Weblog de Joël Riou

« L'Orchestre de Paris dirigé par Herbert Blomstedt à Pleyel | Kátia Kabanová aux Bouffes du Nord »

Manon à Bastille

2012-01-15 01:56+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2012-01-14

Natalie Dessay, Manon

Giuseppe Filianoti, Le Chevalier Des Grieux

Franck Ferrari, Lescaut

Paul Gay, Le Comte Des Grieux

Luca Lombardo, Guillot de Morfontaine

André Heyboer, de Brétigny

Olivia Doray, Poussette

Carol García, Javotte

Alisa Kolosova, Rosette

Christian Tréguier, L'Hôtelier

Alexandre Duhamel, Ugo Rabec, Deux gardes

Isabelle Escalier, Une vieille dame

Robert Catania, Pascal Meslé, Deux voyageurs

Ghislaine Roux, Catherine Hirt-André, Deux voyageuses

Chae Hoon Baek, Un porteur

Nicolas Marie, Un marchand

Constantin Ghircau, Marc Chapron, Deux croupiers

Olivier Ayault, Jian-Hong Zhao, Deux joueurs

Nicole Monestier, La servante

Michel Derville, Le portier du séminaire

Evelino Pidò, direction musicale

Coline Serreau, mise en scène

Jean-Marc Stehlé, Antoine Fontaine, décors

Elsa Pavanel, costumes

Hervé Gary, lumières

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Manon, Massenet

Nous n'en sommes qu'à la deuxième représentation, pourtant tout le monde a déjà pu lire un nombre invraisemblable de critiques toutes plus violentes les unes que les autres envers la nouvelle production de Manon (Massenet) mise en scène par Coline Serreau à l'Opéra Bastille.

Les décors sont loin d'être ratés. Celui du deuxième acte est même franchement réussi : une façade d'hôtel faisant environ un tiers de la largeur de la scène descend des cintres. Arrivée au sol, elle se penche vers l'avant, et étant maintenant complètement à l'horizontale, elle permet au spectateur de voir la chambre de Manon et du chevalier (le procédé ressemble à ce qu'avait fait Tcherniakov dans Macbeth). Ce qui est ridicule, c'est entre autres de faire paraître une couronne et une écharpe de Miss Arras quand Manon se voit belle (cela me rappelle l'armure qui descendait des cintres dans La Dame du Lac). Un certain nombre de détails du livret seront illustrés par des accessoires ou éléments de décors jetables (aussitôt utilisés aussitôt abandonnés). Il en va de même du cortège de femmes proscrites au cinquième acte : purement décoratif.

Les costumes qui mêlent toutes les époques n'ont rien de scandaleux. Encore faudrait-il en faire quelque chose d'intéressant ou de joli... Que Lescaut habillé en punk se déclare garant de l'honneur de la famille est assez ironique. Les coupes (qui n'étant pas expert ès Massenet je ne pourrai détailler) n'aident pas le spectateur à comprendre ce que la mise en scène ne montre pas. Je me demande ainsi comment on est censé comprendre pourquoi le chevalier se fait tabasser à la fin du deuxième acte.

Sur scène, le mouvement et les gesticulations ne manquent pas. On voit ainsi des patineuses à roulettes à Saint-Sulpice. Le cheval de Guillot est une moto à l'arrière de laquelle Manon grimpe en amazone (comme le font les Indiennes en sari...). Comme pour les décors et les costumes, je ne pense pas que ce soit cela qu'il faille moquer ou critiquer. À mon avis, le plus gros problème de cette production, c'est qu'il n'y a pas de théâtre. Les chanteurs, le dos bien droit, comme des piquets, chantent face au public. Un coup de foudre se déclare à vingt mètres de distance sans qu'un regard soit échangé. C'est d'un ennui glaçant.

J'avais un meilleur souvenir de l'œuvre de Massenet (que je ne connaissais que par le DVD de la production de David McVicar avec Dessay/Villazón). La musique contient trois ou quatre motifs (qui ne manquent pas de beauté). Ils reviennent dans l'œuvre comme des rappels d'un certain passé dans le point de vue du héros (qui est plutôt le chevalier Des Grieux que Manon). Peut-être que je fais maintenant davantage attention à ce genre de choses ? En tout cas, j'ai trouvé que la musique se répétait beaucoup.

L'orchestre et le chœur m'ont semblé très bons, tout comme les trois chanteuses issues de l'atelier lyrique : Olivia Doray (Poussette), Carol García (Javotte) et Alisa Kolosova (Rosette). Franck Ferrari (Lescaut) est le soliste que j'ai pris le plus de plaisir à écouter. Giuseppe Filianoti (Le chevalier Des Grieux) m'a paru moins à l'aise que dans les Contes d'Hoffmann. Il en impose trop. Ce serait mieux s'il chantait moins fort, sans crier. Il reste le cas Dessay (Manon). Sa voix est beaucoup critiquée. Je pense qu'elle a encore les moyens d'émouvoir par son chant. Cependant, ce soir, il y a eu une poignée de couacs. Le timbre s'altère parfois inopinément et une fois, la voix s'est éteinte au milieu d'une phrase musicale. Les notes aiguës n'ont pas l'air de lui poser de problème, même si elles sont moins éblouissantes que dans le passé. Ce qui m'a le plus gêné, c'est le manque de volume pendant de nombreux passages de récitatifs chantés. Il fallait vraiment tendre l'oreille pour entendre le son de sa voix, alors même que l'orchestre ne semblait pas jouer particulièrement fort. Le duo de Saint-Sulpice tenait la route, mais il a manqué d'émotions, comme la production dans son ensemble.

À la fin des actes, le public se met bizaremment à applaudir quelques secondes avant que la musique se termine. Une fois l'opéra exécuté, on a très vite rallumé les lumières, laissant très peu de temps aux chanteurs pour recueillir des applaudissements. Formidable ambiance. Encore une nouvelle production ratée ! Quand on pense que ces productions auront vocation à être reprises dans les années qui viennent... Je rappelle que pour le moment la seule nouvelle production de l'ère Nicolas Joel qui tienne la route est celle de Mathis der Maler.

Ailleurs : David, Paris Broadway, Gilda.

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Commentaires

1. 2012-01-15 09:05+0100 (Genoveva)

Je suis d'accord avec toi sur ces commentaires ! Mais pourquoi les spectateurs n'attendent-ils pas la fin de la musique pour applaudir ! A part la première, où le (la) metteur en scène se présente, on ne peut plus siffler la mise en scène, donc il n'y a que des applaudissements triomphaux...... c'est bon pour le taux de remplissage !


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