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L'Orchestre de Paris dirigé par Boulez à Pleyel

2011-12-22 02:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Salle Pleyel — 2011-12-21

Bertrand Chamayou, piano

Philippe Aïche, violon solo

Orchestre de Paris

Pierre Boulez, direction

La Nuit transfigurée, op 4, version pour orchestre à cordes de 1943 (Schönberg)

Concerto pour piano nº2 (Bartók)

Concerto pour orchestre (Bartók)

C'était ce soir la deuxième fois que je voyais Pierre Boulez diriger un orchestre. Comme la fois précédente, je suis à l'arrière-scène. Une différence est que cette fois-ci les œuvres jouées ne sont pas de Boulez mais de Schönberg et de Bartók.

Le concert commence en effet par La Nuit transfigurée de Schönberg, pour cordes. Au fait que l'on entende souvent très distinctement les altos, aux échanges entre le violon solo et l'altiste solo, on sent parfois que c'est une réorchestration d'un œuvre de musique de chambre (un sextuor). Lors d'un test à l'aveugle, je n'aurais certainement pas deviné que cette œuvre était de Schönberg. Je l'avais écoutée d'une oreille distraite quelques heures avant le concert : cela m'avait semblé assez classique (en blindtest, j'aurais quand même probablement trouvé le siècle, par chance, vu que le sextuor date de 1899). Cela a donc été très inattendu, mais j'ai passé un merveilleux moment à écouter cette œuvre dans les circonstances du concert. D'après Olivier qui était au parterre, cela se voyait sur mon visage...

Si j'avais déjà vu Boulez, je ne l'avais pas vu diriger une œuvre classique. L'étendue de sa gestuelle paraît minimale. Les mains s'aventurent rarement à plus de 10-15 centimètres de leur position de repos. (Dans le DVD making-of du Ring de Bayreuth (1976-1980) qu'il a dirigé, on le voit pendant quelques instants diriger lors de répétitions : les mouvements y sont d'une tout autre amplitude.). On voit bien qu'il compte des mesures qui ont le bon nombre de temps, mais comme l'expliquera Zvezdo (qui était aussi à l'arrière-scène), c'est qu'il dirige très-très en avance. Cela me donnera pour ainsi dire l'impression qu'il pourrait presque diriger pour lui-même, sans musiciens autour. Une forme d'ascèse...

Ceci étant, un petit mouvement d'un ou deux centimètres vers le haut de la main droite ou un mouvement rond vers l'avant de la gauche peut déclencher un ardent crescendo. En tout cas, dans ce Scönberg, cela a formidablement bien fonctionné.

La direction de l'orchestre se fait également à retardement lors des saluts à la fin de cette œuvre (et à la fin du concert). Alors que Boulez revient saluer, il fait signe aux musiciens de se lever, mais ceux-ci restent cloués à leurs sièges, lui laissant le privilège de recevoir les applaudissements. Ce n'est qu'après l'aller-retour en coulisses qui suit que l'orchestre se lève pour prendre sa part des suffrages.

Entre ensuite Bertrand Chamayou, un piano et des instruments autres que des cordes pour le concerto pour piano nº2 de Bartók. Le premier mouvement n'utilise pas les cordes frottées, uniquement le piano (très percussif) et les vents, les cuivres et les percussions. Depuis ma place d'arrière-scène, c'est tout simplement incompréhensible. J'apprécierai bien davantage les mouvements qui suivront, et tout particulièrement le deuxième (aux atmosphères multiples). De la timbalière, je ne vois que le visage concentré-impassible alors que pendant le même temps, ses mains s'activent en mouvements d'une étonnante précision, la synchro avec le pianiste semblant parfaite. Étant du côté des numéros impairs, je ne vois également que le visage du pianiste. La virtuosité de l'œuvre (apparemment surtout pendant le premier mouvement) est telle que pour une fois, le difficulté se lit sur le visage du pianiste qui n'en est rendu que plus humain. Les moments de silence des cordes feront que pour cette demi-heure de musique, certains pupitres de cordes auront à peine six pages à jouer. Cela m'a ainsi beaucoup amusé de voir les altos et violoncelles passer à la page 2 après environ un quart d'heure !

Après l'entr'acte, l'orchestre revient pour le concerto pour orchestre de Bartók. Je ne pense pas avoir entendu de concerto pour orchestre en dehors du baroque (en particulier Bach et ses concertos Brandebourgeois). Les différents groupes d'instruments auront donc ainsi chacun leurs passages solistes (les bassons ! le tuba !). Je ne sais plus si c'est dans le quatrième ou le cinquième mouvement, mais il y a eu un joli passage qui ressemblait plus ou moins à une fugue (à beaucoup de voix, entre les vents et les cordes...). Dans le Finale, les mouvements du chef se font plus vifs, plus amples. Cela fait terminer cette deuxième partie de concert sur une bonne impression, le début m'ayant paru un peu lent et froid.

Si cela avait été mon dernier concert de l'année, ç'aurait été une belle fin, mais il m'en reste encore...

Ce concert était filmé pour ArteLiveWeb. Quand on est deux mètres derrière un caméraman, on entend le bruit des instructions qu'il reçoit dans son casque... Le matériel en soi ne fait pas de bruit, mais à déplacer des caméras sur roulettes, on prend des risques. Dans un concert de rock, personne ne s'en rendrait compte, mais ce soir, pendant des pp, on a entendu des bruits de chocs des roulettes contre le bois de la scène en gradins. C'est d'autant plus dommage que le public a été particulièrement sage et concentré (au moins pendant la première partie du concert : pas de tousseurs et les retardataires ne sont entrés qu'après la fin de la première œuvre).

Ailleurs : Zvezdo, Olivier.

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