Weblog de Joël Riou

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Mahabharata au Quai Branly

2013-02-11 13:25+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Théâtre — Culture indienne

Théâtre Claude Lévi-Strauss du Musée du Quai Branly — 2013-02-10

Shizuoka Performing Arts Center

Satoshi Miyagi, auteur et mise en scène

Azumi Kubota, co-auteur

Hiroko Tanakawa, composition

Jumpei Kizu, scénographie

Koji Osako, lumières

Koji Makishima, son

Kayo Takahashi, costumes

Eri Fukasawa, accessoires

Kyoko Kajita, coiffure et maquillage

Masaki Nakano, assistant à la mise en scène

Yoshiji Yokoyama, dramaturgie

Yukio Kato, Fuyuko Moriyama, Yuki Nakamura, Yuzu Sato, Yoichi Wakamiya, Ryo Yoshimi, musiciens

Ayako Terauchi, chef d'orchestre

Kazunori Abe, narrateur

Micari, Damayanti

Kouichi Ohtaka, Nala

Yoneji Ouchi, Varshuneya

Naomi Akamatsu, Kesini

Yudai Makiyama, Pushkar

Hisashi Yokoyama, Kali

Tsuyoshi Kijima, Bhima/chasseur

Miki Takii, Impératrice douairière

Moemi Ishii, Sunanda

Yuya Daidomumon, Rituparna

Yoji Izumi, Sudeva

Yuumi Sakakibara / Momoyo Tateno, Indra

Yu Sakurauchi / Miki Takii, Agni

Miyuki Yamamoto / Asuka Fuse, Varuna

Kotoko Kiuchi / Maki Honda, Yama

Maki Honda / Yuumi Sakakibara, Karkotaka

Mahabharata, épisode du roi Nala

J'ai assisté ce dimanche à la dernière représentation au Quai Branly de Mahabharata par la compagnie japonaise Shizuoka Performing Arts Center inspirée par le théâtre kabuki (je n'y connais rien, mais c'est ce qui est annoncé...). (Quelques autres représentations sont programmées en province.)

Le spectacle de 1h45 ne raconte pas exactement l'épopée du Mahābhārata puisqu'il se concentre sur un conte qui est raconté à quatre des frères Pāṇḍava dans le troisième livre de l'épopée. Lors de l'exil des Pāṇḍava en forêt, ils rencontrent en effet des sages qui leur racontent des histoires qui évoquent des personnages qui peuvent leur servir d'exemples ou de modèles pour leur conduite future. Une de ces histoires est celle de Nala et Damayantī, racontée par le sage Bṛhadásva.

Quelques jours avant d'assister à ce spectacle, je ne me souvenais que des grandes lignes de ce conte. C'est une histoire d'amour qui finit bien. Elle commence par une romance qui naît sans que Nala et Damayantī se soient rencontrés. Le simple fait d'entendre l'éloge de l'autre suffit à faire naître l'amour. Les deux s'échangent des messages par l'intermédiaire d'un cygne comme sur cette représentation fameuse du peintre Raja Ravi Varma :

Damayanti par Raja Ravi Varma

Comme il était de coutume au temps des épopées, la princesse Damayantī (fille d'un certain Bhīma, homonyme d'un des Pāṇḍava) doit choisir son époux au cours d'un cérémonie appelée svayaṃvara dans laquelle quatre dieux figurent au nombre des prétendants : Indra, Agni, Varuna, Yama. Bien sûr, la princesse sait d'avance quel homme elle veut épouser, mais les quatre dieux prennent tous l'apparence de Nala. Damayantī parvient à désigner son bien-aimé parce que c'était le seul qui transpirait et dont les pieds touchait le sol. Loin d'être en colère, les dieux bénissent cette union et donnent quelques pouvoirs surnaturels à Nala. Le couple vit heureux et engendre deux enfants. Le démon Kali était arrivé en retard au svayaṃvara et décide de leur nuire. Pour cela, il fait alliance avec le frère de Nala, Puṣkara qui veut prendre la place de son frère à la tête du royaume. Comme dans le récit principal du Mahābhārata, cela se joue dans une partie de dés. Nala, qui à partir de là est possédé par le démon Kali, perd tout. Il doit partir en exil avec Damayantī qui a confié ses enfants à ses parents. Nala perd le dernier vêtement qui lui reste en essayant de capturer un oiseau. Tout honteux, il abandonne Damayantī dans la forêt après avoir déchiré un pan de son sari pour se couvrir.

Après avoir été mordu par le serpent Karkoṭaka qu'il avait pourtant délivré du feu, Nala est temporairement transformé en un être difforme nommé Bāhuka. Comme il est expert en chevaux, il se fait engager comme cocher par le roi Ṛtuparṇa.

De son côté, Damayantī se retrouver seule dans la forêt. Alors qu'elle est sur le point de se faire dévorer par un python, un chasseur la sauve, mais celui-ci devenant trop entreprenant avec elle, elle lui lance une malédiction et le chasseur meurt sur le champ. Plus tard, elle rencontre une caravane de marchands qui va être victime d'une attaque d'eléphants sauvages. Les caravaniers tiennent Damayantī pour responsable. Elle doit fuir. Elle finit par arriver dans un royaume dont la reine l'engage pour s'occuper de la princesse Sunandā. Un jour, un visiteur reconnaît Damayantī qui peut retourner chez ses parents. Bhīma, le père de Damayantī envoie des messagers à la recherche de Nala. Nala-Bāhuka entendra le message envoyé par Bhīma et y apportera une réponse qui sera rapportée à Damayantī.

Dès lors, Damayantī établit un plan pour retrouver Nala. Elle fait envoyer un message à Ṛtuparṇa (et à lui seul) annonçant qu'aura lieu le lendemain un deuxième svayaṃvara. La distance entre les deux royaumes est en principe trop grande pour qu'il puisse s'y rendre en si peu de temps. Cela n'est possible que si Ṛtuparṇa est conduit par un cocher de la valeur de Nala. C'est ce qui se produit. Dans des circonstances rocambolesques, le roi Ṛtuparṇa (expert en dénombrement et au jeu de dés) échange son savoir avec celui de Nala dans l'art de la conduite des chevaux. Le char arrive à temps, ce qui est un premier signe du retour de Nala pour Damayantī qui entend ensuite sa servante Keśini lui parler des pouvoirs surnaturels de Bāhuka (les portes s'agrandissent pour le laisser passer, etc.). Elle est définitivement convaincue quand elle goûte à un plat que Bāhuka a préparé.

La fin heureuse est proche. Nala peut mettre un terme à sa difformité physique en se parant d'un vêtement magique que lui avait donné le serpent Karkoṭaka. Comme il est devenu expert en dés, Nala peut récupérer le royaume que lui avait pris Puṣkara auquel il pardonne ses méfaits.

Le Mahabharata de Madeleine Biardeau, volume 1 Couverture de la version Amar Chitra Katha de Nala et Damayanti

J'ai bien fait de relire les détails de cette histoire telle que la raconte la sanskritiste Madeleine Biardeau dans son édition en deux volumes du Mahābhāratā puisque la version bande-dessinée de l'éditeur Amar Chitra Katha aurait été insuffisante pour me préparer à cette représentation de la troupe japonaise : les moindres détails de cette histoire ont été préservés dans le travail d'adaptation, y compris certains que j'avais eu le temps d'oublier entre ma lecture de samedi et la représentation de dimanche...

J'ai juste été un peu déçu que la narration du spectacle commence avec le svayaṃvara. J'aurais en effet bien aimé voir le cygne intervenir comme messager entre Nala et Damayantī. Le rôle des dieux dans le svayaṃvara a aussi été réduit dans le spectacle puisqu'on ne nous dit pas qu'il ont essayé de troubler le choix de Damayantī en prenant la forme de Nala. Cette déception n'est finalement pas grand'chose. Je me suis délecté d'autres détails, comme la scène où Damayantī se fait reconnaître par un visiteur, la preuve de son identité étant apportée par la présence d'un grain de beauté sur le front qui ne devient visible qu'après qu'on en a enlevé la poussière ; c'est aussi à ce moment-là que la reine du royaume où Damayantī a été recueillie prend conscience qu'elle est sa nièce.

Davantage que ces détails, il était plus important que les caractéristiques de ces personnages soient préservées. Le sous-titre du spectacle a beau être Épisode du roi Nala, le personnage principal est en réalité Damayantī. Quand son mari va tout perdre, elle a la présence d'esprit de confier ses enfants à ses parents. Elle a pleinement conscience du fait que Nala est possédé par un démon (Kali). C'est grâce à cette conviction qu'elle ne doute jamais du sens du devoir de son mari. C'est elle qui organise un plan pour que les deux époux puissent se retrouver. J'ai aimé que le texte de cette adaptation souligne à plusieurs reprises cette clairvoyance de Damayantī.

Affiche du spectacle Mahabharata

L'univers esthétique du Shizuoka Performing Arts Center fut assez surprenant pour moi. Une plate-forme de taille relativement modeste est placée sur la scène, pas tout à fait au centre. Les musiciens (tous percussionnistes) prennent place devant leurs instruments le long de deux côtés de la plate-forme. Les comédiens, qui comme les musiciens sont tous habillés en blanc à l'exception du démon Kali qui est en gris, évolueront sur cette plate-forme principale, ou sur une plus petite située à gauche. Les différentes parties du théâtre sont utilisées par la mise en scène : les comédiens peuvent entrer par l'arrière, par le côté gauche et par les allées entre les spectateurs.

Je ne sais pas comment le public ne connaissant pas préalablement l'histoire de Nala et Damayantī a perçu le conte ; pour ma part, j'ai été agréablement surpris, même si j'ai eu de quoi être étonné par le contraste entre d'une part l'esthétisme des costumes et la poésie du conte et d'autre part les expressions verbales et faciales volontairement exagérées et grotesques qui se font voir et entendre dans certaines scènes. Il en va de même des plaisanteries, par exemple quand Damayantī organise son propre svayaṃvara. On aperçoit alors un rouleau de papier où des inscriptions en japonais entourent un portrait de la princesse. Un comédien dit, en français, Je ne sais pas lire.. Une comédienne lui prend le papier contenant le message et commence par dire très exactement Flash spécial ! À tous les rois... pour que ceux-ci sachent que Damayantī souhaite se remarier. La scène devient tout à fait délirante quand d'autres comédiens entrent avec des pancartes vantant les mérites de la boisson miraculeuse Shizuoka Damayan-Tea.

Le traitement comique de certaines scènes me semble tout à fait approprié. Que Nala-Bāhuka se permette d'arrêter son char pour compter très exactement les feuilles d'un arbre alors que le bon sens voudrait qu'il rejoigne le plus rapidement possible le royaume de Bhīma paraît tout autant incongru dans le texte d'origine que dans cette mise en scène !

Le plus délicieux dans cette production est sans doute sa scénographie et son utilisation d'accessoires et de costumes en papier (avec un peu d'origami) et même de marionnettes. Les figurants-chanteurs-danseurs sont mis à contribution de bien des manières ! Comme tous les détails de l'histoire ou presque sont montrés, les concepteurs du spectacle ont dû trouver d'habiles manières de représenter par exemple les éléphants sauvages, les caravaniers, etc. (On notera aussi la représentation subtile de certains détails : les quatre dieux portent ainsi des chaussures qui donnent l'impression qu'ils ne touchent pas le sol.)

Comme j'ai rapidement compris que les moindres détails de l'histoire seraient représentés, j'ai pu concevoir des attentes portant sur certains épisodes du conte et ceux-ci ont été amplement comblés. Le détail qui tue, cela a été les jets des pétales de fleurs par le démon Kali lors de la grandiose fête célébrant en fin de spectacle les retrouvailles des deux amants. Bien sûr, les dieux assistent à cette fête. Dans le texte de Madeleine Biardeau, on peut lire Une pluie de fleurs tombe du ciel et les tambours célestes résonnent.. C'était exactement ça !

Ailleurs : United States of Paris (avec quelques photographies).

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Don Giovanni par les Hongrois

2013-02-09 15:47+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Budapest

Magyar Állami Operaház, Budapest — 2013-02-01

Csaba Szegedi, Don Giovanni

Klára Kolonits, Donna Anna

Dovlet Nurgeldiyev, Don Ottavio

Géza Gábor, Il Commendatore

Beatrix Fodor, Donna Elvira

Gábor Bretz, Leporello

Marcell Bakonyi, Masetto

Júlia Hajnóczy, Zerlina

György Vashegyi, direction musicale

Gianfranco De Bosio, mise en scène

Andrea P. Merlo, chorégraphie

Nana Cecchi, décors et costumes

Don Giovanni, Mozart.

À peine arrivé à mon appartement à Budapest le vendredi 1er février, j'ai fait le plein de provisions dans un supermarché près de la place de l'Oktogon et me suis dirigé vers l'Opéra national hongrois qui de l'extérieur a un petit air d'Opéra Garnier :

Magyar Állami Operaház

La salle est extrêmement belle. On y trouve un magnifique escalier :

Magyar Állami Operaház

Magyar Állami Operaház

Le plafond n'est pas mal non plus :

Magyar Állami Operaház

Cependant, alors qu'à Paris la salle de spectacle proprement dite n'occupe qu'une petite partie du volume du bâtiment, le bâtiment du Magyar Állami Operaház n'est qu'un fin masque enveloppant la salle. N'espérez pas y boire ou manger quelque chose à l'entr'acte, les bars sont assez inaccessibles (c'est pire qu'au Châtelet, c'est dire !). Je n'ai donc pas essayé de franchir la porte donnant sur le grand foyer que l'on aperçoit au fond de la photographie ci-dessous. Je me suis réfugié aux étages supérieurs dont les couloirs étroits étaient moins encombrés.

Magyar Állami Operaház

Pour environ 15€, j'ai eu une bonne place au deuxième rang d'une première loge côté gauche (Földszint páholy bal).

Magyar Állami Operaház

Magyar Állami Operaház

Même quand les trois dames du premier rang ont pris place, je voyais relativement bien. À savoir : les Hongrois ne font pas semblant de s'habiller quand ils vont à l'Opéra !

Ma raison principale pour aller à l'Opéra ce soir-là était de visiter ce bâtiment, ce qui m'a procuré une grande satisfaction. Accessoirement, j'ai aussi assisté à une représentation de l'opéra Don Giovanni.

La production est très traditionnelle. Le décor est unique, mais comme ce mur placé au fond de la scène doit participer à l'acoustique de la représentation, je ne m'en plaindrai pas trop. Certains déplacement d'éléments de décor se font alors que les machinistes sont visibles. Les costumes sont d'une époque indéterminée dans laquelle semblaient évoluer les personnages de tous les opéras italiens dans les vieux films d'archives.

Le début de l'opéra m'enthousiasme puisque j'ai l'impression d'y distinguer un semblant de direction d'acteurs (notamment dans les scènes avec Donna Anna), mais j'aurai un peu plus de mal à apprécier la suite, d'autant plus que mes souvenirs du livret de l'opéra étaient assez réduits et que les surtitres en hongrois uniquement et le texte chanté en italien ne m'ont pas permis de saisir tous les détails.

Si l'interprétation musicale de l'orchestre ne m'a pas paru inoubliable, j'ai beaucoup aimé les voix des chanteurs et la proximité que la configuration de la salle permet avec le public (au moins pour la partie du public à laquelle j'appartenais). Deux passerelles enjambent la fosse d'orchestre et débouchent sur les allées du parterre. Les entrées et sorties des chanteurs peuvent ainsi se faire par ces passages et il n'était pas rare que les airs soient chantés depuis ces passerelles. Qu'il était agréable d'entendre des chanteurs interpréter leurs airs dans une salle dont l'acoustique les dispense de forcer leur voix.

J'ai aimé tous les interprètes des rôles masculins, et tout particulièrement Csaba Szegedi (Don Giovanni) et Gábor Bretz (Leporello). Chez les dames, ma préférence va à Klára Kolonits (Donna Anna) et à l'espiègle Júlia Hajnóczy (Zerlina).

Magyar Állami Operaház

J'ai mangé et bu jusqu'à la dernière goutte une excellente soupe au Zsákbamacskához à l'issue de la représentation :

Zsákbamacskához

Cliquer ici pour voir les autres photographies que j'ai faites à l'Opéra ce jour-là.

Voilà, c'était le dernier de mes billets sur le week-end que j'ai passé à Budapest. J'ai déjà mon billet d'avion pour le prochain !

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Bizet par les Hongrois

2013-02-09 13:40+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Budapest

Bartók Béla Nemzeti Hangversenyterem, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-02

Szegedi Szimfonikus Zenekar

Gyüdi Sándor, vezényel

Az arles-i lány - II. szvit, Bizet

Kováts Péter, orgona

g-moll szimfónia orgonára és zenekarra, op. 25, Dupré

Badinerie de la suite pour orchestre en si mineur, BWV 1067.

Vaszy Viktor Kórus (Szeged)

Mise fríg hangnemben, Lajtha László

Samedi dernier, je me suis rendu au Művészetek Palotája de Budapest. En arrivant à la station correspondante de la ligne 2 du tranway, mon visage s'est tout à coup illuminé à la vue de la salle de spectacle (qui en cette saison n'est pas cachée par les feuilles des arbres). Je n'y avais en effet pas mis les pieds depuis juin dernier, le Bartók-Maraton n'y ayant lieu que le lendemain. Après avoir goûté au magnifique vin blanc servi dans les buvettes (dont les comptoirs sont en forme de piano !), je me suis dirigé vers mon siège en loge de côté au plus près de la scène. La salle n'est malheureusement pas très remplie pour ce programme de musique franco-hongroise par l'orchestre symphonique de Szeged.

La pièce au programme qui m'a le plus enthousiasmé est la deuxième suite de L'Arlésienne de Bizet, joué d'une exquise façon par cet orchestre. Le duo entre la flûte et la harpe était divin. Chez les altos, le seul musicien que je voyais était une musicienne, qui grâce à la pulsation de sa tête, aux sourires réjouis quand ses collègues jouaient et aux regards d'un œil vers le chef devint immédiatement ma chouchou dans cet orchestre.

La raison de ma venue à ce concert était la symphonie en sol mineur pour orgue et orchestre de Dupré. Un collègue ayant fait sa thèse à Budapest m'avait en effet recommandé d'aller écouter l'orgue du Mupa (cette vidéo est à voir absolument). Un jeune homme Péter Kováts s'est installé derrière le mastodonte en bois et électronique placé sur la scène et qui commande aux tubes situés sur le mur d'arrière-scène. (Ce dispositif de commande électronique sera aussi utilisé brièvement le lendemain au début du Mandarin merveilleux dans le Bartók-Maraton tandis que dans Le Chateau de Barbe-Bleue, l'orgue sera commandé par les claviers situés à l'étage, à proximité immédiate des tubes.) J'ai aimé cette combinaison d'instruments inouïe pour moi. Je suis content d'avoir entendu cette œuvre dont j'ai apprécié le contrepoint, mais ce n'est sans doute pas l'œuvre qui m'aura le plus marqué au cours de ce week-end budapestois...

Je n'ai pas compris les plaisanteries en hongrois qu'a faites très timidement l'organiste avant de jouer son bis : il n'a pas arrêté d'utiliser le mot Franciaország, ce qui est curieux parce que le bis qu'il a joué était de Bach. Peut-être que la transcription était due à un Français ?

Après l'entr'acte, je me fais enguirlander par l'ouvreuse quelque peu désœuvrée parce que je venais d'avaler une gorgée d'eau. La scène s'est d'ailleurs reproduite à l'identique le lendemain. C'est la seule situation embarassante du week-end vis-à-vis de la longue hongroise : entendre une tirage dans une langue inconnue... Si je garde une petite bouteille d'eau auprès de moi lors des concerts, c'est pour l'avoir à portée de mains au cas où les signes avant-coureurs d'un toussottement se feraient sentir. Je l'ai surtout pour me rassurer et ne pas m'en servir. Lors de ce concert, j'ai d'ailleurs été agréablement surpris par la quasi-absence de toux entre les mouvements : quatre au maximum dont la moitié venait des musiciens de l'orchestre. Le lendemain, le public sera en moins bonne santé, mais par rapport à la moyenne parisienne, c'est un réel soulagement.

L'œuvre qui a conclu le concert est la messe en mode phrygien de László Lajtha. J'ai aimé le côté moderne de l'instrumentation se fondant à la forme plus ancienne de la messe (en latin) et aux intervalles musicaux du mode utilisé. Je suis censé connaître un tout petit peu le Raga Bhairavi qui utilise les mêmes gammes que le mode phrygien, mais cela ne m'a pas vraiment aidé à comprendre se qui se passait dans la musique. Le chœur Vaszy Viktor Kórus de Szeged m'a fait une très forte impression ! Sans cette préparation à l'audition d'un chœur de très haut niveau, le choc du lendemain à l'écoute de la performance du Nyíregyházi Cantemus Kórus aurait-été telle que je serais peut-être mort de plaisir.

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Bartók-Maraton I/III/V/VII/IX/XI

2013-02-07 10:23+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Budapest

Après avoir rendu compte des concerts du Bartók-Maraton donnés dans l'amphithéâtre du Művészetek Palotája, je vais maintenant me concentrer sur les six concerts donnés dans la grande salle, en procédant cette fois-ci par ordre chronologique, car sinon je ne m'y retrouverais plus...

Bartók Béla Nemzeti Hangversenyterem, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-03 à 10:30

Csaba Péter, vezényel

Banda Ádám, hegedű

MÁV Szimfonikus Zenekar

I. hegedűverseny

Concerto

Le programme de ce concert m'intriguait. Comme I. hegedűverseny signifie Concerto pour violon nº1, je me disais quelques jours avant de venir qu'il y avait peut-être une coquille dans le programme parce qu'adjoindre à celà le mot Concerto serait redondant. Je n'osais croire comme l'expliquera Klari que ce mot désignait ce qui est connu par chez nous sous le nom de Concerto pour orchestre, et ce d'autant plus que les deux œuvres ne tiennent pas dans le temps imparti à ce concert, le suivant étant programmé une heure plus tard. Le concert s'est terminé avec un quart d'heure de retard :-)

J'ai aimé retrouver le violoniste Ádám Banda que j'avais adoré il y a quelques semaines à la Cité de la musique dans la Sonate pour violon seul de Bartók. Le début crépusculaire de concerto m'a semblé idéal pour rentrer dans l'univers du compositeur. Je me suis ensuite laissé porter par la musique, tout comme dans le concerto pour orchestre. Comme tous les orchestres qui vont se succéder sur la scène, l'orchestre symphonique du MÁV est impressionnant ! Si tous les musiciens sont très engagés, l'attitude souriante du violoncelliste solo me plaît beaucoup.

Ádám Banda

Bartók Béla Nemzeti Hangversenyterem, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-03 à 12:30

Kovács János, vezényel

Budapesti Vonósok (Botvay Károly, művészeti vezető ; Pilz János, koncertmester)

Zene húros hangszerekre, ütőkre és cselesztára

Divertimento

L'orchestre à cordes de Budapest présente une particularité vestimentaire : si les hommes ont la tenue habituelle des musiciens d'orchestre, les femmes portent des robes colorées. Cet ensemble joue une des œuvres du Bartók-Maraton que j'attendais avec le plus d'impatience : la musique pour cordes, percussion et célesta. J'avais déjà été captivé quand je l'avais entendue pour la première fois jouée par le LSO en mai 2012. Cela n'a pas raté, j'ai encore été émerveillé par le premier mouvement Andante tranquillo, et par tous le reste, avec une pensée particulière pour le son des timbales. Il m'a semblé voir seize violonistes, huit à gauche du chef et huit à sa droite, et chaque groupe de huit était subdivisé en deux groupes de quatre, lesquels se subdivisaient exceptionnellement en des mini-groupes de deux musiciens, suivant que les musiciens soient du côté gauche ou du côté droit de leur pupitre. À la lecture de l'instrumentation décrite sur Wikipédia, il semble en réalité qu'il s'agisse d'une œuvre pour double orchestre (comme l'est la Passion selon Saint-Mathieu de Bach). Quelle énergie déployée par cet ensemble dont l'effectif n'est en rien pléthorique (seulement deux contrebasses) ! Le Bartók-Maraton se serait arrêté là, j'aurais déjà été heureux d'avoir fait le déplacement. Mais, sans parler des autres concerts, celui-ci m'a aussi donné à entendre le Divertimento...

Bartók Béla Nemzeti Hangversenyterem, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-03 à 15:00

Muzsikás együttes

Jandó Jenő, zongora

Petrás Mária, ének

Farkas Zoltán, Tóth Ildikó, tánc

Kaél Csaba, rendező

Bartók és a népzene

Ce concert mettait en regard la musique folklorique et des œuvres pour piano de Bartók qui en sont inspirées. C'est peu dire que j'ai adoré le pianiste Jenő Jandó qui a notamment joué les Danses populaires roumaines et Allegro barbaro. Je n'ai pas retenu le détail du programme qui n'a été affiché qu'assez furtivement sur des écrans situés sur la scène et sur lesquels étaient projetés des photographies et des films anciens montrant des danses populaires. Un couple de danseur a interprété quelques danses pendant que l'ensemble de musique folklorique Muzsikás jouait. J'ai apprécié la façon dont le pianiste et cet ensemble se sont passé le relais au cours du concert, la musique folklorique s'enchaînant sans pause aux œuvres pour piano de Bartók et réciproquement. La musique folklorique était tout à fait plaisante pour mes oreilles et elle m'a fait découvrir quelques instruments originaux. Il y a ainsi eu une longue flûte tenue verticalement par un musicien multi-instrumentiste (puisque qu'il a joué aussi de l'alto). A également attiré mon attention une contrebasse à trois cordes avec laquelle l'interprète faisait des pizz. à pleines mains, comme s'il allait arracher les cordes ! Tout autant étonnant fut la sorte de violoncelle en bois peu noble accroché sur le ventre et dont les cordes n'étaient pas frottées par un archet mais frappées violemment par une baguette. Pendant quelques minutes, la magnifique voix a capella de la chanteuse Mária Petrás dans la Modvai Ballada s'est fait entendre.

Bartók Béla Nemzeti Hangversenyterem, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-03 à 17:00

Nemzeti Filharmonikusok

Kocsis Zoltán, vezényel

Kossuth-szimfónia

Táncszvit

Si j'avais écouté ce concert en dehors du contexte du Bartók-Maraton, j'aurais sans doute été plus qu'enchanté. Entre toutes les merveilles programmées lors de cette journée, je dois avouer avoir presque été déçu de n'avoir trouvé que très bon ce concert de l'Orchestre philharmonique national. Les deux œuvres (la Symphonie Kossuth et la Suite de danses) me font penser à un autre compositeur, Stravinski (celui du Sacre du printemps et de Petrouchka). Dans la voluptueuse musique de la Symphonie Kossuth, j'ai aimé l'incongruité d'une sorte de fugue qui est initiée par un ensemble de bassons avant de se propager dans l'orchestre. Dans la Suite de danses, je me suis notamment délecté des glissandi des trombones, du son du hautbois et du tuba (qui a dû mettre et enlever sa maxi-sourdine un certain nombre de fois...).

Bartók Béla Nemzeti Hangversenyterem, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-03 à 19:00

Pannon Filharmonikusok

Várjon Dénes, zongora

Bogányi Tibor, vezényel

III. zongoraverseny

A csodálatos mandarin - szvit

Quel bel orchestre que cet Orchestre Philharmonique Pannon ! J'envie les habitants de la ville de Pécs où cet orchestre est installé. S'agissant du programme de leur concert, je dois toutefois admettre avoir quelques difficultés à apprécier le concerto pour piano nº3. Je n'avais pas tellement aimé cette œuvre quand je l'avais entendue par le Philharmonia Orchestra. Ayant acquis un enregistrement des concertos pour piano par le Budapest Festival Orchestra dirigé par Iván Fischer avec András Schiff comme soliste, j'ai appris à l'aimer. En vrai avec cet orchestre et le pianiste Dénes Várjon (déjà entendu quelques heures plus tôt dans des œuvres pour piano seul), si j'ai encore une fois adoré le deuxième mouvement, dans l'ensemble je n'ai pas été conquis, mais l'orchestre m'a fait une impression plus qu'excellente. Il est à noter qu'alors que l'Orchestre philharmonique de Vienne est entre autres réputé pour être très masculin, le Pannon est au contraire très féminin. Les femmes ne sont d'ailleurs pas exclues des postes à responsabilité puisque le violon solo est une femme.

Si le point culminant du Bartók-Maraton a été pour moi le concert du chœur Nyíregyházi Cantemus, le plus grand frisson purement orchestral est assurément venu de la Suite du Mandarin merveilleux que cet orchestre a interprété. Si j'avais lu le synopsis de ce ballet-pantomime avant de venir, je n'ai pas véritablement réussi à faire le lien entre ce que j'entendais et l'histoire. J'ai seulement reconnu que le rôle de la prostituée était joué par la (magnifique) clarinette. Plutôt que de penser à l'histoire, je me demandais s'il était possible de faire rugir un orchestre de façon plus impressionnante. Choquant. Sidérant. Un régal !

Bartók Béla Nemzeti Hangversenyterem, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-03 à 21:00

Budapesti Fesztiválzenekar

Kovács István, A kékszakállú herceg (basszus)

Komlósi Ildikó, Judit (mezzoszoprán)

Gera Marina, Hekler Melinda, Szilágyi Csenge, korábbi feleségek

Szlávik Juli, jelmez

Baumgartner Sándor, fény

Fischer Iván, vezényel

A kékszakállú herceg vára

Parmi les diverses merveilles composées par Bartók que j'ai entendues en 2012, celle qui m'a décidé de venir à Budapest pour le Bartók-Maraton était A kékszakállú herceg vára (Le Château de Barbe-Bleue) interprété par l'Orchestre de Paris en octobre. C'est l'œuvre qui était programmée pour clore le Bartók-Maraton. De façon cohérente avec le propos de l'opéra, on a pour ainsi dire fait l'obscurité dans la salle. C'est le chef d'orchestre Iván Fischer lui-même qui a joué le rôle du barde. Au milieu de ce court prologue, Iván Fischer a commencé à diriger de dos le Budapest Festival Orchestra. Même si j'avais relu le livret quelques jours auparavant, je n'ai pas compris un traître mot de ce qu'Iván Fischer a dit, mais c'était impressionnant et cela m'a immédiatement mis dans l'atmosphère troublée de cet opéra dont je ne suis sorti qu'une heure plus tard, envoûté que j'étais par le flux musical et le chant des deux solistes. Je n'ai été en quelque sorte déconcentré que lorsque j'ai reconnu quelques mots dans le texte comme lorsque Judith se plaint qu'il fasse froid (hideg, comme quoi cela sert d'aller aux bains !), quand elle dit merci à Barbe-Bleue (köszönöm) ou quand le nom de Barbe-Bleue est mentionné (kékszakállú). Je ne me suis pas repéré très précisément dans le succession des ouvertures de portes. Toutefois, dans la musique, l'apparition de sons stridents signalent régulièrement l'effroi de Judith qui voit ou croit voir du sang un peu partout. Dans le délice auditif constitué par l'opéra, les moments que je trouve les plus délectables interviennent lors de l'ouverture des troisième (le trésor tintant) et sixième porte (les larmes évoquées par un glissando de harpe). Pour l'ouverture de la septième porte, trois comédiennes interprétant le rôle des trois ex-épouses se sont rapprochées du centre de la scène. Jusque là, elles étaient au fond de la scène, cachées par des voiles. Portant des robes aux traînes excessivement longues, elles ont fait de Judith une des leurs. J'ai été ému par la sincérité exprimée par Barbe-Bleue (István Kovács), en particulier dans les moments où ses nuances étaient les plus piano. Si j'avais pu suivre le texte hongrois, je l'aurais sans doute été tout autant par Ildikó Komlósi (Judith). Le moment le plus émouvant du concert a été pour moi le silence de quelques secondes entre la fin de l'opéra et le début des applaudissements.

(Je ne l'ai pas encore visionné en entier, mais on peut voir et écouter sur YouTube un film fait à partir de cet opéra dans lequel le rôle de Barbe-Bleue est interprété István Kovács. Celui de Judith est interprété par Klára Kolonits que par le plus grand des hasards j'ai entendue dans le rôle de Donna Anna dans Don Giovanni vendredi dernier...)

Voilà, mon Bartók-Maraton est maintenant tout à fait terminé... C'est quand la prochaine fois qu'un orchestre hongrois vient à Paris jouer du Bartók ?

Ailleurs : Paris ― Broadway, Klari, vadalmacsutka.

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La maison de Bartók

2013-02-06 11:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Budapest — Photographies

Lors de ce week-end, la journée de dimanche étant complètement occupée par le Bartók-Maraton, le lundi matin à la récupération et mon arrivée le vendredi ayant été trop tardive pour entreprendre des visites touristiques, il ne me restait que le samedi pour me promener.

Le matin, je suis allé aux bains Gellért. Les voûtes couvertes de mosaïques sont belles, les deux heures que j'y ai passées ont été agréables, mais à mon avis cela ne justifie pas de payer 5500 forints (environ 20€) pour entrer, ce qui est significativement plus qu'ailleurs.

Pont de l'Indépendance et Bains Gellért

La pluie peu aimable tombant ce samedi à Budapest a failli me faire envisager de passer tout le reste de la journée à manger des pâtisseries. En marchant depuis les bains Gellért jusqu'à l'arrêt de bus de la ligne 5, je me suis fait arroser deux ou trois fois par les giclées dues au passage des voitures sur les trop nombreuses flaques d'eau qui se forment dans les rues. À certains endroits, je me disais que si les troittoirs étaient aussi larges, c'était pour que les piétons rasant les murs ne soient dans les trajectoires de l'eau épousant la forme d'un cylindre parabolique.

Maison de Bartók

Après avoir pris le bus 5 et marché un peu, je suis arrivé à la maison dans laquelle Bartók a vécu dans les années 1930. J'ai pu poser sac, manteau et parapluie pour faire la visite à sec. Des partitions accueillent le visiteur dans la cage d'escalier :

Maison de Bartók

Les trois pièces visitables renferment essentiellement des meubles en bois ornés de motifs sculptés colorés ou non. Un piano, un tourne-disque, quelques partitions.

Maison de Bartók

Maison de Bartók

Maison de Bartók

Maison de Bartók

Le plus émouvant est à voir à l'étage supérieur où sont exposés divers objets liés aux travaux d'ethnomusicologie de Bartók.

Maison de Bartók

On peut y voir une sorte de fourchette à 5 pointes permettant de tracer à l'encre des portées de musique, ou encore un métronome de poche :

Métronome de poche

Parmi les objets collectés, quelques instruments dont une vielle à roue :

Vielle à roue

Et quelques costumes traditionnels :

Maison de Bartók

Une statue du grand homme est installée devant la maison :

Bartók

Cliquer ici pour voir les autres photographies que j'ai faites ce jour-là.

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Bartók-Maraton II/IV/VI/VIII/X

2013-02-05 10:40+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Budapest

Je viens de passer un week-end à Budapest. La raison principale de ce séjour était le Bartók-Maraton (Marathon Bartók en français), une série complètement folle de onze concerts Bartók sous la direction artistique d'Iván Fischer donnés au Palais des Arts pendant une seule journée. Les concerts ont eu lieu alternativement dans la grande salle (Bartók Béla Nemzeti Hangversenyterem) et dans l'amphithéâtre (Fesztivál Színház). Le placement en I. em oldalerkély bal (les premières bergeries du côté gauche) réduit au minimum la distance à parcourir pour passer d'une salle à l'autre. Les concerts s'enchaînent en effet très rapidement : il y a rarement plus de dix minutes d'entr'acte. Il faut choisir entre grignoter, boire ou plus prosaïquement aller aux toilettes. Un verre de vin blanc (excellent), deux cafés, quelques gorgées d'eau, une tablette de chocolat aux noisettes, je n'ai rien pris d'autre au cours de cette journée-marathon. Pourtant, si des signes de fatigue physique sont apparus en fin d'après-midi, je crois bien avoir réussi à rester concentré sur la musique pendant tous les concerts qui ont tous été de très bons à fantabullissimes. Je ne vais pas les recenser dans l'ordre chronologique, mais dans un ordre d'intérêt ou d'émerveillement personnel (très légèremment) décroissant ; c'est évidemment très subjectif. Je vais me limiter dans ce billet aux concerts donnés dans la petite salle nommée Fesztivál Színház. Je reviendrai sur les six autres concerts donnés dans la grande salle dans un prochain billet.

J'ai recopié les programmes en gardant les noms propres dans l'ordre hongrois (nom suivi du prénom) et j'ai laissé en VO les titres d'œuvres, le nom des instruments, etc. J'aime bien l'idée de garder ces informations sans qu'il y ait de perte par rapport au programme uniquement en hongrois distribué pendant la journée et annoncé sur Internet. Cela me fait aussi travailler un peu mon hongrois... qui est passé au cours de ce séjour de zéro à pas grand'chose. (En cas de problème, utilisez Google Translate, même si le résultat est parfois étonnant...)

Fesztivál Színház, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-03 à 14:00

Nyíregyházi Cantemus Kórus

Szabó Dénes, Szabó Soma, vezényel

Egynemű és vegyes karok: Tavasz, Ne hagyj itt!, Jószágigéző, Leánynéző, Bolyongás, Leánykérő, Csujogató, Eladó lány, Négy szlovák népdal, Keserves, Senkim a világon, Játék, Ne láttalak volna, Bánat, Cipósütés, Párnás táncdal, Kánon, Isten veled!.

Pour ce programme de chœurs mixtes et non-mixtes, les sages tenues colorées des choristes inspirent a priori la sympathie tout comme le sourire bonhomme du premier chef de chœur de cet ensemble Nyíregyházi Cantemus Kórus. Je n'osais toutefois pas croire que ce concert me procurerait un plaisir aussi pur. Pour moi, ce concert a été émotionnellement le point culminant du Bartók-Maraton. Les choristes ayant atteint ou dépassé la vingtaine d'années se sont positionnés sur toute la longueur des deux allées entourant les rangées de sièges de l'amphithéâtre. Les autres forment plusieurs rangs sur la scène. Pendant le concert, quelques changements de configuration se sont faits de façon très fluide, alors que tous continuaient à chanter. Assis vers le milieu du deuxième rang, j'écoute ce concert non pas seulement en stéréo, mais dans une configuration sonore inconnue de mes sens (un film au son spatialisé en surround, c'est peu de choses en comparaison). Pendant les premières minutes, j'étais complètement ailleurs, entendant un merveilleux instrument polyphonique et mon impression s'est prolongée jusqu'à la fin du concert. Je n'imaginais pas que des chœurs dont certains s'approchent du genre des chants populaires pouvaient atteindre un tel niveau de raffinement et me procurer un plaisir que même les plus belles œuvres chorales de Bach (pour parler de ce que je connais un peu) ne m'ont fait ressentir, alors même que je n'ai absolument aucune idée du sens des textes chantés.

Pour quelques uns des chœurs, une des choristes jouait un accompagnement au piano, mais pour l'essentiel il s'est agi de chœurs a cappella. Avant chaque morceau de musique, une des choristes chantait brièvement une note après avoir écouté son diapason. En toute simplicité, comme si tout allait de soi, ce chœur m'a donné à entendre un de ces concerts prodigieux qui justifient d'aller inlassablement assister à des spectacles.

Voici un aperçu du travail du chœur d'enfants de cette formation. Note pour plus tard : me procurer ce CD. En attendant, retrouver un peu de l'émotion initiale procuré par Tavasz dans cette interprétation du chœur Kodály de Fukushima.

Fesztivál Színház, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-03 à 11:30

Mikrokozmosz (részletek)

Vigh Teodóra (Hubay Jenő Alapfokú Művészeti Iskola, Budapest ; Homor Istvánné, tanára)

I. füzet: Kérdés és felelet (14), Ellenmozgás (17), Imitácio és fordítása (23), Szinkópák (27), Tánc kánon formában (31)

II. füzet: Kromatika (54), Staccato és legato (38), Minuetto (50), Délszlávos (40)

Magyar Valentin (Rózsavölgyi Márk Alapfokú Művészetoktatási Intézmény, Balassagyarmat ; Somogyvári Ildikó, tanára)

III. füzet: Hommage à J. S. B. (79), Kromatikus invenció 2. (92)

IV. füzet: Felhangok (102), Nóta (116)

V. füzet: Dobbantós tánc (128), Perpetuum Mobile (135)

Heinrich Attila Henrik (Miskolci Egressy Béni-Erkel Ferenc Zeneiskola & AMI ; Csabay Csilla, tanára)

IV. füzet: Népdalféle (100), Báli szigetén (109)

V. füzet: Staccato (124), Váltakozó ütem (126), Falusi tréfa (130), Paprikajancsi (139)

Radnóti Róza (Járdányi Pál Zeneiskola, Budapest ; Becht Erika, tanára)

VI. füzet: Hat tánc bolgár ritmusban (2) (149), Tört hangzatok váltakozca (143), Ostinato (146)

Forró Fruzsina (Tóth Aladár Zeneiskola, Budapest ; Eckhardt Gábor, tanára)

VI. füzet: Kis másod- és nagy hetedhangközök (144), Mese a kis légyről (142), Szabad változatok (140)

En parcourant le programme du Marathon il y a quelques jours de cela, je m'étais réjoui du fait que les extraits de cette œuvre en six volumes destinée à l'apprentissage du piano soient joués par des élèves d'écoles de musique (Zeneiskola). Quelle belle idée ! Il est pourtant évident que c'est ainsi qu'il faut le représenter ; je n'imagine même pas que les organisateurs aient envisagé de le faire autrement ! Mes propres capacités techniques se limitent à un sous-ensemble de ce qu'a joué la toute première élève. J'ai reconnu certains des morceaux. Au fur et à mesure que l'on progressait, les élèves devenaient de plus en plus grands et exprimaient chacun à sa manière sa personnalité.

Fesztivál Színház, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-03 à 18:00

Báll Dávid, Marouan Benabdallah, zongora

Dénes Roland, Joó Szabolcs, ütőhangszerek

Szonátá két zongorára és ütőhangszerekre

Kádár István, hegedű

Ács Ákos, klarinét

Fejérvári Zoltán, zongora

Kontrasztok

Ce concert de musique de chambre était en deux parties disjointes. Il y eut d'abord la sonate pour deux pianos et percussions. Les deux tourneurs de pages sont très fortement mis à contribution puisque chaque page contient au plus deux ou trois systèmes de portées. Un incident assez sérieux de tourne aura d'ailleurs lieu avec le piano nº1. L'œuvre me déroute quelque peu dans le premier mouvement, mais j'ai adoré les deuxième et troisième mouvements. Cette œuvre rappelle que le piano est aussi un instrument à percussions et que la timbale a également un rôle mélodique. De quelle belle façon la timbale a ainsi repris un thème introduit par un des pianos ! Ce qui m'a le plus réjoui dans cette œuvre est peut-être le xylophone espiègle du troisième mouvement.

Dans Contrastes, je ne me suis délecté du son du clarinettiste, qui me faisait retenir mon souffle quand il jouait dans les nuances les plus douces. La relative aisance apparente du clarinettiste contrastait avec la virtuosité manifestement exigée du violoniste, lequel a joué de deux violons (pas en même temps, hein) dont l'un était dénué de coussin. Autant que je m'en souvienne, le changement d'instrument a eu lieu pour un passage dans un style faisant penser au folklore hongrois. D'après Wikipedia, le troisième mouvement est joué sur un violon accordé d'une façon inhabituelle. Je ne me souviens plus si cela a coïncidé avec le changement de violon ou si le violoniste a changé l'accord en cours de route. En tout cas, cette œuvre étrangement délicieuse m'a plu !

Fesztivál Színház, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-03 à 20:00

Kelemen-kvartett

Keleman Barnabás, hegedű

Homoky Gábor, brácsa/hegedű

Kokas Katalin, hegedű/brácsa

Kokas Dóra, cselló

II. ès V. vonósnégyes

Ma capacité d'émerveillement était-elle épuisée pour cet avant-dernier concert du programme ? Avait-ce été une erreur de ma part d'écouter les enregistrements de ces deux quators à cordes enregistrés par le quatuor Keller ? Ce qui est sûr, c'est que j'attendais trop de ce concert. Je ne sais pas comment cela aurait pu être mieux (peut-être en étant placé un peu plus loin des musiciens pour que les sons fondent mieux ?), mais j'espérais un choc plus radical encore que celui que j'avais ressenti à l'écoute du quatuor nº4 par le Quartetto di Cremona lors de la master-class de Kurtág à la Cité de la Musique. Bartók pouvait-il encore me bousculer après que j'ai entendu quelques minutes plus tôt Le Mandarin merveilleux ?! Bref, ce Bartók-Maraton me conforte dans l'idée que l'opinion que l'on se fait d'un concert dépend autant des œuvres et de leur interprétation que de l'état d'esprit dans lequel on franchit les portes de la salle. Je n'ai ainsi donc que moyennement aimé l'interprétation du quatuor nº2, mais le quatuor nº5 m'a vraiment beaucoup plu. Les musiciens étaient ainsi disposés, de gauche à droite : violon I, violoncelle, alto, violon II. J'ai été plus souvent habitué à voir V1/V2/alto/violoncelle ou V1/V2/violoncelle/alto, mais j'aime l'idée que le violon II fasse face au violon I ; j'imagine que ce choix original est influencé par les œuvres. Une particularité étonnante de ce concert est que le violon II et l'altiste du quatuor nº2 ont échangé leurs instruments pour le quatuor nº5 (je ne suis pas assez observateur pour savoir s'ils ont vraiment échangé les instruments ou s'ils ont chacun leur alto et leur violon !). Une autre des facéties de ces deux musiciens dans le nº5 est que pendant une longue phrase de l'altiste, le violon II lui a tourné la page. Si ce concert ne m'a pas plu autant que je l'aurais voulu, j'ai adoré ce quatuor nº5 et les fameux pizz. en glissando du violoncelle du quatrième mouvement.

Ce quatuor jouera entre autres ce quatuor nº5 de Bartók le 27 février à l'Auditorium du Louvre.

Fesztivál Színház, Művészetek Palotája, Budapest — 2013-02-03 à 16:00

Várjon Dénes, zongora

Szóló zongoraművek: Két elégia op. 8b, Sz. 41, Szvit op. 14, Sz. 62, Szonatina, Sz. 55, BB 69, Improvizációk op. 20, Sz. 74

Ce concert d'œuvres pour piano solo est le seul qui ne m'ait pas franchement plu dans l'ensemble des onze concerts du Bartók-Maraton. Je n'ai aimé ni les deux Élégies ni la Sonatine ni les Improvisations, des œuvres qui m'ont laissé au bord du chemin. En revanche, j'ai beaucoup aimé la Suite. (J'ai l'impression que le pianiste a joué comme s'il était dans une salle beaucoup plus grande que l'amphithéâtre, ce qu'il fera plus tard dans la journée. Ainsi, j'ai parfois éprouvé un sentiment de trop plein sonore.)

Ailleurs : Paris ― Broadway, Klari, vadalmacsutka.

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