Théâtre

Planning de fin octobre 2016

2016-10-27 19:30+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Théâtre — Culture indienne — Planning

Au cours du week-end de la Toussaint, il y aura à Paris (ou pas loin) deux événements exceptionnels liés aux danses classiques de l'Inde, et tout particulièrement du Kerala :

Deepa Chakravarthy (mohiniyattam) au Musée Guimet les 28 et 29 octobre 2016

Deepa Chakravarthy
Deepa Chakravarthy

En juin dernier, j'avais eu l'occasion de voir la danseuse Deepa Chakravarthy pour ses deux récitals au Centre Mandapa. Cela avait été pour moi une expérience de spectateurs absolument extraordinaire notamment grâce à sa capacité d'interpréter les moindres gestes avec une intensité extrême : de minuscules et lents gestes produisaient une impression énorme.

Entretemps, j'ai eu l'occasion de la rencontrer à Thiruvanmiyur (Sud de Chennai) où elle réside. Pour son programme au Musée Guimet les 28 et 29 novembre, elle va réintroduire dans le répertoire du mohiniyattam le Swarajati Kamakshi en Raga Bhairavi et Mishra Chapu Tala composé par Shyama Shastri (1762-1827), un des trois compositeurs de la Trinité carnatique (avec Tyagaraja et Muthuswamy Dikshitar). Neena Prasad, guru de Deepa Chakravarthy, a reconstruit la chorégraphie de Kalamandalam Krishnan Nair qui fut dansée exclusivement par Shanta Rao (1930-2007). Neena Prasad enseigne cette chorégraphie à ses élèves avancés, mais en raison de la complexité extrême de cette pièce, personne n'a encore jamais tenté de l'interpréter sur scène. Deepa Chakravarthy sera la première à essayer ! (Pour écouter cette composition interprétée par le chanteur TM Krishna, suivre ce lien. Une notation est disponible à cette adresse. Une traduction complète du texte vers l'anglais est disponible à cette autre adresse.)

Renseignements pratiques sur le site du Musée Guimet.

La Grande Nuit du Kutiyattam au Théâtre du Soleil du 31 octobre (18h) au 1er novembre (9h)

Kutiyattam

De grands épisodes inspirés des épopées indiennes seront présentés par la troupe d'acteurs-danseurs, chanteurs et musiciens de Kerala Kalamandalam. Je n'ai jamais eu l'occasion d'assister à une représentation de Kutiyattam, et mes expériences avec les formes voisines de théâtre-dansé originaires du Kerala comme le Kathakali sont très limitées. Cela peut intimider vue la durée du spectacle sur toute une nuit (avec un certain nombre d'entr'actes !), de la même façon qu'une représentation d'un opéra grand par sa longueur peut aussi intimider le mélomane.

Une des difficultés pour le spectateur de certaines danses indiennes comme le bharatanatyam est que le texte des compositions et les chorégraphies ne font bien souvent que de très subtiles et brèves allusions à des épisodes mythologiques (certaines pouvant se réduire à un unique geste). De ce que je crois comprendre, du fait de l'étirement dans le temps des représentations, les formes de théâtre du Kerala se donnent au contraire la possibilité de développer à l'extrême les détails des épisodes épiques, et donc de les voir à la loupe plutôt que sous forme d'esquisses. Cette Grande Nuit est une occasion unique de s'immerger dans cet univers théâtral.

Renseignements pratiques sur le site du Théâtre du Soleil.

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Le vite dit d'avril 2014

2014-07-07 14:56+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Théâtre

Salle Pleyel — 2014-04-01

Mariss Jansons, direction

Royal Concertgebouw Orchestra

Frank Peter Zimmermann, violon

Concerto pour violon et orchestre nº3 en sol majeur, KV 216 (Mozart)

Symphonie nº7 en mi majeur (Bruckner)

Trois mois après, je n'ai aucun souvenir de la septième de Bruckner, mais je retiens l'extraordinaire talent du violoniste Frank Peter Zimmermann !

Opéra Garnier — 2014-04-05

Élèves de l'école de danse de l'Opéra

Orchestre des Lauréats du Conservatoire

Marius Stieghorst, direction musicale

Johann Sebastian Bach, musique (Concerto pour clavier et orchestre en ré mineur, BWV 1052)

Claude Bessy, chorégraphie

Ellina Akimova, piano

Concerto en ré

Holger Simon Paulli, musique

August Bournonville, chorégraphie (1858) réglée par Jacques Namont et Francesca Zumbo

Barbara Creutz-Pachiaudi, décors

Anaïs Kovacsik, Chun Wing Lam

La Fête des fleurs à Genzano

Edvard Helsted, Holger Simon Paulli, musique

August Bournonville, chorégraphie (1842) réglée par Élisabeth Platel

Barbara Creutz-Pachiaudi, décors

Napoli (Pas de six et Tarentelle)

Darius Milhaud, musique (1937)

Camille Saint-Saëns, Piotr Ilyitch Tchaikovski, Ludwig Minkus, rythmes de Bulerías, musiques additionnelles

José Martinez, scénario, chorégraphie et scénographie

Agnès Letestu, costumes

Gaëlle Sadaune, Tristan Lofficial, pianos

Andrea Sarri, Scaramouche

Scaramouche

Stephen Collins Foster, musiques (Chansons populaires de l'Ouest américain (1844-1864) interprétées par Thomas Hampson)

John Neumeier, chorégraphie, costumes et lumières (1996) réglée par Marianne Kruuse et Yohan Stegli

Yondering

Comme chaque année, j'ai assisté au spectacle de l'école de danse de l'Opéra, un des plus délicieux moments de la saison de danse. De Scaramouche, je retiens le bref moment où la musique et la chorégraphie se sont mis à évoquer la descente des ombres de La Bayadère. À ma grande surprise, l'œuvre la plus passionnante a peut-être été pour moi Yondering de Neumeier. Je me suis aussi délecté des œuvres de Bournonville et de la première pièce Concerto en ré de Claude Bessy qui pourrait aussi bien s'appeler Alarippu tant la similitude formelle est grande entre cette chorégraphie et le type de pièces de bharatanatyam portant ce nom : elles évoquent l'éclosion de la danse par la mise en mouvement progressive des différentes parties du corps des danseurs.

Salle Pleyel — 2014-04-07

Le Concert des Nations

Manfredo Kraemer, premier violon

Jordi Savall, direction

Music for The Tempest (Matthew Locke)

Concerto en fa majeur La Tempesta di mare pour flûte solo et cordes RV 433 op. 10 nº1 (Vivaldi)

Les Élémens (Jean-Féry Rebel)

Alcione : Airs pour les Matelots et les Tritons (Marin Marais)

Le Quattro Stagione : Concerto pour nº4 en fa majeur pour violon solo et cordes L'Inverno RV 297 op. 8 nº4 (Vivaldi)

Orages, tonnerres et tremblemetns de terre : Les Indes Galantes, Les Boréades, Hippolyte et Aricie, Zoroastre (Rameau)

J'écoute toujours avec un très grand plaisir Le Concert des Nations. Cette fois-ci, j'ai particulièrement aimé le style de direction de Jordi Savall, très souple dans ses mouvements mais néanmoins très précis dans sa battue. Le programme présentait diverses scènes de tempête (ce qui était assez raccord avec la météo de ce jour-là si je me souviens bien). Si j'ai été admiratif de l'audace du violoniste Manfredo Kraemer dont j'ai trouvé l'interprétation très intéressante dans L'Hiver de Vivaldi, il m'a parfois semblé que la virtuosité de l'œuvre le poussait parfois un peu trop près de ses limites.

Théâtre des Champs-Élysées — 2014-04-08

Jonas Kaufmann, ténor

Helmut Deutsch, piano

Winterreise (Schubert)

Si j'avais été bouleversé par l'interprétation de Jonas Kaufmann de La Belle Meunière en 2010, j'ai été moins enthousiaste par ce Voyage d'hiver. C'était vraiment très bien, mais je n'ai pas subi le raz de marée émotionnel escompté. Mon placement à l'un des côté du deuxième balcon du TCE n'a sans doute pas aidé...

Salle Pleyel — 2014-04-10

Roland Daugareil, violon solo

Orchestre de Paris

Cornelius Meister, direction

Hans Heiling, ouverture (Marschner)

David Bismuth, Adam Laloum, Emmanuel Christien, pianos

Concerto nº7 pour trois pianos, en fa majeur, KV 242 (Mozart)

Symphonie nº3 Écossaise (Mendelssohn)

Je me souviens avoir pris beaucoup de plaisir à l'écoute de la Symphonie écossaise. A posteriori, la programmation du concerto nº7 pour trois pianos de Mozart ne paraissait pas indispensable.

Salle Pleyel — 2014-04-13

Quatuor Artemis

Vineta Sareika, Gregor Sigl, violons

Friedemann Weigle, alto

Eckart Runge, violoncelle

Quatuor nº14 en ré mineur D. 810 “La Jeune Fille et la Mort” (Schubert)

Officium breve In memoriam Andreae Szervánszky, op. 28 (György Kurtág)

Elisabeth Leonskaja, piano

Quintette pour piano et cordes en fa mineur op. 34 (Brahms)

Au cours de ce programme du quatuor Artemis, j'ai vécu un des plus beaux moments de musique de chambre de toute la saison avec le merveilleux Officium breve In memoriam Andreae Szervánszky de Kurtág.

Salle Pleyel — 2014-04-14

Russian National Orchestra

Mikhaïl Pletnev, direction

Roméo et Juliette, extraits (Prokofiev)

Nikolaï Lugansky, piano

Concerto pour piano nº3 (Prokofiev)

La Belle au bois dormant, suite, arranement de Mikhaïl Pletnev (Tchaikovski)

On est rarement décu par le Russian National Orchestra... surtout avec un programme pareil !

Théâtre des Champs-Élysées — 2014-04-26

Orchestre de chambre de Paris

Thomas Zehetmair, direction

Strange Ritual (Manoury)

François Leleux, hautbois

Concerto pour hautbois (Strauss)

Symphonie nº3 Rhénane (Schumann)

L'extraordinaire François Leleux a joué le concerto pour hautbois de Strauss avec l'Orchestre de Chambre de Paris. Je suis parti juste après pour être sûr de rentrer de très bonne humeur chez moi.

Théâtre des Bouffes du Nord — 2014-04-29

Kathryn Hunter, Marcello Magni, Jared McNeill

Raphaël Chambouvet, Toshi Tsuchitori, musiciens

Philippe Vialatte, lumières

Arthur Franc, réalisation des éléments scéniques et régie plateau

Alice François, assistante costumes

Pierre-Heli Monot, surtitrage

Peter Brook, Marie-Hélène Estienne, recherche théâtrale

The Valley of Astonishment (création)

J'apprécie énormément le travail de Peter Brook. Avec Marie-Hélène Estienne, il présentait ce jour-là la première d'une recherche théâtrale intitulée The Valley of Astonishment. Avec très peu de moyens (quelques chaises, une ou deux tables), trois comédiens et deux musiciens, ce spectacle a évoqué divers aspects étonnants du cerveau humain. Un personnage ne pouvait bouger ses membres normalement : il devait les voir pour les animer d'un mouvement. Un autre associait des couleurs à des émotions. Une autre enfin, le personnage le plus émouvant du spectacle interprété par Kathryn Hunter, disposait d'une mémoire colossale. Elle n'oubliait rien, pas le moindre détail : une telle faculté peut paraître intéressante dans certains contextes, mais elle peut aussi s'avérer envahissante...

Cité de la musique — 2014-04-30

Roland Daugareil, violon solo

Orchestre de Paris

Paavo Järvi, direction

Une nuit sur le mont Chauve (Moussorgsky)

Tatjana Vassiljeva, violoncelle

Concerto pour violoncelle nº1 (Chostakovitch)

Valses nobles et sentimentales, version pour orchestre (Ravel)

Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber (Hindemith)

Enthousiasmant concert de l'Orchestre de Paris dirigé par Paavo Järvi et de la violoncelliste Tatjana Vassiljeva. Les Valses nobles et sentimentales de Ravel m'ont paru quelque peu incrongrues entre Moussorgsky, Chostakovitch et Hindemith (lequel a inclus un délicieux mouvement utilisant une gamme chinoise dans ses Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber).

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Le vite dit de mai 2013

2013-07-05 17:42+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Culture indienne

Cité de la musique — 2013-05-13

Akiko Suwanai, violon

Henri Demarquette, violoncelle

Michel Portal, clarinette

Michel Dalberto , piano C. Bechstein

Nocturne, pour violoncelle et piano (André Jolivet)

Noël nouvelet, Crudelis Herodes, pour piano (Daniel-Lesur)

Comme un souvenir, pour clarinette, Michel Portal

Les Chants de Kervéléan nº3 et nº6, pour piano (Charles Koechlin)

Sonate op. 50, pour violon et violoncelle (Marcel Mihalovici)

Quatuor pour la fin du Temps, Olivier Messiaen

Des œuvres composées pendant la deuxième guerre mondiale étaient au programme de ce concert réunissant de grands interprètes de musique de chambre. J'ai aimé le Nocturne d'André Jolivet qui m'a permis d'entendre pour la première fois le violoncelliste Henri Demarquette. Le son cristallin du piano utilisé par Michel Dalberto m'a beaucoup plu dans les œuvres de Daniel-Lesur qu'il a jouées ensuite. Le clarinettiste Michel Portal, que je n'avais jusque là jamais entendu, a ensuite improvisé en intégrant des souvenirs de jeunesse dans lesquels on pouvait reconnaître un peu de Bach. Je me suis désespérement ennuyé à l'écoute des Chants de Kervéléan de Koechlin. Le point culminant de cette première partie de concert a été atteinte avec la sonate pour violon et violoncelle de Marcel Mihalovici.

Avant la reprise du concert après l'entr'acte, François Henrot, fils d'un codétenu d'Olivier Messiaen à Görlitz, a sobrement évoqué les conditions de la création du Quatuor pour la fin du Temps dans le camp de prisonniers. L'œuvre en huit mouvements utilise diverses configurations de musiciens. Les mouvements se suivent et me procurent des émotions diverses. Michel Portal interprète d'une façon assez sombre l'Abîme des oiseaux. Plus loin, certaines notes du piano au milieu de la Danse de la fureur, pour les sept trompettes me rappellent très étrangement le thème de Darth Vader. Le pianiste ne joue d'ailleurs pas à moitié les passages les plus percussifs de l'œuvre ! L'atmosphère fut toute différente pendant le dernier mouvement. Le temps s'est comme suspendu à l'écoute de la violoniste Akiko Suwanai et du pianiste Michel Dalberto. Quel plaisir intense ce fut d'écouter cette Louange à l'Immortalité de Jésus !

Ailleurs : Bladsurb.

Cité de la musique — 2013-05-14

Chamber Orchestra of Europe

Semyon Bychkov, direction musicale

Métamorphoses, Richard Strauss

Lisa Batiashvili, violon

Concerto pour violon nº2 (Prokofiev)

Valse (Chostakovitch)

Symphonie nº41 en ut majeur “Jupiter”, KV 551 (Mozart)

Ce n'est pas le meilleur concert du Chamber Orchestra of Europe auquel j'aie assisté. Contrairement à ma première audition de cette œuvre, cette interprération des Métamorphoses de Richard Strauss m'a procuré un certain plaisir, mais j'ai le sentiment que cela aurait pu être mieux, l'engagement habituel du COE ne semblant présent que par moments. (J'espère que ce sera mieux à Edimbourg quand cette œuvre, associée de façon intéressante à la Troisième Symphonie de Beethoven, sera dirigée par Yannick Nézet-Séguin.) En revanche, je n'ai aucune réserve sur le Concerto pour violon nº2 de Prokofiev interprété par Lisa Batiashvili ! Absolument magnifique ! Après l'entr'acte, je me suis malheureusement ennuyé à l'écoute de la 41e symphonie de Mozart “Jupiter”. Dirigeant sans partition, le chef Semyon Bychkov me donnait parfois curieusement l'impression d'être en retard sur l'orchestre. J'admire cependant le professionnalisme d'un des violonistes de l'orchestre qui après que sa partition se fut volatilisée suite à une tourne périlleuse parvint néanmoins à jouer de mémoire la fugue placée à la fin de la symphonie !

Auditorium du Musée Guimet — 2013-05-17

Shahid Parvez Khan, sitar

Nihar Mehta, tabla

Ce concert de Shahid Parvez Khan fut très différent de celui qu'il avait donné au Théâtre de la Ville en 2011. Celui-ci a été en quelque sorte plus extraverti. Sans prendre beaucoup de temps pour développer le raga (dont il n'a d'ailleurs pas annoncé le nom), il s'est lancé très rapidement dans de très virtuoses improvisations. J'aime moins, mais cela a néanmoins été un concert très agréable.

Opéra Bastille — 2013-05-18

Torsten Kerl, Siegfried

Evgeny Nikitin, Gunther

Peter Sidhom, Alberich

Hans-Peter König, Hagen

Petra Lang, Brünnhilde

Edith Haller, Gutrune, Dritte Norn

Sophie Koch, Waltraute, Zweiter Norn

Wiebke Lehmkuhl, Erste Norn, Flosshilde

Caroline Stein, Woglinde

Louise Callinan, Wellgunde

Philippe Jordan, direction musicale

Günter Krämer, mise en scène

Jürgen Bäckmann, décors

Falk Bauer, costumes

Diego Leetz, lumières

Otto Pichler, chorégraphie

Stefan Bischoff, création images vidéo

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Götterdämmerung, Wagner (répétition générale)

Grâce à Olivier, j'ai pu assister à la répétition générale du Crépuscule des Dieux à l'Opéra Bastille dans la production que je n'avais pas vraiment aimée il y a deux ans. Si quelques couacs se faisaient entendre dans l'orchestre (ce n'était qu'une répétition), j'ai passé un moment plutôt agréable. Cela dit, il n'y a désespérement pas de théâtre dans cette mise en scène. Je n'en ai vu que dans le deuxième acte, et ce uniquement dans le personnage de Brünnhilde auquel Petra Lang est parvenue à donner vie.

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-05-21

Orchestre de chambre de Paris

François Leleux, direction, hautbois

Music of Gaity dal "Fitzwilliam Virginal Book" (Maderna)

Deborah Nemtanu, violon et direction

Concerto pour violon nº5 en la majeur, KV 219 (Mozart)

Introduction, thème et variations pour hautbois et orchestre op. 102 (Hummel)

Symphonie nº4 “Tragique” en ut mineur (Schubert)

Plus d'un mois après ce concert, j'en retiens deux choses. Premièrement, comme les Parisiens sont chanceux de pouvoir entendre à quelques jours d'intervalle des violonistes aussi incroyables que Leonidas Kavakos, Lisa Batiashvili ou Akiko Suwanai ; ce soir-là, il fallait si j'ose dire se contenter de Deborah Nemtanu, dont j'ai aimé l'interprétation du Concerto pour violon nº5 de Mozart. Deuxièmement, si François Leleux est un fabuleux hautboïste, c'est également un superbe chef d'orchestre. Suivant les chefs invités à diriger l'Orchestre de chambre de Paris, j'ai eu des impressions toutes différentes, parfois très négatives, parfois très positives. Pendant la Symphonie nº4 de Schubert, c'était pour le meilleur que le chef et l'orchestre étaient réunis.

Cité de la musique — 2013-05-23

Les Dissonances

Xavier Phillips, violoncelle

Trois strophes sur le nom de Sacher pour violoncelle solo (Dutilleux)

David Grimal, direction artistique, violon solo

David Gaillard, alto solo

Variations on a Theme of Frank Bridge op. 10 (Britten)

Lachrymae, Réflexions sur un chant de Dowland op. 48a (Britten)

Adagio pour cordes op. 11 (Barber)

Sérénade pour violon, cordes, harpe et percussions (Bernstein)

Si j'ai été heureux d'entendre l'altiste David Gaillard jouer Britten et de voir l'orchestre des Dissonances dans la Sérénade pour violon, cordes, harpe et percussions de Bernstein, je retiens surtout le souvenir de l'émerveillement procuré par le violoncelliste Xavier Phillips qui a fabuleusement défendu les Trois strophes sur le nom de Sacher de Dutilleux, une œuvre insérée au programme pour rendre hommage au compositeur décédé la veille.

Ailleurs : Bladsurb.

Centre Mandapa — 2013-05-24

Nancy Boissel, Estelle Guihard

Sowri Rajan/David Ramsamy, ghatam, morsing

Estelle Guihard, mise en scène

Marie de La Bellière, accessoires, régie

L'Homme Semence, d'après le texte de Violette Ailhaud

Après la répression faisant suite au soulèvement républicain contre le coup d'état de Napoléon III, tous les hommes d'un village du Sud de la France ont disparu. Les femmes se retrouvent seules. Elles décident d'un pacte : le prochain homme qui entrera au village serait le mari de toutes, l'homme semence. Au bout de deux ans, un homme s'approche. Violette Aillhaud est la femme qu'il a regardée en premier.

Cette pièce de théâtre met en scène la narratrice, jouée par Estelle Guihard. Certains actes et émotions du personnage sont illustrés par les mouvements de Nancy Boissel (dont j'ai déjà pu apprécier les qualités de danseuse de bharatanatyam). Une musique utilisant des instruments du Sud de l'Inde fournit une atmosphère sonore à cette pièce : le ghatam (une sorte de cruche) et le morsing (guimbarde).

Je vais très rarement au théâtre, mais j'ai beaucoup aimé cette pièce. Les accessoires et costumes sont sobres, mais sont utilisés d'une façon très juste. Le moment qui m'a le plus passionné fut le solo de danse de Nancy Boissel sur le thème de l'Amour au moment où la narratrice et l'homme sont unis. Ce passage empruntait à la danse bharatanatyam non seulement des gestes mais aussi une manière d'aborder ce thème, et pourtant les mouvements utilisés étaient parmi les plus universellement compréhensibles qui soient. Ce solo fut pour moi un superbe moment de danse, aussi émouvant qu'intéressant.

Opéra Comique — 2013-05-28

Ensemble Ictus

Georges-Elie Octors, direction musicale

Prélude à l'après-midi d'un faune (Debussy, arrangement de Benno Sachs pour douze instruments, accompagné du film de Thierry De Mey, Prélude à la Mer, avec Cynthia Loemij et Mark Lorimer, dans une chorégraphie d'Anne Teresa De Keersmaeker)

Valse³, une cour impérale vers 1885, d'après La Valse de Maurice Ravel (Frédéric Verrières)

Marianne Pousseur, soprano

François Deppe, direction musicale

Pierrot lunaire, pour voix et cinq instruments, op. 21, Schönberg

Ce concert a été pour moi une déception. Le Prélude à l'après-midi d'un faune m'a procuré moins de plaisir que ne l'a fait un orchestre amateur, et ce alors-même que l'interprétation de l'ensemble Ictus était associée à la projection d'un film montrant la chorégraphie d'Anna Teresa De Keersmaeker (qui ne m'a pas du tout passionné). Si j'avais aimé The Second Woman de Frédéric Verrières, j'ai vraiment eu l'impression que sa Valse³ d'après Ravel était une vaste plaisanterie... En deuxième partie, j'ai cependant apprécié Marianne Pousseur dans Pierrot lunaire de Schönberg (et cela aurait été encore mieux si le concert avait été surtitré).

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-05-30

Ballet et Orchestre du Théâtre Mariinsky

Valery Gergiev, direction musicale

Vaslav Nijinsky, chorégraphie (1913)

Millicent Hodson, Kenneth Archer, reconstitution de la chorégraphie, des décors et des costumes

Le Sacre du Printemps, Stravinski

Sasha Waltz, chorégraphie (2013)

Bernd Skodzig, costumes

Pia Maier Schriever, Sasha Waltz, décors

Thilo Reuther, lumières

Le Sacre du Printemps, Stravinski

Ce spectacle du Ballet du Théâtre Mariinsky comportait deux versions du Sacre de Printemps. La première est une tentative de reconstitution de la version d'origine de Nijinsky par Millicent Hodson et Kenneth Archer. L'animateur du Forum Dansomanie, Haydn signalait sur Twitter que lors d'une conférence au Théâtre des Champs-Élysées, les chorégraphes expliquaient qu'il ne restait rien de la chorégraphie de Nijinsky et qu'ils revendiquaient l'entière paternité de la chorégraphie présentée... En tout cas, je dois avouer m'être ennuyé pendant la réprésentation de ce ballet. J'ai été bien davantage intéressé par la version de Sasha Waltz présentée après l'entr'acte, quoiqu'en la visionnant on ne peut s'empêcher de remarquer les références à la version de Pina Bausch.

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Mahabharata au Quai Branly

2013-02-11 13:25+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Théâtre — Culture indienne

Théâtre Claude Lévi-Strauss du Musée du Quai Branly — 2013-02-10

Shizuoka Performing Arts Center

Satoshi Miyagi, auteur et mise en scène

Azumi Kubota, co-auteur

Hiroko Tanakawa, composition

Jumpei Kizu, scénographie

Koji Osako, lumières

Koji Makishima, son

Kayo Takahashi, costumes

Eri Fukasawa, accessoires

Kyoko Kajita, coiffure et maquillage

Masaki Nakano, assistant à la mise en scène

Yoshiji Yokoyama, dramaturgie

Yukio Kato, Fuyuko Moriyama, Yuki Nakamura, Yuzu Sato, Yoichi Wakamiya, Ryo Yoshimi, musiciens

Ayako Terauchi, chef d'orchestre

Kazunori Abe, narrateur

Micari, Damayanti

Kouichi Ohtaka, Nala

Yoneji Ouchi, Varshuneya

Naomi Akamatsu, Kesini

Yudai Makiyama, Pushkar

Hisashi Yokoyama, Kali

Tsuyoshi Kijima, Bhima/chasseur

Miki Takii, Impératrice douairière

Moemi Ishii, Sunanda

Yuya Daidomumon, Rituparna

Yoji Izumi, Sudeva

Yuumi Sakakibara / Momoyo Tateno, Indra

Yu Sakurauchi / Miki Takii, Agni

Miyuki Yamamoto / Asuka Fuse, Varuna

Kotoko Kiuchi / Maki Honda, Yama

Maki Honda / Yuumi Sakakibara, Karkotaka

Mahabharata, épisode du roi Nala

J'ai assisté ce dimanche à la dernière représentation au Quai Branly de Mahabharata par la compagnie japonaise Shizuoka Performing Arts Center inspirée par le théâtre kabuki (je n'y connais rien, mais c'est ce qui est annoncé...). (Quelques autres représentations sont programmées en province.)

Le spectacle de 1h45 ne raconte pas exactement l'épopée du Mahābhārata puisqu'il se concentre sur un conte qui est raconté à quatre des frères Pāṇḍava dans le troisième livre de l'épopée. Lors de l'exil des Pāṇḍava en forêt, ils rencontrent en effet des sages qui leur racontent des histoires qui évoquent des personnages qui peuvent leur servir d'exemples ou de modèles pour leur conduite future. Une de ces histoires est celle de Nala et Damayantī, racontée par le sage Bṛhadásva.

Quelques jours avant d'assister à ce spectacle, je ne me souvenais que des grandes lignes de ce conte. C'est une histoire d'amour qui finit bien. Elle commence par une romance qui naît sans que Nala et Damayantī se soient rencontrés. Le simple fait d'entendre l'éloge de l'autre suffit à faire naître l'amour. Les deux s'échangent des messages par l'intermédiaire d'un cygne comme sur cette représentation fameuse du peintre Raja Ravi Varma :

Damayanti par Raja Ravi Varma

Comme il était de coutume au temps des épopées, la princesse Damayantī (fille d'un certain Bhīma, homonyme d'un des Pāṇḍava) doit choisir son époux au cours d'un cérémonie appelée svayaṃvara dans laquelle quatre dieux figurent au nombre des prétendants : Indra, Agni, Varuna, Yama. Bien sûr, la princesse sait d'avance quel homme elle veut épouser, mais les quatre dieux prennent tous l'apparence de Nala. Damayantī parvient à désigner son bien-aimé parce que c'était le seul qui transpirait et dont les pieds touchait le sol. Loin d'être en colère, les dieux bénissent cette union et donnent quelques pouvoirs surnaturels à Nala. Le couple vit heureux et engendre deux enfants. Le démon Kali était arrivé en retard au svayaṃvara et décide de leur nuire. Pour cela, il fait alliance avec le frère de Nala, Puṣkara qui veut prendre la place de son frère à la tête du royaume. Comme dans le récit principal du Mahābhārata, cela se joue dans une partie de dés. Nala, qui à partir de là est possédé par le démon Kali, perd tout. Il doit partir en exil avec Damayantī qui a confié ses enfants à ses parents. Nala perd le dernier vêtement qui lui reste en essayant de capturer un oiseau. Tout honteux, il abandonne Damayantī dans la forêt après avoir déchiré un pan de son sari pour se couvrir.

Après avoir été mordu par le serpent Karkoṭaka qu'il avait pourtant délivré du feu, Nala est temporairement transformé en un être difforme nommé Bāhuka. Comme il est expert en chevaux, il se fait engager comme cocher par le roi Ṛtuparṇa.

De son côté, Damayantī se retrouver seule dans la forêt. Alors qu'elle est sur le point de se faire dévorer par un python, un chasseur la sauve, mais celui-ci devenant trop entreprenant avec elle, elle lui lance une malédiction et le chasseur meurt sur le champ. Plus tard, elle rencontre une caravane de marchands qui va être victime d'une attaque d'eléphants sauvages. Les caravaniers tiennent Damayantī pour responsable. Elle doit fuir. Elle finit par arriver dans un royaume dont la reine l'engage pour s'occuper de la princesse Sunandā. Un jour, un visiteur reconnaît Damayantī qui peut retourner chez ses parents. Bhīma, le père de Damayantī envoie des messagers à la recherche de Nala. Nala-Bāhuka entendra le message envoyé par Bhīma et y apportera une réponse qui sera rapportée à Damayantī.

Dès lors, Damayantī établit un plan pour retrouver Nala. Elle fait envoyer un message à Ṛtuparṇa (et à lui seul) annonçant qu'aura lieu le lendemain un deuxième svayaṃvara. La distance entre les deux royaumes est en principe trop grande pour qu'il puisse s'y rendre en si peu de temps. Cela n'est possible que si Ṛtuparṇa est conduit par un cocher de la valeur de Nala. C'est ce qui se produit. Dans des circonstances rocambolesques, le roi Ṛtuparṇa (expert en dénombrement et au jeu de dés) échange son savoir avec celui de Nala dans l'art de la conduite des chevaux. Le char arrive à temps, ce qui est un premier signe du retour de Nala pour Damayantī qui entend ensuite sa servante Keśini lui parler des pouvoirs surnaturels de Bāhuka (les portes s'agrandissent pour le laisser passer, etc.). Elle est définitivement convaincue quand elle goûte à un plat que Bāhuka a préparé.

La fin heureuse est proche. Nala peut mettre un terme à sa difformité physique en se parant d'un vêtement magique que lui avait donné le serpent Karkoṭaka. Comme il est devenu expert en dés, Nala peut récupérer le royaume que lui avait pris Puṣkara auquel il pardonne ses méfaits.

Le Mahabharata de Madeleine Biardeau, volume 1 Couverture de la version Amar Chitra Katha de Nala et Damayanti

J'ai bien fait de relire les détails de cette histoire telle que la raconte la sanskritiste Madeleine Biardeau dans son édition en deux volumes du Mahābhāratā puisque la version bande-dessinée de l'éditeur Amar Chitra Katha aurait été insuffisante pour me préparer à cette représentation de la troupe japonaise : les moindres détails de cette histoire ont été préservés dans le travail d'adaptation, y compris certains que j'avais eu le temps d'oublier entre ma lecture de samedi et la représentation de dimanche...

J'ai juste été un peu déçu que la narration du spectacle commence avec le svayaṃvara. J'aurais en effet bien aimé voir le cygne intervenir comme messager entre Nala et Damayantī. Le rôle des dieux dans le svayaṃvara a aussi été réduit dans le spectacle puisqu'on ne nous dit pas qu'il ont essayé de troubler le choix de Damayantī en prenant la forme de Nala. Cette déception n'est finalement pas grand'chose. Je me suis délecté d'autres détails, comme la scène où Damayantī se fait reconnaître par un visiteur, la preuve de son identité étant apportée par la présence d'un grain de beauté sur le front qui ne devient visible qu'après qu'on en a enlevé la poussière ; c'est aussi à ce moment-là que la reine du royaume où Damayantī a été recueillie prend conscience qu'elle est sa nièce.

Davantage que ces détails, il était plus important que les caractéristiques de ces personnages soient préservées. Le sous-titre du spectacle a beau être Épisode du roi Nala, le personnage principal est en réalité Damayantī. Quand son mari va tout perdre, elle a la présence d'esprit de confier ses enfants à ses parents. Elle a pleinement conscience du fait que Nala est possédé par un démon (Kali). C'est grâce à cette conviction qu'elle ne doute jamais du sens du devoir de son mari. C'est elle qui organise un plan pour que les deux époux puissent se retrouver. J'ai aimé que le texte de cette adaptation souligne à plusieurs reprises cette clairvoyance de Damayantī.

Affiche du spectacle Mahabharata

L'univers esthétique du Shizuoka Performing Arts Center fut assez surprenant pour moi. Une plate-forme de taille relativement modeste est placée sur la scène, pas tout à fait au centre. Les musiciens (tous percussionnistes) prennent place devant leurs instruments le long de deux côtés de la plate-forme. Les comédiens, qui comme les musiciens sont tous habillés en blanc à l'exception du démon Kali qui est en gris, évolueront sur cette plate-forme principale, ou sur une plus petite située à gauche. Les différentes parties du théâtre sont utilisées par la mise en scène : les comédiens peuvent entrer par l'arrière, par le côté gauche et par les allées entre les spectateurs.

Je ne sais pas comment le public ne connaissant pas préalablement l'histoire de Nala et Damayantī a perçu le conte ; pour ma part, j'ai été agréablement surpris, même si j'ai eu de quoi être étonné par le contraste entre d'une part l'esthétisme des costumes et la poésie du conte et d'autre part les expressions verbales et faciales volontairement exagérées et grotesques qui se font voir et entendre dans certaines scènes. Il en va de même des plaisanteries, par exemple quand Damayantī organise son propre svayaṃvara. On aperçoit alors un rouleau de papier où des inscriptions en japonais entourent un portrait de la princesse. Un comédien dit, en français, Je ne sais pas lire.. Une comédienne lui prend le papier contenant le message et commence par dire très exactement Flash spécial ! À tous les rois... pour que ceux-ci sachent que Damayantī souhaite se remarier. La scène devient tout à fait délirante quand d'autres comédiens entrent avec des pancartes vantant les mérites de la boisson miraculeuse Shizuoka Damayan-Tea.

Le traitement comique de certaines scènes me semble tout à fait approprié. Que Nala-Bāhuka se permette d'arrêter son char pour compter très exactement les feuilles d'un arbre alors que le bon sens voudrait qu'il rejoigne le plus rapidement possible le royaume de Bhīma paraît tout autant incongru dans le texte d'origine que dans cette mise en scène !

Le plus délicieux dans cette production est sans doute sa scénographie et son utilisation d'accessoires et de costumes en papier (avec un peu d'origami) et même de marionnettes. Les figurants-chanteurs-danseurs sont mis à contribution de bien des manières ! Comme tous les détails de l'histoire ou presque sont montrés, les concepteurs du spectacle ont dû trouver d'habiles manières de représenter par exemple les éléphants sauvages, les caravaniers, etc. (On notera aussi la représentation subtile de certains détails : les quatre dieux portent ainsi des chaussures qui donnent l'impression qu'ils ne touchent pas le sol.)

Comme j'ai rapidement compris que les moindres détails de l'histoire seraient représentés, j'ai pu concevoir des attentes portant sur certains épisodes du conte et ceux-ci ont été amplement comblés. Le détail qui tue, cela a été les jets des pétales de fleurs par le démon Kali lors de la grandiose fête célébrant en fin de spectacle les retrouvailles des deux amants. Bien sûr, les dieux assistent à cette fête. Dans le texte de Madeleine Biardeau, on peut lire Une pluie de fleurs tombe du ciel et les tambours célestes résonnent.. C'était exactement ça !

Ailleurs : United States of Paris (avec quelques photographies).

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The Suit aux Bouffes du Nord

2012-04-04 08:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Théâtre

Théâtre des Bouffes du Nord — 2012-04-03

Nonhlanhla Kheswa, Matilda

William Nadylam, Philemon

Jared McNeill

Arthur Astier, guitare

Raphaël Chambouvet, piano, accordéon

David Dupuis, trompette

Peter Brook, Marie-Hélène Estienne, Franck Krawczyk, adaptation, mise en scène et en musique

Philippe Vialatte, lumières

Oria Puppo, éléments scéniques et costumes

Rikki Henry, assistante à la mise en scène

Guillaume Lepert, régisseur plateau

The Suit, d'après Can Themba, Mothobi Mutloatse et Barney Simon

N'ayant découvert Peter Brook qu'assez récemment via son travail sur Le Mahābhārata (voir mon billet sur les films qu'il a réalisés ou mon résumé de l'épopée), je ne connaissais pas la pièce Le Costume. Je n'avais en effet jusqu'à hier soir vu que trois de ses précédents spectacles (Love is my sin d'après Shakespeare, Fragments de Beckett et Une Flûte enchantée). La pièce est adaptée de la nouvelle de Can Themba. Peter Brook, Marie-Hélène Estienne et Franck Krawczyk l'ont réadaptée pour cette nouvelle version en anglais dont la première avait lieu hier soir.

Le décor est fait de simples chaises colorées, de penderies, d'une table en bois. Les penderies auront de multiples usages comme les tiges de bambou verticales utilisées dans Une Flûte enchantée. Au fond de l'espace scénique, des tiges métalliques sont dressées, apparemment juste pour le clin d'œil.

La pièce met en scène trois comédiens et un figurant (non crédité). Les deux personnages principaux sont Philemon et Matilda, un couple de Noirs vivant à Sophiatown, près de Johannesbourg. Quand Philemon va découvrir que sa femme le trompe, l'amant aura fui en laissant son costume. La punition qu'il va infliger à sa femme sera de devoir supporter la présence de ce costume comme invité d'honneur permanent. Il sera leur compagnon lors des repas et promenades. Le troisième personnage est un ami de Philemon, celui par qui il a eu connaissance de l'inconstance de sa femme.

L'action est très rondement menée. Au bout de quelques minutes, on ne s'étonne plus de la manière dont les personnages insèrent dans le texte des dialogues des mots adressés aux spectateurs et à eux-mêmes révélant leur état d'esprit et les sentiments qu'ils éprouvent face aux différentes situations.

Avant de venir, j'avais bien vu que Franck Krawczyk participait à ce spectacle. Comme il avait réalisé l'adaptation de la partition pour Une Flûte enchantée qu'il avait interprétée certains jours, il était clair que la musique aurait sa place dans ce spectacle. En fait, c'est une très belle pièce de théâtre musical ! Sur la scène, trois musiciens ont pris place. Une guitare, une trompette, un accordéon (dont l'instrumentiste joue également sur un clavier de synthétiseur). La musique accompagne l'action. Parfois elle est en arrière-plan et rythmes les scènes. Parfois elle est décorative, le synthétiseur étant par exemple utilisé pour produire une sonnerie quand Philemon téléphone à son patron (blanc). Parfois la musique prend le dessus. Elle est constituée d'un étonnant assemblage de morceaux provenant de très diverses sources (classiques, sud-africaines, américaines, etc.). Pour ne mentionner que celles que j'ai reconnues, on entendra ainsi le piano jouer la valse du Beau Danube bleu. La guitare accompagnera la chanteuse-comédienne Nonhlanhla Kheswa dans la version de Jeux interdits chantée par Miriam Makeba : Forbidden Games. Elle chantera aussi Malaika, entre autres. Jared McNeill chantera pour sa part Strange fruit. D'après le programme, il y aurait également du Schubert (que je n'ai pas identifié précisément). Il peut sembler étonnant qu'on puisse arriver à monter une pièce de théâtre assez brève (environ 1h10) tout en incluant des musiques aussi diverses sans que l'assemblage paraisse hétéroclite. Pourtant, cette équipe y est parvenu et le résultat est bouleversant ! Que la pièce soit en anglais comme le sont la plupart des chansons n'est sans doute pas étranger à l'impression de continuité, qui est renforcée par le fait que les musiciens puissent se déplacer dans l'espace scénique et même participer à l'action (comme le seront d'ailleurs deux spectatrices !).

Cela se joue jusqu'au 5 mai, cf. le site du théâtre.

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Éonnagata au TCE

2011-01-02 01:28+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Théâtre

Théâtre des Champs-Élysées — 2011-01-01

Sylvie Guillem, Robert Lepage, Russell Maliphant, conception et interprétation

Michael Hulls, lumières

Alexander McQueen, costumes

Jean-Sébastien Côté, design sonore

Éonnagata

Étant tombé récemment sur une vidéo de Sylvie Guillem, je m'étais dit que ce serait bien d'aller la voir danser un de ces jours. C'était le bon moment puisqu'une série de représentation de Éonnagata était programmée au Théâtre des Champs-Élysées.

C'est un très beau spectacle, mais commercialement, ç'a l'air d'être un ratage monumental en dépit d'une importante campagne d'affichage publicitaire. Je n'ai jamais vu le Théâtre des Champs-Élysées aussi vide, il n'y avait par exemple presque personne au deuxième balcon. Curieusement, le parterre était presque plein : sans doute des ninjas et des invités. Les places étaient à 15€, 40€, 60€, 78€ et 95€. J'ai fait un fort bon tirage, puisque pour 15€, j'ai eu une place au premier rang de corbeille, certes excentrée, mais qui ne laissait qu'un petit angle mort au fond du côté cour, d'autant plus que j'ai pu me décaler un peu grâce aux places vides...

Les trois concepteurs du spectacle, Sylvie Guillem, Robert Lepage et Russell Maliphant en sont aussi les interprètes. Ils jouent, parlent, chantent, dansent tous les trois. L'histoire est très facile à suivre, peut-être un peu trop d'après Rosita Boisseau dans Le Monde. En effet, dès après quelques minutes, Sylvie Guillem raconte un résumé de l'histoire du chevalier d'Éon, espion travesti dont l'identité sexuelle fut plus qu'ambiguë ; il est alors aisé de reconnaître dans chaque scène le moment de la vie du chevalier auquel elle renvoie.

Dans les scènes dansées, Sylvie Guillem et Russell Maliphant paraissent plus à l'aise que Robert Lepage, qui s'en sort quand même fort bien. Un passage des plus spectaculaires se trouve au début du spectacle, qui semble représenter une leçon de clavecin qui dégénère. Les clavecins sont figurés par de simples tables en bois qui seront réutilisées à d'autres fins par la suite. Les danseurs sautent, glissent sur les tables, tournent. Dans cette scène et d'autres, Sylvie Guillem est impressionnante de fluidité et de souplesse.

Dans ce spectacle, tout tourne autour de l'ambiguité du personnage. Pour le spectateur, il y a également ambiguité sur l'interprète. Ainsi, à un moment, on croit voir paraître un homme en ombres chinoises au fond de la scène. Mais c'est Sylvie Guillem, dont le costume aura été rembourré à l'entrejambe. La mise en scène est ainsi véritablement magique. Même au plus près de la scène, on est constamment surpris par les tours qui sont faits, comme dans cette scène située vers la fin du spectacle où lorsque Russell Maliphant se regarde dans un miroir (fixé sur une table en bois), sans qu'on l'ait vue arriver, Sylvie Guillem reproduit les mouvements de son partenaire en symétrique. Cette magie se trouve aussi dans la manipulation de marionnettes géantes et dans les nombreux changements de costumes et d'accessoires qui se font derrière d'étroits rideaux noirs qui traversent la scène. Parmi les merveilleuses trouvailles de mise en scène, on compte aussi des accessoires qui changent subitement de fonction, comme lors de la scène où le chevalier fait une chute de cheval. Les lumières de Michael Hulls sont très belles aussi : souvent, ce sont elles qui créent une sorte de décor mouvant dans lequel évoluent les interprètes.

Le spectacle renvoie aussi à la culture japonaise, mais de façon plutôt modérée. Outre la géante marionnette, on verra une référence aux tambours japonais tels qu'on pouvait les voir et les entendre dans Kaguyahime.

Bref, ce me semble être un spectacle très intelligement conçu, très beau, très intelligible (il diffère en cela de Passion de Dusapin/Waltz). Il reste encore plein de places à vendre pour les six dernières représentations...

Ailleurs : Anne Deniau.

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Une Flûte Enchantée aux Bouffes du Nord

2010-11-10 02:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Théâtre

Théâtre des Bouffes du Nord — 2010-11-09

Franck Krawczyk, piano

Antonio Figueroa, Tamino

Agnieszka Slawinska, Pamina

Leila Benhamza, La Reine de la Nuit

Betsabée Haas, Papagena

Virgile Frannais, Papageno

Patrick Bolleire, Sarastro

Jean-Christophe Born, Monostatos

William Nadylam, Abdou Ouologuem, comédiens

Peter Brook, mise en scène

Peter Brook, Franck Krawczyk, Marie-Hélène Estienne, adaptation

Christophe Capacci, conseiller artistique

Philippe Vialatte, lumières

Une Flûte Enchantée, librement adaptée d'après la partition de Mozart et le livret de Emanuel Schikaneder

Je reviens absolument enchanté du Théâtre des Bouffes du Nord où avait lieu ce soir la première d'Une Flûte Enchantée mise en scène par Peter Brook. Cet homme est un génie !

L'opéra de Mozart a été adapté par Peter Brook, Marie-Hélène Estienne et par Franck Krawczyk qui a adapté la partition qu'il interprète au piano. Cela commence ainsi par quelques accords de l'Ouverture, puis très vite on entend l'appel à l'aide de Tamino (Antonio Figueroa). Point de trois dames pour le secourir : c'est Papageno (Virgile Frannais) qui entre en scène...

Si j'ai eu quelques frayeurs à propos du niveau des chanteurs au tout début, j'ai très vite été rassuré. Les jeunes chanteurs qui composent la distribution sont aussi d'excellents comédiens. Il y a une fraîcheur et une espièglerie dans l'attitude de Tamina, qui est interprétée par Agnieszka Slawinska qui décèle un délicieux accent à la Romy Schneider pendant les passages parlés (en français). Après l'air (impeccable) de la Reine de la Nuit (Leila Benhamza), on la voit évoluer. Ce n'est plus une enfant. On la verra ensuite avec une cape rouge. Parmi les nuances intéressantes apportées par cette version, j'ai aimé l'attitude de séduction plus qu'ambiguë de la Reine de la Nuit envers Tamino. Sarastro (Patrick Bolleire) apparaît comme un sage bienveillant et sympathique. L'interprète fait entendre de très beaux graves. Les deux scènes où apparaissent ensemble Papageno et Papagena (Betsabée Haas) sont délicieuses. Des idées qui par d'autres metteurs en scène eussent peut-être paru vulgaires passent ici très bien. Il faut en effet noter que quelques pincées d'humour ont été ajoutées au livret...

Ce qui surprend le plus au début de ce spectacle, c'est le rôle multiple voué au comédien William Nadylam. C'est un personnage qui parle autant au public qu'il interagit avec les autres personnages. Une sorte de récitant qui n'interromprait pas l'action dramatique. C'est aussi un magicien, un machiniste. Bref, un homme bien mystérieux. La distribution est complétée par un autre comédien, Abdou Ouologuem, dont le rôle est plus secondaire, et par Jean-Christophe Born (Monostatos).

En m'installant à ma place et en regardant vers le fond rugueux-rougeâtre du plateau de scène, je remarquais que l'espace vide ne comportait que quelques tiges de bambou dressées verticalement, chacune sur un petit support. Je me demandais ce que le metteur en scène en ferait. Elles constituent un des rares éléments de décor de cette production. Suivant l'arrangement qu'elles font, elles peuvent en fait représenter des colonnes, des portes que Tamino n'arrive pas à franchir, les montants du lit de Pamina et bien d'autres choses encore. C'est très convaincant. L'impression faite est rehaussée par les lumières très cohérentes de Philippe Vialatte. Par exemple, quand Tamino et Papageno sont dans le noir, l'obscurité quasi-complète est faite dans le théâtre ! Les lumières appuient aussi des effets de mise en scène quasi-cinématographique, en flash-back, comme lorsque Pamina fait sa première apparition.

J'ai rarement été autant saisi par un spectacle d'opéra. Le fait que les chanteurs-comédiens soient aussi près des spectateurs y est sans doute pour quelque chose (quoiqu'à l'échelle du théâtre, j'étais plutôt loin puisqu'au sixième rang), mais ce ne serait rien sans l'exceptionnel travail de mise en scène.

Pas moins de quarante-cinq représentations sont programmées jusqu'au 31 décembre (plusieurs distributions tournent). Il reste des places dans la dernière catégorie pour pas mal de dates ; pour en avoir de meilleures, il semble qu'il faille plutôt viser les dates à la fin du mois de décembre.

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John Malkovich à Garnier

2010-05-14 19:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Théâtre

Opéra Garnier — 2010-05-13

Martin Haselböck, direction musicale

John Malkovich/Michael Sturminger, mise en scène

Birgit Hutter, costumes

Christoph Willibald Gluck, Luigi Boccherini, Wolfgang Amadeus Mozart, Joseph Haydn, Ludwig van Beethoven, Carl Maria von Weber, musique

John Malkovich, comédien

Bernarda Bobro, soprano

Aleksandra Zamojska, soprano

Orchester Wiener Akademie

La comédie infernale, confessions d'un seriel killer, théâtre musical de Michael Sturminger et Martin Haselböck

Il est des spectacles de l'Opéra qui sont bien cachés dans le programme. Les aurait-on repérés dans la brochure que, la campagne d'abonnements passée, il faudrait encore s'en souvenir le moment venu pour faire une réservation. Ce n'était pas mon cas en ce qui concerne le spectacle La comédie infernale, confessions d'un serial killer. Lors d'une visite récente sur le site de l'Opéra, le titre aura sans doute paru dans la liste des spectacles pour lesquels des billets étaient mis en vente et par curiosité, j'aurai cliqué et saisi ainsi l'occasion de voir depuis les premières loges John Malkovich sur la scène du Palais Garnier.

Il s'agit d'un spectacle de théâtre musical inspiré par la vie et la mort de Jack Unterweger, un serial-killer autrichien ayant été condamné vers 1974, qui fut gracié et relâché en 1990 à la suite de pétitions en faveur d'un homme qui était devenu écrivain en prison. Quand des meurtres semblables aux précédents — prostituées étranglées dans leurs soutiens-gorge — surviendront, il sera à nouveau condamné en 1994. S'étant suicidé avant d'avoir pu faire un éventuel appel de cette condamnation, il jouit de la présomption d'innocence...

Alors qu'il a menti toute sa vie et qu'il est aux Enfers depuis une quinzaine d'année, Jack Unterweger décide d'écrire la vérité dans un livre Confessions d'un serial-killer et, suivant la recommandation de ses éditeurs, il se donne en spectacle pour vanter les mérites de son livre. Différentes femmes ayant gravité autour de lui s'incarnent sur scène à ses côtés en interprétant des airs d'opéra de Gluck, Boccherini, Vivalvi, Mozart, Beethoven, Haydn et Weber correspondant à la situation dramatique. La partie musicale est assurée par l'Orchester Wiener Akademie dirigé par Martin Haselböck (qui a une drôle de manière de diriger ses cuivres : il lance très-ostensiblement sa main dans la direction de celui qui doit jouer) et les deux sopranos Bernarda Bobro et Aleksandra Zamojska. Si la voix de la deuxième m'a paru manquer un peu de puissance dans son premier air, l'autre m'a bien plu, notamment dans la scène de Bérénice Berenice, che fai de Haydn.

Le personnage qu'interprète John Malkovich est drôle, dans un genre très cynique. Les rires sont parfois un peu à contretemps, vu que le texte parlé de Michael Sturminger est en anglais the international language of love, surtitré en français. À un moment donné, il s'énerve contre son ordinateur (un Mac donné par son éditeur ; il préférerait un PC) alors qu'il va lire des extraits de la page Wikipédia le concernant et ironiser à propos des erreurs qu'elle contiendrait. Je ne suis pas mécontent d'avoir assisté à ce spectacle de théâtre lyrique d'un peu moins de deux heures.

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The Fairy Queen à l'Opéra Comique

2010-01-22 02:05+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures

Opéra Comique — 2010-01-21

Lucy Crowe, Soprano, Juno

Andrew Foster-Williams, Bass, Coridon, Winter, Hymen, Sleep

Claire Debono, Mystery, First Fairy, Nymph, Spring

Miriam Allan, Anna Devin, Claire Debono, Maud Gnidzaz, Fairies

Ed Lyon, Tenor, Adam, Secrecy

Sean Clayton, Tenor, Summer

Callum Thorpe, Bass

Emmanuelle de Negri, Soprano, Night, The Plaint

Robert Burt, Mopsa

Andrew Davies, Phoebus

David Webb, Autumn

Helen Jane Howells, Eve

William Gaunt, Theseus

Robert East, Egeus

Alice Haig, Hermia

Nicholas Shaw, Lysander

Gwilym Lee, Demetrius

Jo Herbert, Helena

Roger Sloman, Starveling

Robert Burt, Flute

Desmond Barrit, Bottom

Paul Mc Cleary, Quince

Brian Pettifer, Snug

Jack Chissick, Snout

Sally Dexter, Titania

Jotham Annan, Puck

Finbar Lunch, Oberon

Laura Caldow, Omar Gordon, Samuel Guy, Anthony Kurt-Gabel, Jarkko Lehmus, Caroline Lynn, Maurizio Montis, Sarah Storer, Danseurs

Adel Aïssani, Riad Ghelazi, Lucien Pech, Indian Boy (en alternance)

Les Arts Florissants

William Christie, direction musicale

Jonathan Kent, mise en scène

Paul Brown, décors et costumes

Mark Henderson, lumières

Kim Brandstrup, chorégraphie

Francesca Giplin, assistante mise en scène

Joanna O'Keeffe, assistante chorégraphie

François Bazola, chef de chœur

Sophie Decaudaveine, conseillère linguistique

The Fairy Queen, Purcell

Les spectacles à l'Opéra Comique qu'il m'a été donné de voir rivalisent d'adresse à m'enthousiasmer. Le dernier en date est The Fairy Queen, semi-opéra de Purcell, dont la partition a été perdue pendant deux siècles ! Je ne m'étais pas renseigné sur cette œuvre. Je découvre ainsi qu'un semi-opéra est un spectacle intermédiaire entre le théâtre et l'opéra. À vrai dire, les musiciens, les comédiens et les chanteurs ne sont pas les seuls à rassasier les sens du spectateur puisqu'on verra aussi évoluer des danseurs !

Le livret est inspiré (vaguement nous dit le metteur en scène Jonathan Kent) de la pièce de Shakespeare Le songe d'une nuit d'été. Tout se passe dans un décor unique mais multiforme. Il commence par figurer l'intérieur du duc Theseus, puis il se déstructure pour représenter la forêt où les amoureux Lysander et Hermia ont promis de se rejoindre, suivis de près par Helena qui n'est point aimée de Demetrius en retour. La reine des fées et Oberon se disputent. Puck, le serviteur d'Oberon, se trompe de destinataire pour les charmes que lui suggère son maître, ce qui fait que la reine des fées se trouvera en amour avec le tisserand Bottom transformé en âne et que Lysander et Demetrius vont fuir Hermia pour se disputer Helena. Quand le jour paraîtra, tout sera rentré dans l'ordre et les personnages auront eu l'impression de faire un songe.

Tout ce spectacle est so British. Par exemple, les artisans jouent une pièce de théâtre inspirée de la légende de Pyrame et Thisbé racontée par Ovide. Les artisans jouent tellement mal leur pièce à l'intérieur de la pièce que c'en est à hurler de rire. Le comédien qui interprète Bottom (Desmond Barrit) est très impressionnant.

Le décor est unique, mais cela bouge beaucoup. Une trappe permet de rapides et multiples apparitions-disparitions de personnages. On a presque peur pour les danseurs qui arrivent à ne pas tomber dans le trou. Certains, comme Phoebus et Juno sont suspendus dans les cieux.

Le spectacle est très long : cela commence à 20h et finit peu avant minuit, avec un seul entr'acte d'une demi-heure. Bref, il ne s'en ai pas fallu de beaucoup pour que j'arrive à prendre le dernier RER B (qui, n'étant omnibus qu'à partir de Massy-Palaiseau, est plus rapide que ceux qui précèdent). Long, mais en rien ennuyeux.

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Rouge, Carmen à l'Opéra Comique

2009-06-19 23:54+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Théâtre

Opéra Comique — 2009-06-19

Chloé Réjon, Carmen

Bruno Blairet, Don José

Antonio Moya, guitare et direction musicale

Tomas de Perrate, chant flamenco

José Villalba Barrionuevo, Luis Ramirez, clarines, trompettes

Gaspard Fernandez, percussions

Juliette Deschamps, mise en scène et adaptation, décors

Miquel Barceló, décors

Dominique Bruguière, lumières

Macha Makeïeff, costumes

Rouge, Carmen

Je reviens de la première représentation de Rouge, Carmen à l'Opéra Comique. Ce spectacle, créé en 2008, est une adaptation théâtrale par Juliette Deschamps de la nouvelle de Prosper Mérimée pour deux comédiens, Chloé Réjon (Carmen), Bruno Blairet (Don José) et un petit ensemble de musique flamenco.

Cette adaptation est bien plus proche de la nouvelle que ne l'est l'opéra de Bizet. Dans la nouvelle, un savant, en fait Mérimée lui-même, est à la recherche de vestiges de la bataille de Munda. Il rencontre un condamné à mort, Don José, qui lui raconte son histoire. Dans ce spectacle, point de prologue, Don José s'adresse directement au spectateur. Il se souvient. Le ton est résolument celui de la narration : les passés simples et les imparfaits du subjonctifs ont été conservés, ce qui n'est pas pour me déplaire. Quand il est directement question de Carmen, celle-ci paraît sur le décor fait d'un grand disque incliné recouvert de sable. Les musiciens sont également comédiens ; ils participent à l'action quand la scène l'impose. Le lyrique chant flamenco apporte quelques respirations dans la tragédie, accentuant la douleur des personnages.

Ce spectacle est vraiment original dans sa composition. Il nous ramène à l'histoire première de Carmen, avant qu'elle fût adaptée par Meilhac et Halévy. Si je n'ai pas été subjugué, j'ai apprécié le texte, un peu la musique (ça doit être la première fois que je vois de la musique flamenco) et la performance des deux comédiens. Quelques hurluberlus ont poussé des huées lors des saluts.

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La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur

2009-04-05 11:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures

Dans une entrée précédente, je discutais de mes impressions au sujet d'une retransmission d'une représentation de La Sonnambula, opéra de Bellini, et d'une perplexité qui avait refait surface à propos des liens familiaux supposés ou non entre Amina et le Comte Rodolfo. Entretemps, j'ai retrouvé ce que je cherchais dans les textes d'introduction de la production dont j'ai un enregistrement (Evelino Pidò, Opéra national de Lyon, avec Natalie Dessay, 2007) : la mention du fait qu'Amina était la fille naturelle de Rodolfo se serait trouvée dans une version préliminaire du livret de l'opéra.

Après avoir lu sur Gallica le texte du ballet de Scribe et Aumer, je suis allé hier à la BnF pour consulter d'autres sources littéraires. Ce fut l'occasion d'utiliser pour la première fois un lecteur de microfiches ; un livre tient sur une ou plusieurs fiches (mesurant environ 10 × 15 cm²) que l'on projète sur un écran ; c'est assez confortable à lire, en blanc sur fond noir. J'ai ainsi lu d'une part une analyse du ballet par un certain M. H. (de moindre qualité que le texte de Scribe et Aumer qui décrivait succintement chaque scène) et d'autre part le texte de la pièce de Scribe et Delavigne dont le ballet est inspiré (il est à noter que la pièce contenait des passages chantés). Voici un tableau récapitulatif des correspondances :

Titre La Somnambule La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur La Sonnambula
Genre Comédie-vaudeville Ballet-pantomime Opéra
Auteurs Eugène Scribe et Germain Delavigne Eugène Scribe et Jean-Pierre Aumer, musique de M. Hérold Felice Romani, musique de Vincenzo Bellini
Création 1819, Théâtre du Vaudeville, Paris 1827, Opéra de Paris 1831, Teatro Carcano, Milan
Lieu de l'action (Non précisé) En Provence, dans l'île de la Camargue, auprès d'Arles Un village suisse
La Somnambule Cécile Thérèse Amina
Son parent M. Dormeuil, son père Mme Michaud, meunière, sa mère adoptive Teresa, meunière, sa mère adoptive
Son fiancé Frédéric de Luzy Edmond Elvino
L'étranger Gustave de Mauleon M. Saint-Rambert Le comte Rodolfo
L'aubergiste ― (Mauleon est logé dans le pavillon de Dormeuil) Mme Gertrude Lisa

(Je renonce à comprendre la logique des changements de noms d'une œuvre à l'autre, et aussi l'helvétotropisme.)

L'intrigue de l'opéra est presqu'identique à celle du ballet, mais elle diffère de façon très-significative de celle de la pièce. Dans le ballet et l'opéra, un mariage se prépare entre une jeune fille dont on découvrira qu'elle souffre de somnambulisme et un jeune homme. Le contrat de mariage est signé ; la cérémonie religieuse est prévue pour le lendemain. Un étranger arrive au village où il a l'intention de passer la nuit avant de continuer sa route. Il rejoint la chambre qu'il a louée. Il flirte avec l'aubergiste qui laisse tomber son fichu et s'enfuit quand elle entend des bruits de pas. La somnambule rejoint l'étranger qu'elle prend pour son futur mari, ce qui trouble bien sûr l'étranger. La somnambule finit par s'endormir dans sa chambre. Pendant ce temps, au village, on a découvert que l'étranger était en fait le nouveau seigneur et on vient à son réveil lui manifester un joyeux accueil digne de son rang. Le scandale éclate quand on trouve la mariée dans sa chambre. L'étranger défend sa vertu en expliquant qu'elle souffre de somnambulisme. À d'autres. Son fiancé refuse de se marier avec elle et pour se venger, décide aussitôt d'épouser l'aubergiste (qui a un faible pour lui). Alors que la cérémonie se prépare, la mère de la somnambule intervient en brandissant le fichu de l'aubergiste qu'elle avait trouvé dans la chambre de l'étranger. Nouvel émoi, vite surpassé par l'arrivée de la jeune fille en état de somnambulisme. Elle se lamente sur son sort, clame son innocence et pourtant souhaite le bonheur à son ex-futur mari. Ce dernier est ému et quand elle se réveille, il lui dit qu'elle ne rêve pas et qu'elle est bien en train de voir son époux.

Dans la pièce, le personnage de l'aubergiste n'existe pas. Mauleon est hébergé dans un pavillon par Dormeuil. Mauleon est un ancien ami de Frédéric et un ancien prétendant à la main de Cécile. Elle avait refusé sa proposition le lendemain d'un bal où il avait passé la soirée à danser avec une autre ; pourtant ces deux-là s'aimaient sincèrement. Par dépit, elle avait accepté la demande en mariage de Frédéric. Quand elle voit Mauleon débarquer le jour de son mariage (il est là par hasard), elle est troublée. Quand elle le rejoint dans le pavillon en état de somnambulisme, elle semble essayer de dialoguer avec lui et d'apaiser sa conscience à propos du malentendu qui conduisit à ce qu'elle repoussât sa proposition ; bref, elle l'aime et regrette de n'avoir alors pas accepté.

Quand Frédéric entre dans le pavillon au matin, Mauleon essaie d'éviter qu'il ne regarde de l'autre côté du paravent où Cécile s'est endormie. Quand cela se produit enfin, elle a disparu : il ne reste plus que son schall. [...] La deuxième scène de somnambulisme dévoile l'amour de Cécile pour Mauleon. Frédéric, qui a déjà vu quatre de ses projets de mariage échouer, renonce à épouser Cécile et la donne en mariage à son ami. (On peut noter que dans le ballet, une renonciation hétérologue est exprimée par Mme Gertrude qui laisse Edmond épouser Thérèse ; dans l'opéra, Lisa se fait tout simplement oublier.)

Faire de Rodolfo le père d'Amina semblait être une bonne idée, puisque, de même que la passion liant Cécile à Mauleon expliquait que ses rêves et donc son somnambulisme la fît tendre vers lui, cette filiation rendait plausible qu'elle fût attirée vers lui. Cela eût aussi été cohérent avec la nostalgie qu'exprime Rodolfo dans la première scène. Cela dit, on imagine mal comment insérer cette révélation à la fin de l'opéra sans casser l'ambiance et tomber dans le ridicule qu'évoque Beaumarchais en imaginant comment écrire un Barbier de Séville qui plût à la critique :

Ce Figaro, qui pour toute famille avait jadis connu sa mère, est fils naturel de Bartholo. Le médecin, dans sa jeunesse, eut cet enfant d'une personne en condition, que les suites de son imprudence firent passer du service au plus affreux abandon.

Mais avant de le quitter, le désolé Bartholo, Frater alors, a fait rougir sa spatule ; il en a timbré son fils à l'occiput, pour le reconnaître un jour, si jamais le sort les rassemble. [...]

À l'instant, la plus touchante reconnaissance a lieu entre le médecin, la vieille et Figaro : C'est vous ! c'est lui ! c'est toi ! c'est moi ! Quel coup de théâtre.

Dans le genre, Palpatine avait relevé le ridicule des retrouvailles entre Idomeneo et Idamante dans Idomeneo de Mozart.

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Mallika Sarabhai

2009-03-24 00:27+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Danses indiennes — Théâtre — Cinéma — Culture indienne

On n'imagine pas toujours les pépites que l'on peut découvrir parfois en cliquant sur le bouton Play dans Dailymotion.

Docteure, chevalière des arts et des lettres, danseuse de kuchipudi et de bharata-natyam, bouleversante Draupadi dans The Mahabharata de Peter Brook (version longue !), directrice de la Darpana Academy of Performing Arts qui créa Phèdre de Racine en hindi, combattante de la cause des femmes indiennes, opposante au controversé chief ministrer du Gujarat Narendra Modi, divorcée, athée, visiblement passionnée par tout ce qu'elle entreprend, Mallika Sarabhai est impossible à résumer.

Quelques vidéos :

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Casimir et Caroline au Théâtre de la Ville

2009-03-15 19:10+0100 (Orsay) — Culture — Théâtre

Théâtre de la Ville — Place du Châtelet — 2009-03-15

Sylvie Testud, Caroline

Thomas Durand, Casimir

Hugues Quester, Schurzinger

Alain Libolt, Rauch

Charles-Roger Bour, Speer

Gerald Maillet, Franz le Merkl

Sarah Karbasnikoff, Erna

Olivier Le Borgne, Oscar, Juanita, un automate

Walter N'Guyen, Walter, un automate

Cyril Anrep, un soldat, le directeur des phénomènes, le Médecin

Laurent Charpentier, le Bonimenteur, Lorenz

Muriel Ines Amat, Maria

Ana das Chagas, Ella, une siamoise

Gaëlle Guillou, Emma, une siamoise

Céline Carrère, Eva

Sandra Faure, Ida, la Femme du cinéma

Pascal Vuillemot, Rudolph, le Monsieur du cinéma, l'Homme Bouledogue

Stéphane Krähenbühl, un soldat, un infirmier

Constance Luzzati, une jeune fille, la Pianiste

Emmanuel Demarcy-Mota, mise en scène

Yves Collet, scénographe et lumières

Jefferson Lembeye, compositions et environnement sonore

Corinne Baudelot, costumes

Catherine Nicolas, maquillages

Clémentine Aguettant, accessoires

Maryse Martines, travail vocal

Mathieu Mullot, images vidéo

Casimir et Caroline, Ödön von Horváth, traduction de François Regnault

Je reviens du Théâtre de la Ville où avait aujourd'hui lieu une représentation de Casimir et Caroline de Ödön von Horváth, mis en scène par le nouveau directeur du théâtre, Emmanuel Demarcy-Mota, avec de très bons comédiens, parmi lesquels Sylvie Testud et Thomas Durand qui occupent les deux premiers rôles mentionnés dans le titre de la pièce.

La pièce se passe pendant la crise des années 1930, en pleine Fête de la Bière. Une bande de jeunes regarde un Zeppelin chargé de riches dans le ciel. On danse, on joue au toboggan, on boit de la bière, on regarde des objets de foire, on chante, plutôt bien d'ailleurs (notamment la Barcarolle des Contes d'Hoffmann, dans un mélange d'allemand et de français). Le vieux tailleur désabusé Eugène Schurzinger (Hugues Quester) apparaît comme un oiseau de mauvais augure, déclarant que dans un homme, les femmes ne voient qu'une bonne ou une mauvaise situation. Casimir et Caroline forment un couple, qui se délite alors que Casimir perd son emploi de chauffeur. Schurzinger offrirait bien une glace à Caroline, mais elle veut faire un tour de montagnes russes. Ces dernières sont figurées par la projections d'une vidéo en noir et blanc, alors que Caroline est en haut du décor métallique, mi-échafaudage, mi-grillage.

En dehors de la bande de jeunes et de Schurzinger, deux hommes d'un plus haut niveau social courtisent Caroline, qui, libérée de Casimir, se laisse tenter. De son côté, Casimir doit choisir entre la faim et les larcins, personnifiés par Franz le Merkl. Entre ces deux hommes, Erna, remarquablement bien interprétée par Sarah Barbasnikoff, hésite.

J'ai apprécié ce spectacle qui mêle différents genres. Le travail de mise en scène paraît impressionnant. On trouve presque en permanence plus d'une dizaine de comédiens sur scène, participant aux festivités, déplaçant les éléments de décor, projetant un film, dansant ou goûtant une glace, tandis que le texte passe de la bouche d'un personnage à un autre, sans temps mort. Ce curieux désordre est ainsi décrit dans le programme : Comme des atomes identiques agités de mouvements browniens forment des combinaisons moléculaires différenciées, ainsi se compose un Monde dont le sens universel échappe, même si localement, les choses s'expliquent un tant soit peu. Est-ce au spectateur de faire lui-même son montage ? Peut-être, mais un mystère demeurera au fond des êtres.

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L'Orestie à l'Odéon

2008-06-09 22:12+0200 (Orsay) — Culture — Théâtre

Odéon — Théâtre de l'Europe — 2008-06-05/2008-06-06

Anne Benoit, Le coryphée des Euménides, La nourrice

Nazim Boudjenah, Oreste, Calchas

Bénédicte Cerutti, Le coryphée des Choéphores

Céline Chéenne, Électre, Iphigénie

Michel Fau, Égisthe, La pythie

Philippe Girard, Agamemnon, Apollon

Frédéric Giroutru, Athéna, Pylade

Miloud Khetib, Le coryphée d'Agamemnon

Olivier Py, Le veilleur

Alexandra Scicluna, Cassandre, Une Érinye

Bruno Sermonne, Un héraut

Nada Strancar, Clytemnestre

Mary Saint-Palais, soprano

Sandrine Sutter, mezzo-soprano

Christophe Le Hazif, ténor

Damien Bigourdan, baryton

Quatuor Léonis

Olivier Py, mise en scène, lumière

Pierre-André Weitz, décor, costumes, maquillages

L'Orestie : Agamemnon, Les choéphores, Les Euménides, Eschyle, texte français d'Olivier Py

La semaine dernière, je suis allé pour la première fois à l'Odéon — Théâtre de l'Europe. Je vais d'habitude au théâtre pour assister à des concerts ou à des spectacles de danse. Cette fois-ci, c'est bien pour voir du théâtre, et non pas une seule pièce, mais trois, que je m'y suis rendu deux soirs de suite, après que j'ai récupéré une place qu'Akynou ne pouvait pas utiliser. Merci à elle.

Le premier soir, j'ai donc vu Agamemnon, et le lendemain Les Choéphores et Les Euménides, ces trois pièces constituant L'Orestie, la trilogie d'Eschyle. À quelques éléments près, le décor était essentiellement le même pour les trois pièces : une impressionnante structure sur trois étages, le troisième (métallique) étant principalement utilisé par les musiciens du quatuor Léonis. En effet, il y avait de la musique : le chœur intervenait régulièrement et chantait son texte... en grec (avec surtitres). Au deuxième étage, une pièce rectangulaire mobile principalement utilisée pour les assassinats. L'essentiel de l'action se passait au premier plan, où diverses configurations de marches et de plates-formes ont été utilisées.

Les comédiens m'ont plutôt fait bonne impression. Les mots qui sortaient de leur bouche étaient exprimés distinctement. Dans l'ensemble, le texte était lui aussi assez compréhensible. Par moment, il m'a paru difficile à comprendre en direct, mais le sens global était assez clair. Le texte a manifestement été modernisé (sans excès) par le metteur en scène Olivier Py.

N'étant pas familier avec le théâtre, je n'ai pas vraiment d'avis sur la mise en scène. Dans l'ensemble, je suis satisfait du spectacle auquel j'ai assisté. Quelques curiosités. Parfois, des filets d'eau tombaient du ciel. La musique se faisait stridente, la lumière oppressante via l'utilisation de stroboscopes. Les entrailles que manipulaient le devin Calchas n'étaient pas très appétissantes. Agamemnon est entré en voiture par une entrée située à l'arrière du théâtre ; depuis l'orchestre, on pouvait apercevoir la circulation sur la rue de Vaugirard. Oreste était littéralement aspergé d'un liquide rougeâtre paraissant s'écouler d'un porc accroché à un filin lors de la purification d'Oreste dirigée par Apollon. Des personnages, notamment Cassandre et Oreste, ont paru nus ; je n'ai pas vraiment saisi l'intérêt.

Bien que ce ne soit pas la pièce d'entre les trois où il se passe le plus de choses, la pièce qui m'a le plus impressionné est la troisième, Les Euménides. Au début de la pièce, les Érinyes menacent de tuer Oreste parce qu'il a tué sa mère Clytemnestre. Oreste se fait purifier par Apollon (voir ci-dessus), mais cela ne suffit pas. Il se réfugie à Athènes. La déesse Pallas Athéna va trancher. Elle donnera la parole aussi bien à l'accusation (coryphée des Érinyes) qu'à la défense (Apollon). Athéna dirige le procès splendidement depuis un amphithéâtre installé au deuxième étage du décor. Les Athéniens vont voter. Comme il y a égalité, c'est Athéna elle-même qui décide du sort d'Oreste. Son crime est pardonné parce que, n'étant pas née d'une matrice car issue de Zeus, elle peut excuser celui qui a tué sa mère. Pour apaiser les Érinyes, elle leur donne un rôle bienveillant, qu'elles acceptent.

Dans les Choéphores, le comédien interprétant Athéna avait le rôle insignifiant de Pylade. Dans cette troisième pièce, il pouvait exercer tout son talent. Son discours aux Athéniens était particulièrement impressionnant. Si j'ai aimé Les Euménides plus que les autres pièces, c'est surtout grâce à lui, grâce au décor qui se prêtait très bien aux situations, qu'il y avait moins de longueurs, et peut-être aussi parce que la parole n'était guère donnée aux mortels.

En sortant du théâtre, j'ai marché le long des grilles du Jardin du Luxembourg où sont exposées de très belles photographies pour une exposition intitulée 30 ans d'émotions, les photos du Figaro Magazine. Un coup d'œil sur la gauche : le Panthéon resplendit dans la nuit. Nostalgie. RER.

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