'épilogue referme l'opéra conformément aux commencements. Ainsi, Hoffmann reprend où il en était de l'histoire de Kleinzach, la Muse remet ses habits antiquisants (et sa lyre). Elle s'en va avec Hoffmann sur la scène nue.

Tout ceci est servi avec d'excellents chanteurs. J'ai tout particulièrement apprécié Giuseppe Filianoti (Hoffmann), Ekaterina Gubanova (La Muse/Nicklausse), Laura Aikin (Olympia), Inva Mula (Antonia) et Franck Ferrari (Lindorf, Coppélius, Dr Miracle, Dapertutto).

L'opéra fantastique ayant été créé après la mort du compositeur, de nombreux remaniements ayant été faits en préparation de la création et l'orchestration ayant dû être terminée par Ernest Guiraud, les commentaires que j'avais déjà lus sur cet opéra ainsi que ceux du programme donnent l'impression que l'ensemble est un sacré plat de spaghettis qui doit être recomposé pour chaque production de cet opéra, au fil des différentes traditions d'interprétations et de découvertes nouvelles de documents de l'époque. Parmi les différentes curiosités, on peut noter qu'il existe des versions avec passages parlés alors que dans d'autres (comme dans cette production), ceux-ci sont transformés en récitatifs. Par ailleurs, la longueur de l'acte d'Antonia est très variable : lors de la création, il avait carrément été supprimé. Il souffre de la comparaison avec les actes d'Olympia et d'Antonia ; musicalement, on a néanmoins la Barcarolle et l'air de Dapertutto Scintille diamant (dont j'avais entendu parler comme n'étant pas authentique, mais que j'ai découvert avec surprise au cours de la représentation). De même, je ne connaissais pas le sextuor qui commence par Hélas ! mon cœur s'égare encore (tiens, en fait peut-être que si, mais avec d'autres paroles...).

Parmi mes morceaux préférés dans cet opéra, il y a l'air de Nicklausse Vois sous l'archer frémissant. Si j'ai aimé le chant d'Ekaterina Gubanova, j'ai été très surpris, voire traumatisé, par les choix de direction du chef d'orchestre (Jesus Lopez-Cobos) : les violons se retrouvaient parfois escamotés par le volume sonore d'autres instruments.

Une nouvelle fois, le public scolaire s'est montré pénible. Une bonne proportion des derniers rangs étaient occupés par des élèves. Sur ma droite, il a fallu une petite remarque chuchotée bien sentie pour que je n'entende plus le commentaire en direct de l'opéra. Par-devant moi, un écran de téléphone portable est allumé : une fille y joue à un casse-briques. Au moins, elle le fait silencieusement... Dans les catégories d'âge plus évoluées, derrière moi, à propos de Nicklausse, j'entends notamment On dirait que c'est une femme, non ?. À ma gauche, un couple devise sans trop faire de bruit, mais quand la demoiselle a besoin d'un mouchoir, j'ai droit à l'attrapage de sac à main, l'ouverture de fermeture éclair, le fouillage de sac... la fermeture éclair qui se clôt, etc. Au secours !

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Rolando Villazón et Lucy Crowe à Pleyel

2010-05-07 16:43+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Hier soir, j'ai assisté au récital de Rolando Villazón salle Pleyel. Vu l'inflation des prix dans ce type de soirées (130€ en première catégorie), j'avais opté pour une place à 10€, achetée en janvier dans les dix minutes ayant suivi la réception du mail de la salle Pleyel annonçant la programmation de ce concert.

Je me suis donc retrouvé au deuxième balcon, au bout du tout dernier rang. J'y reste vu que le réseau de rambardes métalliques ne gêne absolument pas ma vue sur la scène. J'y suis très seul : l'essentiel des places proches sont vides, leurs occupants ayant préféré se replacer.

Quand les Gabrieli Consort & Players dirigés par Paul McCreesh commencent l'Arrivée de la Reine de Saba de l'oratorio Solomon de Händel, je suis surpris par le volume sonore, pas tant atténué que cela. Restait la question de savoir si cet effet acoustique se perpétuerait quand le ténor Rolando Villazón allait chanter (pas un mot sur ses problèmes de voix récents dans le programme). Aucun problème de ce côté-là, il se fait très bien entendre jusqu'au tout dernier rang. Les airs, tous händeliens, sont de plus en plus enthousiasmants (airs de Rodelinda, Serse, Ariodante, Tamerlano) jusqu'au deuxième bis qui déclenche une standing ovation dans les premiers rangs du parterre.

En complément de programme, il y avait aussi le Concerto grosso op. 3 nº2 en si bémol majeur et le concerto pour hautbois nº3 en sol mineur, HWV 287, et surtout deux airs de Cleopatra dans Giulio Cesare in Egitto superbement chantés par la soprano Lucy Crowe.

PS : En fait, on l'entend très bien même quand, de dos, il chante pour l'arrière-scène...

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Billy Budd à Bastille

2010-04-30 12:23+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

L'Opéra de Paris a semble-t-il eu du mal à remplir la salle de Bastille pour les représentations de Billy Budd de Britten. C'est dommage, car si la musique de Britten est certes parfois quelque peu déroutante, c'est une belle production d'opéra.

Adapté d'une nouvelle de Melville, cet opéra raconte un épisode de la vie à bord de L'indomptable, en guerre contre les Français. Des années après, le capitaine Edward Fairfax Vere (Kim Begley, Loge dans Das Rheingold récemment) se souvient de 1797. Le jeune, beau, loyal et bon Billy Budd avait été enrôlé sur le navire ; son seul défaut est qu'en cas d'émotions fortes, il se met à bégayer. À l'opposé, le Mal est représenté par le maître d'armes John Claggart. Il est attiré par lui, mais il affirme vouloir détruire l'incarnation de ces qualités qui lui sont étrangères dans le très beau passage du premier acte Handsome... O beauty, o handsomeness, goodness! Would that I ne'er encountered you!. Il conspire contre Billy Budd en essayant de le faire passer pour un déloyal, susceptible de lancer une mutinerie.

La proximité d'un navire français empêche temporairement à Claggart de dénoncer Budd au capitaine. L'équipage se prépare au combat. Les canons n'ont pas la portée suffisante pour atteindre l'ennemi et le vent insuffisant empêche de le rattraper. Aucun Français ne sera maltraité dans cet opéra. Claggart est maintenant libre de lancer son foudre sur Billy Budd. Le capitaine ne peut croire à ses contes. Quand Budd doit écouter en sa présence les fausses accusations du maître d'armes, son bégayement l'empêche de répondre. Ce qu'il aurait voulu dire en mots, il l'exprime de son poing. Claggart s'effrondre raide mort sous le coup. Alors qu'il sait Billy Budd innocent, il laisse son procès se faire. Budd sera pendu. Alors que Vere se reproche son attitude, Billy Budd le bénit. À sa mort, la confusion règne dans l'équipage. Dès années plus tard, Vere se dit qu'il aurait pu le sauver.

Contrairement au deuxième acte pendant lequel je n'ai pas vu le temps passer, le premier acte m'a semblé un petit peu long. Le décor unique est un carré de parquet incliné dont un angle est dirigé vers la salle. Sur la droite, un mat dont la forme fait penser à une Croix de Lorraine. La référence au christianisme est assez évidente. Les lumières, très belles, accentuent explicitement la forme de croix en la projetant en ombre sur le sol ; au milieu de son torse nu, une ligne verticale et une autre horizontale inscrivent une forme de croix sur le corps du héros. Au deuxième acte, on découvre qu'une subdivision du carré de parquet le long d'une diagonale permet de modifier l'inclinaison de la partie dirigée vers la fosse. Quand elle est relevée, les hommes d'équipage peuvent s'y préparer au combat. Cela permet aussi à la scène de la confrontation entre Claggart et Budd de se tenir dans un espace plus confiné. La réduction de l'espace scénique pour les besoins des différentes scènes est en fait réalisé de diverses manières : un rideau de scène peut être descendu pour ne laisser qu'un petit coin pour l'air de Claggart du premier acte, les lumières peuvent laisser dans l'obscurité tout sauf ce même coin à un autre moment. Bref, la mise en scène (de Francesca Zambello) s'inscrit très intelligemment dans le décor et les lumières, ce qui donne un cadre visuellement beau pour ces deux fois 1h20 de musique continue.

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Subhra Guha aux Abbesses

2010-04-25 22:09+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne

J'ai assisté hier soir au concert de Subhra Guha au Théâtre de la Ville (Abbesses). Il s'agissait de chant khyal et thumri (Nord de l'Inde). C'était seulement la deuxième fois que j'en entendais ; la première fois, c'était lors des vingt-quatre heures du Râga durant lesquelles Kaushiki Chakraborty avait chanté.

L'instrumentation comporte un harmonium, un tampura et des tablas. Le tempo est très lent au début, comme souvent dans la musique indienne, et les tablas n'entrent en scène que plus tard, mais au cours de ce concert, le rythme ne sera jamais rapide, juste un peu moins lent, le but n'est manifestement pas de briller, mais d'oser faire entendre une forme aussi austère de chant à un public que la chanteuse aura flatté par avance (et à la fin, disant que le public parisien, c'était vraiment Something else!).

La première pièce (khyal) du concert va ainsi se développer majestueusement sur un petit peu moins d'une heure ! Viendront ensuite un chant thumri, une troisième pièce et une quatrième (Bhairavi). On entendra parfois la chanteuse improviser en prononçant le nom des notes de la gamme. Concernant d'éventuels mots articulés, le seul que j'aie compris de tout le concert est Govindaswami.

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Le compositeur mystérieux

2010-04-25 12:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Bien que n'ayant aucune formation musicale, je constate qu'à force d'aller à des concerts, il m'est devenu assez facile de reconnaître le style de quelques compositeurs. Quand je branche la radio sur France Musique et que je tombe au milieu d'un extrait, je ne peux donc m'empêcher, si je ne reconnais pas le morceau directement, d'essayer de déterminer le compositeur ou au moins la période. Souvent, ça marche.

Parfois, le détecteur bugge complètement, comme avec l'extrait d'opéra sur lequel je suis tombé hier. Par certaines fioritures, ça me fait penser que ç'a été écrit à l'époque de Mozart, sinon par lui-même. Je me rends compte que c'est chanté en allemand : les possibilités sont réduites. La tournure que prend l'extrait me ferait plutôt penser à Wagner. Je me retrouve ainsi à attendre compulsivement que l'extrait se termine pour savoir quel est ce compositeur qui m'a mis dans une contradiction assez opposant lamentablement Mozart et Wagner...

Conclusion : il s'agissait d'un extrait (chanté par Karita Mattila) d'un opéra créé en 1821 : Der Freischütz de Weber. Je ne connaissais que L'invitation à la valse (utilisée dans le ballet Le spectre de la rose) et l'ouverture de cet opéra, qui sera joué à l'Opéra-Comique l'année prochaine dans l'adaptation française de Berlioz.

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Hommage à Jerome Robbins à Garnier

2010-04-22 01:16+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Je continue mon intégrale des spectacles de danse de l'Opéra de la saison 2009/2010. Plus que trois. Mes réservations pour la prochaine saison sont en cours de traitement...

Aujourd'hui donc, c'était la première du spectacle Hommage à Jerome Robbins. Je découvre avant de partir que je n'aurai pas une de mes places préférées, mais une place centrale à l'amphithéâtre, peu confortable pour mes genoux.

Cela commence par une pièce légère et littorale En Sol sur la musique du concerto pour piano et orchestre en sol majeur de Ravel. Six couples de danseurs. Un beau pas de deux entre Aurélie Dupont et Nicolas Le Riche dans le deuxième mouvement.

Puis Triade, chorégraphié par Benjamin Millepied dont j'avais déjà vu le ballet Amoveo en novembre. Le site de l'Opéra annonce à tort qu'il s'agit d'une création. La musique est du jeune compositeur Nico Muhly. C'est plus agréable à écouter que le Philip Glass qu'il fallait supporter dans Amoveo. La danse est aussi intéressante à voir que dans cet autre ballet de Millepied, quoique le début soit déroutant : les quatre danseurs Marie-Agnès Gillot, Dorothée Gilbert, Vincent Chaillet et Nicolas Paul n'arrêtent pas d'entrer et de ressortir de scène presqu'aussitôt.

Les deux derniers ballets de Robbins au programme utilisent de la musique de Chopin. Dans In the night, on entend quatre nocturnes. Pendant les trois premiers, on assiste à des pas de deux successifs de trois couples. D'abord Ludmila Pagliero/Jérémie Bélingard, puis Agnès Letestu/Stéphane Bullion et enfin Delphine Moussin/Nicolas Le Riche. C'est de plus en plus beau à regarder. Dans le dernier nocturne, les trois couples reviennent. Quelques passages malicieux. Ainsi, par exemple, pendant qu'un des couples (sans doute Moussin/Le Riche) évolue, on voit apparaître sur le côté Paglerio/Bélinguard arriver sur scène pour en ressortir aussitôt par la sortie voisine !

Le dernier ballet The Concert ou les malheurs de chacun ferait presqu'oublier tout le reste. Il s'agit d'une pièce comique. La pianiste Vessela Pelovska entre sur la scène où un piano est installé. Alors que le spectacle est déjà commencé, mais pas encore le spectacle dans le spectacle (un rideau de scène d'après Saul Steinberg aura représenté un théâtre), le public se prend au jeu et applaudit la soliste. Celle-ci caricature les tics des pianistes. Elle s'assied, règle longuement son siège, inspecte le clavier, sort un chiffon pour épousseter le clavier... Elle commence à jouer. Des auditeurs arrivent. Des demoiselles, une fille en colère (avec lunettes, précise le programme), une ballerine (Dorothée Gilbert), un couple, etc. s'installent sur un siège. Un ouvreur lance un jeu de taquin quand il est constaté que certains ne sont pas à leur place. On retire le siège de la ballerine qui ne s'en aperçoit pas tout de suite, la position à l'équerre lui étant toute naturelle (voir l'extrait sur le site de l'Opéra). Cela part ensuite dans tous les sens, alors que le récital de piano continue (quoique l'orchestre intervienne aussi parfois, et dans une orchestration qui n'est pas des plus sérieuses). On rit beaucoup, notamment quand le ballet parodie le ballet classique et montre de manière comique des grossières erreurs de danseurs. Quelque danseuse du corps de ballet se retrouve mal positionnée, se meut à contretemps ; dans un mouvement de groupe, deux danseurs trop rapprochés empêchent une danseuse de passer ; une autre fois, la ballerine doit enjamber en ciseaux des mains lacées. On la verra aussi utiliser toutes les ruses pour attirer l'attention sur elle. Tout ceci est très espiègle. Des ailes frou-froutantes leur étant apparues, les danseurs transformés en papillons nous font entrer dans un monde onirique, jusqu'à ce que la pianiste en ait assez !

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Mignon à l'Opéra Comique

2010-04-13 02:59+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Deux-mille-soixante-troisième représentation de Mignon à l'Opéra Comique. Bien que les chanteurs sur scène se fussent écriés que le théâtre prenait feu, il était évident que c'était pour de faux, contrairement à la soirée du 25 mai 1887 au cours de laquelle la deuxième salle Favart fut détruite.

Quand on regarde le passé, il est toujours étonnant de voir que des spectacles qui furent populaires au point que la millième d'un opéra fut jouée du vivant de son compositeur, que la deux-millième eut lieu en 1955 et qu'entretemps, il est presque devenu une rareté.

Le personnage de Wilhelm Meister (adapté de Goethe) hésite entre deux femmes. L'une est Mignon, un jeune enfant qui a oublié ses origines. Elle est l'esclave de Jarno. Elle rapporte quelque revenu en exécutant la danse des œufs. Elle se rebelle. Wilhelm passe par là, rachète sa liberté. Elle devient son page. Ainsi accoutrée, elle l'accompagne à une représentation donnée par la comédienne Philine. Le cœur de Wilhelm balance entre les deux, quand il voit pour la première fois Mignon dans une robe empruntée à sa rivale. Philine triomphe sur scène. Mignon en est jalouse. Elle la maudit. Alors que le théâtre commence à brûler, Philine envoie Mignon rechercher un bouquet de fleurs. Wilhelm vient sauver Mignon et les deux s'en vont. Mignon retrouve le lieu où elle a véçu, son père et, happy ending, épouse Wilhelm.

Vu son caractère androgyne, le rôle de Mignon, surtout au début, n'est pas des plus brillants. Le tube de cet opéra, c'est l'air de Philine Je suis Titania (on joue Shakespeare sur scène...). On en entend d'ailleurs la musique assez longuement dès l'ouverture. Néanmoins, on a l'occasion de bien apprécier le chant des principaux chanteurs : Malia Bendi-Merad (Philine), Marie Lenormand (Mignon), Ismael Jordi (Wilhelm Meister), Nicolas Cavallier (Lothario), Blandine Staskiewicz (Frédérick). Ces deux derniers sont les seuls de la distribution que j'avais déjà entendu. Nicolas Cavallier, déjà vu en Escamillo (Carmen), interprétait ainsi le père de Mignon, parcourant les routes à la recherche de celle qu'il ne peut plus reconnaître vu qu'il a perdu la mémoire. Blandine Staskiewicz, vue dans Norma, jouait le rôle travesti d'un amant jaloux de Philine. Ces chanteurs furent tous très bons. Un petit bémol cependant pour Ismael Jordi dont la prononciation du français n'était pas toujours parfaite.

Du point de vue musical, c'était très bien. Dans la fosse, se trouvait en effet l'Orchestre Philharmonique de Radio France, dirigé par François-Xavier Roth. J'avais déjà vu ce chef, de dos, diriger la musique d'Altre Stelle dont je n'avais pas vraiment apprécié le son. Dans cette production, revenant semble-t-il à des traditions françaises oubliées en matière de direction, il dirige face au parterre, les musiciens jouant pour la scène.

La mise en scène, très classique (cela se passe à l'époque où c'est censé se passer, les didascalies du livret sont respectées, la robe blanche est blanche, etc.) est très belle à regarder pendant les passages les plus animés de l'opéra, comme les danses bohémiennes du premier acte et la représentation du Songe d'une nuit d'été insérée dans le deuxième acte.

Bref, un beau spectacle. J'étais exactement à la même place que lorsque j'avais vu L'Amant jaloux, à savoir un troisième rang de loge de face. Comme la dernière fois, quelques spectateurs bruissant, telle la spectatrice ancienne qui prend un temps fou à enlever le plastique autour d'un bonbon pour la gorge, quelques dizaines de secondes à peine après l'entr'acte (mieux vaut préférer un bruit pas discret mais bref à un long bruit qui ne s'avèrera pas plus discret...). Ma voisine de gauche ne trouvera pas mieux non plus que d'ouvrir la porte de la loge quand le chœur (accentus) se mettra à chanter depuis l'extérieur de la salle au troisième acte. D'ailleurs, il était amusant de voir le chef continuer à diriger, probablement pour la caméra qui devait fournir un visuel au chœur (on ne me fera pas croire qu'on procédait ainsi au XIXe !). Parmi les autres bruits parasites, notons aussi le remplissage et le déplacement des sacs-poubelles du bar voisin.

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Le spectacle de l'école de danse de l'Opéra

2010-04-09 01:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Après les Démonstrations en décembre, aujourd'hui, j'ai assisté à la première du Spectacle de l'école de danse de l'Opéra. Autant les démonstrations pouvaient paraître imparfaites (mais c'était normal vu que le principe semblait être de montrer les élèves des différentes classes s'exercer sur des figures de plus en plus difficiles), autant ce spectacle semble très réussi.

Trois ballets étaient au programme. Le premier est Suite de danses, ballet en un acte d'Ivan Clustine (1913). Avec l'orchestration de Henri Busser, André Messager et Paul Vidal, j'oublierais presque que la musique est de Chopin. Au début, les plus jeunes danseuses sont allongées sur le sol en rang d'Oignon et elles y restent pendant pas mal de temps. De belles pièces de corps de ballet de style classique, un superbe pas de deux dans lequel se distinguent Amélie Joannidès et Juntaro Coste. La troisième pièce est Sept danses grecques de Béjart, sur une musique (enregistrée) de Mikis Theodorakis : cela commence et finit dans l'onde, et entretemps sept danses pour différents types de formation (dans le désordre : solo, duo de deux garçons, pas de deux, groupe de garçons, groupe de filles, tous ensemble) ; Florent Melac est particulièrement applaudi, tout comme la directrice Elisabeth Platel.

C'est à son initiative que la pièce Piège de lumière (chorégraphiée par John Taras) était présentée ce soir, faisant ainsi son entrée au répertoire de l'école de danse (apparemment, cela n'aurait pas non plus été joué par le ballet de l'Opéra). En lisant le programme dans lequel des éléments sont donnés à ce sujet (Faire revivre un ballet), on se rend compte à quoi tient la conservation d'une œuvre chorégraphique. Ici, ce serait à des enregistrements vidéos de répétitions en 1998 (quand Elisabeth Platel avait elle-même dansé ce ballet), des costumes et partitions conservés miraculeusement. Vu le formidable ballet qui revit ainsi, cela valait le coup de procéder à ces recherches archéologiques.

L'argument du ballet (de Philippe Heriat) et le style de la musique ne sont pas sans rappeler ceux du Festin de l'araignée d'Albert Roussel. Des bagnards vivent à l'écart et tirent quelque profit de la chasse aux papillons et d'autres insectes. Un jeune bagnard fraîchement évadé rejoint la compagnie et est déchaîné (superbe solo de François Alu). Dans le deuxième tableau, les insectes défilent avec leurs costumes à antennes. Un double papillon (deux danseurs tenant chacun deux ailes). Les deux insectes stars sont un Iphias (Mathieu Contat, qui est victime d'une malencontreuse petite chute lors d'une réception) et la Reine des Morphides (Emma d'Humières) qui fait une majestueuse arrivée aérienne en portant une double longue traînée. Les deux ne se déplaisent pas. Au début du troisième tableau, La Reine des Morphides est comme les autres insectes attrapée par le piège de lumière installé par les bagnards. Chacun repart avec une proie. Le jeune bagnard croit pouvoir s'emparer de la morphide. Ils exécutent un merveilleux pas de deux, comportant d'originaux portés (dont un dos sur dos). L'Iphias arrive pour sauver sa belle. Il est occit par le jeune bagnard, qui, alors que la Reine des Morphides a fui, n'a pour se consoler que le souvenir de son étreinte bleutée.

Si les costumes et la danse de ce ballet m'ont plu, c'est avant tout la musique de Jean-Michel Damase (1952) que j'ai adorée, au point que je rouspétais intérieurement contre la partie du public qui semble avoir pour réflexe d'applaudir quand le rideau se baisse. En effet, lors des changements de décors, le rideau est baissé, mais la musique continue ; pourquoi donc applaudir à ce moment-là, le chef ayant préalablement laissé quelques secondes pour ça à la fin des séquences dansées précédentes.

Je reviens à la musique, interprétée par l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire (CNSMDP), dirigé par Marius Stieghorst. C'est au moins autant impressionniste que peut l'être Albert Roussel. Bref, on est véritablement avec les papillons...

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Treemonisha au Châtelet

2010-04-05 01:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Impossible de rentrer chez soi sans garder en tête le chœur Aunt Dinah has blowed de horn.

S'il est difficile d'avoir vécu au vingtième siècle sans avoir entendu le Maple Leaf Rag ou The Entertainer, il est moins connu que leur auteur Scott Joplin mourût sans avoir pu faire représenter son deuxième opéra Treemonisha (la partition de son premier opéra A Guest of Honor a été perdue).

Le clavier à écran ayant très bien marché, je me suis précipité au lendemain de la première sur le site Internet du théâtre du Châtelet pour acheter des places. Ce soir, j'étais donc à l'avant-dernier rang du parterre pour assister à ce spectacle, dont, fait rare sur les scènes d'opéra, les chanteurs produisent plus de mélanine que la moyenne.

Si l'ouvrage paraît inégal, il s'agit d'un très bon spectacle, qui est sans doute plus susceptible que les autres spectacles lyriques de plaire au plus grand nombre. Le compositeur utilise des rythmes très différents, des récitatifs, de longs airs et de superbes chœurs.

Visuellement, c'est superbe d'un bout à l'autre, grâce aux décors, aux projections vidéo et aux numéros dansés. Au centre du décor du premier acte se trouve un arbre. Celui auprès duquel s'apprête à cueillir des feuilles pour se faire une couronne comme les autres filles. Sa mère adoptive Monisha l'en défend : elle lui révèle que, bébé, elle avait été trouvée auprès de cet arbre et adoptée par elle et son mari Ned. Elle doit aller dans la forêt pour trouver un autre arbre. Elle est enlevée par Zodzetrick, un sorcier abusant de la crédulité de la communauté en vendant des gri-gris. Elle est malmenée lors de la Danse des ours maléfiques, mais elle est sauvée par son ami Remus qui en ayant pris l'apparence d'un épouvantail a été confondu avec le diable. Les cueilleurs de coton se réjouissent de la fin de leur journée. Le retour de Treemonisha fait la joie de ses parents (au fond de la scène, on aperçoit une projection d'une animation très colorée d'une maison). Alors que Zodzetrick se ferait presque lyncher par les villageois, elle demande qu'on lui pardonne. On désigne triomphalement Treemonisha comme chef de la communauté, elle qui a gagné la sagesse par l'éducation (qu'elle avait reçue enfant de la famille qui employait sa mère).

Le livret (du compositeur) n'est pas un sommet de poésie. Cela se fait sentir assez lourdement dans l'air de Remus Wrong is never right. Cela dit, on a déjà vu bien pire (Un ballo in maschera). Au moins, pendant cet air, nul besoin de sur-titres ! Les voix solistes ne sont pas utilisées de façon très spectaculaire dans les deux premiers actes (le plus bel air du premier acte est la sorte de sermon que fait le bien-nommé Parson Alltalk interprété par Krister St. Hill). Cependant, sur la fin, Monisha, Ned, Andy et Treemonisha auront chacun l'occasion de bien faire entendre leur voix. Dans la distribution de ce soir, il y avait Adina Aaron (Treemonisha), Stanley Jackson (Remus), Xolela Sixaba (Ned) qui sont très bons. Dans le rôle de Monisha, Christin-Marie Hill est beaucoup moins convaincante. D'après mon informatrice, Grace Bumbry chante ce rôle mardi soir...

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La Passion selon Saint Jean à Pleyel

2010-04-04 01:51+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Septième Passion selon Saint Jean. Je ne m'en lasse toujours pas. Si on laisse de côté 2004, cela fait une par an depuis 2003. Voir le compte-rendu de la fois précédente pour la liste des chefs d'orchestre concernés.

Ce soir, c'était Marc Minkowski qui dirigeait son ensemble, Les Musiciens du Louvre-Grenoble. C'est la deuxième fois que je l'entends chantée par une formation très restreinte de chanteurs : huit solistes. L'aspect dramatique de l'œuvre est très bien rendu. On a même sacrifié l'entr'acte pour ne pas rompre la continuité de l'action. Markus Brutscher n'est pas un évangéliste qui ne serait qu'un lecteur de didascalies, il joue véritablement un rôle, module le ton de ses phrases (parfois de façon légèrement caricaturale), comme je ne l'ai jamais vu faire. Par son importance dans La Passion selon Saint Jean, cette voix se détache largement du reste du chœur, qui est par ailleurs assez homogène, ce qui est appréciable. Pendant les récitatifs, j'ai beaucoup apprécié le jeu du violoncelliste Nils Wieboldt.

Je crois que c'est la première fois que j'entends une version non-standard de cette œuvre. En effet, l'air pour basse et soprano Himmel, reiße, Welt, erbebe de la version de 1725 a été incorporé. C'était précisé dans le programme, mais je l'avais lu trop en diagonale avant le concert. Ce fut donc pour moi une vraie surprise après le choral Wer hat dich so geschlagen

Il y a eu quelques couacs dans les cordes, mais mon impression d'ensemble sur ce concert est très bonne.

Depuis ma récente dernière acquisition, je possède actuellement 1003 CD. Commençant à me lasser de la version des cantates de Bach de l'intégrale hänssler (Helmuth Rilling), je me suis décidé à acheter les disques du projet d'enregistrement intégral de ces cantates par Masaaki Suzuki. J'avais été très impressionné par concert au TCE qu'il avait donné et où la cantate Wachet auf, ruft uns die Stimme (BWV 140) était au programme. J'ai ainsi profité du fait que pour le vingtième anniversaire du Bach Collegium Japan, les quarante premiers CD de cette série d'enregistrement soient disponible en quatre coffrets de dix à un prix relativement abordable. Après avoir écouté pour le moment 8 des 142 cantates, je suis très content de ce choix.

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Le Messie à Pleyel

2010-03-27 02:14+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Cinquième Messiah. Plutôt un agréable concert, mais pas aussi bien que la dernière fois.

Hervé Niquet dirige le chœur et orchestre du Concert spirituel. Dans certains passages choraux, il fait des pianissimi comme je n'avais jamais vu quiconque oser en faire. Les tempi sont plutôt rapides. C'est aussi le seul chef d'orchestre qui utilise le pas chassé : quand il donne une indication aux musiciens à sa gauche, il fait un pas vers la droite et se tourne vers la gauche pour leur faire face. Toujours est-il que le son qui sort de l'orchestre est très clair.

Quand elle n'a pas à jouer, une des altistes fredonne à l'unisson du chœur ou des chanteurs !

Au niveau des voix, si le ténor Andrew Tortise est correct, mais peu enthousiasmant, la contr'alto Sara Mingardo, très terne ce soir, est la grande déception vocale du concert. Les deux autres solistes ont des noms que je vais essayer de retenir. La soprano Rosemary Joshua, si son interprétation comportait quelques couacs, s'engageait totalement. Quel plaisir de l'écouter à partir de There were shepherds abiding in the field... et plus tard dans I know that my Redeemer liveth. Celui qui enthousiasme le public autant que lui-même est le baryton Roderick Williams, éblouissant dans ses airs comme Why do the nations so furiously rage.

Malheureusement, le concert a été complètement sabordé par les trompettes fautives qui se sont fait entendre dans le bien nommé air de basse The trumpet shall sound. Le chanteur Roderick Williams n'a d'ailleurs pas pu retenir sa grimace alors qu'il chantait superbement cet air.

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Siddharta à Bastille

2010-03-21 03:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

J'ai assisté samedi à la deuxième représentation du ballet Siddharta chorégraphié par Angelin Preljocaj, sur une musique de Bruno Mantovani d'après un livret d'Éric Reinhart, inspiré de la vie du fondateur du bouddhisme.

Je pensais passer en vitesse revoir le plan du temple Jagannath à la BnF, mais un incident du métro 6 m'a fait changer mes plans : quand j'étais à Glacière, on a annoncé qu'un individu courait sur les voies et que le courant était coupé par précaution. J'ai marché jusqu'à Place d'Italie pour rejoindre directement Bastille et ai alors lu une annonce d'un incident voyageur qui interrompait la circulation des métros entre Place d'Italie et Nation.

J'ai pris le programme pour lire le livret : le ballet étant sans entr'acte, il vallait mieux avoir une idée de l'ensemble. On y trouve une première esquisse de livret, celle qui fut donnée au compositeur, mais dont la succession de tableaux (seize !) ne correspond pas exactement au spectacle présenté...

Cela faisait très longtemps que je ne m'étais pas retrouvé au parterre. La dernière fois, cela devait être pour Tristan und Isolde. En arrivant porte une, du jamais vu : une queue se forme pour entrer dans la salle. Après plus de cinq minutes d'attente, j'arrive finalement à m'installer au rang 30, très légèrement de côté.

N'ayant aucune idée de ce à quoi la musique allait ressembler, cela serait forcément surprenant. Les lumières s'éteignent totalement, puis se dirigent sur la fosse et la chef d'orchestre Susanna Mälkki avant que la musique se fasse entendre. Le début fait un peu bizarre, mais finalement, la musique de Bruno Mantovani s'écoute très bien.

Je n'avais vu qu'un seul spectacle d'Angelin Preljocaj avant celui-ci : Le Funambule qu'il interprétait lui-même en septembre dernier au Théâtre de la Ville. Des éléments de style apparaissent immédiatement comme une marque de fabrique, comme ces mouvements coordonnés des bras passant au-dessus de la tête. Dans Le Funambule, on le voyait s'élever dangereusement sur une sorte de passerelle suspendue. Dans ce ballet, Siddharta et son disciple Ananda grimpent sur des plates-formes faisant partie d'un mastodonte apparu d'en haut, à peine moins large que la scène de l'Opéra Bastille et se balançant latéralement. Quelle démesure !

Dans un autre tableau, on verra une maison tourner sur elle-même au-dessus des danseurs. Peut-être est-ce pour bien nous faire voir que ce n'est pas juste un décor en toile, mais un truc en dur. Ce spectacle aura aussi fourni la troisième grosse boule de 2010, après celle, majestueuse, de Norma et celle, de taille plus modeste, de Rheingold.

Dans la succession de tableaux, on verra les forces de l'obscurité représentées par des motards, l'Éveil par une éthérée danseuse en blanc (Clairemarie Osta) et des ermites maniant le baton. Après un parcours semé d'épreuves, Siddharta (Jérémie Bélingard) finira par s'unir à l'Éveil. Quoique produisant quelques belles images (comme celle de l'Éveil se dérobant par en haut aux manœuvres d'approche de Siddharta), la chorégraphie m'a souvent paru peu lisible.

Le gros point noir de ce spectacle, de mon point de vue, est l'éclairage. Pendant l'essentiel de la soirée, l'action est en noir sur fond noir, notamment le début avec les motards. Je me suis dit à un moment que la scène s'illuminerait un peu plus vers la fin quand Siddharta deviendra l'Éveillé ; pas vraiment, vu que seul Siddharta a été mieux éclairé !

Comme j'avais déjà eu une impression semblable pour Tristan und Isolde, peut-être que cette sensation de manque d'éclairage est liée à mon placement au fond de l'orchestre. En tout cas, avec ou sans jumelles, je ne voyais pas très clair (et non, ce n'est pas ma vue qui baisse : elle a été contrôlée très récemment). Pour les ballets, je crois que je continuerai à préférer l'Opéra Garnier où on a une sensation toute différente de proximité avec les danseurs.

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L'Amant jaloux à l'Opéra Comique

2010-03-18 00:30+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Après avoir vu Zoroastre, Le Roi malgré lui, Carmen et The Fairy Queen, j'ai encore vu ce soir un formidable spectacle à l'Opéra Comique. J'avais sélectionné L'Amant jaloux ou les fausses apparences d'André Grétry sur la seule foi du nom d'une interprète (Magali Léger, précédemment entendue dans le rôle de Minka dans Le Roi malgré lui).

Créé à Versailles en 1778, L'Amant jaloux se passe à Cadix. À vingt ans Léonore (Magali Léger) est veuve et pour des raisons financières son père Don Lopez (Vincent Billier) ne voudrait pas la voir se remarier. Elle voit en cachette Don Alonze (Brad Cooper) qui est très jaloux. La sœur de celui-ci, Isabelle (Daphné Touchais), est la meilleure amie de Léonore. Elle est sauvé des assauts de brigants par Florival (Frédéric Antoun), un Français qui va faire la guerre au Portugal. Ils se donnent rendez-vous, mais suite à un malentendu avec Jacinte (Maryline Fallot), la femme de chambre, il croit qu'elle est la fille de Don Lopez et qu'elle s'appelle Léonore. La suite est par conséquent un tout petit peu quiproquée. Don Alonze doute de la constance de Léonore. Celle-ci décide de renoncer l'amour et de lui jouer une leçon, mais bien sûr, à la fin, ils se réconcilieront ; Don Alonze d'abord désargenté héritera et pourra épouser la fille de l'avare Don Lopez sans dot.

Pour la première fois, je me suis retrouvé au troisième rang des baignoires de face. Vu la taille plutôt réduite de la salle, c'est presque comme si on était à l'orchestre, n'étaient les étroits piliers et l'étage du dessus qui empêche de voir la partie supérieure de la scène, mais pas les sur-titres, puisqu'ils sont aussi diffusés sur des écrans latéraux. La diction des chanteurs fait que le texte est intelligible, très distinctement dans les passages parlés (sans musique), mais aussi les passages chantés. Toutefois, l'accent australien de Brad Cooper (Don Alonze) déshomogénéise quelque peu la distribution vocale, mais sa prononciation du texte reste très-honorable (il s'est cependant un peu oublié sur le premier on de D'une ardeur si constante / Voilà donc le retour.).

Interprétée par Le Cercle de l'Harmonie dirigé par Jérémie Rhorer, la musique de Grétry fait penser à celle de Haydn, donc j'aime. Le texte, s'il contient quelques rimes un peu faciles sans doute destinées à détendre l'atmosphère, comme moi qui rime avec foi, se laisse entendre sans aucun déplaisir.

Dans les prestations vocales, deux airs se distinguent. On entend ainsi à la fin du deuxième acte la belle sérénade de Florival Tandis que tout sommeille / Dans l'ombre de la nuit. Le plus enthousiasmant est néanmoins celui du début du deuxième acte, chanté par Léonore : Je romps la chaîne qui m'engage. À côté, l'air de la Reine de la Nuit de La Flûte enchantée semblerait presqu'une partie de plaisir. Ce qui rehausse encore la difficulté de cet air magnifiquement interprété par Magali Léger réside dans la mise en scène. En effet, en chantant cet air, la chanteuse s'installe dans une baignoire. Au début, je me suis dit qu'elle ne devait pas contenir d'eau... mais si, quand elle s'en est aspergée les épaules, le doute n'était plus permis. J'espère au moins qu'elle était chaude.

La mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau ne va pas contre l'atmosphère espiègle créée par la musique et le texte. Cela commence dès l'ouverture. On y voit d'abord d'éblouissants projecteurs sur la scène vide. Tout doucement, les décors descendent des cintres. Puis, après que le public a pu apprécier les dessous du théâtre, le rideau tombe (ce qui ne manque pas d'amuser le public) avant de remonter pour la première scène. Les décors tout comme les costumes renvoient au XVIIIe, à l'exception d'un voile de style indien qui masque Isabelle aux regards de son frère Don Alonze.

Pour une fois, je n'ai pas stressé pour rejoindre la station Opéra et ma correspondance de RER, vu que le spectacle ne dure que 1h20.

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Das Rheingold à Bastille

2010-03-14 03:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens de la troisième représentation de l'opéra Das Rheingold de Wagner dans la nouvelle production proposée par l'Opéra de Paris. Après Lohengrin et Tristan und Isolde, Das Rheingold est le troisième opéra de Wagner dont j'assite à une représentation. J'ai acheté récemment les DVD de la production du centenaire du Ring des Nibelungen de Boulez/Chéreau au festival Bayreuth afin de me préparer à la tétralogie dont la première moitié est présentée cette saison.

L'histoire ne ressemble guère à une histoire habituelle d'opéra ! Dans ce prologue du festival scénique du Ring, on assiste à 2h20 de musique continue. Après un étonnant prélude représentant les mouvantes eaux du Rhin, les filles de ce fleuve se moquent du Nibelung Alberich qui voudrait les séduire. Elles laissent entendre que le trésor qu'elles gardent ne peut être gagné que par un homme qui aurait renoncé à l'amour et qu'avec cet or, un anneau aux pouvoirs universels pourrait être forgé, ce que s'empresse de faire Alberich. Dans la deuxième scène, Wotan, son épouse Fricka et d'autres dieux pensent au palais que viennent de leur construire les géants. Ceux-ci doivent recevoir Freia, la sœur de Fricka, en rétribution. Fricka s'y oppose. Il faut trouver un substitut qui satisfasse les géants. Loge arrive alors pour dire qu'en parcourant le monde, il n'a rien trouvé de satisfaisant, mais qu'on pourrait voler le voleur Alberich. Wotan et Loge descendent dans le monde des Nibelungen dominé par Alberich pour ce faire. Pendant ce temps, Alberich a fait fabriquer par Mime un heaume lui permettant de changer d'apparence selon sa volonté. Loge obtient de lui qu'il en fasse la démonstration. Il apparaît d'abord en dragon, puis en crapaud. Sous cette dernière forme, Wotan et Loge n'ont guère de mal à le capturer. Dans la dernière scène, le captif est forcé d'abandonner son or, son heaume et son anneau. Les géants arrivent ensuite pour se faire payer. Ils rendent Freia à condition que l'or en cache complètement la vue. Pour boucher les interstices, Wotan est obligé de céder non seulement l'or, mais aussi le heaume et l'anneau, ce qu'il n'aurait pas fait sans les insistances de Fricka et l'intervention d'Erda qui annonce le crépuscule des dieux. Les dieux se dirigent enfin vers le palais, le Walhalla, tandis que Loge refuse de les suivre.

Si pour le moment Lohengrin reste l'opéra de Wagner que j'aie le plus apprécié, la musique du Rheingold ne m'a pas déplu et hormis certains leitmotivs, j'ai particulièrement aimé les passages avec les trois filles du Rhin. Si j'ai trouvé que parfois, Peter Sidhom (Alberich) avait quelque mal à se faire entendre jusqu'au tout dernier rang du deuxième balcon où j'étais assis, j'ai plutôt apprécié les différentes prestations vocales, en particulier celle de Kim Begley (Loge).

Il n'en va pas de même des autres aspects de la production à propos desquels mon impression est plus mitigée. Si le travail de mise en scène à proprement parler me semble plutôt très bon, et les décors inégaux, les costumes paraissent à première vue complètement ratés.

Le ratage des costumes commence par ceux des filles du Rhin, roses avec en surimpression des marques pour les tétons, le nombril et le pubis. Les faire paraître sur des balançoires n'est pas une idée très convaincante. On est loin des souvenirs de Bayreuth de Camille Saint-Saëns lus dans le programme (15€, je plaisante avec le vendeur pour me plaindre qu'à ce prix-là, on pourrait espérer trouver une belle photographie en couverture) : Elles se poursuivent en nageant, car nous sommes au fond du Rhin ; et rien ne peut faire comprendre comment elles sont suspendues au milieu de l'eau : c'est le triomphe de l'illusion scénique.. Plus tard, on voit les dieux paraître avec un couche de costumes imitant la nudité de la partie supérieure du corps, ce qui les fait paraître plus musclés. Les géants et leurs serviteurs sont habillés en tenue de commando (peut-être que cette bizzarerie trouvera sa cohérence dans les trois opéras qui suivront) ; leur entrée en scène est indiscutablement spectaculaire. La plus grotesque tenue est celle de Loge qui est habillé et maquillé en clown. Certes, il a un rôle un peu à part et n'hésite pas à dénigrer Wotan et les autres, mais en faire un clown semble un peu exagéré.

La mise en scène de la troisième scène est assez intéressante par la façon de représenter le monde ouvrier des Nibelungen, qui travaillent la boule d'or qu'Alberich avait volée dans la première scène. Les influences sont alors à chercher dans Metropolis de Fritz Lang dont le programme rappelle des images (évidemment, en noir et blanc, ce qui montre l'absurdité de la hausse du prix du programme pour ce spectacle). Malheureusement, cette scène est un peu gâchée par les transformations d'Alberich. Il doit en effet se transformer en dragon et en crapaud, ce qui est un défi au metteur en scène. Günter Krämer a choisi de représenter le dragon et le crapaud par des dizaines de figurants en costumes lumineux. Le timing n'est pas terrible : les figurants-crapauds continuent à défiler vers la sortie pendant encore longtemps après qu'Alberich, visible sur scène, a été capturé.

Le programme donne une deuxième source probable d'inspiration iconographique : Les dieux du stade de Leni Riefenstahl... Peut-être est-ce l'explication pour le costume des dieux. Si Wagner a fasciné Hitler et si Wagner était ouvertement antisémite, n'est-il pas permis de représenter cet Anneau du Nibelung sans faire des références aussi intempestives à la période nazie ? Dans cet ordre d'idées, on verra apparaître à deux reprises Germania écrit dans une fonte imitant les formes des caractères gothiques (mais sans être de l'alphabet gothique pour autant, sinon les spectateurs français ne déchiffreraient pas).

Parmi les bons points, j'ai apprécié le traitement scénique des fruits que Freia a l'habitude de cueillir et qui permettent aux dieux de préserver leur corps des atteintes du temps. On la voit ainsi rassembler les fruits. Plus tard, quand les dieux ressentent le manque, on les voit se battre pour prendre possession des quelques spécimens, un signe annonciateur de leur crépuscule.

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Calendrier des ouvertures de réservations de l'Opéra

2010-03-11 19:30+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

L'information n'étant apparemment pas trouvable sur le site de l'Opéra de Paris, je reproduis ici le calendrier des ouvertures de réservation sur Internet et aux guichets qui apparaît page 127 de la brochure.

SpectacleInternetGuichets
Concerts, récitals21 juin2 juillet
Le Vaisseau fantôme21 juin2 juillet
L'Italienne à Alger21 juin5 juillet
Eugène Onéguine21 juin2 juillet
Roland Petit21 juin12 juillet
Le Triptyque30 août10 septembre
Paquita30 août13 septembre
Les Noces de Figaro30 août24 septembre
Ballet de Hambourg30 août27 septembre
Mathis le peintre30 août1er octobre
Le Lac des cygnes11 octobre22 octobre
La Fiancée vendue11 octobre18 octobre
Balanchine/Brown/Bausch11 octobre25 octobre
Ariane à Naxos11 octobre19 novembre
Madame Butterfly8 novembre26 novembre
Giulio Cesare8 novembre22 novembre
Francesca Da Rimini8 novembre10 décembre
Caligula8 novembre6 décembre
Siegfried8 novembre14 janvier
Le Crépuscule des Dieux8 novembre14 janvier
Luisa Miller13 décembre21 janvier
Kátia Kabanová13 décembre24 janvier
Coppélia13 décembre31 janvier
Akhmatova13 décembre21 janvier
Spectacle de l'école de danse13 décembre7 février
Roméo et Juliette3 janvier18 mars
Tosca3 janvier25 mars
Mats Ek3 janvier28 mars
Ballet du Théâtre Bolchoï (Flammes de Paris, Don Quichotte)3 janvier4 avril
Rain3 janvier28 mars
Otello7 mars13 mai
Così Fan Tutte7 mars16 mai
L'Anatomie de la sensation7 mars20 mai
Les enfants du paradis7 mars23 mai

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Nouvelles saisons

2010-03-10 20:20+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Je suis allé hier à la présentation de la nouvelle saison de la Salle Pleyel. On montre son carton d'invitation à l'entrée et on peut récupérer les brochures. À part ça, la séance présente peu d'intérêt : les responsables de la salle, de l'Orchestre de Paris et de l'Orchestre philharmonique de Radio-France discutent de leur programmation, des nouveaux-chefs, etc. Heureusement que les éclairages sont suffisants pour faire passer le temps en feuilletant les brochures. Une heure plus tard, un moment musical, le trio pour clarinette, violoncelle et piano de Fauré par Paul Meyer, François Salque (qui est devenu père quelques heures avant) et Eric Le Sage. Je me suis plutôt ennuyé, la faute à fatigue et à Fauré. Croisé Palpatine et Mimy qui se sont laissés entraîner dans un restaurant indien. Je n'ai pas assez de recul pour commenter la programmation en général. Je note juste que le ballet royal du Cambodge viendra donner deux représentations de La légende de l'Apsara Méra.

La programmation de l'Opéra de Paris vient de tomber aussi. Ma première impression, c'est qu'en dehors des deux productions de Luisa Miller et de Tosca que j'ai déjà vues, j'irai bien voir absolument tous les spectacles d'opéra et de danse... Au niveau prix, je vois une petite inflation dans les tarifs des ballet (mes chères places à 21€ passent à 23€), une grosse inflation pour les places à 10€ qui passent à 15€ (on en entendra parler dans les files d'attente), mais les places à 20€ et 35€/40€ ne bougent heureusement pas. Apparemment, il n'y a que les places les plus chères qui baissent : création d'une catégorie Optima à Bastille plus chère que l'ancienne première catégorie, mais baisse assez significative des tarifs des catégories 1—5.

En ce qui me concerne, avant de bloquer des dates, j'attends la programmation du TCE qui sera annoncée samedi, mais le 15 ou le 17 avril 2011 est déjà réservé puisqu'on verra Louis Langrée diriger l'Orchestre de Paris pour un Pélleas et Mélisande en version de concert avec une distribution de rêve (Dessay, Keenlyside, Lemieux, Naouri, Vernhes).

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Je hais le site Internet de l'Opéra de Paris

2010-03-08 18:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

C'était mieux avant.

À la fin de la saison 2008/2009, après que j'avais envoyé mon formulaire d'abonnement, l'enthousiasme déclenché par La fille mal gardée me fit me dire que finalement, j'irai voir tous les spectacles de ballet de l'Opéra de Paris cette année. Il restait quelques spectacles à réserver. Comme je vise les places à 21€, la seule option raisonnable pour ce faire était d'attendre les ouvertures de réservations sur Internet.

Les fois précédentes, à savoir le 9 novembre et le 11 janvier, j'avais déjà constaté que le site de l'Opéra malfonctionnait. Aujourd'hui encore, cela m'a exaspéré. Ce n'est écrit nulle part, mais apparemment, l'ouverture des réservation commence à 9h. Dès cette heure-là, le site est inutilisable. Un système rudimentaire de queue a été mis en place. On nous demande de répondre à une question Captcha et on nous indique un temps d'attente qui s'écoule et oscille.

À la première tentative, deux minutes d'attente, mais la connexion est interrompue constamment. Un peu plus tard, le temps d'attente annoncé d'une vingtaine de minute se trouvera multiplié par deux à l'arrivée. Je me retrouve alors avec un accès précaire au site de l'Opéra, dont l'essentiel de la mise en forme a disparu, ce qui rend certaines opérations impossibles. De fait, quand je tape mon numéro de spectateur, puis demande l'accès à la billetterie et sélectionne ballet (ce qui est un marathon en soi, vu que la connexion peut être interrompue à tout moment, ce qui impose de cliquer sur le bouton Retry jusqu'à ce que ça tombe en marche : si on ne fait rien pendant cinq minutes, le site considère qu'on a abandonné...), je peux voir apparaître La petite danseuse de Degas. Là, l'erreur serait de cliquer sur le titre, cela ne ferait en effet qu'afficher la description du spectacle, et il faudrait tout recommencer pour réserver un billet. Non, je ne suis pas un bleu et je clique sur le bouton Réserver. Et là, au lieu de me proposer de choisir entre les différentes dates, on me demande à nouveau de rentrer mon numéro de spectateur. Au bout de la sixième fois que le site m'a demandé mon numéro de spectateur, je me dis que cela ne pouvait pas être moi qui fusse buggé. Le site a planté encore un peu plus et je me suis retrouvé dans la queue. Après le déjeuner, j'ai réessayé et cela a fini par fonctionner.

C'est la troisième fois de suite que la vente sur Internet se passe vraiment mal. Avant le changement de système, ce n'était pas aussi pire. Il faudrait vraiment que quelque chose soit fait. Si ce n'est qu'un problème de charge des serveurs, il suffirait d'espacer un peu plus dans le temps les mise en vente, à savoir ne pas mettre en vente huit séries de spectacles en même temps comme ce fut le cas le 11 janvier.

L'interface est malpratique au possible. Dans l'ancien système, quand on avait sélectionné un spectacle, pour chaque date, on voyait l'intervalle de prix des places encore disponibles. Actuellement, cela affiche de 21.00€ à 87.00€, même s'il ne reste plus que des places de première catégorie. Vu le temps que prend le chargement d'une misérable page Web sur le site, cela fait perdre un temps fou. Une fois la date et la catégorie sélectionnée, on voit normalement une liste des différentes zones dans lesquelles il reste des places, comme Quatrièmes loges de côté, Amphithéâtre, etc. Souvent, rien ne s'affiche et on est obligé de valider pour voir le placement, ce qui bloque temporairement la place et fait encore perdre du temps. Corriger ces défauts de conception de l'interface réduirait sans doute un peu la charge du site...

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La dame aux camélias à Garnier

2010-03-06 20:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Jeudi dernier, je suis allé à la dernière de La dame aux camélias, ballet de John Neumeier, d'après le roman d'Alexandre Dumas fils. Je recommande à quiconque de lire ce roman, où l'on voit les sentiments des personnages s'exprimer comme rarement on peut le lire.

Suite à un mauvais calcul d'horaires de RER et les retards que ceux-ci accumulent, je suis arrivé à la dernière minute dans ma troisième loge de côté, sans avoir eu le temps d'acheter le programme ni de lire la distribution, l'ouvreuse ayant répondu à ma voix essouflée qu'elle n'en avait plus. Pendant le prologue et le premier acte, je me suis donc amusé à essayer de reconnaître les danseurs.

Si j'ai certainement passé un bon moment (prolongé : trois heures avec deux entr'actes), ce ballet est loin d'être mon préféré. Bien sûr, j'ai apprécié les références explicites aux personnages de Manon Lescaut (comme dans le roman), Des Grieux étant interprété par mon étoile masculine préférée (Mathias Heymann) et par la toute nouvelle première danseuse Ludmila Pagliero. J'ai aussi aimé la mise en scène très cinématographique. Un rideau sépare souvent l'avant-scène de l'arrière, ce qui permet de distinguer plusieurs scènes concommitantes et on voit parfois un personnage sortir d'une pièce pour reparaître dans une autre, dans un flot cohérent d'action continue. J'ai aussi aimé les portés invraisemblables auxquels se livrent la nouvelle étoile Karl Paquette (Armand) et Delphine Moussin (Marguerite). Les costumes sont d'une esthétique quelque peu datée, mais il est plaisant d'admirer les couleurs vives des danseuses, ce qui permet de distinguer Mélanie Hurel (Prudence) et Mathilde Froustey (Olympia) dans certaines danses de groupe.

Bien que je n'apprécie pas beaucoup la musique de Chopin, je n'en ai pas ressenti de déplaisir particulier, si ce n'est une impression de déjà-vu du fait des nombreuses reprises du Largo de la Sonate en si mineur (opus 58), une sorte de leitmotiv du ballet. Non, ce qui m'a un peu déplu, c'est la façon de raconter l'histoire. Si les tableaux en eux-mêmes sont beaux (comme les réjouissances campagnardes du deuxième acte) et si la construction est très intelligente, bien que connaissant l'histoire, j'avais parfois un peu de mal à suivre, surtout pendant les deux premiers actes. De surcroît, le synopsis que contient le programme n'aide pas vraiment à comprendre les rôles respectifs d'Olympia et de Prudence, par exemple.

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Aruna Sairam et Priyadarshini Govind au NCPA

2010-02-27 11:28+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

La personne qui m'invite au TIFR avait suggéré que nous allassions au National Centre for the Performing Arts. J'avais déjà parcouru leur site Web, mais n'avais pas tilté quand j'avais vu Brindavani Venu, Experimental Theatre. Derrière cet intitulé qui évoque la flûte de Vrindavan (celle de Krishna) et le nom de la salle (250 places environ), se cachait un récital conjoint de la chanteuse carnatique Aruna Sairam et de la danseuse de bharatanatyam Priyadarshini Govind que j'ai déjà eu l'occasion de voir deux fois à Paris.

Ma collègue, abonnée au NCPA, s'était fait dire au téléphone qu'il n'y aurait aucune difficulté à acheter des places à l'entrée. Pourtant, il y était écrit House full, thank you.. Heureusement, elle a pris en main la chasse aux places surnuméraires d'autres spectateurs, et nous avons pu racheter trois places (5€), une autre collègue et amie, Supriya, étant aussi de la partie.

Le spectacle durera environ trois heures. Pendant la première moitié, Aruna Sairam chante, accompagnée d'un violon, d'un tampura, d'un mridangam et d'un gattam (sorte de cruche). La performance vocale était remarquable. Un raga mohanam, puis une pièce appelée Kapali (en référence au temple de Mylapore) sur le même raga et un morceau du grand compositeur Muthuswami Dikshitar. La chanteuse étant originaire du Maharashtra, elle a intégré au récital un chant dévotionnel marathi. Son récital s'est terminé par un superbe Tillana en l'honneur de Krishna. Dans chacune de ces pièces, la chanteuse et les instrumentistes laissaient le temps à l'atmosphère particulière de chaque chanson de s'installer, se suspendre et s'éteindre en douceur.

Après un court entr'acte, Priyadarshini Govind et ses musiciens se sont installés sur scène. Elle est accompagnée d'un mridangam, de nattuvangam, d'un violon et d'une voix. J'ai déjà eu l'occasion d'entendre la vocaliste lors de mon récent séjour à Chennai. Apparemment, c'est habituellement elle qui accompagne Priyadarshini Govind. Je n'y avais pas particulièrement fait attention, mais peut-être l'accompagnait-elle déjà pour les deux spectacles que j'avais vus au Théâtre de la Ville. La première pièce est en l'honneur de Muruga/Karthikeya, le deuxième fils de Shiva, celui qui est né pour combattre le démon Mahisha. La deuxième pièce consiste en de la danse pure. La danseuse s'est excusée par avance de ce qu'il n'y aurait pas de Varnam, c'est-à-dire de véritable pièce principale, le durée du récital étant trop brève pour cela. Pendant les passages purement rythmiques, elle n'est pas exactement en rythme.

Viennent ensuite trois pièces de longueur moyenne. Les deux premières mettent en scène les amours illicites de Nayikas. Dans la première, une dévôte de Shiva est tentée par Krishna. Elle a juré de ne servir que Shiva, elle rabroue Krishna en lui disant de ne pas la déranger alors qu'elle prie Shiva, mais ses yeux lui disent oui. Dans la deuxième, une femme mariée fait la valise de son mari qui s'en va à la ville voisine, quand elle a fermé la porte d'entrée, elle ouvre celle de derrière pour laisser entrer son amoureux. La Lune brille pour eux deux seulement, mais la femme s'inquiète. Il devra partir quand l'astre de la nuit sera dominé par celui du jour. L'autre lui demande pourquoi elle s'inquiète sachant que son mari est loin et que son beau-père âgé ne voit plus très clair. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris, mais la morale est apparemment sauve à la fin quand on apprend que l'amoureux n'était autre que Venkateshwarar.

La dernière pièce est celle qui a eu le plus de succès. Elle consiste en un dialogue entre Yashoda et le vilain Krishna, son fils adoptif. Yashoda reçoit beaucoup de plaintes des gopis qui se plaignent des espiègleries de Krishna. La seule solution est qu'il reste à la maison. Elle lui promet des sucreries et même du beurre (dont Krishna est friand). Quand il comprend l'enjeu, Krishna s'en détourne, alors Yashoda lui explique que s'il sort, il va rencontrer des bêtes sauvages au mont Govardhan, comme des tigres, des serpents et des éléphants. Krishna n'en a même pas peur, il pense pouvoir les amadouer sans la moindre difficulté.

Cette pièce, tout comme les deux précédentes, est manifestement faite pour plaire immédiatement à un public peu habitué au bharatanatyam. La musique se fait presqu'impressionniste pour évoquer les rencontres de Krishna avec les animaux. Les tigres et les serpents sont facilement reconnaissables, les éléphants sont suggérés par le mouvement de leurs oreilles.

Cette deuxième partie, légèrement décevante, s'achève par un Tillana très connu, où l'on verra la danseuse répondre aux dictées rythmiques.

Après cela, Aruna Sairam et ses musiciens reviennent sur scène et interprètent la chanson qui accompagne la chorégraphie spécialement réalisée pour l'occasion : Brindavani Venu, où il sera question de Krishna, joueur de flûte. Il est rare de voir une aussi belle chorégraphie accompagnée par une vocaliste aussi talentueuse !

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My Name is Khan

2010-02-19 11:16+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Cinéma — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Avant-hier, je suis allé voir le dernier film de Karan Johar, माय नेम इज़ ख़ान. Ayant acheté ma place une petite heure avant le début de la séance, sans problème particulier (la sortie du film la semaine dernière avait été agitée à cause du Shiv Sena), je me promène au voisinage du cinéma Regal. L'hôtel de luxe Taj Mahal porte encore les traces de l'attaque du 26/11, mais les travaux de réparation sont en cours, et on lit dans la presse qu'il sera rénové à l'identique. Cet hôtel, ainsi que la rue voisine où se trouve le Leopold Cafe est situé à environ deux kilomètres du TIFR où je suis pour deux semaines. Ce quartier est typiquement celui où les jeunes chercheurs ou visiteurs sortiraient le soir pour aller au restaurant. D'ailleurs, certains y étaient ce soir-là et ont entendu les détonations.

Le film de Karan Johar, avec Shah Rukh Khan et Kajol, raconte l'histoire de Rizvan Khan, un indien musulman autiste qui vient habiter aux États-Unis d'Amérique rejoindre son frère et sa belle-sœur. Il épouse Mandira, une coiffeuse, mère célibataire, hindoue. Son fils Samir s'appelle maintenant Samir Khan (ne pas prononcer K, mais R épiglottique). Après les attentats du 9/11, les musulmans sont victimes de diverses vexations, le salon de coiffure de Mandira s'écroule financièrement et cela va jusqu'à une volée de coups d'un groupe de jeunes qui cause la mort de Samir. Dévastée par la mort de son fils qu'elle attribue au nom que son fils a pris, Mandira rompt avec Rizvan qui veut rencontrer le président des États-Unis d'Amérique pour lui dire My Name is Khan and I am not a terrorist. Il est arrêté lors d'une cérémonie quelconque vers 2008 parce que sa phrase a été mal comprise et on en aura entendu que terrorist. Il est torturé, mais des jeunes journalistes ont saisi un enregistrement du moment où il prononce cette phrase, et cela lui permet de recouvrer la liberté. Son cas est beaucoup traité à la télévision et on aperçoit le dos d'un sénateur noir qui s'y intéresse...

Le film est plutôt réussi et sort des thèmes habituels de Bollywood tant sur le fond que sur la forme (pas de scènes dansées par exemple), mais on retrouvera certains thèmes, comme celui du mariage, forcément problématique, ici parce que Mandira est hindoue et Rizvan musulman, ce que n'accepte pas son frère et qui est résolue dans une scène émouvante comme le cinéma indien en produit quand la belle-sœur de Rizvan vient apporter sa bénédiction aux mariés. Néanmoins, l'exagération et l'accumulation d'éléments parasites compliquent un peu inutilement l'histoire de façon à faire de Rizvan Khan un homme invraisemblablement exceptionnel et héroïque. D'une part, il souffre d'une forme particulière d'autisme, ce qui engendre des situations comiques vu les mimiques de Shah Rukh Khan et permet l'expression de ses talents de réparateurs de toutes choses qu'il a développés depuis son enfance. Plutôt sceptique au début du film sur cet aspect, après avoir vu l'ensemble de film, je trouve que c'était une bonne idée. D'autre part, on le voit sauver invraisemblablement un village de Géorgie où il s'était fait des amis. Ces passages-là sont un peu ridicules. Cela devient carrément too much quand un extrémiste musulman vient s'en prendre à lui.

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Nethra Gururaj au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-17 17:40+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Dimanche soir, je suis allé une dernière fois au festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. On a annoncé les récompenses nombreuses déjà reçues par la danseuse, puis après un prélude musical, quelle fut ma surprise quand une jeune fille d'une douzaine d'années à peine entra en scène. Je ne comprends pas grand'chose aux chorégraphiques (les annonces se limitant à indiquer le nom de la chanson, le compositeur, le raga et le tala). Dans la première, il semble qu'il soit principalement question de Krishna et dans la deuxième, le Varnam, de Shiva. Indépendamment de l'âge de la danseuse, c'est très impressionnant de technique et de vitesse. Elle exécute une figure que je n'avais encore jamais vue et qui semble être ce qui se rapproche le plus des pointes de la danse classique européenne parmi ce qu'il se puisse faire pieds nus : les bras tendus vers le haut, une jambe relevée à la hauteur d'un genou, le poids du corps reposant en équilibre sur la pointe d'un pied tendu.

Je devrai malheureusement manquer la fin de ce spectacle en raison d'une quinte de toux qui me fit choisir de m'éclipser discrètement plutôt que de déranger tout le monde.

À la fin du Varnam, une grande dame du bharatanatyam, Padma Shri Sudharani Raghupaty (le bharatanatyam conserve bien, visiblement) a été appelée pour faire un discours dans lequel elle a chaudement félicité la danseuse en devenir, sa guru Nagamani Srinivasa Rao et l'organisateur du festival.

Je suis arrivé à Mumbai mardi après-midi après 28h de train (2h de plus que prévu). J'étais en 2AC, pour la première fois. Par rapport à la 3AC, on a plus de place parce que les couchettes ne sont empilées que sur deux niveaux et elles sont séparées par des rideaux.

Depuis ma chambre, j'ai une très belle vue sur la baie de Mumbai.

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Krishna Chidambaram au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-11 22:44+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Sixième soirée au R. K. Swamy Auditorium. J'y suis aussi allé mardi dernier pour du kuchipudi, mais le spectacle était de qualité très moyenne. Ce soir, le programme était très alléchant vu que le guru de Krishna Chidambaram est C. V. Chandrasekar, un des plus grands danseurs et enseignants de bharatanatyam, aujourd'hui très âgé. Il joue du nattuvangam (cymbales). À ses côtés, une chanteuse, un mridangam, une flûte, un violon. La salle est pleine. J'ai encore trouvé le moyen de m'installer au premier rang, au centre, mais je me suis retrouvé relégué au second quand des chaises surnuméraires ont été disposées devant. La scène est tellement décorée de fleurs qu'il en exhale des parfums.

Cela n'est pas l'habitude dans ce festival, mais pour une fois, les annonces sont faites en tamoul. Il m'est donc significativement plus difficile de saisir de quoi il s'agit d'autant plus que la danse est très technique, trop à mon goût. C'est exécuté parfaitement, tout à fait dans le rythme, mais cela reste très abstrait, presque mécanique. La première pièce est un Pushpanjali dédié à Rama, puis vient un Jatiswaram. Cette deuxième pièce sera la seule à comporter un passage purement rythmique.

Ce spectacle ne comporte pas une partie principale, mais deux ! La première est Siva Astapati. J'ai plusieurs conjectures sur ce qu'elle représente, mais je préfère ne pas les dévoiler. Principalement, il s'agit de Shiva. Le texte répète souvent le mot Shankara et on voit la danseuse prendre révérencieusement la pose Nataraja. Est évoqué le retour de Rama à Ayodha en passant par Rameshwaram où il vénère un lingam de Shiva pour se faire pardonner du meurtre de brâhmane qu'il a commis en tuant Ravana (il ne me semble pas que cet épisode figure dans le Ramayana). Dans un autre tableau, il me semble reconnaître Kama (Amour) frappant Shiva d'une flèche censée le faire aimer Parvati. Shiva le réduit en cendres et Rati son épouse vient implorer le pardon de Shiva, qui le lui accorde.

Dans la deuxième pièce principale, il est aussi question du Ramayana. Les thèmes ressemblent à ceux déjà présentés par Srithika Kasturi Rangam. On verra apparemment la cérémonie qui permet à Dasharata d'obtenir quatre fils. Il y aura aussi la scène où Rama soulève l'arc de Shiva après que d'autres auront raté. Une originalité de cette chorégraphie est d'avoir aussi représenté Sita, anxieuse à l'idée de se retrouver mariée à un autre que Rama. Les caprices de Kaikeyi, responsable de l'exil de Rama, seront ensuite évoqués, puis très furtivement la rencontre de Guha. Une fois dans la forêt, on trouve l'épisode de l'antilope magique à la poursuite de laquelle part Rama à la demande de Sita. Une ellipse, puis on voit arriver des singes, mais la chorégraphie me semble assez confuse.

L'avant-dernière pièce est Javeli. C'est encore très abstrait, tout comme la dernière, un Tillana dédié à Rama.

Si ce spectacle était impressionnant par la technique, je suis néanmoins un peu resté sur ma faim. Si j'avais un dictionnaire des codes du bharatanatyam, j'aurais sans doute davantage apprécié.

Comme la danseuse a resté sur scène pas loin de deux heures, il n'y a plus beaucoup de trains et le suivant étant prévu une demi-heure plus tard, je décide de prendre un bus jusqu'à Indira Nagar. La zone à l'Est de la voie de chemin de fers m'est devenue difficile d'accès parce qu'un petit pont s'est apparemment effondré, ou on l'aura fait tomber. Des travaux sont en cours. Toujours est-il qu'à moins de traverser des maisons, il faudrait faire un détour d'un ou deux kilomètres pour passer à sec. Il m'a pourtant semblé voir un passage praticable. J'ai gagné du temps, mais ma chaussure gauche a fait connaissance avec les immondices du slum...

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Smt. Radha Prasanna au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-09 10:47+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Encore un très beau spectacle au festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Cette foisi-ci, il s'agit de kuchipudi. La danseuse Radha Prasanna est aussi spécialiste de bharatanatyam et cela se voit.

Le spectacle commence par une prière puis la danse commence avec une assez longue pièce dédiée à Ganesh, celui qui repousse les obstacles. La pièce suivante évoque le personnage de Satyabhama, la plus belle des soixante mille gopis de Krishna.

Par rapport au bharatanatyam, les mouvements sont beaucoup plus arrondis. On trouve aussi des passages purement rythmiques, qui reviennent d'ailleurs plus fréquemment.

Avant le début de la pièce principale, on rappelle le parcours de Guru Madhava Peddi Murthy (Siva Foundation) lui-même disciple d'un récipiendaire du Padma Bhushan.

La difficuilté des pièces va croissante. La pièce principale, homologue du Varnam, est le Tarangam, qui signifierait ondes. C'est d'ailleurs par des mouvements ondulatoires que commence cette pièce, qui évoque la danse de Krishna à Vrindavan. On voit aussi Vishnu couché et il me semble même que Lakshmi lui masse les pieds. La spécificité du kuchipudi est de comporter des passages dansés sur un plateau de laiton. C'est assez impressionnant. Les orteils pincent les bords. La danseuse avance, tourne, recule en rythme et avec une grande facilité tout en accompagnant les pulsations de mouvements des bras. La difficulté explose sur la fin. La guru réalise avec sa voix et les cymbales une dictée rythmique frénétique que la danseuse reproduit accompagnée des autres instruments : morsing (guimbarde),, vîna, mridangam.

La pièce suivante évoque la danse cosmique de Shiva, sur un texte sanskrit d'Adi Shankara. Du point de vue musical, on entend un mélange harmonieux de passages rythmiques pendant lesquels la mélodie de la vîna et de la voix d'un chanteur reste en suspension.

La pièce qui vient ensuite est un hommage à Venkateshwarar et la grande Unité qui inclut tous les êtres de la Création, qu'il soient rois ou intouchables. Musicalement, c'est une superbe interprétation de la chanson Brahman Okate.

Encore une pièce dédiée à Venkateshwarar sur une composition de Sri Rajaji. Un dévôt s'adresse à la divinité et lui dit Viens et bénis-moi..

Ce spectacle de haut niveau se termine comme il s'est ouvert par une prière.

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Srithika Kasturi Rangam au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-05 11:12+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Comme lundi et mardi, en rentrant du Chennai Mathematical Institute en bus, j'ai pris un train local pour la station Tirumailai, la plus proche de Mylapore et de son temple Kapaleeshwarar. Le timing étant plutôt serré pour manger avant de rejoindre le R. K. Swamy Auditorium, je n'ai guère d'autre possibilité que de manger une troisième fois au restaurant Saravana Bhavan du coin. Il n'y a pas que les dosas qui y soient bons : puris, parathas, sambar vada, etc. Leur kulfi est excellente. Ayant un petit peu d'avance, je décide de passer par l'intérieur de l'enceinte extérieure du temple Kapaleeshwarar. On y a construit un passage couvert le long de l'enceinte intérieure. De nuit, les sculptures sont moins visibles, seules luisent les lettres Om Shiva Shiva du gopuram (où l'on pourra aussi voir un lingam et une paonne, symbole du couple Shiva-Parvati). En faisant le tour, les incroyants étant défendus d'entrer dans l'enceinte centrale, je découvre qu'il s'y trouve une étable (un des noms de Shiva est Pashupati, celui qui garde le troupeau, une métaphore que l'on trouve aussi dans le christianisme), ce qui est cohérent avec le fait que mardi soir, traversant le parking en face du gopuram, un moment d'inattention et je me fusse retrouvé encorné par un bovin poursuivi des assiduités de quelque congénère.

Le récital de 17h45 n'est pas encore fini quand j'arrive à la salle après avoir reconnu la rue à prendre au repère olfactif que constitue le grossiste en café qui s'y trouve. Je m'installe entre deux pièces et peux assister au fort déplorable Tillana final. La musique est catastrophique, la chorégraphie maladroite, et la danseuse, non dénuée de possibilités, fait ce qu'elle peut. Dans ce festival, on trouve du bon et du moins bon.

Je me replace au premier rang, dans une place laissée libre au centre. Le récital de Sritikha Kasturi Rangam (30 ans) va commencer. On annonce que ce récital sera un hommage à la grande chanteuse M. S. Subbulakshmi dont on donne quelques repères biographiques. Sa photographie enguirlandée se dresse en dessous de la traditionnelle sculpture du seigneur de la danse.

Le spectacle commence par un Pushpanjali. Vient ensuite une des chansons d'Adi Shankara (un des grands penseurs de l'hindouïsme) : Bhaja Govindam, dédié à Krishna, fameusement chanté par M. S. Subbulakshmi. Le chant est assuré par Guru Ambika Kameswar (qui joue aussi des cymbales et a signé les chorégraphies) et une autre chanteuse. Si elle a parfois du mal à aller chercher les aigus, sa prestation vocale est néanmoins remarquable. Dans ces pièces introductives, la danseuse montre une grande maîtrise dans l'exécution précise de mouvements pourtant rapides.

La pièce principale qui va suivre, le Varnam, est la plus belle pièce de bharatanatyam que j'ai vue. Il s'agit bien d'une pièce ou d'un ballet dont la danseuse jouerait tous les rôles. Le scénario est extrait des six premiers livres du Ramayana de Valmiki. La chanson s'appellerait Bhavayami Raghuramam. Quelques uns des épisodes de l'épopée seront ainsi représentés. Si connaître l'épopée aide beaucoup à identifier les scènes, les différents tableaux parlent d'eux-mêmes. Le public paraît d'ailleurs plus réactif que d'ordinaire ; peut-être est-ce qu'il comprend aussi paradoxalement mieux ce qui se passe sur scène que si on lui avait préalablement introduit les différentes scènes au micro.

La première scène que je reconnais est celle où Rama gagne la main de Sita en soulevant et bandant sans effort l'arc de Shiva qui était en possession de Janaka, le père plus ou moins adoptif de Sita. Avant lui, de grands gaillards se seront fait mal au dos en ratant lamentablement l'épreuve.

Une ellipse et Rama se retrouve en exil (avec Lakshmana et Sita) et traverse une rivière à bord de la barque de Guha, qui est souvent considéré comme un des tout premiers dévôts (bhakta) de Rama.

Le tableau le plus poétique est celui qui met en scène Jatayus. Que ces mouvements évoquant ceux du vautour sont gracieux ! Avant de succomber à ses blessures, il informe Rama de l'enlèvement de Sita par Ravana.

L'armée des singes part ensuite à la recherche de Sita en direction des quatre points cardinaux.

Le singe Hanuman prend avec lui un bijou de Rama. Il retrouve Sita prisonnière et triste. Elle s'illumine quand elle reconnaît l'ornement de Rama qui se réjouit aussi au retour de Hanuman.

Dans le dernier tableau, Rama est face à l'Océan qu'il devra franchir pour rejoindre Sita.

La pièce suivante est rythmée par le mantra (Om) Namah Shivaya sur un texte aussi dû à Adi Shankara. Différents aspects de Shiva sont représentés comme Nataraja, le seigneur de la danse, ou celui qui a les cheveux tressés (superbe évocation de la descente de Ganga).

Vient une chanson de Mirabai dédiée à Hari et enfin un Tillana dédié à la joie cosmique où entre des passages de danse pure, on verra un Vishnu couché sur l'Océan cosmique.

Quel beau spectacle ! Tout, dans la musique, la danse, l'expression du visage, l'attitude, etc, était de très haut niveau, à mon avis aussi bon que les spectacles des danseuses les plus connues qui vont se produire jusqu'à Paris !

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Smt. K. R. Rekha au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-03 10:56+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Mardi soir, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium. On annonce K. R. Rekha, son nom étant précédé du titre Srimati plutôt que Kumari, signe la danseuse sera expérimentée, ce qu'elle montre assez rapidement. Ses parures brillent ostensiblement. Mauvaise surprise : les musiques sont enregistrées. Si le spectacle de la veille m'avait déjà semblé audacieux par ses innovations chorégraphiques qui restaient néanmoins dans la tradition, l'audace de la danseuse de ce soir va s'avérer bien plus grande, quitte à sacrifier la tradition au point qu'après les deux premières pièces, je me demandais s'il s'agissait bien de bharatanatyam, avant que quatre de ses élèves entrassent en scène et exécutassent quelques mouvements correspondant aux codes habituels, et ce avec plus ou moins de réussite. Le style de la danseuse, comme ses formes, est tout en rondeurs, fait d'amples mouvements et de poses évanescentes évoquant furtivement quelques divinitées (en l'occurrence des formes de Shiva). La musique n'est pas très carnatique non plus, encore un peu d'audace et nous eussions entendu des chansons bollywoodiennes. Dans une des pièces, la danseuse interprète le rôle de Yahoda accompagnée du divin Krishna mimé par son fils.

La dernière pièce est le clou du spectacle. Sans que je comprenne les détails d'interprétation, la danseuse représente le moksha, le salut qui se peut obtenir par l'adoration du bienheureux Krishna. La musique qui rythme cette chorégraphie est la marche nuptiale du Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn !

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Kumari Pallavi Vijay au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-02 11:17+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Je suis arrivé en Inde dans la nuit de dimanche à lundi. La correspondance à Bruxelles (alors recouverte de neige) a été limite. L'avion d'Europe Airpost avait une bonne heure de retard. À Bruxelles, je dois chagner de terminal, ce qui est assez long en marche et tapis roulants. Enfin, le plus pénible et le plus long est de revoir repasser les contrôles de sécurité, surtout s'il faut d'abord trouver quelqu'un qui entende suivant le cas le flamand, l'anglais ou le français et que la machine se met à bipper sans raison et que l'agent de sécurité réalise des contrôles plus approfondis avec nonchalance. Une employée me dit ensuite de courir pour rejoindre la porte d'embarquement. Une fois dans l'avion, on aura encore une heure d'attente parce qu'un passager a égaré son passeport... Le service sur ce vol Jet Airways est très-convenable. Ce qui l'est moins, c'est la sélection de disques dans la rubrique Western classical des ordinateurs de bord, dans la mesure où elle contient une majorité de trucs dans le genre Vanessa-Mae. Je trouve néanmoins des symphonies de Haydn, ce qui me fait remarquer une ressemblance étonnante entre le premier mouvement de la symphonie nº88 et un des morceaux de Casse-Noisette.

Lundi soir, je me rends au R. K. Swamy Auditorium pour le festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Dans ce festival que j'ai déjà fréquenté l'année dernière, on ne sait jamais à l'avance de quel niveau sera le récital.

Le deuxième programme de ce jour commence par un morceau chanté, ce qui met aussitôt en valeur les grandes qualités de la chanteuse. Entre ensuite en scène la frêle et rose silhouette de Pallavi Vijay dont j'apprendrai plus tard qu'elle n'a que seize ans. Avec un faux air de nonchalance, elle exécute un Pushpanjali évoquant Natajara, le seigneur de la danse. Le varnam, la partie principale d'un récital de bharatanatyam est dédié à Vishnu aux multiples formes. Les différentes évocations dansées, accompagnées musicalement par une voix, un violon, un mridangam (un type de percussions) et des cymbales choquées par Guru Meenakshi Chittaranjan, qui fait aussi entendre sa voix dans les parties purement rythmiques insérées dans le varnam. L'hommage à Vishnu commence par une pose correspondant à Vishnu couché sur l'Océan cosmique, puis vient un épisode du Ramayana où Rama ranima Ahalya qui avait été changée en pierre. Un exemple des bienfaits de la dévotion est donné par une légende puranique que je ne connaissais pas : un éléphant est sauvé de l'attaque d'un crocodile parce qu'il est un dévôt de Vishnu. Cet épisode est très pittoresque. On a vraiment l'impression de voir l'éléphant et le crocodile que la chorégraphie suggère. La façon de représenter l'éléphant est différente de celles vues jusques à maintenant, cette chorégraphie insistant davantage sur les oreilles que sur la trompe. Un autre avatar, le nain Vamana, vient ensuite, de ses trois pas, mettre un terme à la domination du démon Mahabali. Enfin, c'est Venkateshwar, la forme de Vishnu résidant à Tirumala qui est évoquée.

Après cette partie, quelques minutes de violon tout en vibrato, aux improvisations cependant moins assurées que dans les autres parties.

Plus tard, la danseuse revient pour évoquer la plainte faite par une gopi à Yashoda à propos de son fils adoptif Krishna. Elle lui dit en substance : Votre fils est un vilain garçon. C'est la créature la plus dépravée de l'univers. En pleine nuit, il m'a séduite, je l'ai rejoint et il m'a embrassée, et sans que je m'en rendisse compte, il faisait la même chose à de nombreuses autres que moi en même temps..

Ce très beau récital s'est terminé par un Tillana, lui aussi dédié à Krishna.

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La Cenerentola au TCE

2010-02-01 15:09+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Opéra — Voyage en Inde VIII

Samedi soir, quelques heures avant de prendre un Noctambus^Wbus de nuit^W^W^WNoctilien pour l'aéroport CDG, je suis allé au Théâtre des Champs-Élysées pour assister à la première représentation de La Cenerentola dans la production mise en scène par Irina Brook (fille de Peter Brook) qui est reprise à nouveau.

Il s'agit indiscutablement du plus drôle spectacle d'opéra que j'aie vu. Bien sûr, cet opéra est un des opéras comiques de Rossini, mais le début de la représentation fait craindre d'assister à un opéra d'esthétique deschiesne, le décor figurant le Bar Magnifico où Angelina (Vivica Genaux) en miss Ugly fait tout le travail, méprisée qu'elle est par son (beau ?)-père et ses deux demi-sœurs Clorinda (Carla Di Censo) et Tisbe (Nidia Palacios). Don Magnifico (Pietro Spagnoli) porte un maillot de foot (de la Lazio), son jeu est très exagéré, on dirait un acteur de film muet... La beaufitude et le look Deschiens ne seront pas les seules cibles de la farce, on s'amusera aussi aux dépens des jet-setteurs, du cultureux branché, de l'art contemporain, de la presse people, etc. Le lieu est très flou lui aussi, on est à Rome (en tout cas en Italie), à Paris, à New-York.

Contrairement à certaines transpositions pas toujours très cohérentes, ici, tout colle très bien à l'histoire, à la lettre du livret, avec quelques gags supplémentaires, comme celui qui consiste à faire accroire qu'un personnage chanté par un chauve (Antonino Siragusa) se fait passer pour un autre d'apparence chevelue (Stéphane Degout). En effet, Don Ramiro veut épouser une femme qui ne se soucierait pas de son argent. C'est donc le valet Dandini qui vient sonder l'âme des filles de Magnifico. La seule scène qui m'ait paru étrange est celle où Dandini et Magnifico sont en chaise longue, une serviette blanche lacée à la ceinture. Sans doute un clin d'œil à la scène du Barbier de Séville où Figaro fait son office de barbier.

Du conte original de Cendrillon, il ne reste plus beaucoup de la partie magique. Cet élément est incarné par le curieux personnage d'Alidoro (Ildebrando D'Arcangelo). En remercîment de l'aumône accordée par Angelina, il œuvre pour que Don Ramiro la choisisse et punisse ses sœurs. Son intervention muette pendant le sextuor du deuxième acte est à hurler de rire. Les six autres personnages sont figés pendant le sextuor, comme des somnambules. Très espiègle, il leur fait faire des gestes ridicules avec leurs mains.

Pour ce qui est de la musique, le Concerto Köln est dirigé par le jeune chef Michael Güttler. À propos des voix, j'ai trouvé que Vivica Genaux manquait un peu de puissance pendant les premières scènes chez Magnifico quand l'orchestre jouait forte (sans que ce soit très gênant : dans la plupart des passages, l'orchestre n'est qu'un accompagnement du chant). Cependant, elle a été formidable dans sa longue séquence à la fin (qui ressemble beaucoup à son homologue du Barbier de Séville). Grand rossinien, Antonino Siragusa est un Don Ramiro enthousiasmant, tout particulièrement pendant ses airs du deuxième acte, très applaudis.

Voilà un très beau spectacle. Malgré une histoire mettant en scène sept personnages principaux (dont deux certes, ceux des sœurs d'Angelina, sont quasi-confondus), ce n'est pas cérébral comme un Wagner ou un Strauss et on aurait presque des scrupules à se laisser aller à une cette facilité (encore plus axée sur le chant que ne l'est Bellini), mais c'est cela aussi l'opéra. En sortant, j'entends dire Ç'aurait plu aux gosses..

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Exposition Les Ballets Russes à Garnier

2010-02-01 14:35+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Expositions — Voyage en Inde VIII

Samedi après-midi, je dépose mes affaires à un hôtel près de la Gare du Nord où j'ai prévu de prendre un bus très tôt le lendemain matin. Je me suis dirigé vers l'Opéra où se tient une exposition sur les Ballets russes. Contrairement à l'exposition du début de saison sur Gounod, elle n'est pas ouverte les soirs de spectacle, ce qui fait que je ne l'ai toujours pas vue malgré les cinq après-midi ou soirées que j'y ai passées depuis la mise en place de cette exposition.

Je rentre facilement grâce à ma carte de la BnF. On peut voir dans cette exposition des dessins préliminaires à la confection de costumes ou de décors, quelques costumes, des photographies, une partition autographe du Prélude à l'après-midi d'un faune, une notation chorégraphique de certains passages du Sacre du printemps, etc.

Je découvre dans cette exposition l'intérêt pour l'Asie du décorateur Léon Bakst. On verra ainsi un bronze de Garuda, la monture de Vishnu qui aurait inspiré L'oiseau de feu et surtout une photographie du superbe Nijinsky prenant la pose caractéristique de Krishna joueur de flûte dans Le Dieu bleu en regard d'un autre bronze issu des collections du musée Guimet. Une danseuse de bharatanatyam ne prendrait pas une pose différente.

Parmi les autres documents présentés, on pourra lire deux pages d'un rapport de Gabriel Astruc destiné aux autorités impériales russes à propos de la troupe de Diaghilev et de ses déboires financiers, dont voici des extraits :

Rapport confidentiel sur la saison russe 1909

M. Serge de Diaghilev a compromis en France le bon renom de l'administration des Théâtres Russes.

Mesures à prendre pour l'avenir

Peut-être y a-t-il lieu dans l'intérêt même de la bonne renommée des Artistes russes et de la dignité des Théâtres Impériaux de Russie, de ne pas sanctionner par des autorisations officielles les faits et gestes d'un impresario amateur dont le crédit est fortement entamé sur la place parisienne.

La sortie est toujours aussi mal indiquée. Je reste une bonne dizaine de minutes à la librairie pour écouter jusqu'au bout la version instrumentale de l'air Ah ! no credea mirarti de La Sonnambula qui s'y fait entendre.

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La Sonnambula à Bastille (deuxième)

2010-01-29 01:02+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Jeudi soir, deuxième de La Sonnambula. Place d'abonnement dans la catégorie juste au-dessus de celle de lundi. Bout de rang 8 du deuxième balcon de côté (jardin). Un angle de vue comparable à celui que j'avais lundi, sans balcon au-dessus et personne derrière (il y a une cloison).

L'annonce que Natalie Dessay est toujours souffrante n'engendre que des applaudissements, la phrase prononcée ayant commençé par une locution suggérant qu'elle se finirait bien. De l'art d'annoncer une mauvaise nouvelle à 2700 personnes. Contrairement à lundi où cette difficulté passait presqu'inaperçue, ce soir, elle était souffrante et cela s'entendait. Pas tant dans les parties les plus virtuoses de ses airs, que dans les récitatifs, chantés bien sûr, que comporte l'opéra.

Qu'il doit être difficile de choisir entre renoncer à chanter au risque de décevoir les nombreux spectateurs et chanter tout de même en désespérant de ne pas être au meilleur de soi.

Quoique les autres chanteurs fussent très bons, ces imperfections eussent fait que cette soirée n'eût été qu'en demi-teinte s'il ne se fît ouïr l'air final Ah ! non giunge uman pensiero, où après avoir rapidement passé une robe rouge en coulisses, la chanteuse se place seule en scène devant un rideau imitant celui de l'Opéra Garnier (où, parfois, comme ce soir, les étoiles sont applaudies à leur entrée en scène). Cela a été plus court, mais je me suis retrouvé à peu près dans le même état que lundi.

Je ne sais pas depuis combien de temps le réglage des oculaires correspondant aux deux yeux s'était défait, mais au début du deuxième acte, ce n'était plus tenable, j'ai identifié le problème et en prenant soin de faire le réglage œil après œil, j'ai retrouvé une image très nette, me permettant de voir vraiment très bien le visage des chanteurs. Ces jumelles, achetées environ 25€ il y a un an et demi, furent un très bon choix d'équipement.

Dans Le Monde, Renaud Machart moque gentîment la mise en scène :

Pour cette production louée à l'Opéra de Vienne, le metteur en scène Marco Arturo Marelli a transposé l'action, sise dans un village, dans un sanatorium de luxe en montagne. Ce qui est assez piquant quand le Comte Rodolfo, revenu au bercail après une longue absence, s'exclame, alors qu'il est devant un bar et des tabourets Art déco : Le moulin ! La fontaine ! Le bois ! (...) Je vous reconnais, lieux charmants.

Il oublie malicieusement de préciser qu'au moment où Rodolfo le dit, il ne regarde pas le bar, mais le tableau qui se trouve accroché au-dessus et représente un paysage villageois.

À propos de cette mise en scène, j'avais remarqué qu'un détail avait été changé par rapport au livret, à savoir que l'objet qui trahit Lisa et ses jeux folâtres avec le comte n'était pas un fichu mais un soulier (elle a aussi égaré un bas...). N'entendant pas l'italien, je ne sais pas si le mot vel a été changé. En tout cas, pour l'amateur français d'opéra italien qui se soucierait encore des paroles, on a pris garde à l'Opéra de Paris de faire paraître le mot soulier dans les sur-titres (c'est à peu près le seul moment de la soirée où j'ai formé le dessein de les lire).

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La Sonnambula à Bastille

2010-01-26 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Ce lundi, lors de la première de La Sonnambula à l'Opéra Bastille (véritable première : c'est l'entrée au répertoire de l'Opéra de cette œuvre de Bellini créée en 1831), on annonce que Natalie Dessay est souffrante depuis quelques jours, brouhaha dans la salle, mais qu'elle assurera son rôle. L'opinion générale est qu'elle a fait un peu mieux qu'assurer. C'est carrément l'extase !

C'était le moment de la saison opératique que j'attendais le plus avidement. Le moins que je puisse dire est que je n'ai pas été déçu par ce spectacle d'opéra, parmi les plus belles choses qui se puissent entendre. J'ai déjà eu l'occasion de discuter de l'intrigue et des œuvres qui par transpositions successives ont conduit à cet opéra 1. Je n'y reviens plus.

La mise en scène de Marco Arturo Marelli n'est pas désagréable à regarder. Le décor (unique) est une vaste salle d'un hôtel dans les Alpes suisses. C'est cohérent avec le livret qui fait de Lisa une aubergiste. Ce qui l'est moins, dans cette approche visuellement réaliste, c'est de n'avoir pas suggéré la chambre de Rodolfo où, après sa première crise de somnambulisme, Amina s'endort. On la voit ici s'allonger dans la salle de banquet. Lors des apparitions d'Amina, les témoins chantent parfois en regardant dans la direction opposée, ce qui produit un effet peu crédible. Comme il l'explique dans le programme, une des idées du metteur en scène est de rapprocher ce séjour suisse d'une retraite effectuée par le compositeur quelques mois avant de composer son ouvrage (il pensait alors écrire un (H)Ernani). Ce n'est que marginalement visible dans la mise en scène, mais il faudrait imaginer que Rodolfo est un compositeur. Bref, si elle n'est pas génialissime, cette mise en scène n'est en rien déplaisante (pas de quoi justifier les huées, quelqu'éparses qu'elle fussent, qui accompagnèrent l'arrivée de l'équipe de production lors des saluts).

Ce n'est je crois que la deuxième fois qu'un opéra me met dans des états pareils. La première fois, c'était lors de la première de Padmâvatî au Châtelet. La jouissance était alors davantage visuelle que musicale, même si l'impressionnisme de Roussel exacerbait mon sentiment général à propos de cet opéra-ballet. Ce soir, c'était avant tout la voix de Natalie Dessay qui détenait la faculté de déclencher des réactions jubilatoires. Lors de la retransmission du Met, cela ne m'avait tout à fait atteint que lors de l'avant-dernier air Ah ! no credea mirarti (j'avais même été plus impressionné par le rôle d'Elvino chanté par Juan Diego Flórez). Dans la salle de l'Opéra Bastille, l'effet de la voix de Natalie Dessay a été immédiat, dès les premiers airs du premier acte, dont je perçois enfin l'immense beauté. S'il n'est sans doute pas aussi enthousiasmant qu'un Flórez ou un Meli, Javier Camarena fait un bon Elvino. Les autres chanteurs, notamment Michele Pertusi (Rodolfo), assurent très-convenablement leur rôle aussi bien par leur chant que par leur jeu.

À voir, à revoir. (Cette production sera filmée. Une retransmission radiophonique est prévue le 27 février sur France Musique.)

[1] Un des textes du programme (tiré des mémoires de l'épouse du librettiste Felice Romani) confirme d'ailleurs que l'idée de faire de Rodolfo le père d'Amina était bien de lui, qu'il avait écrit une scène où Rodolfo révélait sa paternité à la présumée orpheline. Le seul vestige de cet ajout envisagé à l'intrigue se trouve allusivement dans les paroles de Rodolfo :

Elle est fort gentille et gracieuse
Laisse-moi te regarder. Oh, quel joli minois !
Tu ne sais pas combien ces beaux yeux
Font doucement battre mon cœur,
Comme tu rappelles à mes pensées
Une adorable beauté.
Elle était, ah ! telle que tu es,
Au matin de sa vie.

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Une Norma colorisée au Châtelet

2010-01-23 01:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je n'étais pas retourné au théâtre du Châtelet depuis un an et demi. La dernière fois, c'était pour un concert du dimanche matin avec Le Concert français dirigé par Pierre Hantaï et la fois précédente, c'était pour Padmâvatî de Roussel.

Cette fois-ci, c'est pour Norma de Bellini, qui, hasard du calendrier intervient presqu'en même temps que la production de La Sonnambula du même compositeur à l'Opéra Bastille.

Les décors du metteur en scène Peter Mussbach et de Daniela Juckel sont conceptuels. Un grand vide bordé de trois murs. Une grande boule, représentation d'une divinité lunaire, est un totem que déplacent les Gaulois. Les membres du chœur, des comédiens et une acrobate restent sur scène en permanence. Ils portent des costumes ternes. Les couleurs changeantes des murs, des éléments de décor, des costumes, sont presqu'entièrement le fruit des lumières. La scène sera ainsi toute verte, toute rouge, bleue, etc, suivant la situation. Ce procédé est d'autant plus éclatant quand une tâche de lumière colorée suit un personnage, en l'occurrence Oroveso (Nicolas Testé), le chef des druides. C'est le père de Norma (Lina Tetriani), sorcière-prêtresse censée annoncer l'oracle aux Gaulois. Elle a eu deux enfants (interprétés par des sortes de poupées !) du proconsul romain Pollione (Nikolai Schukoff) dont la moitié haute du corps est dorée par le maquillage. Celui-ci doit rentrer à Rome, et plutôt que Norma, c'est la jeune Adalgisa (Paulina Pfeiffer) qu'il aimerait emmener. Norma est jalouse, elle veut mener sa vengeance à son terme en se servant du pouvoir que sa religion lui donne sur les Gaulois. Norma envisagera de sacrifier ses enfants (comme Médée...), puis annoncera à son peuple qu'il faut non seulement sacrifier à leur divinité le profanateur Pollione, mais aussi une jeune fille qui s'est compromise avec lui. Jusqu'au dernier moment, elle hésitera. Finalement, elle se dénoncera elle-même pour rejoindre Pollione dans la mort. Ce dernier loue une femme qu'il perd. Je me demande un moment s'il pense à Adalgisa ou à Norma, mais il semble bien qu'il s'agisse de Norma, bien plus forte qu'il l'avait pensée.

Musicalement, c'est très beau. Autant je n'avais pas du tout été convaincu par l'Ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi dans L'Oratorio de Noël, autant dans Bellini, cela rend bien. Les chanteurs des trois ou quatre rôles principaux sont bons. Bien sûr, quand le public a entendu des centaines de fois l'air Casta Diva chanté par Maria Callas (le nombre de films qui l'utilisent dans leur bande son est assez invraisemblable), il est difficile que la comparaison ne paraisse pas défavorable (simplement parce que les détails d'interprétation sont différents, et qu'on pourrait attribuer à une faute ou une faiblesse ce qui n'est qu'un choix, pas forcément moins pertinent). Lina Tetriani, qui a été annoncée souffrante à l'entr'acte, s'en est très bien sortie. Dans ses airs, Nikolai Schukoff montre ses talents de bel cantiste. La première scène du deuxième acte met en scène un superbe duo entre Norma et Adalgisa, cette dernière étant prête à sacrifier son amour de Pollione pour son aînée.

Une partie du public a lancé des huées à la fin du premier acte et lors des saluts. Je ne sais pas si cela visait Spinosi ou bien le metteur en scène qui n'était pas là pour saluer. Pour ma part, j'ai trouvé que cette production était réussie.

PS: L'utilisation de toute la profondeur du plateau fait qu'il vaut mieux être au centre pour bien profiter de cette mise en scène, ce qui était mon cas vu que j'étais au premier balcon, plein centre, avec néanmoins devant moi un pilier, qui n'est pas très gênant : à un moment, Norma et Adalgisa étaient toutes les deux côté cour dans l'axe du pilier, mais par vision stéréoscopique, Adalgisa de l'œil gauche, Norma de l'œil droit (à moins que ce ne soit le contraire), je les voyais toutes les deux simultanément (cela marche bien sûr aussi derrière des jumelles).

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The Fairy Queen à l'Opéra Comique

2010-01-22 02:05+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures

Les spectacles à l'Opéra Comique qu'il m'a été donné de voir rivalisent d'adresse à m'enthousiasmer. Le dernier en date est The Fairy Queen, semi-opéra de Purcell, dont la partition a été perdue pendant deux siècles ! Je ne m'étais pas renseigné sur cette œuvre. Je découvre ainsi qu'un semi-opéra est un spectacle intermédiaire entre le théâtre et l'opéra. À vrai dire, les musiciens, les comédiens et les chanteurs ne sont pas les seuls à rassasier les sens du spectateur puisqu'on verra aussi évoluer des danseurs !

Le livret est inspiré (vaguement nous dit le metteur en scène Jonathan Kent) de la pièce de Shakespeare Le songe d'une nuit d'été. Tout se passe dans un décor unique mais multiforme. Il commence par figurer l'intérieur du duc Theseus, puis il se déstructure pour représenter la forêt où les amoureux Lysander et Hermia ont promis de se rejoindre, suivis de près par Helena qui n'est point aimée de Demetrius en retour. La reine des fées et Oberon se disputent. Puck, le serviteur d'Oberon, se trompe de destinataire pour les charmes que lui suggère son maître, ce qui fait que la reine des fées se trouvera en amour avec le tisserand Bottom transformé en âne et que Lysander et Demetrius vont fuir Hermia pour se disputer Helena. Quand le jour paraîtra, tout sera rentré dans l'ordre et les personnages auront eu l'impression de faire un songe.

Tout ce spectacle est so British. Par exemple, les artisans jouent une pièce de théâtre inspirée de la légende de Pyrame et Thisbé racontée par Ovide. Les artisans jouent tellement mal leur pièce à l'intérieur de la pièce que c'en est à hurler de rire. Le comédien qui interprète Bottom (Desmond Barrit) est très impressionnant.

Le décor est unique, mais cela bouge beaucoup. Une trappe permet de rapides et multiples apparitions-disparitions de personnages. On a presque peur pour les danseurs qui arrivent à ne pas tomber dans le trou. Certains, comme Phoebus et Juno sont suspendus dans les cieux.

Le spectacle est très long : cela commence à 20h et finit peu avant minuit, avec un seul entr'acte d'une demi-heure. Bref, il ne s'en ai pas fallu de beaucoup pour que j'arrive à prendre le dernier RER B (qui, n'étant omnibus qu'à partir de Massy-Palaiseau, est plus rapide que ceux qui précèdent). Long, mais en rien ennuyeux.

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Werther sans Kaufmann

2010-01-21 01:46+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures

L'opéra Bastille voit se succéder les Werther maudits. L'an dernier, Villazón avait annulé la première. Cette année, pour la représentation de ce soir, Jonas Kaufmann a été remplacé par Andrew Richards qui a interprété fort honorablement le rôle de Werther dans l'opéra éponyme de Massenet.

J'avais plutôt apprécié la production de Jürgen Rose. Celle dont l'Opéra a fait l'acquisition, mise en scène par Benoît Jacquot au Royal Opera House (2004), m'a enthousiasmé bien au-delà. Le seul faux pas me semble résider dans le port de lunettes teintées par Werther lors de son entrée en scène. Bagatelle.

Les quatre décors (un par acte) sont en pente. Le mur d'enceinte et la porte d'entrée sur le domaine du bailli, les abords du temple (que l'on ne voit pas), le salon de Charlotte, la chambre de Werther. Les costumes sont classiques. Albert est en rouge, Werther en bleu, Charlotte en blanc, Sophie en violet. Si on excepte le début du troisième acte, trop sombre, j'ai trouvé que l'utilisation des lumières était extrêmement pertinente.

Depuis la dernière fois, j'ai pris le temps de lire le roman épistolaire de Goethe, Les souffrances du jeune Werther, que j'ai lu dans la sublime version française que constitue la traduction de Charles-Louis de Sévelinges, rendue plus élégante par Pierre Leroux qui n'entendait pas l'allemand et revue récemment par Christian Helmreich, Le Livre de Poche, collection Les Classiques de Poche. À ma surprise, Sophie, la sœur cadette de Charlotte, est un personnage qui n'apparaît que dans l'opéra. Elle est interprétée par Anne-Catherine Gillet, qui m'avait impressionné dans l'air de Micaëla de Carmen. C'est d'ailleurs dans cette Carmen que j'avais entr'aperçu Andrew Richards. Il n'avait pu assurer son rôle de Don José que pendant les deux premiers actes et avait été remplacé par un ténor brésilien anonyme.

Son interprétation du rôle de Werther est tout à fait convaincante. Toutefois, la prononciation de certaines voyelles lui pose occasionnellement quelques problèmes. Charlotte est interprétée par Sophie Koch que je n'avais entendue qu'une seule fois, dans le final de la neuvième symphonie de Beethoven en 2005 au TCE avec l'Orchestre Lamoureux. La tension dramatique et l'importance de ce rôle augmentent à chaque acte jusqu'à la scène finale, très lyrique.

Dans le rôle d'Albert, on trouvera cette année aussi Ludovic Tézier. Par rapport au roman, Albert est plus en retrait. On ne saura pas grand'chose de lui si ce n'est qu'il est l'homme que Charlotte avait promis d'épouser à sa mère sur son lit de morte. Dans le roman, on le voit volontiers philosopher avec Werther, qui est fasciné par le suicide... Dans cette version toutefois, un détail dans l'attitude d'Albert laisse à penser qu'il est parfaitement conscient de l'usage que Werther entend faire des pistolets qu'il lui prête pour un prétendu voyage. Dans le roman, seule Charlotte semblait envisager la fatale issue.

Les amateurs du son de la harpe seront comblés dans les derniers actes. Le directeur musical Michel Plasson (76 ans !) a manifestement plus de mal à marcher qu'à diriger l'orchestre de l'Opéra. En tout cas, il fait de la musique de Massenet un délice de musique continue, seulement interrompu par les deux entr'actes.

La représentation du 26 janvier sera retransmise en direct sur Arte et sur Internet (ArteLiveWeb).

PS: Il m'a semblé que le surtitrage a été remonté, le rendant seulement à moitié visible depuis le rang 7 du premier balcon de côté. Cela paraît curieux par rapport à l'utilisation de l'espace scénique : seule la moitié de la hauteur disponible était utilisée, de sorte qu'il n'eût résulté aucune gêne de ce qu'on descendît légèrement l'appareil.

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Biennale de quatuors à cordes à la CdM

2010-01-16 23:10+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Jusques à il y a deux ans, je vivais dans l'idée fausse que la Cité de la Musique n'était que le Temple de la Musique Nouvelle 1. À vrai dire, tous les styles de musique y sont représentés, ce qui la distingue des autres lieux culturels parisiens. Je n'y avais pour le moment entendu que des Râgas et de la musique baroque.

Il n'y avait pas de raison que je n'essayasses point d'entendre aussi de cette musique du vingt-et-unième siècle quand l'occasion se présenta de coupler l'écoute de cette musique avec une partie de programme de l'intégrale Schubert prévue lors de la biennale de quatuors à cordes.

Mercredi dernier, j'ai assisté au programme de 20h30. Je m'installe sur mon siège dans la salle que je trouve dans une configuration géométrique inhabituelle. Les deux fois précédentes, les sièges étaient dirigés vers le centre du côté le moins long du rectangle, alors que ce soir, ils étaient tournés de 90°.

Les placeurs de la CdM sont certainement les plus décontractés qu'il se puisse voir. Entre deux spectateurs, combien de ragots sont échangés !

La première partie aurait dû voir la création d'un quatuor de Philippe Manoury. Elle n'aura pas lieu. À la place, le quatuor Diotima joue le quatuor à cordes nº4 (2003) de Jonathan Harvey. Après que le quatuor s'est installé et qu'une annonce bienveillante à destination d'un pays récemment frappé par les destructrices forces sous-terraines, des sons se font entrendre de toutes les directions. Le concert est en effet sonorisé par un dispositif électronique en temps réel opéré par Gilbert Nouno. Parfois, on ne sait plus très bien si ce qu'on entend est du direct, l'écho de ce qui a déjà été entendu ou un tout autre son. En tout cas, le son provient de partout et la localisation change tout le temps. C'est rigolo, mais j'ai du mal à considérer qu'il s'agisse de musique. En effet, le premier son qui se fait entendre est celui d'un archet frottant non pas les cordes mais le bois du violon. Un peu plus loin, l'archet du violoncelle essuie les cordes longitudinalement. Je me demande bien comment ces techniques sont notées sur la partition 2. Plein d'autres techniques zarbi. C'est amusant, c'est indiscutablement original, mais ce n'est pas franchement ce que j'aime entendre.

La deuxième partie laisse la place au quatuor Pražák pour le septième quatuor de Schubert et son quintette La Truite (pendant lequel un violon s'effacera et le trio restant sera rejoint par le contrabassiste Jiří Hudec et le pianiste François-Frédéric Guy). Je n'ai pour le moment que très peu eu l'occasion d'entendre de la musique de chambre. En particulier, c'est la première fois que j'entends ces œuvres en concert. Mon impression est assez mitigée. J'ai en effet souvent eu l'impression que le premier violon couinait. Pendant le quintette, peut-être est-ce de la faute à mon placement près d'un des murs et d'une entrée, mais de ma place, le son du piano me semblait dégradé comme dans un mauvais enregistrement datant d'un demi-siècle. Cela dit, je suis plutôt content d'avoir entendu ces œuvres en concert, tout particulièrement La Truite dont je n'avais entendu que la version Lied chantée par Waltraud Meier.

Samedi, 17h, je suis de nouveau à la Cité de la Musique pour un autre programme de quatuors. En première partie, le Quatuor Arditti crée le Quatuor VII OpenTime de Pascal Dusapin. Contrairement au truc de Jonathan Harvey évoqué ci-dessus, là, il s'agit indiscutablement de musique. Cela dure une quarantaine de minutes. L'œuvre est dédiée à Anton, né le 29 juin 2009 à 0h31. Cela commence par un coup d'archet de l'alto sur deux notes. À vrai dire, le début est presque un solo pour alto, l'accompagnement du violoncelle étant assez discret. Lors des 21 variations, le quatuor montre un large éventail d'ambiances, de sonorités, de rythmes et de techniques, qui restent néanmoins dans le cadre d'une utilisation standard des instruments à cordes. Le public apprécie. Comme de coutume lors d'une création (si je compte bien, cela doit être la quatrième à laquelle j'assiste), le compositeur vient saluer le public avec le quatuor. Cette création, ainsi que d'autres concerts de la biennale sont disponibles sur Arte Live Web et devraient bientôt l'être sur le site de la CdM.

Pour la deuxième partie, Dusapin regagne sa place et le quatuor Hagen entre en scène. La première œuvre, très courte, est Douze Microludes György Kurtág. Si elle n'était pas désagréable à écouter, elle a déjà fui ma mémoire. Quelques mignons effets de glissando du violon. Pour finir, un charmant quatuor nº16 de Beethoven qui vaut une ovation méritée au quatuor.

C'est probablement l'effectif musical restreint qui accentue cela, mais j'ai trouvé que pendant ces concerts, les nuisances habituelles du public étaient décuplées. Certes, nous sommes en janvier, mais il est invraisemblable qu'autant de gens se mettent à tousser tout au long du concert.

Cette expérience m'incite à augmenter la proportion de musique de chambre dans les concerts auxquels j'assisterai à l'avenir (j'en entends déjà occasionnellement dans des lieux comme l'église des Billettes, mais cela se limite au répertoire baroque). Voir d'aussi petites formations rend aussi l'expérience de la musique moins impersonnelle qu'elle ne peut paraître quand on écoute un orchestre. On peut en effet plus facilement imaginer le type de liens et les vies qui se cachent derrière la musique que l'on entend. À cet égard, le roman Quatuor de Vikram Seth est remarquable.

[1] Veuillez pardonner à cette pulsion terminologique : je viens de lire un roman de Shan Sa (pas très bon d'ailleurs : Les Conspirateurs).

[2] À propos de notations, je me suis toujours demandé comment la chorégraphie d'un ballet ou la mise en scène d'une pièce de théâtre ou d'un opéra était notée, si elle l'est effectivement. Si on peut comprendre qu'il est possible de la communiquer à un interprète simplement en lui montrant comment faire (j'ai même cru comprendre que dans certaines chorales, les choristes non solfégistes apprenaient par cœur la musique en écoutant des enregistrements), cette transmission se heurte aux limites de la mémoire et de la vie. Ce n'est pas tout à fait anodin puisque des ballets du répertoire français du XIXe comme Giselle (1841) ont été oubliés en France à partir de 1868, mais ont continué à être joués en Russie grâce à Marius Petipa, rendant possible des reprises ultérieures à l'Opéra (1910). Certains de ces ballets ont été notés en utilisant des symboles musicaux comme l'avait imaginé Vladimir Stepanov. Le seul document de ce type que j'ai vu est une notation utilisant cette méthode pour La Bayadère. Je me demande quels sont les usages modernes en la matière.

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Béjart Ballet Lausanne à Garnier

2010-01-08 02:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Je suis allé ce soir à l'Opéra pour voir non pas le Ballet de l'Opéra, mais la compagnie qui y est invitée, le Béjart Ballet Lausanne. De Béjart, je ne connaissais que la mort. Je savais bien sûr qu'il était chorégraphe et qu'il avait tout particulièrement changé la danse masculine, mais je n'avais jamais vu ses spectacles.

Quatre œuvres sont au programme, créées depuis 1957 jusques à 1998. Dans toutes ces pièces, la musique est du vingtième siècle et parmi les plus bizarres que j'aie entendues (c'est d'ailleurs la première fois que j'entends l'Ensemble Intercontemporain). En tout cas, c'est très dissonnant. Dans la première pièce Sonate à trois, c'est du Bartòk. Il paraît pour la deuxième fois à mes oreilles et cette deuxième occasion ne me donne pas envie de favoriser de nouvelles rencontres. La musique de Webern dans Webern Opus V, cinq mouvements de quatuors à cordes, me déplaît moins, mais les sons produits par le violon sont parfois vraiment curieux. Les deux dernières pièces Dialogue de l'ombre double et Le Marteau sans maître tirent leur musique d'œuvres de Pierre Boulez des mêmes noms. Première fois aussi que j'entends du Boulez. Dans Dialogue de l'ombre double, on entend deux clarinettes, une enregistrée (et à la mouvante spatialisation) et une physique, dont Alain Damiens joue sur scène. Cela paraît quelque peu aléatoire, mais ce n'est pas du tout désagréable à entendre.

Dans les quatre ballets, la chorégraphie est bien sûr contemporaine, pourtant cela ne ressemble aucunement aux spectacles de danse contemporaine que j'avais vu avant. Certes, comme souvent dans ces styles, les décors sont assez abstraits. On trouve par exemple trois chaises dans Sonate à trois. De nombreux mouvements sont saccadés, chose que l'on voit rarement dans le ballet classique. Ce qui est véritablement étonnant, c'est la façon dont ces éléments sont incorporés à des mouvements que manifestement, seuls des danseurs ayant une solide formation classique puissent exécuter. Les danseuses sont d'authentiques ballerines, réalisant des pointes. Les costumes près du corps des messieurs (et aussi des dames) font penser à la tenue des danseurs de ballet. Bref, vus jusques à cinquante ans après la création par quelqu'un qui n'a vu ces différents genres qu'en des lieux différents, jamais en même temps, cela fait drôle de voir réunis ces styles jusques alors opposés. Bref, même si je ne suis pas forcément ému par la musique (et la musique de ballet n'est pas toujours non plus la plus intéressante qui soit), je ne peux qu'admirer les prouesses techniques.

Le choc esthétique et visuel a donc été total pendant la première pièce Sonate à trois. Lors de la deuxième Webern Opus V, j'ai souffert de mon placement qui ne m'a pas autant fait apprécier ce pas de deux en blanc qu'une meilleure place l'eût permis. J'étais en effet au deuxième rang de la baignoire 8, à la place symétrique de celle que j'avais eue et appréciée pour Onéguine. Quand la chorégraphie utilise tout l'espace, bien qu'un peu excentrées, ces places permettent de voir très bien les danseurs sans avoir à utiliser de jumelles ! Le souci, dans cette pièce, est que le quatuor à cordes n'était pas dans la fosse, mais sur scène, côté jardin. La chorégraphie s'était donc réfugiée côté cour, en partie invisible de moi, donc.

La pièce que j'ai inconditionnellement appréciée le mieux est Dialogue de l'ombre double. Deux clarinettes. Un couple de danseurs, un lion (dont je me disais qu'il serait amusant qu'il bouge...). Un passage presque comique montre la duplicité du style, presque jusqu'à l'écartèlement de la ballerine. Au milieu de la pièce, celle-ci déchausse un de ses pieds. Elle exécute ensuite des mouvements indépendants sur chaque jambe. Une sage pointe encore possible avec le chausson qui lui reste tandis que libérée, l'autre jambe se met à faire un peu n'importe quoi.

La dernière œuvre Le Marteau sans maître, la plus longue, a la musique la plus bizarre des quatre. C'est aussi la plus longue : 38 minutes. Pendant les dix premières minutes, je me suis vraiment demandé ce que je faisais là. La chorégraphie m'indifférait, la musique aussi, d'autant plus qu'il y avait des passages chantés, qui choquent en ce qu'ils n'ont pas grand'chose à voir avec ce qu'on entend habituellement quand on parle de chant. Les paroles, en français apparemment (des extraits des poèmes de René Char du même nom ?), ont été rendues tout à fait inintelligibles par la musique. Progressivement, sans que je comprenne pourquoi, la danse me plaît de plus en plus à mesure que l'on avance. Il s'agit d'une danse de groupe. Six danseurs. De temps en temps, à peu près aux moments où chante la contralto Hilary Summers, la ballerine Daria Ivanova entre sur scène, portée par un des personnages en noir, à vrai dire, un homme recouvert d'un costume ressemblant à une burqa. Dans cette pièce comme dans les autres, la technique est éblouissante. Des portés absolument invraisemblables. À la fin, je suis presque enthousiasmé parce que je viens de voir.

Les entrées des baignoires étant au même étage que les fauteuils d'orchestre, forcément, on ne croise pas les mêmes gens que dans les étages supérieurs et je ne suis même pas surpris de me retrouver à la sortie à côté d'une actrice oscarisée...

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Ballets Russes à Garnier

2009-12-24 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Le ballet de l'Opéra de Paris joue ces jours-ci non seulement Casse-Noisette, mais aussi Ballets Russes, un ensemble de quatre ballets qui furent montés par la compagnie russe de Diaghilev (qui a une place à son nom du côté Nord de l'Opéra Garnier) dans les années 1910.

J'étais déjà venu samedi soir dernier, profitant d'une place à 6€ que Palpatine n'avait plus l'intention d'utiliser. Sur le ticket était inscrit Scène non visible, ce qui était assez largement exact. Néanmoins, c'était en premières loges nº6, une des plus proches de la scène, avec donc une superbe vue sur l'orchestre. Pour le reste, un pilier ne me laissait à voir qu'un tout petit quart de la scène, et encore seulement les parties les plus proches de la fosse. J'aurais au moins vu ce soir-là danser José Martinez, grâce aux talents de chorégraphe duquel je suis devenu un spectateur régulier du ballet de l'Opéra (c'était pour Les enfants du paradis).

J'y suis retourné ce soir avec une place à 10€ (achetée au guichet), malheureusement un deuxième rang de quatrièmes loges, mais cependant pas trop excentré. Le placement n'est pas extraordinaire, mais au moins je verrai l'essentiel des mouvements de danse.

La première pièce est Le spectre de la rose, de Fokine. Cela dure dix minutes. Deux interprètes. Une jeune fille (Delphine Moussin) est assoupie chez elle. Le parfum d'une rose l'envahit et son spectre (Josua Hoffalt) entre dans la pièce. Le costume tout rose ne serait pas parfait si le danseur n'avait pas la tête elle aussi couverte de rose. La jeune fille se lève, et sa danse ainsi que celle du spectre devient de plus en plus enflammée. Enfin, elle se rendort, le spectre sort par la fenêtre (superbe saut). La jeune fille se réveille en se demandant bien ce qui a pu lui arriver.

Vient ensuite L'après-midi d'un faune, adaptation du poème de Mallarmé, sur la musique de Debussy. La chorégraphie de Nijinski avait fait scandale. Esthétiquement et techniquement, c'est très différent de tout ce que j'avais déjà vu. Bien sûr, pas de pointes, vu que les suivantes de la nymphe étaient pieds nus. La nymphe était dansée par Émilie Cozette, le faune par Yann Bridard. Je ne suis pas très convaincu par ce dernier (pas d'opinion sur l'autre), l'expression de son visage m'a semblé grossièrement lubrique, à un point presque clownesque. Même si je ne l'avais qu'entr'aperçu samedi dernier, Jérémie Bélingard m'avait semblé plus subtil.

La troisième pièce avant l'entr'acte est Le Tricorne (Massine). L'action se passe en Espagne. Chose curieuse pour un ballet, la mezzo-soprano Andrea Hill chante parfois sur la musique de Manuel de Falla. Les décors et costumes furent dessinés par Pablo Picasso. L'histoire ne tient pas vraiment la route. Un homme portant le tricorne s'intéresse de près à une meunière, qui le repousse. Il fait enfermer le meunier. À la fin, tout s'arrange, mais ce qui est invraisemblable, c'est le quiproquo qui fait que les soldats prennent plus tard le tricorne pour le meunier. Contrairement à samedi, aucune villageoise n'a chu. Je suis enchanté d'avoir vu danser Alice Renavand, la première fois que je la voyais dans un premier rôle.

La dernière pièce a la même durée que la précédente, trente-sept minutes, nous dit le programme. Il s'agit de Pétrouchka (Fokine) que je revois dans la même distribution que la première fois. Pétrouchka (Nicolas Le Riche), la ballerine (Eve Grinsztajn) et le maure (Stéphane Bullion) sont les trois poupées que présente le charlatan (Michaël Denard, vénérable danseur étoile) lors d'une grande fête populaire pétersbourgeoise. Les poupées s'animent. On découvre leur intérieur lors des deuxièmes et troisièmes tableaux. Pétrouchka et le maure sont tous les deux amoureux de la ballerine. L'un est triste, l'autre exubérant. La musique de Stravinski évolue entre des styles très divers. Pour l'avoir déjà apprécié samedi, j'attendais avec impatience le début du quatrième tableau, dont le son n'est pas sans rappeler celui de Wagner. La fête reprend, danses traditionnelles, ours et autres animaux... et enfin, nos poupées font une entrée fracassante : le maure zigouille Pétrouchka. Il ne s'agit heureusement que d'une poupée. Quoique, alors que le charlatan repart avec un Pétrouchka sans vie, un double fantomatique reparaît au-dessus du théâtre des poupées.

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Andrea Chénier à Bastille

2009-12-19 02:35+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

C'est un très beau spectacle d'opéra que la production d'Andrea Chénier d'Umberto Giordano qui passe actuellement à l'Opéra Bastille. Le style de la musique de Giordano fait parfois penser à celle de Puccini. Ceux qui aiment le son de la harpe seront servis.

Les décors sont superbes. Le premier tableau représente une fête chez la comtesse de Coigny en 1789. Un sofa est déplacé par des serviteurs (au passage, dans la traduction du livret que j'ai lue, ce mot était orthographié sopha). Les lumières du lustre sont allumées. La fille de la comtesse, Maddalena, entre avec sa servante, la mulâtre Bersi. Elle doit s'habiller avant que les invités arrivent. Ceux-ci ont des costumes d'époque et des coiffures extravagantes. Un mini-spectacle de ballet et de musique se déroule sur une petite scène au fond de la scène. Considérant son sort et celui de son père, le serviteur Gérard se désole du caractère héréditaire de sa condition. Des pauvres viennent manifester leur faim et le décor commence à se disloquer. Entretemps, le poète André de Chénier aura séduit Maddalena par ses vers, qui outre son inclination pour elle décèlent des critiques de la noblesse et du clergé. L'atmosphère révolutionnaire se met en place.

Au cours du deuxième tableau, autant Maddalena que Chénier sont menacés. Nous sommes en 1794, c'est la Terreur. De grands mouvements de foule, des têtes défilent sur des piques, des drapeaux tricolores flottent, plus tard on entendra la Carmagnole et la Marseillaise. Gérard est devenu un leader révolutionnaire. Chénier est trop modéré. Maddalena tente d'entrer en contact avec lui, alors que celui-ci envisage de quitter le pays. Ils sont surpris par un espion. Dans le feu de l'action, Chénier blesse Gérard, qui ne le dénonce pas.

Au troisième tableau, Gérard change d'attitude. Il est lui aussi épris de Maddalena. Il pense à se débarasser de Chénier. Il écrit des accusations pour le tribunal révolutionnaire. Au cours de ce tableau, le bel air de Madelon qui fait enrôler son petit-fils contre les contre-révolutionnaires et les autres ennemis de la Révolution. Marie-Aude Roux, dans Le Monde, semble déplorer que cet air soit statique. Pourtant, Madelon étant censée vivre ses derniers jours, il n'est pas aberrant qu'on la fasse asseoir. Cela dit, que Gérard soit assis pendant son grand air dans ce tableau est plus gênant (certes, il est blessé, mais il tient sur ses jambes). Vient ensuite les procès. Les juges ont les spectateurs dans le dos. Ils font face au chœur qui s'est installé dans une sorte de théâtre à l'italienne (j'aimerais bien savoir quel est le modèle de ce décor ; à moins que les tribunaux révolutionnaires eussent réquisitionnés des lieux insolites, cela paraît curieux). Gérard a été rejoint par Maddalena. Il a encore changé d'avis. Il va prendre la défense de Chénier qui a pour sa part réussi, contrairement à la tradition de 1794, à prendre la parole lors de son propre procès. Le grand'inquisiteur^Waccusateur public Fouquier-Tinville reprend les accusations qu'avaient faites Gérard à son compte. Chénier est condamné à mort malgré les protestations du public.

La fin est un sommet de lyrisme. Maddalena décide de rejoindre Chénier dans la mort. En corrompant son gardien, elle se substitue à une femme condamnée à mort en même temps que Chénier. Après un superbe duo d'amour, il courent littéralement à la mort ensemble.

Cela doit être unde des premières fois que je vois une production d'opéra qui propose des images conforment au cadre historique de l'intrigue (l'autre exception serait Don Carlo). Si cela serait ridicule pour une opéra-comique comme Le Roi malgré lui, pour un sujet aussi unique que celui de la Révolution française, même si ce n'est sans doute pas la seule option (j'ai cru comprendre que ce n'est pas ce qui avait été fait pour la dernière production de Fidelio à l'Opéra de Paris), cela semble un choix tout à fait défendable. Bref, je suis très content du travail de mise en scène de Giancarlo Del Monaco et des décors de Carlo Centolavigna.

Du côté des voix, on est bien servi avec les trois rôles principaux : Andrea Chénier (Marcelo Alvarez), Maddalena di Coigny (Micaela Carosi) et Carlo Gérard (Sergei Murzaev). Je n'ai pas d'éléments de comparaison vu que j'entendais cet opéra pour la première fois. Pour une raison qui m'échappe, le chef d'orchestre Daniel Oren a été la cible de quelques huées, heureusement couvertes par les applaudissements.

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Casse-Noisette à Bastille

2009-12-16 23:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Ce soir était la première occasion pour moi d'aller à l'Opéra Bastille pour voir un ballet. Depuis l'avant-dernier rang du deuxième balcon, mais plein centre, il vaut mieux avoir des jumelles pour voir les détails des mouvements de danse. Il vaut mieux aussi faire abstraction du bruit des scolaires qui ennuie tout le monde ; une spectatrice située quelques rangs plus bas utilisera même un blanc dans la musique pour exprimer son exaspération en criant Est-ce que vous pouvez vous taire dans le fond ?.

Je ne dirais pas que ce ballet de Noureev d'après Petipa contienne de grands moments magiques de danse ; on y trouve plutôt une succession de beaux tableaux, notamment pour le corps de ballet comme la danse des flocons au premier acte et la valse des fleurs. Les deux personnages principaux, Clara (Mélanie Hurel) et le Prince (Christophe Duquenne) ont un grand pas de deux au deuxième acte. Christophe Duquenne m'a fait une très bonne impression, qu'eût également fait Mélanie Hurel, que je voyais danser pour la première fois, s'il n'y avait pas eu quelques malheureux petits déséquilibres.

Ce ballet utilise un nombre invraisemblable de danseurs. Les élèves de l'école de danse ont été mobilisés pour jouer les enfants des invités de la soirée de Noël, les rats et les soldats au premier acte. Des costumes très divers aussi, avec la fantaisie que constituent les danses espagnole, arabe, russe, chinoise et française au deuxième acte. Il s'agit d'évocations de rêves de Clara au cours desquels elle verra des personnages de sa famille dans des lieux insolites. La danse qui aura le plus de succès est la danse arabe, le couple qui s'y distingue ayant des costumes et parures qui concurrencent en sonorités l'orchestre Colonne (du coup, cela avait presqu'un côté danse indienne).

Dans cette version, à la fin, Clara se réveille au milieu des invités de la soirée de Noël pendant laquelle le casse-noisette que son parrain Drosselmeyer lui a offert se sera transformé en beau prince et aura combattu le roi des rats. J'ai lu quelques contes d'Hoffmann, mais apparemment pas celui qui a inspiré ce ballet. Il semble que le conte à l'intérieur du conte qui aurait fourni l'explication du nom de Casse-Noisette soit passé à la trappe dans l'adaptation de Petipa. Dans celle de Noureev, la Fée Dragée et Confiturembourg ont aussi disparu.

Je savais Jean Glavany balletomane (il me semble qu'il y avait eu un article à ce propos dans Le Monde il y a quelque temps) ; je viens de découvrir qu'il avait un blog.

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Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra

2009-12-13 23:15+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

D'après mes archives, j'aurai assisté cet après-midi à mon deux-centième spectacle. Une consommation régulière depuis 2002, avec une fréquence qui tend à augmenter vu que le centième était une représentation du Barbier de Séville en avril 2008.

Il ne s'agissait pas du Spectacle de l'École de danse, mais des Démonstrations. Elles ont lieu pendant plusieurs journées en décembre. Aujourd'hui, il y avait un premier programme à partir de 10h et un second, celui auquel j'ai assisté, à partir de 14h30.

Tous les élèves de l'École de danse de l'Opéra y participent. J'ai vu les troisièmes, deuxièmes et premières divisions filles et garçons, c'est-à-dire les élèves les plus âgés (respectivement moins de 16, 17, 18 ans). Accompagnés par des pianistes, ils passent classe par classe faire des exercices avec leur professeur, qui fait des commentaires à destination du public, donne des indications pour corriger les imperfections et les félicite, parce qu'ils le valent bien.

La plupart des exercices présentent des mouvements réalisés simultanément par les élèves, ou successivement par plus petits groupes. Cela paraît logique de travailler et de montrer de la danse de groupe vu qu'a priori seule une élite de ces élèves deviendront solistes. La synchronisation, très importante, n'est pas toujours au rendez-vous. Les professeurs insistent sur ce point comme sur la nécessité de se mettre en accord avec la musique.

Les figures qui sont montrées vont par difficulté croissante, jusqu'à des pas, sauts, pirouettes auxquelles ils viennent seulement de s'attaquer (j'ai bien aimé le tour sur soi avec réception en arabesque). On est bien sûr loin de la quasi-perfection dont font preuve certains danseurs du ballet de l'Opéra. Ces défauts d'exécution, les réceptions ratées, le manque de synchronisation, etc, ne font que mettre en valeur la difficulté extrême de cet art et le mérite de ceux qui sortiront de cette école en maîtrisant les techniques de la danse, malgré les contorsions qu'elle impose aux corps — on serait d'ailleurs un peu plus rassuré si certaines danseuses prenaient quelques kilogrammes. Les professeures expliqueront plusieurs fois qu'il n'y a pas que les garçons qui sautent. Les techniques de pointes sont déjà impressionnantes. Je suis assez mystifié par la figure qui consiste à faire une pirouette sur les deux pieds en pointe. Je ne saisis vraiment pas la géométrie de la chose. On verra aussi des danseuses tourner de façon prolongée sur un seul pied (figure qui m'avait sidéré quand j'avais vu Dorothée Gilbert la faire dans La fille mal gardée). Les garçons ne sont pas en reste. Ils tournent sur eux-mêmes à grande vitesse avec un pied au sol et un pied en l'air.

Après le passage de ces six classes non-mixtes, les troisièmes divisions filles et garçons viendront pour la danse de caractère et les premières divisions filles et garçons pour l'adage. Là, il ne s'agit plus tellement d'exercices, mais de chorégraphies de groupe à part entière, rapides (et ukrainiennes ou russes) pour les troisièmes divisions, lentes pour les premières divisions. Lors de cette dernière partie, on verra aussi de périlleux exercices de portés réalisés sans musique.

L'ambiance est assez différente de celle des ballets de l'Opéra. Le nombre de très jeunes filles fait que la moyenne d'âge du public est beaucoup plus basse que d'habitude. L'assistance applaudit plusieurs fois à la minute, saluant chaque exercice, voire chaque prestation individuelle. Si ce type d'événements n'est sans doute pas ce qu'il faudrait voir en premier pour prendre goût aux ballets, c'est néanmoins très intéressant.

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L'Oratorio de Noël au TCE

2009-12-13 01:35+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Mon septième Oratorio de Noël au Théâtre des Champs-Élysées depuis 2002. Pas programmé en 2008, il est revenu en 2009. Ce n'est pas la version la plus inoubliable que j'aie entendue.

La salle est bien pleine. Le directeur est à sa place habituelle. Depuis ma place, en levant la tête, je remarque pour la première fois le caractère parfaitement circulaire de la salle.

Alors qu'habituellement quatre des six cantates du Weihnachtsoratorium de Bach (BWV 248) étaient jouées, les trois premières, et la quatr- ou sixième — je n'ai toujours pas entendu la cinquième en concert — ce soir, seules les cantates 1, 3 et 6 seront interprétées par le brestois ensemble Matheus (Jean-Christophe Spinosi), le chœur Mélisme(s) (Gildas Pungier) et les quatre solistes.

Le ténor Tilman Lichdi fait un très bon évangéliste. Il n'a pratiquement que des récitatifs, mais dans son air Nun mögt ihr stolzen Feinde schrecken (cantate nº6), il révèle un style d'interprétation qui me plait. Le baryton-basse Robert Gleadow impressionne par sa voix ténébreuse et puissante, notamment pendant son air de bravoure Großer Herr, o starker König (cantate nº1). La mezzo-soprano Renata Pokupic semble terrorisée. Elle s'en sort convenablement, mais ce n'est guère enthousiasmant. Malgré les grands gestes du chef d'orchestre, l'Oratorio passerait presque pour une œuvre triste.

Bien sûr, on est aussi un peu venu pour entendre Natalie Dessay. Je dois bien dire que je préfère nettement l'entendre dans le répertoire romantique que dans le baroque auquel elle a commencé à s'attaquer il y a quelques années (en témoignent de beaux enregistrements avec le Concert d'Astrée de cantates pour soprano, du Magnificat de Bach, d'Il trionfo del Tempo e del Disinganno de Händel, etc.). Ce soir, elle a semblé ailleurs. Son attitude était en tout cas très différente de celle des autres solistes. Elle donnait l'impression d'intérioriser la musique, faisant mouvements de tête et autres mimiques en phase avec celle-ci, comme oubliant qu'une foule était rassemblée pour l'entendre. Ses membres antérieurs étaient aussi mobilisés dans cette gestuelle. Les mouvements de ceux-ci avaient en effet été libérés par la présence d'un pupitre où poser sa partition. Pendant la dernière cantate, le pupitre avait curieusement disparu. Le bras gauche pouvant néanmoins supporter le poids de la partition, le droit conserva sa liberté de mouvement. Bref, autant dans son interprétation que son attitude, tout était différent de mes références.

L'Oratorio de Noël est une des œuvres que mes goûts placent au plus haut et que j'aime aller écouter alors que l'Avenue Montaigne et les Champs-Élysées ont revêtu leurs décorations de Noël. Sans engendrer de franc déplaisir, cette soirée manqua pourtant de magie. Heureusement que les passages choraux m'ont charmé. Le chœur Mélisme(s), breton aussi, m'a semblé excellent.

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Platée à Garnier

2009-12-09 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Je reviens de l'Opéra Garnier où avait lieu ce soir la troisième représentation de la reprise de la production de la comédie lyrique Platée de Rameau mise en scène par Laurent Pelly.

Pour la première fois, je me retrouve à l'amphithéâtre. Si on fait plus d'un mètre soixante, on n'a pas de place pour les genoux. Si on en fait moins, les pieds ne touchent pas le sol. On en ressort tout cabossé. Bref, à éviter. Le seul avantage est que l'on a un des meilleurs rapport visibilité/prix. Depuis le centre de l'avant-dernier rang, j'avais vue sur toute la scène. Ce qui était ennuyeux, c'est que l'écran des surtitres était situé juste derrière le grand panneau supérieur de la scène (où est écrit la date de la fondation de l'Académie Royale de Musique). De là, on ne pouvait lire que la ligne du bas. Seul un effet de parallaxe permettait peut-être aux spectateurs des étages inférieurs de lire les surtitres. Je trouve ce genre de bugs d'organisation tout à fait ahurissants.

Heureusement, je connaissais déjà l'histoire (ayant reçu il y a quelque temps un DVD de cette production en prêt) et les chanteurs arrivaient vraiment à se bien faire entendre. Les décors de Chantal Thomas (à ne pas confondre avec ses quasi-homonymes) sont faits de rangées de sièges de théâtre (peut-être est-ce en relation avec Thespis, un précurseur du théâtre, qui intervient dans le prologue). Platée, interprétée par Paul Agnew, est une grenouille à qui on fait accroire que Jupiter s'est épris d'elle. Celui-ci voit là un moyen de s'amuser de la jalousie excessive de Junon. À la fin, tout le monde aura ri au détriment de la grenouille.

Les costumes de Laurent Pelly sont charmants. Le plus étonnant est celui du personnage de la Folie (Mireille Delunsch) : une robe couverte de partitions plus ou moins flottantes. En pleine folie créatrice, elle en déchirera même quelques unes. Les costumes de la grenouille sont intéressants aussi ; le visage de Paul Agnew est complètement fardé. Jupiter (François Lis) et Junon (Doris Lamprecht) brillent en mauve.

L'ouvrage comporte de nombreuses et variées parties dansées (chorégraphie de Laura Scozzi). Le vent est ainsi figuré par une scène de danse où des danseuses ont les cheveux qui tombent à l'horizontale. On verra aussi des couples faire de la danse assez acrobatique. Les nombreuses suivantes de la Folie ont aussi plusieurs scènes de danse amusantes.

Tout est motif à l'amusement. La musique, le texte et tout le reste. Ainsi, entre le deuxième et le troisième acte, une grenouille descendra d'une baignoire pour rejoindre l'orchestre, embêter les musiciens et même diriger l'orchestre du Louvre-Grenoble ordinairement dirigé par Marc Minkowski.

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Rameau aux Billettes

2009-12-05 00:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Ce fut sans doute le meilleur concert de clavecin que j'aie entendu jusques à présent. Au programme, les cinq concerts de Rameau (Pièces de clavecin en concert de 1741) joués par la claveciniste Noëlle Spieth, seule. Cela peut paraître curieux puisque la partition prévoit des parties de violon, flûte ou viole. Mais, comme nous l'apprend le programme, Rameau était tellement génial qu'il avait fait en sorte que ce soit aussi bien joué sur le seul clavecin.

En dehors du deuxième concert pendant lequel je me suis un peu ennuyé, je suis assez d'accord avec le programme. Peut-être faut-il ne pas trop connaître ces pièces pour ne pas ressentir l'absence des voix correspondant aux instruments fantômes quand ceux-ci ne font pas qu'accompagner le clavecin. En effet, des cinq concerts, celui que j'écoute le plus souvent est le troisième (son dernier mouvement Les Tambourins est très connu ; Rameau l'a réutilisé plusieurs fois dans sa musique de scène) ; quand on s'est habitué à l'accompagnement du violon et de la flûte, cela fait un peu bizarre de ne plus les entendre.

J'ai tout particulièrement été impressionné par la virtuosité de la claveciniste pendant le premier concert. J'étais bien placé pour observer les chevauchements invraisemblables qu'il comporte vu que j'étais arrivé parmi les premiers pour pouvoir choisir ma place : au premier étage avec vue sur les claviers, dont Noëlle Spieth actionnait les touches soit de l'un soit de l'autre soit des deux en même temps grâce à un mécanisme de couplage.

Un incident qui n'a heureusement été que comique s'est produit pendant La Pantomime du quatrième concert. Une chaise située aux premiers rangs s'est effondrée avec fracas sous un spectateur. Il a bien fallu interrompre le concert. À peu près tout le monde, y compris la claveciniste, avait bien du mal à garder son sérieux.

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Le Stabat mater à l'Oratoire du Louvre

2009-11-27 01:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique

J'étais déjà passé devant l'Oratoire du Louvre, mais je n'y étais jamais entré. Depuis un ou deux ans, les concerts Philippe Maillard (pas de lien vers leur site pas à jour) y organisent des concerts. La salle est plus petite que l'Église Saint-Roch, mais plus grande que l'Église des Billettes où des concerts se tiennent aussi régulièrement.

Les musiciens de ce soir (Le Banque céleste) sont en effectif très réduit : deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, un hautbois, un orgue. Deux voix : une soprano, Céline Scheen, un alto, Damien Guillon (qui dirige aussi l'ensemble). La première partie du programme comporte deux cantates qui permettent à chacun des deux solistes de chanter seul et au hautboïste Patrick Beaugiraud de se faire entendre.

La première cantate me déçoit. Malgré la taille modeste de la salle et l'effectif restreint de musiciens, la voix de la chanteuse ne passe pas les tout premiers rangs pendant la cantate Ich bin vergnügt mit meinem Glücke (BWV 84) qui entre dans ma collection de cantates de Bach entendues en concert. C'est dommage parce que le timbre de sa voix était agréable. On sent aussi qu'elle est à la limite de manquer de souffle à la fin de certaines phrases musicales.

La deuxième cantate Ich habe genug (BWV 82) est une version pour alto d'une cantate que j'ai déjà entendu chanter par un baryton-basse. Pas de problème de volume. La voix haut perchée de Damien Guillon passe bien. Le troisième mouvement Schlummert ein, ihr matten Augen est amusant en ce que Bach semble s'être amusé à créer un effet soporifique en multipliant les reprises (cela fait penser au Schlafe, mein Liebster de la cantate profane BWV 213, et à sa réutilisation dans la deuxième cantate de l'Oratorio de Noël BWV 248).

Entr'acte. La pièce principale du programme est le Stabat mater de Pergolesi. J'apprécie cette interprétation. Le son de cet ensemble est intéressant par rapport à ceux d'ensembles plus nombreux. Les morceaux que je préfère continuent à me plaire, comme le duo Inflammatus et accensus (le seul dont je connaisse le texte par cœur). Le duo Fac ut ardeat cor meum est rejoué en bis.

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Waltraud Meier Salle Pleyel

2009-11-24 01:54+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Ce soir, c'était la première fois que j'assistais à un récital de Lieder. Comme l'occasion se faisait d'entendre les Vier letzte Lieder chantés par Waltraud Meier, je l'avais saisie.

Le programme a été changé récemment. Je ne m'en plaindrai pas, vu qu'en lieu et place du mauvais Schu- et de Pfitzner, un compositeur inconnu de moi, on aura des Lieder de Schubert, de Wagner, avant ceux attendus de Strauss.

La dernière fois que j'avais entendu la grande Waltraud Meier, j'avais réussi à me replacer au tout premier rang, ce que je ne fais jamais, mais les places vides visibles du deuxième balcon avant l'entr'acte avaient été très tentantes. Cette fois-ci, j'étais dans les premiers rangs de l'orchestre, au centre ; j'avais opté pour une place de première catégorie, ce que je ne ferais pas pour tous les chanteurs, surtout ceux qui font monter les prix sans modération...

Les conditions étaient donc réunies pour que j'apprécie au mieux ce concert. À chaque groupe de Lieder son atmosphère. Une joyeuse Die Forelle (La Truite). D'émouvants Lieder de Wagner. Entr'acte. Waltraud Meier revient, accompagnée du pianiste Joseph Breinl et de la discrète tourneuse de pages. Avec Strauss, les couleurs de la musique changent aussitôt, devenant plus sombres. Je me demandais ce que donneraient les Vier letzte Lieder en formation réduite soprano-piano plutôt qu'avec un orchestre (comme c'est le cas de l'enregistrement que j'ai ainsi que de tous ceux que j'ai pu trouver sur Deezer). C'est différent, mais le pianiste et la soprano nous font rapidement oublier qu'ils ne sont que deux.

Le public enthousiaste parvient à les faire revenir trois fois interpréter un Lied de plus. Le dernier de ces trois Lieder est un charmant Abschied (Adieu, de Hugo Wolf apparemment), pendant lequel Waltraud Meier s'amuse ; si je comprenais mieux l'allemand (qui chanté correctement est plus facile à parser que bien d'autres langues), j'eusse probablement mieux saisi le comique de la situation et des mimiques de la cantatrice.

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Γ

2009-11-20 20:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne

Attention. Ce site peut contenir des photographies de dispositions de lettres Γ semblables à celles sur lesquelles on peut marcher à l'Opéra-Comique, observer dans la grande salle du Palais Garnier ou encore dénicher dans des affiches pour le marché de Noël à Orange. Ces dernières sont une honte selon SOS racisme, qui devra probablement retirer ce symbole de son site, quand cette association se sera avisée de porter plainte contre elle-même pour incitation à la haine raciale.

Néanmoins, on serait plus à l'aise si la cible de ce foudre médiatique n'était pas un ancien du Front national.

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Joyaux à Garnier

2009-11-19 22:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Je suis allé hier à la dernière représentations de Joyaux, un ballet de Balanchine en trois parties Émeraudes, Rubis et Diamants. Le programme nous apprend qu'il voulait évoquer respectivement la France, les États-Unis d'Amérique et la Russie en utilisant la musique de Fauré, Stravinski et Tchaikovski. Autant Fauré est évidemment associé à la France, Tchaikovski à la Russie, pour Stravinski, cela peut paraître quelque peu bizarre, le compositeur ayant vécu successivement en Russie, en Suisse, en France et aux États-Unis d'Amérique.

Les costumes de Christian Lacroix sont superbes. Respectivement vert émeraude, rouge rubis et blanc diamant, cela brille, cela étincelle.

Dans Émeraudes, les danseuses du corps du ballet réalisent en se tenant les mains de furtives figures géométriques qui font penser à des pierres précieuses autant qu'à des molécules. Un pas de trois (dans une distribution différente que celle annoncée sur le site de l'Opéra), deux pas de deux : Isabelle Ciaravola, Christophe Duquenne, puis Eve Grinsztajn et Stéphane Phavorin.

Des trois, ma pièce préférée est Rubis. La musique de Stravinski Capriccio pour piano et orchestre est amusante, très rythmée, un peu folle. Comme d'habitude, Dorothée Gilbert, qui danse seule ou avec Emmanuel Thibault, est superbe. Sa danse est espiègle, aguichante, comique, rafraîchissante.

La dernière pièce est Diamants. J'ai moins aimé que les autres. Peut-être est-ce la faute à la couleur des costumes. Le décor, très applaudi, est spectaculaire : des diamants est suspension dans l'air. C'est la première fois que je vois danser Delphine Moussin et Mathieu Ganio. La fin est un peu interminable, ce n'est pas que la danse ne soit pas belle, loin de là, c'est magnifique, mais c'est cette musique de Tchaikovski dans le dernier mouvement de sa symphonie nº3 et son hydr'avion qui met un temps invraisemblable à amerrir.

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Concert Philippe Jordan à Bastille

2009-11-15 01:08+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Le chef suisse a été nommé directeur musical de l'Opéra de Paris. Il dirigera cette année la première moitié de la tétralogie de Wagner. Ce soir, il dirigeait l'orchestre de l'Opéra de Paris pour un concert symphonique. Les prix de ces spectacles étant modérés par rapport à ceux des opéras, je me suis retrouvé en premier rang de deuxième balcon.

L'œuvre jouée pendant la première partie est sans doute la chose la plus bizarre que j'aie entendue en concert. Il s'agissait du concerto pour violon de Ligeti. Une trentaine de musiciens. Quatre xylophones. La soliste est Isabelle Faust ; elle joue sur un Stradivarius. Le concerto est composé de cinq mouvements. Pendant le premier, la sonorité est tellement bizarre qu'il y a de quoi se demander si les musiciens ne seraient pas encore en train de s'accorder, d'autant plus qu'ils jouent piano. Au bout d'un moment, il n'y a plus de doute, c'est bien le concerto pour piano de Ligeti que l'on entend. À partir du troisième mouvement, cela devient presqu'écoutable. Une partie du public, peut-être trop pressée d'en finir ou pas au courant que le concerto est en cinq mouvements, applaudit à la fin du quatrième. Le violon de la soliste est soumis à des techniques assez inhabituelles. Je n'imaginais pas qu'on pouvait produire de tels sons avec un violon.

Entr'acte. Les musiciens sont maintenant plus d'une centaine. Forcément, c'est du Richard Strauss : Eine Alpensinfonie. Un peu plus de trois quarts d'heure de musique continue, structurée en vingt-deux parties. Une journée complète passée dans les Alpes. Bien sûr, ce sera un jour de tempête. Ébouriffant.

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Salomé à Bastille

2009-11-14 17:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Je viens de relire le texte de la pièce d'Oscar Wilde, Salomé, écrite directement en français. On le trouve sur Gallica et dans le programme de la production présentée à l'Opéra Bastille, en face de la traduction de Hedwig Lachmann. En effet, à quelques modifications et coupes près, c'était essentiellement le texte de l'opéra de Strauss qui j'ai lu en surtitres pendant de la représentation d'hier.

L'opéra raconte l'amour de Salomé pour Jochanaan (Jean le Baptiste), qui la repousse, lui qui est obnubilé par l'arrivée du Messie. Hérode, son beau-père doublement incestueux la fait danser après avoir juré lui donner ce qu'elle voudrait après. Salomé insiste pour obtenir la tête de Jochanaan dans un bassin d'argent. Avant cela, il faut la lui couper, ce que Hérode n'est pas près à faire, craignant le saint homme qu'il a enfermé afin de le protéger des Juifs (qui n'ont l'air d'accord sur rien si ce n'est qu'il faut le leur remettre). Une fois qu'elle a récupéré la tête, Salomé délire et peut faire ce que Jochanaan vivant lui refusait, à savoir l'embrasser. Finalement, Hérode ordonne que l'on tue aussi Salomé.

La musique de cet opéra, avec ses motifs à la Wagner, est envoûtante. Si je ne connais pas suffisamment la langue allemande pour vraiment suivre ce qui se dit, je me suis surpris à en comprendre parfois quelques expressions.

Avant de voir l'opéra, sachant que la voix du jeune syrien (Narraboth) intervient seulement quelques secondes après que la musique a retenti pour dire Wie schön ist die Prinzessin, je me demandais comment l'entrée en scène aurait lieu. En effet, dans beaucoup de productions d'opéra en général, on entend une ouverture, rideau baissé, et quand celle-ci se termine, le rideau est levé, le décor et les personnages apparaissent en pleine lumière. Ce n'était évidemment pas possible ici. Dans cette production, on a coupé toutes les lumières du théâtre pour permettre aux chanteurs de se positionner dans le décor qui sinon était visible. Ainsi, la musique, les lumières et le chant se sont mis en route en même temps. En ce qui concerne les lumières, davantage de luminosité n'aurait pas été un mal : pendant la première demi-heure, entre les personnages secondaires que sont Narraboth, le page de Hérodias (qui comme tous les pages est chanté par une femme) et les soldats, il n'était pas évident de voir qui chantait, même avec les jumelles...

Alors que la Lune auquel le texte fait référence se meut au fond du décor (qui comporte côté jardin un escalier et la cellule métallique escamotable où Jochanaan est enfermé), la situation dramatique se clarifie quand elle se recentre sur Jochanaan et Salomé, puis les mêmes, Hérode et Hérodias. La danse des sept voiles tombe à plat (au passage, la mention des sept voiles apparaît dans le texte de Wilde, mais pas dans le livret de l'opéra). Si un effet comique est créé par le côté lubrique de Hérode et Hérodias qui tente de masquer sa fille à sa vue, la danse de Camilla Nylund n'est guère convaincante.

Les tergiversations qui conduisent à la décapitation de Jochanaan sont peut être un peu longues, Hérodias qualifie même Hérode de ridicule avec les paons qu'il se propose d'offrir à Salomé en remplacement de la tête qu'elle demande qu'on coupe. Cela ne crée qu'une encore plus grande attente pour l'impressionnante scène finale où Salomé soliloque face à la tête inerte.

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Une Bohème pas grisette du tout

2009-11-13 01:15+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je suis retourné ce soir voir La Bohème, ce qui m'a aussi donné l'occasion de finir de lire le programme. Cette fois-ci, je suis au deuxième balcon, dernier rang légèrement de côté.

C'est loin, il faut les jumelles pour distinguer quelqu'expression sur le visage des chanteurs. Malgré cela, c'est un vrai plaisir d'être là. Les conditions d'écoute sont merveilleuses. La musique paraît beaucoup plus claire. Je n'ai vraiment pas entendu la même chose que la semaine dernière où j'étais au premier balcon. Bravo à l'orchestre de l'Opéra et à Daniel Oren.

Si j'y suis allé deux fois, c'est qu'il y avait essentiellement deux distributions différentes dans les deux premiers rôles. Si j'avais apprécié Stefano Secco et été un peu déçu par Tamar Iveri, les solistes de ce soir ont fait une très forte impression. A priori, je pouvais craindre de n'entendre pas un volume sonore suffisant depuis les places les plus éloignées du théâtre. Quand Massimo Giordano (Rodolfo) a commencé à chanter, cette crainte s'est évanouie. Il faisait ses débuts à l'Opéra de Paris avec cette production. Quels débuts ! Dans le rôle de Mimi, Inva Mula que j'avais déjà entendue dans Mireille était magnifique. C'était la dernière de Ludovic Tézier dans le rôle de Marcello pour ce passage ; les prochaines représentations seront assurées par Dalibor Jenis. Natalie Dessay a été une bonne actrice qui chante :

Musette : (Maintenant il s'agit de me débarasser du vieux)
(feignant d'éprouver une vive douleur)
Aïe !

Alcindoro : Qu'est-ce ?

Musette : Une douleur ! Une brûlure !

Alcindoro : Où cela ?

Musette : Au pied !

S'il y a un seul détail que je n'aime pas dans les prestations de Natalie Dessay, c'est que, parfois, quand le rôle fait qu'elle doit crier, un affreux bruit strident sort de sa bouche (le cas a dû se présenter au moins dans Lucia di Lammermoor et dans La fille du régiment). Le Aïe d'il y a une semaine rentrait dans cette catégorie. Celui de ce soir était nettement moins déplaisant. L'effet comique de la situation était peut-être mieux rendu aussi.

C'était une des plus belles soirées d'opéra que j'ai eues. Il est rare d'entendre quatre chanteurs aussi irréprochables dans les quatre rôles principaux d'un opéra, évoluer dans d'aussi beaux décors et une aussi belle musique.

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La Bohème à Bastille

2009-11-04 17:20+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

J'étais hier soir à l'Opéra Bastille pour voir La Bohème de Puccini. C'était la troisième représentation de cette saison, et au total la quatre-vingt-troisième dans cette mise en scène de Jonathan Miller à l'Opéra de Paris. J'ai été rejoint quelques minutes avant le début par Akynou. Depuis le milieu du rang 7 du premier balcon de côté, nous voyons les surtitres sans avoir à nous affaler sur nos sièges : l'information qu'un vendeur m'avait donnée selon laquelle le surtitrage avait été baissé un petit peu s'avère exacte.

Les chanteurs des quatre rôles principaux étaient Stefano Secco (Rodolfo), Tamar Iveri (Mimi), Ludovic Tézier (Marcello) et Natalie Dessay (Musetta). C'était la quatrième fois que j'entendais le ténor Stefano Secco. Comme toujours, il a été excellent. De même pour Ludovic Tézier à ceci près que je le voyais pour la septième fois. Lors du premier acte, la soprano Tamar Iveri n'était pas très enthousiasmante ; elle le fut davantage par la suite. Le deuxième acte est superbe. C'est aussi celui où le rôle de Musetta dans lequel Natalie Dessay faisait ses débuts était le plus consistant. Sans compter les CD, DVD et retransmission sur écrans de cinéma, c'est seulement le deuxième rôle d'opéra dans lequel je l'entends. Même si le rôle de Musetta est bien plus petit que celui de Lucia di Lammermoor qu'elle incarnait sur la même scène il y a trois ans, c'est toujours un plaisir de l'entendre.

Grâce à la musique de Puccini, aux chanteurs, aux superbes décors de Dante Ferretti, voilà une très belle production d'opéra.

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La Fnac Bastille fermera

2009-11-02 20:29+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je viens d'apprendre que la Fnac Bastille fermera fin décembre. Qu'après ce genre d'opérations on ne s'étonne pas que les gens n'achètent plus de disques.

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Lady & Bird à Pleyel

2009-10-28 08:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique

L'autre fois, c'était à L'Olympia en 2005. Cette fois-ci, c'était Salle Pleyel. J'ai découvert seulement dimanche en feuilletant les notices de programmes sur le site (où elles apparaissent quelques jours avant les concerts) que Keren Ann Zeidel et Bardi Johannsson chanteraient avec l'orchestre Lamoureux et un chœur islandais leurs chansons dans des réarrangements de Thorvaldur Bjarni Thorvaldsson.

Cela fait drôle d'entendre ainsi réarrangées des chansons que pour la plupart je connaissais. Cela fait drôle aussi d'entendre le son naturel d'un orchestre en partie occulté par la sonorisation. Ce qu'on entend ne correspond pas à ce qu'on voit (ou pas, vu que l'éclairage est minimal, un film est projeté sur un écran au fond de la scène) : au début, je me suis demandé dans quelles nuées se trouvait le piano. Bien sûr, il était évident que les deux chanteurs seraient sonorisés. Keren Ann étant de ces chanteuses qui chuchotent dans le micro, cela allait de soi, et sa voix était amplifiée juste comme il fallait de façon à ce qu'on eût parfois l'impression qu'elle chuchotât à son oreille. Mais que le chœur le fût, pour moi, c'était inouï, et au milieu d'une des premières chansons, je fus choqué d'entendre le volume sonore du chœur augmenter brutalement par le truquement de la table de mixage.

Cela dit, c'était un concert fort agréable.

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Die tote Stadt à Bastille

2009-10-25 02:03+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens de l'Opéra Bastille, où je n'avais mis les pieds pour assister à une représentation depuis cinq mois.

J'ai donc vu Die tote Stadt, opéra d'Erich Korngold. Le nom du compositeur ne dit peut-être pas grand'chose à grand'monde. Pourtant, on lui doit la musique de quelques films classiques comme Les aventures de Robin des bois (avec Errol Flynn).

L'histoire est un peu compliquée. À vrai dire, il ne se passe pas grand'chose de réel. On est en plein onirisme. Presque tout se passe dans un rêve (plutôt un cauchemar) de Paul. Il habite Bruges et a consacré une pièce de sa maison à la mémoire de sa défunte épouse. En apercevant une femme qui lui ressemble beaucoup, il croit avoir l'impression qu'elle revit. Cette femme, une danseuse, envahit son rêve. Ils se désirent, mais il n'est attirée par elle que parce qu'elle ressemble à sa femme, ce qu'elle ne peut accepter : elle se moque de lui. À la fin, il l'étrangle... Finalement, tout se termine bien : il se réveille, la danseuse revient le voir, comme si de rien n'était. Il finit par abandonner sa maison (il y a d'ailleurs un vrai suspense à la toute fin de l'opéra : de quel côté de la porte finira-t-il ?).

La mise en scène du premier acte est très statique. Aux deuxième et troisième, elle devient beaucoup plus intéressante. Le décor principal représente une pièce dans la maison de Paul. Un portrait de sa femme est visible. Quand il se met à rêver, une reproduction de cette pièce apparaît au fond de la scène. Malheureusement pour les spectateurs du deuxième balcon dont je faisais partie, on ne voyait de là que la moitié basse de cet élément du décor où évoluaient des personnages, puisqu'un rideau opaque situé en haut de la scène réduisait l'angle solide de visibilité. Pour souligner le flou onirique, le plafond et les murs étaient quelque peu déstructurés, en particulier, le plafond blanc de la pièce bougeait dans tous les sens, cachant aussi un peu ce qu'il y avait derrière. Je ne comprends pas comment on peut faire aussi peu de cas des spectateurs, comment est-il possible que personne n'ait dit : Stop ! Si on persiste à faire ça, on gâche le spectacle pour 20-25% des spectateurs. Remontons ces machins dans les cintres..

Ce point noir est compensé par la qualité des autres aspects de la mise en scène, et bien sûr par la musique. La musique est agréable à écouter. Elle fait souvent penser à Strauss et à Wagner, c'est dire si cela peut être exigeant pour les chanteurs. Les deux interprètes principaux (Robert Dean Smith, Ricarda Merbeth) faisaient leurs débuts à l'Opéra avec cette production et ils ont été formidables.

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Je n'achèterai pas le prochain CD de Natalie Dessay

2009-10-15 06:47+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Qu'il est décevant de recevoir une annonce Natalie Dessay : J-6 avant le nouvel album pour découvrir, à la lecture de la liste des titres, qu'il n'y a rien de nouveau dans ce disque, toutes ces scènes de la folie figurant dans des disques que les dessayöphiles ont déjà dans leur discothèque. La scène de la folie de Lucia di Lammermoor et d'I puritani (Elvira) sont dans Airs d'opéras italiens. La version française extraite de Lucie de Lammermoor est dans Le miracle d'une voix (et dans l'enregistrement intégral de cet opéra), tout comme Glitter and be gay (Cunégonde) et Ombre légère (Dinorah). La scène de la folie d'Ophélie est dans Airs d'opéras français.

Vu les noms des chefs d'orchestre, il semble qu'il s'agisse bien des mêmes enregistrements que ceux déjà publiés. Comment recycler du (pas si) vieux pour faire du soi-disant neuf.

Bien sûr, ce n'est pas ça qui me fera commencer à détester Natalie Dessay. Je me réjouis de l'entendre bientôt dans La Bohème, Das Weihnachts-Oratorium et La Sonnambula (œuvres que j'apprécie, pas comme Ein deutsches Requiem). Que ceux qui ne connaissent pas Natalie Dessay la découvrent avec ce disque, c'est tant mieux, mais il eût été plus élégant de ne pas prendre les autres pour des c....

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Surbooking Salle Pleyel

2009-10-13 01:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Après 7h équivalent TD dans la journée, je suis arrivé lundi soir Salle Pleyel avec un billet pour Les Saisons de Haydn, un compositeur que je découvris il y a un an seulement. Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais persuadé que le chef d'orchestre serait William Christie (il s'écoule de longs mois entre le moment où je réserve mes places et les concerts). Quand j'ai vu la boutique Harmonia mundi du hall présenter des dizaines de disques de cantates par Gardiner, je me suis demandé ce qu'ils fichaient là. Quelle fut ma surprise quand Gardiner est entré par la porte latérale pour diriger le concert !

Ma place était censée être au premier rang de l'arrière-scène (ce qui n'est pas idéal pour un oratorio, mais le concert étant au tarif A, je n'allais pas prendre un place de première catégorie). Arrivé en haut de l'escalier en suivant les indications de l'ouvreuse, j'ai vu que l'accès à l'arrière-scène était bloqué, soi-disant parce que le concert était surtitré ! (Je m'étais jusques à présent toujours demandé comment les salles s'organisaient pour tenir compte suffisamment à l'avance des contraintes scéniques pour ne pas vendre des sièges qui se retrouveraient occupés par des caméramen, des truqueurs, le chœur, etc. Apparemment, des craquages se produisent.) Bref, il y a plus de replacement à gérer que d'ordinaire, je me retrouve à une place de première catégorie au parterre.

Rarement un concert ne m'aura autant ravi. J'ai passé la première saison Le printemps dans un état de totale félicité. Je me suis même rendu compte en plein concert d'un emprunt à sa symphonie nº94 Surprise dans l'air de la basse Schon eilet froh der Ackersmann. Je n'y avais pas pris garde en écoutant cet oratorio au disque ; il faut convenir que l'enregistrement est de piètre qualité en comparaison de ce qu'on aura entendu lundi soir. J'ai particulièrement apprécié le Monteverdi Choir, et parmi les solistes, davantage James Gilchrist et Lucy Crowe que Matthew Rose.

À propos de Lucy Crowe, en l'entendant ce soir, je me suis dit qu'elle serait magnifique dans l'Ode à Sainte Cécile de Händel. Après consultation de mes archives, je me suis rendu compte que non seulement je l'avais déjà entendue dans cette œuvre, mais aussi que je l'avais effectivement trouvée magnifique dedans.

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Giselle

2009-10-10 19:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Je suis retourné voir Giselle cet après-midi à l'Opéra de Paris. Cette fois-ci, j'expérimente une place à 7€, quatrième étage, dans les stalles derrière les quatrièmes loges de trois-quarts. La visibilité est meilleure que ce que j'avais imaginé : il n'y a que le tiers de droite qui n'est pas visible. Étant au premier rang, je ne suis pas gêné par les têtes mouvantes des gens de devant. Malheureusement, il y a derrière moi un groupe de touristes chinois bruissant.

Comme cela m'avait étonné lorsque j'étais revenu voir La fille mal gardée, je remarque des détails que je n'avais pas observés lors de l'autre représentation que j'ai vue. Lors du premier acte, j'apprécie beaucoup Dorothée Gilbert et Mathias Heymann dans les rôles de Giselle et d'Albrecht. En Hilarion, Yann Bridard est moins convaincant. On n'a pas l'impression de le voir réagir le moins du monde quand il compare l'épée d'Albrecht qu'il a découverte avec un signe marqué sur une corne laissée par une famille prestigieuse en visite au village, ce qui trahit la haute naissance du rival d'Hilarion. Les solos et pas de deux des paysans sont formidables (en regardant avec mes jumelles, j'ai eu un peu peur pour le paysan sur une réception, mais c'est comme si on n'avait rien vu).

Au deuxième acte, l'entrée en scène de Myrtha (Stéphanie Romberg) sur pointes n'est vue par moi que par intermittences ; ayant une moins bonne vue d'ensemble sur la scène, il est difficile de comparer avec Marie-Agnès Gillot. Une des raisons qui m'ont fait revenir voir ce ballet, outre que j'oubliasse mes jumelles la dernière fois, est que j'avais eu l'impression de manquer la scène de la mise à mort d'Hilarion par les wilis. La chorégraphie met bien en évidence qu'Hilarion est pris au piège par les wilis. Elles tournent autour de lui, l'entourent, s'interposent quand il voudrait s'enfuir. À vrai dire, il ne meurt pas sur scène, on voit juste des wilis le mettre un peu violemment dehors.

Le deuxième acte ne m'a pas fait cesser d'apprécier Dorothée Gilbert et Mathias Heymann. Les deux ont été excellents, mais c'est surtout ce dernier qui m'a fait forte impression. Autant il passe difficilement pour un méchant (par la tromperie qui entraîne la mort de Giselle) dans le premier acte (ce que n'a pas de mal à faire Nicolas Le Riche), autant il est parfait en amoureux, cette fois tout à fait sincère, de Giselle au deuxième acte, quand il se rend auprès de sa tombe, danse avec celle qui est maintenant une wilis. Quel athlète ! Lors d'une succession de sauts sur place et de frétillants mouvements de jambes, le public frémit, une spectatrice s'écrie Bravo ! et une avalanche d'applaudissements se déclenche alors qu'il continue de réaliser des prouesses.

Rien à voir, mais avant le début de chaque acte, au milieu de plein d'autres sons éparpillés, on pouvait entendre certains instruments à vent s'échauffer avec un peu du Boléro de Ravel.

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Edgard Varèse 360°

2009-10-04 21:40+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Je suis allé cet après-midi au deuxième concert d'une série de deux Salle Pleyel. L'intégralité des œuvres conservées d'Edgard Varèse y auront été jouées. Quelques unes de ses premières œuvres ont été perdues, brûlées volontairement par le compositeur ou bien par accident.

Les autres blogueurs rencontrés (Zvezdo, Bladsurb, Pascal, Palpatine) en parleront sans doute mieux que moi, puisque, n'ayant entendu que Ionisation sur Youtube, je ne connaissais pour ainsi dire pas Varèse avant aujourd'hui.

Cette musique est très différente de celle que j'écoute habituellement (mon autre incursion dans la musique contemporaine était la Turangalîla). C'est strident. Pourtant, on ne s'ennuie pas et on ne se demande à aucun moment ce qu'on est en train de fichtre là. Un des morceaux nécessite un instrument non standard : le violoncelle thérémine. Au cours de Déserts, on entendra aussi des sons enregistrés (dont des passages comprennent de vomitives basses fréquences). Le chef et les musiciens s'assiéront dans le noir pour écouter avec le public le dernier morceau enregistré Poème électronique.

Ce qui était curieux dans ce concert, c'est que la salle était plongée dans la pénombre afin de faire profiter au public des vidéos de Gary Hill, projetées sur trois grands écrans en arrière-scène et des mots et images qui défilaient sur les murs. Ce n'était pas particulièrement désagréable ni hideux, mais dans un concert, on s'attend à ce que l'accent soit davantage mis sur la musique. Gary Hill et ses collaborateurs seront pas mal hués lors des saluts. Les costumes ridicules qu'ont dû revêtir la soprano Anu Komsi et la flûtiste Jeannette Landré n'ont pas reçu meilleur accueil...

Le titre 360° de ce programme renvoie évidemment au fait qu'il s'agissait de jouer l'intégralité des œuvres de Varèse, mais aussi au fait que la musique de certains morceaux était spatialisée. Ainsi, lors de Étude pour Espace, les voix du chœur étaient amplifiées et réémises par des haut-parleurs situés dans toute la salle. L'effet était assez perturbant, j'ai pris cela comme une curiosité de plus de cette bien étrange musique.

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Surbooking à l'Opéra de Paris

2009-09-28 00:20+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Comme hier, j'ai dû faire établir au contrôle un duplicata de ma place d'abonnement pour le ballet Giselle (le ticket d'aujourd'hui est numéroté 61948 contre 49979 hier, je ne sais pas ce qu'il faut en déduire). En effet, il y aurait eu un changement de logiciel à l'Opéra de Paris, et pas mal d'abonnés (longueur de la queue faisant foi) n'ont pas reçu leurs places. Vraisemblablement, comme moi, ils se retrouvent mauvais payeurs malgré eux (il doit y avoir un dead-lock quelque part). Tout s'étant bien passé la veille, je m'attendais à ce qu'il en allât autant aujourd'hui.

M'étant fait placer au premier rang de ma troisième loge nº16, je suis apostrophé cinq minutes avant le début du spectacle par une ouvreuse qui me demande mon billet pour vérification. Une spectatrice aurait un billet avec le même numéro de place. Après s'être enquis de mon nom et utilisé un talkie-walkie, on me demande de céder ma place. Finalement, on me replace ailleurs, et après quelque inquiétude, je suis soulagé de voir que je suis loge 32 au troisième rang, puis, certains faisant profiter les présents de leur absence, je peux rejoindre le premier rang lorsque le chef d'orchestre arrive, m'asseyant à une place valant trois fois le prix de celle que j'ai... pardon que je n'ai pas payée.

Ma nouvelle place est mieux centrée, mais cependant plus éloignée. Je regrette mes jumelles que j'ai oubliées chez moi. En effet, de loin, si elles ne portaient pas des costumes légèrement différents, on aurait du mal à distinguer Aurélie Dupont (Giselle) et Marie-Agnès Gillot (Myrtha).

Je fais probablement là une injure au bout goût, mais ce ballet est celui qui m'a le moins enthousiasmé parmi la poignée de ballets que j'ai vus depuis l'an passé. Onéguine, où Aurélie Dupont (Tatiana) et Nicolas Le Riche (Onéguine) avaient dansé un superbe pas de deux, et Les enfants du paradis sont mes meilleurs souvenirs en la matière. La musique d'Adolphe Adam est tout à fait charmante, les costumes colorés, mais je n'apprécie pas autant ce premier acte qui fait penser au beaucoup plus joyeux ballet La fille mal gardée. L'atmosphère change radicalement au deuxième acte. Giselle est morte d'avoir trop dansé et d'avoir été trahie par Albrecht qui était fiancé à une autre qu'elle. Les Wilis, des créatures démoniques qui se mettent à danser pendant la nuit et tuent les hommes qui les approchent trop, ont envahi la scène dans leurs tutus immaculés (le programme explique que le deuxième acte de ce ballet a fortement contribué à codifier la forme du costume blanc des danseuses classiques ; je préfère les ballets colorés). Myrtha, la reine des Wilis entre sur scène dressée sur ses pointes. Giselle se matérialise non loin de sa tombe. Albrecht la rejoint. Ils dansent follement. Albrecht devrait mourir, mais il est finalement épargné, et après que Giselle a regagné sa tombe, il s'en va alors que le soleil se lève.

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Un opéra provençal

2009-09-27 02:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Après avoir vu l'exposition, je suis allé ce soir voir une représentation de Mireille, opéra méconnu de Gounod, qui s'installe pour la première fois à l'Opéra. Il n'était pas gagné que je puisse entrer, vu que je n'ai pas encore payé mes places. Pourtant, ce n'est pas faute d'y avoir mis de la bonne volonté et du temps. Un formulaire d'abonnement envoyé fin mars/début avril, traité en juin. Entretemps, aucune somme n'a été débitée sur mon compte. Quelques coups de téléphone en septembre pour s'en étonner. À mon arrivée à Garnier, la queue pour retirer des billets est étonnamment longue. Je ne suis manifestement pas le seul dans ce cas. Le duplicata de billet est écrit à la main sur un tout petit bout de papier, numéroté 49979. Aimant bien utiliser mes billets d'opéra comme marque-pages, j'ai perdu une occasion de me ravitailler.

Je ne connais pas du tout Gounod. Dans ma discothèque, je n'ai que la valse Je veux vivre de Roméo et Juliette chantée par Natalie Dessay et l'air des bijoux de Faust (cf. Castafiore) par Anna Moffo. A fortiori, je découvrais cet opéra Mireille dont j'avais cependant eu le temps de lire le livret. Une histoire apparemment typique d'opéra où la soprano et le ténor s'aiment mais où le baryton veut les en empêcher.

La particularité de cet opéra est que l'action est située en Provence. Il s'agit d'une adaptation d'un poême de Frédéric Mistral. Mireille et Vincent s'aiment, mais Vincent est de moindre niveau social, il n'est que vannier. Ils jurent de faire le pèlerinage aux Saintes-Maries si l'un d'eux venait à souffrir. Lors d'une fête à Arles, Ourrias obtient la main de Mireille de son père, mais Mireille refuse. Ourrias et Vincent se battent. Vincent est blessé. Ourrias veut fuir en traversant une rivière, mais le bateau coule. Effrayée par la relation que lui fait Vincenette (la sœur de Vincent) de la blessure de Vincent, Mireille entreprend le pèlerinage. Elle est frappée par le Soleil dans le désert de la Crau. Lorsqu'elle arrive à l'église, Vincent l'attend, elle se met à délirer, son père tente de se faire pardonner et la donne à Vincent, mais il est trop tard.

Je suis plutôt content de ce spectacle. J'ai apprécié la musique fleurie de Gounod. Une petite déception avec le décor du deuxième acte. Je m'attendais à voir les arênes d'Arles comme il est prévu que ce deuxième acte se passe. Dans cette production, le décor champêtre ne change pas entre le premier et le deuxième acte (l'opéra en compte cinq). Au troisième acte, le tableau de la noyade d'Ourrias est sombre et de jolis mouvements de lumières donnent l'illusion que l'eau peinte du décor est recouverte de mouvantes vagues. J'imaginais cependant que cette scène serait plus effrayante (un chœur chante Les trépassés sortent glacés du gouffre sombre !), comme une traversée du Styx.

Malgré un français imparfait, la soprano Inva Mula a fait une très belle performance, notamment dans la scène de la Crau. J'ai entendu pour la première fois le ténor Charles Castronovo ; il m'a fait une très bonne impression. J'ai réentendu Sylvie Brunet dans un rôle sombre, celui de la sorcière Taven, qui fait ce qu'elle peut pour protéger Mireille et Vincent ; charmant air Voici la saison, mignonne, où les galants font leur choix. Après Padmâvatî, il y avait là une occasion de la voir à nouveau manipuler un trident (la scène où Padmâvatî embrochait son époux Ratan-Sen était assez spectaculaire). Amel Brahim-Djelloul (Clémence) a un trop petit rôle. J'apprécie toujours autant le timbre de la voix d'Anne-Catherine Gillet (Vincenette) que j'avais beaucoup aimée dans l'air air Je dis que rien ne m'épouvante dans Carmen. Toutes les deux faisaient leurs débuts à l'Opéra de Paris. J'en oublie quelques autres, comme l'éternel Alain Vernhes, qui a la voix la plus puissante du lot.

Conseil de placement à Garnier : éviter les deuxièmes rangs de loges. Si j'y avais fait davantage attention, j'aurais fait changer cette place pour ne pas être au deuxième rang d'une troisième loge : on ne voit pas toute la scène et même pour le milieu de la scène, il faut compter sur une configuration compatible des têtes des personnes situées devant. Pour voir mieux, mieux vaut être placé devant quitte à ce que ce soit un peu plus haut.

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Ein deutsches Requiem

2009-09-19 00:26+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Ce n'est pas aujourd'hui que je me réconcilierai avec Brahms. Que ce soit par un chœur et orchestre amateur ou par le chœur et l'orchestre philharmonique de Radio France, malgré quelques passages fugués, l'insertion de morceaux du compositeur contemporain Wolfgang Rihm, des solistes que j'apprécie beaucoup (Ludovic Tézier, Natalie Dessay) et que j'ai aimé réentendre, ce Requiem allemand m'ennuie.

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C'est la crise

2009-09-14 20:39+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Nous avons le regret de vous informer qu'en raison du contexte économique, le Boston Symphony Orchestra a décidé d'annuler sa tournée européenne.
Aussi, les concerts des dimanche 21 et lundi 22 février 2010 n'auront pas lieu.

On m'invite ensuite à modifier ou annuler ma réservation... Ce qui est amusant, c'est que je n'avais pas inclus ces concerts dans mon abonnement.

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Exposition Gounod, Mireille et l'Opéra

2009-09-11 20:45+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Expositions — Lectures

Profitant d'un petit déplacement à Paris, je suis passé à l'Opéra dans le but de voir l'exposition Gounod, Mireille et l'Opéra organisée conjointement par l'Opéra de Paris et la BnF. L'opéra Mireille de Gounod est en effet programmé pour l'ouverture de la saison, et ceux qui ont encore la télévision pourront le constater en direct sur France 3 lundi prochain.

Vu que je n'étais jamais allé à l'Opéra Garnier qu'à l'occasion de représentations, je ne savais pas trop quel chemin prendre. La Bibliothèque-musée de l'Opéra (rattachée à la BnF) étant le lieu putatif de l'exposition, je suis entré par la façade occidentale vu que celle-ci se trouve dans le pavillon de l'Empereur. À l'accueil et au contrôle de sécurité, on ne semble pas franchement au courant de l'existence de l'exposition, mais la carte de la BnF semble valoir sésame pour entrer (comme pour les autres expositions organisées par la BnF), et je me retrouve laché dans les escaliers latéraux de l'Opéra, avec pour indication qu'il faudrait aller au deuxième étage.

Je me retrouve ainsi devant une exposition permanente, où je vois notamment un portrait d'Albert Roussel, mais point de Gounod. Plus loin une belle porte en bois peu accueillante. Par chance, un employé en sort. Le temps de discuter avec lui de l'emplacement de l'exposition (première personne rencontrée qui semble au courant), j'aperçois l'intérieur, assez impersonnel, de la bibliothèque. L'exposition commence à l'étage d'en-dessous.

L'exposition n'intéressera sans doute que les passionnés d'opéra. On y trouve quelques affiches de différentes reprises de Mireille, quelques documents autographes de Gounod (peu lisibles !), un buste, un laissez-passer de l'Empereur pour Gounod, des photographies d'interprètes d'opéras de Gounod, des esquisses ou maquettes de décors, etc. et une pipe.

Si l'entrée fut gratuite, la sortie ne l'a pas été. On est en effet obligé de passer par la boutique, et si j'ai ainsi eu l'occasion d'acheter en avance le programme de Mireille (dans lequel on trouve un catalogue des documents présentés dans l'exposition, avec quelques reproductions en pleine ou double page), ce qui est neutre pour moi, je suis tombé par malheur pour ma bourse devant un DVD de L'Amour de loin de Saariaho, dont j'avais lu le livret par hasard il y a quelques mois après l'avoir acheté dans une gare. Comme on m'a adressé deux fois la parole en anglais comme si cela allait de soi, je suppose que la proportion de clients étrangers est assez élevée.

Le programme (12€, 200 pages en papier glacé !) de Mireille revient longuement sur les nombreuses modifications dont la partition a été la cible, afin, selon ses instigateurs de proposer une fin qui plût davantage au public et de rajouter du brillant (et un commentateur glose en disant que cela permettait surtout à l'épouse du directeur de théâtre, Marie Caroline Miolan-Carvalho de mieux briller...). Contrairement à ce qui se fait d'habitude, on ne trouve aucun document relatif à cette nouvelle production, hormis un texte du chef d'orchestre Marc Minkowski. Globalement, cela donne envie de se plonger dans le poème de Mistral, Mirèio. Aussi, cela me rappelle que je réentendrai avec plaisir Anne-Catherine Gillet (qui fera ses débuts à l'Opéra), Amel Brahim-Djelloul (idem), Sylvie Brunet, Nicolas Cavallier et d'autres.

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La Fille mal gardée à Garnier

2009-07-11 13:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

A priori plutôt réticent sur la base de l'extrait que j'en avais vu, j'avais cependant acheté une place pour La fille mal gardée, ballet de Frederick Ashton, d'après Jean Dauberval. La pièce originale, créée en juillet 1789, est l'un des tout premiers ballets au sens où on l'entend habituellement. Une histoire dansée en musique, sans mots.

Lors de la vingt-septième représentation, Lise est interprétée par Dorothée Gilbert et Colas par Mathias Heymann. Ce ballet raconte leurs amours champêtres, contrariés par la mère Simone (Aurélien Houette) qui voudrait marier sa fille avec le ridicule mais riche Alain (Allister Madin).

La musique est de L. J. F. Herold (1828) avec des arrangements de John Lanchbery introduits lors de la création de la version d'Ashton (1960). Cependant, de larges extraits sont extraits d'autres œuvres. Ainsi, la première scène emprunte la musique du début du Barbier de Séville de Rossini. Le programme nous dit que la musique des poules et du coq vient de Janáček.

Malgré mes a priori, j'ai beaucoup apprécié ce spectacle léger et espiègle. Lors du premier acte, le ruban rose est un accessoire dont se servent merveilleusement bien les interprètes. On se demande comment ils font pour ne pas se perdre dans les nœuds. Dans la deuxième scène, une très pittoresque scène menée par un danseur à la flûte (Michaël Lafon). Quand Alain s'empare de l'instrument, l'orchestre se met à jouer faux. La danse des moissonneurs évoque un manège, chacun tenant un ruban relié à un poteau. Dans une scène voisine, Lise est au centre des villageoises et tient leur ruban tandis qu'elles tournent autour d'elle. C'est complètement inhumain de faire ainsi des pointes sur un seul pied d'appui ! Au cours de ces réjouissances, on aura vu la fameuse Danse des sabots de la Mère Simone.

Un orage force la compagnie à rentrer chacun chez soi. La mère Simone essaie de garder Lise sous clef, mais Colas parvient à entrer par la ruse. Il faut bien le cacher quelque part quand Simone revient à la maison. Lise semblant fiévreuse, Simone la fait se reposer dans sa chambre, où Colas s'est caché. Le père d'Alain viennent signer les papiers du mariage de Lise. Quand Alain ouvre la porte de la chambre de Lise, on voit paraître Lise et Colas enlacés ; il est encore temps de déchirer le contrat et d'envisager un différent mariage. Quand la noce s'est retirée, Alain reparaît pour mettre la main sur l'objet qu'il avait oublié : son inséparable parapluie rouge.

Je suis retourné hier soir pour votre une nouvelle représentation. J'étais persuadé d'avoir choisi deux distributions différentes (j'avais en particulier noté le nom de Myriam Ould-Braham dans le rôle de Lise), mais les deux rôles principaux reviennent aux mêmes interprètes que la veille. Je ne m'en serai rendu compte qu'au lever de rideau. En effet, une désorganisation inadmissible à mon étage fait qu'avec une douzaine d'autres spectateurs arrivés dix bonnes minutes avant le début qui partageront mon sort, la porte de ma loge ne sera ouverte qu'après que les lumières intérieures auront été éteintes, le chef salué et l'ouverture commencée. Deux ouvreuses pour cet étage, ce n'est peut-être pas assez...

Voir le même spectacle sous deux angles différents procure des impressions diverses. Pour ce spectacle, si j'étais un peu moins haut et plus près le lendemain, je ne voyais pas les parties excentrées de la scène. Je n'ai pas non plus fait attention aux mêmes détails. Alors que la première fois j'avais remarqué la distribution de pièces de monnaie aux moissonneurs et la tentative de Lise pour en récupérer une, je n'y ai pas fait attention le lendemain. Jeudi, j'avais été surpris par le coup de théâtre de la ruse de Colas pour rejoindre Lise, le lendemain, il n'y avait plus de surprises, et mon angle de vue ne me permettait pas d'ignorer qu'il était entré avec les moissonneurs.

Ailleurs : Palpatine y a consacré trois billets 1, 2, 3, et cela a totalement bouleversé sa vie à jamais (je serais bien allé voir Mathilde Froustey dans ce rôle, mais il ne restait plus que des places à 65€ quand j'ai regardé.)

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En vrac

2009-07-09 14:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VII

Le premier roman de Paul Vacca La petite cloche au son grêle a remporté le Prix Biblioblog du roman 2009. Je suis aussi très content de la deuxième place de Laver les ombres de Jeanne Benameur.

J'ai passé une semaine en Allemagne, au Mathematisches Forschungsintitut Oberwolfach. Quelques innovations culinaires intéressantes par rapport aux dernières fois, comme une entrée tricolore (vert, blanc, rouge) faite d'un curieux mélange entre morceaux de pommes, des groseilles, etc. Au retour, j'ai eu quelques heures à passer à Strasbourg, ce qui m'a permis de visiter la cathédrale.

J'ai presque terminé mon écoute de ma semi-intégrale Haydn. Le moins que l'on puisse dire est que cela aura été moins déplaisant que celle de mon intégrale Mozart (cependant, j'ai eu quelque mal à supporter la symphonie parisienne nº82 L'Ours). Il ne me reste plus qu'on opéra La fedeltà premiata et, le meilleur pour la fin, les oratorios Die Schöpfung et Die Jahreszeiten.

Je suis en train de terminer ma lecture de deux formidables romans en vers : The Golden Gate de Vikram Seth (en version originale) et Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine (dans la traduction d'André Markowicz).

Je suis aussi en train de préparer mon septième voyage en Inde. L'itinéraire prévu est Delhi-Amritsar-Varanasi-Allahabad-Gwalior-Agra-Chittorgarh-Ajmer-Jodhpur-Jaisalmer-Delhi.

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Carmen à l'Opéra Comique

2009-06-23 03:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je suis allé ce soir à l'Opéra Comique pour assister à une représentation de Carmen. Après Zoroastre et Le Roi malgré lui, cet opéra complète la série des trois opéras que j'avais décidé d'aller voir cette année à l'Opéra Comique. Les trois ont été de grandes réussites. J'y retournerai un peu plus souvent l'an prochain.

Avec La flûte enchantée, Armide et Werther, Carmen était un des opéras de la saison que j'attendais le plus. N'ayant alors pas trop d'idées sur les qualités respectives des places de la Salle Favart, j'avais pris à l'ouverture des réservations l'an dernier une place dans une très bonne catégorie afin d'être tranquille. Un premier rang de loge de côté (en fait presque de trois-quarts) au deuxième balcon (qui serait le premier balcon si le premier balcon avait été appelé corbeille).

Bien sûr, je voulais voir Anna Caterina Antonacci dans ce rôle. Depuis Agrippina en 2003, c'est probablement la chanteuse que j'aie le plus souvent entendue en concert : sept fois. Dès que Sir John Eliot Gardiner a posé le pied devant son pupitre, il commence à diriger le prélude sans même attendre que les applaudissements se soient dissipés. Après que le rideau sur lequel est écrit Carmen en lettres rouge sang s'est levé, le premier acte commence avec le chœur Sur la place, chacun passe dont j'aime particulièrement la sonorité des premières notes. Puis, après l'apparition de Micaëla à la recherche de José viendra le chœur des gamins, qui, contrairement à ce que j'avais noté, n'est pas interprété par le chœur Sotto Voce, dont je parlais dès le début de ce weblog, mais par la Maîtrise des Hauts-de-Seine. Les costumes, les loques, que portent les enfants nous transportent dans un quartier pauvre de Séville, où les luisantes cigarières en tenue décontractée s'affairent en sous-sol. Quand la cloche aura sonné, Carmen finira par paraître et l'ardent jeu de la séduction pourra commencer avec l'air L'amour est un oiseau rebelle, etc.

Le décor est en forme de fer à cheval rouge, placé à l'étage. On peut se figurer qu'il s'agit de l'enceinte d'une arène, ce en quoi le décor se transformera effectivement au quatrième acte (même si l'arène où brillera Escamillo sera en réalité hors-scène). La mise en scène d'Adrian Noble est excellente. On y trouve de superbes mouvements d'ensemble des chœurs. Dans ce genre, la scène qui suit le moment où Carmen a blessé au visage le Manuelita est impressionnante. Le combat d'Escamillo et de José à l'arme blanche est très bien chorégraphié, Nicolas Cavallier (Escamillo) ferait presque penser à Jean Marais. Sa façon de chanter ce rôle d'Escamillo, torero matamore, est parfaitement adaptée. Un petit bémol au sujet des souliers des choristes : en frappant le sol, ils faisaient vraiment trop de bruit, au point de gêner certains passages musicaux, fussent-ils secondaires.

Anna Caterina Antonacci m'enthousiasme toujours autant. Sa diction française est impeccable. Elle joue aussi très bien la comédie. Elle est secondée par Andrew Richards (Don José), qui sera remplacé pour les deux derniers actes par un ténor brésilien dont je n'ai pas retenu le nom. C'est dommage qu'il ait dû renoncer, je l'aimais bien. Toutefois, il aura un peu manqué de puissance pendant son duo avec Micaëla (Anne-Catherine Gillet). Dès le début de l'opéra, cette dernière me fait une très bonne impression. Mais le meilleur est à attendre : au troisième acte, elle est éblouissante dans Je dis que rien ne m'épouvante, le plus bel air de l'opéra. Une voix puissance capable d'exprimer de riches émotions.

Bref, un formidable spectacle, qui passera dans certains cinémas le 25 juin et sera diffusé sur France Musique le 30 juin.

Ailleurs : Akynou.

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Rouge, Carmen à l'Opéra Comique

2009-06-19 23:54+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Théâtre

Je reviens de la première représentation de Rouge, Carmen à l'Opéra Comique. Ce spectacle, créé en 2008, est une adaptation théâtrale par Juliette Deschamps de la nouvelle de Prosper Mérimée pour deux comédiens, Chloé Réjon (Carmen), Bruno Blairet (Don José) et un petit ensemble de musique flamenco.

Cette adaptation est bien plus proche de la nouvelle que ne l'est l'opéra de Bizet. Dans la nouvelle, un savant, en fait Mérimée lui-même, est à la recherche de vestiges de la bataille de Munda. Il rencontre un condamné à mort, Don José, qui lui raconte son histoire. Dans ce spectacle, point de prologue, Don José s'adresse directement au spectateur. Il se souvient. Le ton est résolument celui de la narration : les passés simples et les imparfaits du subjonctifs ont été conservés, ce qui n'est pas pour me déplaire. Quand il est directement question de Carmen, celle-ci paraît sur le décor fait d'un grand disque incliné recouvert de sable. Les musiciens sont également comédiens ; ils participent à l'action quand la scène l'impose. Le lyrique chant flamenco apporte quelques respirations dans la tragédie, accentuant la douleur des personnages.

Ce spectacle est vraiment original dans sa composition. Il nous ramène à l'histoire première de Carmen, avant qu'elle fût adaptée par Meilhac et Halévy. Si je n'ai pas été subjugué, j'ai apprécié le texte, un peu la musique (ça doit être la première fois que je vois de la musique flamenco) et la performance des deux comédiens. Quelques hurluberlus ont poussé des huées lors des saluts.

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Bernarda Fink à la CdM, Waltraud Meier à Pleyel

2009-06-06 03:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Avant-hier, deuxième spectacle à la Cité de la Musique après les Vingt-quatre heures du râga. Des œuvres plus baroques les unes que les autres par Il Giardino Armonico dirigé par Giovanni Antonini, et pour les parties vocales, la mezzo-soprano Bernarda Fink, dont je ne me lasse pas d'écouter les quelques enregistrements en ma possession (notamment Orfeo et Euridice de Gluck où elle a le rôle d'Orfeo).

En environ cent cinquante concerts de musique classique, je n'avais encore jamais vu ça : dans ce concert, sauf exception, l'ensemble ne s'est pas arrêté un instant entre deux œuvres. Les lamentations de Marie sont le thème central du programme. D'abord en latin sur une musique de Monteverdi (Pianto della Madonna), puis en italien Sento già mancar la vita (Francesco Conti). J'aurais peut-être apprécié encore plus si la mezzo-soprano avait chanté un petit peu plus fort. Entr'acte. Un prélude et fugue pour luth de Silvius Leopold Weiss, une symphonie de Vivaldi et pour finir en beauté, une cantate intitulée Il pianto di Maria de Giovanni Battista Ferrandini, qui d'après le programme fut longtemps attribuée à Georg Friedrich Haendel.

En rentrant, le RER pour Saint-Rémy se transforme sans crier gare en un train pour Robinson. Quand il est encore temps de changer à Bourg-la-Reine, un train de l'autre branche arrive concomitamment. Les trains arrivent bien sûr sur deux quais différents, séparés d'un souterrain et il ne vient pas à l'idée de la Régie de retarder très légèrement un train pour rattraper les boulettes faites en amont. Heureusement, j'arriverai juste à temps pour monter. Il faudra encore changer à Massy-Palaiseau. 1h45 pour rentrer à Orsay depuis la Cité de la Musique, c'est quand même un peu long.

Hier soir, un concert de l'orchestre philharmonique de Radio France Salle Pleyel. J'oublierai assez vite la première partie, Sérénade d'après Le Banquet de Platon, malgré le violoniste Svetlin Roussev, qui, rappelé, jouera du Bach. Entr'acte. M'étant installé au deuxième rang de deuxième balcon, les hôtes disaient à qui voulait l'entendre qu'il y avait plein de places libres à l'orchestre. Pour la première partie orchestrale, je suis resté en haut pour avoir une bonne vue sur l'orchestre. Mais, j'ai repéré des bonnes petites places pour la deuxième partie.

Pour le moment, je n'avais vu Waltraud Meier que d'assez loin à l'Opéra-Bastille, en Ortrud ou en Isolde. Je ne me suis donc pas privé de saisir l'occasion de me replacer au tout premier rang, à la dernière place qui restait, tout près du pupitre de la mezzo-soprano, offrant une quasi-parfaite contre-plongée sur elle. L'œuvre au programme est Poème de l'amour et de la mer d'Ernest Chausson. Le texte est constitué de poèmes de Maurice Bouchor. À vrai dire, je n'avais pas fait attention en faisant mes réservations ; je pensais qu'il s'agirait d'une des rares œuvres de Chausson que je connaisse : Poème pour piano et violon, opus 25. Ici, deux poèmes La fleur des eaux et La mort de l'amour séparés par un interlude. La musique fait penser à Debussy et à Wagner. Il n'était donc pas étonnant que Waltraud Meier excellât...

La dernière œuvre au programme était West Side Story, danses symphoniques pour orchestre. Je n'ai vu ni la comédie musicale ni le film ; je n'en connaissais que quelques extraits. Le chef Myung-Whun Chung dirige de mémoire et ouvre même les yeux, contrairement à ce qu'il faisait avec le Chausson. Ainsi vaut-il mieux procéder pour ne perdre pas son équilible ; c'est que le chef swingue, se retourne vers le public pour crier Mambo... Interprétée par un orchestre d'un tel effectif, dont les percussionnistes ne sont pas les moindres, cette œuvre est assez spectaculaire.

Le concert était diffusé sur ArteLiveWeb. Il y aura peut-être des rediffusions.

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Proust ou les intermittences du cœur à Garnier

2009-06-02 00:50+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Avant-dernière sortie de l'année à l'Opéra. Je suis allé voir le ballet Proust ou les intermittences du cœur de Roland Petit (1974). Je n'ai acheté ces places qu'il y a deux semaines, la partie Réservation du site Internet de l'Opéra étant tombée en marche (un peu plus tôt, le bouton Réserver n'apparaissait pas pour ce ballet, j'avais pensé à tort que c'était déjà complet). Au passage, j'ai dû monter jusqu'à un tarif à 40€ : premier rang de troisièmes loges, de côté. Je pense que je continuerai à prendre préférentiellement mes places à 20€ préférées. (La fois précédente, ma place n'était arrivée dans ma boîte aux lettres que quelques jours après le spectacle ; j'avais cependant pu obtenir un duplicata. Cette fois-ci, ce n'est pas passé loin vu que j'ai reçu ma place vendredi dernier, soit deux jours après l'expédition, qui datait d'une semaine auparavant. J'ai comme l'impression qu'il y a des ratés...)

Le ballet s'ouvre sur une musique de Saint-Saëns, Pianistes, extrait du Carnaval des animaux. Suivrons diverses autres musiques de Reynalho Hahn, Wagner, Franck, Fauré, Debussy, Beethoven et Saint-Saëns. La musique qui m'a le plus marqué est celle du quatorzième quatuor à cordes de Beethoven pour le premier tableau du deuxième acte.

Plutôt que de raconter une histoire, ce ballet met en scène diverses impressions inspirées d'À la recherche du temps perdu. Le premier acte s'intitule Quelques images des paradis proustiens et le deuxième Quelques images de l'enfer proustien. Ces images sont très diverses : treize tableaux ! La forme est très variée aussi.

Au premier acte, on trouve en particulier une sonate pour violon et piano de Franck où le violon est interprêté par Daniel Stokes et le piano par Mathilde Froustey, puis Odette (Eve Grinsztajn) et Swann (Alexis Renaud) faisant catleya, de tendres Albertine et Andrée incarnées par Isabelle Ciaravola et Christelle Granier, et enfin, le superbement esthétique tableau concluant le premier acte La regarder dormir, avec Proust jeune (Hervé Moreau) et Albertine.

Le deuxième acte est beaucoup plus sombre, commençant avec une relation compliquée entre Morel (Josua Hoffalt) et Monsieur de Charlus (Aurélien Houette). Le tableau représentant le supplice de Charlus est assez impressionnant. Les deux tableaux qui suivent sont des odes au plaisir ; le deuxième met en scène Morel et Saint-Loup (Christophe Duquenne). Dans le dernier tableau, l'ouverture de Rienzi (Wagner) sonne comme une musique militaire ; La Grande Guerre a passé. Les personnages de la Duchesse de Guermantes et de Proust lui-même viennent clore le ballet.

C'est un beau spectacle, très varié comme je l'ai dit plus haut, à la fois au niveau de la danse et de la musique (cela fait drôle de voir tous les musiciens de l'orchestre sauf quatre s'arrêter pour entendre un quatuor à cordes). Cela dit, j'avais bien davantage apprécié Les enfants du paradis et Onéguine.

Je n'ai pas encore lu Proust. Cela risque d'attendre quelques années : il n'est pas encore dans ma PAL, c'est dire.

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Quatuor

2009-05-25 09:45+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne

J'ai fini il y a quelques jours ma lecture de Quatuor de Vikram Seth. Ce roman, qui a pour thème principal la musique, est excellent. J'ai rédigé mes commentaires pour le Biblioblog. Sur ma lancée, je viens de commencer son roman en vers The Golden Gate, dans sa version originale qui était dans ma bibliothèque depuis un moment plutôt que dans la traduction française qui vient de paraître. J'ai aussi acheté Eugène Onéguine, le célèbre roman en vers de Pouchkine, dont j'ai récemment vu une adaptation en ballet et qui avait enthousiasmé Vikram Seth lors de la parution d'un traduction anglaise.

Quelques autres critiques récentes :

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Tosca à Bastille

2009-05-23 01:19+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Comme Yohan, j'avais manqué Tosca l'année dernière du fait d'une grève, de RER en ce qui me concerne, alors que l'Opéra de Paris était lui aussi perturbé par un mouvement social. Cette production étant reprise pour la nième fois avec n grand cette année, j'avais inclus cet opéra à mon abonnement.

La représentation de ce soir était donc ma première occasion de voir un opéra de Puccini. J'avais déjà écouté Tosca au disque en préparation de la représentation à laquelle j'avais prévu d'assister l'année dernière, et avais aussi, plus récemment, écouté Madama Butterfly et visionné La Bohème. Ces trois opéras permettent de s'habituer au son particulier de Puccini.

Depuis mon dernier rang de premier balcon, au centre, j'ai besoin des jumelles pour distinguer quelqu'expression sur le visage des interprètes. La mise en scène et le décor ont peut être une part de responsabilité dans le fait qu'ils paraissent si petits. J'avais apprécié l'idée de réduire l'espace scénique dans Macbeth. Ici, les chanteurs évoluent dans un vaste espace sombre et austère, dépourvu d'inutile. Toutefois, le feuilletage du programme permet d'observer que la peinture de Marie-Madeleine (premier acte) est plus jolie que dans certains passages précédents de cette production !

Le drame se passe au moment de la bataille de Marengo. Scarpia lutte contre les républicains, comme Angelotti, que Cavaradossi a caché (pas pour longtemps, il se suicidera quand il sera découvert), mais il est en fait plus intéressé par Tosca, l'amante de Cavaradossi, et il fera pression sur elle en le torturant puis en la poussant à lui offrir son corps pour qu'il épargne Cavaradossi. Après lui avoir fait signer un laissez-passer, elle le poignarde. Le lendemain, à l'aube, un simulacre d'exécution de Cavaradossi doit avoir lieu. En fait, les balles sont réelles, Cavaradossi ne se relève pas ; Tosca, qui est maintenant recherchée pour le meurtre de Scarpia, se suicide.

Les trois rôles principaux de Tosca sont Floria Tosca (Adina Nitescu), Mario Cavaradossi (Aleksandrs Antonenko) et Scarpia (James Morris). J'ai apprécié les trois chanteurs et parmi eux tout particulièrement Adina Nitescu. Peut-être davantage encore que le chant, j'ai aimé la musique de Tosca, une continuité parsemée de leitmotivs.

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Trois étoiles

2009-05-13 23:08+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Si on m'avait dit il y a dix ans qu'en 2009, j'irais régulièrement à l'Opéra, je ne l'aurais pas cru. Qu'on m'eût annoncé que j'apprécierais même de voir des ballets et j'aurais pris le messager du futur pour un fou.

Après avoir apprécié Les enfants du paradis et 希尔薇娅 il y a quelques mois, je me suis décidé à acheter une place pour Onéguine, ballet de John Cranko sur une musique de Tchaïkovski. M'y étant pris un peu tard et n'étant pas encore assez balletomane pour dépenser plus de 20€ dans un ballet, je n'ai pas eu d'autre choix que d'expérimenter un nouveau placement à Garnier : les baignoires. Ces sortes de loges sont situées en dessous de la corbeille. Au prix payé, je n'ai le droit qu'au deuxième rang, ce qui réduit sensiblement l'angle de vue. Plus une baignoire est proche de la scène, plus elle est excentrée et proche d'un pilier. Il était agréable d'être aussi près de la scène, je n'ai pas eu à sortir mes jumelles, mais en contrepartie, la danse sortait parfois de mon champ de vision.

La proportion de Japonaises dans le public est plus élevée qu'à Bastille. Appartenant à cette catégorie, ma voisine a eu un air de terreur à l'idée d'entrependre la folle initiative de se décaler pour rejoindre une moins bonne place, me demandant même l'autorisation de le faire ; je lui ai plutôt suggéré d'avancer sa chaise d'un bon mètre afin de voir mieux (la chaise avait dû être reculée pour permettre aux spectateurs du premier rang de passer).

La musique de Tchaïkovski n'est en rien celle de son opéra Eugène Onéguine ; des morceaux d'autres œuvres ont été assemblés et orchestrés par Kurt-Heinz Stolze pour ce ballet de Cranko en 1965/1967. L'histoire est assez simple : deux sœurs, Olga et Tatiana, s'éprennent l'une du poète Lenski, l'autre d'Eugène Onéguine. L'amour d'Olga est partagé, celui de Tatiana ne l'est qu'en rêve : Onéguine va jusqu'à déchirer la lettre d'amour que Tatiana lui a écrite. Lors d'un bal, Eugène danse un peu trop avec Olga, ce qui provoque l'ire de Lenski qui le provoque en duel. Lenski est abattu d'un coup de pistolet. Des années plus tard, Tatiana est l'épouse du prince Grémine qui organise un bal où se rend Eugène. La situation de départ est inversée : c'est lui, avouant enfin son amour, qui donne une lettre à Tatiana ; la raison finit par l'emporter sur l'amour de Tatiana : elle déchire la lettre.

Les deux rôles principaux étaient hier soir dansés par les étoiles Nicolas Le Riche (Eugène) et Aurélie Dupont (Tatiana). Ils ont deux merveilleux pas de deux, au premier acte dans le rêve de Tatiana et pendant le tumultueux troisième acte. Le programme vendu 10€ date déjà un peu puisque Mathias Heymann y est encore annoncé comment premier danseur : en même temps qu'Isabelle Ciaravola, il a été nommé étoile à l'issue de la première représentation (16 avril). Sa partenaire est Mathilde Froustey (Olga). L'un comme l'autre sont enthousiasmants. Dans un rôle plus martial, Karl Paquette est le prince Grévine.

J'ai commencé mon écoute de la semi-intégrale Brilliant de Haydn il y a un peu plus de deux mois. J'en ai déjà écouté la moitié. Je ne suis vraiment pas mécontent de cet achat. On a peu de chance d'être déçu en tirant au hasard une symphonie ou un quatuor à cordes, par exemple, le quatuor en la majeur opus 20 nº6 (Hob.III:36), qui est le préféré de Michael, narrateur de Quatuor, l'excellent roman de Vikram Seth que je suis en train de lire. Malgré le son du piano-forte, j'ai apprécié le trio pour piano en sol majeur (Hob.XV:25) et surtout son dernier mouvement Finale: Rondo, in the gypsy style.

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King Arthur au TCE

2009-05-12 00:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens du Théâtre des Champs-Élysées où avait lieu ce soir une représentation du King Arthur de Purcell, avec le Concert Spirituel dirigé par Hervé Niquet, dont j'avais apprécié l'interprétation de la Messe en si mineur l'année dernière Salle Pleyel.

La terminologie de semi-opera semble très bien choisie. Comme les passages parlés de l'œuvre originale ne sont pas représentés, il ne reste plus grand'chose qui ait un rapport avec l'épopée du roi Arthur. Dans les passages musicaux qui restent, ce thème ne semble plus qu'un prétexte pour invoquer Woden et Thor, dieux des Saxons et quelques divinités classiques comme Amour, Pan ou Éole, et surtout pour glorifier l'Angleterre, d'une façon qui frise parfois le ridicule :

Quoique la réputation de la Toison de Jason soit ancienne,
La laine anglaise vaut son pesant d'or ;
Aucune mine ne regorge davantage de richesses.
Elle protège les paysans du froid
Et procure ainsi la pourpre de Tyraux rois.
(Traduction Yvette Gogue, Erato)

Les solistes Susan Gritton, Deborah York, Anders J. Dahlin (qui fut Zoroastre récemment), James Gilchrist, Andrew Foster-Williams et Mélodie Ruvio (soliste du chœur) sont tous spécialistes de la période baroque. C'était un plaisir de les entendre et leur visage trahissait le plaisir de chanter cette œuvre. Certains passages font penser à de beaux oratorios anglais, mais parfois, on pourrait aussi bien s'imaginer à Versailes.

Parmi les moments inoubliables, le Génie du froid, initialement grelotant, réchauffé par Cupidon au troisième acte, ou la chanson à boire du cinquième acte (les membres du chœurs goûtant alors ostensiblement quelque breuvage). Une autre plaisanterie du même genre, au début du quatrième acte : avant que deux sirènes ne commencent à chanter quelque air marin, un drôle d'instrument manipulé par le percussionniste fait un bruit qui évoque sans doute le vent, le son enregistré d'un goéland se fait entendre et Hervé Niquet fait mine d'essuyer une déjection sur son costume.

Je ne connaissais pas cette œuvre de Purcell. Je l'ai beaucoup appréciée. Le public, très nombreux, aussi, apparemment.

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Le Roi malgré lui à l'Opéra Comique

2009-04-30 03:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Ah, si cela pouvait toujours être ainsi. Le Roi malgré lui est un très beau spectacle d'opéra, qui passe ces jours-ci à l'Opéra Comique. Merci à Kozlika de m'avoir suggéré d'y aller.

Il s'agit d'un opéra d'Emmanuel Chabrier sur un livret d'Émile de Najac et de Paul Burani, inspiré de la pièce de théâtre du même nom d'Ancelot. Le programme du spectacle indique que cette pièce était de Marguerite-Louise-Virginie Ancelot, alors que sur le microfilm d'une édition à la BnF, le nom de l'auteur indiqué est M. Ancelot et conformément catalogué au nom de Jacques-Arsène-François-Polycarpe Ancelot, son mari. C'est curieux.

Afin de me préparer à cette représentation, lors de précédentes visites à la BnF, j'avais lu le livret de cet opéra puis le texte de la pièce. Je ne comprends pas pourquoi ce livet est critiqué (jusque dans le programme). L'opéra est très quiproqué. Voici deux passages que j'avais trouvé très drôles ; le deuxième a été remis en forme par Agathe Mélinand pour cette production :

Nangis

Nangis ! Mais c'est...

Henri, s'avançant et l'interrompant

La ruse est subtile
De passer pour moi !
Mais ruse inutile,
C'est moi, Nangis ! C'est vous, le roi !

Minka

Tout à l'heure, ici même, madame la duchesse de Fritelli croyait que le roi était mort.

Nangis

Que dis-tu là ! Grand Dieu... qu'est-il arrivé. (Haut.) Courons Minka. Il me faut la preuve que c'est là une erreur...

Minka

Mais la preuve, monseigneur, je l'ai, puisque vous êtes vivant !

Petit résumé : Henri de Valois a été choisi par les Polonais pour devenir leur roi. Il y va à reculons. Un complot est ourdi par le grand palatin Laski pour le chasser et mettre je ne sais plus quel archiduc sur le trône. Sa nièce Alexina fut l'amante du roi incognito à Venise et il l'abandonna. Elle veut se venger de lui, bien qu'elle l'aime encore. Elle embrigade son mari dans le complot, c'est Fritelli, le grand chambellan d'Henri. Nangis, l'ami le plus fidèle d'Henri, s'est épris de Minka, l'esclave de Laski, qui vient au séjour du roi pour dénoncer le complot. C'est Henri, qui doit rester incognito jusqu'au sacre, qui la reçoit. L'idée d'un complot contre lui lui plaît, il décide de rejoindre les conjurés en se faisant passer pour Nangis, qu'il emprisonne. Nangis, le vrai, s'évadera et les conjurés réunis chez Laski se retrouveront avec deux personnes prétendant être Nangis. Les rôles sont inversés. Nangis prend son nouveau rôle de roi très au sérieux. Les conjurés ont peur des représailles d'un Henri qui reviendrait en Pologne avec une armée, ils préfèrent le tuer. Henri promet de se tuer lui-même. Nangis s'échappe encore une fois grâce à Minka qui le prend pour le roi. Le lendemain, Henri croit qu'il peut s'en aller avec le carosse qui avait été réservé par les conjurés. La réservation a été annulée quand il fut décidé de tuer Henri. Alexina, dont l'amour pour Henri, a repris le dessus, a fait en sorte que l'archiduc reparte en lui annonçant que le complot avait été mis au jour. Rien ne s'oppose plus à ce que Henri soit couronné, mais on le croit mort assassiné par Nangis (enfin Henri). Alexina essaie de fuir avec son cher assassin, mais tout est découvert. Vive le roi de Pologne ! Minka et Nangis sont mariés. Henri invite Fritelli, et donc son épouse, à le rejoindre à la cour.

C'est peut-être un peu compliqué, mais tellement drôle et vaudevillier. Le livret est bien supérieur au texte de la pièce de théâtre, dont la fin en queue de poisson était bâclée. Dans l'opéra, la fin s'étend sur un troisième acte supplémentaire. Quelques éléments ont de plus été ajoutés dans l'intrigue de façon à créer des situations bien plus amusantes. Ainsi, dans la pièce, Alexina était une orpheline, dont le tuteur, noble, avait été proscrit par les Médicis. Elle n'avait jamais été en amour avec Henri ; au contraire, le combat entre sa haine et son amour fait d'Alexina un beau personnage d'opéra. Le chambellan de Henri était français, aucunement lié à Alexina. En faire un personnage italien ajoute encore une dose de comique, d'autant plus qu'il doit gérer des intérêts contradictoires : le complot, la liaison entre Alexina et Henri, les Français, les Polonais.

Ma place au troisième balcon, très légèrement de côté, me permettait de voir toute la scène. Les sièges sont serrés et inconfortables. Le seul problème était que je ne voyais pas les surtitres, mais comme je connaissais déjà bien le livret, je n'ai pas eu de souci pour suivre. Je ne l'avais pas remarqué la dernière fois, mais en dehors du premier balcon, les couloirs sont recouverts de motifs en forme de croix gammées (qui sont inversées à l'orchestre). La construction date d'une autre époque... À l'entr'acte, on croise pas mal de gens ornés de décorations civiles, y compris un ancien ministre de l'économie. Pour voir davantage de ministres, il faut aller au rang 15...

La mise en scène de Laurent Pelly est en accord avec la légèreté de cet opéra. C'est très dynamique, à des années lumières d'un Deflo. Plein de très bonnes idées. Un peu de mise en abyme. Des costumes de Polonais emmitouflés comme des ours. Des chariots tractés qui évoquent les gondoles de Venise. Des éléments de décors qui apparaissent subitement lors de quelque évocation de lieu ou d'un besoin scénique : tiens, il faut que Minka entre en trombe, faisons apparaître une grande porte. Quelques plaisanteries, des mousquetaires évoqués, une pancarte Amour qui passe pendant un air où Minka chante C'est l'amour qui passe, etc. Pendant ces presque trois heures de spectacle, on ne s'ennuie pas !

Hormis Sophie Marin-Degor que j'avais un tout petit peu entendue, mais à peine entr'aperçue dans Le Martyre de Saint Sébastien, je voyais pour la première fois la plupart des chanteurs, plutôt jeunes, dynamiques et enthousiasmants : Jean-Sébastien Bou (Henri), Magali Léger (Minka), Franck Leguérinel (Fritelli), Sophie Marin-Degor (Alexina), Gordon Gietz (Nangis), Nabi Suliman (Laski). Je ne connaissais que l'air de Minka Il est un vieux chant de Bohème, je l'ai aimé, comme tous les airs de Minka. Le duo Minka-Alexina du troisième acte, chacune s'inquiétant pour son bien-aimé, est celui que j'ai préféré. J'ai apprécié le chœur de l'Opéra de Lyon, qui a eu plusieurs belles occasions de se mettre en valeur. Je connais très mal la musique de Chabrier. Elle s'écoute très bien. C'est souvent un peu dégoulinant et parfois à la limite de la fanfare (sans oublier le triangle hystérique), mais cela ne gâche rien.

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Altre Stelle au TCE

2009-04-28 00:40+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je vis mon premier opéra, Agrippina de Händel, en 2003, dans une très belle mise en scène de David McVicar. Agrippina était chantée par Anna Caterina Antonacci. Depuis, j'évite de manquer les occasions de la voir à Paris. Les programmes annuels du Théâtre des Champs-Élysées ayant un index par interprète, j'y trouvai sans peine le spectacle Altre Stelle où Anna Caterina Antonacci interprète cinq rôles de femmes en colère, trompées ou anéanties. Il ne s'agit pas d'un récital, puisque, mis en scène par Juliette Deschamps, la chanteuse et deux enfants portent des costumes de Macha Makeïeff et évoluent dans un sombre décor de Nelson Wilmotte.

Le théâtre avait convié des spectateurs à venir écouter une présentation de ce spectacle samedi dernier, à la Comédie des Champs-Élysées. La moyenne d'âge des présents était plus élevée que la moyenne habituelle de la salle, ce qui est difficile, vu la réputation du lieu en la matière ; j'ai longtemps craint d'être le plus jeune présent. Ce fut l'occasion de mettre une tête sur le directeur Dominique Meyer (qui s'en ira bientôt diriger l'Opéra de Vienne), sur Juliette Deschamps et surtout de voir de près Anna Caterina Antonacci en costume de ville s'exprimant dans un charmant français avec un petit accent italien qui disparaît quand elle chante.

Pendant l'ouverture (Méhul), deux enfants viennent écrire à la craie Altre Stelle et Autres étoiles, en majuscules accentuées, sur les murs asymétriques du décor (des deux côtés ! merci ! il est rare que les metteurs en scène pensent aux spectateurs placés de côté et non ubiquistes ; pour ma part, j'étais au premier balcon, assez près du centre), puis, une femme, présomptivement leur mère, ouvre un livre pour leur raconter une histoire. C'est le début de la mort d'Ophélie (Berlioz). La femme s'éloigne, change de costume, elle reparaît en Phèdre (Rameau), puis en Armide (de Gluck, à ne pas confondre avec celle de Lully, bien que ces deux opéras soient sur le même livret). En mesure de tuer Renaud, Enfin il est en ma puissance, elle cède du fait de son amour naissant pour lui. Plus tard, une lettre lui apprendra sa trahison... Quand le barbare était en ma puissance. Les ombres projetées du fait des lumières de Joël Hourbeigt illustrent bien le fait qu'Armide est une sorcière.

Nous aurons ensuite le droit d'entendre deux sortes de tempêtes musicales, alors que sur la scène sévit une tempête de neige. Médée (Cherubini) va s'en prendre à ses enfants. Au sujet des tempêtes, je suis étonné de n'avoir pas reconnu l'air des Furies d'Orphée et Eurydice (Gluck) ; il faudra que je regarde si cet air ne serait pas spécifique à une des versions de cette œuvre.

Abandonnée par le fils de Vénus, c'est au tour de Didon des Troyens (Berlioz) de s'illustrer par sa superbe mort. Antonacci ayant une inclination particulière pour Berlioz, il n'est pas étonnant que ces airs soient mes préférés de ce spectacle. (Que je regrette qu'en 2003/2004, je n'allasse pas encore régulièrement voir des opéras, j'eusse pu l'entendre dans le rôle de Cassandre ; ah, il semble que cela soit sorti en DVD...). C'est tellement bien que lorsque les lumières réalisent un fondu au noir, le public se met à applaudir. Ce n'est pas tout à fait terminé. Hors scène, la chanteuse referme la boucle avec la deuxième partie de la mort d'Ophélie.

De l'orchestre Les Siècles dirigé par François-Xavier Roth, j'ai trouvé que les instruments à vent avaient un son quelque peu bizarre. Malgré ce bémol, apparemment subjectif, puisqu'une dame italienne qui m'expliquera dans le métro n'avoir pas compris le concept du spectacle me fera au contraire l'éloge de l'orchestre, ce fut un très beau spectacle, qui repasse jeudi prochain, et sera diffusé sur France Musique le jeudi 21 mai à 20h.

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Un bal masqué à Bastille

2009-04-24 00:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens de l'Opéra Bastille où j'ai vu une représentation d'Un bal masqué de Verdi. Première déception en entrant : Deborah Voigt est remplacée par Angela Brown dans le rôle d'Amelia. Je n'avais vu aucune de ces deux sopranos américaines auparavant et n'avais pas d'autre inclination que celle, a priori, liée à la plus grande notoriété de Deborah Voigt. Comme j'avais prévu de voir l'une dans un mois et l'autre ce soir, ce remplacement fait échouer mes plans. Une surprise agréable, néanmoins : en Renato, la brochure de l'Opéra de Paris avait annoncé Frank Ferrari, mais c'est Ludovic Tézier qui est venu.

Lors de mon opéra précédent, j'avais été un peu déçu du grossissement de mes jumelles (3×), ce qui n'est pas terrible quand on est au deuxième balcon. Je rachetai donc une autre paire, d'une vingtaine d'euros, de masse semblable et surtout ayant un grossissement triple. Elle se tient un peu mieux en mains, ce qui est heureux parce qu'avec ce grossissement, il ne vaut mieux pas trop bouger. J'avais hâte de l'essayer.

Ma place était à la galerie nº3, premier rang, place une. Cette galerie, ainsi que la symétrique, doit être le meilleur endroit pour se faire une vue d'ensemble du théâtre. Acoustiquement, c'est aussi un endroit privilégié pour entendre les toussotements, d'où qu'ils viennent. Les barreaux du rebord gênent cependant la vue sur une bonne partie de la scène. On peut soit regarder à travers la quadrillage (en profitant de sa vision stéréoscopique pour voir à travers les barreaux), soit se mettre une cale dans le dos pour s'installer sur l'avant du siège et regarder par dessus la rambarde. Globalement, je trouve que c'est plutôt une bonne place.

Ayant eu le temps de lire le synopsis en quatrième vitesse, j'ai pu délaisser les surtitres et profiter de ce que mes jumelles me permettaient de voir les chanteurs en beaucoup plus gros qu'avec les précédentes ! Ramon Vargas occupait presqu'entièrement l'angle de vue. Leur utilisation depuis les places que j'occupe habituellement et sensiblement plus éloignées devrait s'avérer très confortable.

Les chanteurs des rôles principaux sont très bons. Ramon Vargas en Riccardo, Angela Brown en Amelia et surtout Ludovic Tézier en Renato, le meilleur ami du gouverneur Riccardo, qui se joint aux conjurés pour l'assassiner quand il découvre son idylle avec Amelia, qui est son épouse. Un beau tableau met en scène séparément Amelia, Riccardo (et un marin) auprès de la sorcière Ulrica (Elena Manistina) qui leur révèle à chacun leur futur. Dans le rôle travesti d'Oscar, le page de Riccardo, Anna Christy, que j'avais déjà eu l'occasion d'entendre dans le rôle de Cunegonde dans Candide, pétille.

Suite à des problèmes avec la censure, le livret situe l'action aux États-Unis d'Amérique, auxquels font penser certains décors et costumes. Très bien. Le problème est que la mise en scène est de Gilbert Deflo. Ce n'est cependant pas aussi pire que dans Luisa Miller. En dehors du tableau avec la sorcière et du dernier, les chanteurs sont trop souvent droits, immobiles face à la salle. Je ne sais pas ce qui a pris à une partie du public d'applaudir au dernier tableau quand le rideau s'est ouvert sur la scène du bal masqué. Il y avait là une belle mise en place et une gracieuse chorégraphie qui commençait, mais de là à applaudir alors que l'orchestre joue, cela devient vraiment n'importe quoi ; ce n'est pas comme si le public avait été préparé à une extase collective par une préalable succession de tableaux superbement mis en scène.

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La Petite Bande à Saint-Roch

2009-04-24 01:23+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Encore un concert à Saint-Roch, cette fois-ci pour écouter des cantates de Pâques par la Petite Bande. Le programme étant plutôt court, afin que nous en eussions pour notre argent, le chef Sigiswald Kuijken fit un discours plutôt long pour introduire les trois cantates au programme, toutes très belles, en expliquant le contexte liturgique, et déplorer que cette connaissance se perde en mentionnant un sondage montrant que les jeunes Allemands ignorent si Noël célèbre la naissance ou la mort du Christ. Il fit également la digression maintenant habituelle sur le violoncello da spalla, ou le petit gros-violon, dont de nombreuses documents attesteraient que c'était l'instrument qui était utilisé du temps de Bach et remplacé quelques décennies plus tard par le violoncelle, placé entre les jambes. Il expliqua aussi que l'effectif vocal serait réduit à quatre solistes, conformément à l'usage (ou aux contraintes) de Bach à l'époque.

Il ne mentionna pas les difficultés financières que pourrait rencontrer l'ensemble dans les prochains mois (ceci n'est pas un appel à signer la pétition sus-liée).

Si je vins à ce concert, c'était avant tout parce que la cantate BWV 12 Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen que j'aime beaucoup était au programme. Parce que c'était La Petite Bande, et parce que cela me permet de compléter ma collection de cantates et autres œuvres vocales de Bach entendues en concert, voir chez Bladsurb :

11 12(x2) 22 23 26 36 38 46 55(x2) 56 67 68 82 85 98 101 102 106 127 135 140(x2) 146 159 180 196 199(x2) 207 214 215 225 226 227 228 229 230 232(x4) 235 243(x2) 244(x4) 245(x6) 248(x6) [la cantate 248-5 a réussi à passer entre les gouttes] 249.

Cela fait quarante-deux œuvres.

Le chef avait promis que les deux premières cantates jouées seraient très belles. Elles le furent effectivement. Il s'agissait de Halt im Gedächtnis Jesum Christ (BWV 67) dont j'appréciai particulièrement l'air de basse avec chœur Friede sei mit euch et de Ich bin ein guter Hirt (BWV 85) dont j'aimai notamment le choral Der Herr ist mein getreuer Hirt. Il est inhabituel que dans une cantate, le mouvement que j'apprécie le plus soit un choral ; c'était un choral pour alto (Petra Noskaiová) avec un superbe duo de hautbois (Patrick Beaugiraud et Vinciane Baudhuin). Dans la cantate Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen, tous les mouvements me parurent beaux...

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Macbeth à Bastille

2009-04-14 02:41+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je reviens d'une représentation de Macbeth à Bastille. Des cinq opéras de Verdi dont j'ai assisté à une représentation, c'est celui que j'ai le moins apprécié. Dans les extraits de lettres du compositeur que contient le programme, on le trouve presque plus préoccupé par la tragédie que par la musique.

Depuis l'avant-dernier rang du deuxième balcon, je n'entends guère Dimitris Tiliakos (Macbeth). J'apprécie davantage Violeta Urmana (Lady Macbeth). Hormis les sorcières sur lesquelles je reviens plus bas, les autres personnages sont secondaires. Par exemple, Stefano Secco (Macduff) ne chantera malheureusement qu'un seul air.

Deux décors sont utilisés. Le premier occupe tout l'espace scénique disponible, contient un réverbère et est entouré d'une douzaine de maisonnettes qui ne diffèrent que par la disposition des fenêtres. C'est dans cet espace que Macbeth et Banco entendent les oracles qui les concernent et qui conduiront Macbeth à commettre plusieurs assassinats pour obtenir la couronne d'Écosse et tenter de s'y maintenir. Dans cette production, le rôle des trois sorcières est chanté par le chœur. En voyant cette première scène, je me suis demandé comment le décorateur aurait envisagé le lieu plus intime de la résidence de Macbeth : je n'imaginais pas la planification de l'assassinat de Duncan dans un aussi grand espace. La transition avec le deuxième décor se fait à la manière d'Hitchcock, revue par Google Earth. Un petit mouvement de souris, on se déplace, on zomme sur la maison de Macbeth, on en fait le tour et on s'approche enfin de la fenêtre du salon. Quand la lumière est faite, le salon occupe la moitié de la largeur de la scène. On espionne chez Macbeth par la fenêtre. On ne surprend pas des amants, mais Lady Macbeth qui commence à avoir des pensées criminelles. D'après le livret, Lady Macbeth lit au début de cette scène la lettre de son mari ; ici, je ne sais pas exactement qui la lit, mais c'était parfaitement inaudible.

Ces interventions de personnages ou d'instruments depuis les coulisses se sont répétées jusqu'à la fin. J'ai trouvé cela dommage, cela donne un peu l'impression qu'on ne savait pas où les mettre, et que par défaut, on les a laissés en coulisses ; si ce procédé n'était pas toujours injustifié, j'ai trouvé qu'il était un peu trop utilisé. L'idée de passer de trois sorcières à un chœur plus volumineux est intéressante, mais ces séquences où tout l'espace de la scène était occupée m'ont déstabilisé : quand un personnage non anonyme intervient, la mise en scène devrait nous le faire ressortir de la masse d'une manière ou d'une autre ; ici, à plusieurs reprises, je ne savais pas trop où regarder pour le voir.

Cela dit, globablement, j'ai plutôt apprécié cette mise en scène et ces décors. Parmi les choses qui m'ont plu : la scène mimée où l'on voit le roi Duncan (peut-être un peu trop méprisant pour ses hôtes), la chanson à boire où Lady Macbeth réalise des tours de magie tandis que Macbeth voit des apparitions. Il y a aussi une surprise que je ne dévoilerai pas ici.

S'il n'y avait la chanson à boire, cet opéra serait uniformément sinistre. Le compositeur ayant décidé d'éviter tout ce qui était dramatiquement superflu, on ne trouve pas moult airs agréables à écouter. Je connaissais mal cet opéra, n'ayant qu'un enregistrement techniquement nul avec la Callas. Je ne sais donc pas à quoi doit ressembler une bonne interprétation de cette œuvre ; toujours est-il que pendant le premier acte, j'ai trouvé le son de l'orchestre assez brouillon. En revanche, le syndrome de l'hydr'avion était parfaitement maîtrisé.

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La Passion selon Saint Jean à Saint-Roch

2009-04-09 02:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne

Depuis deux jours, je n'arrive pas à faire sortir de ma tête l'air Je veux vivre de Roméo et Juliette (Gounod). Comme il n'y a pas de raison que cela n'arrive qu'à moi, je vous laisse en exercice de comparer les interprétations suivantes d'Angela Gheorghiu, Anna Moffo, Anne Netrebko, Natalie Dessay, Diana Damrau, Barbara Hendricks et Lily Pons.

Rien à voir, mais chez moi, j'expérimente Firefox avec l'extension Vimperator. Ceci renforce la cohérence entre les trois principaux logiciels que j'utilise : l'éditeur de texte vim, le logiciel de courrier électronique mutt et le navigateur Web. Et ce n'est pas tout, puisqu'au niveau du window manager (de dinosaure, puisqu'il s'agit de fvwm), j'ai aussi un raccourci clavier pour faire apparaître une ligne de commande sur la dernière ligne de l'écran.

Je suis passé à la librairie Ambikâ spécialisée sur l'Inde. J'ai réussi à n'acheter que trois livres.

J'ai passé l'après-midi à travailler à la BnF. En tant que bibliothèque mathématique destinée aux chercheurs, elle est très nettement moins intéressante que les autres bibliothèques mathématiques que j'ai fréquentées en région parisienne (IMJ, ENS, IHP, Orsay) et que les collègues étrangers nous envient, souvent.

Ce soir, j'ai assisté à ma sixième Passion selon Saint Jean de J. S. Bach. Les chefs consécutivement vus depuis 2003 dans la direction de cette œuvre sont Ton Koopman, Andreas Spering, Sigiswald Kuijken, Emmanuelle Haïm, Pierre Cao et donc Paul Dombrecht. Il me reste des souvenirs de la plupart de ces différentes versions. Je me souviens avoir vu Sandrine Piau et Klaus Mertens dans la première avec Ton Koopman. De la deuxième, je me souviens d'une erreur dans le livret distribué (c'était le livret d'une autre version de l'œuvre, le chœur introductif Herr, unser Herrscher ayant été remplacé par le chœur qui apparaît maintenant à la fin de la première partie de la Passion selon Saint Matthieu). La troisième était originale en ce que le chœur y était on ne peut plus réduit (une voix par pupitre). La quatrième était gâchée par une mise en scène de Robert Wilson. Dans la cinquième, Christoph Prégardien était l'évangéliste.

Cette sixième version est assurément celle que j'ai le plus appréciée. S'il n'y avait eu un ténor à la limite du soporifique (quel interminable Erwäge), je serais parfaitement satisfait de ce concert. Mon confort et mes conditions d'écoute dans l'Église Saint Roch étaient presqu'idéales. Premier rang, un peu de côté, de la place pour les jambes. L'estrade où les musiciens se sont installés est dans l'alignement du transept. Pendant et après que les chanteurs ont fini de chanter, la réverbération prolonge de son et engendre des effets saisissants, notamment avant la partie da capo du chœur introductif où le chœur de la radio flamande et l'orchestre Il Fondamento se sont arrêtés un temps inhabuellement long avant de reprendre. Cela a contribué à la solennité de la représentation, à laquelle concourait aussi le caractère défendu des applaudissement pendant la semaine sainte et le long silence qui suivit l'air Es ist vollbracht et les mots de l'évangéliste Et inclinant la tête, il rendit l'âme..

La disposition du chœur était inhabituelle : de gauche à droite (de mon point de vue), les sopranos, les ténors, les basses, les altos (STBA), alors que la dispositions SATB est plus courante. Dans les chœurs où les différents pupitres commencent à chanter successivement, dans l'ordre basses, ténors, altos, sopranos (BTAS), comme dans le très joli Lasset uns den nicht zerteilen, sondern darum losen, wess' er sein soll, c'est un peu bizarre à suivre.

Je commence à bien connaître cette œuvre. Mon allemand biblique ne s'est pas trop perdu ; je n'avais pas de mal à suivre ce qui se passait. En dehors du Erwäge, je n'ai pas du tout eu le temps de m'ennuyer ; il s'est écoulé très vite. J'ai apprécié comme je ne l'avais éprouvé avant l'air pour alto Von der Stricken de la première partie où se répondent deux hautbois, alors que, outre la voix de la soprano, Ich folge dir gleichfalls laissent apprécier le son des flûtes.

Bref, je ne regrette pas du tout de m'être abonné cette année aux Concerts parisiens ― Philippe Maillard, dont la programmation fait une grande part à la musique baroque.

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La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur

2009-04-05 11:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures

Dans une entrée précédente, je discutais de mes impressions au sujet d'une retransmission d'une représentation de La Sonnambula, opéra de Bellini, et d'une perplexité qui avait refait surface à propos des liens familiaux supposés ou non entre Amina et le Comte Rodolfo. Entretemps, j'ai retrouvé ce que je cherchais dans les textes d'introduction de la production dont j'ai un enregistrement (Evelino Pidò, Opéra national de Lyon, avec Natalie Dessay, 2007) : la mention du fait qu'Amina était la fille naturelle de Rodolfo se serait trouvée dans une version préliminaire du livret de l'opéra.

Après avoir lu sur Gallica le texte du ballet de Scribe et Aumer, je suis allé hier à la BnF pour consulter d'autres sources littéraires. Ce fut l'occasion d'utiliser pour la première fois un lecteur de microfiches ; un livre tient sur une ou plusieurs fiches (mesurant environ 10 × 15 cm²) que l'on projète sur un écran ; c'est assez confortable à lire, en blanc sur fond noir. J'ai ainsi lu d'une part une analyse du ballet par un certain M. H. (de moindre qualité que le texte de Scribe et Aumer qui décrivait succintement chaque scène) et d'autre part le texte de la pièce de Scribe et Delavigne dont le ballet est inspiré (il est à noter que la pièce contenait des passages chantés). Voici un tableau récapitulatif des correspondances :

Titre La Somnambule La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur La Sonnambula
Genre Comédie-vaudeville Ballet-pantomime Opéra
Auteurs Eugène Scribe et Germain Delavigne Eugène Scribe et Jean-Pierre Aumer, musique de M. Hérold Felice Romani, musique de Vincenzo Bellini
Création 1819, Théâtre du Vaudeville, Paris 1827, Opéra de Paris 1831, Teatro Carcano, Milan
Lieu de l'action (Non précisé) En Provence, dans l'île de la Camargue, auprès d'Arles Un village suisse
La Somnambule Cécile Thérèse Amina
Son parent M. Dormeuil, son père Mme Michaud, meunière, sa mère adoptive Teresa, meunière, sa mère adoptive
Son fiancé Frédéric de Luzy Edmond Elvino
L'étranger Gustave de Mauleon M. Saint-Rambert Le comte Rodolfo
L'aubergiste ― (Mauleon est logé dans le pavillon de Dormeuil) Mme Gertrude Lisa

(Je renonce à comprendre la logique des changements de noms d'une œuvre à l'autre, et aussi l'helvétotropisme.)

L'intrigue de l'opéra est presqu'identique à celle du ballet, mais elle diffère de façon très-significative de celle de la pièce. Dans le ballet et l'opéra, un mariage se prépare entre une jeune fille dont on découvrira qu'elle souffre de somnambulisme et un jeune homme. Le contrat de mariage est signé ; la cérémonie religieuse est prévue pour le lendemain. Un étranger arrive au village où il a l'intention de passer la nuit avant de continuer sa route. Il rejoint la chambre qu'il a louée. Il flirte avec l'aubergiste qui laisse tomber son fichu et s'enfuit quand elle entend des bruits de pas. La somnambule rejoint l'étranger qu'elle prend pour son futur mari, ce qui trouble bien sûr l'étranger. La somnambule finit par s'endormir dans sa chambre. Pendant ce temps, au village, on a découvert que l'étranger était en fait le nouveau seigneur et on vient à son réveil lui manifester un joyeux accueil digne de son rang. Le scandale éclate quand on trouve la mariée dans sa chambre. L'étranger défend sa vertu en expliquant qu'elle souffre de somnambulisme. À d'autres. Son fiancé refuse de se marier avec elle et pour se venger, décide aussitôt d'épouser l'aubergiste (qui a un faible pour lui). Alors que la cérémonie se prépare, la mère de la somnambule intervient en brandissant le fichu de l'aubergiste qu'elle avait trouvé dans la chambre de l'étranger. Nouvel émoi, vite surpassé par l'arrivée de la jeune fille en état de somnambulisme. Elle se lamente sur son sort, clame son innocence et pourtant souhaite le bonheur à son ex-futur mari. Ce dernier est ému et quand elle se réveille, il lui dit qu'elle ne rêve pas et qu'elle est bien en train de voir son époux.

Dans la pièce, le personnage de l'aubergiste n'existe pas. Mauleon est hébergé dans un pavillon par Dormeuil. Mauleon est un ancien ami de Frédéric et un ancien prétendant à la main de Cécile. Elle avait refusé sa proposition le lendemain d'un bal où il avait passé la soirée à danser avec une autre ; pourtant ces deux-là s'aimaient sincèrement. Par dépit, elle avait accepté la demande en mariage de Frédéric. Quand elle voit Mauleon débarquer le jour de son mariage (il est là par hasard), elle est troublée. Quand elle le rejoint dans le pavillon en état de somnambulisme, elle semble essayer de dialoguer avec lui et d'apaiser sa conscience à propos du malentendu qui conduisit à ce qu'elle repoussât sa proposition ; bref, elle l'aime et regrette de n'avoir alors pas accepté.

Quand Frédéric entre dans le pavillon au matin, Mauleon essaie d'éviter qu'il ne regarde de l'autre côté du paravent où Cécile s'est endormie. Quand cela se produit enfin, elle a disparu : il ne reste plus que son schall. [...] La deuxième scène de somnambulisme dévoile l'amour de Cécile pour Mauleon. Frédéric, qui a déjà vu quatre de ses projets de mariage échouer, renonce à épouser Cécile et la donne en mariage à son ami. (On peut noter que dans le ballet, une renonciation hétérologue est exprimée par Mme Gertrude qui laisse Edmond épouser Thérèse ; dans l'opéra, Lisa se fait tout simplement oublier.)

Faire de Rodolfo le père d'Amina semblait être une bonne idée, puisque, de même que la passion liant Cécile à Mauleon expliquait que ses rêves et donc son somnambulisme la fît tendre vers lui, cette filiation rendait plausible qu'elle fût attirée vers lui. Cela eût aussi été cohérent avec la nostalgie qu'exprime Rodolfo dans la première scène. Cela dit, on imagine mal comment insérer cette révélation à la fin de l'opéra sans casser l'ambiance et tomber dans le ridicule qu'évoque Beaumarchais en imaginant comment écrire un Barbier de Séville qui plût à la critique :

Ce Figaro, qui pour toute famille avait jadis connu sa mère, est fils naturel de Bartholo. Le médecin, dans sa jeunesse, eut cet enfant d'une personne en condition, que les suites de son imprudence firent passer du service au plus affreux abandon.

Mais avant de le quitter, le désolé Bartholo, Frater alors, a fait rougir sa spatule ; il en a timbré son fils à l'occiput, pour le reconnaître un jour, si jamais le sort les rassemble. [...]

À l'instant, la plus touchante reconnaissance a lieu entre le médecin, la vieille et Figaro : C'est vous ! c'est lui ! c'est toi ! c'est moi ! Quel coup de théâtre.

Dans le genre, Palpatine avait relevé le ridicule des retrouvailles entre Idomeneo et Idamante dans Idomeneo de Mozart.

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Zoroastre à l'Opéra Comique

2009-03-26 08:31+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Je suis allé hier soir pour la première fois à l'Opéra Comique. Le théâtre est de dimension relativement modeste par rapport à pas mal d'autres salles parisiennes. Les toilettes sont appelées lavabos et sont mixtes, ce qui ne laisse d'étonner (depuis l'École normale, je n'ai pas souvenir d'avoir vu d'autre lieu où ce soit le cas) ; robinets malpratiques (oui, je sais, ce mot n'existe pas, mais depuis que j'ai vu le Figaro qualifier les personnalités issues de l'Outremer d'ultramarines, je ne crains plus rien ; dit-on que les Américains sont ultra-atlantiques ? je dois confondre avec ultra-atlantistes).

Je m'installe à ma place. Troisième et dernier rang de trois quarts du deuxième balcon. Malgré les têtes des deux rangs précédents, l'ensemble de la scène est dans mon champ de vision. Je n'ai qu'une vue partielle sur Les Talens lyriques et il me faut me lever pour apercevoir le chef Christophe Rousset qui va diriger Zoroastre (seconde version) de Jean-Philippe Rameau.

L'opéra compte quatre personnages principaux : Zoroastre (ténor), Amélite (soprano) qui s'aiment, mais qui sont menacés par l'alliance des deux amoureux déçus Abramane (baryton) et Érinice (soprano). Les deux camps font usage de la magie et de pouvoirs divins pour contrer les attaques de l'autre. Happy ending. La divinité invoquée par Zoroastre anéantit ses adversaires aux pratiques sacrificielles.

On apprend dans le programme (élégamment mis en page, avec seulement trois pages de pub'), on apprend que Zarathushtra ne doit pas être traduit en étoile d'or (comme le fait penser Zoroastre, qui est une francisation du nom grec), mais en celui qui a de vieux chameaux.

Les chanteurs, nonobstant l'origine scandinave de la plupart, donnent l'impression d'avoir parlé français toute leur vie tant la diction est correcte et le texte ainsi rendu intelligible, les sur-titres sont presqu'inutiles. Comme toujours avec Rameau, la musique est très belle et on a plaisir à écouter l'orchestre.

J'ai beaucoup apprécié la mise en scène de Pierre Audi, à laquelle la chorégraphie des parties dansées concourt harmonieusement. On l'apprécie d'autant plus que le décor est très dépouillé, à tel point que dans le dernier acte, le théâtre est nu, on se serait cru dans un film de Lars von Trier.

Ayant commencé à 20h et entrecoupée de deux entr'actes, la représentation de cet opéra en cinq actes se termine à 23h30 ; avec le RER A et la correspondance triviale à Châtelet pour le RER B, je suis chez moi à peine une heure plus tard.

Une diffusion en direct est prévue sur Radio classique le 27 mars.

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Quand je lis ça...

2009-03-23 19:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Quand je lis ça, je me dis qu'il sera difficile de résister à l'envie de prendre un abonnement pantagruélique à l'Opéra de Paris l'an prochain...

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La Sonnambula au Met, à la Géode

2009-03-22 01:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

J'étais en fin d'après-midi à la Géode pour assister en direct (ou plutôt en léger différé) du Metropolitan Opera (New-York) à une représentation de l'opéra La Sonnambula de Bellini.

Si c'était à refaire, je choisirais peut-être un cinéma ayant un écran plat, plutôt qu'un écran sphérique. La liste des cinémas français participant à ces retransmissions en direct est trouvable sur le site de CielÉcran ; le prochain opéra ainsi diffusé sera La Cenerentola de Rossini, le 9 mai ; la programmation de l'année prochaine contient quelques opéras qui promettent (Les Contes d'Offmann (sic) avec Villazón, Netrebko notamment, Hamlet avec Natalie Dessay, Simon Keenlyside).

20€, c'est bien plus cher qu'une place de cinéma. Pour ce prix-là, on peut aussi aller à l'opéra de Paris, mais il faut s'être levé tôt, pas pour aller travailler, mais pour aller faire la queue. Bref, a priori, c'est peut-être un tantinet cher.

La mise en scène de Mary Zimmermann est une mise en abyme. Le décor est celui d'une salle de répétition où on prépare une représentation de La Sonnambula. Natalie Dessay (Amina) descend les marches pour entrer sur le parquet dans un costume de star et se fait habiller. Après que la scène des fiançailles avec Juan Diego Flórez (Elvino) a été répétée, les chanteurs se mettent à l'écart du reste de la troupe et un duo d'amour lie les deux chanteurs, qui ne sont plus les Amina et Elvino de l'opéra mis en abyme. Le principe de cette mise en scène marche très bien pendant l'essentiel du premier acte. Cela se gâte à la fin de cet acte et pendant le deuxième, puisqu'on ne peut plus alors dire qu'il y ait deux histoires imbriquées l'une dans l'autre, mais seulement l'opéra de Bellini, joué dans des costumes et un décor new-yorkais plutôt que tyroliens.

La manière de filmer privilégie les gros plans sur les chanteurs, de préférence en contre-plongée depuis une caméra mouvante. Jamais sur une scène d'opéra, on ne verra les chanteurs en si grand. Même depuis les tous premiers rangs, ce n'est pas si impressionnant. Un gros couac dans la réalisation quand la caméra s'attarde interminablement sur la mère d'Amina (Jane Bunnell) alors qu'il faudrait nous montrer Lisa (la très dynamique Jennifer Black), qui ne sourit plus après que sa duplicité a été mise au jour.

Si on aime écouter de belles voix, cet opéra est un pur plaisir. Celle qui a le plus d'occasions de se mettre en valeur est celle du personnage d'Elvino, élégamment interprété par Juan Diego Flórez, qui livre prouesses sur prouesses vocales. Il occupe le devant de la scène pendant la quasi-totalité de l'opéra. De très beaux duos avec Natalie Dessay. Cependant, il faudra attendre les tout derniers numéros de l'opéra pour entendre son talent s'exprimer pleinement.

Elvino voudrait qu'on lui prouve qu'Amina ne l'a pas trompé avec le Comte Rodolfo. Amina entre sur scène. Somnambule, elle est inconsciente de la présence des autres. Elle chante son amour pour Elvino. Pendant le superbe air Ah ! no credea mirarti, une bande de parquet s'est avancée au-dessus de la fosse avec Natalie Dessay dessus ; comme cet air est plus émouvant sur scène qu'au disque ! Quand elle se réveille, Elvino, qui s'était détourné d'elle, se présente à elle en se déclarant son époux. Le chœur a revêtu des costumes tyroliens. Le ballet de l'opéra réalise des mouvements de danse de circonstance. On habille rapidement Amina et Elvino conformément au nouveau dressing code ; Amina peut se réjouir et faire partager sa joie avec l'air Ah ! non giunge uman pensiero.

Il me semblait que l'on découvrait à la fin de l'opéra que Rodolfo était le père d'Amina, ce qui expliquait qu'elle fût attirée vers lui pendant sa crise de somnambulisme. Pour essayer de trouver une explication, je suis allé lire le texte du ballet-pantomime de Scribe et Aumer intitulé La Somnambule ou l'arrivée d'un nouveau seigneur sur Gallica. Rien. Rodolfo (Saint-Rambet) est trop jeune pour avoir eu une fille en âge de se marier. J'avais probablement lu cette explication dans le texte d'introduction à l'opéra dans le coffret de CD de l'enregistrement que j'en possède.

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Club mil'

2009-03-15 00:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique

En janvier, je m'étais retrouvé transitoirement dans la situation où j'avais déjà écouté au moins une fois tous les disques de ma collection. J'envisageais alors quelques achats, qu'il n'y avait pas lieu de précipiter puisque j'allais partir pour un mois en Inde.

Après réception de mes dernières commandes (notamment une semi-intégrale Haydn), je m'aperçois que mes fichiers musicaux (issus de ma collection de CD et de quelques autres enregistrements, pour la plupart issus de DVD d'opéras) viennent de franchir la barre des mille heures.

Bref, j'ai maintenant environ cent cinquante heures de musique nouvelle en réserve.

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Werther à Bastille

2009-03-07 01:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Ah, donc, vous voulez voir Villazón ? Voilà ce que me demandait au téléphone un employé de l'Opéra de Paris au moment de finaliser mon abonnement. Je répondis par l'affirmative et au lieu de la raisonnable sixième catégorie, je dus donc me résoudre à prendre une onéreuse place en quatrième catégorie.

L'opéra de Massenet est une adaptation du roman épistolaire Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Ce roman est dans ma bibliothèque depuis plusieurs mois, mais je n'ai pas encore pris le temps de le lire.

J'ai trouvée que la mise en scène de Jürgen Rose était très réussie. En particulier, j'ai apprécié l'idée permettant d'évoquer avec le plus d'acuité le tourment du héros et sa solitude. En effet, même quand il ne prend pas part à la scène, il reste assis à sa table de travail, qui est fixée sur un rocher situé au milieu du décor qui tourne, au sens propre, autour de lui. J'ai un peu plus modérément aimé le fait de recouvrir le décor de fragments de lettres, mais pourquoi pas. Quelques curiosités : même au plus fort de ses face-à-face avec Charlotte, Werther, debout, continue à écrire dans ses carnets ; quand Charlotte s'exclame Werther en se rendant compte de sa présence, elle lui tourne le dos !

Suivant les dates, deux versions de l'œuvre sont présentées. Dans la version pour baryton, c'est Ludovic Tézier qui joue Werther ; c'est d'ailleurs ce qui est arrivé pour la première où Rolando Villazón s'est fait remplacer. Dans la version originale pour ténor, Werther est joué par Rolando Villazón, Charlotte par Susan Graham, Sophie par Adriana Kucerova et Albert par Ludovic Tézier. J'avais déjà eu l'occasion d'entendre ce dernier dans Falstaff et dans Lucia di Lammermoor, inutile de dire qu'il est toujours aussi bon. Je n'avais jamais entendu Susan Graham ni Adriana Kucerova. Le rôle de la jeune Sophie semble fait pour Adriana Kucerova. Susan Graham est impressionnante, autant par la voix que par son jeu. Reste Rolando Villazón. Vu son remplacement lors de la première et les craintes au sujet de sa voix, il y avait de quoi avoir peur pour lui. Le premier acte ne mettant que modérément son talent en valeur, j'ai attendu le deuxième acte pour m'enthousiasmer en l'écoutant chanter l'air Un autre est son époux !. Les scènes en duo avec Susan Graham sont bouleversantes de lyrisme, avec une progression entre le deuxième acte où Charlotte ne paraît pas excessivement affligée et la déchirante mort du héros au quatrième acte, en passant par le troisième acte où elle est torturée par ses sentiments.

Renaud Machart, du Monde, n'a pas du tout aimé cette production. C'est plutôt bon signe. En revanche, Marie-Aude Roux, malheureusement trahie par le typographe, dresse un portrait sensible du ténor français et s'interroge sur sa voix menacée.

Ailleurs : Palpatine 1, 2.

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Idomeneo à Garnier

2009-02-28 01:56+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je suis allé ce soir à la première représentation de la reprise d'Idomeneo. Je ne sais plus très bien pourquoi j'avais inscrit cet opéra de Mozart à mon abonnement ; peut-être parce que Joyce DiDonato était dans la distribution ? L'opéra m'a semblé moins ennuyeux que je ne l'avais ressenti en en écoutant un enregistrement. Cela dit, le troisième acte est nettement plus enthousiasmant que les deux premiers.

L'histoire est abracadabrantesque. Idoménée, roi de Crète, manque mourir en mer. Il n'est épargné par Neptune que parce qu'il a promis de sacrifier la première personne qu'il rencontrera après avoir débarqué. Le problème, c'est qu'il voit Idamante, son propre fils. Pour le protéger, il l'éloigne, mais Neptune fait apparaître un monstre marin meurtrier. Idamante, déçu de la volonté de son père de l'éloigner, cherche la mort en allant combattre le monstre, mais il parvient à le vaincre. Idoménée révèle que la victime sacrificielle que Neptune attend est Idamante. Celui-ci s'offre en sacrifice sous le fer d'Idoménée, mais au dernier moment, une voix caverneuse s'élève pour satisfaire Neptune, il suffit qu'Idamante abdique en faveur de son fils. Sur cette histoire, se greffe une rivalité amoureuse entre Ilia et Électre pour Idamante. Ilia est tourmentée par la contradiction entre d'une part l'honneur de Troie dont elle est issue et d'autre part son amour pour Idamante. Idamante l'aime aussi, mais il méconnait les sentiments d'Ilia. Électre est un personnage qui ne semble exister ici que pour faire obstacle à l'amour entre Ilia et Idamante.

Une fois que l'on a en tête le résumé, j'ai l'impression que l'on ne perd pas grand'chose en ne regardant que très distraitement les sur-titres afin de viser les solistes avec les jumelles. Les chanteurs des rôles principaux sont tous très bons : Paul Groves (Idoménée), Joyce DiDonato (Idamante), Camilla Tilling (Ilia) et Mireille Delunsch (Électre). Par contre, le décor est un peu trop minimal et est revêtu de bien curieuses couleurs. Je n'ai pas aimé les lumières non plus, puisque comme trop souvent, les ténèbres envahissent la scène de sorte que le seul moment pour vraiment bien voir les chanteurs est à la fin du spectacle, quand ils viennent saluer...

À part ça, le deuxième rang des troisièmes loges de côté, c'est horrible ; je préfère très nettement le premier rang des quatrièmes. De là, à moins de se tordre dans tous les sens, une bonne partie de la scène n'est pas visible et pour les parties visibles, il faut compter sur l'absence de conjonction avec les têtes des spectateurs du premier rang. Je n'ose imaginer ce que ça doit être pour ceux du troisième rang, qui devaient carrément se lever pour y voir quelque chose.

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Nayaki

2009-02-23 11:55+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Ce week-end, je suis resté à Chennai. J'ai visité la cathédrale St. Thomas, qui est bâtie au-dessus de la tombe putative de l'apôtre du Christ. L'entrée de la tombe est située à l'arrière de la cathédrale ; des photographies montrent le précédent pape visitant la tombe. Un mini-musée expose un morceau de l'arme qui l'aurait tué.

Samedi, en fin d'après-midi, je suis allé à l'ouverture du quatorzième festival annuel de danse organisé par l'association Nayaki. La cérémonie a commencé par une prière de Miss V. Deepika, disciple de Sudha Raghunathan. Le Managing director d'Ashok Leyland a fait un discours (en tamoul) ; un prix d'excellence a été remis à la compositrice et interprète Dr. Rukmini Ramani ; diverses personnes se sont succédé au micro pour faire son hagiographie, vantant notamment son travail de thèse de doctorat sur son père Papanasam Sivan, grand compositeur de musique carnatique. Des récompenses ont été données à beaucoup de monde, comme à Mrs Lakshmi Ranganathan pour avoir allumé la flamme au cours de la cérémonie.

Après une heure de congratulations, le spectacle de danse a finalement commencé. La danseuse est Revathy Ramachandran dont j'avais déjà vu une disciple. C'est le premier spectacle payant auquel j'assiste lors de ce séjour, la danseuse est manifestement la plus expérimentée de toutes celles que j'aie vues ; elle a déjà dansé dans de nombreux pays, dont la France. Je n'ai pas saisi le sens de la plupart des parties, le plus souvent consacrées à Shiva. Le varnam, la partie principale du récital, devait raconter une rivalité entre deux dévotes de Shiva. La danseuse était accompagnée de quelques musiciens : mridangam, cymbales, chant et vînâ. La dernière partie était très originale, mais j'en avais déjà vu une similaire par sa disciple. Le joueur de mridangam était à mon avis moins bon que l'autre ; l'échange entre cet instrument et la danse était moins riche.

Je suis retourné hier à l'Abirami Chidambaram Community Hall pour le deuxième jour de ce festival qui en compte neuf. Comme pour la plupart des soirées qui vont suivre, il n'était plus question de danse, mais uniquement de musique. Le chanteur N. Vijay Siva était accompagné de la violoniste Amritha Murali et du joueur de mridangam Manoj Siva. Deux jeunes disciples jouaient du tanpura. Des problèmes techniques de sonorisation ont perturbé le début du concert. Le micro du chanteur ne fonctionnait pas pendant les premières minutes ; sa voix ne portait même pas jusqu'au quatrième rang, plein centre, où je me trouvais ! En fait, j'ai trouvé la première demi-heure du concert assez médiocre. Quand la composition principale (environ une heure) a débuté, j'ai commencé à apprécier. Sans être extraordinaire, c'était plutôt bien. La manière d'utiliser le violon est très différente de ce qui se pratique dans la musique occidentale. Une partie importante du travail de la musicienne était de reproduire en écho la mélodie chantée par le maître. La spectacle a duré environ deux heures et demie, sans entr'acte.

Un groupe d'avocats sont devenus complètement fous ces derniers jours. Scènes d'émeutes dans et autour de la Haute Cour de Madras. Le Chief Minister, qui se déplace en fauteuil roulant, annonce qu'il commencera une grève de la faim si les avocats et les policiers ne font pas la paix.

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Rites

2009-01-27 11:39+0530 (சென்னை) — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Dimanche, après avoir rédigé ceci, j'ai poursuivi mon chemin : reconnaissant ici un restaurant du Kerala où j'avais mangé et ayant là un sentiment de déjà-vu en passant à côté d'un bâtiment de la mission Ramakrishna. Je me suis approché de la station Tirumailar, ai longé un canal nauséïque pour me retrouver dans Kutchery Road.

Un coup d'œil à droite et le gopuram du temple Kapaleeshwarar a paru au bout d'une ruelle. À cet endroit se tenait vraisemblablement un concours de kolam. Les participants étaient des femmes et quelques enfants, chacun disposant d'un petit carré où réaliser un dessin géométrique éphémère avec de la poudre blanche, comme on en voit très souvent dans le Sud de l'Inde à l'entrée des maisons. La première étape consiste à marquer les points d'un quadrillage du carré, ce qui permet de placer les figures au bon endroit par la suite.

Le temple dédié à Shiva, que j'avais déjà visité en 2006, est typique du style du Sud ; il aurait même des origines antiques. Comme c'est souvent le cas pour ces temples, un grand bassin se trouve à proximité.

La partie centrale est réservée aux hindous. Sur le côté, on peut voir quelques mini-temples. Le fait que la divinité soit Shiva est signalée par le fait qu'une représentation du buffle Nandi le surveille. Dans ce temple, j'ai eu l'occasion de voir quelques personnes chuchoter à l'oreille de Nandi, sans doute dans l'espoir de voir quelque vœu se réaliser.

En sortant de la gare, je décide de visiter à nouveau le temple Sri Ananda Vinayakar. L'invasion de la circulation routière n'a pas franchi l'enceinte de ce temple où les traditions semblent se perpétuer. On réalise moult circumambulations autour des petits édifices où logent diverses divinités.

J'envisageais de sortir quand j'ai vu un porteur du cordon sacré serrer des liens autour d'une sorte de chaise à porteurs. La divinité, recouverte de guirlandes de fleurs, Ganesh vraisemblablement, siégait. Pendant ce temps, une musique rituelle se faisait entendre. C'était tout à fait semblable à la musique qui avait été présentée à la Cité de la musique lors des vingt-quatre heures du râga : nadhaswaram (une sorte de hautbois) et tavil (tambour). Cette fois-ci, c'était in situ, en dépit des perturbations sonores venant du carrefour.

Quand la divinité eut fini de s'installer, les porteurs ont pris place, un brâhmane a porté un parasol (symbole de royauté) au-dessus de la divinité et un cortège s'est formé à sa suite lors d'une petite circumambulation du temple agrémentée de la musique rituelle. Une fois le parcours terminé, de nombreux dévôts ont tourné autour de la divinité en la laissant à leur droite et en touchant parfois les extrémités de bois près des mains des porteurs en signe de dévotion. On a ensuite disposé des tapis sur le sol, la divinité a été posée sur une table faisant face aux personnes présentes, très majoritairement des femmes. Un microphone a été installé au premier rang et ce chœur de femmes a chanté en tamoul, sans accompagneemnt instrumental. Au bout de trois quarts d'heure de mélopée dans cette langue qui m'est complètement étrangère, je suis parti, non sans avoir avalé la bouchée de pois chiches que l'on m'a offert en prasad à la sortie.

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Hommage à sainte Cécile

2009-01-21 02:55+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Ce soir, j'ai assisté à concert aussi bon que long à Pleyel. Les Musiciens du Louvre-Grenoble dirigés par Marc Minkowski ont commencé par Hail! Bright Cecilia de Purcell. J'étais dans un état léthargique pendant la première œuvre de ce programme, je n'ai guère eu le temps que d'apercevoir le chapeau de Palpatine. Il aime beaucoup cette œuvre de Purcell. Pour ma part, je suis surtout venu pour entendre l'Ode for Saint Cecilia's Day de Händel qui intervient après le premier entr'acte qui fut l'occasion pour moi de prendre un café... Comme au début de la soirée, le chef Marc Minkowski intervient pour introduire brièvement les œuvres, toutes dédiées à la patronne des musiciens et des mélomanes (encore que ce soit moins clair pour la troisième œuvre au programme). Connaissant déjà cette œuvre, je savoure tout particulièrement son écoute pendant le concert. Je redécouvre cependant quelques morceaux que j'avais oubliés, comme le solo pour violoncelle (accompagné du théorbe) dans l'air pour soprano What passion cannot Music raise and quell!. La soprano Lucy Crowe est magnifique dans But oh! What art can teach. Toute cette œuvre est tellement händelienne ; j'aime beaucoup.

Après le deuxième entr'acte, on continue dans la chronologie avec cette fois-ci Haydn et la Missa Cellensis in honorem Beatissimae Virginis Mariae (Cäcilienmesse). Cette œuvre, dont une version courte en deux parties seulement (Kyrie et Gloria) est interprétée, me confirme dans mon appréciation de ce compositeur dont on célèbre cette année le deux-centième anniversaire de la mort. Je ne sais pas comment j'ai fait pour autant le méconnaître par le passé. Le public a droit à un excellent bis : le Et incarnatus est et le Et resurrexit qui n'existent que dans la version longue. Superbe.

En sortant, vers minuit moins quart, j'achète à la boutique la toute nouvelle version de la Messe en si mineur par cet ensemble. Elle a la particularité d'avoir un effectif vocal réduit : les parties du chœur sont chantées par des solistes, comme c'était généralement le cas du temps de Bach, selon certains spécialistes.

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Lady Macbeth de Mzensk, de Chostakovitch

2009-01-18 02:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Ce soir, c'était la première de Lady Macbeth de Mzensk, de Chostakovitch, à l'Opéra Bastille. L'opéra n'est pas une adaptation de la pièce de Shakespeare, mais d'une nouvelle de Nikolai Leskov. Pas de sorcières, pas de soldats déguisés en arbres. Si Macbeth apparaît dans le titre, c'est que l'héroïne 1, Katerina Lvovna Ismailova, a des penchants meurtriers.

Au premier acte, pour tromper son ennui, elle se laisse séduire par Serguei, un ouvrier qui travaille pour son mari, alors que ce dernier est parti réparer un moulin. Le beau-père lubrique profiterait bien de sa bru, mais il surprend Serguei et le bat. Katerina l'empoisonne. Ensuite, au retour de son mari, de peur d'être abandonnée par son amant, elle tue son mari avec la complicité de Serguei. Ils cachent le corps dans le cellier et s'en vont se marier.

Prévenue par un ouvrier ayant découvert le corps, la police fait une apparition spectaculaire pendant le mariage. Ils sont tous les deux arrêtés et envoyés au bagne. Serguei se détourne de Katerina et séduit une autre détenue, Sonietka. Trompée, Katerina étrange sa rivale et meurt elle aussi dans la confusion, apparemment lynchée par les autres détenus (dans le livret, elles sont toutes les deux noyées).

L'opéra dure presque trois heures. Ignorant la durée de l'opéra en entrant, le temps passant, j'ai cru qu'il n'y aurait pas d'entr'acte. Il est finalement intervenu au bout d'environ deux heures. L'opéra est découpé en neuf tableaux répartis en quatre actes. L'entr'acte survint à un drôle d'endroit. Après la reprise, un tableau, puis le spectacle s'est interrompu pendant de longues minutes nécessaires à l'installation du superbe décor carcéral. Ce long changement de décor eût vraisemblablement gagné à coïncider avec un entr'acte, quitte à ce qu'il y en eût un de plus.

Pendant les deux premiers actes, le décor est constitué d'un sol terreux (salissant) encadré par de hautes palissades, avec au milieu, une grande pièce dépouillée aux murs transparents ; c'est le domaine de Katerina, brillamment interprétée par Eva-Maria Westbroek. Les scènes crues de son intimité avec Serguei sont terriblement violentes, ceci étant encore accentué par la musique et les lumières.

On ne peut pas vraiment dire que j'aie été séduit par la musique de Chostakovitch. L'action violente, crue, laisse très peu d'espace pour que les personnages, et en particulier Katerina, puissent exprimer leurs sentiments, leurs motifs et leurs éventuelles hésitations alors qu'ils s'apprêtent à commettre des méfaits. Bref, des personnages on ne peut plus antipathiques.

[1] Le français est vraiment une langue de fous : comment expliquer que le h de héros soit aspiré et que celui de héroïne ne le soit pas ?

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希尔薇娅

2009-01-11 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Ce soir, je suis allé à la dernière de 希尔薇娅 par 中国国家芭蕾舞团, en français Sylvia ou la nymphe de Diane par le Ballet national de Chine. Les quatrièmes loges de l'Opéra Garnier sont toujours aussi inconfortables, mais j'étais dans un angle idéal pour voir en entier la scène et l'orchestre Colonne dirigé par le plutôt jeune Zhang Yi.

Le sujet de ce ballet, chorégraphié par Lycette Darsonval en 1979 d'après le ballet de Louis Mérante (1876) sur une musique de Léo Delibes, est mythologique : faunes, satyres, naïades, etc. Au premier acte, Aminta est épris de la nymphe Sylvia qu'il espionne. La nymphe Sylvia, associée à Diane, est coiffée d'un croissant de Lune. Sylvia lance une flèche en direction de la statue du dieu Amour, mais Aminta s'interpose et est frappé par ce trait. Amour se venge en visant Sylvia qui se met à aimer Aminta, mais le chasseur Orion enlève Sylvia. Des paysans découvrent Aminta inanimé, mais heureusement, un vieux sorcier en haillons se pointe et le ranime en utilisant une fleur médicinale. Le sorcier est le dieu Amour en personne ; il enlève son déguisement et va tout faire pour qu'Aminta retrouve Sylvia.

Au deuxième acte, Sylvia est dans une grotte, prisonnière d'Orion. Des esclaves dansent. On mange, on danse, on boit. Sous l'effet de la boisson, tout le monde s'endort sauf Sylvia, qui implore Amour de la sauver. Une porte coulissante s'ouvre faisant paraître un bateau ; c'est Amour qui vient chercher Sylvia.

Au dernier acte, les créatures célestes et les paysans sont joyeux, mais Aminta est triste. Pourtant le bateau accoste et un Amour enturbanné relâche de nombreuses jeunes femmes portant toutes le même costume. Pendant cinq ou dix minutes, j'essaie de régler mes jumelles, sans y parvenir : les personnages féminins sont flous. Curieusement, je vois bien les autres. Au bout d'un moment, je comprends qu'elles portent un voile transparent et que c'est une épreuve à laquelle est soumis Aminta : il doit reconnaître Sylvia. Bien entendu, il y parvient. Mes jumelles se remettent à fonctionner, mais Orion revient sur scène et il n'est pas content. Un combat s'engage entre lui et Aminta. Sylvia se réfugie auprès de Diane qui finalement l'abat. Un beau final au premier plan alors qu'au fond de la scène, Amour et Diane montent sur leurs piédestaux respectifs tandis que Sylvia et Aminta sont enfin réunis.

Ailleurs : l'avis de Palpatine.

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100%

2008-12-19 00:03+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures

Il y a quelque temps, je parlais de la quarantaine d'heures de musique qu'il me restait à écouter après que j'eus finis de découvrir mon intégrale de Mozart. Cela fait au moins cinq ans que ça ne m'est pas arrivé, mais aujourd'hui, il n'y a pas dans ma collection de disques une minute de musique que je n'aie pas écoutée.

Parmi les opéras écoutés dernièrement, Fidelio de Beethoven m'a beaucoup impressionné. Rarement, au disque, je n'ai autant été ému par un opéra, alors même qu'aucun personnage ne meurt ! Si le premier acte ne m'a pas particulièrement enthousiasmé, le deuxième est vraiment superbe. J'avais acheté cet enregistrement (Sir Colin Davis, London Symphony Orchestra, 2006) pour me préparer à la représentation que je me disposais à voir cette année ; un grain de sable a dû compromettre la saisie de mon formulaire d'abonnement par les services de l'Opéra de Paris puisque de la production présentée cette année, je n'ai reçu nul billet. Quel dommage !

Là, tout de suite, je viens de visionner un DVD conseillé par Madame Abricot : Carmen avec Anna Caterina Antonacci et Jonas Kaufmann à l'Opéra royal de Londres. De cet opéra, je n'avais écouté que les suites pour orchestre qui en sont extraites. Avec d'excellents chanteurs et une bonne mise en scène, c'est tellement mieux ! Je me réjouis d'avoir pris une place pour la production de l'Opéra Comique en juin 2009, avec ladite Anna Caterina Antonacci. En regardant à nouveau la distribution, je viens de remarquer que le chœur d'enfants sera le chœur Sotto Voce. Tant mieux.

Mon mois de janvier s'annonçant chargé et celui de février indien, j'attendrai sans doute mars avant de me livrer à quelque nouvelle dilapidation (une semi-intégrale Haydn ?).

Côté livres, cette situation ne risque pas se produire de sitôt. À mon rythme actuel de lecture (environ quatre-vints livres cette année), j'ai de la réserve pour plus d'une année, étant entendu qu'en dernier recours, il me restera toujours une Bible (Segond).

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L'Art de la fugue aux Billettes

2008-12-15 00:13+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne

Vendredi, quand j'en pris le chemin, cela faisait deux ans que je n'avais pas mis les pieds dans l'Église des Billettes. J'étais alors allé écouter Sigiswald Kuijken interpréter les trois premières suites pour violoncelle de Bach sur un étonnant instrument : le violoncello da spalla. Cette fois-ci, c'était pour écouter L'Art de la fugue. Les versions que j'en ai en disque sont pour clavecin, piano ou orgue. Je savais que cela avait aussi été adapté pour orchestre. Ce soir-là, à ma grande surprise, c'était un ensemble de quatre violes, le consort de violes Sit Fast qui interprétait cette œuvre, qui est une des toutes dernières de Bach.

Ce concert faisait partie du programme des productions Philippe Maillard auxquelles je suis abonné depuis plusieurs années. En entrant, je me suis assuré que le prix de leurs programmes n'avait pas changé depuis mai dernier et étaient toujours de 5€. Le placement étant libre, je me suis installé sur les bancs grinçants, aussi près que possible des musiciens : sinon, à moins de passer à l'étage, on ne voit pas grand'chose.

Les musiciens se sont installés, plaçant sur ou entre leurs genoux leur viole. Celles-ci étaient de différentes tailles. Je ne suis pas expert en violes, mais je soupçonne fortement que le programme comportait une erreur dans la distribution : la viole qu'utilisait Isabelle Saint-Yves avait une taille plus voisine de celle du dessus de viole d'Atsushi Sakaï que de celle des violes des deux autres musiciens, Thomas de Pierrefeu et Josh Cheatham. Une de ces deux dernières violes, grandes par la taille, arborait un charmant motif constitué d'arabesques.

L'ensemble a interprété les onze premiers contrepoints ainsi que la Fuga a 3 sogetti. À de nombreuses reprises, les musiciens ont dû réaccorder leurs instruments, ce qui prenait bien cinq minutes à chaque fois ! J'étais quelque peu sceptique à l'écoute du premier contrepoint, joué dans un tempo très lent. Cette interprétation très austère transporte les spectateurs dans l'ascèse (au point qu'ils en oublient de tousser). Mes préventions ont été rapidement dissipées et au bout du sixième, j'étais convaincu et appréciait vraiment ce que j'entendais. Après un court entr'acte intervenu après le septième contrepoint, le concert a continué jusqu'au onzième. Atsushi Sakaï est alors intervenu pour évoquer le dernier morceau qu'ils allaient interpréter. Il a expliqué que diverses théories avaient été proposées au sujet des contrepoints qui suivent les onze premiers qui, eux, ne sont pas l'objet de controverses. Il a annoncé que son ensemble avait retenu l'hypothèse selon laquelle la Fuga a 3 sogetti fait bien partie de L'Art de la Fugue, mais qu'elle s'arrête malheureusement avant que le thème revienne. L'ensemble a interprété cette fugue, et de façon subite, au bout de quelques minutes, la musique s'est interrompue.

Pour le chemin du retour, ayant apporté des livres choisis aléatoirement dans ma bibliothèque et ayant déjà eu le temps au cours de la journée de finir La Centurie, Poèmes amoureux de l'Inde ancienne d'Amaru, je n'ai pas eu d'autre alternative que de commencer la pièce de théâtre de Krishna Baldev Vaid, en version bilingue hindi-français : La faim, c'est le feu (भूख आग है), traduit du hindi par Muriel Calvet et Jyoti Garin, Asiathèque. Je pensais ne rien comprendre, mais j'arrive à saisir le sens d'une phrase sur deux du texte hindi. Il faut bien dire que les personnages rencontrés jusqu'à présent, une jeune fille et ses parents, parlent une langue qui est un Hindglish caricatural. Ils utilisent ainsi de nombreux mots anglais. Certaines répliques sont même entièrement en anglais, mais transcrites dans l'alphabet devanagari, comme celle-ci :

बच्ची. ― ममी, प्लीज़ नो ! आइ लव माइ हिंदी मैदम ।

Cette réplique de la jeune fille se transcrit ainsi : Mamî, plîz no ! Âi lav mâi hindî maidam.. La traduction franglaise qui est donnée est Maman, non, please! I love ma prof de hindi !. Bref, c'est très amusant à lire.

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La Turangalîla à Pleyel

2008-12-11 00:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Olivier Messian étant né en 1908, ses œuvres sont davantage jouées cette année que d'ordinaire. Depuis le début de l'année, il y a eu une autre Turangalîla-Symphonie à Pleyel et même une version concert de l'opéra Saint François d'Assise. En m'installant hier à mon siège, j'ai découvert dans le programme que ce concert de l'Orchestre de Paris célébrait le centenaire, jour pour jour, de la naissance du compositeur. La représentation était enregistrée, filmée et diffusée en direct sur Mezzo (rediffusion le lundi 15 décembre à 17h).

Une seule œuvre était au programme de ce concert, sans entr'acte : la Turangalîla-Symphonie pour piano solo, ondes Martenot et grand orchestre. L'effectif de l'orchestre s'avère bien grand : les premières rangées de fauteuils ont été escamotés, mon rang L côté impair est plus proche de la scène que je ne l'avais imaginé. Ce placement me procure un bon angle pour observer le pianiste Jean-Yves Thibaudet et le chef, Christoph Eschenbach, que je voyais pour la première fois (fait qui a surpris Palpatine, rencontré en fin de concert). Eussé-je été de l'autre côté que j'eusse pu voir sous un meilleur angle les ondes Martenot, un bien curieux instrument électronique, qui fête ses quatre-vingts ans cette année.

C'était la première fois que je voyais une œuvre de Messian en concert. Je dois bien avouer que ce qui me fit cocher la case correspondant à ce concert pour mon abonnement Pleyel est que cette œuvre porte un nom sanskrit... Le programme me stupéfie quand il affirme qu'il faut prononcer Tourânegheulî-lâ (sic) ; je suis étonné de la présence du eu. Les premiers mouvements sont choquants pour moi qui ne suis pas du tout habitué à cette musique (seulement écoutée une fois au disque il y a quelques jours). On veut alors bien croire que Turanga puisse signifier le cheval au galop. Ces mouvements introduisent néanmoins des thèmes que l'on pourra apprécier à nouveau quand ils reviendront. Un des vénérables spectateurs situés à ma gauche s'endort et se met à ronfler pendant un de ces mouvements, pourtant, sans toutefois être oppressants, les décibels ne manquaient pas. Je me délecte de l'écoute du Jardin du sommeil d'amour, le sixième mouvement de cette symphonie qui en compte dix ! un des rares mouvements lents de l'œuvre. Pendant le huitième mouvement Développement de l'amour, je me demande si je ne me suis pas perdu dans mes comptes parce que le recours répété aux violentes percussions me donne l'impression qu'on est à la fin de quelque chose, mais non, la pression redescend et l'œuvre se poursuit, jusqu'au dixième mouvement, qui est très beau.

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“Und es ward Licht”

2008-11-30 20:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Hier soir, j'étais au TCE, dont la salle était bien pleine, pour écouter La Création de Haydn. L'effectif était important : une trentaine de choristes du Collegium Vocale Gent, une cinquantaine de musiciens de l'Orchestre des Champs-Élysées dirigé par Philippe Herreweghe.

Le moment fort de l'œuvre est celui où, après que Dieu a dit Que la lumière soit !, l'ambiance musicale passe subitement des ténèbres à la lumière en même temps que le chœur nous dit que la lumière fut.

Si tous les mouvements de cet oratorio ne sont pas inoubliables, d'autres retiennent l'attention comme ceux qui évoquent, parmi les diverses créatures, le rossignol chantant, le lion rugissant ou encore le tigre bondissant.

Les trois solistes, la soprano Christina Landshamer, le ténor James Gilchrist et la basse Yorck Felix Speer remplissaient très bien leurs rôles respectifs. Seuls, en duo, en trio, ou avec le chœur, ils récitaient ou chantaient un texte à la gloire de la Nature et du Créateur. Les émotions exprimées ne sont pas aussi variées qu'elles peuvent l'être dans une Passion, un opéra ou un oratorio sur un sujet plus humain. L'arrivée d'Adam et Ève n'assombrit même pas le tableau de ce point de vue-là puisque l'oratorio s'achève avant que cela se gâte. Seul un récitatif mettra le couple en garde avant que Dieu soit loué une dernière fois :

Ô heureux couple, et heureux à tout jamais
si de fausses chimères ne les incitent pas
à désirer jamais davantage que ce qu'ils ont,
à savoir jamais davantage que ce qu'ils doivent !

Étant placé au premier rang du premier balcon de côté, une petite partie du côté cour ne m'était pas visible, à moins que je ne me penchasse. La soprano et la basse étaient du côté jardin et le ténor de l'autre côté, mais suffisamment au centre pour que je le voie. Pendant le dernier chœur, j'ai remarqué qu'une des mezzo-sopranos du chœur n'était plus à sa place (pas que je l'eusse particulièrement remarquée, mais cela fait un certain nombre de fois que j'assiste à des concerts du Collegium Vocale Gent et certains visages sont restés dans ma mémoire). Je me demandais où elle était passée. Quand l'oratorio se fut terminé, je la retrouvai à droite du ténor James Gilchrist. Comme ce dernier chœur (avec solistes) a été bissé, je pus me pencher un peu pour rattraper cette distraction.

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Malfaçons

2008-11-24 20:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

J'ai déjà parlé d'actes anodins de disquaires pouvant nuire à leur commerce. Le parcours du discolique est parsemé d'un autre type d'embûches : les malfaçons.

Ces dernières années, j'ai rencontré ce type de problèmes à plusieurs reprises. Dans mon intégrale Hänssler de Bach, un disque était en double et un autre était manquant. La plupart de ces disques, peut-être tous, étaient aussi en vente à l'unité et j'en possédais déjà quelques uns que j'ai donnés ici ou là. Par une chance inouïe, le disque qui était manquant faisait déjà partie de ma collection.

Les trois autres problèmes qui m'ont fait souffrir quelques désagréments sont dus à divers problèmes avec EMI Classics. Un des premiers opéras que j'ai acheté était Norma de Bellini (avec Maria Callas, 1960). Commandé sur Amazon.fr, le boîtier de trois CD contenait le CD nº1, deux exemplaires du CD nº2, mais pas de CD nº3. Retour à l'envoyeur, qui me réexpédie un nouveau coffret, souffrant du même défaut. Deuxième retour ; la troisième expédition sera la bonne.

J'ai déjà parlé du caractère bâclé de certain livret fourni par cet éditeur. Hier, en écoutant pour la première fois Orphée aux enfers d'Offenbach, dirigé par Marc Minkowski, avec notamment Natalie Dessay (Eurydice), Yann Beuron (Orphée), Laurent Naouri (Jupiter), j'ai été tout perturbé que la page 73 du livret succède à la page 96. Bref, une vingtaine de pages manquent au livret, ce qui m'a pas mal déstabilisé dans mon écoute des troisième et le quatrième tableaux. Heureusement que l'opéra est en français ! Bien sûr, le livret complet n'est pas disponible sur le site Internet de l'éditeur. Comme Offenbach a proposé deux versions de son œuvre et que Laurent Pelly et Marc Minkowski ont retenu plutôt la première avec quelques éléments de la seconde, une version du livret trouvée sur Internet s'est avérée assez différente de ce que j'entendais. Cet incident m'a un peu gâché cette première écoute de ce bien charmant opéra-bouffe, qui cite parfois pour plaisanter Orfeo ed Euridice de Gluck (dont je ne me lasse pas non plus d'écouter un enregistrement avec Bernarda Fink dans le rôle d'Orfeo).

On voit là un des dangers de l'achat compulsif de disques pour une consommation non immédiate. Si j'écoutais mes disques aussitôt après les avoir achetés, je saurais vers qui me retourner pour obtenir remplacement d'objets défectueux (encore que dans le dernier cas envisagé ici, il ne me semble pas aller de soi que le commerçant accepte de procéder à un échange). Pour Orphée aux enfers, je n'ai absolument aucun souvenir de l'achat, qu'il se réalisât par Internet ou en magasin.

Les organisateurs de concerts proposant à la vente des programmes ne sont pas toujours irréprochables non plus. Je me souviens d'une Johannes-Passion au TCE pour lequel le livret apparaissant dans le programme commençait par O Mensch, bewein dein Sünde groß. Dans les versions usuelles des Passions de Bach, ce chœur apparaît à la fin de la première partie de la Matthäus-Passion, mais c'était aussi et avant tout le chœur introductif d'une des versions de la Johannes-Passion, mais qui n'est pas la version canonique jouée actuellement. Pendant les minutes précédant le concert, je me réjouissais donc par avance de l'écoute prochaine d'une version non standard de cette œuvre. Ce ne fut donc pas sans une certaine déception que j'entendis le concert débuter par le traditionnel chœur Herr, unser Herrscher.

Je n'ignore s'il y a lieu d'y voir un changement de politique de l'Opéra de Paris, mais je constate avec réjouissance que les trois programmes d'opéra que j'y ai achetés depuis le début de la saison comportent une version française du livret alors que ce cas était plutôt l'exception les années précédentes (sur les huit programmes précédemment achetés, seul celui de Luisa Miller incluait un livret).

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Vingt-septième dimanche après la fête de la Trinité

2008-11-23 12:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Promis, après cette note, je ne vous ennuierai plus avec la cantate 140 Wachet auf, ruft uns die Stimme. Cela n'était pas arrivé depuis 1989, mais aujourd'hui, selon le calendrier liturgique luthérien, nous sommes le vingt-septième dimanche après la fête de la Trinité. Il faut que la date de Pâques intervienne très tôt dans l'année pour qu'il soit possible d'intercaler autant de dimanches en partant de fêtes dans les dates sont calculées par rapport à Pâques et le premier dimanche de l'Avent. Du vivant de Bach, cette situation s'était présentée le 25 novembre 1731, date de la création de cette cantate. D'après mes calculs, les prochaines dates sont les 25 novembre 2035, 25 novembre 2046, 26 novembre 2062, 26 novembre 2073 et 26 novembre 2084.

Le chœur introductif, et d'autres mouvements, peuvent être écoutés sur Youtube : Wachet auf, ruft uns die Stimme (Ton Koopman). Attention, on y trouve aussi des horreurs, comme cette version par Karl Richter.

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Une Flûte pas si horrible que ça

2008-11-23 01:16+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

J'avais entendu beaucoup de mal de la production de La Flûte enchantée qui est reprise en ce moment à l'Opéra Bastille. J'étais à la représentation d'hier. Un placement plutôt bon : deuxième balcon, plein centre.

Je suis horrifié par le début. Les costumes sont d'une laideur et d'un mauvais goût incroyables à ce niveau (avec une mention spéciale pour les trois Dames et la Reine de la Nuit). Des vidéos de mauvais économiseurs d'écrans sont projetées en surimpression.

Au bout d'un moment, j'arrive à surmonter mon premier sentiment. Les chanteurs des rôles principaux, Tamino, Pamina, La Reine de la Nuit, Sarastro, Papageno et Papagena sont bons. Monostatos me paraît un peu plus limite. Le chœur est planqué sous la scène et il ne sera pas donné au public d'apercevoir José Van Dam qui a le rôle parlé de la Voix. Je profite de mon placement pour observer l'orchestre.

Si on laisse de côté les costumes affreux et l'essentiel des vidéos, ce qu'il reste de la mise en scène se laisse bien regarder. Le décor est constitué de douze matelas géants gonflables (et dégonflables). Ces éléments bougent beaucoup et se transforment aussi bien en temple, en pyramide ou en les terribles lieux des épreuves d'initiation que subissent Tamino et Pamina.

D'autres aspects de la mise en scène laissent perplexes, comme la pluie de boules noires et blanches dans un grand récipient, constituant une sorte de piscine dans laquelle Monostatos, Pamina puis Papageno plongent. Le bout de phrase quand j'ai placé les pièces dans la bouche de Sarastro donne lieu à un grand n'importe quoi au deuxième acte où un grand échiquier est projeté sur scène ; des figurants viennent s'y placer, Sarastro en échange trois ou quatre ; une très courte partie d'échecs grandeur nature se déroule. On assiste à deux tours de magie classiques : Sarastro est coupé en trois morceaux et plus loin est transpercé d'épées avec en plus du sang qui coule de la boîte dans laquelle il se trouve, sang, qui vidéo aidant, se répand sur toute la scène. Ce deuxième tour me paraît assez incohérent avec l'histoire : dans la version du livret que j'avais lue, après que la Reine de la Nuit a exprimé sa colère terrible en demandant à Pamina de tuer Sarastro, Pamina ne semble pas le moins du monde disposée à lui obéir (elle n'a de toute façon pas le temps d'y penser, vu que Monostatos revient la harceler). Ce soir, elle plantait des épées dans Sarastro, sans le tuer pourtant. L'utilisation des clochettes par Papageno est curieuse. Parfois, il actionne son attirail, parfois, on entend leur son mais il ne fait même pas semblant de s'en préoccuper, ayant autre chose à faire. Les trois enfants apparaissent avec des consoles de jeux portables en mains. Bref, l'onirisme décomplexé des concepteurs ne s'est pas exprimé sans quelques débordements.

Malgré tout, ce spectacle est tout à fait regardable et écoutable. Le public, constitué d'un nombre inhabituellement élevé d'enfants, semble avoir apprécié ; je n'ai pas entendu de sifflets.

Ailleurs : l'avis de Palpatine.

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Tristan und Isolde à Bastille

2008-11-22 14:24+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Hier, je suis allé pour la deuxième fois à l'Opéra Bastille pour assister à une représentation d'un opéra de Wagner. En mai 2007, j'avais plutôt aimé Lohengrin (mis en scène par Robert Carsen) et une Waltraud Meier terriblement convaincante en Ortrud. Qu'elle incarne Isolde a été ma principale motivation pour inscrire cet opéra à mon abonnement. Ce qui est ennuyeux avec les abonnements, c'est qu'on ne peut réserver que des places dans les six premières catégories de prix. Faute de place disponible en sixième, j'avais dû opter pour une place de cinquième catégorie. À mon humble avis, le prix des places et le plaisir de spectateur en résultant est complètement décorrélé. Je préfère être au premier balcon avec vue plongeante sur l'orchestre, la vision des sur-titres en fût-elle mise en péril que d'être à l'avant-dernier rang du parterre, en ayant payé ma place à quadruple prix : on ne voit que la tête du chef dépasser, les chanteurs sont très loin et la santé et la fortune ne s'accordant guère, on tousse bien davantage au parterre que dans les hauteurs. Bon, je me console en me disant que les personnages du rang situé juste devant moi eurent à payer encore 26€ de plus !

L'opéra commenca vers 18h, les opéras normaux commençant plutôt vers 19h30. Tristan dure 4h, également divisé en trois actes. Des entr'actes de 45 et 30 minutes ayant été prévues, pour que l'œuvre finît à une heure raisonnable, il fallait commencer tôt.

Globalement, je suis déçu par cette représentation. Quelques prosélytes lyriques ont même abandonné après le premier ou le deuxième acte. Le seul élément de décor était une toute petite plateforme où les personnages pouvaient s'asseoir ou s'allonger. Les costumes étaient trop sobrement noirs. À part peut-être au troisième acte où il y avait un peu de couleur, les lumières n'éclairaient pas grand'chose. Non, le spectacle visuel n'était pas sur scène, mais sur l'écran situé entre les chanteurs et le sur-titrage. Pendant quatre heures ou presque, nous avons été abreuvés des vidéos de Bill Viola. Le premier acte a représenté des rites de purification. Du fait d'un petit coup de barre, j'ai un souvenir plus confus du deuxième acte. Lumières dans un bois pendant une partie de chasse, coucher de Lune, lever de Soleil. Vidéos accélérées ou ralenties représentant la nature, des effets d'optique plus ou moins naturels. Bravo au directeur de la photographie, l'esthétique et la qualité des images était impressionnante. C'est bien beau, mais cela distrait le spectateur de ce qui se passe sur scène. Il ne m'a pas été possible de me détourner de ces images, puisque, n'entendant guère l'allemand, j'ai besoin des sur-titres pour suivre. Il n'est pas évident de suivre simultanément l'action qui se passe en bas et en même temps ces sur-titres situés tout en haut, deux éléments sobres, quand le centre est accaparé par d'ondoyantes images (cela empêche aussi de s'endormir complètement, la luminosité étant importante, surtout si on est situé à proximité de la cabine de projection). Ajouter à cela que les textes sont largement métaphoriques, de sorte qu'une ligne de sur-titres de perdue engendre bien dix lignes d'incompréhension.

La mise en scène est très statique. À plusieurs reprises, des personnages se retrouvent à rester immobiles pendant de longues minutes. Certains personnages semblent avoir des yeux dans le dos ; Isolde fait même à distance et de dos un diagnostic de Tristan mourrant. Pour tenter de faire oublier ces limitations, certains personnages (Brangäne, le berger) apparaissent non plus sur scène mais dans dans les hauteurs du théâtre (invisibles depuis ma place). On fait aussi entrer un chœur d'hommes par le fond du parterre (tout près de moi, donc). Bref, ce n'est pas très convaincant.

Heureusement, il reste la musique. Si je suis partagé sur les parties chorales, très limitées et assez peu intéressantes, aussi bien l'orchestre que les solistes lui font honneur. L'ouverture de l'œuvre est belle ; on réentend ensuite avec plaisir quelques leitmotivs.

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L'Ensemble orchestral de Paris au TCE

2008-11-20 08:01+0100 (Orsay) — Culture — Musique

J'ai assisté hier à un concert de l'Ensemble orchestal de Paris. En dehors de l'ouverture du Freischütz de Weber que je n'avais toutefois pas encore entendue en concert (et que John Nelson dirige de mémoire), je ne connaissais aucune des œuvres au programme. Si j'ajoutai ce concert à mon abonnement, c'est qu'après cette ouverture était prévue une œuvre de Berlioz, La Mort de Cléopâtre, interprétée par Anna-Caterina Antonacci. J'apprécie toujours autant cette chanteuse, dont le programme nous apprend qu'elle vit à Paris. Elle m'a pourtant semblé un peu tendue, même pour venir saluer de nombreuses fois sous les applaudissements enthousiastes du public.

La deuxième partie du concert était réservée à la symphonie nº9 La Grande de Schubert, que je découvrais aussi. Ses dimensions sont effectivement assez grandes puisqu'elle dure environ une heure. Je n'ai pas terriblement été emballé par le premier mouvement. Les autres mouvements m'ont bien plu, et tout particulièrement les deuxième et troisième.

Depuis mon premier concert Haydn à Pleyel, je me disais que Haydn faisait partie des compositeurs que je découvrirais volontiers plus en profondeur. Bien que son style soit proche de celui de Mozart, j'apprécie l'un alors que l'autre tend plutôt à m'exaspérer. Hier soir, en feuilletant le Monde, je tombe, page une, sur une publicité annonçant une intégrale Haydn, publiée par le même éditeur que l'intégrale Mozart que je possède déjà. Je me laisserai peut-être tenter prochainement. Il fait longtemps que mon penchant discolique n'a pas été satisfait : en réserve, je n'ai plus que 18 heures de musique non écoutée, plus que cinq opéras et un oratorio. Ce qui m'inquiète, c'est que cette intégrale de 150 CD a un sous-titre : volume 1. Je savais ce compositeur très prolifique, mais je n'imaginais pas que son œuvre pût être aussi volumineuse. Ce premier volume comporte la centaine des symphonies de ce compositeur, l'oratorio La Création (qui est au programme du concert du 29 novembre au TCE) et bien d'autres œuvres encore.

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La messe en si mineur à Pleyel

2008-11-15 02:25+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Hier soir, c'était ma quatrième Messe en si mineur. La deuxième de suite à Pleyel après celle de février dernier par Le Concert Spirituel (que j'avais beaucoup appréciée). La deuxième de Koopman après celle de février 2006 au TCE, avec déjà la basse Klaus Mertens. Les solistes de ce soir étaient plus enthousiasmants que ceux d'hier. J'apprécie toujours autant cette basse, ai agréablement découvert l'alto Marie-Claude Chappuis et réentendu Sandrine Piau (que je n'avais pour le moment entendue que dans La Passion selon Saint Jean au TCE en 2003). J'ai un peu plus modérément apprécié le ténor Jörg Dürmüller (déjà entendu en évangéliste dans L'Oratorio de Noël 1 et la susdite Passion).

Entre chacune des parties et sous-parties de l'œuvre, les instrumentistes se réaccordaient. En revanche, j'ai apprécié que souvent les mouvements s'enchaînassent quasiment sans temps mort (ce qui permet de faire passer son tour au chœur de tousseurs). De très beaux airs, duos et chœurs. Mimiques caractéristiques de Ton Koopman. Un très bon concert. Malheureusement, les applaudissements énergiques de la salle n'ont pas été récompensés d'un bis. (Ce qui est ennuyeux avec la messe en si mineur, c'est qu'il n'y a pas vraiment de mouvement qu'il soit logique de bisser, alors que pour une cantate, il est courant de reprendre le choral final.)

J'ai eu le plaisir de revoir Palpatine à l'entr'acte.

[1] Je fréquente le TCE depuis 2002. J'y ai assisté à des représentations de l'Oratorio de Noël (BWV 248) chaque année depuis cette date, c'est dire si cette œuvre me plaît. J'ignore pourquoi elle n'a pas été reprogrammée cette année ; si cela avait été le cas, j'y serais retourné. Cette œuvre est très longue : elle est composée de six cantates. Lors de ces concerts, seules quatre cantates étaient jouées : 1-2-3-4 ou 1-2-3-6. Je n'ai donc jamais entendue la cinquième cantate en concert.

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Masaaki Suzuki au TCE

2008-11-14 08:11+0100 (Orsay) — Culture — Musique

J'étais hier soir au Théâtre des Champs-Élysées pour un concert du Collegium Bach Japan dirigé par Masaaki Suzuki. Un des premiers disques de musique classique que j'aie acheté était de Bach et c'était la Passion selon Saint-Mathieu interprétée par cet ensemble (probablement vers 2000/2001). J'étais donc a priori très content d'aller écouter ces musiciens.

Je m'installe au deuxième balcon de face. Les musiciens s'installent. L'effectif sera réduit au possible : une petite quinzaine de musiciens. Quand commence le choral de la cantate BWV 102 Herr, deine Augen sehen nach dem Glauben, je me demande si le chef n'aurait pas prévu de faire rentrer les solistes au fur et à mesure. En regardant plus attentivement le chœur, je remarque que les trois solistes hommes (que j'ai déjà entendus chacun un certain nombre de fois dans ce registre) sont bien là, chantant avec les douze autres choristes ; pour découvrir la soprano, j'attendrai un peu. La cantate BWV 102 ne me paraît pas terriblement intéressante (eu égard à la moyenne des cantates) ; je me distrais en lisant le texte, disons assez amer envers les incroyants.

La partie de programme qui m'enthousiasme le plus est la cantate BWV 140 Wachet auf, ruft uns die Stimme. J'ai plusieurs fois parlé ici de cette cantate, dont la position peu enviable dans le calendrier liturgique fait que les occasions de la jouer à la date prévue par icelui sont très rares puisque la date de Pâques, calculée en fonction des phases de la Lune (en gros), doit intervenir le plus tôt possible dans l'année pour que ce soit le cas (prochaines occasions : 23 novembre 2008, 25 novembre 2035).

Le chœur introductif de cette cantate est superbe, tout comme son choral final (dont on aura un bis à la fin du concert). Le mouvement qu'on attend le plus est le choral du milieu, chanté par le ténor, morceau célèbre pour n'avoir pas été plagié dans la chanson A Whiter Shade of Pale. La dernière fois que je l'avais entendu en concert pour des cantates de Bach, j'avais été un peu déçu par le ténor, peu puissant. Je n'avais donc pas de trop hautes attentes concernant ce choral. Cela me désespère un peu, mais ce ténor Jan Kobow n'était pas très convaincant ; son visage trahissait un certain ennui, la ferveur du texte aidant, on en eût pu attendre un peu plus d'enthousiasme, bon sang. Néanmoins, c'était acceptable, un peu plus que ce que le Concentus Musicus Wien (Harnoncourt) et le ténor d'alors avaient proposé l'année dernière salle Pleyel dans l'interprétation de cette même cantate. Entre ces choraux s'insèrent des couples de mouvements récitatifs/duo soprano-basse. Ces duos sont délicieux et leur texte a beaucoup amusé Palpatine.

La deuxième partie du concert est réservée à la messe en sol mineur (BWV 235). Le premier mouvement Kyrie ressemblait très fortement au premier mouvement de la cantate 102 ! Bach est coutumier de ce genre d'emprunts. Ayant lu le programme au début du concert, je savais déjà qu'il y aurait une telle conjonction. La surprise est encore plus forte quand on s'en rend compte en plein concert. C'était la première fois que je voyais deux versions d'un mouvement au programme de la même soirée de concert. Pas grand'chose d'autre à dire sur cette messe (brève). J'étais avant tout venu pour la cantate 140.

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Les Enfants du paradis à Garnier

2008-10-25 01:52+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Ce soir, c'était la première fois que j'allais à l'Opéra Garnier pour assister à un ballet. J'y étais déjà allé pour un opéra-ballet, mais sans texte chanté, ce n'est pas du tout la même chose. J'ai vraiment adoré ce spectacle, Les Enfants du paradis, création de José Martinez, d'après le scénario de Jacques Prévert du film du même nom de Marcel Carné, qu'à ma grande honte, j'avoue n'avoir pas vu.

Cela avait failli ne pas commencer du tout. Bien que j'eusse prévu une marge d'une demi-heure, mon RER a été tellement retardé que j'ai craint d'arriver en retard. Il a été transformé en omnibus, s'est trouvé bondé et pour couronner le tout, déguisés en lapins, un petit groupe d'imbéciles étudiants faisaient les zouaves. Changement à Châtelet, direction Pyramides. Je n'avais pas le souvenir que l'avenue de l'Opéra fût si longue. J'arrive tout juste à l'entrée de ma quatrième loge de côté (tout en haut) avant que le spectacle commence. En ayant payé 20€, je ne m'attendais pas à avoir une place aussi satisfaisante. Certes, cela donne un peu le vertige, on est un peu serrés, ce n'est pas très confortable, il faudrait prévoir une genouillère pour ne pas se faire mal en se cognant contre le bord. Pour prévenir l'engourdissement des jambes, il n'y a probablement rien à faire. Malgré ce relatif inconfort, bien calé dans mon siège, je voyais la scène et l'orchestre presqu'en entier. Pour voir le coin qui manquait, il me suffisait de me pencher un peu. M'étant installé au tout dernier moment, je n'ai pas sorti mes jumelles d'opéra pour ne pas faire de bruit. Je me suis bien rattrapé au deuxième acte et ai été agréablement surpris des excellentes conditions de vision que cette place offrait. En comparaison, à Bastille, en six- ou septième catégorie, je ne vois pas aussi bien les visages des artistes.

La musique de Marc Olivier Dupin était belle à écouter. Les décors étaient magnifiques, tout en mise en abyme. Les décors étaient des décors, à l'endroit ou à l'envers. La mise en scène du premier acte était époustouflante, il était impossible de se focaliser sur un point de la scène tant il se passait de choses en même temps : funambules, un bal populaire, du théâtre à l'intérieur du théâtre, etc. Ce n'était finalement pas plus mal de voir ce premier acte sans les jumelles. Bien sûr, l'intrigue se noue autour de Garance et de ceux qui la convoitent : Baptiste, Frédérick, le Comte. Le programme comportait un véritable entr'acte, c'est-à-dire non seulement une pause entre les deux actes, mais aussi un mini-spectacle à part entière. Des tracts ont d'ailleurs été jetés du poulailler pour annoncer une représentation d'Othello au Théâtre du grand escalier. Ainsi donc, sur l'escalier de l'Opéra, Desdémone n'en finissait pas d'agonir. Sur la scène du théâtre, une répétition du ballet Robert Macaire se tenait.

Le début du deuxième acte se passe toujours dans l'univers du spectacle, avec donc, la création du ballet Robert Macaire de Frédérick Lemaître, qui en est la vedette. À la fin de cette scène merveilleuse, on ne sait plus très bien si on applaudit Frédérick Lemaître et la Ballerine qui viennent saluer ou bien s'il s'agit de Karl Paquette et Sarah Kora Dayanova qui interprètent leurs rôles. Nous sommes à une autre époque qu'au premier acte. Garance a épousé le Comte pour la protection qu'il lui procure et Baptiste a épousé Nathalie qui lui a donné un enfant. En assistant à un spectacle depuis un des fauteils de l'Opéra (décidément), elle retrouve Baptiste, déguisé en Pierrot, faisant un numéro de pantomime, dont le thème se rapproche curieusement du niveau méta de moins. Il n'a pas d'argent pour acheter un costume au 'chand d'habits, il le poignarde. Quand il débarque au bal du Comte, il porte le costume que son personnage a volé. Garance retombe sous son charme. Le Comte est assassiné par un homme qu'il a humilié. Garance et Baptiste pourraient s'aimer, mais ils sont surpris par un chiffonnier qui est accompagné de Nathalie. Se sentant de trop, Garance part pour ne jamais revenir.

Voilà, c'est superbe, et ça se joue jusqu'au 8 novembre.

Ailleurs : l'avis de Palpatine.

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Pitié !

2008-10-24 01:48+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Une des qualités du Théâtre de la Ville est de proposer des prix très modérés, de sorte que l'on en a toujours pour son argent, que le spectacle plaise ou non. Pour 12€, j'aurai donc eu le privilège d'assister depuis le premier rang à un spectacle qui fait davantage rire que pleurer, mais vu le thème censément abordé, ce n'est pas un compliment.

C'est la troisième fois que j'assiste à un spectacle mettant en scène des œuvres de Bach. Ce spectacle était de loin le moins inspiré des trois. La musique de Fabrizio Cassol reprend, déforme et massacre la musique de la Passion selon saint Mathieu de J. S. Bach. Elle est interprétée par un groupe de huit musiciens situés en hauteur en arrière-scène, au cœur du décor Ikea. Le chant est assuré par la soprano Laura Claycomb (que j'avais déjà vue dans le rôle de Gilda), la mezzo-soprano Maribeth Diggle et l'étonnant contre-ténor Serge Kakudji. Des airs, des choraux et mêmes quelques récitatifs se succèdent. Certains sont adaptés de façon non grotesque, mais d'autres sont complètement dénaturés, comme Können Tränen meiner Wangen ou Mache dich, mein Herze, rein. Le plus vilain massacre est celui du chœur final Wir setzen uns mit Tränen nieder. Il est correctement interprété par l'ensemble jazz Aka Moon, mais au moment où s'attend à entendre le chant débutant de belles voix, on entend les dix danseurs gémir de grotesques onomatopées.

Les trois chanteurs ont des costumes noirs, sauf Serge Kakudji qui a un sweat à l'effigie d'un Jésus pourvu de marques sectaires vishnouïstes. Des pansements sur ses mains et pieds semblent figurer les stigmates de la crucifixion. La répartition des voix n'est pas très cohérente puisqu'on a entendu la mezzo-soprano chanter des phrases en principe chantées par Jésus.

Les dix danseurs forment un groupe étonnant. Certains passages sont assez impressionnants, comme le premier solo de type hip-hop. Les corps sont pincés, contorsionnés, s'utilisent les uns les autres de façon bien curieuse, jouissent, se font mal. Ce n'est pas désagréable, mais tout cela n'a pas fichtrement rapport avec l'histoire qu'ils sont réputés illustrer. En outre, je ne vois pas trop l'intérêt de céder à la trivialité qui consiste à faire voir le séant des danseurs.

Un vers de la Bible à été mis en scène de façon indiscutablement spectaculaire :

Matthieu 27:51 : Alors le voile du sanctuaire se déchira en deux, d'en haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent.

En effet, Laura Claycomb a empoigné une grande hache et en a frappé une table. Au moment précis de l'impact, plusieurs rangées de lumières se sont mises à bouger dangereusement au plafond.

Voilà, c'était Pitié ! d'Alain Platel. Ne pas y aller si on aime trop la musique de Bach pour la voir souffrir ; de toute façon, c'est déjà complet...

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Armide au TCE

2008-10-14 21:12+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Dimanche dernier, j'étais au Théâtre des Champs-Élysées pour une représentation d'Armide, opéra en un prologue et cinq actes de Lully.

Le prologue, panégyrique de Louis XIV et annonce du thème de l'opéra, est interprété par William Christie et les Arts florissants pendant que les choristes déguisés en touristes envahissent la salle par diverses portes. La scène ressemble à l'entrée d'une exposition. On annonce Prochaine visite à 17h. La Gloire et la Sagesse (Claire Debono et Isabelle Druet) entrent sur scène en guides touristiques munies de baguettes et de télécommande pour vidéoprojecteur pour faire défiler des images du Roi-Soleil sur la grande toile située au milieu de la scène. On voit un film d'un groupe de touristes à Versailles, écoutant dans un premier temps sagement leur guide, puis se mettant à danser en entrant dans la galerie des Glaces. Ce prologue joyeusement animé par écran interposé par les danseurs du Centre chorégraphique national de Grenoble (groupe Émile Dubois) et par nos deux guides et les choristes installés dans la salle me fait me demander si j'ai bien lu le programme : cela ne ressemble guère à du Robert Carsen.

Quand le premier acte commence, je retrouve une mise en scène et des décors d'un style plus familier. Un joli fondu enchaîné entre la fin du film projeté et la première scène où Armide, Stéphanie d'Oustrac, se réveille dans un lit à baldaquin. On vante les victoires de la magicienne sur les croisés, mais un guerrier, Renaud (Paul Agnew), lui résiste, il vient d'ailleurs de libérer les prisonniers. Elle promet de se venger.

Au deuxième acte, Armide et son oncle Hidraot convoquent des charmes pour enchanter Renaud. Des nymphes vêtues en rouge et portant des fleurs entourent Renaud qui s'assoupit au milieu de la scène, couverte de fleurs. Par le pouvoir des machinistes, il se trouve surélevé de quelques dizaines de centimètres. Armide arrive avec un poignard pour le tuer, commence l'air Enfin, il est en ma puissance. Quand elle le voit, elle en tombe amoureuse et renonce à le tuer.

Entr'acte. Armide ne pense pas être aimée de Renaud. Elle croit ne pouvoir le divertir de ce sentiment que par magie. Elle convoque la Haine (Laurent Naouri) pour se défaire de son amour pour lui. La Haine et sa suite, vêtus de rouge, interviennent. Au dernier moment, Armide renonce aux pouvoirs de la Haine et prend refuge dans l'Amour. Les membres de la suite de la Haine embrassent goulûment l'héroïne.

Le quatrième acte est très curieux. Ubalde et le Chevalier danois sont chacun à son tour perturbés dans leur recherche de Renaud par l'apparition d'une nymphe enjôleuse. Pendant que l'un est charmé, l'autre utilise une arme magique pour défaire la nymphe de son pouvoir charmeur.

Au dernier acte, Armide et Renaud sont devenus amants. Armide craint que Renaud ne lui préfère la Gloire et le laisse sous le charme des plaisirs. Les deux compères du quatrièmes actes retrouvent Renaud et le libèrent du pouvoir d'Armide. Renaud s'habille (en rouge) et répond à l'appel de la guerre. Armide revient (en gris) et le maudit.

Si j'ai toujours un peu de mal avec les opéras baroques en français, j'ai passé un bon moment. J'ai revu avec plaisir Paul Agnew et Laurent Naouri. Après vérifications dans mes archives, si j'avais déjà entendu Stéphanie d'Oustrac dans plusieurs rôles secondaires d'Alceste (en version oratorio), je ne l'avais jamais vue dans un rôle principal. J'ai particulièrement apprécié son jeu et son chant dans l'air final du deuxième acte.

La dernière est samedi prochain. Elle sera diffusée en direct sur France Musique.

En rentrant, mon RER B est bloqué à Laplace en raison d'un accident grave de voyageur (en clair : un suicide). Je continue à pieds. Trois stations plus loin, à Bourg-la-Reine, je trouve un RER pour Massy-Palaiseau, puis un autre pour Orsay.

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Intégrale Brilliant de Mozart

2008-10-09 23:05+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je viens enfin de finir d'écouter mon intégrale Brilliant de Wolfgang Amadeus Mozart. Il m'aura fallu 1074 jours pour cela, c'est-à-dire un peu moins de trois ans. Voici le graphique de ma lente progression (le nombre de jours depuis l'acquisition en abscisse et en ordonnée le pourcentage écouté à cette date) :

[Progression de mon écoute de l'intégrale Brilliant de Mozart]

Je l'ai écoutée essentiellement dans l'ordre chronologique de composition, à savoir dans l'ordre du catalogue Köchel. Ce qui m'a beaucoup ralenti, voire bloqué, surtout au début, étaient les opéras, franchement pas très intéressants. J'ai un peu accéléré le rythme d'écoute il y a un an, et il y a quelques semaines, pressé d'arriver au bout, je me suis presque infligé une sorte d'anti-traitement Ludovico. À partir des Noces de Figaro, les opéras de Mozart deviennent tout à fait supportables à mon goût ; j'ai hâte de voir une représentation de La Flûte enchantée.

Comme je le disais il y a trois ans, je n'ai pas acheté cette intégrale par goût. J'avais juste envie de connaître un peu mieux ce compositeur. J'estimais alors qu'il était moins ruineux d'acheter l'intégrale qui venait de sortir que d'acheter isolément tels ou tels symphonies, concertos ou opéras. À la fin de cette écoute, je suis toujours très loin de considérer Mozart comme un de mes compositeurs préférés.

J'ai encore en réserve une bonne quarantaine d'heures de CD non écoutés, parmi lesquels quelques opéras et oratorios :

Il paraît que je suis discolique.

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Deux concerts à Pleyel

2008-10-02 22:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Mardi soir, j'étais salle Pleyel pour le concert de l'Orchestre des Champs-Élysées, dirigé par Philippe Herreweghe. Jusques alors, je le connaissais surtout comme le chef du Collegium Vocale Gent pour avoir assisté à quelques concerts où des cantates de Bach étaient au programme. D'après Wikipédia, le répertoire de l'Orchestre des Champs-Élysées va de Haydn à Mahler. Justement, mardi, les deux premières œuvres au programme étaient de Haydn. Je ne connaissais pas du tout ce compositeur, si ce n'est que j'avais vaguement entendu dire qu'il avait inspiré Mozart. Je découvris la symphonie La Surprise et le concerto pour violoncelle en ut majeur et fut très étonné qu'ils me plussent autant. Avant l'entr'acte, le violoncelliste Jean-Guilhen Queyras nous a gratifiés de la Sarabande de la deuxième suite de Bach. La troisième symphonie de Beethoven constituait la deuxième partie du programme. Parmi toutes les symphonies de Beethoven, la troisième est de très loin celle que j'ai écoutée le plus souvent. Certains diront que c'est de la musique militaire, mais c'est quand même très beau.

Hier, je suis retourné dans cette salle pour un récital de June Anderson. Un rhume naissant m'a un peu angoissé : mes voies respiratoires seraient-elles suffisamment fonctionnelles pour éviter aux autres spectateurs de devoir souffrir le fait que je tousse pendant les airs ? Le rhume a repris de plus belle depuis, mais pendant le concert, je n'ai pas eu de souci de ce côté-là.

La soprano était accompagnée de l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine, dirigé par Paolo Olmi. Au cours du concert, plusieurs œuvres orchestrales issues d'opéras ont été jouées : l'Ouverture du Voyage à Reims de Rossini, le Sinfonia de Norma de Bellini et l'étonnante musique de danse des Vêpres siciliennes de Verdi. La part restant pour le chant de la soprano n'était pas aussi importante que je l'eusse souhaité. Heureusement, ce fut quand même plus long que ce que le programme indiquait : le concert a fini trois quarts d'heure après les 21h30 annoncées. June Anderson a donc interprété des airs de Semiramide (Rossini) que je ne connaissais pas, puis l'air très connu Casta diva de Norma. Elle est revenue pour les deux airs finaux de La sonnambula de Bellini. J'affectionne tout particulièrement l'air final Ah, non giunge uman penseiro. Cet opéra présente la caractère inhabituel de se bien finir. Amina se réjouit de ce qui lui arrive. La soprano chante les deux strophes normalement, puis recommence en insérant des ornementations tout à fait charmantes. Après l'entr'acte, June Anderson a chanté quelques airs d'Otello (Verdi) et d'Anna Bolena que je n'avais jamais entendus. Bien sûr, elle a été ovationnée tout au long du récital et a interprété un air supplémentaire (que je n'ai pas identifié).

C'était la première fois que j'allais à un tel récital. Si June Anderson est évidemment sur le déclin, vu son âge, elle semblait parfaitement maîtriser son art et susciter l'émotion de ces airs d'opéra. Si ce n'était pas à tomber par terre, c'était malgré tout très bien.

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Vingt-quatre heures du râga

2008-09-28 23:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Je reviens des vingt-quatre heures du râga, qui ont commencé hier à 18h. Ce programme audacieux de la Cité de la musique était divisé en deux parties : Nuit, Jour. Sur les neuf spectacles présentés dans chacune des deux parties, sept étaient communs, je n'ai donc pas jugé utile de suivre les deux programmes !

Je me suis donc levé à une heure invraisemblable pour arriver un peu avant 7h à la Cité de la Musique, porte de Pantin, où j'allais pour la première fois. Les alentours de la salle des concerts sont sobrement décorés à l'indienne. J'hallucine un peu en voyant passer devant moi un marchand ambulant de CD ayant quelques difficultés d'expression, ou comment donner aussitôt l'illusion que l'on se trouve sur un autre continent ; en fait, il s'agit d'un musicien d'un groupe rajasthani qui va se produire. Le contrôle est très moderne : l'ouvreur passe un lecteur de codes-barres sur le billet. Évidemment, mon billet fait bugger le système. On n'arrête pas le progrès.

Entre la scène et la première rangée de fauteuils sont disposés des tapis sur lesquels les plus audacieux s'asseyent. Si j'avais su, j'eusse apporté un coussin. Victime du grand ordinateur Shadok, je dois m'installer au deuxième rang. Vu la taille de la salle, dans les configurations usuelles, je suppose qu'à peu près toutes les places doivent être correctes (à moins d'avoir un basketteur devant soi). Les sièges sont très confortables, en tout cas, bien plus que dans un certain nombre d'autres salles parisiennes.

Les groupes se succèdent : musique rituelle des temples (nadaswaram et tavil), ensemble rythmique, danse mohiniattam du Kerala, flûte bansuri, chant carnatique, chant du Rajasthan, chant khyal et thumri, danse kathak de Jaipur, chant dhrupad. Le programme est très chargé : dix heures de spectacles, deux pauses d'un quart d'heure. La première pause d'un quart d'heure a d'ailleurs été quasi-absorbée par le retard accumulé dans la matinée. J'avais à peine fini mon plateau de samosas et mon lassi quand le spectacle suivant commença.

Ne connaissant pas très bien la musique classique indienne, j'appréhendais un peu cette journée, par peur de m'ennuyer. Dans l'ensemble, tout cela était très écoutable. J'ai découvert deux autres styles de danse : le mohiniattam et le kathak. J'avais déjà entr'aperçu un peu de kathak à Allahabad, mais cela ne compte pas. Le mohiniattam semble avoir quelques similitudes avec le bharata-natyam, un autre style de danse du Sud de l'Inde, mais paraît un peu moins compliqué et d'exécution moins rapide. La première différence que j'ai remarquée avec le kathak, c'est que dans cette dernière danse, les danseurs font beaucoup de pirouettes. L'ensemble des danseurs kathak comportait deux danseuses (d'âges très différents) et un jeune danseur. Le peu de cohésion entre les danseurs, leurs manières d'entrer et sortir de scène (ou plutôt de n'en pas sortir quand il conviendrait) ne faisait pas très pro (contrairement aux sept spectacles qui avaient précédé). Ensuite, est venu un entr'acte musical qui s'est achevé par le son de grelots de cheville approchant. Dans leur nouveau costume, les trois danseurs ont présenté une deuxième partie de spectacle bien plus enthousiasmante que la première.

Je n'ai pas encore fait toute la lumière sur le mystère du tampura. Le son de cet instrument est très important dans la musique classique indienne, pourtant, on ne le voit pas si souvent en scène. Il s'agit d'un instrument à cordes. Chacune des cordes est librement actionnée à tour de rôle, ce qui produit un son métallique fluctuant continûment de façon curieuse. Si on faisait la même chose avec un violon, on entendrait quatre notes qui se suivent. Là, toutes les notes se mélangent... Les instrumentistes de tampura joueront la même suite de notes pendant de longues dizaines de minutes consécutives et auront tendance à s'ennuyer ferme. Certains ont eu l'idée de les remplacer par des machines : de fait, beaucoup d'ensembles utilisent un objet électronique qui ressemble de loin à un vieux transistor. Il permet de synthétiser les combinaisons dont ils ont besoin. Ce matin, le joueur de bansuri n'a pas utilisé une de ces machines, mais son ordinateur portable pour ce faire. S'excusant de ce qu'il soit difficile de transporter des tampura, il a utilisé un enregistrement de cet instrument (en insistant pour dire que c'est du real sound). Le dernier ensemble de la journée comprenait deux joueurs de tampura, et pourtant, le leader a utilisé au début une machine, semble-t-il pour accorder les instruments, mais il me semble qu'il ne l'a jamais éteinte, bizarre.

Dans l'ensemble, les spectacles étaient bons voire très bons. Un d'entre eux m'a semblé excellent. C'était celui de Sudha Ragunathan, qui était accompagnée d'un violon, d'un mridangam (percussion) et d'un morsing (guimbarde). Avant chaque pièce, elle a fait l'effort d'expliquer sa structure et le sens du texte (ce n'était pas le cas par exemple du groupe de chanteurs du Rajasthan, je n'ai pas le début du commencement d'une idée sur ce que signifiaient leurs chansons). Plutôt que d'essayer de décrire de la musique carnatique de Sudha Rahunathan, je renvoie à YouTube.

Vers 17h, il ne restait plus qu'un seul spectacle d'une heure. Je me disais que j'y étais presque, qu'il ne restait plus qu'une heure. La mise en place du dernier ensemble (chant dhrupad) a pris pas mal de temps. Les maestros ont mis un temps fou à accorder les deux tampuras. Une gorgée de thé. Ensuite, ils ont eu un petit problème technique. Nouvelle gorgée de thé. Le machiniste intervient. Gorgée de thé. Pendant ce temps-là, le public cache son impatience. Il ne sait peut-être pas encore que ce dernier spectacle est le plus exigeant et austère de tous et que pour tenir jusqu'au bout, il faudra faire des efforts. Pendant plus de trois quarts d'heure, les deux chanteurs ne sont accompagnés que par le son des tampuras. Le chant évolue tout doucement, quand on croit que l'on va avancer un petit peu, non, on revient en arrière, une petite gorgée de thé au passage (il doit être froid maintenant, mais est-ce bien du thé ?). Tiens, le joueur de pakhawaj (percussion) se dégourdit les doigts, jouera, jouera pas ? allez encore dix minutes à attendre. Je commence franchement à m'ennuyer et à la fin de chaque phrase musicale désespère de constater que ce n'est pas une fin. Ce n'est pas que ce soit désagréable à entendre, non, mais c'est juste trop long pour moi. 18h25, le groupe a très largement dépassé son temps. Applaudissements du public qui a réussi à tenir jusqu'au bout. Applaudissements un tout petit peu trop enthousiastes, parce que, profitant de ce que nous sommes arrivés à la fin du programme, le groupe a le champ libre pour sacrifier à la tradition des rappels. Quand j'ai vu que les tampuras en étaient à se faire réaccorder (ce qui prendrait bien cinq minutes par instrument), j'ai lâchement fui.

PS: (2 octobre) Les vingt-quatre heures du râga ont été diffusées en direct sur Internet. Je viens de recevoir un mail de la Cité de la Musique m'informant que l'on peut revisionner ce programme en intégralité jusqu'au 30 octobre. Apparemment, il faudrait un système d'exploitation de la firme de Redmond pour ce faire, mais c'est assez facilement circumambulable... Enjoy!

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Annulations de spectacles : mauvaise série

2008-04-11 08:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Culture indienne

Je ne sais pas ce qui se passe cette année, mais par rapport aux années précédentes, j'observe un inquiétant nombre de spectacles annulés parmi ceux que j'avais réservés.

Au Théâtre du Châtelet, sur les cinq spectacles de mon abonnement, deux ont été annulés, pour des raisons en apparence assez futiles d'après les lettres envoyées par le Théâtre pour informer ses abonnés. Je n'ai donc pas pu voir Howard Shore diriger la suite pour orchestre Le Seigneur des Anneaux en raison de la création mondiale de l'opéra The Fly du même compositeur. Où donc ? Au théâtre du Châtelet ! La Flûte enchantée dirigée par Jean-Christophe Spinosi est annulée parce que l'enregistrement des concerts qui était prévu initialement a été annulé.

J'ai lu hier dans Le Monde que, souffrant, Ravi Shankar a annulé les deux concerts programmés à Paris. Ce matin, je vois un mail de la Salle Pleyel m'informant qu'Anna Caterina Antonacci sera remplacée par Marguerite Krull pour le concert rossinien de dimanche prochain ; bien sûr, j'avais réservé ce concert parce que c'était A. C. Antonacci qui avait le rôle d'Elisabetta...

Je ne compte pas les grève à l'Opéra de Paris et à la RATP qui m'ont empêché de voir l'opéra Tosca, fût-il en version de concert. Je ne compte pas non plus les quelques modifications de distributions survenues inopinément sans que la qualité du spectacle en souffrît. Malgré deux solistes remplacés au dernier moment, la représentation de La messe en si mineur par le Concert Spirituel dirigée Hervé Niquet que j'ai vue à la Salle Pleyel cette année est celle que j'ai préférée.

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Le Messie à Gaveau

2008-01-13 15:58+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures

Avant-Hier avant l'aube, queue à Bastille après une trop courte nuit pour acheter ma place pour une représentation de Luisa Miller en compagnie de quelques prosélytes lyriques et en bénéficiant des fruits secs de Madame Abricot. À midi, un bon biryani pour me remettre d'aplomb pour travailler en bibliothèque. Le soir, je me rends à la salle Gaveau pour un concert. Je croyais que celui commençait à 19h30. Arrivé à 19h, le hall était ouvert, mais personne en vue, ce qui était bizarre. Je vois alors passer quelques petits groupes : des chanteurs solistes que je reconnais, un chef d'orchestre (qui dirige aussi le chœur) sortent du bâtiment, j'entends parler espagnol, français, allemand. Étrange pour une formation qui est censée être sur scène dans moins d'une demi-heure.

Je vérifie mon billet : le spectacle ne commence qu'à 20h30. Je me replonge dans Les Hauts de Hurle-Vent pour quelques dizaines de minutes et m'installe à ma place dès que les organisateurs des concerts Philippe Maillard et le contrôle se sont mis en place. Un jeune homme accorde le clavecin avec application. C'est ensuite au tour des deux violoncelles et de la contrebasse de faire de même. La salle se remplit. Quand c'est l'heure, l'orchestre baroque de Séville puis le chœur Arsys Bourgogne prennent place. Le chef Pierre Cao, sobrement habillé de noir prend place devant son pupitre et commence à diriger Le Messie de Händel.

C'était hier la quatrième fois que j'assistais à une représentation de cette œuvre, et c'est celle qui m'a le plus enthousiasmé. Les conditions d'écoute étaient particulièrement bonnes pour moi. Vers le centre du deuxième rang, j'étais suffisamment loin pour n'avoir pas besoin de parapluie pendant les airs de solistes, mais suffisamment près pour pouvoir presque entendre individuellement chaque instrument (l'effectif de l'orchestre étant plutôt modéré), chaque voix de l'ensemble, et pénétrer les moindres mouvements respiratoires du premier violon.

Je ne suis en général pas un grand admirateur des voix d'altos masculines, à part peut-être celle de Philippe Jaroussky. Je préfère largement les voix féminines pour les cantates de Bach. Pour les oratorios anglais, je ne sais pas pourquoi, mais cela me choque moins. Hier, l'alto était Carlos Mena. Quand il se positionnait à la gauche du chef pour ses airs, j'avais une vue contre-plongeante de cet homme situé juste en face de moi. J'ai beaucoup apprécié sa voix claire (bien