Weblog de Joël Riou

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Kadri Gopalnath au Shanmukhananda Sabha

2012-08-21 19:10+0530 (मुम्बई) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde XI

Shanmukhananda Chandrasekarendra Saraswathi Auditorium, Mumbai — 2012-08-18

Padma Shri Dr. Kadri Gopalnath, saxophone

Kumari A. Kanyakumari, violon

B. Harikumar, mridangam

Rajendra Nakod, tabla

B. Rajashek, morsing

Mon train Jalgaon-Mumbai ayant eu du retard, je me suis dépêché d'aller à VT pour monter dans un train en direction de King's Circle, la station à côté de laquelle se trouve la salle de spectacle Shanmukhananda Sabha. Cette salle de 500 places est apparemment dédiée à la musique carnatique. Étonnamment, elle sera pleine pendant le concert. Aux poudres de tikkas décorant les fronts des spectateurs et aux fleurs accrochées aux cheveux des dames, il est aisé de comprendre que la plupart des rasikas venus à ce concert sont originaires du Sud de l'Inde, comme mon voisin Anantharaman, retraité de l'industrie pétrolière offshore dont la famile tamoule était installée au Kerala avant de venir à Bombay il y a soixante ans.

Quand le rideau s'ouvre, un interminable hymne dans le style carnatique se fait entendre. Comme cela sera annoncé ensuite, cet hymne a été écrit tout spécialement pour les soixante ans de la salle de spectacle et est diffusé au début de chaque concert au cours de cette année de jubilé.

Le saxophoniste Kadri Gopalnath est suffisamment renommé pour avoir reçu le titre de Padma Shri. Il est accompagné par la violoniste Kumari A. Kanyakumari qui détiendrait un record du monde : elle a joué du violon continûment pendant 29 heures !

Pendant ce concert de trois heures sans entr'acte, Kadri Gopalnath a joué une douzaine de morceaux de musique, huit étant très brefs (moins de cinq minutes) et quatre étant plus développés : Raga Alapana, Pallavi. La première partie (homologue de l'Alap) est très courte, pas plus de cinq minutes. Un thème accompagné par les percussions est joué ensuite et sert de base à l'improvisation et revient régulièrement sous sa forme originale.

Le flux musical sortant du saxophone est assez planant. Le rôle principal de la violoniste est comme dans la musique vocale de reproduire la mélodie et le phrasé du soliste. Le son de l'instrument dont on n'aura entendu pratiquement que le registre grave me paraît très étrange, rêche, comme une flûte enrouée. Le timbre est curieusement proche de celui du saxophone. Parfois, sans regarder les musiciens, j'aurais du mal à savoir qui joue quoi.

Les musiciens ont une manière de clapper le tal qui est différente de ce que j'ai vu voir précédemment. Plutôt que de simples frappes de la main sur le genou, ils utilisent de façon plus complexe leur main et leurs doigts. Le joueur de morsing dont le son de l'instrument est couvert par les autres me paraît immédiatement sympathique par sa façon de clapper nonchalamment le tala de la main droite. Il clappe d'ailleurs parfois la blanche ou la blanche pointée plutôt que la noire, comme dans ce curieux tala à 24 temps (une répétition huit de Clap-Clap-Rien- où les Clap-Clap successifs sont accentués différemment).

Le raga le plus développé, le dernier, a duré 1h10. Dans son solo, la violoniste fait pour la première fois entendre quelques aigus. Le très beau thème joué par le saxophoniste revient très régulièrement au cours du développement. Comme dans la plupart des concerts de musique carnatique auxquels j'ai assisté, tous les musiciens se voient donner la possibilité de jouer un solo dans le dernier raga et plusieurs combinaisons de jeux de questions et réponses entre les musiciens peuvent être envisagées. Il y aura ainsi un jeu de questions et réponses entre le saxophoniste et la violoniste. L'un joue sur les huit premiers temps d'Adi Tala et l'autre lui répond dans la deuxième moitié du cycle. Progressivement, ils se répondent en jouant chacun pendant un nombre de temps de plus en plus réduit. On passe ainsi de 8+8 à 4+4, 2+2 et 1+1. À la fin, on passait de l'un à l'autre tellement vite qu'ils ne jouaient plus qu'une seule note, peut-être seulement sur la moitié d'un temps ?

Après les solos de mridangam et de tabla est intervenu le solo de morsing, la guimbarde du Sud de l'Inde. Cela n'a duré que cinq minutes mais cela a été un moment pour moi tout à fait inouï ! On pouvait enfin entendre l'instrument qui ne pouvait jusque là être distingué qu'en se focalisant sur lui. Le début du solo était bon, mais dans la suite le musicien a fait exploser les limites de l'instrument. C'était incroyable, le public et les autres musiciens étaient extrêmement enthousiastes. Beaucoup s'exclamaient en disant Shabash !.

Les mridangam, tabla et morsing seront ensuite réunis pour un trio rythmique. Dans ce jeu de questions et réponses à trois, chacun jouait pendant quatre temps, puis deux puis un seul.

Après les quatre ragas développés, le saxophoniste et les autres musiciens ont joué des compositions plus courtes. J'en ai même reconnu une, Brahmam Okate. Cela ne se compare pas trop défavorablement à une interprétation vocale.

Si je n'ai pas été autant satisfait que par les concerts de musique carnatique vocale, je suis plutôt content d'avoir assisté à ce concert.

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