Weblog de Joël Riou

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“Und es ward Licht”

2008-11-30 20:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Théâtre des Champs-Élysées — 2008-11-29

Christina Landshamer, soprano (Gabriel, Ève)

James Gilchrist, ténor (Uriel)

Yorck Felix Speer, basse (Raphaël, Adam)

Orchestre des Champs-Élysées

Collegium Vocale Gent

Philippe Herreweghe, direction

Die Schöpfung, Haydn.

Hier soir, j'étais au TCE, dont la salle était bien pleine, pour écouter La Création de Haydn. L'effectif était important : une trentaine de choristes du Collegium Vocale Gent, une cinquantaine de musiciens de l'Orchestre des Champs-Élysées dirigé par Philippe Herreweghe.

Le moment fort de l'œuvre est celui où, après que Dieu a dit Que la lumière soit !, l'ambiance musicale passe subitement des ténèbres à la lumière en même temps que le chœur nous dit que la lumière fut.

Si tous les mouvements de cet oratorio ne sont pas inoubliables, d'autres retiennent l'attention comme ceux qui évoquent, parmi les diverses créatures, le rossignol chantant, le lion rugissant ou encore le tigre bondissant.

Les trois solistes, la soprano Christina Landshamer, le ténor James Gilchrist et la basse Yorck Felix Speer remplissaient très bien leurs rôles respectifs. Seuls, en duo, en trio, ou avec le chœur, ils récitaient ou chantaient un texte à la gloire de la Nature et du Créateur. Les émotions exprimées ne sont pas aussi variées qu'elles peuvent l'être dans une Passion, un opéra ou un oratorio sur un sujet plus humain. L'arrivée d'Adam et Ève n'assombrit même pas le tableau de ce point de vue-là puisque l'oratorio s'achève avant que cela se gâte. Seul un récitatif mettra le couple en garde avant que Dieu soit loué une dernière fois :

Ô heureux couple, et heureux à tout jamais
si de fausses chimères ne les incitent pas
à désirer jamais davantage que ce qu'ils ont,
à savoir jamais davantage que ce qu'ils doivent !

Étant placé au premier rang du premier balcon de côté, une petite partie du côté cour ne m'était pas visible, à moins que je ne me penchasse. La soprano et la basse étaient du côté jardin et le ténor de l'autre côté, mais suffisamment au centre pour que je le voie. Pendant le dernier chœur, j'ai remarqué qu'une des mezzo-sopranos du chœur n'était plus à sa place (pas que je l'eusse particulièrement remarquée, mais cela fait un certain nombre de fois que j'assiste à des concerts du Collegium Vocale Gent et certains visages sont restés dans ma mémoire). Je me demandais où elle était passée. Quand l'oratorio se fut terminé, je la retrouvai à droite du ténor James Gilchrist. Comme ce dernier chœur (avec solistes) a été bissé, je pus me pencher un peu pour rattraper cette distraction.

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Il neige

2008-11-30 02:00+0100 (Orsay) — Photographies

Neige à Orsay

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Shantala Shivalingappa aux Abbesses

2008-11-29 01:24+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2008-11-29

Shantala Shivalingappa, conception, direction artistique et interprétation

Nicolas Boudier, lumières

Alexandre Castres, vidéo

Namasya

  • Ibuki (chorégraphie et costume d'Ushio Amagatsu)
  • Solo (chorégraphie créée lors d'une résidence au Tanztheater Wupperthal-Pina Bausch)
  • Shift (chorégraphie de Shantala Shivalingappa)
  • Smarana (chorégraphie de Savitry Nair)

Après le récital de bhârata natyam d'hier, je suis retourné cet après-midi aux Abbesses et ai monté les 180 marches du quai de métro à la sortie pour voir un spectacle de Shantala Shivalingappa que j'avais déjà vue deux fois dans le superbe Gamaka (kuchipudi). J'avais acheté une place pour voir Namasya l'an dernier, mais un déplacement au Maroc m'avait contraint à donner ma place. J'avais aussi prévu de la voir dans Bamboo blues, mais cette fois-là, ce fut de la faute de la RATP si je ne pus pas assister au spectacle.

Ce spectacle Namasya n'est pas un récital de danse indienne kuchipudi ; il rassemble quatre soli contemporains issus de collaborations respectives avec Ushio Amagatsu, Pina Bausch, elle-même et sa mère Savitry Nair. Les intervalles permettant à l'interprète de changer de costume sont remplis par des projections de vidéos d'Alexandre Castres montrant la danseuse dans sa spécialité. Bien que le sujet soit très intéressant et photogénique, j'ai trouvé ces images affreuses : floues, mal éclairées, mal cadrées. Il s'est malgré tout trouvé quelques plans réussis.

Dans ces quatre soli, le sens de la danse n'est pas évident. Sans être particulièrement hermétique, la notice du Théâtre de la Ville n'est pas très éclairante non plus à ce sujet.

La première pièce Ibuki est celle que j'ai préférée. Un bien élégant costume blanc, une musique et des mouvements de danse qui pourraient suggérer un cadre naturel dans lequel les plantes et les animaux vivent joyeusement, mais cela pourrait très bien être tout autre chose... Dans cette pièce et dans quelques autres, certains mouvements de mains sont des mouvements de danse kuchipudi. Voir ces mouvements hors contexte est assez troublant.

Dans la deuxième pièce Solo, une danse sensuelle en longue robe noire, peut-être un peu trop longue parce qu'on ne voyait plus les pieds de l'interprète, ce qui est un peu dommage pour de la danse.

Le troisième solo Shift, chorégraphié par l'interprète, m'a fait l'effet d'un ovni. La notice évoque la lenteur de la gestuelle découpée dans l'espace. Et qui n'est pas sans rappeler certains motifs de la statuaire indienne classique. Le début me faisait plutôt penser à une bête féroce à l'affût.

Le quatrième solo Smarana, sur une musique indienne classique, présente la particularité de présenter l'interprète principalement de dos, avec un éclairage assez faible.

Le bilan est globalement positif. À l'avenir, j'irai toujours les yeux fermés voir ses spectacles de danse indienne, et j'irai probablement aussi voir ses spectacles de danse contemporaine, mais par curiosité plus qu'autre chose.

Ailleurs : Bladsurb (2007).

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Alarmel Valli aux Abbesses

2008-11-29 01:45+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Danses indiennes — Culture indienne

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2008-11-28

Alarmel Valli, chorégraphie et danse bharatanatyam

Latha Ramchand, chant

C. K. Vasudevan, nattuvangam (chants et cymbales)

Sri Ganesh Ramamoorthy, mridangam

Akkarai Subhalakshmi, violon

G. Raghuraman, flûte

The Forgotten Seed

  • Sunsong
  • Varnam (couleurs du sacré, couleurs du sensuel)
  • Interval musical
  • Poème d'amour et de guerre (Lamentations pour un soldat tombé, La Graine oubliée)
  • Nrittalahari

Ce soir, j'ai assisté à un nouveau récital de bhârata natyam : The Forgotten Seed d'Alarmel Valli. Avant que j'arrive au théâtre, les ennuis RATP s'étaient accumulés. Le RER B s'arrêtait de nombreuses minutes à chaque gare avant de repartir. La ligne 4 était perturbée pour cause de passager malade. On signalait un passager sur les voies de la ligne 1. La ligne 13 n'était pas non plus en reste. Heureusement, il restait la ligne 12 pour rejoindre la station Abbesses.

Le récital s'ouvre sur une pièce dédiée au Soleil. Les mouvements de la danseuse évoquent l'éclosion des lotus, le chant des oiseaux et bien d'autres éléments. Quoique certains mouvements soient très intuitifs, le langage du bhârata natyam m'est encore très largement étranger, mais le problème de langue n'empêche nullement de se laisser enchanter par les mouvements bien plus amples qu'anguleux de cette danseuse.

Comme toujours, les musiciens sont en effectif réduit. Un son de tanpura, un flûtiste, une violoniste, une chanteuse, deux percussionnistes (cymbales et mridangam). La musique, et tout particulièrement le mridangam, concourent admirablement bien à la danse. La variété des sons émis par cet instrument est déroutante.

Avant de commencer le varnam, on prépare un micro afin que la danseuse puisse, dans un français élégant, résumer l'histoire de cette pièce (et plus tard celle des autres) en montrant en même temps les mouvements de mains correspondant aux différentes situations.

Dans ce varnam, l'adoration du dieu prend une double forme : dévotion, amour. Il n'est ni question du Dieu des Juifs, ni de Krishna, mais bien de Shiva, sous la forme du danseur cosmique (Nataraja) ou encore de Nilakantha, celui qui a la gorge bleue (cf. mythe du barattage de la mer de lait). Cette pièce m'a laissé un peu plus perplexe. Si l'action du personnage féminin était parfaitement intelligible, je n'ai pas reconnu les manifestations de Shiva.

Après un entr'acte musical, deux belles pièces. La première s'intitule Lamentations pour un soldat tombé. Elle n'est pas que triste, puisque des moments heureux sont évoqués, quoiqu'avec nostalgie. La deuxième est celle qui donne son nom au récital : La Graine oubliée. À mon avis, c'est la plus réussie. Un jeune couple laisse libre court à son amour sous un laurier. Mais une amie leur dit qu'ils se comportent mal : le laurier fait partie de leur famille, puisqu'ils en ont semé la graine.

Ce très beau récital s'est achevé par un numéro aux rythmes rapides et un court rappel.

Ailleurs : Bladsurb.

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Terreur

2008-11-27 19:28+0100 (Orsay)

En lisant hier les tout premiers bilans liés aux attentats de Mumbai, je crus d'abord que cette série d'attaques coordonnées était une répétition d'événements similaires survenus ces derniers mois et ces dernières années dans des villes comme New Delhi, Hyderabad, Bangalore, Jaipur, Ahmedabad.

J'ai ensuite lu cet article du Monde.fr et découvert avec effroi les images de l'hôtel Taj Mahal en flammes. Entretemps, le bilan humain avait décuplé.

Mumbai est la ville indienne que j'aie visitée le plus souvent. Je l'ai parcourue ainsi que ses environs à pieds, en voiture, en bus, en train, en rickshaw et même en bateau. Les noms de lieux visés ne me sont pas des abstractions exotiques, mais me renvoient à des souvenirs et des expériences très concrètes. Je suis souvent descendu de train en gare Victoria Terminus, j'y ai attendu des amis, je l'ai photographiée. J'ai mangé du pân pour la première fois après une balade près de la Gateway of India et de l'hôtel Taj Mahal. En visionnant une carte depuis le site du Figaro, je me représentais mentalement d'autres lieux touchés, comme l'embouteillée Colaba Causeway où se trouve le Café Leopold (que je ne connais pas).

Parmi les photographies que j'ai vues jusqu'à présent, l'hôtel Taj Mahal en feu et l'ensanglanté hall de VT sont les deux plus marquantes. D'un côté, un symbole du luxe, un refuge pour riches Occidentaux. De l'autre côté, des victimes anonymes dans le hall d'une des plus grandes gares de l'Inde.

Cette ligne de faille se retrouve dans le traitement de l'information. Ce matin, pour une fois, j'ai acheté Libération, qui titre Inde : attentats meurtriers contre des étrangers. Le fait de prendre pour cible des lieux fréquentés par des étrangers constitue effectivement, me semble-t-il, une nouveauté dans les séries d'attentats en Inde ; toutefois, se focaliser ainsi sur les victimes occidentales me paraît quelque peu réducteur.

Je suis attristé que le Premier Ministre Manmohan Singh se précipite pour accuser les pays voisins. Depuis l'arrivée de Zardari à la présidence du Pakistan, les relations bilatérales semblaient avoir progressé de façon assez spectaculaire.

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Malfaçons

2008-11-24 20:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

J'ai déjà parlé d'actes anodins de disquaires pouvant nuire à leur commerce. Le parcours du discolique est parsemé d'un autre type d'embûches : les malfaçons.

Ces dernières années, j'ai rencontré ce type de problèmes à plusieurs reprises. Dans mon intégrale Hänssler de Bach, un disque était en double et un autre était manquant. La plupart de ces disques, peut-être tous, étaient aussi en vente à l'unité et j'en possédais déjà quelques uns que j'ai donnés ici ou là. Par une chance inouïe, le disque qui était manquant faisait déjà partie de ma collection.

Les trois autres problèmes qui m'ont fait souffrir quelques désagréments sont dus à divers problèmes avec EMI Classics. Un des premiers opéras que j'ai acheté était Norma de Bellini (avec Maria Callas, 1960). Commandé sur Amazon.fr, le boîtier de trois CD contenait le CD nº1, deux exemplaires du CD nº2, mais pas de CD nº3. Retour à l'envoyeur, qui me réexpédie un nouveau coffret, souffrant du même défaut. Deuxième retour ; la troisième expédition sera la bonne.

J'ai déjà parlé du caractère bâclé de certain livret fourni par cet éditeur. Hier, en écoutant pour la première fois Orphée aux enfers d'Offenbach, dirigé par Marc Minkowski, avec notamment Natalie Dessay (Eurydice), Yann Beuron (Orphée), Laurent Naouri (Jupiter), j'ai été tout perturbé que la page 73 du livret succède à la page 96. Bref, une vingtaine de pages manquent au livret, ce qui m'a pas mal déstabilisé dans mon écoute des troisième et le quatrième tableaux. Heureusement que l'opéra est en français ! Bien sûr, le livret complet n'est pas disponible sur le site Internet de l'éditeur. Comme Offenbach a proposé deux versions de son œuvre et que Laurent Pelly et Marc Minkowski ont retenu plutôt la première avec quelques éléments de la seconde, une version du livret trouvée sur Internet s'est avérée assez différente de ce que j'entendais. Cet incident m'a un peu gâché cette première écoute de ce bien charmant opéra-bouffe, qui cite parfois pour plaisanter Orfeo ed Euridice de Gluck (dont je ne me lasse pas non plus d'écouter un enregistrement avec Bernarda Fink dans le rôle d'Orfeo).

On voit là un des dangers de l'achat compulsif de disques pour une consommation non immédiate. Si j'écoutais mes disques aussitôt après les avoir achetés, je saurais vers qui me retourner pour obtenir remplacement d'objets défectueux (encore que dans le dernier cas envisagé ici, il ne me semble pas aller de soi que le commerçant accepte de procéder à un échange). Pour Orphée aux enfers, je n'ai absolument aucun souvenir de l'achat, qu'il se réalisât par Internet ou en magasin.

Les organisateurs de concerts proposant à la vente des programmes ne sont pas toujours irréprochables non plus. Je me souviens d'une Johannes-Passion au TCE pour lequel le livret apparaissant dans le programme commençait par O Mensch, bewein dein Sünde groß. Dans les versions usuelles des Passions de Bach, ce chœur apparaît à la fin de la première partie de la Matthäus-Passion, mais c'était aussi et avant tout le chœur introductif d'une des versions de la Johannes-Passion, mais qui n'est pas la version canonique jouée actuellement. Pendant les minutes précédant le concert, je me réjouissais donc par avance de l'écoute prochaine d'une version non standard de cette œuvre. Ce ne fut donc pas sans une certaine déception que j'entendis le concert débuter par le traditionnel chœur Herr, unser Herrscher.

Je n'ignore s'il y a lieu d'y voir un changement de politique de l'Opéra de Paris, mais je constate avec réjouissance que les trois programmes d'opéra que j'y ai achetés depuis le début de la saison comportent une version française du livret alors que ce cas était plutôt l'exception les années précédentes (sur les huit programmes précédemment achetés, seul celui de Luisa Miller incluait un livret).

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Akram Khan & Juliette Binoche ― In-I

2008-11-23 19:20+0100 (Orsay) — Culture — Danse

Théâtre de la Ville — Place du Châtelet — 2008-11-23

Juliette Binoche, codirection et interprétation

Akram Khan, codirection et interprétation

Anish Kapoor, décor

Philip Sheppard, musique

Michael Hulls, lumières

Kei Ito, costumes

Guy Cools, dramaturgie

Nicolas Faure, son

In-I

Mon agenda du mois de novembre est assez chargé en spectacles. Quatre cette semaine et il y en aura encore la semaine prochaine. Pour l'heure, j'avais un spectacle de prévu cet après-midi au Théâtre de la Ville, In-I, conçu et interprété par Juliette Binoche et Akram Khan. Cela faisait plusieurs années que j'essayais d'inclure à mon abonnement des places pour des spectacles de ce dernier, mais à chaque fois, on me disait que c'était plein. Peut-être m'y prenais-je un peu tard ? Cette année, j'ai envoyé mes réservations très tôt, ce qui fait que je me retrouve avec non seulement des places, mais aussi un excellent placement au deuxième rang.

Ce spectacle est à mi-chemin entre théâtre et danse. Juliette Binoche est assurément une excellente comédienne, Akram Khan un excellent danseur et ils le montrent ; nonobstant, leurs possibilités dans la spécialité de leur partenaire semblent tout à fait respectables. Pendant une heure quinze, ils représentent une aventure amoureuse, en commençant par une rencontre inattendue dans un petit cinéma où se projette le Casanova de Fellini. La palette des situations parcourues est diverse : félicité, trivialité du quotidien, union, désunion, violence, réminiscence, réconciliation, etc.

Les textes parlés (en anglais) sont omniprésents au début du spectacle. J'ai été soulagé de les entendre se raréfier par la suite, permettant ainsi aux corps de s'exprimer plus librement.

Ailleurs : l'avis de Palpatine, Bladsurb.

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Vingt-septième dimanche après la fête de la Trinité

2008-11-23 12:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Promis, après cette note, je ne vous ennuierai plus avec la cantate 140 Wachet auf, ruft uns die Stimme. Cela n'était pas arrivé depuis 1989, mais aujourd'hui, selon le calendrier liturgique luthérien, nous sommes le vingt-septième dimanche après la fête de la Trinité. Il faut que la date de Pâques intervienne très tôt dans l'année pour qu'il soit possible d'intercaler autant de dimanches en partant de fêtes dans les dates sont calculées par rapport à Pâques et le premier dimanche de l'Avent. Du vivant de Bach, cette situation s'était présentée le 25 novembre 1731, date de la création de cette cantate. D'après mes calculs, les prochaines dates sont les 25 novembre 2035, 25 novembre 2046, 26 novembre 2062, 26 novembre 2073 et 26 novembre 2084.

Le chœur introductif, et d'autres mouvements, peuvent être écoutés sur Youtube : Wachet auf, ruft uns die Stimme (Ton Koopman). Attention, on y trouve aussi des horreurs, comme cette version par Karl Richter.

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Une Flûte pas si horrible que ça

2008-11-23 01:16+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2008-11-22

Shawn Mathey, Tamino (ténor)

Iwona Sobotka, Erste Dame (soprano)

Katija Dragojevic, Zweite Dame (mezzo-soprano)

Cornelia Oncioiu, Dritte Dame (mezzo-soprano)

Russell Braun, Papageno (baryton)

Maria Virginia Savastano, Pagagena (soprano)

Kristinn Sigmundsson, Sarastro (basse)

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Monostatos (ténor)

Maria Bengtsson, Pamina (soprano)

Erika Miklosa, Königin der Nacht (soprano)

José Van Dam, Der Sprecher (baryton)

Jon Ketilsson, Erster Geharnischter (ténor)

Rúni Brattaberg, Zweiter Geharnischter (basse)

Solistes de la Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris, Drei Knaben

Thomas Hengelbrock, direction musicale

La Fura dels Baus / Alex Ollé et Carlos Padrissa, conception, mise en scène

Jaume Plensa, conception, décors et costumes

Valentina Carrasco, collaboratrice à la mise en scène

Franc Aleu, vidéo

Albert Faura, lumières

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris

Die Zauberflöte, Wolfgang Amadeus Mozart

J'avais entendu beaucoup de mal de la production de La Flûte enchantée qui est reprise en ce moment à l'Opéra Bastille. J'étais à la représentation d'hier. Un placement plutôt bon : deuxième balcon, plein centre.

Je suis horrifié par le début. Les costumes sont d'une laideur et d'un mauvais goût incroyables à ce niveau (avec une mention spéciale pour les trois Dames et la Reine de la Nuit). Des vidéos de mauvais économiseurs d'écrans sont projetées en surimpression.

Au bout d'un moment, j'arrive à surmonter mon premier sentiment. Les chanteurs des rôles principaux, Tamino, Pamina, La Reine de la Nuit, Sarastro, Papageno et Papagena sont bons. Monostatos me paraît un peu plus limite. Le chœur est planqué sous la scène et il ne sera pas donné au public d'apercevoir José Van Dam qui a le rôle parlé de la Voix. Je profite de mon placement pour observer l'orchestre.

Si on laisse de côté les costumes affreux et l'essentiel des vidéos, ce qu'il reste de la mise en scène se laisse bien regarder. Le décor est constitué de douze matelas géants gonflables (et dégonflables). Ces éléments bougent beaucoup et se transforment aussi bien en temple, en pyramide ou en les terribles lieux des épreuves d'initiation que subissent Tamino et Pamina.

D'autres aspects de la mise en scène laissent perplexes, comme la pluie de boules noires et blanches dans un grand récipient, constituant une sorte de piscine dans laquelle Monostatos, Pamina puis Papageno plongent. Le bout de phrase quand j'ai placé les pièces dans la bouche de Sarastro donne lieu à un grand n'importe quoi au deuxième acte où un grand échiquier est projeté sur scène ; des figurants viennent s'y placer, Sarastro en échange trois ou quatre ; une très courte partie d'échecs grandeur nature se déroule. On assiste à deux tours de magie classiques : Sarastro est coupé en trois morceaux et plus loin est transpercé d'épées avec en plus du sang qui coule de la boîte dans laquelle il se trouve, sang, qui vidéo aidant, se répand sur toute la scène. Ce deuxième tour me paraît assez incohérent avec l'histoire : dans la version du livret que j'avais lue, après que la Reine de la Nuit a exprimé sa colère terrible en demandant à Pamina de tuer Sarastro, Pamina ne semble pas le moins du monde disposée à lui obéir (elle n'a de toute façon pas le temps d'y penser, vu que Monostatos revient la harceler). Ce soir, elle plantait des épées dans Sarastro, sans le tuer pourtant. L'utilisation des clochettes par Papageno est curieuse. Parfois, il actionne son attirail, parfois, on entend leur son mais il ne fait même pas semblant de s'en préoccuper, ayant autre chose à faire. Les trois enfants apparaissent avec des consoles de jeux portables en mains. Bref, l'onirisme décomplexé des concepteurs ne s'est pas exprimé sans quelques débordements.

Malgré tout, ce spectacle est tout à fait regardable et écoutable. Le public, constitué d'un nombre inhabituellement élevé d'enfants, semble avoir apprécié ; je n'ai pas entendu de sifflets.

Ailleurs : l'avis de Palpatine.

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Tristan und Isolde à Bastille

2008-11-22 14:24+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2008-11-21

Clifton Forbis, Tristan (ténor)

Matti Salminen, König Marke (basse)

Waltraud Meier, Isolde (soprano)

Alexander Marco-Buhrmester, Kurwenal (baryton)

Ekaterina Gubanova, Brangäne (mezzo-soprano)

Ralf Lukas, Melot (baryton-basse)

Bernard Richter, Ein Hirt, Ein junger Seemann (ténor)

Robert Gleadow, Der Steuermann (ténor)

Semyon Bychkov, direction musicale

Peter Sellars, mise en scène

Bill Viola, vidéo

Martin Pakledinaz, costumes

James F. Ingalls, lumières

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris

Tristan und Isolde, Richard Wagner

Hier, je suis allé pour la deuxième fois à l'Opéra Bastille pour assister à une représentation d'un opéra de Wagner. En mai 2007, j'avais plutôt aimé Lohengrin (mis en scène par Robert Carsen) et une Waltraud Meier terriblement convaincante en Ortrud. Qu'elle incarne Isolde a été ma principale motivation pour inscrire cet opéra à mon abonnement. Ce qui est ennuyeux avec les abonnements, c'est qu'on ne peut réserver que des places dans les six premières catégories de prix. Faute de place disponible en sixième, j'avais dû opter pour une place de cinquième catégorie. À mon humble avis, le prix des places et le plaisir de spectateur en résultant est complètement décorrélé. Je préfère être au premier balcon avec vue plongeante sur l'orchestre, la vision des sur-titres en fût-elle mise en péril que d'être à l'avant-dernier rang du parterre, en ayant payé ma place à quadruple prix : on ne voit que la tête du chef dépasser, les chanteurs sont très loin et la santé et la fortune ne s'accordant guère, on tousse bien davantage au parterre que dans les hauteurs. Bon, je me console en me disant que les personnages du rang situé juste devant moi eurent à payer encore 26€ de plus !

L'opéra commenca vers 18h, les opéras normaux commençant plutôt vers 19h30. Tristan dure 4h, également divisé en trois actes. Des entr'actes de 45 et 30 minutes ayant été prévues, pour que l'œuvre finît à une heure raisonnable, il fallait commencer tôt.

Globalement, je suis déçu par cette représentation. Quelques prosélytes lyriques ont même abandonné après le premier ou le deuxième acte. Le seul élément de décor était une toute petite plate-forme où les personnages pouvaient s'asseoir ou s'allonger. Les costumes étaient trop sobrement noirs. À part peut-être au troisième acte où il y avait un peu de couleur, les lumières n'éclairaient pas grand'chose. Non, le spectacle visuel n'était pas sur scène, mais sur l'écran situé entre les chanteurs et le sur-titrage. Pendant quatre heures ou presque, nous avons été abreuvés des vidéos de Bill Viola. Le premier acte a représenté des rites de purification. Du fait d'un petit coup de barre, j'ai un souvenir plus confus du deuxième acte. Lumières dans un bois pendant une partie de chasse, coucher de Lune, lever de Soleil. Vidéos accélérées ou ralenties représentant la nature, des effets d'optique plus ou moins naturels. Bravo au directeur de la photographie, l'esthétique et la qualité des images était impressionnante. C'est bien beau, mais cela distrait le spectateur de ce qui se passe sur scène. Il ne m'a pas été possible de me détourner de ces images, puisque, n'entendant guère l'allemand, j'ai besoin des sur-titres pour suivre. Il n'est pas évident de suivre simultanément l'action qui se passe en bas et en même temps ces sur-titres situés tout en haut, deux éléments sobres, quand le centre est accaparé par d'ondoyantes images (cela empêche aussi de s'endormir complètement, la luminosité étant importante, surtout si on est situé à proximité de la cabine de projection). Ajouter à cela que les textes sont largement métaphoriques, de sorte qu'une ligne de sur-titres de perdue engendre bien dix lignes d'incompréhension.

La mise en scène est très statique. À plusieurs reprises, des personnages se retrouvent à rester immobiles pendant de longues minutes. Certains personnages semblent avoir des yeux dans le dos ; Isolde fait même à distance et de dos un diagnostic de Tristan mourrant. Pour tenter de faire oublier ces limitations, certains personnages (Brangäne, le berger) apparaissent non plus sur scène mais dans dans les hauteurs du théâtre (invisibles depuis ma place). On fait aussi entrer un chœur d'hommes par le fond du parterre (tout près de moi, donc). Bref, ce n'est pas très convaincant.

Heureusement, il reste la musique. Si je suis partagé sur les parties chorales, très limitées et assez peu intéressantes, aussi bien l'orchestre que les solistes lui font honneur. L'ouverture de l'œuvre est belle ; on réentend ensuite avec plaisir quelques leitmotivs.

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Europeana

2008-11-20 17:02+0100 (Orsay) — Culture

Europeana, la nouvelle bibliothèque numérique, chapeautée par l'Union européenne, dont j'apprends aujourd'hui le lancement dans le Monde a l'air d'être toute cassée. En persévérant, on finit par arriver à voir la page d'accueil et à tenter de faire une recherche. Pour l'instant, en tapant Voltaire, je n'ai que réussi à obtenir le message Something went wrong! An email has been sent to inform our technical staff.. C'est dommage, espérons que cela finisse par tomber en marche.

En bas de la page d'accueil, je ne sais pas si ce sont les thèmes les plus demandés ou si c'est fait exprès, mais en ce moment, on y voit des images intitulées L'Origine du monde et Le cinéma porno.... Hum.

PS : Ce soir, on a droit à L'infâme Vénus couchée, posture lubrique, au Dieu Priape et à Mein Kampf. Pensez culture, qu'ils disent ‽

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L'Ensemble orchestral de Paris au TCE

2008-11-20 08:01+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Théâtre des Champs-Élysées — 2008-11-19

Anna Caterina Antonacci, soprano

Ensemble Orchestral de Paris

John Nelson, direction

Der Freischütz, ouverture (Weber).

La Mort de Cléopâtre, scène lyrique (Berlioz)

Symphonie nº9 La Grande (Schubert)

J'ai assisté hier à un concert de l'Ensemble orchestal de Paris. En dehors de l'ouverture du Freischütz de Weber que je n'avais toutefois pas encore entendue en concert (et que John Nelson dirige de mémoire), je ne connaissais aucune des œuvres au programme. Si j'ajoutai ce concert à mon abonnement, c'est qu'après cette ouverture était prévue une œuvre de Berlioz, La Mort de Cléopâtre, interprétée par Anna-Caterina Antonacci. J'apprécie toujours autant cette chanteuse, dont le programme nous apprend qu'elle vit à Paris. Elle m'a pourtant semblé un peu tendue, même pour venir saluer de nombreuses fois sous les applaudissements enthousiastes du public.

La deuxième partie du concert était réservée à la symphonie nº9 La Grande de Schubert, que je découvrais aussi. Ses dimensions sont effectivement assez grandes puisqu'elle dure environ une heure. Je n'ai pas terriblement été emballé par le premier mouvement. Les autres mouvements m'ont bien plu, et tout particulièrement les deuxième et troisième.

Depuis mon premier concert Haydn à Pleyel, je me disais que Haydn faisait partie des compositeurs que je découvrirais volontiers plus en profondeur. Bien que son style soit proche de celui de Mozart, j'apprécie l'un alors que l'autre tend plutôt à m'exaspérer. Hier soir, en feuilletant le Monde, je tombe, page une, sur une publicité annonçant une intégrale Haydn, publiée par le même éditeur que l'intégrale Mozart que je possède déjà. Je me laisserai peut-être tenter prochainement. Il fait longtemps que mon penchant discolique n'a pas été satisfait : en réserve, je n'ai plus que 18 heures de musique non écoutée, plus que cinq opéras et un oratorio. Ce qui m'inquiète, c'est que cette intégrale de 150 CD a un sous-titre : volume 1. Je savais ce compositeur très prolifique, mais je n'imaginais pas que son œuvre pût être aussi volumineuse. Ce premier volume comporte la centaine des symphonies de ce compositeur, l'oratorio La Création (qui est au programme du concert du 29 novembre au TCE) et bien d'autres œuvres encore.

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J-P. Serre à Bourbaki

2008-11-15 23:16+0100 (Orsay) — Mathématiques

Aujourd'hui à Paris avait lieu un petit événement mathématique : l'exposé nº1000 du séminaire Nicolas Bourbaki. Il tombe en même temps que l'à peu près soixantième anniversaire de ce séminaire ainsi que le quatre-vingtième anniversaire de l'Institut Henri-Poincaré (rue Pierre-et-Marie-Curie) où il se tient.

Si on laisse de côté ces chiffres, le véritable événement était que cet exposé fût fait par Jean-Pierre Serre (82 ans). Les portes de l'amphithéâtre Hermite se sont ouvertes une bonne demi-heure avant l'horaire prévu et les plus prévoyants ont pu descendre récupérer un exemplaire des textes des exposés de ce week-end et trouver une place assise. L'amphithéâtre était rempli comme jamais je ne l'avais vu. Avant le début de l'exposé, comme au théâtre, un des organisateurs (dont je tairai le nom, Nicolas Bourbaki étant une organisation secrète) a demandé à l'assistance d'éteindre ses téléphones portables et de ne pas prendre de photographies.

S'ensuivit un bon exposé d'une heure sur le groupe de Cremona et ses sous-groupes finis. Il était donc question des transformations birationnelles du plan. Je ne sais pas si c'est encore le cas, mais, il y a quelques années, on apprenait au lycée un exemple de telles transformations qui ne soit pas une transformation affine : l'inversion par rapport à un cercle.

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La messe en si mineur à Pleyel

2008-11-15 02:25+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Salle Pleyel — 2008-11-14

Sandrine Piau, soprano

Marie-Claude Chappuis, alto

Jörg Dürmüller, ténor

Klaus Mertens, basse

The Amsterdam Baroque Orchestra and Choir

Ton Koopman, direction

Messe en si mineur, BWV 232, Johann Sebastian Bach.

Hier soir, c'était ma quatrième Messe en si mineur. La deuxième de suite à Pleyel après celle de février dernier par Le Concert Spirituel (que j'avais beaucoup appréciée). La deuxième de Koopman après celle de février 2006 au TCE, avec déjà la basse Klaus Mertens. Les solistes de ce soir étaient plus enthousiasmants que ceux d'hier. J'apprécie toujours autant cette basse, ai agréablement découvert l'alto Marie-Claude Chappuis et réentendu Sandrine Piau (que je n'avais pour le moment entendue que dans La Passion selon Saint Jean au TCE en 2003). J'ai un peu plus modérément apprécié le ténor Jörg Dürmüller (déjà entendu en évangéliste dans L'Oratorio de Noël 1 et la susdite Passion).

Entre chacune des parties et sous-parties de l'œuvre, les instrumentistes se réaccordaient. En revanche, j'ai apprécié que souvent les mouvements s'enchaînassent quasiment sans temps mort (ce qui permet de faire passer son tour au chœur de tousseurs). De très beaux airs, duos et chœurs. Mimiques caractéristiques de Ton Koopman. Un très bon concert. Malheureusement, les applaudissements énergiques de la salle n'ont pas été récompensés d'un bis. (Ce qui est ennuyeux avec la messe en si mineur, c'est qu'il n'y a pas vraiment de mouvement qu'il soit logique de bisser, alors que pour une cantate, il est courant de reprendre le choral final.)

J'ai eu le plaisir de revoir Palpatine à l'entr'acte.

[1] Je fréquente le TCE depuis 2002. J'y ai assisté à des représentations de l'Oratorio de Noël (BWV 248) chaque année depuis cette date, c'est dire si cette œuvre me plaît. J'ignore pourquoi elle n'a pas été reprogrammée cette année ; si cela avait été le cas, j'y serais retourné. Cette œuvre est très longue : elle est composée de six cantates. Lors de ces concerts, seules quatre cantates étaient jouées : 1-2-3-4 ou 1-2-3-6. Je n'ai donc jamais entendue la cinquième cantate en concert.

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Masaaki Suzuki au TCE

2008-11-14 08:11+0100 (Orsay) — Culture — Musique

Théâtre des Champs-Élysées — 2008-11-13

Hana Blazíková, soprano

Robin Blaze, alto

Jan Kobow, ténor

Peter Kooij, basse

Bach Collegium Japan

Masaaki Suzuki, direction

Cantate Herr, deine Augen sehen nach dem Glauben !, BWV 102.

Cantate Wachet auf, ruft uns die Stimme, BWV 140.

Messe en sol mineur, BWV 235.

J'étais hier soir au Théâtre des Champs-Élysées pour un concert du Collegium Bach Japan dirigé par Masaaki Suzuki. Un des premiers disques de musique classique que j'aie acheté était de Bach et c'était la Passion selon Saint-Mathieu interprétée par cet ensemble (probablement vers 2000/2001). J'étais donc a priori très content d'aller écouter ces musiciens.

Je m'installe au deuxième balcon de face. Les musiciens s'installent. L'effectif sera réduit au possible : une petite quinzaine de musiciens. Quand commence le choral de la cantate BWV 102 Herr, deine Augen sehen nach dem Glauben, je me demande si le chef n'aurait pas prévu de faire rentrer les solistes au fur et à mesure. En regardant plus attentivement le chœur, je remarque que les trois solistes hommes (que j'ai déjà entendus chacun un certain nombre de fois dans ce registre) sont bien là, chantant avec les douze autres choristes ; pour découvrir la soprano, j'attendrai un peu. La cantate BWV 102 ne me paraît pas terriblement intéressante (eu égard à la moyenne des cantates) ; je me distrais en lisant le texte, disons assez amer envers les incroyants.

La partie de programme qui m'enthousiasme le plus est la cantate BWV 140 Wachet auf, ruft uns die Stimme. J'ai plusieurs fois parlé ici de cette cantate, dont la position peu enviable dans le calendrier liturgique fait que les occasions de la jouer à la date prévue par icelui sont très rares puisque la date de Pâques, calculée en fonction des phases de la Lune (en gros), doit intervenir le plus tôt possible dans l'année pour que ce soit le cas (prochaines occasions : 23 novembre 2008, 25 novembre 2035).

Le chœur introductif de cette cantate est superbe, tout comme son choral final (dont on aura un bis à la fin du concert). Le mouvement qu'on attend le plus est le choral du milieu, chanté par le ténor, morceau célèbre pour n'avoir pas été plagié dans la chanson A Whiter Shade of Pale. La dernière fois que je l'avais entendu en concert pour des cantates de Bach, j'avais été un peu déçu par le ténor, peu puissant. Je n'avais donc pas de trop hautes attentes concernant ce choral. Cela me désespère un peu, mais ce ténor Jan Kobow n'était pas très convaincant ; son visage trahissait un certain ennui, la ferveur du texte aidant, on en eût pu attendre un peu plus d'enthousiasme, bon sang. Néanmoins, c'était acceptable, un peu plus que ce que le Concentus Musicus Wien (Harnoncourt) et le ténor d'alors avaient proposé l'année dernière salle Pleyel dans l'interprétation de cette même cantate. Entre ces choraux s'insèrent des couples de mouvements récitatifs/duo soprano-basse. Ces duos sont délicieux et leur texte a beaucoup amusé Palpatine.

La deuxième partie du concert est réservée à la messe en sol mineur (BWV 235). Le premier mouvement Kyrie ressemblait très fortement au premier mouvement de la cantate 102 ! Bach est coutumier de ce genre d'emprunts. Ayant lu le programme au début du concert, je savais déjà qu'il y aurait une telle conjonction. La surprise est encore plus forte quand on s'en rend compte en plein concert. C'était la première fois que je voyais deux versions d'un mouvement au programme de la même soirée de concert. Pas grand'chose d'autre à dire sur cette messe (brève). J'étais avant tout venu pour la cantate 140.

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Shiva-purâna

2008-11-01 16:47+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne

Je viens de terminer La légende immémoriale du dieu Shiva : le Shiva-purâna, traduit du sanskrit, présenté et annoté par Tara Michaël, Connaissance de l'Orient, Gallimard/Unesco. J'ai déjà évoqué la Vidyeshvara-samhitâ qui raconte un mythe qui vise sans doute à montrer la supériorité de Shiva sur Brahmâ et Vishnu. C'est d'ailleurs suite au mensonge de Brahmâ que j'évoquais que Shiva, sous sa forme terrible Bhairava, tranche la cinquième tête de Brahmâ et le condamne à ne pas recevoir de culte (la seule exception que je connaisse étant le temple de Brahmâ à Pushkar). D'autres légendes attribuent ces punitions au fait que Brahmâ avait incestueusement désiré sa propre fille.

Le texte de la Rudra-samhitâ se présente sous la forme d'un dialogue entre le sage Nârada et le dieu Brahmâ qui répond à ses questions. Le mythe qui est raconté est celui du mariage de Shiva et de la Déesse. Je ne peux donc m'empêcher de comparer ces passages avec ceux que j'ai lus dans La naissance de Kumara, Kalidasa, traduit du sanskrit par Bernadette Tubini, Connaissance de l'Orient, Gallimard/Unesco. Dans ceux-là, Shiva épouse la fille du seigneur des montagnes après que les Dieux ont estimé que Shiva devait engendrer un fils pour débarasser la Terre du démon Târaka. Pour cela, Kâma, le dieu Amour, et le Printemps sont chargés de détourner Shiva de son ascèse. Par leurs charmes et les flèches de Kâma, Shiva s'éprend de Parvati, mais foudroie Kâma du feu de son regard. Dans ceux-ci, il n'est pas question du démon Târaka, mais d'une volonté de vengeance de Brahmâ pour l'humiliation que Shiva lui a fait subir.

Le dieu Kâma est créé : Avec cette forme et grâce à ton carquois à flèches de fleurs, tu pourras rendre épris et captiver hommes et femmes et leur faire continuer l'œuvre éternelle de la création.. Brahmâ lui-même éprouve les effets de ces flèches en désirant sa propre fille Sandhyâ (mais personne ne vient lui couper sa cinquième tête à ce moment). Brahmâ lance une malédiction sur Kâma : il sera foudroyé pour avoir lancé une flèche sur Shiva. Kâma proteste, pourquoi le punir ? il n'aura fait que sa mission de répandre l'Amour. Brahmâ lui promet la vie éternelle après qu'il aura été réduit en cendres. Kâma, son épouse Rati (la Volupté) et le Printemps tentent de faire sortir Shiva de son ascèse. Les multiples tentatives échouent et on n'entend presque plus parler de Kâma, qui ne sera pas réduit en cendres, contrairement à ce que le texte promettait (une malédiction de Brahmâ ou de brâhmane est faite pour se réaliser, sinon, à quoi eût-il servi qu'elle eût été formulée ?). Les Dieux se réunissent. Ils vont favoriser la manifestation de Satî, qui d'après des promesses anciennes, est censée devenir l'épouse de Shiva, de même que Sarasvatî et Lakshmî sont respectivement les épouses de Brahmâ et de Vishnu.

Brahmâ loue la Déesse (Durgâ) qui accepte de s'incarner comme Satî. Après quelques péripéties, Satî naît fille de Daksha (qui est lui-même issu de Brahmâ) sous le nom d'Umâ. Satî-Umâ utilise l'ascèse et l'adoration pour s'attirer les faveurs de Shiva. Émerveillés par cette ascèse, les Dieux et Brahmâ en particulier viennent demander à Shiva de prendre épouse. En tant que yogin, il refuse d'abord puis accepte, pourvu que son épouse soit une yoginî. Brahmâ lui révèle le nom de Satî (que l'Omniscient connaissait déjà bien sûr).

La mariage est célébré. C'est Brahmâ qui officie aux cérémonies. Shiva et Shivâ (Satî) accomplissent la circumambulation du feu sacré. Chants et danses. Un incident se produit : lui-aussi épris d'amour pour Satî, Brahmâ regarde un peu trop fixement les pieds, puis le visage de la Déesse dont il a écarté le voile. Il va jusques à laisser échapper quatre gouttes de sa semence. Shiva en est furieux et brandit son trident pour le tuer, d'autant plus qu'il avait promis à Vishnu qu'il tuerait qui regarderait son épouse de façon concupiscente. L'incident semble imaginé pour que Vishnu puisse dire : Ô Éternel Shiva, Brahmâ n'est pas autre que toi, et tu n'es pas autre que lui. Je ne suis pas autre que toi, Seigneur, et tu n'es pas autre que moi.. Bref, Shiva accepte de ne pas se tuer Lui-même. Une pluie de fleurs se répand, Shiva et Satî montent sur le taureau (leur monture) pour rejoindre le mont Kailâsa.

Favorisés par Kâma et le Printemps, les ébats amoureux de Shiva et de Satî durent vingt-et-un ans. Elle lui demande comment les créatures peuvent surmonter les épreuves de l'existence. Shiva répond que c'est par la prise de conscience Je suis Brahman (la fusion en l'Être suprème, Brahman, est le but ultime de la philosophie de la non-dualité). Il affirme que le moyen d'y parvenir est la bhakti, la dévotion et en décrit les neuf formes.

Je n'ai pas pu lire sans un certain effroi la phrase suivante dans cet ouvrage : Bien que le désir de saisir Sandhyâ aux traits attirants subsistasse (sic) encore dans mon esprit, je comptai mes sens bouleversés dans ma crainte respectueuse de Shiva.. Combien de fois craignis-je qu'une telle erreur subsistât dans mes écrits !

Comme il ne me restait qu'une quinzaine de pages à lire pour ce dernier round de lecture à la Bibliothèque François Mitterrand, je réservai aussi un autre livre. Il s'agissait du premier volume de la traduction du Bhâgavata-Purâṇa ou histoire poétique de Krĭchṇa d'Eugène Burnouf, professeur de sanscrit au Collège royal de France (1840). Je n'ai pour le moment lu que la préface nouvelle de Jean Filliozat pour la réédition de 1981 et le début de la préface de l'auteur. J'hésite beaucoup à me lancer dans cette lecture. L'ouvrage semble excellent, les explications de l'auteur visant un public non expert en indianisme (vu l'époque où cela a paru) sont très intéressantes. Il est aussi amusant de découvrir quelques particularités orthographiques et typographiques de ce siècle. Ce qui me fait un peu peur est l'extrême longueur de l'œuvre, les cinq tomes répartis en quatre volumes font environ 2250 pages. Le lire en bibliothèque serait une tâche assez démesurée, d'autant plus que je ne peux bien sûr y consacrer que d'occasionnels samedis ou dimanches (ces volumes étant par chance disponibles aussi dans la partie Haut-de-Jardin de la BnF et non seulement au Rez-de-Jardin qui ferme le dimanche). Acheter les quatre volumes auprès de l'éditeur est exclu, vu les prix prohibitifs que celui-ci oppose. Quoiqu'il fût louable de sa part de rééditer cette traduction, un prix de 340€ pour les pages, fussent-elles deux mille deux cent cinquante, d'un auteur mort en 1852, me paraît bien excessif. Lors de mes prochains voyages en Inde, j'essaierai d'acheter la traduction anglaise publiée par Gita Press pour un prix modique de 250 roupies.

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