Weblog de Joël Riou

« Matinée dans les terrains du Mela | Rāmāyaṇa, chant 6 : La guerre »

Épuisé, mais content

2007-01-23 19:59+0530 (इलाहाबाद) — Voyage en Inde III

J'ai les jambes en compote. Aujourd'hui, c'était un des jours les plus importants du Ardh Kumbh Mela : Vasant Panchami. Alors, comme d'habitude, les autorités locales interdisent aux voitures et aux bus de franchir le pont sur la Ganga. Plutôt que de remettre toujours au lendemain mes vagues projets de visiter Allahabad parce que les bus ne peuvent pas circuler, je me suis décidé à venir à pieds !

Je suis donc parti ce matin du Harish-Chandra Institute vers 9h30. Je n'arriverai au centre-ville que vers 13h... Cela a commencé un peu comme samedi dernier, si ce n'est qu'il y avait plus de brouillard, et que mes points de repère en étaient tout perturbés. Cependant, la foule était beaucoup plus compacte. À un moment, j'ai voulu prendre un pont sur la Ganga, mais il était fermé. Le suivant aussi. Le troisième était recouvert de voitures constituant un long cortège, qui n'avançait pas. J'ai pu utiliser le quatrième. Mais les policiers veillent à la circulation de la foule. Je ne pouvais que rebrousser chemin vers le premier pont, puis tourner à gauche. Quelques centaines de mètres plus loin, j'ai recroisé le cortège de voitures transportant des hommes à la barbe impressionnante, alors que des danseurs dansaient et des banderolles... Il y avait un peu de tout, même des Hare Krishna. Bref, il a fallu attendre un certain temps qu'il y ait un petit trou dans le cortège et que les policiers laissent traverser les piétons. J'ai eu le Sri Adi Shankar Viman Mandir en vue. J'étais sur la bonne route.

Je me suis alors retrouvé à marcher sur une très longue route, tandis que l'ambiance religieuse se transformait en une ambiance de fête foraine (il y avait des attractions, comme une grande roue). Il ne vaut mieux pas être agoraphobe...

Je voulais aller en centre-ville. J'ai suivi le mouvement qui allait vers l'Ouest. Mais à une bifurcation insensible, j'ai pris un chemin qui m'a fait faire un long détour. Cela aurait pu m'être profitable s'il avait encore été temps d'aller visiter Khushru Bagh avant de manger, mais il commençait à se faire tard, alors quand le pont suspendu sur la Yamuna s'est présenté à ma vue, je me suis dit qu'il fallait retrouver le droit chemin vers les Civil Lines. Je voulais déjeuner au restaurant El Chico, mais il était fermé à cause du Mela... Je me suis rabattu sur Connoisseur. J'ai dévoré mon Dal Makhini et mon Paratha, puis ai visité une boutique présentant des produits de l'artisanat d'Uttar Pradesh. J'ai alourdi mon sac d'un Krishna joueur de flûte.

Je me suis rendu au parc Khushru Bagh (en vélo-rickshaw). C'est un peu mal fichu : il y a un unique chemin canonique pour rejoindre les mausolées du Prince (moghol) Khushru, de sa sœur et de sa mère, et il n'est pas trivial à trouver. Au pire, j'aurais pu escalader le mur. Comme on peut s'en douter, le lieu est surtout fréquenté par des musulmans. Des enfants jouaient au badminton sur une terrasse d'un des mausolées ; c'est un peu dangereux vu qu'il n'y avait pas de barrière. Bien que je n'aie pas eu très confiance au début, je peux dire que les gens qui étaient là cette après-midi étaient très sympathiques. J'ai dit mon prénom à un d'entre eux ; ils ont dû se passer le mot puisqu'ils n'arrêtaient pas de m'apostropher Zoël ! Zoël !. Il doit y avoir une explication pour le fait que beaucoup d'indiens prononcent le j comme un z. Le détenteur du trousseau de clefs m'a invité à venir visiter l'intérieur des tombeaux et à monter au sommet des mausolées. C'était assez beau, bien que les peintures murales aient souffert du temps (quatre siècles) ; malheureusement, l'alphabet arabe m'est complètement étranger, donc je n'ai pas pu apprécier tous les détails. Le mausolée de Khushru était en travaux : ils auraient peur qu'il ne s'écroule. Le plafond d'une des salles intérieures était tapissé de chauve-souris.

Je me suis ensuite dirigé vers le temple d'Hanuman du centre-ville. Contrairement à la dernière fois, les idoles de Rama, Laksmana et Sita étaient très richement parées et recouvertes de guirlandes de fleurs. Il y avait une famille à côté de moi, et apparemment, les parents interrogaient les enfants pour voir s'ils les avaient bien reconnus ; c'était assez amusant. Au centre, il y avait la grande idole de Hanuman, et à droite, Durga. En sortant du temple, je me suis ravitaillé en barfis et en laddous. Les barfis étaient à la noix de coco, donc bof, mais la réputation des laddous de Hanuman Mandir n'est pas usurpée.

Il commençait à être temps de rentrer à pieds. Contrairement à l'aller, je pense avoir pris le chemin le plus court. Sur le côté de la route, il y avait de nombreux marchands de légumes, de coriandre, etc. Quand je me suis rapproché du terrain du Mela, la foule était encore plus dense que ce matin. Les gens me regardaient un peu bizarrement, mais en souriant. À un moment, j'ai eu peur de ne pas pouvoir avancer puisqu'un policier s'est interposé en me disant des choses incompréhensibles en hindi. Finalement, il voulait juste m'aider et me montrer un plan du secteur. J'ai pu continuer ma route tranquillement jusqu'à voir apparaître le Sri Adi Shankar Viman Mandir et le pont sur la Ganga : plus la peine de déranger un hypothétique Grand Schtroumpf. La circulation était plus fluide que ce matin (il n'y avait pas tous ces barrages pour faire passer les cortèges religieux), mais mes jambes commençaient à avoir quelque difficulté à me porter et mon épaule gauche qui soutenait mon sac s'est mise à me faire un peu mal. Je marchais le long de la Ganga, prenant un ou deux photographies du Soleil au couchant quand un indien accompagné de son jeune fils m'a abordé en me demandant si j'étais indien. On a parlé un petit peu, mais j'ai eu du mal à me faire comprendre. À raison, il voulait que je parle en anglais fondamental. Du coup, j'ai essayé d'engager la conversation en hindi... Ce n'était pas grand chose, mais toujours mieux que rien.

Rien à voir, mais hier, un événement de la plus haute importance s'est produit : la reprise de Kaun Banega Crorepati, la version hindi de Qui veut gagner des millions ?. J'en parlais lors de mon premier voyage. À l'époque, ce jeu était présenté par Amitabh Bachchan, mais celui-ci ayant été malade de façon prolongée, le jeu s'était arrêté. La star s'étant remise, c'est néanmoins une autre star, Shah Rukh Khan qui anime désormais le jeu. Il y a des petites différences de style entre les deux : le premier s'adressait à l'ordinateur en disant Computerji ! tandis que le second dit Computer Compaq Garud !. Par rapport à un Jean-Pierre Foucault, cela doit être 'achement plus impressionnant pour un indien de se retrouver à devoir répondre à des questions posées par SRK, qui fait le clown (comme dans les films) : forcément, il demande aux candidats quel est leur acteur préféré, si on répond George Clooney, il répond quelque chose comme Kaun Hai Ye George Clooney ?.

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Commentaires

1. 2007-02-17 02:58+0100 (ouf)

Sympa, ton compte-rendu de la Kumb Mela. Nous aurions pu nous croiser car j'y étais aussi (et il y avait fort peu d'européens !) Compte-rendu à venir sur mon blog.


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