Weblog de Joël Riou

« La mort de Cléopâtre à Pleyel | Fidelio au TCE »

Ustad Ulhas Kashalkar, Ustad Rashid Khan et Pandit Ajoy Chakrabarty à Pleyel

2011-02-20 02:46+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne

Salle Pleyel — 2011-02-19

Ustad Ulhas Kashalkar, chant

Suresh Talwalkar, tabla

Ajay Joglekar, harmonium

Kengo Saito, tanpura

Raga Puriya

Raga Bahar

Raga Desh

Ustad Rashid Khan, chant

Prasad Khaparde, chant

Yogesh Samsi, tabla

Ajay Joglekar, harmonium

Kengo Saito, tanpura

Raga Yaman

Pandit Ajoy Chakrabarty, chant

Brajeswar Mukherjee, chant et tanpura

Yogesh Samsi, tabla

Ajay Joglekar, harmonium

Raga Rajeshwari

Je crois que si j'avais été autant ébloui par le récital de musique khyal de Gaayatri Kaundinya, outre le développement de son raga, c'était grâce au jeu de questions-réponses entre elle et le percussionniste qui l'accompagnait ce soir-là. Les improvisations réalisées par les chanteurs du concert marathon (environ 1000 milli Maîtres-Chanteurs de Nuremberg) de ce soir Salle Pleyel étant d'autres types, les satisfactions viendront d'ailleurs et le concert aura tenu au moins deux tiers de ses promesses. Ayant achevé ma lecture d'un extraordinaire premier roman (celui d'Ananda Devi, Rue la Poudrière datant de 1988), j'ai pu renouer avec la technique consistant à rédiger le billet sur le chemin du retour...

J'avais curieusement réservé une place pour ce concert au moment des abonnements il y a environ un an, donc avant même d'être convaincu de l'intérêt et du plaisir que pouvait me procurer cette musique. Ma place est au rang E ! qui est surélevé et où s'installent ordinairement les invités de luxe de la salle (ministres, directeur de Radio France, compositeurs et consorts, etc.). Cependant, je ne suis pas dans la partie centrale (probablement non ouverte à la réservation) puisqu'au lieu d'avoir beaucoup de place pour les jambes, j'ai en fait moins d'espace qu'avec un siège λ. La sonorisation est trop forte ! Les faux-tanpuras utilisés par le premier chanteur résonnent de leur sonorité métallique pendant de longues minutes, le temps que les instruments soient accordés et que quelques coups de marteaux aient heurté les tablas.

Au cours du développement du raga du soir Puriya, Ustad Ulhas Kashalkhar aura fait une impressionnante démonstration de ses talents d'improvisation, avec des ornementations d'un très beau raffinement (accompagnées d'une gestique très parlante et qui ne serait peut-être pas inadaptée à l'utilisation d'un thérémine). J'ai toutefois trouvé que les percussions étaient entrées dans le jeu de façon quelque peu abrupte. Même si le percussionniste semblait prendre un plaisir évident à jouer avec ce chanteur, il n'y a guère eu de dialogue entre les deux musiciens. Ce fut unidirectionnel, tout reposant sur les épaules du maître. Le texte chanté était apparemment en hindi (et par le voculaire utilisé devait être un chant d'amour). Pour conclure son récital, il a interprété deux autres ragas : Bahar et Desh. J'ai surtout aimé ce dernier où après une très belle introduction furent servies de très nombreuses variations vocalisées sur un vers unique (ou presque ?), la même mélodie étant reproduite quasi-continûment par l'harmonium.

Après le premier entr'acte est arrivé Ustad Rashid Khan. Si sa prestation n'a pas été déplaisante pour les oreilles, elle a semblé moins intéressante. Le timbre un peu caverneux de sa voix est très flatteur. Pendant la très belle introduction de son Raga Yaman, que Klari m'interdit d'appeler Alap, il a ponctué chacune de ses phrases musicales d'un raclement de gorge. Il était opportunément accompagné d'un jeune chanteur dont la voix a un timbre plus ingrat. Les tablas sont entrés en jeu de façon moins brutale que lors du premier récital, mais cette deuxième partie m'a semblé peu variée, tournant en rond, quasi-soporifique. L'attitude du chanteur a été très différente de celle d'Ustad Ulhas Kashalkar pour lequel la musique semblait ressentie de façon beaucoup plus intériorisée. Ustad Rashid Khan a souvent semblé prendre un air autosatisfait, comme lorsqu'il parvenait à maintenir une note de façon très prolongée. Pour ce qui est du texte, je n'ai vraiment aucune idée de ce qui était censé être chanté (hors séquences solfiées). Sa deuxième pièce, plus courte était un chant d'amour puisque quelque vers commençait par मोरे पिया (More Piya, comme dans une des chansons du film Devdas). (Digression linguistique : si Klari et moi pouvions nous accorder pour nous dire que मेरे पिया (Mere Piya, Mon bien-aimé) serait plus correct en hindi, mon dictionnaire m'apprend que la forme More serait une variante locale de certaines régions qui se trouvent actuellement dans l'Uttar Pradesh, dont est originaire le chanteur.)

Après cet intermède quelque peu décevant, reculade de quelques rangs (moins de dB et plus de m2) pour mieux profiter du dernier récital de la soirée.

Je ne peux guère trouver de mots pour décrire l'absolu plaisir que fut pour moi d'audition du Raga Rajeshwari interprété par Pandit Ajoy Chakrabarty. Il y a une grande douceur dans tous les aspects de son attitude, aussi bien dans sa voix, dans sa façon d'avancer dans le raga, dans son respect pour le public (commençant littéralement par présenter ses respects aux spectateurs) et pour les musiciens qui l'accompagnaient, notamment un jeune chanteur qui secondait formidablement bien le maître. Ainsi, à un moment donné, par inadvertance, les deux chanteurs ont commencé rigoureusement en même temps une phrase musicale. Ajoy Chakrabarty a très élégamment laissé la priorité au jeune chanteur après avoir laissé échapper une première note. Dans ses techniques d'improvisation, on reconnaît un peu la façon de sa fille Kaushiki Chakrabarty, entendue lors des Vingt-quatre heures du râga à la Cité de la Musique. Le récital qui avait commencé par une prière adressée au Tout-Puissant s'est terminée dans un état d'esprit semblable (avec des vers sanskrits m'a-t-il semblé) à la fin de la dernière composition.

Ailleurs : Klari.

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