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L'Italienne à Alger à Garnier

2010-10-01 02:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2010-09-30

Marco Vinco, Mustafà

Jaël Azzaretti, Elvira

Cornelia Oncioiu, Zulma

Riccardo Novaro, Haly

Lawrence Brownlee, Lindoro

Vivica Genaux, Isabella

Alessandro Corbelli, Taddeo

Denis Dubois, clavecin

Andrei Serban, mise en scène

Marina Draghici, décors et costumes

Andrei Serban, Jacques Giovanangeli, lumières

Niky Wolcz, chorégraphie

Alessandro Di Stefano, chef de chœur

Maurizio Benini, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

L'Italienne à Alger, Rossini

Sans les décors et dans une mise en scène improvisée, c'était mieux.

Ce soir et jeudi de la semaine dernière, je suis allé voir L'Italienne à Alger de Rossini à l'Opéra. Jeudi 23, jour de grève, la production s'était jouée essentiellement sans décors. Les solistes et un tout petit nombre de figurantes évoluaient devant un rideau de scène. Le chœur (exclusivement masculin) venait parfois se mettre en rangs au fond. Peu de changements de costumes pour les chanteurs et quelques accessoires tout au plus. J'ai cependant trouvé que c'était mieux qu'avec la mise en scène originale d'Andrei Serban dans les décors et costumes de Marina Draghici. Lors de cette version semi-scénique, on avait en effet droit à une sorte de théâtre chanté sans trop d'effets spéciaux, la musique faisant le spectacle, le texte réservant quelques surprises comiques. À noter aussi, ce soir-là, il y avait eu des ratés de sur-titrage, le début étant complètement massacré, avec un effet comique involontaire : alors que Lindoro entrait en scène, se souvenant d'Isabella, Languir pour une belle, c'est le texte du personnage de Mustafà J'en ai assez de cette femme qui parut ! J'avais aussi pu voir de très près les chanteurs puisqu'à l'entr'acte, j'avais migré avec une camarade d'opéra à la loge de l'Impératrice.

Pour situer l'histoire, une Italienne, Isabella (Vivica Genaux), débarque à Alger pour délivrer Lindoro (Lawrence Brownlee), qui a été fait esclave par le bey Mustafà (Marco Vinco). Ce dernier n'a plus dans son sérail de femme qui le satisfasse. En particulier, il veut se débarrasser de son épouse Elvira (Jaël Azzaretti) en la remariant avec Lindoro (irrésistible texte : Ma come ? Ei non è Turco. — Che importa a me ? — Ma di Maometto la legge non permette un tal pasticcio. — Altra legge io non ho, che il mio capriccio.). Il demande à son capitaine Haly (Riccardo Novaro) de lui trouver une Italienne. Isabella et un soupirant, Taddeo (Alessandro Corbelli), sont fait prisonniers. S'ensuivent diverses intrigues, promotions fantoches (Taddeo est fait Kaïmakan et Mustafà Pappataci), au bout desquelles Isabella repart avec Lindoro, Elvira avec Mustafà et Zulma (Cornelia Oncioiu), la servante d'Elvira, avec Haly.

Je disais donc que le spectacle que j'ai vu ce soir n'a vraiment rien à voir avec celui de la semaine dernière. Autant visuellement (costumes des eunuques et des naufragés, décors) que dans les mouvements sur scène des chanteurs. Certes, le but d'Andrei Serban (dont je n'avais pas trop aimé la Lucia di Lammermoor en septembre 2006) semble avoir été de faire rire, mais il en a fait un peu trop. En résumé, le film, c'est King Kong rencontre le Titanic dans un Harem. J'allais oublier, il y a aussi des chimères Rambo/Capitaine Crochet. L'intrus, c'est évidemment King Kong... On se demande bien ce qui est passé par la tête du metteur en scène.

Au début, Mustafà est représenté en émir, fantaisistement dictatorial. On verra quelques jeunes femmes chargées de ses plaisirs, et d'autres habillées tout en noir, voilées. Au cours de l'opéra, il se métamorphose, change sans cesse de turban et à la fin, on oublierait presqu'on assiste à une turquerie. Le personnage a perdu sa colère quand il se rend compte qu'on s'est moqué de lui en le faisant Pappataci (Mange et tais-toi) à grand renfort de figurants dansants habillés aux couleurs de l'Italie (dont trois ont des costumes/accessoires comme des excroissances représentant un Chianti, une Pizza, un lit à la mode romaine. On lui a en effet fait accroire qu'être réduit aux trois fonctions manger, boire, dormir étaient une grande distinction en Italie.

Vocalement, j'ai aussi préféré la représentation du 23. Lawrence Brownlee était particulièrement épatant dans son air Languir per una bella, quoiqu'il le chantât d'un bout à l'autre sans bouger d'un centimètre son pied posé sur une marque au sol ! Tous les chanteurs m'avaient fait une bonne impression. À propos de Vivica Genaux, j'apprécie la façon dont elle s'incarne visiblement dans ses personnages (que ce soit Angelina, Juno/Ino ou Isabella). J'aime comme elle chante, mais le timbre de sa voix malheureusement me déplaît. Ce soir, la plupart des chanteurs m'ont semblé en petite forme.

Le passage le plus étonnant musicalement et théâtralement de ce drame joyeux se trouve à la fin du premier acte. Les sept personnages ont subitement l'impression de devenir fous et ils le disent en utilisant des onomatopées din din, crà crà, bum bum ou tac tà. Dans le même temps, ils font des gestes mécaniques (mention spéciale pour Lawrence Brownlee et son marteau qui fait tac tà), tandis qu'Elvira, qui se met à faire des vocalises en se donnant des airs de Castafiore est interrompue par Taddeo.

La mise en scène utilise les parties excentrées du plateau... Du coup, pendant certains airs, j'ai dirigé mon regard vers la fosse pour observer la battue de Maurizio Benini et ses indications de nuance. Visiblement, quand leur bouche n'est pas vouée à leur instrument, les deux clarinettistes du fond se racontent des blagues (vu les gestes associés, cela devait avoir un rapport avec l'extravagant turban que portait Alessandro Corbelli une fois qu'il a été fait grand Kaïmakan).

Côté public, ce soir a été une drôle de soirée. Des grandes entreprises ont réservé des soupers dans le grand foyer. Les bars, et subséquemment le champagne, envahissent les environs immédiats des premières loges (où mon fond de loge à 10€ s'est transformé en deuxième rang). Plus de robes de soirée que d'ordinaire. De loin, la Rotonde du Glacier avait l'air d'être privatisée pour quelque cocktail. À l'entr'acte, j'ai préféré aller me dégourdir les jambes à l'étage du dessus...

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Commentaires

1. 2010-10-17 14:41+0200 (Alex)

Bonjour,

Accepteriez-vous de révéler le secret pour avoir accès à des places pas chères à l'opéra garnier ou bastille (de type "fond de loge à 10€") ?

Lors de l'ouverture des réservations sur internet,je n'arrive jamais à avoir accès aux places les moins chères, même en me connectant à l'heure précise de l'ouverture.

Si je connaissais la technique, je pourrais aller à l'opéra plus d'une fois par an :-)

Ou alors faut-il se rendre aux guichets pour des places vendues à la dernière minute ?

Merci d'avance pour votre réponse.

Alex

2. 2010-10-17 16:54+0200 (Joël)

Les places pas chères ne sont vendues qu'aux guichets, à partir d'une date fixe pour chaque opéra/ballet qui est postérieure à la mise en vente sur Internet : <URL: http://www.operadeparis.fr/cns11/live/onp/pratique/Reserver/Reserver_saison1011/Ouverture_des_reservations_copy1_copy1.php?&lang=fr >. (Le jour-même de la mise en vente, il faut s'attendre à longue file d'attente au théâtre où le spectacle aura lieu (ouverture des guichets à 11h30, mais la queue aura commencé bien avant.). À partir du lendemain, on peut aller les chercher indifféremment à Bastille ou à Garnier.)

Je ne connais pas le détail du système des places de dernière minute, mais cela peut être intéressant aussi.

3. 2010-11-09 00:02+0100 (Alex)

Merci pour votre réponse ! je vois que la mise en vente aux guichets tombe souvent un vendredi...le lendemain, reste-t-il des places disponibles aux guichets ou tout part le premier jour ? Encore merci.

4. 2010-11-09 13:45+0100 (Joël)

Cela doit dépendre du spectacle et de pratiques commerciales douteuses (par exemple, sur Internet, toutes les places ne sont pas rendues disponibles d'un coup, des observations expérimentales montrent que c'est fait en plusieurs vagues dans la plus totale opacité ; il n'est pas exclu que cela se fasse aussi pour les places vendues au guichet).

Cette année, pour Eugène Onéguine par exemple, j'ai eu des places à 15€ bien après la mise en vente.

À Garnier, les fonds de loge doivent intéresser relativement peu de monde, puisque l'année dernière, pour La Dame du lac, beaucoup de gens ont eu du mal à avoir des places à bonne visibilité sur Internet même en s'y prenant en avance, tandis qu'au guichet, j'ai eu très facilement trois places à visibilité plus ou moins réduite alors même que la série de représentation avait commencé

5. 2010-11-11 11:47+0100 (Alex)

Merci encore :-) j'essaie dès ce soir à bastille !


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