Weblog de Joël Riou

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Priya Venkataraman à l'Espace Reuilly

2013-03-31 21:41+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Espace Reuilly — 2013-03-31

Priya Venkataram et ses danseurs, bharatanatyam

Malari

Vidyadhara

Ashtapati

Anandanatanaprakash

Tillana

J'ai assisté pour la première fois à un spectacle de ballet de danse bharatanatyam, organisé par l'Ambassade de l'Inde, qui a réussi à rassembler plus de deux cents personnes à l'Espace Reuilly. Le nombre de saris et de shalwar-kameez dans le public donnerait presque l'illusion que le spectacle a lieu en Inde.

Habituellement, un spectacle de bharatanatyam est le récital d'une danseuse unique. Idéalement, la présence de plusieurs interprètes devrait permettre de faire incarner chaque personnage par un interprète différent, au lieu qu'une unique danseuse passe d'un personnage à un autre en permanence. J'ai une méfiance a priori pour les spectacles de danse indienne mettant en scène plusieurs danseurs ou danseuses en raison de la difficulté de réunir des danseurs et danseuses dont le talent soit aussi homogène qu'excellent, et non seulement dans la danse pure comme ce sera le cas dans le programme de cet après-midi mais aussi dans l'art de l'expression et de la narration...

Le spectacle présenté par le groupe de trois danseurs et quatre danseuses (parmi lesquelles Priya Venkataraman) m'a à la fois satisfait et déçu. La seule pièce véritablement narrative a été la troisième Ashtapati qui présente la coquette Radha éprise de Krishna, mais c'est un solo ! Mes espoirs de voir la multiplicité des interprètes utilisée pour soutenir la narration sont décus. À peine entrée en scène dans une pose typiquement féminine, Priya Venkataraman se métamorphose en Krishna...

Dans les autres pièces, les danseurs font essentiellement ce que l'on appelle de la danse pure, sur une musique essentiellement rythmique. La première pièce Malari et la quatrième Anandanatanaprakash évoquent des thèmes shivaïtes sans être tout à fait narratives. Les mouvements des danseurs et danseuses sont synchronisés ou asymétriques et leur placement sur scène est précis. Cela me rappelle parfois des scènes du corps de ballet de l'Opéra de Paris... Les danseuses mettent l'accent sur les poses typiquement féminines, ce que ne font pas les danseurs dont la danse aurait sans doute pu être plus masculine pour la représentation de Shiva.

Dans ce qu'ils font, les sept danseurs et danseuses sont très convaincants, quoique cela reste de la danse pure et que les mudras ne soient pas toujours exécutés de la même façon par les différents interprètes, tel doigt étant tendu chez l'une et replié chez l'autre. La fin de la première pièce est particulièrement saisissante : sur une musique dont la partie vocale est un shloka, un danseur et une danseuse représentent de très belle façon le couple Shiva-Parvati.

À mon avis, la plus belle pièce de ce programme a été la quatrième intitulée Anandanatanaprakash (?). Il y est encore question de Shiva, mais d'une façon un peu plus approfondie. J'ai l'habitude de voir les divers attributs de Shiva représentés par une seule danseuse. Dans ce programme, les différents aspects (le chignon tressé, son regard foudroyant, son tambour, sa danse, le croissant de lune, etc) peuvent prendre la forme de tableaux humains élaborés. Le plus beau à mon goût est celui qui représente la descente de la rivière Ganga. Trois danseuses sont sur scène. La première représente Ganga sautant du chignon de Shiva, tandis que les deux autres représentent l'écoulement de la rivière depuis les montagnes jusqu'à la plaine. Le texte chanté de la musique enregistrée et les interprètes ont également montré Shiva comme Seigneur des Arts : la poésie, la musique, la danse, la sculpture. Je me serais presque cru dans Apollon musagète.

Comme la deuxième pièce Vidyadhara qui comportait de la danse pure par différentes combinaisons de danseurs sur des musiques aux cycles rythmiques différents, la dernière pièce est un Tillana assez développé mettant en valeur les qualités individuelles et collectives des danseurs dans des mouvements rythmiques sans sens apparent. Il a fallu attendre la fin de ce Tillana pour voir une brève évocation de Krishna sur une musique mélodique dans laquelle le chanteur prononçait le nom des notes (Sargam).

Ce fut un fort beau spectacle (un peu court, à peine plus d'une heure et demie, entr'acte compris), mais j'attends davantage d'émotions d'un programme de bharatanatyam...

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Don Giovanni à Dijon

2013-03-27 15:08+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Auditorium de Dijon — 2013-03-24

Edwin Crossley-Mercer, Don Giovanni

Josef Wagner, Leporello

Diana Higbee, Donna Anna

Michael Smallwood, Don Ottavio

Timo Riihonen, Le Commandeur

Ruxandra Donose, Donna Elvira

Camille Poul, Zerlina

Damien Pass, Masetto

Marie Buffet, Suivante de Donna Elvira

Bertille Lucarain, Charlotte Mignot, Figurantes

Élèves du Pôle d'Enseignement Supérieur de la Musique de Bourgogne, bandas

Élèves du Conservatoire à Rayonnement Régional de Dijon, danseurs

Gérard Korsten, direction musicale

Jean-Yves Ruf, mise en scène

Anaïs de Courson, collaboration à la mise en scène

Laure Pichat, scénographie

Claudia Jenatsch, costumes

Christian Dubet, lumières

Caroline Marcadé, chorégraphie

Cécile Kretschmar, maquillage, masques et coiffures

Lucie Hermand, assistanat aux costumes

Yvon Repérant, chef de chant, claveciniste continuiste

Mihály Zeke, chef de chœur

Maurizio Prosperi, pianiste répétiteur

Thierry Aveline, CUTFX, vidéo

Atelier Prelud, Ateliers de l'Opéra de Dijon, réalisation des décors

Atelier Caraco Canezou, Ateliers de l'Opéra de Dijon, réalisation des costumes

Thomas and Neel, création des surtitres

Bärenreiter, éditeur des partitions

Chamber Orchestra of Europe

Chœur de l'Opéra de Dijon

Don Giovanni (version de Prague), Mozart

J'ai assisté dimanche à mon quatrième Don Giovanni. J'avais adoré cette œuvre lorsque je l'avais découverte au TCE en 2010. En 2012 à l'Opéra Bastille, j'avais apprécié la mise en scène de Michael Haneke malgré la pesanteur de l'interprétation musicale. Il y a quelques semaines à Budapest, mon plaisir est davantage venu de ma visite du Magyar Állami Operaház que de la représentation de cet opéra, quoiqu'il me parût alors très bien chanté.

Dimanche après-midi avait lieu à Dijon la deuxième représentation d'une nouvelle production de Don Giovanni. Dès l'ouverture, on sent que c'est le Chamber Orchestra of Europe qui est dans la fosse, dirigé par Gérard Korsten. Néanmoins, il est à noter qu'il y avait un travail sur le son des cordes pour que cela sonne un peu baroque. Bien souvent, je me surprenais à entendre des détails de phrasés très finement ciselés !

Tous les chanteurs m'ont paru très bons. J'ai a-do-ré Edwin Crossley-Mercer en Don Giovanni. Les autres chanteurs masculins m'ont tous semblé très convaincants. Michael Smallwood dont le rôle de Don Ottavio reste assez discret pendant le premier acte se révèle au deuxième acte dans le magnifique air Il mio tesoro infanto ! Du côté des dames, mes plus grandes émotions sont venues de Diana Higbee (Donna Anna), dont les airs m'ont beaucoup ému. J'ai aimé Camille Poul dans l'adorable rôle de Zerlina. Il y avait une sorte de fragilité dans la voix de Ruxandra Donose, mais plutôt qu'elles soient dissimulées, il n'était à mon avis pas malvenu que les fêlures du personnage d'Elvira se manifestent ainsi. Voilà une très belle équipe de chanteurs assez jeunes : Damien Pass (Masetto) était à l'Atelier Lyrique de l'Opéra de Paris il y a à peine deux ans...

À part les premières minutes de l'opéra qui se passent devant le rideau de scène, l'action est située sur un décor de verdure en pente irrégulière. Cela fait un peu peur au premier coup d'œil, mais cet espace est très habilement occupé par la mise en scène et il paraît tout à fait approprié pour la fête paysanne en l'honneur de Zerlina et Masetto. Les mouvements des membres du chœur tout comme ceux des solistes s'opèrent de façon très fluide et naturelle, ce qui conforte l'impression que l'action de Don Giovanni est sans aucun temps mort : un numéro musical est à peine terminé que le suivant arrive comme un prolongement naturel du précédent, autant pour les oreilles que pour les yeux.

Dans la mise en scène, j'ai particulièrement aimé certains détails qui éclairent le texte qui est chanté. Ainsi, pendant l'air du catalogue que Leporello chante à Elvira, il dit de son maître que sa passion prédominante, c'est la jeune débutante. À ce moment-là, par ses mouvements candides, la jeune suivante d'Elvira attire l'attention du spectateur, en une sorte de prémonition de ce qui se passera au second acte.

L'idée que le metteur en scène Jean-Yves Ruf explique dans sa note d'intention est de faire de Don Giovanni un personnage errant. Vu le décor utilisé, il apparaît donc tout naturel que le Commandeur soit invité à un dîner sur l'herbe... Les dernières scènes de l'opéra étaient magnifiquement éclairées. Avant cette invitation à dîner, le cortège funèbre du Commandeur était passé avec un grand encensoir. Si les vapeurs d'encens ont indisposé quelques spectateurs des premiers rangs, elles ont surtout contribué à créer une pénombre vaporeuse de toute beauté pour l'apparition du Commandeur sur son piédestal pour sa mise en garde à Don Giovanni.

Pour la mort de Don Giovanni, si l'on excepte le rouge sang projeté sur la chemise blanche du malheureux, la mise en scène a été plutôt sobre. En effet, la partie spectaculaire était tout naturellement confiée à l'orchestre qui se l'est appropriée avec le talent qu'on lui connaît ! Quand le Commandeur est censé frapper à la porte de Don Giovanni, on entend un terrifiant son de cordes. Ceci prépare les oreilles du spectateur aux retrouvrailles avec les rugissants coups de timbales déjà entendus dans l'ouverture. Cet accompagnement musical tout Cihohiësque de l'intervention du Commandeur contribue à faire de ce passage une des scènes d'opéra les plus impressionnantes auxquelles j'aie eu l'occasion d'assister !

Le moins que l'on puisse dire est que je ne regrette pas le déplacement à Dijon pour cette représentation de Don Giovanni et le concert de la veille !

Cette production va faire l'objet d'une captation qui sera diffusée sur medici.tv à partir du 30 mars avant de sortir en DVD...

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Le Chamber Orchestra of Europe et Romain Guyot à Dijon

2013-03-26 11:09+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Auditorium de Dijon — 2013-03-23

Chamber Orchestra of Europe

Lorenza Borrani, direction musicale

Romain Guyot, clarinette

Concerto pour orchestre à cordes (Bernd Aloïs Zimmermann)

Concerto pour clarinette en la majeur, KV 622 (Mozart)

Suite en sol majeur pour orchestre à cordes (Schönberg)

Symphonie nº5 en si bémol majeur (Schubert)

Le Chamber Orchestra of Europe est indiscutablement un orchestre qui mérite que l'on prenne un avion ou un train pour aller l'écouter. Les musiciens doivent prendre des avions et des trains, descendre dans des hôtels, alors pourquoi pas les spectateurs ?

La première œuvre du programme présenté à l'Auditorium de Dijon entre deux représentations de Don Giovanni est de B. A. Zimmermann, un compositeur du vingtième siècle dont je n'ai jusque là entendu aucune œuvre. Je suis ému par l'atmosphère toute intériorisée créée par les deux premiers mouvements de son concerto pour orchestre à cordes dans lesquels se développe un contrepoint réparti entre les différents groupes d'instruments et les solistes. Le rythme prend nettement le dessus dans le troisième mouvement bartóko-stravinskien. C'est violent comme Le Sacre du Printemps et les magnifiques solos du premier violon Lorenza Borrani rappellent Bartók, par exemple.

Que dire du concerto pour clarinette de Mozart interprété par Romain Guyot ? Il s'agit pour moi d'un de ces moments exceptionnels comme ceux que j'avais décrits dans un billet intitulé Pourquoi donc continuer à aller inlassablement assister à des spectacles ? ou Ádám Banda à la Cité de la musique ou pour revenir à ma première rencontre avec le COE, leur extraordinaire Symphonie Pastorale de Beethoven. Je n'avais pas bu la moindre goutte d'alcool avant de venir, et pourtant l'écoute de ce concerto m'a littéralement rendu ivre de plaisir. Dans les deux premiers mouvements, j'ai été avant tout captivé par la clarinette de Romain Guyot et la façon dont il faisait dialoguer sa clarinette avec elle-même en la tournant à gauche pour la voix aiguë et à droite pour la voix grave ! Au début de l'Adagio, Romain Guyot venait à peine de jouer le thème que mes yeux débordaient de larmes. Ne sentant plus ma respiration, le temps me semblait comme suspendu. Dans le troisième mouvement, j'ai davantage écouté l'orchestre qui m'a semblé particulièrement fabuleux. Si la combinaison soliste/orchestre était merveilleuse, il faut également souligner le qualité de l'écoute du public et l'excellente acoustique de la salle. Le silence du public était absolu avant et après l'Adagio ! Dans d'autres salles aux acoustiques réputées comme la Cité de la musique, le public a beau être silencieux avant le début d'un mouvement, j'ai toujours la sensation d'entendre un léger bruit de fond que je trouve assez déplaisant. Dans l'auditorium de Dijon, j'ai eu l'impression d'entendre un silence comme je n'en ai connu que la nuit sur des collines isolées de la Forêt-Noire. À vrai dire, même quand les spectateurs applaudissent en cadence pour réclamer un bis, cela se sent que l'acoustique du lieu est exceptionnelle...

Après l'entr'acte, remis de mes émotions, l'orchestre joue la Suite en sol majeur pour orchestre à cordes de Schönberg. Un des bienfaits de la programmation de cette œuvre (et du concerto de Zimmermann aussi) est de donner un avant-goût très appétissant de ce que pourra être une interprétation de La Nuit transfigurée par le Chamber Orchestra of Europe. Cette œuvre-ci est joyeusement austère. Quand elle se fait espiègle, on ne peut pas complètement oublier l'austérité (tonale cependant) de la musique, et le discours musical dont le découpage en mouvements constrastés fait retomber la tension ne me permet pas d'atteindre les mêmes niveaux d'intensité émotionnelle que La Nuit transfigurée. Une belle découverte, cependant. Et une fin délicieusement caractéristique du syndrome de l'hydravion. Eh oui, même Schönberg !

Au début de mon écoute de la Symphonie nº5 de Schubert, j'ai eu comme l'impression d'entendre une symphonie de Mozart. Je me délecte des interventions du hautboïste Kai Frömbgen et de la flûtiste Clara Andrada de la Calle qui semble prendre beaucoup de plaisir à écouter l'orchestre quand elle ne joue pas ! Si j'ai aimé le joyeux premier mouvement, les deux suivants m'ont paru plus austères, peut-être trop rigoureusement structurés à mon goût (cela manque de surprises). Cela dit, le quatrième et dernier mouvement, vu la façon vivifiante dont il a été interprété, je l'ai adoré !

Tout cela m'a furieusement donné envie d'aller à Edimbourg en août. Acheté un billet pour la Symphonie concertante de Haydn pour violon, violoncelle, hautbois et basson dirigée par Yannick Nézet-Séguin avec un beau quatuor de solistes made in COE. Je réfléchirai après...

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Des Berlinois à la Cité de la musique

2013-03-10 22:42+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Entre la Salle Pleyel et la Cité de la Musique, les concertivores parisiens ont eu il y a dix jours quatre occasions d'entendre les musiciens berlinois. Les tarifs de l'Orchestre Philharmonique de Berlin à Pleyel étant un peu élevés ― un jour™ j'irai les écouter à Berlin ― je me suis contenté des deux derniers concerts donnés à la Cité de la musique :

Cité de la musique — 2013-03-01

Emmanuel Pahud, flûte

Paul Meyer, clarinette

Marie-Pierre Langlamet, harpe

Daishin Kashimoto, violon

Maja Avramović, violon

Amihai Grosz, alto

Raphaël Pidoux, violoncelle

Introduction et Allegro (Ravel)

Prélude à l'après-midi d'un faune (Debussy, arrangement de Fabrice Pierre)

Sonate pour flûte, alto et harpe (Debussy)

Quintette pour clarinette et cordes (Brahms)

L'effectif de musiciens pour ce concert de musique de chambre était assez original. À cinq musiciens issus du Philharmonique de Berlin se sont joints le clarinettiste Paul Meyer et le violoncelliste Raphäel Pidoux, ce qui donne un quatuor à cordes augmenté d'une harpe, d'une flûte et d'une clarinette. Si l'œuvre de Ravel jouée en premier m'a plu, j'ai surtout adoré l'interprétation de la réduction du Prélude à l'après-midi d'une faune de Debussy, une réduction pour huit instruments, la harpiste jouant aussi à quelques occasions d'un mini-instrument à percussions dont j'ignore le nom. C'était la première fois que j'entendais le flûtiste Emmanuel Pahud en concert, cela fait un certain effet...

L'œuvre jouée ensuite, la sonate pour flûte, alto et harpe de Debussy ne m'a pas passionné, mais je me suis délecté du jeu de l'altiste Amihai Grosz. J'ai le sentiment de n'avoir écouté que lui pendant ce trio...

Écouter le quintette de Brahms m'a été très agréable, mais je n'ai pas subi exactement le même choc que lors de mes expériences précédentes avec les Berlinois avec les sextuors nº1 et nº2.

Ce concert sera diffusé sur France Musique le 15 mars à 14h.

Ailleurs : Klari.

Cité de la musique — 2013-03-02

Guy Braunstein, violon

Ramón Ortega Quero, hautbois

Philharmonische Camerata Berlin

Concerto pour hautbois (BWV 1056)

Concerto pour violon (BWV 1041)

Concerto pour hautbois (BWV 1053)

Concerto pour violon (BWV 1042)

Concerto pour hautbois et violon (BWV 1060)

Quelle belle idée de programmer ces concertos de Bach ! J'ai en effet eu très peu d'occasions d'entendre des concertos de Bach en concert. La plupart des rares souvenirs que je leur associe me rappellent des concerts des jeunes musiciens amateurs d'un ensemble nommé Concert Latin, sans lesquels je ne serais sans doute pas concertivore aujourd'hui. Une pensée particulière aussi pour la soliste pas plus haute que trois pommes qui, si je me souviens bien, jouait le concerto pour deux violons (BWV 1043) dans l'Église Notre Dame de Toute Joie à Grigny en 2004.

La Philharmonische Camerata Berlin est en théorie un sous-ensemble des Berliner Philharmoniker ; elle comportait semble-t-il ce soir-là quelques musiciens supplémentaires. Les deux solistes choisis sont Guy Braunstein (violon) et Ramón Ortega Quero (hautbois). Le contraste entre les deux solistes est très net !

J'ai eu pour ma part une certaine préférence pour la façon de jouer du hautboïste Ramón Ortega Quero, dont l'attitude m'évoquait une certaine humilité. J'ignore comment il fait pour respirer, mais par moment, je me disais à l'écoute de certaines très longues phrases qu'il devait y avoir quelque prodige derrière une telle capacité pulmonaire. Toutefois, le musicien n'était rendu que plus humain à mes yeux par le fait que le volume sonore de son instrument me paraissait moins important quand il le dirigeait vers le côté (un effet que je n'ai pas encore observé avec le divin François Leleux...). Avant de venir à ce concert, j'espérais avidement me régaler à l'écoute du concerto pour hautbois (reconstitué) BWV 1053. Le moins que je puisse dire est que je n'ai pas été déçu !

Je ne sais pas s'il faut se risquer à décrire l'interprétation du violoniste Guy Braunstein dans les deux premiers concertos pour violon (BWV 1041 et 1042), car en souligner les qualités signifie aussi en pointer les défauts. Le musicien ne joue pas à moitié ! La prise de risque semble totale ! Je n'ai jamais vu un musicien jouer Bach de façon aussi engagée et captivante ! Je ne lui ferai donc pas le reproche d'avoir souvent été un peu border-line et parfois un peu au-delà. Ma béatitude et ma bonne humeur associée à l'écoute de cette musique étaient trop fortes pour être réellement perturbées par les imperfections entendues... Les mouvements lents de ces deux concertos étaient en effet magnifiques !

N'ayant eu que très peu d'occasions d'entendre en concert ces deux concertos pour violon, j'ai été étonné et à vrai dire agréablement surpris que Guy Braunstein joue la partie des premiers violons quand il n'avait pas à jouer de solos. Ce faisant, au début du concerto BWV 1041, il tournait le dos aux spectateurs, comme pour soustraire religieusement son ego afin de mieux le fondre dans l'ensemble orchestral. Après avoir jeté un coup d'œil aux partitions sur IMSLP, il semblerait que, dans l'édition consultée au moins, le soliste n'ait pas vocation à se reposer entre deux interventions mais à jouer à l'unisson des premiers violons. Cela modifie quelque peu ma façon de penser à ces œuvres. Bach a écrit des concertos pour orchestre (les Brandebourgeois) dans lesquels il n'y a pas un instrument qui domine particulièrement (si on laisse de côté peut-être la folle cadence de clavecin du Cinquième ; cf. cet enregistrement à partir de 5'55" environ). Sur la seule foi de ce que me faisaient entendre mes enregistrements de ces œuvres, je concevais ces deux concertos pour violon comme des concertos au sens plus moderne du terme, avec un instrument soliste dialoguant avec l'orchestre. Les avoir entendus et surtout vus ce soir-là me les feraient presque reconsidérer comme des concertos pour orchestre dans lequel il se trouverait que le premier violon se distinguerait des autres lors de solos élaborés (un procédé qui est très courant dans les œuvres orchestrales, n'est-ce pas ?).

Le concert s'est conclu avec le concerto pour violon et hautbois BWV 1060 dont les thèmes n'ont pas arrêté de me tourner dans la tête pendant quelques heures après le concert. Plutôt qu'une confrontation entre les deux solistes qui était à mon avis à craindre vu la différence entre leurs styles d'interprétation, les deux musiciens se sont pour ainsi dire livrés à un dialogue amoureux. Il fallait voir les mimiques attendries de Guy Braunstein dans le somptueux mouvement lent dans lequel il donnait la réplique au hautboïste Ramón Ortega Quero...

Ailleurs : Bladsurb.

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Le vite dit de février 2013

2013-03-01 12:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Le mois de février vient de se terminer. Pour le concertivore que je suis, cela a été un mois fou. Après l'équipée budapestoire du début du mois (Mozart, Bizet, Bartók-Maraton), j'ai maintenu un rythme de spectacle soutenu. Au total, j'aurai assisté à 31 spectacles en 28 jours... J'ai déjà fait un billet sur Nala et Dayamanti au Quai Branly. Pour dix-sept qui restent, je vais tenter de revenir au genre des microniquettes déjà apparu ici en novembre dernier.

Salle Pleyel — 2013-02-05

Orchestre Colonne

Laurent Petitgirard, direction

Le Chasseur Maudit (Franck)

Gary Hoffmann, violoncelle

Concerto pour violoncelle (Petitgirard)

Symphonie nº1 (Chostakovitch)

Ce concert du Colonne était magnifique ! Le deuxième balcon étant vide, je ne me suis pas fait prier pour descendre à l'orchestre. Tout m'a plu dans ce programme. Les cuivres de l'orchestre étaient superbes dans Le Chasseur Maudit de Franck. Dans le concerto pour violoncelle du chef d'orchestre Laurent Petitgirard, je me suis délecté du duo du début du deuxième mouvement entre le concertiste Gary Hoffmann et la for-mi-da-ble violoncelliste solo de l'orchestre. J'ai donc été plus que ravi que ce deuxième mouvement ait été rejoué en bis ! La Symphonie nº1 de Chostakovitch m'a procuré beaucoup de plaisir. Il serait impossible d'énumérer tous les solos que j'ai aimé, tous les instruments ayant l'occasion de se mettre en valeur au cours de la symphonie. Je les ai tous adorés !

Salle Pleyel — 2013-02-07

Roland Daugareil, violon solo

Orchestre de Paris

Juraj Valčuha, direction

Danses de Galánta (Galánti táncok), Zoltán Kodály

Yuja Wang, piano

Concerto pour piano nº2 en sol mineur, op. 16 (Prokofiev)

Toccata en ré mineur (Prokofiev)

Variations sur un thème de Carmen (Vladimir Horowitz)

Die Seejungfrau, poème musical (Zemlinsky)

J'ai aimé découvrir les Danses de Galánta de Kodály (où se distinguait le clarinettiste Philippe Berrod !). Je suis resté indifférent (pour ne pas dire somnolent) au concerto pour piano nº2 de Prokofiev interprété par Yuja Wang, qui a fait preuve d'une aussi sidérante que vaine virtuosité dans un bis adapté de Carmen dans lequel Bizet devenait méconnaissable. La Petite Sirène de Zemlinsky (dont j'ai récemment adoré Der Zwerg à l'Opéra Garnier) alterne des moments délicatement aquatiques à la harpe et des tutti cuivrés assourdissants.

À la lecture des autres billets sur la blogosphère, on pourra constater que je partage l'avis des filles : Grignotages, Klari, Andante con anima, Palpatine.

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-02-08

Joyce DiDonato, Ariodante

Il Complesso Barocco

Dmitry Sinkovsky, premier violon et direction

Air d'Orontea Intorno all'idol mio extrait d'Orontea (Antonio Cesti)

Sinfonia (Presto, Grave, Presto) extrait de Tolomeo ed Alessandro (Domenico Scarlatti)

Air d'Ottavia Disprezzata regina extrait de L'incoronazione di Poppea (Claudio Monteverdi)

Air d'Irene Sposa, son disprezzata extrait de Merope (Geminiano Giacomelli)

Concerto pour violon et cordes RV 242 per Pisendel (Antonio Vivaldi)

Air de Berenice Da torbida procella extrait de Berenice (Giuseppe Maria Orlandini)

Air de Cleopatra Morte col fiero aspetto extrait de Antonio e Cleopatra (Johann Adolf Hasse)

Air de Cleopatra Piangerò la sorte mia extrait de Giulio Cesare in Egitto (Händel)

Passacaglia extraite de Radamisto HWV 12a (Händel)

Air d'Ifigenia Madre diletta, abbraciami extrait de Ifigenia in Aulide (Giovanni Porta)

Musique de ballet extraite d'Armide (Christoph Gluck)

Air de Rossane Brilla nell'alma extrait de Alessandro (Händel)

Air de Fredegunda Lasciami piangere extrait de Galsuinde (Kaiser)

Air de Berenice Col versar, barbaro, il sangue extrait de Berenice (Giuseppe Maria Orlandini)

Joyce ! Ah, Joyce ! Quel plaisir de l'entendre, dans un répertoire baroque qui alterne des airs lyriques et d'autres qui ne sont pas très éloignés du récitatif. L'orchestre qui l'accompagne, Il Complesso Barocco, semble métamorphosé par la direction du premier violon Dmitry Sinkovsky.

Ailleurs : Palpatine.

Cité de la musique — 2013-02-09

Les Dissonances

Symphonie de chambre nº1 op. 9 (Schönberg)

David Grimal, Hans-Peter Hofmann, violon

Hélène Clément, Natasha Tchitch, alto

Christophe Morin, Maja Bogdanović, violoncelle

Sextuor à cordes nº1 en si bémol majeur, op. 18 (Brahms)

Symphonie nº4 op. 98 en mi mineur (Brahms)

Dix jours après ce concert, je n'ai aucun souvenir de la Symphonie de chambre nº1 de Schönberg. J'aurais sans doute trouvé très bien le sextuor nº1 de Brahms si je n'avais pas déjà entendu quelques musiciens berlinois l'interpréter en début de saison. Je ne sais pas par quel mystère les berlinois magnifiaient cette partition qui cette fois-ci n'a pas produit sur moi le même insoutenable émerveillement. Après l'entr'acte, j'ai en revanche adoré la quatrième symphonie de Brahms !

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-02-10

Ensemble Intercontemporain

Matthias Pintscher, direction musicale

Huit miniatures instrumentales (Stravinski)

Concertino pour douze instruments (Stravinski)

Margriet van Reisen, mezzo-soprano

Le Marteau sans maître, pour voix d'alto et six instruments (Boulez)

Octandre, pour huit instruments (Varèse)

Déserts, pour orchestre et bande magnétique (Varèse)

Les Stravinski m'ont plu. Je me suis ennuyé pendant le Boulez. Je suis content d'être resté pour les Varèse. Octandre n'est certainement pas l'œuvre la plus dérangeante de Varèse. Son côté hors-système est plus flagrant dans Déserts pour orchestre et bande magnétique. Je ne vais pas discuter l'interprétation de l'orchestre, mais celle de la bande magnétique : on a beau dire que c'est un son fixé sur un support, le rendu peut être très différent d'une fois à l'autre. En 2009, les basses fréquences m'avaient donné la nausée. Cette fois-ci, je n'ai pas eu envie de vomir. Zut, je pensais que ce concert serait un peu plus déstabilisant !

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-02-11

Nikolaï Lugansky, piano

Dans les brumes, Janáček

Quatre impromptus op. 142 (Schubert)

Sonate nº1 en ré mineur op. 28 (Rachmaninov)

Ma raison d'aller à ce concert était la présence de Dans les brumes de Janáček. J'espérais me régaler autant que lorsque j'avais entendu pour la première fois cette œuvre interprétée par Alain Planès en janvier 2012 ; le plaisir d'écouter à nouveau ce pianiste dans cette œuvre avait d'ailleurs été renouvelé à la Cité de la musique à la mi-janvier 2013. Lugansky a certainement fait ce qu'il voulait faire. Il y avait sans doute plus de fausses notes dans les interprétations de Planès, mais les tempi excessivement lents et les phrasés hachés de Lugansky m'ont donné l'impression d'une déconstruction de l'œuvre, qui perdait à mon sens toute poésie. Pour moi, cela a été vingt minutes de souffrance. On pourra dire que Lugansky a livré une interprétation toute personnelle de l'œuvre de Janáček... Si mon attention était maximale pendant ce Janáček, j'ai sombré dans les impromptus de Schubert, qui avaient pourtant l'air d'être très bien joués. Ne me sentant pas prêt à affronter la première sonate de Rachmaninov et les nombreux bis subséquents, je suis exceptionnellement parti à l'entr'acte...

Ailleurs : Frederick Casadesus.

Salle Pleyel — 2013-02-12

Freiburger Barockorchester

Sunhae Im, Bellezza

Julia Lezhneva, Piacere

Christophe Dumaux, Disinganno

Jeremy Ovenden, Tempo

René Jacobs, direction

Il Trionfo del Tempo e del Disinganno (version italienne de 1707), Händel

Il Trionfo del Tempo e del Disinganno est censé être un oratorio, mais il s'agit pour ainsi dire d'un opéra dans lequel la Beauté personnifiée finit par se désintéresser du Plaisir pour se tourner vers le Temps et la Désillusion. Dans les airs da capo du Plaisir, je me délecte des ornementations dans le chant de l'adorable Julia Lezhneva. Les solos du premier violon sont fabuleux. La façon dont certaines phrases musicales allant de l'aigu au grave passent sans discontinuité apparente des violons aux violoncelles est sidérante. Les couleurs sonores apportées à l'orchestre par les flûtes à bec sont ravissantes. Que j'aime que la musique baroque soit jouée avec un tel engagement ! Bref, quel merveilleux orchestre baroque que ce Freiburger Barockorchester que je n'avais pas entendu depuis 2005 !

Conservatoire de Paris, Salle d'art lyrique — 2013-02-13

Orchestre du Conservatoire de Paris

Tito Ceccherini, direction

Alexandre Cravero, assistante à la direction

Marie Soubestre, La prostituée (soprano)

Alban Dugourt, Le soldat (ténor)

Catherine Trottmann, La femme de chambre (mezzo-soprano)

Enguerand de Hys, Le jeune homme (ténor)

Laura Holm, La jeune femme (soprano)

Aurélien Gasse, Le mari (baryton)

Charlotte Schumann, La grisette (mezzo-soprano)

Jean-Jacques L'Anthoen, Le poète (ténor)

Marie-Laure Garnier, La cantatrice (soprano)

Roman Dayez, Le comte (baryton)

Yoan Hereau, Lutxi Nesprias, Fanny Prandi, Thomas Tacquet-Fabre, chefs de chant

Marguerite Borie, mise en scène

Darren Ross, chorégraphie et assistant à la mise en scène

Laurent Castaingt, scénographie et conception lumière

Myriam Dogbé, assistante à la scénographie

Pieter Coene, costumes

Sonia Bosc, assistante aux costumes

Héloïse Grandu, habilleuse

Isabelle Lemeilleur, maquilleuse

Naty Meneau, maquilleuse/coiffeuse

Jean-Pierre Le Gallic, Patrick Buisson, régie générale

Mathilde Lemoine, Magid Mahdi, régie plateau

Bruno Bescheron, Guillaume Fesneau, régie lumière

Stéphane Darmon, régie de scène

Nathalie Berthier, Yann Divet, régie orchestre

Reigen, opéra en dix scènes sur un livret de Luc Bondy d'après Der Reigen, pièce de théâtre d'Arthur Schnitzler, Philippe Boesmans (version de chambre de Fabrizio Cassol).

Mes impressions sur cette représentation d'opéra adaptée de la pièce de Schnitzler sont sur le Biblioblog.

Opéra Garnier — 2013-02-15

Maki Ishii, musique (1985)

Jiří Kylián, chorégraphie (1988)

Michael Simon, scénographie et lumières

Ferial Simon, Joke Visser, costumes

Patrick Delcroix, Elke Schepers, assistants du chorégraphe

Kees Tjebbes, assistant technique et réalisation lumières

Michael De Roo, direction musicale

Alice Renavand, Kaguyahime

Hervé Moreau, Mikado

Muriel Zusperreguy, Amandine Albisson, Caroline Robert, Laurène Levy, Charlotte Ranson, Villageoises

Alessio Carbone, Vincent Chaillet, Aurélien Houette, Sébastien Bertaud, Adrien Couvez, Villageois

Caroline Bance, Eléonore Guérineau, Christelle Granier, Séverine Westermann, Juliette Hilaire, Allister Madin, Marc Moreau, Daniel Stokes, Mathieu Botto, Yvon Demol, Les Citadins

Julien Meyzindi, Alexis Renaud, Les compagnons du Mikado

Ballet de l'Opéra

Kodō, Gagaku et ensemble de percussions invité

Kaguyahime

Malgré une musique et une scénographie superbe, ce ballet qui m'avait tellement plu en 2010 m'a laissé sur ma faim. Certes, la scène de la guerre au début de la deuxième partie est très impressionnante, j'ai bien sûr aimé retrouver Alice Renavand dans le rôle-titre et j'ai pris beaucoup de plaisir à voir danser Amandine Albisson et Aurélien Houette dans des rôles de villageois. Mais, ce ballet me semble insatisfaisant du point de vue narratif. Si on n'a pas (re)lu le synopsis détaillé, le ballet est tout simplement incompréhensible (je n'ai d'ailleurs toujours pas saisi pourquoi il y a deux scènes de castagne, une avant et une après l'entr'acte). Il n'aurait pas été superflu d'ajouter un peu de pantomime pour donner un sens à ce qui se passait sur scène. Bien malin celui qui comprendrait ce que sont les épreuves impossibles imposées par Kaguyahime à ses cinq prétendants...

Cité de la musique — 2013-02-16

Ensemble Intercontemporain

Alejo Pérez, direction musicale

Modulations (Gérard Grisey)

Hae-Sun Kang, violon

Vita Nova (Sérénades) (Brice Pauset)

Dérive 1 (Pierre Boulez)

Christina Daletska, alto

Gesänge-Gedanken mit Friedrich Nietzsche (Philippe Manoury)

Il y a quelques mois, lors d'un autre concert de l'Intercontemporain, j'avais trouvé merveilleuse la composition #9 de Mauro Lanza. En sortant, Bladsurb m'avait expliqué que c'était de la musique spectrale. En entendant Modulations de Gérard Grisey lors de ce concert, je crois pouvoir dire que j'aime beaucoup cette forme de musique contemporaine. Dans un envoûtant sur-place apparent, le temps semble comme s'arrêter et permet à l'auditeur de s'immerger dans ce son, qui néanmoins se développe et présente de multiples facettes. La retombée sur terre avec la composition de Brice Pauset fut brutale... Après l'entr'acte, j'ai à peine eu le temps de renter dans Dérive 1 de Boulez que l'œuvre était déjà terminée. Pour conclure ce concert, il y avait la première audition en France de Gesänge-Gedanken mit Friedrich Nietzsche de Philippe Manoury au cours de laquelle j'ai été captivé par le chant de Christina Daletska, qui semble n'avoir que des qualités.

Ailleurs : Bladsurb.

Salle Pleyel — 2013-02-21

Roland Daugareil, violon solo

Orchestre de Paris

Ingo Metzmacher, direction

Emanuel Ax, piano

Concerto pour piano nº17 en sol majeur, KV 453 (Mozart)

Impromptu op. 142 nº2 (Schubert)

Chen Reiss, soprano

Renata Pokupić, mezzo-soprano

Werner Güra, ténor

Johannes Weisser, basse

Chœur de l'Orchestre de Paris

Lionel Sow, chef de chœur

Messe nº3 en fa mineur (Bruckner)

J'avais déjà eu l'occasion d'être émerveillé par le jeu du pianiste Emanuel Ax dans un programme Mozart/Haydn avec l'Orchestre de chambre de Paris. Je me suis régalé en écoutant le concerto pour piano nº17. Je pensais qu'Ingo Metzmacher était un chef spécialisé dans la musique contemporaine (cf. le programme d'un autre concert avec l'Orchestre de Paris en juin 2012). Apercevant son profil gauche depuis ma place, je constate qu'il est manifestement heureux de diriger ce concerto de Mozart. (Le bis du pianiste était superbe, je suis cependant un peu déçu qu'il ait joué le même que lors du concert avec l'Orchestre de chambre de Paris...)

J'étais en théorie placé au fond de l'orchestre, mais je m'étais replacé au rang BB pour être près du pianiste. J'y suis resté pour écouter la Messe nº3 de Bruckner. J'ai donc pour ainsi dire eu le nez dans la partition des premiers violons (les seconds étant à droite du chef). L'effort demandé est impressionnant : des pages et des pages de gammes, avec pratiquement que des doubles-croches ! À force d'entendre continuellement TitatatatatatataTitatatatatataTi... j'en viens à me dire que John Adams et Philip Glass n'ont pas inventé grand'chose. Bien sûr, à l'écoute des autres parties, cet aspect répétitif de la musique disparaît et cette composition comporte quelques merveilles comme le passage très impressionnant du Credo évoquant la Résurrection.

Ailleurs : Paris — Broadway, Palpatine.

Salle Pleyel — 2013-02-22

Colin Currie, percussions

Pierre-Laurent Aimard, piano

Orchestre philharmonique de Radio France

Jukka-Pekka Saraste, direction

Two Controversies and a Conversation : Concerto pour piano, percussions et orchestre de chambre (Elliot Carter)

Mouvements pour piano et orchestre (Stravinski)

Suite de danses (Bartók)

Sinfonietta (Janáček)

Ce concert démontre que s'agissant de musique, il ne faut pas avoir peur du vingtième siècle ! Une de mes raisons de venir à ce concert était la présence du pianiste Pierre-Laurent Aimard que je n'avais encore jamais entendu en concert. Dix minutes d'Elliot Carter et 8 minutes de Stravinski, c'est malheureusement un peu trop court. En règle générale je pense que la musique gagne à être écoutée et vue dans une salle de concert. La pièce d'Elliot Carter ouvrant le programme fait à mon avis exception. Je suis trop distrait par ce que je vois pour rester attentif à la musique. Les très nombreux et sportifs mouvements du percussionniste entre ses différents instruments (marimba, gongs, etc.) détournent mon attention. L'aspect visuellement haché de phrases musicales réparties entre différents groupes d'instruments m'empêche aussi de véritablement écouter les Mouvements pour piano et orchestre de Stravinski, que j'apprécie aussi davantage à la réécoute...

Après l'entr'acte, l'Orchestre Philharmonique de Radio France interprète la Suite de danses de Bartók. Je les avais déjà entendues à Budapest par le Nemzeti Filharmonikusok (les Philharmoniqueux nationaux) pendant le Bartók-Maraton. Le contraste avec les autres merveilles jouées pendant le Marathon ne m'avaient fait trouver ce concert que très bon. Ayant entendu cette fois-ci cette suite de danses dans un autre contexte. j'ai été tout à fait convaincu par la vigoureuse interprétation du Philhar' dirigé le chef Jukka-Pekka Saraste que j'avais déjà apprécié dans un programme Britten/Chostakovitch. J'apprécie évidemment les glissandos des trombones dans l'Allegro molto, mais je savoure aussi tout particulièrement l'Allegro vivace, une danse paysanne très arabisante !

J'ai été tout autant convaincu par le Sinfonietta de Janáček. Je ne sais pas au juste ce que cette œuvre raconte, mais il est évident à l'écoute que cette œuvre est narrative !

Ce concert est disponible à la réécoute sur Cité de la musique live.

Ailleurs : Paris — Broadway.

Salle Cortot — 2013-02-23

Marc Duprez, violon

Hélène Lequeux-Duchesne, violon

Joël Soultanian, alto

Sarah Veilhan, violoncelle

Bernard Chapron, flûte

Canon à deux, Ricercar à trois, Canon à quatre, Canon perpetuus per giusti intervalli extraits de L'Offrande musicale (BWV 1079), Bach

Quatuor à cordes nº1 en ut majeur op. 49 (Chostakovitch)

Six Épigraphes antiques (Debussy), transcription pour flûte et trio à cordes de Bernard Chapron

Quatuor pour flûte et cordes en ré mineur, KV 285 (Mozart)

Charmant concert de musique de chambre au programme varié ! Parmi les extraits de L'Offrande musicale qui ont été joués, j'ai adoré le Ricercar à trois, grâce au thème de L'Offrande musicale dont les apparitions et réapparitions m'ont semblé limpides. J'ai encore une fois été charmé par le jeu de la violoncelliste Sarah Veilhan, qui a livré de beaux pizz. fins et délicats dans le Quatuor nº1 de Chostakovitch et qui a fort joliment alterné archets et pizz. dans la cinquième des Épigraphes antiques de Debussy, la plus convaincante à mon goût. La plus belle découverte de ce concert a été pour moi celle du remarquable altiste Joël Soultanian dont le solo au début du deuxième mouvement du Quatuor nº1 de Chostakovitch m'a beaucoup ému.

Opéra Comique — 2013-02-23

Orchestre philharmonique de Radio France

Hélène Collerette, violon solo et direction

Magali Mosnier, flûte

Concerto pour flûte nº1 en sol majeur, KV 313 (Mozart)

Sérénade nº6 en ré majeur, Serenata notturna, KV 239 (Mozart)

Xavier de Maistre, harpe

Concerto pour flûte et harpe, KV 299 (Mozart)

Merci à Hugo d'avoir attiré mon attention sur ce réjouissant programme Mozart dirigé par Hélène Collerette ! Si les deux sous-ensembles du Philhar' entendus lors de ce concert et celui de la veille sont disjoints ou presque, ils m'ont tous les deux comblé de plaisir ; je note d'aller écouter plus souvent cet orchestre l'année prochaine...

Si j'ai aimé le concerto pour flûte et le concerto pour flûte et harpe, le point culminant de ce concert aura été pour moi la Serenata notturna. Les musiciens semblent prendre autant de plaisir que les spectateurs, très attentifs. Le satisfaction est d'autant plus grande dans le dernier mouvement où des mini-cadences semblent avoir été insérées pour chacun des solistes de cette œuvre (deux violons, un alto, une contrebasse et les timbales). D'après l'enregistrement de cette œuvre dont je dispose, ces solos ne semblent pas prévus par la partition, mais quand bien même certains solos m'ont paru d'un style assez peu mozartien (j'ai même pensé à Boulez !), c'était du meilleur effet !

Théâtre des Champs-Élysées — 2013-02-26

Orchestre de chambre de Paris

Marina Chamot-Leguay, direction et flûte

Suite nº2 en si mineur, BWV 1067.

John Nelson, direction

Italo Marchini, assistant

Le jeune chœur de Paris

Henri Chalet, chef de chœur

Credo, pour chœur et orchestre (James MacMillan)

Omo Bello, soprano

Marianne Crebassa, mezzo-soprano

Claudia Huckle, alto

Pascal Charbonneau, ténor

Matthew Brook, basse

Magnificat, BWV 243, Johann Sebastian Bach.

La suite pour orchestre “Sonnerie de téléphone” de Bach était malheureusement ratée. Malgré l'effectif orchestral réduit utilisé pour cette œuvre, le son de la flûte (en bois) était inaudible, presque complètement couvert par celui des autres instruments. Ma tristesse est aussi grande que l'estime que je porte à la flûtiste.

Le Credo de MacMillan ne m'a pas autant enchanté que son concerto pour hautbois, interprété en janvier par cet orchestre et François Leleux. J'ai un peu l'impression d'avoir entendu une œuvre pour chœur et une œuvre pour orchestre, mais pas vraiment une œuvre pour chœur et orchestre, comme si les parties chorales et des parties orchestrales s'ignoraient l'une l'autre. L'écriture vocale est archaïsante (oh, des intervalles entre voix du chœur qui sonnent juste), ce qui ne messied point s'agissant d'une œuvre religieuse. Les parties orchestrales sont un peu plus tourmentées, mais j'apprécie tout particulièrement les accords doucement dissonants entre les différents pupitres de cordes (on diraît un tampura mal réglé !). Ayant eu du mal à discerner le texte prononcé par le chœur, je n'ai même pas reconnu le moment où celui-ci dit Et resurrexit..., un passage sans doute totalement dénué d'effet, contrairement à Bruckner dans sa Messe nº3 mentionnée plus haut.

L'interprétation de ce Credo a été perturbée par la présence dans la salle d'un bébé qui a commenté les deux premiers mouvements avec les quelques syllabes à sa disposition. Le troisième mouvement a même été interrompu après quelques secondes. Le chef s'est tourné silencieusement vers le côté, quelques spectateurs ont inventivé contre les parents dudit bébé, les exhortant à sortir (en vain...).

Après l'entr'acte, l'orchestre, le chœur et cinq chanteurs solistes sont venus interpréter le Magnificat de Bach, que je n'avais pas entendu en concert depuis 2007. Cette interprétation réjouissante de la musique de Bach m'a vraiment convaincu. Outre les chanteurs presque tous excellents, j'ai aimé les solos de hautbois, le duo de flûtes, l'organiste, le chœur, le phrasé intéressant choisi par les cordes dans le Deposuit potentes, etc.

Cité de la musique — 2013-02-27

Philippe Aïche, violon solo

Orchestre de Paris

Paavo Järvi, direction

Symphonie nº86 (Haydn)

Piotr Anderszewski, piano

Symphonie nº4 (Szymanowski)

Sérénade nº1 (Brahms)

Il faudrait que l'Orchestre de Paris joue plus souvent à la Cité de la Musique. C'était une orgie sonore ! J'ai adoré les trois œuvres. La Symphonie nº4 de Szymanowsky m'a paru cette fois-ci bien plus équilibrée que lorsqu'elle avait été interprétée en décembre par le LSO. La Sérénade nº1 de Brahms est une très belle friandise qui commence espièglement dans une atmosphère très paysanne. Pendant tout le concert, le bassoniste Giorgio Mandolesi a fait honneur à sa réputation !

Église Saint-Eustache — 2013-02-28

Orchestre Colonne

Marc Korovitch, direction

Fabienne Conrad, soprano

Nicolas Lépolard, baryton

Chœur de l'orchestre Colonne

Francis Bardot, chef de chœur

Am Saum ses Gedankens (Gualtiero Dazzi)

Ein deutsches Requiem (Brahms)

Je ne suis pas très friand a priori des concerts dans les églises. Le placement est souvent libre ; il faut donc penser à arriver un peu en avance. Les chaises sont inconfortables et trop rapprochées les unes des autres. Il fait froid (ou trop chaud si on est assis sur le chauffage...). Les musiciens ne sont pas sur une scène surélevée, donc on ne les voit pas et en outre, le son qu'ils produisent est transformé par la durée de réverbération invraisemblablement longue de ces édifices (cf. le cas de la basilique Sainte-Clotilde).

Le concert a commencé par Am Saum des Gedankens de Gualtiero Dazzi. Contrairement au Credo de MacMillan entendu l'avant-veille de ce concert, je ne ressens pas ici de grand écart entre les parties vocales et les parties orchestrales de cette œuvre contemporaine. J'apprécie l'atmosphère créée par l'orchestre par différents procédés, comme de longues notes tenues ; cela m'a parfois fait un peu penser au style spectral (voir plus haut à propos de Modulations de Grisey). Dans cette œuvre pour orchestre, chœur et voix féminine, mes plus fortes émotions sont venues des interventions de la soprano Fabienne Conrad. Certes, il m'a semblé qu'il y avait beaucoup de vibrato dans sa voix au tout début, mais que ses phrasés étaient beaux ! J'ai ainsi beaucoup aimé sa façon de chanter une fin de phrase sur le texte den Stern in die Nacht. Le clou du spectacle résidait dans l'ondulation presque dhrupadisante sur les deux syllabes d'un unique mot vers la fin de l'œuvre, était-ce sur le mot immer dans le poème Die Pappel ? Merveilleux !

J'appréhendais de réétendre Ein deutsches Requiem de Brahms. Je l'ai entendu deux fois : en 2006 par le COGE et en 2009 par le Philharmonique de Radio France. À chaque fois, je m'étais ennuyé au point que je m'étais peut-être même assoupi. Je garde aussi en mémoire le souvenir de passages qui m'avaient semblé un peu pompeux.

L'Orchestre et le Chœur Colonne sont dirigés par Marc Korovitch, que j'ai déjà pu apprécier comme chef de l'Orchestre des concerts gais. Amenés comme ils l'ont été, sans affectation, les passages qui joués par d'autres m'avaient parus pompeux m'ont semblé venir tout naturellement dans le flux musical. L'acoustique de l'église valorise tout particulièrement le chœur qui explore une large gamme de nuances. Le premier mouvement Selig... m'a bouleversé. J'ai rarement autant pleuré pendant un concert ! Après un deuxième mouvement tout aussi riche en émotions, j'ai pu retrouver une certaine contenance et écouter la suite de l'œuvre d'un air ravi que je n'ai même pas pensé à quitter quand je me suis pris un gros coup de coude involontaire de la part de la spectatrice située à ma gauche...

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Planning de mars 2013

2013-03-01 10:28+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Planning

Après un mois de février très chargé en spectacles, mon mois de mars sera un peu plus raisonnable.

  • 1er mars 2013 (Cité de la musique) : le flûtiste Emmanuel Pahud joue le Prélude à l'Après-midi d'un faune de Debussy ! Pas avec n'importe qui, puisqu'il y aura des membres de l'orchestre philharmonique de Berlin, ainsi que le clarinettiste Paul Meyer et le violoncelliste Raphaël Pidoux.
  • 2 mars 2013 (Cité de la musique) : Cinq concertos pour violon ou/et hautbois de Bach en un seul concert ! Pas par n'importe qui : le violoniste Guy Braunstein, le hautboïste Ramón Ortega Quero et la Philharmonische Camerata Berlin.
  • 6 mars 2013 (Opéra Garnier) : Toutes les étoiles du Ballet de l'Opéra ou presque danseront au cours de ce gala Noureev avec l'Orchestre Colonne dirigé par Fayçal Karoui.
  • 15 mars 2013 (Salle Pleyel) : L'Orchestre Colonne avait fait un très beau programme John Williams en juin 2012. Cette année, c'est au tour du LSO. Des extraits de films de Steven Spielberg seront projetés pendant le concert.
  • 17 mars 2013 (Opéra Comique) : La dernière fois que j'ai entendu Anna Caterina Antonacci en concert, c'était dans le rôle de Cassandre dans Les Troyens à Londres en juin 2012. Cette fois-ci, ce sera pour La Voix humaine de Poulenc.
  • 18 mars 2013 (Salle Pleyel) : Je n'ai jamais entendu de sonate pour piano de Beethoven en concert ! Ce manque sera comblé par le pianiste Maurizio Pollini qui jouera également ne jouera pas trois Carnavals de Salvatore Sciarrino.
  • 19 mars 2013 (Salle Pleyel) : J'avais sélectionné ce concert de l'Orchestre Philharmonique de l'Oural parce que La Nuit sur le mont Chauve de Moussorgsky était programmée. Malheureusement, le programme a été modifié. Je trouve ce procédé assez déplaissant.
  • 21 mars 2013 (Salle Pleyel) : Joué après la Musique pour cordes, percussion et célesta, le deuxième concerto pour violon de Bartók ne m'avait pas enthousiasmé lors de ma première écoute en mai 2012. Entre des œuvres de Dutilleux et Beethoven, l'apprécierai-je davantage ?
  • 22 mars 2013 (Opéra Comique) : Je ne sais plus pourquoi j'ai coché ce spectacle musical du pianiste de jazz Uri Caine d'après Othello de Shakespeare, et Verdi... Je verrai bien !
  • 23 et 24 mars 2013 (Auditorium de Dijon) : Direction Dijon pour écouter deux fois le Chamber Orchestra of Europe. Au programme : Don Giovanni et un concert qui sera dirigé par l'extraordinaire premier violon Lorenza Borrani et dans lequel Romain Guyot jouera le concerto pour clarinette de Mozart !!!
  • 27 mars 2013 (Auditorium du Louvre) : Ce concert est complet. Je m'y suis pris trop tard... J'aurais pourtant adoré réécouter l'altiste Antoine Tamestit et le pianiste Martin Helmchen...
  • 30 mars 2013 (Salle Pleyel) : L'Orchestre National d'Île-de-France jouera des extraits symphoniques des opéras de Wagner et accompagnera la chanteuse Nora Gubisch pour les Wesendonck Lieder.
  • 31 mars 2013 (15h) (Espace Reuilly) : Bharatanatyam par Priya Venkataraman et ses élèves.

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