Weblog de Joël Riou

« L'Amour des trois oranges à Bastille | The Prince of the Pagodas au Royal Opera House »

Programme Bartók pour le Philharmonia Orchestra/Esa-Pekka Salonen

2012-06-27 11:50+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Théâtre des Champs-Élysées — 2012-06-25

Philharmonia Orchestra

Esa-Pekka Salonen, direction

Le Prince de bois, suite d'orchestre op. 13, Bartók

Nikolaï Lugansky, piano

Concerto pour piano et orchestre nº3 (Bartók)

Concerto pour orchestre (Bartók)

Galop de la Suite nº2 pour petit orchestre (Stravinski)

Si les musiciens hongrois me manquent déjà, je crois que j'aime aussi les musiciens anglais. Bien sûr, il y a le LSO, mais le Britten Sinfonia entendu à Dijon m'avait beaucoup plu aussi.

Ce lundi, c'est le Philharmonia Orchestra, un autre orchestre anglais, que je suis allé écouter au Théâtre des Champs-Élysées (où il faut monter jusqu'à la catégorie 3 pour pouvoir espérer voir quelque chose : c'est juste deux ou trois fois plus cher qu'à la Salle Pleyel). J'entends pour la première fois cet orchestre, qui est dirigé pour ce programme Bartók par Esa-Pekka Salonen, que je vois aussi pour la première fois.

Les œuvres jouées sont toutes les trois très variées. Le Prince de bois commence comme L'Or du Rhin de Wagner, mais très vite d'aimables dissonances se font entendre. Ceci me donne l'impression d'entrer dans un univers merveilleux. Les atmosphères vont se développer magnifiquement sans que toutefois je sois tout le temps en mesure de me situer par rapport au synopsis du ballet, mais peu m'importe étant entendu que j'ai rarement l'occasion d'entendre une aussi sublime musique. J'ai été surpris par le grand nombre d'instruments à cordes (8 contrebasses), une observation qui est à modérer par le fait que les différents groupes d'instruments étaient souvent subdivisés en plusieurs parties (par exemple en 10=6+4 pour les violoncelles).

Un piano et un pianiste font leur apparition pour la deuxième pièce au programme. Il s'agit de Nikolaï Lugansky que je vois pour la première fois et qui va interpréter le troisième concerto pour piano de Bartók. Le premier mouvement swingue. J'ai rarement bénéficié d'aussi bonnes conditions d'écoute pour un concerto pour piano. J'avais aussi un peu choisi ma place en fonction de cela (premier rang de premier balcon du côté qui permette de voir le clavier). Je crains que les trois mouvements soient dans un même style qui me fait curieusement davantage penser à l'Amérique qu'à la Hongrie. Le deuxième mouvement, le magnifique Adagio religioso sera heureusement tout différent, tout comme le troisième au cours duquel le pianiste étoffera encore les couleurs variées de son instrument, dans une direction plus percussive cette fois.

J'ai été impressionné par la façon dont est orchestré ce concerto. À l'écoute d'autres concertos, j'ai trop souvent eu l'impression que l'orchestre n'avait qu'un rôle de faire-valoir pour le soliste, et d'autres fois que l'orchestre et le soliste évoluaient dans des mondes différents. Ici, les thèmes courent somptueusement du piano à l'orchestre et réciproquement. On trouve ainsi de longues phrases dans lesquelles les vents, par exemple, interviennent tout naturellement dans une sorte de jeu de questions et réponses avec le piano. Bref, j'adore ce concerto qui permet véritablement au piano et à l'orchestre de dialoguer.

Le programme du concert se termine avec le concerto pour orchestre, que j'ai déjà eu l'occasion d'entendre. L'interprétation du Philharmonia Orchestra m'a bien davantage convaincu. Les contrebasses et violoncelles, qui m'impressionnaient déjà depuis le début du concert, sont en transe. Ils n'écrasent peut-être pas leurs archets aussi forts sur les cordes que leurs confrères hongrois, mais ils ne font pas non plus dans la demi-mesure ! La violoncelliste cosoliste semble prendre un plaisir fou à jouer. J'apprécie tout autant l'attitude décontractée des musicien(ne)s de cette formation anglaise dans les moments qui précèdent ou suivent l'interprétation d'une œuvre ; le Britten Sinfonia m'avait inspiré le même type de sentiments.

Enfin, comment parler de ce concert sans évoquer l'absolument sensationnelle clarinette solo de cet orchestre ? (S'agit-il bien de Mark van de Wiel ?). Il était si j'ose dire dans tous les mauvais coups : dès que la section des vents jouait, j'avais du mal à ne pas me focaliser sur le superbe son de son instrument, alors même que les autres vents (et les cuivres, et les altos, et ...) étaient magnifiques.

(Je manque d'adjectifs superlatifs, pardonnez les répétitions...)

Ailleurs : Bladsurb.

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Commentaires

1. 2012-06-27 14:27+0200 (Andanteconanima)

Je ne vais pas dire grand-chose d'original moi non plus : quel orchestre, quel chef, quel soliste et quel concert ! Je crois bien que l'écho de l'enthousiasme fait oublier les superlatifs qui nous manquent un peu...

Ah si, j'oubliais : quelle oeuvres. Le "Concerto pour orchestre de Bartok" m'avait laissé circonspect lors du concert du Philhar' au mois d'octobre, mais j'ai eu comme l'impression cette fois-ci d'avoir fait du chemin sur la longue route d'écoute qui nous conduit au coeur des oeuvres. Idem pour le 3e concerto - c'était même drôle de voir Salonen et Lugansky saluant tout en essayant de reprendre leur souffle !

Mais au fait, comme je te vois évoquer le LSO, qu'as-tu pensé de leur dernière venue parisienne ?

2. 2012-06-27 16:49+0200 (Ugolino le Profond)

Je crois bien que ca n'est pas une question de chemin de l'oeuvre : le concerto pour orchestre de Bartok par le Philhar' en octobre était très raté, la faute surtout à la direction de Chung. L'un des très rares ratés du Philhar' cette saison. Ceci étant dit, celui de Boulez avec l'OP était probablement pire. C'est une oeuvre difficile à réussir, à mon sens, qu'on entend peu souvent bien dirigé.

Il faut néanmoins ajouter que le troisième concerto pour piano de lundi soir était tout à fait hors-style. Pour ma part, j'ai trouvé ce hors-style cohérent et souvent magnifique, mais certains ont pensé que c'était n'importe quoi de bout en bout. Disons que ceux qui ne connaissaient pas l'oeuvre avant ce soir devraient éviter de prendre cette interprétation comme maître-étalon, on était assez loin de la partition.

3. 2012-06-27 22:01+0200 (Joël)

Andanteconanima> Mais au fait, comme je te vois évoquer le LSO, qu'as-tu pensé de leur dernière venue parisienne ?

J'étais trop fatigué pour en penser quoi que ce soit, je suis parti à l'entr'acte du concert de lundi, non sans avoir apprécié leur Purcell.

4. 2012-06-28 10:00+0200 (Andanteconanima)

@Joël : Fatigue bien compréhensible, cela ne fait qu'attester un peu plus la puissance du philtre magique wagnérien ! J'ai même pu constater en passant sur le site de Klari que ce sortilège avait fait d'autres victimes.

@Ugolino : Lugansky hors-style ? Effectivement oui : je viens de réécouter Annie Fischer et Louis Kentner (dirigés par Fricsay), on est loin de la (malgré tout fantastique) vision de NL. Et me voilà aussi rassuré concernant le CpO du Philhar' (au demeurant, les "Danses de Galanta" du même concert m'avaient sérieusement fait tiquer).

5. 2012-07-04 00:41+0200 (klari)

#ModeChauvinOn : ah ouiche, il ne faut pas mettre le Concerto pour orchestre (ni quoi que ce soit de Bartok, d'ailleurs) entre n'importe quelles mains, monsieur ACA. Je pense que cette combinaison chef-oeuvre-orchestre a beaucoup fait pour la rendre appréciable. #modeChauvinOff

(cf. Joël sidéré après le concerto pr piano joué par le Budapest Festival "euh, c'était le même qu'ils ont joué il y a deux mois ?")

Sinon, je confirme, Lugansky (que j'adôôôôre, par ailleurs) m'a paru ce soir-là complètement hors sujet. Superbement, magnifiquement hors sujet, certes. Mais bon, 'faut bien que les gens achètent des billets, hein !


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