Weblog de Joël Riou

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The English Concert à Pleyel

2010-11-30 23:59+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Salle Pleyel — 2010-11-30

The English Concert

Anna Caterina Antonacci, soprano

Sara Mingardo, contralto

Harry Bicket, orgue et direction

Salve Regina, Nicola Porpora

Nisi Dominus, Antonio Vivaldi

Stabat mater, Giovanni Battista Pergolese

Je pense que le concert de ce soir à Pleyel est de ceux à oublier rapidement. Je l'avais sélectionné pour le Stabat Mater de Pergolèse et la présence d'Anna Caterina Antonacci, que j'entendais ce soir pour la dixième fois en concert.

La première œuvre au programme est un Salve Regina de Nicola Porpora. Indépendamment de l'interprétation, cette œuvre ne me plaît guère. C'est un peu händelien parfois. Vocalement, il s'agit essentiellement de vocalises. La voix d'Anna Caterina Antonacci est très opératique, ce qui a de quoi étonner dans ce répertoire religieux. Lors du dernier numéro musical, il faut bien admettre que cette chanteuse que j'admire beaucoup a sombré. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais au moment de tourner une page de sa partition, elle a apparemment perdu le fil et il lui a fallu deux ou trois mesures pour reprendre ses esprits.

La pièce suivante est de Vivaldi, dont je méconnais complètement l'œuvre vocale. Il s'agissait du Nisi Dominus, chanté par la contr'alto Sara Mingardo que j'avais déjà entendue dans un Messie. J'avais alors été déçu par le manque d'éclat de sa voix. Elle chante en effet tout en retenue. Ce qu'on entend du faible son de sa voix est très beau, mais ce n'est vraiment pas très fort. On la distingue parfois assez mal sous le volume de l'orchestre baroque en petite formation (une quinzaine d'instrumentistes). Pour les besoins d'un solo, le premier violon (qui au passage utilisait un archet über-baroque) a un moment donné changé d'instrument pour ce qui est peut-être une viole (ici, une sorte de violon très allongé). Le son de cet instrument était absolument affreux. Le retour au violon normal lors du numéro musical suivant fut d'un grand soulagement. Cette œuvre m'a quand même davantage plu que la première.

À la fin de l'entr'acte, ma voisine entreprend de me demander ce que j'ai pensé de la première partie. Embarras de ma part à propos d'Anna Caterina Antonacci... Nous discutons des qualités des voix d'altos. Je préfère celles de femmes, celles des hommes (Jarrousky, etc.) ne lui déplaisent pas. Je manifeste quelques doutes quand elle me dit qu'originellement, les parties de sopranos et altos des cantates de Bach étaient chantées par des castrats et des garçons... Discussion néanmoins plutôt intéressante globalement.

L'orchestre a fini de se réaccorder. Les chanteuses sont arrivées et le chef et organiste Harry Bicket aussi. Commence le Stabat Mater. Cette version n'est pas non plus inoubliable. Le contraste entre les voix d'Anna Caterina Antonacci et de Sara Mingardo est trop marqué. Lyrisme de l'une, retenue de l'autre. Mauvais casting. Je ne dis pas qu'elles ne sont pas faites pour chanter cette œuvre, mais toutes les deux ensemble, cela ne colle pas du tout. Si Anna Caterina Antonacci était un peu plus convaincante que dans la première partie, je suis quand même assez déçu. Du côté de la direction, j'ai été très surpris par les choix de tempi du chef. Autant le Cujus animan gementem me semblait joué trop lentement, autant les moments forts que sont pour moi le Quæ mœrebat et dolebat et le Inflammatus et Accensus ont été joués à une vitesse folle.

J'espère que ça ira mieux la prochaine fois.

Ailleurs : Klari, Palpatine.

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Isabelle Druet aux Trois Baudets

2010-11-19 01:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Les Trois Baudets — 2010-11-18

Isabelle Druet, mezzo-soprano

Christian-Pierre La Marca, violoncelle

Racha Arodaky, piano

Stéphane Milleret, accordéon

C'est beau l'amour (Fauré, Poulenc, Hahn, Gounod, Duparc, Debussy, Piaf, Vian, Brel, etc)

Avant ce soir, je n'avais vu chanter Isabelle Druet qu'une seule fois, c'était dans un triple rôle secondaire dans Armide au TCE il y a deux ans. J'avais alors apprécié autant ses qualités vocales que le caractère convaincant de son jeu.

J'avais par la suite voulu renouveler l'expérience d'un concert où elle chanterait. Un voyage en Inde m'avait empêché d'aller l'écouter dans un récital à l'Opéra Comique. Mon billet était alors allé dans d'autres mains qui avaient été enchantées par ce concert.

Tout récemment, une grève au TCE avait entraîné l'annulation du Carnaval de Venise dans lequel elle devait chanter.

Pour mettre fin à cette malédiction, je suis alors tout simplement allé sur le site de son agent pour trouver son programme de concerts et réserver au plus vite une place aux Trois Baudets pour un concert de la série D'une rive à l'autre (Petit Palais/Les Trois Baudets).

J'ai donc trouvé un nouveau lieu de débauche... musicale ; pour le reste, le théâtre étant situé entre Pigalle et Blanche, les sollicitations illégales pour des prestations tarifées, lesquelles sont légales (hypocrisie du législateur), pleuvent : cinq en cent mètres aller-retour. Ce n'est donc pas exactement la même ambiance que celle qui conduit au tout proche Théâtre de la Ville — Les Abbesses. Ce soir, dans la toute petite salle ont pris place une cinquantaine de personnes. Je me retrouve à environ trois mètres des musiciens !

Au programme de ce programme intitulé C'est beau l'amour, des chansons françaises classiques, populaires ou traditionnelles. Les chansons sont annoncées par la chanteuse qui fait preuve de beaucoup d'humour. Elle est accompagnée de Christian-Pierre La Marca (violoncelle), Racha Arodaky (piano) et Stéphane Milleret (accordéon). D'ailleurs, un petit nombre de chansons sont chantées par le seul violoncelle.

Du côté du classique, on entendra ainsi des mélodies de Fauré, Poulenc, Gounod (Boléro), Hahn (L'heure exquise), Debussy (Colloque sentimental, qui est venu après la chanson traditionnelle Les tristes noces). Avant qu'elle ne chante Mon amant de Saint Jean, j'entends derrière moi quelque moquerie à propos de l'interprétation de Patrick Bruel. Dans les chansons plus récentes, il y eut notamment La chanson des vieux amants (Brel), Les amants d'un jour (Piaf). La dernière chanson a été Fais-moi mal, Johnny (Vian), qui comme le rappela la chanteuse fut créée par Magali Noël dans ce même théâtre.

Dans chacune de ces chansons, Isabelle Druet est presqu'autant comédienne qu'elle ne chante. Sa gestuelle accompagne toujours le texte. Ses attitudes, ses mimiques (quand le violoncelle s'accorde, quand elle va interpréter une nouvelle chanson, etc.) maintiennent une très bonne ambiance dans la salle qui semble autant que moi conquise. En deuxième bis, on aura une deuxième incarnation de Fais-moi mal, Johnny encore plus déjantée que la première. Elle a aussi fait de charmantes espagnolades dans le Boléro de Gounod, ce qui n'est pas sans me rappeler qu'elle chantera bientôt Carmen, à suivre donc...

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Mathis der Maler à Bastille

2010-11-17 22:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-11-16

Scott Macallister, Albrecht von Brandenburg

Matthias Goerne, Mathis

Thorsten Grümbel, Lorenz von Pommersfelden

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Wolfgang Capito

Gregory Reinhart, Riedinger

Michael Weinius, Hans Schwalb

Antoine Garcin, Truchsess von Waldburg

Eric Huchet, Sylvester von Schaumberg

Melanie Diener, Ursula

Martina Welschenbach, Regina

Nadine Weissmann, Die Gräfin von Helfenstein

Vincent Delhoume, Der Pfeifer des Grafen

Orchestre et chœur de l'Opéra national de Paris

Christophe Eschenbach, direction musicale

Olivier Py, mise en scène

Pierre-André Weitz, décors et costumes

Bertrand Killy, lumières

Joseph Hanimann, dramaturgie

Wissam Arbache, collaborateur à la mise en scène

Jochen Rieder, maestro suggeritore

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Mathis der Maler, Hindemith

J'ai assisté hier soir à la première de Mathis der Maler de Hindemith à Bastille. Cet opéra, dont Hindemith a rédigé lui-même le livret, est inspiré par la vie du peintre du Retable d'Issenheim exposé à Colmar (je cite la Wikipédia germanophone puisque c'est la seule que j'aie vue qui montre les trois vues possibles sur le retable). Pendant les trois heures que dure cet opéra, je me suis parfois désintéressé des surtitres. J'ai donc dû manquer quelques subtilités. D'après ce que j'en ai compris sur le moment et des extraits que j'ai eu le temps de lire depuis, cela m'a semblé un texte beau et riche.

Les décors étant de Pierre-André Weitz comme pour L'Orestie que j'avais vu à l'Odéon, je m'attendais certes à un décor tout en transformations, mais pas à quelque chose d'aussi impressionnant ! Pourtant, cela avait commencé assez sobrement. En effet, pendant tout le spectacle, on voit à l'avant-scène un simple lit à gauche, un tas de gros livres au milieu et un chevalet à droite. Mathis (Matthias Goerne) entre sur le plateau de scène qui est essentiellement vide en portant une lumière qu'il pose au centre. (Il y a eu un cafouillage au tout début de la représentation, peut-être un problème d'éclairage dans la fosse d'orchestre qui a fait que la représentation s'est interrompue au bout de quelques dizaines de secondes. Mathis a reculé vers l'arrière de la scène et la représentation a recommencé depuis le début ; c'est la première fois que je vois un tel bug dans un spectacle.) Il s'installe sur son lit et commence à avoir des visions : une structure de décor ayant la forme du retable apparaît (un grand panneau central, deux sur les côtés et une partie basse) et des comédiens prennent une pose figurant une des vues possibles sur le retable que l'on aperçoit en ombres chinoises. Cette vue évoque principalement la Crucifixion (dans la partie basse, le corps du Christ en slip est amené au tombeau). Il est dommage que dans le programme (12€) qui fait plus de 200 pages, s'il est vrai que l'on trouve quelques reproductions de bonne qualité de quelques parties du retable, pour certaines d'entre elles, seuls certains détails sont montrés (parfois trop agrandis au point de paraître pixelisés), alors même que des textes du programme font référence à d'autres détails...

L'histoire que raconte cet opéra mêle des éléments très différents. Une des directions est celle de la révolte des paysans contre le pouvoir de leurs maîtres et du clergé. Mathis accepte que Schwalb, le chef des paysans, et sa fille Regina se réfugient chez lui avant de repartir. Dans un autre tableau (le quatrième), il s'opposera au contraire aux excès de ces batailles en sauvant la comtesse Helfenstein qui était un peu plus que violentée par les combattants. Il n'est pas étonnant de voir des drapeaux rouges brandis par les paysans dans cette révolte. Ce qui ne paraît pas choquant non plus dans cette mise en scène, vu la période où Mathis le Peintre a été composé et les problèmes qu'eut Hindemith avec le régime national-socialiste, c'est que le pouvoir qui réprime la révolte soit en uniformes nazis (on voit même un tank ! et dans le fond, on aperçoit parfois l'image d'une ville en ruines, s'agirait-il de photographies ayant suivi les bombardements de Mayence lors de la deuxième guerre mondiale ?). Ce sont les mêmes qui organisent des autodafés de livres luthériens. En effet, la ville de Mayence est alors divisées entre papistes et luthériens. Le riche bourgeois Riedinger, luthérien convaincu, voudrait voir le luthérianisme se développer. Il tente de convaincre Capito, le conseiller du cardinal Albrecht, de l'intérêt qu'il y aurait à faire en sorte que celui-ci se convertisse et se marie avec sa fille Ursula. Il n'est alors question que de politique et d'argent, puisque le cardinal manquant de liquidités, un riche mariage le sauverait financièrement parlant. Celui-ci ne voit d'abord que l'intérêt du gain éventuel, mais si ce personnage semble un catholique plutôt progressiste (il aime sincèrement l'art par dessus tout : quand il commande un tableau, il veut que le peuple soit ému et que celui-ci ne se demande pas si c'est par la scène religieuse qu'il représente ou par le talent de l'artiste), un mariage, ce serait aller trop loin. Dans le grand moment vocal de cet opéra, Ursula (Melanie Dieter) va néanmoins convertir Albrecht à sa foi et celui-ci va décider d'abandonner les richesses pour vivre austèrement (on voit une très intelligente transformation du décor au moment de cette conversion : l'imposant décor doré symbolisant le catholicisme se retourne pour devenir noirâtre). La duplicité de Riedinger apparaît explicitement dans le texte puisqu'il n'était pas tant intéressé par le fait de convertir le cardinal que par celui de lui faire accepter sa fille et son argent de sorte que les luthériens eussent un symbole qui pût faire progresser la Réforme.

Les décors de ce spectacle sont spectaculaires. Dans le deuxième tableau, on voit apparaître de grands éléments de décors. Ils sont très mobiles, y compris verticalement, puisqu'à certains moments, le décor a jusques à trois étages ! Dans le troisième tableau (celui de l'autodafé), on voit ainsi apparaître les caves de Riedinger (à qui on a promis qu'on ne fouillerait pas sa bibliothèque trop en profondeur), alors que les nazis sont à l'extérieur, à l'étage du dessus. Certains décors ne sont pas faits pour être réalistes, comme celui qui voit le cardinal déposer une relique dans un reliquaire doré dans un mur concave tout aurant doré. Ils ne sont pas tous très pratiques, puisque dans les scènes où apparaît le décor du premier tableau, les personnages ayant à se déplacer de l'avant par l'arrière ou réciproquement doivent pas mal se baisser pour traverser ce qui correspond à la partie basse du retable.

Au cours de la soirée, de nombreuses images du retable sont évoquées. Outre celles déjà mentionnées, on trouve le Concert des Anges qui est représenté, entre autres, par une comédienne prenant une pose semblable à celle que l'on peut voir sur le tableau. La fenêtre que l'on aperçoit au fond de l'Annonciation est utilisé comme motif dans la façade des décors dorés. Depuis le deuxième balcon, je ne voyais pas toujours toute la partie supérieure de la scène, mais dans le décor conceptuel doré (où a été déposé le reliquaire), il m'a semblé apercevoir une moyenne boule dorée installée en haut comme une lumière : cela fait beaucoup penser à celle que l'on voit dans la Résurrection. À un moment, un des gardiens romains (détail de cette Résurrection) est représenté par un homme en armure, de façon assez peu convaincante par rapport à d'autres images vues dans ce spectacle (mais cependant très au-dessus du niveau de ce qui était fait dans La donna del lago !).

L'image la plus frappante de cet opéra (qui est celle utilisée en couverture du programme et sur le site de l'Opéra) représente La Tentation de Saint Antoine. Mathis est identifié à ce personnage. Diverses créatures monstrueuses viennent le hanter. D'autres douées de parole viennent le tenter en utilisant divers arguments (dont trois jeunes comédiennes en petite tenue). Elles sont identifiées à certains personnages rencontrés au cours de l'opéra. La plus présente est Ursula (dont je n'ai pas dit qu'elle était amoureuse de Mathis, qui s'en est détourné pour Regina). Dans la foulée, le livret évoque la visite de Saint Antoine à Saint Paul (identifié au cardinal, qui a abandonné la vie sociale).

Le dernier tableau commence par une très belle scène entre Ursula et Regina. Il y est entre autres question d'un ruban. Au début de l'opéra, Ursula avait donné un ruban à Mathis. Quand Regina avait débarqué chez lui avec son père, elle avait chanté pour Mathis une chanson Un chevalier s'en vint à cheval à la fontaine, auprès de la jeune fille.... Le chevalier lui offrit un ruban de soie.... Pas insensible, Mathis avait rendu son geste conforme au texte de la chanson. À l'approche de la mort des personnages, Regina souhaite pouvoir reconnaître Mathis au royaume des morts. Elle donne le ruban à Ursula (qui reste silencieuse à la nouvelle de cette trahison) pour qu'elle le lui donne comme un signe qui le distinguera des autres.

Ensuite, cela traîne un peu en longueur. À la fin, Mathis range sa chambre, emporte quelques symboles (un livre, le ruban, un drapeau rouge, etc.) et s'approche d'une ouverture au centre de la scène. Le texte dit En route donc pour ce dernier bout de chemin, je veux franchir le seuil avec légèreté. Tout comme mes fruits se sont détachés de moi, je veux donner à la terre cette dernière feuille de l'automne mûr.. Je me dis alors irrésistiblement qu'il va les lancer à travers l'ouverture avant d'y sauter lui-même. La suite me donnera raison sur le premier point, mais l'extinction des lumières aura lieu sans qu'eût lieu le saut qui eût constitué le climax de cet opéra. Curieusement, quand Matthias Goerne est venu saluer, il boitait. Je me demande ce qui a bien pu se passer.

Au premier visionnage, il est difficile de se concentrer sur tous les aspects de l'opéra en même temps. Vocalement, le chanteur qui m'a le plus enthousiasmé est Melanie Diener (Ursula), notamment dans la scène de la conversion d'Albrecht. C'était la première fois que je voyais Matthias Goerne. Ma première impression dégagée dans le premier tableau où j'avais du mal à simplement l'entendre est plus mitigée ; dans les passages où l'orchestre était silencieux ou presque, il a cependant eu indéniablement de très beaux passages. Lors d'un de ses airs, Scott Macallister (Albrecht) m'a semblé laisser un peu trop éclater les émotions de son personnage au détriment de son chant. Pour le reste, je ne sais pas trop que dire sur les voix en général puisqu'entre la lecture des surtitres, l'éclairage un peu sombre et le grand nombre de personnages sur scène, à pas mal de moments, je ne voyais pas qui chantait (même avec les jumelles...).

Si cet opéra date du XXe, il n'y a vraiment aucune raison d'avoir peur en se disant que ce sera bizarre... Cette œuvre de Hindemith n'est pas plus difficile à entendre que d'autres œuvres de styles plus classiques (certes, ce n'est pas du Rossini !). Certains passages empruntent d'ailleurs à d'autres styles, comme la chanson populaire (cf. la chanson du ruban) ou le chant grégorien.

Ce que j'ai le plus aimé dans ce spectacle, c'est la manière de mettre en scène des images du retable d'Issenheim. Le tour de force de machinerie autour des décors fait aussi fort impression. Parmi les points négatifs, je noterais l'éclairage de la scène de l'attaque du chateau de Königshofen par les paysans. Certes, là encore, les éléments de décors mobiles représentant le château bien amoché sont spectaculaires, mais les paysans sont éclairés comme des fugitifs le seraient par des projecteurs. Le problème, c'est qu'il y a une multitude de tels projecteurs, que les zones éclairées n'arrêtent pas de bouger ad nauseam et surtout qu'il en est ainsi pendant toute la scène. La mise en scène, si elle est toujours cohérente avec le livret, n'est pas non plus parfaite de mon point de vue puisque j'ai parfois eu du mal à voir qui chantait. C'est que pendant leurs passages chantés, les chanteurs sont souvent assez statiques. Le positionnement du chœur dans certaines scènes m'a aussi semblé étrange aussi, comme dans la scène de l'autodafé. Cela dit, globalement, j'ai trouvé cette production vraiment très intéressante (ce n'est sans doute pas étranger au fait que ce soit mon plus long billet de blog sur une représentation d'opéra).

Ailleurs : David, Zvezdo, Palpatine, Gilda.

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Parzival à Garnier

2010-11-13 01:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-11-12

John Adams, Arvo Pärt, Richard Wagner, musiques

John Neumeier, chorégraphie, mise en scène, costumes et lumières

Peter Schmidt, décors

Edvin Revazov, Parzival

Joëlle Boulogne, Herzeleide, sa mère

Dario Franconi, Gabmuret, son père

Carsten Jung, Le Roi pécheur

Hélène Bouchet, Orgeluse, la jeune femme charmante

Anna Laudere, La Femme qui ne rit jamais

Aleix Martinez, L'Hermite

Kiran West, Ither, le chevalier Vermeil

Ivan Urban, Gornemans de Gorbaut

Thiago Bordin, Gawain, un chevalier

Alexandr Trusch, Bohort, un chevalier

Yohan Stegli, Lionel, un chevalier

Ballet de Hamburg

Parzival : Épisodes et Écho, d'après Chrétien de Troyes et Wolfram von Eschenbach

Non, ce n'est pas une coquille, cela s'écrit bien Parzival avec un z et non un s comme dans le titre de l'opéra de Wagner. C'est qu'au Palais Garnier, on joue depuis ce soir Parzival : Épisodes et Écho de John Neumeier, dont je n'avais que modérément aimé La Dame aux camélias. Comme j'avais décidé d'aller voir toute la saison de danse comme l'année dernière, j'avais inclus ce ballet comme toutes les autres à mon abonnement à l'Opéra.

Les danseurs sont ceux du Ballet de Hambourg que dirige Neumeier (fondée en 1678, cette compagnie n'est cadette de celle de l'Opéra que d'une neuvaine d'années !). Le rideau en trompe-l'œil traditionnel est remplacé par un autre sur lequel est projeté une animation physico-mathématique qui représente des mouvements gyroscopiques (mot savant pour parler de toupies). Je m'installe à ma troisième loge #4, place une. Un vieil homme est assis à côté de moi. Sa manifestement peu flexible colonne vertébrale l'empêchant de se pencher en avant, il doit voir à peu près un tiers de la scène et rater les mouvements des danseurs principaux. Il s'est endormi, n'a heureusement pas ronflé, et il est parti à l'entr'acte. J'ai donc eu une grande loge pour moi tout seul...

Le seul ballet que j'aie vu qui soit un peu comparable était Siddharta de Preljocaj. La démesure de la scénographie et de l'espace de l'Opéra Bastille était écrasante. Ici, les impressions fortes, les très belles images, si elles utilisent une grande partie de la profondeur de scène disponible, utilisent des décors beaucoup moins lourds. Les costumes sont très intéressants aussi. Celui de la mère de Parzival (Joëlle Boulogne) est très spécial. À la base, c'est une sorte de sari monochrome très fin. Mais, il peut se nouer de toutes sortes de manières. Elle peut le laisser traîner autour d'elle. Elle peut l'enrouler comme un sari. Elle se le mettre sur le visage pour en faire un masque. Ce qui m'impressionne le plus, c'est qu'avec tous les mouvements que la danseuse doit faire, il ne finisse pas déchiré de partout.

Ne connaissant rien de l'histoire de Parzival et n'ayant pas eu le temps de lire tout le programme avant que le spectacle commence, j'ai été un peu surpris par le début où on voit paraître le jeune Parzival (Edvin Revazov) habillé en fille (je me suis demandé pendant cinq bonnes minutes à quel genre appartenait le danseur !). Comme l'indique le titre de la première partie, on voit plusieurs épisodes de sa vie : sa relation avec sa mère, sa rencontre avec des chevaliers, des combats, son initiation, ses histoires avec les femmes, une rencontre avec un homme dans un bateau. Dans la deuxième partie, on le voit notamment regarder trois gouttes de sang (représentées par trois danseuses toutes de rouge vêtues, exception faite d'un chapeau pointu à la Merlin), rencontrer un homme apparemment démuni qui prie. La fin est un retour sur le passé.

Les images qui surgissent de ce ballet sont magnifiques. L'esthétique est très différente de celle de La Dame aux camélias ! La scène est essentiellement vide, sombre, mais magnifiquement éclairée. Dans le fond, on aperçoit parfois un sobre décor. La chorégraphie fait beaucoup appel aux qualités athlétiques des danseurs. On voit ainsi plusieurs mouvements d'ensembles très rapides. Les mouvements des solistes comportent de très nombreux portés : des couples de danseurs (censés représenter des oiseaux ?) font des diagonales sans que ces aériennes demoiselles ne touchent le sol... ou si peu. On voit aussi parfois des personnages marcher sur le corps d'autres danseurs. Le corps allongé de la mère roulera sur des corps transformés en troncs d'arbres. Quelques passages quasi-immobiles sont très saisissants aussi, comme au début de la deuxième partie. Quelques solistes comme ceux qui dansent les rôles de Parzival, sa mère ou encore le Roi pêcheur (Carsten Jung) m'ont tout particulièrement fait bonne impression.

Une dernière raison d'apprécier ce spectacle réside dans la musique (enregistrée). Elle fait appel à trois compositeurs : Wagner, Pärt, Adams. Je ne connaissais les deux derniers que de nom. Si Für Alina pour piano d'Arvo Pärt m'a laissé indifférent, j'ai été très enthousiasmé par la musique de John Adams. Je pense que je vais me procurer un enregistrement de Harmonielehre (j'ai un peu moins aimé The Wound-Dresser pour baryton et orchestre). Je m'aperçois avec joie que dans mon abonnement à Pleyel, il y a un concert dirigé par Gustavo Dudamel avec une de ses œuvres au programme. Peut-être ferai-je quelque détour par la Cité de la Musique pour entendre davantage d'œuvres de ce compositeur...

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Une Flûte Enchantée aux Bouffes du Nord

2010-11-10 02:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Théâtre

Théâtre des Bouffes du Nord — 2010-11-09

Franck Krawczyk, piano

Antonio Figueroa, Tamino

Agnieszka Slawinska, Pamina

Leila Benhamza, La Reine de la Nuit

Betsabée Haas, Papagena

Virgile Frannais, Papageno

Patrick Bolleire, Sarastro

Jean-Christophe Born, Monostatos

William Nadylam, Abdou Ouologuem, comédiens

Peter Brook, mise en scène

Peter Brook, Franck Krawczyk, Marie-Hélène Estienne, adaptation

Christophe Capacci, conseiller artistique

Philippe Vialatte, lumières

Une Flûte Enchantée, librement adaptée d'après la partition de Mozart et le livret de Emanuel Schikaneder

Je reviens absolument enchanté du Théâtre des Bouffes du Nord où avait lieu ce soir la première d'Une Flûte Enchantée mise en scène par Peter Brook. Cet homme est un génie !

L'opéra de Mozart a été adapté par Peter Brook, Marie-Hélène Estienne et par Franck Krawczyk qui a adapté la partition qu'il interprète au piano. Cela commence ainsi par quelques accords de l'Ouverture, puis très vite on entend l'appel à l'aide de Tamino (Antonio Figueroa). Point de trois dames pour le secourir : c'est Papageno (Virgile Frannais) qui entre en scène...

Si j'ai eu quelques frayeurs à propos du niveau des chanteurs au tout début, j'ai très vite été rassuré. Les jeunes chanteurs qui composent la distribution sont aussi d'excellents comédiens. Il y a une fraîcheur et une espièglerie dans l'attitude de Tamina, qui est interprétée par Agnieszka Slawinska qui décèle un délicieux accent à la Romy Schneider pendant les passages parlés (en français). Après l'air (impeccable) de la Reine de la Nuit (Leila Benhamza), on la voit évoluer. Ce n'est plus une enfant. On la verra ensuite avec une cape rouge. Parmi les nuances intéressantes apportées par cette version, j'ai aimé l'attitude de séduction plus qu'ambiguë de la Reine de la Nuit envers Tamino. Sarastro (Patrick Bolleire) apparaît comme un sage bienveillant et sympathique. L'interprète fait entendre de très beaux graves. Les deux scènes où apparaissent ensemble Papageno et Papagena (Betsabée Haas) sont délicieuses. Des idées qui par d'autres metteurs en scène eussent peut-être paru vulgaires passent ici très bien. Il faut en effet noter que quelques pincées d'humour ont été ajoutées au livret...

Ce qui surprend le plus au début de ce spectacle, c'est le rôle multiple voué au comédien William Nadylam. C'est un personnage qui parle autant au public qu'il interagit avec les autres personnages. Une sorte de récitant qui n'interromprait pas l'action dramatique. C'est aussi un magicien, un machiniste. Bref, un homme bien mystérieux. La distribution est complétée par un autre comédien, Abdou Ouologuem, dont le rôle est plus secondaire, et par Jean-Christophe Born (Monostatos).

En m'installant à ma place et en regardant vers le fond rugueux-rougeâtre du plateau de scène, je remarquais que l'espace vide ne comportait que quelques tiges de bambou dressées verticalement, chacune sur un petit support. Je me demandais ce que le metteur en scène en ferait. Elles constituent un des rares éléments de décor de cette production. Suivant l'arrangement qu'elles font, elles peuvent en fait représenter des colonnes, des portes que Tamino n'arrive pas à franchir, les montants du lit de Pamina et bien d'autres choses encore. C'est très convaincant. L'impression faite est rehaussée par les lumières très cohérentes de Philippe Vialatte. Par exemple, quand Tamino et Papageno sont dans le noir, l'obscurité quasi-complète est faite dans le théâtre ! Les lumières appuient aussi des effets de mise en scène quasi-cinématographique, en flash-back, comme lorsque Pamina fait sa première apparition.

J'ai rarement été autant saisi par un spectacle d'opéra. Le fait que les chanteurs-comédiens soient aussi près des spectateurs y est sans doute pour quelque chose (quoiqu'à l'échelle du théâtre, j'étais plutôt loin puisqu'au sixième rang), mais ce ne serait rien sans l'exceptionnel travail de mise en scène.

Pas moins de quarante-cinq représentations sont programmées jusqu'au 31 décembre (plusieurs distributions tournent). Il reste des places dans la dernière catégorie pour pas mal de dates ; pour en avoir de meilleures, il semble qu'il faille plutôt viser les dates à la fin du mois de décembre.

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Trois créations à Pleyel

2010-11-07 01:36+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Salle Pleyel — 2010-11-06

Ensemble Modern Orchestra

Peter Eötvös, direction

Postludium, Bruno Mantovani (création)

Dithyrambes pour grand orchestre en un mouvement, Jens Joneleit (création)

Cinq Pièces pour orchestre (opus 16), version originale pour grand orchestre, Arnold Schönberg

Contrebande (On Comparative Meteorology II) pour grand orchestre, Johannes Maria Staud (création)

Variations pour orchestre (opus 31), Arnold Schönberg

Je suis allé ce soir Salle Pleyel pour assister à quelques créations d'œuvres orchestrales. Vue du parterre, la salle avait l'air d'être bien remplie. J'étais au milieu du rang L. Les trois jeunes compositeurs se sont installés au rang E. D'autres personnalités du monde artistique ne sont pas loin, comme la compositrice Kaija Saariaho, la directrice de la danse à l'Opéra de Paris Brigitte Lefèvre, le directeur de la dramaturgie Christophe Ghristi et d'autres.

Dans l'orchestre, la tenue noire n'est pas de rigueur : une violoncelliste a une jupe rouge, on voit des chemises fuchsia et d'autres tenues inhabituelles pour des musiciens jouant dans un orchestre.

Les trois œuvres créées sont dédiées à Pierre Boulez qui eût dirigé ce concert s'il n'avait récemment souffert un problème de santé. Il est remplacé par Peter Eötvös qui dirige l'Ensemble Modern Orchestra. Le concert commence par la création de Postludium de Bruno Mantovani. Il s'agirait d'une sorte de suite à son opéra Akhmatova qui sera créé à l'Opéra de Paris en mars 2011. Le début est ébouriffant. Pour moi, c'est difficile à suivre. De temps en temps, on croit entendre des bouts de phrases musicales qui semblent sorties de Salomé de Strauss.

Ensuite vient la création de Dithyrambes de Jens Joneleit. C'est beaucoup plus bizarre. Le début et la fin sont à peu près normales, mais au milieu, c'est très spécial. On y voit quelques curieuses techniques instrumentales, notamment des archets qui viennent frotter les cordes du mauvais côté du chevalet. Dans le même temps, on apprécie toute la dynamique permise par un grand orchestre. Il est très impressionnant de voir des dizaines de musiciens réaliser de façon parfaitement synchrone des coups d'archets inouïs, tandis que des bruits de percussion meublent l'espace acoustique restant. On voit les harpistes s'activer (je ne sais plus s'il y en avait une ou deux dans cette pièce), mais on ne les entend pas beaucoup. Je suis plutôt déçu par cette œuvre, dont un certain nombre de séquences sont extrêmement répétitives.

La dernière création intervient après l'entr'acte. Il s'agit de Contrebande (On Comparative Meteorology II) de Johannes Maria Staud. L'ensemble fait penser au crash d'un avion à réaction. Des trois créations, je pense que c'est celle que j'ai préférée.

Deux œuvres de Schoenberg sont aussi programme : Cinq Pièces pour orchestre et Variations pour orchestre. C'est la première fois que j'entends du Schoenberg en concert. J'ai été très agréablement surpris. C'est beaucoup plus plaisant à écouter que je ne l'aurais imaginé a priori. En tout cas, je préfère ces deux œuvres aux trois autres créées aujourd'hui.

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