Weblog de Joël Riou

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Gustavo Dudamel à Pleyel

2011-01-31 00:55+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Salle Pleyel — 2011-01-30

Los Angeles Philharmonic

Gustavo Dudamel, direction

Kelley O'Connor, mezzo-soprano

Slonimsky's Earbox (John Adams)

Symphonie nº1 Jeremiah (Bernstein)

Symphonie nº7 (Beethoven)

Les spectateurs qui sont allés ce soir Salle Pleyel comme pour aller voir une rock-star ont été comblés. Les autres apparemment un peu moins.

C'est que le chef d'orchestre tant attendu était Gustavo Dudamel, qui dirigeait le Los Angeles Philharmonic. Je ne l'avais encore jamais vu sur scène. Du coup, Klari m'a plus que très gentiment proposé d'échanger nos places respectives lors de la première partie du concert. Au lieu du dernier rang du premier balcon, je me suis retrouvé en arrière-scène.

La première pièce est une composition assez récente de John Adams, dont j'avais beaucoup aimé Harmonielehre. Il s'agissait de Slonimsky's Earbox, qui m'a bien plu. La deuxième pièce était la première symphonie Jeremiah de Bernstein, qui est beaucoup moins drôle que la précédente...

Gustavo Dudamel a dirigé cette première partie de programme sans faire le moindre excès d'effusion. Il était presque en retenue, battant assez sobrement la mesure (quoiqu'avec une baguette quelque peu flexible dont l'une des extrémités était animée d'un mouvement ondulatoire parasite).

L'entr'acte arrivant, alors que nous sommes tout près d'un célèbre quoique controversé biographe d'Hemingway, je retrouve Klari à qui je rends sa place et file au premier balcon m'installer pour la deuxième partie. La dernière œuvre programmée (hors les bis qui étaient manifestement très programmés aussi) est la septième symphonie de Beethoven que je n'avais entendue avant en concert qu'une seule fois, en juin 2005. Si les pp ont un volume sonore vraiment très faible, les ff sont loin d'atteindre l'extrême symétrique. Je ressens un très bel équilibre entre les différentes parties de l'orchestre pendant un passage du deuxième mouvement où pendant que l'on entend les instruments à vent, les cordes situées à gauche jouent arco tandis que celles de droite jouent pizz.. Le chef se fait ensuite un peu plus bouillonnant ; des grands gestes des mains de bas en haut culminent en sautillements. Le dernier mouvement est joué dans un tempo très rapide.

C'était plutôt pas mal, mais absolument pas au-dessus de la moyenne de ce qu'on entend habituellement Salle Pleyel. Pourtant, les premiers rangs du parterre se sont levés pour faire une standing ovation.

Ailleurs : Klari, Palpatine.

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Giulio Cesare in Egitto à Garnier

2011-01-28 02:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2011-01-27

Lawrence Zazzo, Giulio Cesare

Christophe Dumaux, Tolomeo

Varduhi Abrahamyan, Cornelia

Isabel Leonard, Sesto

Jane Archibald, Cleopatra

Nathan Berg, Achilla

Dominique Visse, Nireno

Aimery Lefèvre, Curio

Emmanuelle Haïm, direction musicale

Laurent Pelly, mise en scène et costumes

Chantal Thomas, décors

Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène

Joël Adam, lumières

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Chœur de l'Opéra national de Paris

Orchestre du Concert d'Astrée

Giulio Cesare, Händel

Je reviens d'une représentation de Giulio Cesare in Egitto (Händel) à l'Opéra Garnier. Ce fut particulièrement fatigant du fait de mon placement à l'amphithéâtre. Mon strapontin s'avère plus confortable que le siège voisin vacant, quoiqu'on y voie moins bien. (Place d'abonnement payée 45€, je suis sûr que je serai plus à l'aise lors des deux prochaines représentations dans des petites places à 10€, même en restant assis...)

La mise en scène est ratée. Elle est de Laurent Pelly, il y a donc quelques idées rigolotes, mais pour le reste, on a une mise en scène et des décors qui sont presque sans rapport avec l'intrigue. Cela se passe dans un musée, manifestement en Égypte. Les personnages de l'opéra investissent la réserve. Ils sont parfois encadrés ou encagés (dans une boîte en verre avec une légende écrite en arabe en-dessous). Quand ils ont besoin d'accessoires (comme un couteau), ils se servent dans le bric-à-brac. Les manutentionnaires du musée prennent parfois part à l'action. Cela ne me convainc pas terriblement. Gros point noir du côté des lumières. J'en ai rarement vu d'aussi mauvaises. Je ne dis pas qu'il n'y a pas eu parfois des images non désagréables à voir, mais pour la nième fois, quand je vais à l'opéra, j'aime que les chanteurs ne soient pas constamment dans la pénombre.

La soirée est heureusement rachetée par la musique ! Écoutant pas mal de Wagner ces jours-ci, j'ai cependant du mal à ne pas trouver qu'il y a beaucoup de répétitions, dans le texte, et dans la musique, avec cette forme de l'aria de capo. Certains airs me paraissent donc quelque peu interminables, mais c'est apparemment la loi du genre et ce n'est pas désagréable quand ce qui se fait entendre plaît à mes oreilles. La musique est interprétée par Le Concert d'Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm qui fait ses débuts à l'Opéra. Dans le rôle de Jules César, Lawrence Zazzo que je n'avais pas revu depuis cinq ans est très bien (certains commentateurs regrettent un manque de projection ; je n'ai pour ma part ressenti aucune gêne pour l'entendre). Dans celui de Cléopatre, Jane Archibald a remplacé Natalie Dessay (elle la remplacera aussi le 29 janvier). Quelques hurluberlus l'ont huée lors des saluts alors qu'elle a fait une excellente prestation. Dans le rôle secondaire de Nireno, Dominique Visse ne chante pas beaucoup, et ne fait heureusement pas trop de pitreries, parce que c'est d'un fatigant... Christophe Dumaux s'en sort très bien dans le rôle de Tolomeo. Si Varduhi Abrahamyan est très convaincante en Cornelia (épouse de Pompée dont la tête a été offerte en cadeau à César au début de l'opéra), la révélation de la soirée vient d'Isabel Leonard dans le rôle de Sesto (le fils de Pompée).

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Benjamin Alard aux Billettes

2011-01-22 01:02+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Église des Billettes — 2011-01-21

Benjamin Alard, clavecin

Le clavier bien tempéré, Premier livre, préludes & fugues XII, XI, XXI, XVI, I, XX, V, XV, X, XXIII, XIV, XXIV (BWV 857, 856, 866, 861, 846, 865, 850, 860, 855, 868, 859, 869), Johann Sebastian Bach.

À l'Église des Billettes, il y avait ce soir un concert de Benjamin Alard au clavecin : Le clavier bien tempéré, Premier livre (Première partie). Je ne suis pas arrivé très en avance, mais j'ai aperçu en arrivant la place la plus excentrée du deuxième étage, avec vue plongeante sur l'instrument, même sans avoir à me pencher sur la rambarde puisque les deux claviers s'encadrent plus que largement entre deux barreaux. J'ouvre le programme et suis presque tenté de redescendre le changer contre un correspondant au bon concert. Je suis en effet très surpris de voir que le premier prélude & fugue programmé n'est pas catalogué BWV 846, mais BWV 857. Je me dis, ah, il va jouer les douze premiers préludes & fugues dans le désordre. En fait, même pas, il s'agit seulement de la première moitié d'une partition arbitraire de l'ensemble des vingt-quatre préludes & fugues du premier livre (on cherchera en vain une explication dans le programme). On entendra ainsi successivement les préludes & fugues numérotés XII, XI, XXI, XVI, I, XX, V, XV, X, XXIII, XIV, XXIV.

Je ne sais pas ce qu'il faut incriminer. Les lumières insuffisantes qui projetaient la tête et les épaules de l'interprète en ombre sur la partition et le milieu des claviers ? Un instrument déficient ? Toujours est-il qu'il m'a semblé que le concert nous a fait entendre un nombre inhabituellement élevé de couacs. Les plus flagrants étaient pour moi dans le seul prélude de Bach dont je connaisse la partition vraiment par cœur, à savoir le premier (cinquième dans l'ordre du programme) : des notes à la fin de certaines mesures ont apparemment été jouées en mode silencieux.

Je ne dis pas qu'il n'y a pas eu des moments intéressants, j'ai eu une bonne première impression (m'amusant à voir ses mains parcourir les claviers comme des crabes qui se rejoignent parfois) et j'ai plutôt bien aimé son interprétation des préludes & fugues V et X. Mais, finalement, je suis déçu par ce concert et je ne suis pas trop mécontent de ne pas être disponible pour la deuxième partie (notez la publicité mensongère : le dernier prélude & fugue a déjà été joué ce soir...).

La fin du concert a produit une scène très étrange. Parfois, à la fin de certaines œuvres (comme les Passions de Bach et quelques autres), après que la dernière note s'est tue, le chef d'orchestre garde parfois les mains en l'air et le public, quand il comprend le message, maintient un silence respectueux tant que les mains restent en suspension. Je ne m'explique pas ce qui s'est passé ce soir : quand Benjamin Alard a terminé le prélude XXIV (qui est très long par rapport aux autres), il a été récompensé par un silence de mort, glacial. Je n'ose pas imaginer ce qui a pu se passer dans la tête de l'interprète à ce moment-là. Il était pourtant très-évident qu'il en avait terminé avec son programme (pas la peine d'avoir compté que douze préludes & fugues avaient passé !). Au bout d'une bonne dizaine de secondes de silence absolu, il y a de quoi hésiter entre se faire remarquer en lançant le mouvement et l'intérêt de l'expérience sociologique consistant à observer au bout de combien de temps les applaudissements vont démarrer. Je n'avais pas de chronomètre, mais je pense qu'il s'est écoulé entre trente secondes et une minute avant que quelqu'un se décide à soulager tout le monde. Quelques bravos enthousiastes.

Au retour, galère de RER B, j'ai mis un peu moins de deux heures à rentrer. Cela m'a permis de terminer ma lecture du deuxième roman de Tatiana Arfel, Des clous.

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Concert Brahms/Chostakovitch à Bastille

2011-01-19 00:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Opéra Bastille — 2011-01-18

Philippe Jordan, direction musicale

François-Frédéric Guy, piano

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Concerto nº2 pour piano et orchestre en si bémol majeur, op. 83, Brahms

Symphonie nº15 en la majeur, op. 141, Dimitri Chostakovitch

Je reviens du concert de l'Orchestre de l'Opéra de Paris dirigé par Philippe Jordan à Bastille. Je n'y allais évidemment pas pour le concerto pour piano nº2 de Brahms, un compositeur qui m'ennuie peut-être même encore plus que Schumann. Comme je l'avais constaté l'année dernière, ce type de concerts attire un public assez différent, plus jeune que d'ordinaire pour le lieu (s'ils reviennent ensuite, tant mieux !) ; un jeune couple se retrouvera d'ailleurs dans le même quatuor de places assises dans le RER B et je ne résisterai pas à la tentation de trancher le débat qui les animait en faveur de la demoiselle sur la question de savoir si c'était sonorisé ou non. Palpatine rencontré à la sortie s'étonnait de ce qu'on eût réussi à remplir la salle. C'est pourtant évident : les billets étaient à des prix relativement modérés.

Je n'étais pas venu pour le Brahms, mais je n'imaginais pas que ce concerto serait pour moi un tel supplice. Quelle monstruosité ! Je ne dis pas que c'était mal joué, qu'il n'y avait pas des moments où les sonorités du piano et les nuances n'étaient pas jolies, mais ce concerto semble être une très mauvaise plaisanterie tellement le niveau de virtuosité gratuite qu'il paraît exiger paraît indécent. On y trouve plein d'effets du plus mauvais goût, surtout dans les deux premiers mouvements. L'obscurité n'ayant pas été faite complètement dans la salle, ma voisine a carrément repris la lecture d'un roman. Je l'aurais presqu'encouragée. Ce que je ne cautionne pas, cependant, c'est qu'elle le rouvrît lors de la quinzième symphonie de Chostakovitch, qui elle n'est pas du tout une plaisanterie, malgré les multiples citations de l'ouverture de Guillaume Tell que l'on entend dans le premier mouvement. C'est parfois tendu, angoissant, mais formidablement beau (notamment grâce aux cuivres et aux percussions, aux solos de violoncelle, etc.), et cela se termine dans une sorte d'apaisement. On aura entendu entretemps le leitmotiv du Sort de la tétralogie de Wagner au tout début du quatrième mouvement.

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Thomas Hampson au TCE

2011-01-16 23:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Théâtre des Champs-Élysées — 2011-01-16

Thomas Hampson, baryton

Wolfram Rieger, piano

Der Atlas, Ihr Bild, Das Fischermädchen, Die Stadt, Am Meer, Der Doppelgänger, extraits de Schwanengesang (Schubert)

Night Wanderers (Samuel Barber)

A Green Lowland of Pianos (Samuel Barber)

Solitary Hotel (Samuel Barber)

Nocturne (Samuel Barber)

Three Songs (Rain has fallen, Sleep now, I hear an army) (Samuel Barber)

Kindertotenlieder (Mahler)

J'ai rarement passé une soirée aussi pourrie lors d'un concert. D'abord, au niveau de la programmation, il y a tromperie sur la marchandise. Qu'il y ait çà et là, occasionnellement, des retouches aux programmes, des modifications dans les distributions, soit, mais qu'on remplace Winterreise par tout autre chose (avec un peu de Schubert quand même), c'est se moquer du monde.

Ensuite, il y avait à ma droite, avec heureusement un siège vacant d'isolation, un homme dont la respiration faisait un bruit invraisemblable de soufflerie (imaginer quelqu'un qui ronfle, mais éveillé). Très régulier en plus, presque synchrone avec le tic-tac d'une montre bruissant dans les environs. Quand deux spectateurs assis devant lui ont chuchoté pour se dire que c'était insupportable, il leur a carrément mis un petit coup dans les côtes.

Bref, pendant tout concert, il m'a été pratiquement impossible de me concentrer. Les extraits de Schwanengesang ne m'ont pas vraiment ébloui. L'ambiance a pas mal changé avec quelques Songs de Barber, mais en fait, il n'y a que les deux derniers des Kindertotenlieder de Mahler qui m'aient vraiment plu. Ajouter à la liste des motifs de mécontentement la manie du pianiste Wolfram Rieger de faire durer, durer interminablement la fin de chaque morceau, et une fois que la dernière corde a été frappée, la pédale enfin relâchée, laisser en suspension les mains pendant quelques secondes encore avant de passer au Lied suivant.

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Deux concerts baroques

2011-01-16 01:28+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Église des Billettes — 2011-01-14

Pierre Hantaï, clavecin

Pavane et galliarde en ré mineur (Orlando Gibbons)

Irish Toye (John Bull)

The Woods so wilde (William Byrd)

Doctor Bull's Goodnight, Trumpet Pavan, Regina Galliard (John Bull)

Fantasia (Giles Farnaby)

Three pieces (John Bull)

My Lady Nevell's Ground (William Byrd)

Toccata en ré mineur (Michelangelo Rossi)

Toccata en fa majeur (Girolamo Frescobaldi)

Pavana (Thomas Tomkins)

The King's Hunt (John Bull)

Quelques préludes et fugues (Bach)

Suite anglaise nº2 en la mineur, BWV 807 (Bach)

Vendredi soir, récital de clavecin de Pierre Hantaï à l'Église des Billettes. Le clavecin est positionné dans un angle qui doit faire que seulement une poignée de spectateurs puissent apercevoir ses mains. Au programme de la première partie, on trouve principalement des pièces de compositeurs anglais datant du début du dix-septième siècle, mais aussi de Rossi et de Frescobaldi. Je ne connaissais pas du tout ces œuvres. L'austérité d'un récital de clavecin dans une église toute obscure ne se fait plus sentir après quelques minutes de l'enchantement qu'est l'interprétation du claveciniste. Après l'entr'acte, lumières éteintes, l'interprète ne revient pas. Il devait peut-être décider en dernière minute des Pièces à déterminer annoncées, puisques une fois arrivé, il a annoncé qu'il avait vu ça dans le programme et qu'il jouerait quelques préludes et fugues de Bach. Après ceux-là, gag, il tourne les pages de son classeur dans tous les sens. Visiblement, pas de Suite anglaise nº2. Au bout de quelques minutes, ne le voyant pas revenir des coulisses, je commençais à me dire qu'il y aurait un changement de programme, mais il est bien revenu, partition en main nous l'interpréter ainsi que de nombreux bis.

Salle Pleyel — 2011-01-15

Le Concert des Nations

Jordi Savall, direction

Manfredo Kraemer, concertino

Naïs (1748), Suite d'orchestre, Jean-Philippe Rameau

Les Indes galantes (1735), Suite d'orchestre, Jean-Philippe Rameau

Zoroastre (1749), Suite d'orchestre, Jean-Philippe Rameau

Les Boréades (1764), Suite d'orchestre, Jean-Philippe Rameau

Ce soir, salle Pleyel, avait lieu un concert intitulé L'Orchestre de Louis XV. Le relatif volume sonore des percussions baroques et l'absence de voix m'avaient fait choisir de prendre une place à l'arrière-scène. Cela m'a permis de voir que la salle était très pleine (signes distinctifs : bergeries complètes, quelques places vacantes seulement au fond du deuxième balcon). L'ensemble orchestral est L'Orchestre des Nations, dirigé par Jordi Savall. Quelques jeunes musiciens suivant une formation d'interprétation de la musique ancienne ont rejoint l'ensemble. À la fin du concert, on verra quelques gestes amicaux de félicitations des anciens envers les plus jeunes.

C'est que ce concert a été un ravissement. J'ai toujours aimé Rameau, mais hors opéra (Zoroastre et Platée), je n'avais entendu en concert que des pièces jouées sur clavecin seul, exception faite du Troisième concert (1741) il y a trois ans lors d'un concert Salle Gaveau où tous les interprètes avaient pour nom de famille Hantaï ou Kuijken. Au programme, il y eut les suites pour orchestre Naïs, Les Indes galantes, Zoroastre et Les Boréades. Après cela, je crois que je vais me mettre à cocher tous les concerts Rameau qui passent.

Je ne sais plus après quel morceau contenant un solo de flûte, j'ai regardé la liste des interprètes dans le programme et me suis dit, bien sûr ! c'est Marc Hantaï que j'aurais pourtant dû reconnaître de dos, rien qu'à la chevelure. Juste devant moi se trouvent deux cornistes. Derrière leurs chaises sont posées plein de tubes. Pendant presque tout le concert, ils feront atelier montage et démontage. Entre deux manipulations, il joueront, fort bien. Le drôle d'instrument du jour est la musette de cour, une sorte de cornemuse que l'on entend dans les mouvements justement intitulés Musette. À propos des techniques de jeu, pendant les Tambourins de Naïs, j'ai vu les second violons jouer de leur instrument comme s'il s'agissait d'une guitare (en fait, vu la taille, plutôt un ukulélé) ! Amusant, je pense que c'est la première fois que je vois cette technique. La disposition des violonistes est inhabituelle aussi, puisqu'à un moment donné, je me suis dit qu'il devait y avoir un gros problème de synchronisation entre les seconds violons. En fait, celui qui n'était pas synchro' avec les autres semblait jouer la partie des premiers violons.

Ailleurs : Palpatine, Musica Sola.

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Éonnagata au TCE

2011-01-02 01:28+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Théâtre

Théâtre des Champs-Élysées — 2011-01-01

Sylvie Guillem, Robert Lepage, Russell Maliphant, conception et interprétation

Michael Hulls, lumières

Alexander McQueen, costumes

Jean-Sébastien Côté, design sonore

Éonnagata

Étant tombé récemment sur une vidéo de Sylvie Guillem, je m'étais dit que ce serait bien d'aller la voir danser un de ces jours. C'était le bon moment puisqu'une série de représentation de Éonnagata était programmée au Théâtre des Champs-Élysées.

C'est un très beau spectacle, mais commercialement, ç'a l'air d'être un ratage monumental en dépit d'une importante campagne d'affichage publicitaire. Je n'ai jamais vu le Théâtre des Champs-Élysées aussi vide, il n'y avait par exemple presque personne au deuxième balcon. Curieusement, le parterre était presque plein : sans doute des ninjas et des invités. Les places étaient à 15€, 40€, 60€, 78€ et 95€. J'ai fait un fort bon tirage, puisque pour 15€, j'ai eu une place au premier rang de corbeille, certes excentrée, mais qui ne laissait qu'un petit angle mort au fond du côté cour, d'autant plus que j'ai pu me décaler un peu grâce aux places vides...

Les trois concepteurs du spectacle, Sylvie Guillem, Robert Lepage et Russell Maliphant en sont aussi les interprètes. Ils jouent, parlent, chantent, dansent tous les trois. L'histoire est très facile à suivre, peut-être un peu trop d'après Rosita Boisseau dans Le Monde. En effet, dès après quelques minutes, Sylvie Guillem raconte un résumé de l'histoire du chevalier d'Éon, espion travesti dont l'identité sexuelle fut plus qu'ambiguë ; il est alors aisé de reconnaître dans chaque scène le moment de la vie du chevalier auquel elle renvoie.

Dans les scènes dansées, Sylvie Guillem et Russell Maliphant paraissent plus à l'aise que Robert Lepage, qui s'en sort quand même fort bien. Un passage des plus spectaculaires se trouve au début du spectacle, qui semble représenter une leçon de clavecin qui dégénère. Les clavecins sont figurés par de simples tables en bois qui seront réutilisées à d'autres fins par la suite. Les danseurs sautent, glissent sur les tables, tournent. Dans cette scène et d'autres, Sylvie Guillem est impressionnante de fluidité et de souplesse.

Dans ce spectacle, tout tourne autour de l'ambiguité du personnage. Pour le spectateur, il y a également ambiguité sur l'interprète. Ainsi, à un moment, on croit voir paraître un homme en ombres chinoises au fond de la scène. Mais c'est Sylvie Guillem, dont le costume aura été rembourré à l'entrejambe. La mise en scène est ainsi véritablement magique. Même au plus près de la scène, on est constamment surpris par les tours qui sont faits, comme dans cette scène située vers la fin du spectacle où lorsque Russell Maliphant se regarde dans un miroir (fixé sur une table en bois), sans qu'on l'ait vue arriver, Sylvie Guillem reproduit les mouvements de son partenaire en symétrique. Cette magie se trouve aussi dans la manipulation de marionnettes géantes et dans les nombreux changements de costumes et d'accessoires qui se font derrière d'étroits rideaux noirs qui traversent la scène. Parmi les merveilleuses trouvailles de mise en scène, on compte aussi des accessoires qui changent subitement de fonction, comme lors de la scène où le chevalier fait une chute de cheval. Les lumières de Michael Hulls sont très belles aussi : souvent, ce sont elles qui créent une sorte de décor mouvant dans lequel évoluent les interprètes.

Le spectacle renvoie aussi à la culture japonaise, mais de façon plutôt modérée. Outre la géante marionnette, on verra une référence aux tambours japonais tels qu'on pouvait les voir et les entendre dans Kaguyahime.

Bref, ce me semble être un spectacle très intelligement conçu, très beau, très intelligible (il diffère en cela de Passion de Dusapin/Waltz). Il reste encore plein de places à vendre pour les six dernières représentations...

Ailleurs : Anne Deniau.

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