Weblog de Joël Riou

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Auto-plagiat

2005-10-16 04:00+0200 (Grigny) — Culture — Musique

Je n'ai commencé à écouter les cantates d'église de Bach en suivant le calendrier liturgique que depuis une semaine, et voilà que deux nouvelles entrées sont apparues sur ma page recensant quelques passages où Bach s'est auto-plagié.

Ainsi, j'ai pu remarquer que dans les cantates 49 et 188, on trouvait des versions primitives de mouvements de concertos pour clavecin ou hautbois. Il y a beaucoup de tels exemples. Certains concertos (ou mouvements de concertos) « existent » ainsi pour plusieurs instruments solistes : clavecin, violon, hautbois. Parfois, on ne dispose que de la « copie », j'ai ainsi un disque de concertos reconstitués pour hautbois : les spécialistes pensent que certains concertos pour clavecin sont en fait des transcriptions de concertos pour hautbois dont les partitions ont été perdues et ils ont tenté de reconstituer les concertos originaux pour hautbois ; le résultat est d'autant plus agréable que j'apprécie le timbre du hautbois.

La réutilisation qui m'a paru la plus évidente dans l'œuvre de Bach est dans l'Oratorio de Noël. D'après mon comptage, pas moins de onze airs sont repris des cantates profanes 213, 214 et 215, l'orchestration et évidemment le texte étant changés. Comme on a tendance à écouter une grande œuvre comme cet Oratorio avant de passer aux cantates profanes, on pourrait penser que les airs de ces cantates sont empruntés à l'Oratorio de Noël, mais c'est bien l'inverse (de même que pour les morceaux communs entre les cantates et les concertos, la forme primitive a tendance à être dans les cantates). Il est par ailleurs amusant de voir que certains airs de cantates profanes écrites en l'honneur de membres de familles régnantes ont été réutilisées pour célébrer la naissance du Christ, on peut difficilement imaginer plus flatteur !

Un autre grand monument musical est en fait essentiellement un pot-pourri, je veux parler de la Messe en si mineur. Pour le moment, sur vingt-sept morceaux, je n'en ai formellement identifié que six ou sept dans d'autres œuvres. Je me souviens toujours du choc que cela me fît quand je reconnus le premier mouvement de la cantate Preise dein Glücke, gesegnetes Sachsen (BWV 215) dans la Messe en si mineur lors d'un concert.

Toutes ces petites « découvertes » se font un peu au hasard. De plus, je n'ai pas une mémoire musicale extraordinaire, parfois, en écoutant un morceau, je me dis « j'ai déjà entendu cela quelque part », mais c'est souvent un peu pénible de retrouver l'œuvre précise : si je sais parfois que c'était dans un concerto pour tel instrument ou dans un Brandebourgeois, à part pour quelques exceptions, j'ai beaucoup de mal à faire la correspondance.

Ah tiens, Bach s'est aussi beaucoup inspiré de compositeurs de son époque. L'exemple le plus frappant est le Tilge, Höchster, meine Sünden (BWV 1083) qui est une adaptation du Stabat Mater de Pergolèse.

En tout cas, c'est toujours amusant de redécouvrir un morceau de musique sous une nouvelle forme.

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Commentaires

1. 2006-05-01 17:09+0200 (zvezdo)

Pot-pourri pour la messe en si ? Certains musicologues insistent aussi sur la cohérence avec laquelle Bach a réordonné certains matériaux préexistants. Je connais pas assez l'oeuvre de Bach pour reconnaître les emprunts, je suis admiratif ! C'est un travail de longue haleine, bon courage....

2. 2006-05-01 19:01+0200 (Joël)

Merci. Mais je n'ai pas grand mérite : j'ai écouté de nombreuses fois la Messe en si, il ne m'est donc pas difficile de reconnaître des morceaux de celle-ci quand j'écoute des cantates.

Sinon, juste pour préciser au cas où, je ne mettais aucune connotation négative dans le terme « pot-pourri » ; je serais de toute façon mal placé pour juger de la cohérence de l'ensemble puisque je n'ai aucune formation musicale ou liturgique.

3. 2007-02-13 17:22+0100 (Phil)

Bonjour, c'est très intéressant ces comparaisons, en fait je suis en train d'écouter toute l'intégrale de Bach et la cantate BWV 191 m'a bluffé au passage et connaissant la Messe en Si j'ai pas été frappé tout de suite par la similitude( sauf pour la première partie du Gloria) parce que l'interpretation est bien différentes (pourtant c'est le même ensemble), le suivi des notes sont les mêmes, mais dans le Gloria du BWV 191 où deux passages se suivent dans la Messe en Si, je trouve dans le 191 que l'oeuvre est plus grandiose et impressionnante, ceci n'est que mon avis et il faut voir aussi comment d'autres ensembles la manière dont ils interprètent ces 2 oeuvres.

Pour les "sinfonia" des cantates mes oreilles ont réagis aussi et merci d'avoir mi les comparaisons sur ce blogs cela ma facilité la tâche pour retrouver et écouter ces versions différentes.

Bonne journée.

Phil

4. 2007-02-14 14:32+0100 (Joël)

Je trouve que la ressemblance est très frappante, y compris dans le Et in terra pax, le Domine Deus et le Cum Sancto Spiritu (certes, depuis que je l'ai entendue en concert, je suis un adorateur de la messe en si). Concernant l'impression que ces deux œuvres donnent, cela doit beaucoup dépendre des versions ; on ne doit probablement pas avoir les mêmes.


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