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Pourquoi donc continuer à aller inlassablement assister à des spectacles ? ou Ádám Banda à la Cité de la musique

2013-01-13 19:22+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2013-01-11

Ádám Banda, violon

Orsolya Soós, piano

Sonate Le Trille du Diable (Giuseppe Tartini, arrangements de Fritz Kreisler)

Sonate pour violon et piano nº7 en ut mineur op. 30 nº2 (Ludwig van Beethoven)

Sonate pour violon seul (Béla Bartók)

Introduction et Rondo capriccioso (Saint-Saëns)

Scène de la Csarda nº4 op. 32 “Hejre Kati” (Jenő Hubay)

Pourquoi donc continuer à aller inlassablement assister à des spectacles ? Bien sûr, j'y vais pour le plaisir simple et naïf d'écouter une musique que j'aime ou que je vais découvrir et apprécier dès la première écoute (ou non), pour le plaisir de voir des danseurs ou des chanteurs d'opéra raconter une histoire, etc. Je suis d'ailleurs plutôt bon public... J'arrive très bien à me satisfaire de concerts qui ne seraient que bien, bref je vois le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide.

Si mon plaisir vient donc en partie de la découverte d'un répertoire vaste en général plutôt bien joué, cela ne me suffit pas ! Comme pour d'autres de mes goûts, une piqûre de rappel est souvent bienvenue : quelque chose qui donne un sens à ce que je fais. Lors de mes voyages en Inde, à certains moments, il m'est arrivé de me dire : Mais au fait, qu'est-ce que je fiche ici ?!. Et puis, soudain, je découvrais des endroits extraordinaires, comme Mandu en août dernier. En littérature, cela a pu m'arriver en lisant Pagli d'Ananda Devi. J'ai longtemps assisté à des spectacles de danse indienne d'une façon très passive jusqu'au jour où cette danse a pris un sens pour moi. Depuis, j'ai bien compris que le plaisir que pouvait me procurer cet art était décorrélé du prix des places ou du prestige international dont jouit ou non la danseuse. Il en va pour ainsi dire de même avec la musique classique occidentale. Fort heureusement, j'achète mes places suffisamment à l'avance pour aller aux concerts l'esprit libre du montant que chaque billet m'aura coûté !

Si je vais inlassablement écouter des concerts, en vérité c'est parce que je sais que de temps en temps les musiciens me procureront un émerveillement, un plaisir et une joie insoutenables. La conséquence immédiate est que mon visage s'en trouve humidifié par un flux de larmes, que j'éprouve un certain état d'exaltation après le concert et que chaque occasion d'y repenser par la suite fasse reparaître les mêmes symptômes. Le concert du violoniste Ádám Banda et de la pianiste Orsolya Soós (à prononcer Orchoya Cho-ôch ?) vendredi dernier à l'amphithéâtre de la Cité de la musique appartient pour moi indiscutablement à ce type de concerts. Bref, c'est le premier concert de ma vie, de 2013, au même titre qu'en 2012 il y eut notamment la Pastorale du COE.

Je m'attendais à ce que ce concert soit un très bon concert, pour avoir déjà entendu le violoniste Ádám Banda dans un trio de Beethoven à Budapest, c'est d'ailleurs l'impression que j'ai eu à l'écoute de la première œuvre jouée (Le Trille du Diable de Tartini), qui commence langoureusement et qui contient aussi quelques passages très virtuoses de sorte que je me disais qu'il était amusant de commencer un concert par un bis. Une des raisons de ma présence dans le public à ce concert venait de la sonate de Beethoven jouée ensuite. Depuis ma découverte de la musique de chambre de ce compositeur lors de la Biennale de quatuors à cordes en janvier 2012, je saisis presque toutes les occasions d'entendre de la musique de chambre de Beethoven : c'était la raison décisive pour que j'aille assister au concert mentionné ci-dessus à Budapest. Sans surprise, j'ai été beaucoup ému par cette sonate, qui stylistiquement rappelle souvent Mozart comme Hugo et moi en conviendront pendant l'entr'acte. Au cours du concert et particulièrement dans cette œuvre, j'ai apprécié la variété des couleurs sonores produites par la pianiste et l'écoute attentive qu'elle consacrait au violoniste. Le deuxième mouvement (lent) m'a émerveillé. Que j'aime le plaisir procuré par certaines notes apaisantes que le compositeur et le violoniste offrent au spectateur qui les attendait !

Avant d'assister à ce concert, je n'avais écouté que quelques dizaines de secondes de la Sonate pour violon seul de Bartók. J'avais arrêté très rapidement mon écoute pour me garder le plaisir de cette découverte pour le temps du concert. Après l'entr'acte, quand le violoniste est venu l'interpréter, le spectacle est passé dans la catégorie concert génial. Compositeur génial. Interprète génial. Public génial aussi, il faut le souligner. (En l'absence de panneaux indicateurs Clap! ou Do not clap!, dans combien d'autres salles parisiennes le public aurait-il su maintenir une telle qualité d'écoute tout au long de cette œuvre ?) Quel pied !

Après le dépaysement provoqué par ce voyage en pays magyar, je pensais que l'œuvre de musique française qui suivait contrasterait mal, mais il n'en a rien été, le violoniste n'étant pas vraiment du genre à gommer les aspects folkloriques de l'Introduction et Rondo capriccioso de Saint-Saëns, que j'entendais pour la première fois en concert.

Le public étant plus qu'un peu heureux du programme qu'il vient d'entendre, les deux musiciens sont revenus pour deux bis, extrêmement enthousiasmants. Le sublime deuxième bis a été identifié par Hugo : Scène de la Csarda nº4 op. 32 “Hejre Kati” (Jenő Hubay).

Après ce concert, je crois que je sais un peu mieux quel émerveillement je peux attendre d'un spectacle !

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Commentaires

1. 2013-01-13 21:17+0100 (Genoveva)

Comme c'est bien décrit !!!

2. 2013-01-14 21:22+0100 (Andanteconanima)

Je dirais même plus : comme c'est bien décrit !!!

Car c'est aussi en partageant les émotions d'un voisin de concert qu'on se rappelle pourquoi on aime la musique...

3. 2013-01-15 09:43+0100 (Fred Périé)

D'accord! J'ai été également surpris par la sonate de Bartok. L'interprétation d'Adam Banda, était aussi folle qu'intelligente. Très touché aussi par le public.

4. 2013-01-15 12:43+0100 (régis)

Ben dis-donc, quel programme! ce qui est super, c'est que les violonistes "classiques" donnent de nouveau le Trille du diable (entre nous, j'ai du mal à imaginer cette sonate sur un violon baroque, mais c'est mon côté réac qui parle ;)

5. 2013-02-01 08:07+0100 (Joël)

Merci à tous pour vos messages !


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