Weblog de Joël Riou

Cette page ne contient que les entrées du mois d'avril 2010. Les entrées les plus récentes se trouvent . Vous pouvez aussi naviguer vers mars 2010 ou mai 2010.

Billy Budd à Bastille

2010-04-30 12:23+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-04-29

Kim Begley, Edward Fairfax Vere

Lucas Meachem, Billy Budd

Gidon Saks, John Claggart

Michael Druiett, Mr Redburn

Paul Gay, Mr Flint

Scott Wilde, Lieutenant Ratcliffe

Andreas Jäggi, Red Whiskers

Igor Gnidii, Donald

Yuri Kissin, Dansker

François Piolino, The Novice

John Easterlin, Squeak

Franck Leguérinel, Bosun

Chae Wook Lim, First Mate

Jian-Hong Zhao, Second Mate

Paul Crémazy, Maintop

Vladimir Kapshuk, The Novice's Friend

Guillaume Petitot-Bellavène, Arthur Jones

David Fernandez Gainza, Gunner's Mate

Christian-Rodrigue Moungoungou, Voice Answering from the Distant Boat

Andrea Nelli, Sailor

Robert Catania, Solo ténor

Lucio Prete, Solo baryton

Shin Jae Kim, Solo basse

Jeffrey Tate, direction musicale

Francesca Zambello, mise en scène

Alison Chitty, décors et costumes

Alan Burrett, lumières

Patrick Marie Aubert, chef de chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Billy Budd, Britten

L'Opéra de Paris a semble-t-il eu du mal à remplir la salle de Bastille pour les représentations de Billy Budd de Britten. C'est dommage, car si la musique de Britten est certes parfois quelque peu déroutante, c'est une belle production d'opéra.

Adapté d'une nouvelle de Melville, cet opéra raconte un épisode de la vie à bord de L'indomptable, en guerre contre les Français. Des années après, le capitaine Edward Fairfax Vere (Kim Begley, Loge dans Das Rheingold récemment) se souvient de 1797. Le jeune, beau, loyal et bon Billy Budd avait été enrôlé sur le navire ; son seul défaut est qu'en cas d'émotions fortes, il se met à bégayer. À l'opposé, le Mal est représenté par le maître d'armes John Claggart. Il est attiré par lui, mais il affirme vouloir détruire l'incarnation de ces qualités qui lui sont étrangères dans le très beau passage du premier acte Handsome... O beauty, o handsomeness, goodness! Would that I ne'er encountered you!. Il conspire contre Billy Budd en essayant de le faire passer pour un déloyal, susceptible de lancer une mutinerie.

La proximité d'un navire français empêche temporairement à Claggart de dénoncer Budd au capitaine. L'équipage se prépare au combat. Les canons n'ont pas la portée suffisante pour atteindre l'ennemi et le vent insuffisant empêche de le rattraper. Aucun Français ne sera maltraité dans cet opéra. Claggart est maintenant libre de lancer son foudre sur Billy Budd. Le capitaine ne peut croire à ses contes. Quand Budd doit écouter en sa présence les fausses accusations du maître d'armes, son bégayement l'empêche de répondre. Ce qu'il aurait voulu dire en mots, il l'exprime de son poing. Claggart s'effrondre raide mort sous le coup. Alors qu'il sait Billy Budd innocent, il laisse son procès se faire. Budd sera pendu. Alors que Vere se reproche son attitude, Billy Budd le bénit. À sa mort, la confusion règne dans l'équipage. Dès années plus tard, Vere se dit qu'il aurait pu le sauver.

Contrairement au deuxième acte pendant lequel je n'ai pas vu le temps passer, le premier acte m'a semblé un petit peu long. Le décor unique est un carré de parquet incliné dont un angle est dirigé vers la salle. Sur la droite, un mat dont la forme fait penser à une Croix de Lorraine. La référence au christianisme est assez évidente. Les lumières, très belles, accentuent explicitement la forme de croix en la projetant en ombre sur le sol ; au milieu de son torse nu, une ligne verticale et une autre horizontale inscrivent une forme de croix sur le corps du héros. Au deuxième acte, on découvre qu'une subdivision du carré de parquet le long d'une diagonale permet de modifier l'inclinaison de la partie dirigée vers la fosse. Quand elle est relevée, les hommes d'équipage peuvent s'y préparer au combat. Cela permet aussi à la scène de la confrontation entre Claggart et Budd de se tenir dans un espace plus confiné. La réduction de l'espace scénique pour les besoins des différentes scènes est en fait réalisé de diverses manières : un rideau de scène peut être descendu pour ne laisser qu'un petit coin pour l'air de Claggart du premier acte, les lumières peuvent laisser dans l'obscurité tout sauf ce même coin à un autre moment. Bref, la mise en scène (de Francesca Zambello) s'inscrit très intelligemment dans le décor et les lumières, ce qui donne un cadre visuellement beau pour ces deux fois 1h20 de musique continue.

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Subhra Guha aux Abbesses

2010-04-25 22:09+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2010-04-24

Subhra Guha, chant (khyal et thumri)

Sanjukta Bishwas, harmonium et chant

Sanju Sahai, tabla

Sudipta Remy, tampura

J'ai assisté hier soir au concert de Subhra Guha au Théâtre de la Ville (Abbesses). Il s'agissait de chant khyal et thumri (Nord de l'Inde). C'était seulement la deuxième fois que j'en entendais ; la première fois, c'était lors des vingt-quatre heures du Râga durant lesquelles Kaushiki Chakraborty avait chanté.

L'instrumentation comporte un harmonium, un tampura et des tablas. Le tempo est très lent au début, comme souvent dans la musique indienne, et les tablas n'entrent en scène que plus tard, mais au cours de ce concert, le rythme ne sera jamais rapide, juste un peu moins lent, le but n'est manifestement pas de briller, mais d'oser faire entendre une forme aussi austère de chant à un public que la chanteuse aura flatté par avance (et à la fin, disant que le public parisien, c'était vraiment Something else!).

La première pièce (khyal) du concert va ainsi se développer majestueusement sur un petit peu moins d'une heure ! Viendront ensuite un chant thumri, une troisième pièce et une quatrième (Bhairavi). On entendra parfois la chanteuse improviser en prononçant le nom des notes de la gamme. Concernant d'éventuels mots articulés, le seul que j'aie compris de tout le concert est Govindaswami.

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IRCTC, mise à jour

2010-04-25 12:36+0200 (Orsay) — Voyage en Inde IX

Mon prochain voyage en Inde intervenant dans environ trois mois, j'ai commencé hier à essayer d'acheter mes billets de train à J-90.

Je savais que le site ne fonctionnait qu'à partir de 5h30 (sur le fuseau UTC+0530). Une heure nocturne déjà avancée devait me permettre de réserver un Delhi-Haridwar avant de me coucher. Mauvaise surprise : un message d'erreur m'annonce que le jour de la mise en vente, les réservations n'ouvrent plus qu'à 8h.

Dans un billet précédent, je m'étais amusé du caractère imprévisible de l'étape de payement. Il faut en effet choisir une plate-forme de payement dans une constellation. En juillet dernier, parmi les quelques choix a priori possibles pour les détenteurs de cartes Visa, une seule plate-forme de payement fonctionnait. C'était CITI. Aujourd'hui, la seule qui fonctionne est Axis, mais j'ai bien cru qu'aucune ne fonctionnait plus. En effet, avec toutes les plates-formes sauf Axis, j'ai obtenu des messages d'erreurs juste après avoir donné les informations de ma carte bancaire (et un mot de passe apportant une sécurité illusoire sur les transactions, Verified by Visa étant désormais obligatoire sur ce site). Les messages d'erreurs sont illisibles ou farfelus : s'agissant d'un payement de 360Rps (6€), j'ai particulièrement adoré Insufficient funds. Cela dit, c'était net, ces plates-formes ne voulaient pas de moi. Il restait Axis. Tout se passait bien jusqu'à ce que la banque m'affichât Your payment is approved et que la redirection vers le site marchand se mît à tourner en rond. Finalement, cela a bien voulu retomber en marche après un nouvel essai.

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Le compositeur mystérieux

2010-04-25 12:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Bien que n'ayant aucune formation musicale, je constate qu'à force d'aller à des concerts, il m'est devenu assez facile de reconnaître le style de quelques compositeurs. Quand je branche la radio sur France Musique et que je tombe au milieu d'un extrait, je ne peux donc m'empêcher, si je ne reconnais pas le morceau directement, d'essayer de déterminer le compositeur ou au moins la période. Souvent, ça marche.

Parfois, le détecteur bugge complètement, comme avec l'extrait d'opéra sur lequel je suis tombé hier. Par certaines fioritures, ça me fait penser que ç'a été écrit à l'époque de Mozart, sinon par lui-même. Je me rends compte que c'est chanté en allemand : les possibilités sont réduites. La tournure que prend l'extrait me ferait plutôt penser à Wagner. Je me retrouve ainsi à attendre compulsivement que l'extrait se termine pour savoir quel est ce compositeur qui m'a mis dans une contradiction assez opposant lamentablement Mozart et Wagner...

Conclusion : il s'agissait d'un extrait (chanté par Karita Mattila) d'un opéra créé en 1821 : Der Freischütz de Weber. Je ne connaissais que L'invitation à la valse (utilisée dans le ballet Le spectre de la rose) et l'ouverture de cet opéra, qui sera joué à l'Opéra-Comique l'année prochaine dans l'adaptation française de Berlioz.

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Hommage à Jerome Robbins à Garnier

2010-04-22 01:16+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-04-21

Maurice Ravel, musique (concerto pour piano et orchestre en sol majeur)

Jerome Robbins, chorégraphie (1975) réglée par Jean-Pierre Frohlich

Erté, décors et costumes

Jennifer Tipton, lumières

Koen Kessels, direction musicale

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Elena Bonnay, piano

Ballet de l'Opéra

Aurélie Dupont

Nicolas Le Riche

En Sol

Nico Muhly, musique originale

Benjamin Millepied, chorégraphie (2008) et costumes

Patrice Besombes, lumières

Kurt Froman, assistant du chorégraphe

Frédéric Lagnau, piano

Bruno Flahou, trombones

Jean Raffard, trombones

Marie-Agnès Gillot

Dorothée Gilbert

Vincent Chaillet

Nicolas Paul

Triade

Frédéric Chopin, musique (quatre nocturnes pour piano, op. 27 nº1, op. 55 nº1 et 2, op. 9 nº2)

Jerome Robbins, chorégraphie (1970) réglée par Jean-Pierre Frohlich

Anthony Dowell, décors et costumes

Jennifer Tipton, lumières

Ryoko Hisayama, piano

Ludmila Pagliero, Jérémie Bélingard

Agnès Letestu, Stéphane Bullion

Delphine Moussin, Nicolas Le Riche

In the Night

Frédéric Chopin, musique (pièces pour piano)

Clare Grundman, arrangements et orchestration

Jerome Robbins, chorégraphie (1956) réglée par Jean-Pierre Frohlich

Rideau de scène d'après Saul Steinberg

Irene Sharaff, costumes

Jennifer Tipton, lumières

Vessela Pelovska, La pianiste

Julien Meyzindi, Un homme (avec écharpe)

Laurène Levy, Clara Delfino, Deux demoiselles

Dorothée Gilbert, La ballerine

Laure Muret, Une fille en colère (avec lunettes)

Béatrice Martel, La femme

Alessio Carbone, Le mari

Simon Valastro, L'étudiant timide

Eric Monin, Le contrôleur

Sébastien Bertaud, Un homme

The Concert ou les malheurs de chacun

Je continue mon intégrale des spectacles de danse de l'Opéra de la saison 2009/2010. Plus que trois. Mes réservations pour la prochaine saison sont en cours de traitement...

Aujourd'hui donc, c'était la première du spectacle Hommage à Jerome Robbins. Je découvre avant de partir que je n'aurai pas une de mes places préférées, mais une place centrale à l'amphithéâtre, peu confortable pour mes genoux.

Cela commence par une pièce légère et littorale En Sol sur la musique du concerto pour piano et orchestre en sol majeur de Ravel. Six couples de danseurs. Un beau pas de deux entre Aurélie Dupont et Nicolas Le Riche dans le deuxième mouvement.

Puis Triade, chorégraphié par Benjamin Millepied dont j'avais déjà vu le ballet Amoveo en novembre. Le site de l'Opéra annonce à tort qu'il s'agit d'une création. La musique est du jeune compositeur Nico Muhly. C'est plus agréable à écouter que le Philip Glass qu'il fallait supporter dans Amoveo. La danse est aussi intéressante à voir que dans cet autre ballet de Millepied, quoique le début soit déroutant : les quatre danseurs Marie-Agnès Gillot, Dorothée Gilbert, Vincent Chaillet et Nicolas Paul n'arrêtent pas d'entrer et de ressortir de scène presqu'aussitôt.

Les deux derniers ballets de Robbins au programme utilisent de la musique de Chopin. Dans In the night, on entend quatre nocturnes. Pendant les trois premiers, on assiste à des pas de deux successifs de trois couples. D'abord Ludmila Pagliero/Jérémie Bélingard, puis Agnès Letestu/Stéphane Bullion et enfin Delphine Moussin/Nicolas Le Riche. C'est de plus en plus beau à regarder. Dans le dernier nocturne, les trois couples reviennent. Quelques passages malicieux. Ainsi, par exemple, pendant qu'un des couples (sans doute Moussin/Le Riche) évolue, on voit apparaître sur le côté Paglerio/Bélinguard arriver sur scène pour en ressortir aussitôt par la sortie voisine !

Le dernier ballet The Concert ou les malheurs de chacun ferait presqu'oublier tout le reste. Il s'agit d'une pièce comique. La pianiste Vessela Pelovska entre sur la scène où un piano est installé. Alors que le spectacle est déjà commencé, mais pas encore le spectacle dans le spectacle (un rideau de scène d'après Saul Steinberg aura représenté un théâtre), le public se prend au jeu et applaudit la soliste. Celle-ci caricature les tics des pianistes. Elle s'assied, règle longuement son siège, inspecte le clavier, sort un chiffon pour épousseter le clavier... Elle commence à jouer. Des auditeurs arrivent. Des demoiselles, une fille en colère (avec lunettes, précise le programme), une ballerine (Dorothée Gilbert), un couple, etc. s'installent sur un siège. Un ouvreur lance un jeu de taquin quand il est constaté que certains ne sont pas à leur place. On retire le siège de la ballerine qui ne s'en aperçoit pas tout de suite, la position à l'équerre lui étant toute naturelle (voir l'extrait sur le site de l'Opéra). Cela part ensuite dans tous les sens, alors que le récital de piano continue (quoique l'orchestre intervienne aussi parfois, et dans une orchestration qui n'est pas des plus sérieuses). On rit beaucoup, notamment quand le ballet parodie le ballet classique et montre de manière comique des grossières erreurs de danseurs. Quelque danseuse du corps de ballet se retrouve mal positionnée, se meut à contretemps ; dans un mouvement de groupe, deux danseurs trop rapprochés empêchent une danseuse de passer ; une autre fois, la ballerine doit enjamber en ciseaux des mains lacées. On la verra aussi utiliser toutes les ruses pour attirer l'attention sur elle. Tout ceci est très espiègle. Des ailes frou-froutantes leur étant apparues, les danseurs transformés en papillons nous font entrer dans un monde onirique, jusqu'à ce que la pianiste en ait assez !

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Mignon à l'Opéra Comique

2010-04-13 02:59+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Comique — 2010-04-13

Marie Lenormand, Mignon

Ismael Jordi, Wilhelm Meister

Malia Bendi-Merad, Philine

Nicolas Cavallier, Lothario

Blandine Staskiewicz, Frédérick

Christophe Mortagne, Laërte

Frédéric Goncalves, Jarno

Laurent Delvert, Un serveur

Chœur accentus

Orchestre Philharmonique de Radio France

François-Xavier Roth, direction musicale

Jean-Louis Benoit, mise en scène

Laurent Peduzzi, décors

Thibaut Welchlin, costumes

Dominique Bruguière, lumières

Laure Talazac, maquillage

Christophe Grapperon, chef de chœur

Mignon, Ambroise Thomas

Deux-mille-soixante-troisième représentation de Mignon à l'Opéra Comique. Bien que les chanteurs sur scène se fussent écriés que le théâtre prenait feu, il était évident que c'était pour de faux, contrairement à la soirée du 25 mai 1887 au cours de laquelle la deuxième salle Favart fut détruite.

Quand on regarde le passé, il est toujours étonnant de voir que des spectacles qui furent populaires au point que la millième d'un opéra fut jouée du vivant de son compositeur, que la deux-millième eut lieu en 1955 et qu'entretemps, il est presque devenu une rareté.

Le personnage de Wilhelm Meister (adapté de Goethe) hésite entre deux femmes. L'une est Mignon, un jeune enfant qui a oublié ses origines. Elle est l'esclave de Jarno. Elle rapporte quelque revenu en exécutant la danse des œufs. Elle se rebelle. Wilhelm passe par là, rachète sa liberté. Elle devient son page. Ainsi accoutrée, elle l'accompagne à une représentation donnée par la comédienne Philine. Le cœur de Wilhelm balance entre les deux, quand il voit pour la première fois Mignon dans une robe empruntée à sa rivale. Philine triomphe sur scène. Mignon en est jalouse. Elle la maudit. Alors que le théâtre commence à brûler, Philine envoie Mignon rechercher un bouquet de fleurs. Wilhelm vient sauver Mignon et les deux s'en vont. Mignon retrouve le lieu où elle a véçu, son père et, happy ending, épouse Wilhelm.

Vu son caractère androgyne, le rôle de Mignon, surtout au début, n'est pas des plus brillants. Le tube de cet opéra, c'est l'air de Philine Je suis Titania (on joue Shakespeare sur scène...). On en entend d'ailleurs la musique assez longuement dès l'ouverture. Néanmoins, on a l'occasion de bien apprécier le chant des principaux chanteurs : Malia Bendi-Merad (Philine), Marie Lenormand (Mignon), Ismael Jordi (Wilhelm Meister), Nicolas Cavallier (Lothario), Blandine Staskiewicz (Frédérick). Ces deux derniers sont les seuls de la distribution que j'avais déjà entendu. Nicolas Cavallier, déjà vu en Escamillo (Carmen), interprétait ainsi le père de Mignon, parcourant les routes à la recherche de celle qu'il ne peut plus reconnaître vu qu'il a perdu la mémoire. Blandine Staskiewicz, vue dans Norma, jouait le rôle travesti d'un amant jaloux de Philine. Ces chanteurs furent tous très bons. Un petit bémol cependant pour Ismael Jordi dont la prononciation du français n'était pas toujours parfaite.

Du point de vue musical, c'était très bien. Dans la fosse, se trouvait en effet l'Orchestre Philharmonique de Radio France, dirigé par François-Xavier Roth. J'avais déjà vu ce chef, de dos, diriger la musique d'Altre Stelle dont je n'avais pas vraiment apprécié le son. Dans cette production, revenant semble-t-il à des traditions françaises oubliées en matière de direction, il dirige face au parterre, les musiciens jouant pour la scène.

La mise en scène, très classique (cela se passe à l'époque où c'est censé se passer, les didascalies du livret sont respectées, la robe blanche est blanche, etc.) est très belle à regarder pendant les passages les plus animés de l'opéra, comme les danses bohémiennes du premier acte et la représentation du Songe d'une nuit d'été insérée dans le deuxième acte.

Bref, un beau spectacle. J'étais exactement à la même place que lorsque j'avais vu L'Amant jaloux, à savoir un troisième rang de loge de face. Comme la dernière fois, quelques spectateurs bruissant, telle la spectatrice ancienne qui prend un temps fou à enlever le plastique autour d'un bonbon pour la gorge, quelques dizaines de secondes à peine après l'entr'acte (mieux vaut préférer un bruit pas discret mais bref à un long bruit qui ne s'avèrera pas plus discret...). Ma voisine de gauche ne trouvera pas mieux non plus que d'ouvrir la porte de la loge quand le chœur (accentus) se mettra à chanter depuis l'extérieur de la salle au troisième acte. D'ailleurs, il était amusant de voir le chef continuer à diriger, probablement pour la caméra qui devait fournir un visuel au chœur (on ne me fera pas croire qu'on procédait ainsi au XIXe !). Parmi les autres bruits parasites, notons aussi le remplissage et le déplacement des sacs-poubelles du bar voisin.

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Le spectacle de l'école de danse de l'Opéra

2010-04-09 01:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-04-08

Élèves de l'école de danse de l'Opéra

Orchestre des Lauréats du Conservatoire (CNSMDP)

Marius Stieghorst, direction musicale

Frédéric Chopin, musique

Ivan Clustine, chorégraphie (1913) réglée par Pierre Lacotte

Amélie Joannidès, Juntaro Coste

Suite de danses

Jean-Michel Damase, musique

John Taras, chorégraphie (1952) réglée par Elisabeth Platel assistée de Wilfried Romoli

Philippe Heriat, livret

Michel Dalens, décors (d'après Félix Labisse)

costumes d'après la production adaptée en 1988 par André Levasseur pour le Ballet du Nord

Emma d'Humières, La Reine des Morphides

François Alu, Un jeune bagnard

Mathieu Contat, Un Iphias

Alexandra Dahms, Le Chef des bagnards

Lou Thabart, Le Vigile

Stéphane Level-Bronnekant, Le Forgeron

Piège de lumière

Mikis Theodorakis, musique (Sept danses grecques pour bouzouki solo et orchestre populaire grec, 1982)

Maurice Béjart, chorégraphie (1983) remontée par Michel Gascard

Sept danses grecques

Après les Démonstrations en décembre, aujourd'hui, j'ai assisté à la première du Spectacle de l'école de danse de l'Opéra. Autant les démonstrations pouvaient paraître imparfaites (mais c'était normal vu que le principe semblait être de montrer les élèves des différentes classes s'exercer sur des figures de plus en plus difficiles), autant ce spectacle semble très réussi.

Trois ballets étaient au programme. Le premier est Suite de danses, ballet en un acte d'Ivan Clustine (1913). Avec l'orchestration de Henri Busser, André Messager et Paul Vidal, j'oublierais presque que la musique est de Chopin. Au début, les plus jeunes danseuses sont allongées sur le sol en rang d'Oignon et elles y restent pendant pas mal de temps. De belles pièces de corps de ballet de style classique, un superbe pas de deux dans lequel se distinguent Amélie Joannidès et Juntaro Coste. La troisième pièce est Sept danses grecques de Béjart, sur une musique (enregistrée) de Mikis Theodorakis : cela commence et finit dans l'onde, et entretemps sept danses pour différents types de formation (dans le désordre : solo, duo de deux garçons, pas de deux, groupe de garçons, groupe de filles, tous ensemble) ; Florent Melac est particulièrement applaudi, tout comme la directrice Elisabeth Platel.

C'est à son initiative que la pièce Piège de lumière (chorégraphiée par John Taras) était présentée ce soir, faisant ainsi son entrée au répertoire de l'école de danse (apparemment, cela n'aurait pas non plus été joué par le ballet de l'Opéra). En lisant le programme dans lequel des éléments sont donnés à ce sujet (Faire revivre un ballet), on se rend compte à quoi tient la conservation d'une œuvre chorégraphique. Ici, ce serait à des enregistrements vidéos de répétitions en 1998 (quand Elisabeth Platel avait elle-même dansé ce ballet), des costumes et partitions conservés miraculeusement. Vu le formidable ballet qui revit ainsi, cela valait le coup de procéder à ces recherches archéologiques.

L'argument du ballet (de Philippe Heriat) et le style de la musique ne sont pas sans rappeler ceux du Festin de l'araignée d'Albert Roussel. Des bagnards vivent à l'écart et tirent quelque profit de la chasse aux papillons et d'autres insectes. Un jeune bagnard fraîchement évadé rejoint la compagnie et est déchaîné (superbe solo de François Alu). Dans le deuxième tableau, les insectes défilent avec leurs costumes à antennes. Un double papillon (deux danseurs tenant chacun deux ailes). Les deux insectes stars sont un Iphias (Mathieu Contat, qui est victime d'une malencontreuse petite chute lors d'une réception) et la Reine des Morphides (Emma d'Humières) qui fait une majestueuse arrivée aérienne en portant une double longue traînée. Les deux ne se déplaisent pas. Au début du troisième tableau, La Reine des Morphides est comme les autres insectes attrapée par le piège de lumière installé par les bagnards. Chacun repart avec une proie. Le jeune bagnard croit pouvoir s'emparer de la morphide. Ils exécutent un merveilleux pas de deux, comportant d'originaux portés (dont un dos sur dos). L'Iphias arrive pour sauver sa belle. Il est occit par le jeune bagnard, qui, alors que la Reine des Morphides a fui, n'a pour se consoler que le souvenir de son étreinte bleutée.

Si les costumes et la danse de ce ballet m'ont plu, c'est avant tout la musique de Jean-Michel Damase (1952) que j'ai adorée, au point que je rouspétais intérieurement contre la partie du public qui semble avoir pour réflexe d'applaudir quand le rideau se baisse. En effet, lors des changements de décors, le rideau est baissé, mais la musique continue ; pourquoi donc applaudir à ce moment-là, le chef ayant préalablement laissé quelques secondes pour ça à la fin des séquences dansées précédentes.

Je reviens à la musique, interprétée par l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire (CNSMDP), dirigé par Marius Stieghorst. C'est au moins autant impressionniste que peut l'être Albert Roussel. Bref, on est véritablement avec les papillons...

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Treemonisha au Châtelet

2010-04-05 01:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Théâtre du Châtelet — 2010-04-04

Adina Aaron, Treemonisha

Christin-Marie Hill, Monisha

Xolela Sixaba, Ned

Stanley Jackson, Remus

Stephen Salters, Zodzetrick

Jacques-Greg Belobo, Simon

Jean-Pierre Cadignan, Luddud

Janinah Burnett, Lucy

Loïc Félix, Cephus

Mlamli Lalapantsi, Andy

Krister St. Hill, Parson Alltalk

Joël O'cangha, Le contremaître

Ensemble Orchestral de Paris

Chœur du Châtelet

Kazem Abdullah, direction musicale

Sergei Pavlov, chef de chœur

Roland Roure, conception scénographique, dramaturgie, décors et costumes

Blanca Li, mise en scène et chorégraphie

Jacques Rouveyrollis, lumières

Robert Nortik, réalisation vidéo

Treemonisha, Scott Joplin (orchestration de Gunther Schuller)

Impossible de rentrer chez soi sans garder en tête le chœur Aunt Dinah has blowed de horn.

S'il est difficile d'avoir vécu au vingtième siècle sans avoir entendu le Maple Leaf Rag ou The Entertainer, il est moins connu que leur auteur Scott Joplin mourût sans avoir pu faire représenter son deuxième opéra Treemonisha (la partition de son premier opéra A Guest of Honor a été perdue).

Le clavier à écran ayant très bien marché, je me suis précipité au lendemain de la première sur le site Internet du théâtre du Châtelet pour acheter des places. Ce soir, j'étais donc à l'avant-dernier rang du parterre pour assister à ce spectacle, dont, fait rare sur les scènes d'opéra, les chanteurs produisent plus de mélanine que la moyenne.

Si l'ouvrage paraît inégal, il s'agit d'un très bon spectacle, qui est sans doute plus susceptible que les autres spectacles lyriques de plaire au plus grand nombre. Le compositeur utilise des rythmes très différents, des récitatifs, de longs airs et de superbes chœurs.

Visuellement, c'est superbe d'un bout à l'autre, grâce aux décors, aux projections vidéo et aux numéros dansés. Au centre du décor du premier acte se trouve un arbre. Celui auprès duquel s'apprête à cueillir des feuilles pour se faire une couronne comme les autres filles. Sa mère adoptive Monisha l'en défend : elle lui révèle que, bébé, elle avait été trouvée auprès de cet arbre et adoptée par elle et son mari Ned. Elle doit aller dans la forêt pour trouver un autre arbre. Elle est enlevée par Zodzetrick, un sorcier abusant de la crédulité de la communauté en vendant des gri-gris. Elle est malmenée lors de la Danse des ours maléfiques, mais elle est sauvée par son ami Remus qui en ayant pris l'apparence d'un épouvantail a été confondu avec le diable. Les cueilleurs de coton se réjouissent de la fin de leur journée. Le retour de Treemonisha fait la joie de ses parents (au fond de la scène, on aperçoit une projection d'une animation très colorée d'une maison). Alors que Zodzetrick se ferait presque lyncher par les villageois, elle demande qu'on lui pardonne. On désigne triomphalement Treemonisha comme chef de la communauté, elle qui a gagné la sagesse par l'éducation (qu'elle avait reçue enfant de la famille qui employait sa mère).

Le livret (du compositeur) n'est pas un sommet de poésie. Cela se fait sentir assez lourdement dans l'air de Remus Wrong is never right. Cela dit, on a déjà vu bien pire (Un ballo in maschera). Au moins, pendant cet air, nul besoin de sur-titres ! Les voix solistes ne sont pas utilisées de façon très spectaculaire dans les deux premiers actes (le plus bel air du premier acte est la sorte de sermon que fait le bien-nommé Parson Alltalk interprété par Krister St. Hill). Cependant, sur la fin, Monisha, Ned, Andy et Treemonisha auront chacun l'occasion de bien faire entendre leur voix. Dans la distribution de ce soir, il y avait Adina Aaron (Treemonisha), Stanley Jackson (Remus), Xolela Sixaba (Ned) qui sont très bons. Dans le rôle de Monisha, Christin-Marie Hill est beaucoup moins convaincante. D'après mon informatrice, Grace Bumbry chante ce rôle mardi soir...

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La Passion selon Saint Jean à Pleyel

2010-04-04 01:51+0200 (Orsay) — Culture — Musique

Salle Pleyel — 2010-04-03

Joanne Lunn, soprano, une servante

Judith Gauthier, soprano

Helena Rasker, alto

Owen Willetts, alto

Markus Brutscher, ténor, l'Évangéliste

Nicholas Mulroy, ténor

Christian Immler, basse, Jésus

Benoît Arnould, basse, Pilate, Pierre, un garde

Les Musiciens du Louvre-Grenoble

Marc Minkowski, direction musicale

La Passion selon Saint Jean, BWV 245, Johann Sebastian Bach.

Septième Passion selon Saint Jean. Je ne m'en lasse toujours pas. Si on laisse de côté 2004, cela fait une par an depuis 2003. Voir le compte-rendu de la fois précédente pour la liste des chefs d'orchestre concernés.

Ce soir, c'était Marc Minkowski qui dirigeait son ensemble, Les Musiciens du Louvre-Grenoble. C'est la deuxième fois que je l'entends chantée par une formation très restreinte de chanteurs : huit solistes. L'aspect dramatique de l'œuvre est très bien rendu. On a même sacrifié l'entr'acte pour ne pas rompre la continuité de l'action. Markus Brutscher n'est pas un évangéliste qui ne serait qu'un lecteur de didascalies, il joue véritablement un rôle, module le ton de ses phrases (parfois de façon légèrement caricaturale), comme je ne l'ai jamais vu faire. Par son importance dans La Passion selon Saint Jean, cette voix se détache largement du reste du chœur, qui est par ailleurs assez homogène, ce qui est appréciable. Pendant les récitatifs, j'ai beaucoup apprécié le jeu du violoncelliste Niels Wieboldt.

Je crois que c'est la première fois que j'entends une version non-standard de cette œuvre. En effet, l'air pour basse et soprano Himmel, reiße, Welt, erbebe de la version de 1725 a été incorporé. C'était précisé dans le programme, mais je l'avais lu trop en diagonale avant le concert. Ce fut donc pour moi une vraie surprise après le choral Wer hat dich so geschlagen

Il y a eu quelques couacs dans les cordes, mais mon impression d'ensemble sur ce concert est très bonne.

Depuis ma récente dernière acquisition, je possède actuellement 1003 CD. Commençant à me lasser de la version des cantates de Bach de l'intégrale hänssler (Helmuth Rilling), je me suis décidé à acheter les disques du projet d'enregistrement intégral de ces cantates par Masaaki Suzuki. J'avais été très impressionné par concert au TCE qu'il avait donné et où la cantate Wachet auf, ruft uns die Stimme (BWV 140) était au programme. J'ai ainsi profité du fait que pour le vingtième anniversaire du Bach Collegium Japan, les quarante premiers CD de cette série d'enregistrement soient disponible en quatre coffrets de dix à un prix relativement abordable. Après avoir écouté pour le moment 8 des 142 cantates, je suis très content de ce choix.

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