Weblog de Joël Riou

« L'Orchestre Colonne à Pleyel | Francesca Da Rimini à Bastille »

L'Orchestre Lamoureux au TCE

2011-02-06 22:08+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Théâtre des Champs-Élysées — 2011-02-06

Les jeunes musiciens des Petites Mains

Eric Du Faÿ, direction

Prélude de Carmen (Bizet)

Mes pleurs (Vincent Artaud)

Farandole de L'Arlésienne (Bizet)

Orchestre Lamoureux

Marco Parisotto, direction

Ouverture du Vaisseau fantôme (Wagner)

Symphonie, Olivier Kaspar (création)

Prélude de l'acte III de Lohengrin (Wagner)

Ouverture de Rienzi (Wagner)

Prélude et Mort d'Isolde de Tristan et Isolde (Wagner)

Ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg (Wagner)

Après le Colonne vendredi, c'est un autre des plus vénérables orchestres parisiens que je suis allé écouter : l'orchestre Lamoureux, qui fête son cent-trentième anniversaire.

Comme j'ai pu le découvrir en lisant Le Voyage Artistique à Bayreuth d'Albert Lavignac qui contient une liste des Français étant allés au festival de Bayreuth à la fin du XIXe, Charles Lamoureux a fait plusieurs fois le voyage (tout comme Édouard Colonne). Il n'est donc pas illogique que cet orchestre joue la musique de Wagner lors d'un programme-anniversaire.

En préambule au concert, trois pièces ont été jouées par un orchestre d'enfants (7 à 13 ans), Les Petites Mains dirigées par Eric Du Faÿ. Cela a commencé par un fort honorable Prélude de Carmen (Bizet), puis la création de Mes pleurs de Vincent Artaud et cela a fini sur une Farandole de L'Arlésienne (Bizet) un peu moins maîtrisée.

L'orchestre Lamoureux et le chef Marco Parisotto sont arrivés ensuite. Ma première impression fut de penser qu'il devait être fou pour oser diriger une création sans partition. En fait, dès les toutes premières notes, il fut évident qu'il y avait eu une permutation dans le programme et que l'on commençait par l'Ouverture du Vaisseau fantôme. Intervint ensuite la création de Symphonie d'Olivier Kaspar, très décevante puisqu'on se dit en l'écoutant et en voyant le chef tourner les pages qu'elle aurait très bien pu être composée il y a un siècle, au moins.

Après l'entr'acte, nous n'entendrons plus que du Wagner, en commençant par le Prélude du troisième acte de Lohengrin qui se finit superbement sur le motif du Mystère du nom. L'ouverture de Rienzi qui suit, si elle n'utilisait pas ainsi les cuivres, dans un blindtest, je pense que j'eusse eu bien du mal à l'attribuer à Wagner, mais c'est un charmant morceau.

Le point culminant du concert à été Le Prélude et la Mort d'Isolde de Tristan et Isolde. J'ai rarement été autant transporté par une œuvre orchestrale. D'un point de vue visuel, il est aussi extrêmement fascinant de regarder l'orchestre jouer le prélude. La Mort d'Isolde perd à mes yeux et mes oreilles une partie de son intérêt en l'absence d'une chanteuse pour incarner Isolde. Je ne pouvais m'empêcher d'imaginer la voix de quelque grande chanteuse superposée à ce que j'entendais, et ce sans pour autant gâcher le plaisir d'écouter l'orchestre.

Le concert s'est conclu une œuvre à laquelle je n'ai pris goût que très récemment : l'ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg.

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Commentaires

1. 2011-02-10 22:39+0100 (musicien passionné)

Monsieur,

Ayant assisté au même concert que vous Dimanche dernier, je suis affligé devant un tel commentaire sur la création de la Symphonie de M. Kaspar.

En effet, votre commentaire sur celle-ci et la critique infondée et sans autre argumentation qu'une considération temporelle (si tenté que l'on puisse appeler cela argumentation) me semblent trop expéditifs.

Je vous cite, "on se dit en l'écoutant et en voyant le chef tourner les pages qu'elle aurait très bien pu être composée il y a un siècle, au moins."

Vous ouvrez votre gueule hâtivement et un peu fort, mais vous devriez mieux ouvrir vos oreilles d'abord et écouter vos émotions sans préjugés, et avec votre sensibilité! Comment résumer vos impressions de façon si creuse, argumentez, que diable!

Qu'attendez-vous en priorité d'une oeuvre, qu'elle soit uniquement de son temps ou bien qu'elle vous touche profondément, vous fasse vibrer, vous passionne, etc.? Personnellement, je me tourne très naturellement vers la deuxième proposition et cette oeuvre a suscité en moi toutes sensations les plus humaines qui soient, jusqu'à me pousser aux larmes et/ou me faire frissonner souvent.

Depuis trop longtemps, on nous vend (cher) trop souvent des créations en tous genres qui répondent certes bien à la première question, à savoir, "une oeuvre de notre temps", mais souvent sans se préoccuper d'un message, une émotion à transmettre, et mal écrites et injouables telle quelles, justement sous prétexte de remplir le contrat formaté de rupture avec le(s) passé(s). Dans ces oeuvres, la frontière est souvent trop étroite entre le style revendiqué "pseudo-jamais entendue auparavant" et "l'inaudible pour toujours malgré tous les efforts du monde de la part des exécutants et des auditeurs". Je vous passe les détails, vous connaissez certainement par coeur tout ce qui se fait depuis cinquante ans, au vu de l'expression de votre déception...

Méfiez-vous donc des ersatz de créations artistiques et des idées reçues qui nous sont imposées par de véritables académiques et dogmatiques de notre temps, les nouveaux juges, pseudo-sages, dont l'horrible point de départ est d'avoir fait table rase de moyens d'expression créative qui suivaient, eux, le cours naturel de leur temps. Il y a eu de tous temps des conflits artistiques, des guerres esthétiques, rivalités d'écoles, etc., mais en 2011, vous ne pouvez pas dire à propos de cette Symphonie précisément "qu'elle aurait très bien pu être composée il y a un siècle, au moins". Là, je me marre bien, surtout le "au moins". Imaginons donc cette Symphonie en 1900 : elle eût été visionnaire. Je la découvrais comme vous, mais j'y ai entendu bon nombre d'héritages de la deuxième moitié du XXe siècle. (modalités issues de Messiaen, "clusters spatialisés", "saturations chromatiques", que l'on trouve beaucoup chez Bartok, entre autres finesses et raffinements...)

Après tout, la redécouverte approfondie de la musique de Bach à l'époque de Mendelssohn et Schumann n'a-t-elle pas eu de très belles conséquences immédiates sur la période romantique, désormais parfaitement intégrées et dont la pérennité est assurée et pleinement justifiée?

Si la moindre référence à la grande musique du passé (et les possibilités sont vastes) vous choque, alors on ne peut plus rien écrire maintenant, car il faudrait de la musique sans notes ni rythmes écrits sur une partition, sans forme, sans instruments déjà utilisés, sans harmonies, sans ligne mélodique, sans nuances, sans vie, ... de la musique... sans musique en fait, ou du bruit, et cela, tout le monde peut le faire...

Au contraire, cette oeuvre nouvelle est la preuve que l'étendue des possibilités de création musicale est absolument infinie, éternelle, c'est au moins troublant, vertigineux et fascinant à la fois!

Dimanche dernier, la musique de notre temps était bien vivante, et d'une rare qualité tant par son langage et les émotions suscitées que par l'admirable soin apporté à l'écriture orchestrale.

Quant au chef, je l'ai moi-même sincèrement trouvé excellent tout au long du concert, et pas seulement pour ses compétences de tourneur de pages (sic) !

Musicalement votre

2. 2011-02-11 00:32+0100 (Joël)

Pour le chef, nous sommes absolument d'accord. Et non, je ne réduit pas les qualités d'un chef qu'à sa faculté à tourner les pages...

Le moins que l'on puisse dire, c'est que je ne suis pas un admirateur inconditionnel de la musique des cinquante dernières années. Par rapport aux créations auxquelles j'ai assistées, il est évident que celle-ci tranchait. (À vrai dire, peu d'œuvres récentes m'ont véritablement enthousiasmé.)

Pour ce qui est de ma datation affligeante, figurez-vous que dans ma manière d'aborder la musique comme simple auditeur, j'essaie de situer ce que j'entends par rapport à ce que je connais. Quand quelque chose s'en écarte radicalement, cela peut me plaire aussitôt, cas rare, ou me demander un temps d'adaptation, des écoutes multiples avant que cela finisse par entrer dans mes goûts. Superficiellement, cette Symphonie m'a souvent fait penser à de la musique que j'aurais située au début du vingtième siècle (mais pas jusques à il y a 130 ans, date de fondation de l'orchestre Lamoureux...). J'admets que ma phrase est quelque peu outrancière, mais elle traduit mon impression subjective (je ne prétends pas qu'il s'agisse d'une argumentation !) lors de cette audition (et, très maladroitement certes, le refus affiché du compositeur pour la « surenchère de l'avant-garde »). Quand à ma sensibilité, il est assez évident qu'elle est restée étrangère à l'œuvre. Peut-être devrais-je retenter le coup avec une œuvre vocale du même compositeur ?

3. 2011-02-26 12:48+0100 (musicienne)

Bonjour,

J'étais présente à ce concert et la Symphonie d'Olivier Kaspar m'a emballée, par ses couleurs orchestrales, son énergie et ses instants de douceur. Je n'ai pas du tout eu l'impression d'une musique écrite il y a un siècle au moins! Mais bien d'une musique d'aujourd'hui, contemporaine et pourtant accessible... et magnifiquement servie par ce bel Orchestre Lamoureux que j'apprécie toujours autant.

Bien cordialement


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