Weblog de Joël Riou

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La symphonie nº1 “Titan” de Mahler par l'Orchestre de l'Opéra à Pleyel

2012-02-19 12:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Salle Pleyel — 2012-02-18

Philippe Jordan, direction musicale

Renaud Capuçon, violon

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Jeux d'eau pour violon et orchestre, Bruno Mantovani (création)

Symphonie nº1 en ré majeur Titan (Gustav Mahler)

Les musiciens de l'opéra sont sur la scène, et non dans la fosse de Garnier ou de Bastille comme ils en ont l'habitude. Ils ont sorti leurs habits pour l'occasion. Le programme de leur concert commence par la création de Jeux d'eau de Bruno Mantovani. La bonne nouvelle, c'est qu'en vingt minutes, il ne parvient pas véritablement à m'ennuyer. Cependant, j'ai un peu trop l'impression de réentendre la musique de Siddharta et d'Akhmatova. J'ai vaguement vu Renaud Capuçon depuis mon avant-dernier rang de deuxième balcon, mais je ne l'ai guère entendu puisque le compositeur le fait lutter avec l'orchestre et les percussions tout comme il a pu le faire avec les voix dans son dernier opéra. Le violoniste joue cependant une sorte de vol du bourdon tout seul ou presque dans une section lente au milieu de l'œuvre (pour l'anecdote, à un moment, il ne sera pas loin de faire tomber son archet, le rattrapant de justesse). La musique va alors partir dans un crescendo qui éclatera plus loin en tempête. On réentendra sans déplaisir ni surprise les clarinettes jouer la même sorte de vol du bourdon. Parfois, j'ai plus ou moins l'impression d'entendre une imitation du bruit des insectes. Si le but du compositeur était d'imiter la nature, en scientifique (le mot est employé par le compositeur dans le programme...), je trouve que c'est un peu raté. Je préfère très nettement Albert Roussel (Le festin de l'araignée) ou Jean-Michel Damase (Piège de lumière).

Même si le public a fait un très bon accueil à cette création, la deuxième partie du programme est beaucoup plus enthousiasmante. J'ai découvert avec un grand plaisir la première symphonie “Titan” de Mahler (jouée par 100 musiciens). Les seconds violons qui étaient 13 avant l'entr'acte sont maintenant 14, l'effectif standard quand il y a 8 contrebasses. Ces mêmes deuxièmes violons jouent souvent le rôle de pédale de dominante pendant le premier mouvement. En fait, ils ne sont pas les seuls à tenir longtemps des notes pendant ce mouvement (celui que j'ai préféré) comme on peut le voir sur la partition... Si la symphonie est censée être inspirée par un roman relatant une histoire bien humaine, Titan me fait plutôt penser à un satellite de Saturne. C'est ainsi davantage à une majestueuse atmosphère cosmique que me fait penser ce début de symphonie, le son originel étant perturbé par les trompettes placées initialement en coulisses. Je me surprends à m'imaginer parfois dans Star Wars. L'atmosphère se fera ensuite plus terrestre, joyeusement foisonnante, irrésistible. Quel beau son soyeux des cordes ! Il contraste avec les phrasés rugueux du hautbois que j'ai aimé tout comme les clarinettes. Les cuivres ont également été superbes. Le troisième mouvement commence étonnamment par un duo timbale/premier contrebassiste. Il s'enchaîne avec le violent début du quatrième mouvement. Je retrouve un peu plus loin mon vaisseau spatial que j'imagine en train d'atterrir paisiblement au milieu d'une clairière, les voyageurs galactiques s'arrêtant pour contempler l'immensité du ciel. Je pensais que la symphonie allait alors s'arrêter en douceur, mais il restait un gros module à faire alunir sur Titan. Une seule tentative d'alunissage est permise, mais qu'est-ce qu'elle a fait du boucan !

Pendant toute la symphonie, le chef Philippe Jordan semblait parfaitement maîtriser le gros instrument qui était à sa disposition. Les nombreux accelerando que comporte l'œuvre étaient négotiés avec une grande précision ! Il faut ajouter qu'il n'était pas distrait par la lecture de la partition, puisqu'aucun pupitre ne se tenait devant lui pendant cette deuxième partie. Le public (assez différent du public habituel de Pleyel, beaucoup de spectateurs tenant à la main un billet imprimé par l'Opéra) a réagi de façon très chaleureuse à la fin du concert.

Ailleurs : Bladsurb.

Sauf erreur de comptage, ce concert était le cinq-centième spectacle auquel j'aie assisté. Voici le décompte salle par salle :

Salle de spectacleNombre de spectaclesPourcentage
Opéra Garnier7915.8%
Opéra Bastille7615.2%
Salle Pleyel7515%
Théâtre des Champs-Élysées6813.6%
Théâtre de la Ville — Les Abbesses173.4%
Église des Billettes142.8%
Église Saint-Roch132.6%
Théâtre du Châtelet132.6%
Opéra Comique132.6%
Cité de la musique132.6%
Théâtre de la Ville — Place du Châtelet122.4%
R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai122.4%
Théâtre des Bouffes du Nord102%
Autres8517%

Je fréquente donc quatre salles nettement plus que les autres : les deux grandes salles de l'Opéra de Paris, la Salle Pleyel et le Théâtre des Champs-Élysées. Ensuite viennent un certain nombre de salles auxquelles je vais de temps en temps (il est à noter qu'il y en a une située en Inde...). Plus bas dans le classement : d'autres salles où je suis allé moins de dix fois. Je suis ainsi allé par exemple 7 fois à Gaveau, mais je n'y suis plus retourné depuis 2008. J'ai assisté pareillement à 7 spectacles au Centre Mandapa, mais tous ces spectacles ont eu lieu en 2011 ! Dans les profondeurs du classement, on trouve trente six salles que je n'ai fréquentées qu'une seule fois (par exemple l'Église Notre Dame de Toute Joie à Grigny, où il est peu probable que je retourne, mais aussi le Weavers Studio Centre for the Arts à Kolkata où auront lieu je l'espère quelques concerts en juillet prochain...).

[Statistiques TCE/Pleyel/Opéra]

Il y a clairement eu un tournant vers 2008. D'une part, je suis devenu balletomane, ce qui fait que je suis allé bien plus souvent à l'Opéra Garnier et d'autre part j'ai voulu aller écouter davantage de musique symphonique, ce pour quoi j'ai préféré la Salle Pleyel au Théâtre des Champs-Élysées (le rapport confort/prix ayant eu une certaine importance dans ce choix). Il est probable que les courbes des deux salles de l'Opéra (et tout particulièrement Bastille) stagnent (cf. mon billet sur les tarifs). Le nombre de spectacles à Pleyel en 2012 sera plus grand que celui de 2011 (ne serait-ce que parce qu'il me reste plus de billets à utiliser d'ici juin 2012 que de billets utilisés pendant toute l'année 2011 !). Il va falloir être un peu plus raisonnable au moment de remplir mes formulaires d'abonnement 2012/2013...

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Commentaires

1. 2012-02-20 10:50+0100 (régis)

Ton graphique montre un investissement personnel accéléré dans la musique! Mais est-ce qu'il y a des salles que tu pourrais fréquenter plus encore si le public avait un comportement différent (je ne sais pas comment c'est à Paris, mais à Lyon en fonction de la salle et du jour de la semaine, ça change beaucoup...)

2. 2012-02-20 11:34+0100 (Joël)

Je ne choisis pas mes spectacles en fonction du public !

À Pleyel, j'ai l'impression le public change surtout en fonction des orchestres, et cela est assez corrélé au jour de la semaine, je ne sais pas quel est le bon facteur explicatif.

3. 2012-02-20 17:12+0100 (Genoveva)

L'alliance des maths et de la musique ! j'adore tes récapitulatifs et tes graphiques de plus en plus poussés ! je viens d'entendre sur France Musique que Jonas Kaufmann se destinait aux maths, mais il a bifurqué car il voulait y mettre une âme ! Voilà, vous êtes 2 ! La présentation de la saison va bientôt avoir lieu ! soyons réactifs !

4. 2012-02-25 09:51+0100 (régis)

Moi non plus je ne choisis pas mon programme en fonction du public! je ne crois pas être excessivement misanthrope mais l'auditoire gâche parfois le plaisir musical et la communion avec les artistes: le samedi soir à l'Auditorium Maurice Ravel, dès les premiers applaudissements, des brigades de vieux schnoques se lèvent et s'en vont en faisant bravo pour être les premiers à la station de taxis.. et la dernière fois que je suis allé salle Molière (mais c'était pour Alexandre Tharaud) on voyait presque voler les mites et j'étais au poulailler derrière une dame "d'un âge" qui branlait du chef et me secouait invariablement sous le nez une chevelure qui sentait le vraiment pas propre...


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